Gouvernement de Michel Barnier : "Les syndicats seront reçus avant son discours de politique générale", se réjouit la CFTC
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France Info
Bonsoir à toutes et à tous et bonsoir à vous Cyril Chabagné.
Bonsoir.
Vous êtes le président du syndicat CFTC. Michel Barnier, le Premier ministre, a toujours un mot pour les partenaires sociaux. Depuis sa prise de fonction, c'était le cas lorsqu'il a pris ses fonctions justement à Matignon, hier aussi sur TF1. Est-ce que c'est juste pour la forme à votre avis ou est-ce que vous espérez un vrai changement de méthode ?
On espère toujours un changement de méthode. Donc j'espère que ce n'est pas que de la forme de la communication. Même si on a très souvent entendu, depuis ces dernières années, des changements de méthode qui n'ont pas toujours été suivis d'effet.
Le président de la République, Emmanuel Macron, a parlé de corps intermédiaires, pas de partenaires sociaux. On voit que Michel Barnier, il vous associe toujours dans toutes ces prises de parole.
Dans ces prises de parole, c'est vrai. Il parle beaucoup des organisations syndicales et patronales, du dialogue constructif. Et je crois vraiment que c'est quand même quelqu'un qui est habitué à l'Europe d'être dans ce dialogue, dans le compromis. On n'arrive pas à faire passer les textes à l'Europe s'il n'y a pas du dialogue et du compromis. Donc je pense qu'il va fonctionner comme ça. Après, vous savez, on reste toujours prudent. Comme j'ai dit, on l'a beaucoup entendu. On attend qu'il nous convoque déjà. Est-ce que vous espérez le voir ?
Vous ne l'avez pas vu pour l'instant, ni lui ni ses équipes ?
Moi, j'ai rencontré, je crois que mes collègues sont directeurs de cabinet qui nous ont reçus. Parce que la composition du gouvernement prenait un petit peu de temps. Donc c'était bien qu'on puisse discuter. Et l'info qu'on a, c'est qu'on sera reçu avant son discours de politique générale. Et je crois que c'est très important de pouvoir influer sur son discours de politique générale. Et pas simplement d'être dans la réaction une fois qu'il aura prononcé le 1er octobre.
Et donc vous espérez voir Michel Barnier, le Premier ministre, avant le 1er octobre, avant son discours de politique générale.
C'est même un engagement de son directeur de cabinet. Donc je pense que ça devrait se faire comme ça, ce qui est une première bonne nouvelle.
Alors, il y a plusieurs sujets évidemment importants sur la table. Les retraites, tout d'abord. Michel Barnier hier a dit que tout en respectant le cadre financier, il comptait sur vous, sur les partenaires sociaux, pour améliorer cette loi, pour réformer la réforme des retraites. Comment vous, la CFTC, vous espérez concrètement apporter votre pied à la discussion ?
Alors déjà, je tiens à dire quand même qu'on préférait que cette réforme soit abrogée. On est toujours résolument opposé à cette réforme.
Et ça, tous les syndicats sont d'accord pour le dire.
Après, si nous sommes invités pour renégocier, pour améliorer la loi, nous, à la CFTC, nous avons pris la décision de se rendre à cette invitation, si elle tombe évidemment bientôt. Je crois qu'il y a des sujets qui sont importants et qui ne sont pas réglés. On a un gros sujet sur la pénibilité. Il y a des choses qu'on pourrait vraiment avancer dans ce domaine. Et on a des propositions concrètes. Donc ça serait quelque chose de bien. Et qui permettrait déjà de corriger un peu cette fameuse âge légal à 64 ans en faisant partir un peu plus tôt les gens qui ont les métiers les plus pénibles. Encore faut-il les définir, mais je pense que c'est possible.
Et assez facile au moins pour les métiers physiques.
On comprend quand même Cyril Chabagné dans le discours de Michel Barnier qui ne compte pas revenir sur la retraite à 64 ans.
On l'a clairement compris. Même l'abrogation et même la suspension. On sent que juridiquement ils nous disent que c'est compliqué, qu'on ne serait pas géré le stock des personnes qui sont déjà passées à cette réforme. Donc on sait bien que ça, même si on va le demander, ça va être extrêmement compliqué. Après se rendre pour parler de pénibilité, pour parler d'égalité femmes-hommes, pour essayer de rediscuter un sujet qui nous tient à cœur à la CFTC de l'âge de l'annulation de la décote. Ces fameuses 120 000 personnes qui doivent travailler jusqu'à 67 ans pour partir à taux plein. Un véritable sujet aussi.
Vous sentez une ouverture sur ces sujets ? Parce qu'effectivement la pénibilité, Michel Barnier, c'est un sujet qu'il a lui-même évoqué. Donc ça tombe là.
Oui, il a évoqué le sujet de la pénibilité. Il a évoqué le sujet des petites pensions. Un peu moins sur l'égalité femmes-hommes. Donc on pourra en parler. J'espère pouvoir évoquer l'âge d'annulation de la décote. Un sujet qui nous tient à cœur, comme je viens de le dire. Donc ce sont des sujets qui peuvent paraître un petit peu anodins ou connexes par rapport à l'âge légal des 64 ans qui est notre grand combat. Mais si on arrive à avancer sur ces sujets-là, moi je suis certain que ça ne sera pas des petites victoires. Donc on va faire le maximum. Vous savez, moi j'ai une tradition. Tout ce qu'on peut gratter, on essaye de le gratter. Voilà, clairement.
La secrétaire générale de la CGT sur France Info ce matin, Sophie Binet, a appelé à faire grève et à manifester le 1er octobre pour demander justement l'abrogation de la réforme des retraites. Est-ce que c'est votre cas également, M. Chabagné ?
Non, on n'appelle pas à manifester le 1er octobre. D'abord parce que c'est une connotation qui est très politique. Manifester le jour où le Premier ministre fait son discours de politique générale, c'est quand même un petit peu compliqué.
La date avait été choisie avant.
Oui, mais enfin, la date a été choisie avant, mais quand on a discuté entre nous pour mettre le 1er octobre, on savait déjà qu'il y avait de fortes chances que ce soit le jour du discours de politique générale. Nous, on a un peu une tradition quand même, c'est de râler une fois qu'on a entendu le Premier ministre qui s'est exprimé. D'abord, on va le rencontrer, on espère, avant le 1er octobre. On va écouter son discours de politique générale et ensuite on va réagir. Et si on voit que ça n'a pas dans le bon sens, on n'exclut pas de pouvoir faire des mobilisations.
Sauf que jusqu'à présent, si vous me permettez, vous étiez en intersyndicale concernant la réforme des retraites, la lutte contre la réforme des retraites. Là, la CGT n'a pas la manifester. Ce n'est pas votre cas. Est-ce que ça ne risque pas de brouiller le message vis-à-vis du nouveau gouvernement ?
Non, je ne pense pas. L'intersyndicale est un bel outil, mais on ne peut pas fonctionner tout le temps en intersyndicale. Sinon, il n'y aurait plus qu'une organisation syndicale dans le pays. Donc, on continue ensemble à dire qu'on est pour l'abrogation. On verra déjà si certains acceptent d'aller discuter ou pas avec le Premier ministre, s'il n'y a pas de suspension, mais s'il y a ouverture des négociations sur les thèmes qu'on a évoqués. On ne sera peut-être pas tous d'accord sur ça, mais on respectera nos différences. Et après, comme je l'ai dit, certains ont une tradition à mettre peut-être plus de pression sur le gouvernement.
On a plutôt la tradition à la CFTC de d'abord écouter ce que va dire le Premier ministre. On ne peut pas râler sans savoir les ouvertures qu'il a proposées.
Alors, autre sujet d'actualité, l'assurance chômage. En juillet, le gouvernement Attal avait mis sur pause la réforme qui prévoit le durcissement de l'accès à l'assurance chômage et la réduction de la durée d'indemnité. Qu'est-ce que vous attendez de la nouvelle ministre du Travail, Astrid Panossian-Bouvé ?
D'abord, on attend qu'elle redonne la main aux partenaires sociaux. Puisque sur l'assurance chômage, on a eu pendant des mois cette volonté du gouvernement de reprendre la main sur l'assurance chômage et donc de déposséder les partenaires sociaux de ce sujet.
Donc, ça veut dire que vous ne voulez pas que la nouvelle réforme soit effective ? Puisque normalement, c'est le cas à partir du 1er décembre.
Nous, ce qu'on veut, c'est que les partenaires sociaux ont signé une convention en novembre 2023 dans laquelle il restait des choses à régler, en particulier, d'ailleurs, qu'on devait régler, notamment dans la discussion du pacte de vie au travail avec l'emploi des seniors, qu'on a beaucoup parlé. On n'a pas réussi. Donc, on aimerait repartir de cette convention. Le patronat est prêt à rediscuter sur l'emploi des seniors sur lequel on n'a pas abouti juste avant l'été.
Et est-ce que la nouvelle ministre vous l'a pensée ouverte sur le sujet ? Quand elle était députée, elle était plutôt ouverte à la discussion sur ce sujet. Elle était d'ailleurs critique envers la réforme de l'assurance chômage.
Elle était critique envers la réforme. Elle voulait laisser plus de place aux partenaires sociaux. Donc là, l'occasion de le faire, on va pouvoir voir si elle va jusqu'au bout. Moi, je suis assez... Enfin, je n'ai pas de doute sur la personnalité ni sur la méthode de la ministre. C'est quelqu'un qu'on connaît. On travaille souvent avec elle. Moi, j'ai eu l'occasion de beaucoup travailler sur le sujet de la prévoyance.
Donc, c'est une bonne nomination, selon vous ?
Donc, c'est plutôt une bonne nomination et un geste fort qui est fait au niveau des partenaires sociaux. Après, toute la question, ce n'est pas la personne et la méthode. Ça, je n'ai pas de doute. Elle sera dans la discussion, dans le compromis. C'est les marges de manœuvre qu'on va laisser à la ministre. Parce qu'on a connu des ministres du travail qui avaient la volonté de faire avancer des choses. Mais à chaque fois qu'on trouvait un semblant d'accord, il y avait un non, soit de Matignon, soit de l'Élysée.
Et vous pensez à Elisabeth Borne ?
Et je pense, par exemple, à Elisabeth Borne, que je ne voulais pas citer, mais vous l'avez fait pour moi très bien. Donc là, on veut qu'elle ait des marges de manœuvre. La méthode est très importante, évidemment. Mais si on passe des heures de discussion, qu'on trouve des compromis et qu'au bout du bout, on a une fin de non recevoir à Matignon ou à l'Élysée, voir les deux, ça ne servira à pas grand-chose. Donc, laissons faire les partenaires sociaux. Et je crois que la ministre est prête à avancer avec nous.
Merci beaucoup, Cyril Chabagné, président de la CFTC. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir.
Michel Barnier