Défense européenne, réarmement, candidature de Boris Vallaud... le "8h30 franceinfo" de François Hollande
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Bonjour François Hollande, il est apparu pour la première fois en treillis devant les caméras, Vladimir Poutine expliquait hier à ses troupes qu'elle devait absolument récupérer militairement la région de Kursk aux mains des Ukrainiens pour le moment. Pour vous, c'est une réponse claire à la proposition de trêve qui a été formulée par les Américains et les Ukrainiens ?
C'est une réponse en forme de communication, c'est-à-dire Vladimir Poutine veut démontrer que lui ne cède pas et au contraire il va poursuivre son offensive militaire pendant la période précisément où des discussions vont avoir lieu sans doute même entre Vladimir Poutine et Donald Trump. Donc ce qu'il veut, c'est arriver en position de force au moment où une négociation sera possible, montrer que militairement il est en train de gagner, chasser les Ukrainiens qui sont sur une partie du territoire russe et avancer encore, conquérir le maximum de villages pour demain ou après-demain être dans une position qui lui permettra de dire qu'il peut accepter la trêve.
Avancer le plus vite possible et le plus loin possible pour avoir les arguments de négocier un cessez-le-feu. Des représentants du Kremlin ont plusieurs fois expliqué, François Hollande, qu'une courte trêve n'était pas souhaitable car ça permettrait à l'Ukraine juste de se réarmer, de retrouver des forces. Ça, vous l'entendez ?
Non, l'argument de la trêve c'est qu'il veut lui-même avoir le temps pour négocier avec Poutine, avec Trump. Il veut absolument être celui qui est réhabilité aux yeux du monde et donc la meilleure manière d'y parvenir c'est d'avoir ce dialogue avec le président américain. Ce qu'il veut aussi c'est arriver à un accord de paix qui ne soit pas la paix, qui soit en réalité un conflit gelé comme il l'avait fait déjà dans ces fameuses négociations de Minsk auxquelles j'avais marqué. Auxquelles vous avez pris part justement, c'est toujours difficile de se mettre dans la tête de Vladimir Poutine, mais qu'est-ce qu'il pourrait faire qu'il accepte aujourd'hui un cessez-le-feu ?
Mais il n'acceptera de cessez-le-feu que lorsqu'il sera convaincu qu'il est en position de force, ce qu'il cherche par son costume militaire à acter. C'est-à-dire lorsqu'il n'y aura plus un seul Ukrainien sur le territoire russe et lorsqu'il aura conquis ou reconquis le maximum de terrain dans l'est de l'Ukraine. De manière à ce que s'il y a une trêve et surtout s'il y a un cessez-le-feu et ensuite un éventuel accord de paix, il puisse déjà acter qu'il a gagné la guerre. Une chose a changé depuis dix ans, depuis les accords de Minsk, c'est que cette fois les Américains discutent directement avec les Russes. Nous, Européens, on n'est plus autour de la table.
Comment l'expliquez-vous et comment les Européens peuvent-ils retrouver leur influence dans ces discussions ? Qu'est-ce qui a changé par rapport à la période où moi-même, président de la République, je négociais en compagnie d'Angela Merkel avec Vladimir Poutine et le président ukrainien ? Il y a dix ans, les Etats-Unis n'étaient pas dans la négociation mais soutenaient l'Ukraine et soutenaient nos efforts pour aboutir à un cessez-le-feu déjà et un éventuel accord de paix. De la même manière, il y avait de la part de Vladimir Poutine la crainte qu'il soit coupé du monde et qu'il soit victime de sanctions sur sa propre économie.
Il était donc engagé à une négociation dont il pensait qu'il pouvait tirer avantage. La question, c'était de savoir si véritablement les Russes étaient déjà sur le territoire ukrainien. Ils prétendaient le contraire. Et deuxièmement, si les Russes se satisféraient de cet accord, d'où le format normandique pour maintenir le dialogue entre les parties prenantes. Donc le fait nouveau, c'est Donald Trump. Le fait nouveau, c'est que les Etats-Unis sont avec Poutine, considèrent que l'Ukraine doit céder une partie de son territoire et même céder ses terres rares. Donc c'est ça qui a changé. C'est le rapport de force qui a changé. Les Etats-Unis sont avec Poutine. Il y a un axe, Washington-Moscou.
La manière avec laquelle Donald Trump a traité Zelensky était tout sauf une manière de mettre la négociation au bénéfice de l'Ukraine. Quand il y a eu la phrase qui m'a paru déterminante, vous n'avez pas les cartes en main, c'est en soi un aveu de faiblesse de l'Ukraine qui mettait Vladimir Poutine en position de force. Et Poutine l'a parfaitement compris.
C'est pour ça qu'il attend maintenant, il y a un émissaire de Donald Trump qui est à Moscou, il attend d'avoir la rencontre ou le coup de téléphone qu'il remet au cœur du jeu et qui va pouvoir lui permettre de dire que finalement son invasion est avalisée et qu'il a gagné des territoires, qu'il a avalé une partie de l'Ukraine et qu'il se prépare pour un autre temps. Parce que toute la question c'est de savoir qu'est-ce qui va se passer, imaginons que la trêve puisse s'installer, qu'un cessez-le-feu puisse être prononcé, qu'il y ait même un accord. Qu'est-ce qui va se passer après ?
Reste que nous François Hollande, on n'est pas autour de la table. Les Européens ne sont pas autour de la table des négociations. Et il y a une seule explication d'après la Russie, parce que les Russes, Vladimir Poutine ne veulent pas que les Européens soient autour de la table, parce qu'ils ont négocié avec vous, il a négocié avec vous Vladimir Poutine, il a négocié avec Angela Merkel et en 2022, c'était les accords de Minsk, 1 et 2 en 2014-2015, et en 2022 Angela Merkel confiait que ces accords avaient permis de donner à l'Ukraine, je cite, un temps précieux pour se renforcer militairement. C'est ce qu'elle avait déclaré en 2022.
Résultat, le Kremlin a dénoncé une tromperie pour Vladimir Poutine. Vous et Angela Merkel l'avez floué, vous n'aviez jamais l'intention de respecter ces accords. Résultat, nous, Européens, à ses yeux, on est plus crédibles.
Oui, ça c'est la présentation de Vladimir Poutine, qui laisse croire que les accords de Minsk s'étaient faits pour, en définitive, préparer la guerre. Mais qui a envahi l'Ukraine ? C'est la Russie. Est-ce que les Ukrainiens préparaient une offensive pour envahir la Russie ? A aucun moment.
Et lui, il dit qu'il se sentait en danger avec ce qu'ont fait les Européens. Il y a effectivement ces accords de Minsk, où en 2022 Angela Merkel a dit qu'on en a profité pour que l'Ukraine reprenne des forces. Et puis il y a eu aussi votre décision, vous avez donné votre accord pour que des missiles antimissiles soient installés dans les pays limitrophes à la Russie, notamment en Pologne. Et donc ça, ça a été vécu comme une agression par les Russes.
Heureusement que les Ukrainiens ont voulu se protéger. Heureusement qu'ils ont demandé à des alliés ou à des amis d'installer un certain nombre de missiles. Heureusement qu'ils ont eux aussi eu des fournitures d'armes qui leur ont permis de résister à l'invasion de Vladimir Poutine de leur territoire. Donc à aucun moment, et je peux en témoigner, à aucun moment, c'était à l'époque un autre président, c'était M. Poroshenko, à aucun moment les Ukrainiens se préparaient à une forme d'action militaire contre la Russie.
Ils se protégeaient et quand ils ont demandé, et à mon avis ils ne l'ont pas demandé encore assez dans toute cette période, quand ils demandaient aux partenaires européens ou américains des fournitures d'armement, et bien ce n'était pas pour aller chercher à porter une agression sur le territoire russe, c'était pour se protéger d'une éventuelle action militaire russe. Et elle est venue. Je vous pose la question parce que Jean-Luc Mélenchon lui-même, il dit que ce sont les raisons de la colère russe. Je ne vais pas ici rentrer dans un débat avec Jean-Luc Mélenchon, mais il n'est pas le seul d'ailleurs à le prétendre.
Il y a l'idée qu'en réalité les Russes auraient envahi l'Ukraine pour se défendre. Mais se défendre contre qui ? Contre l'OTAN ? L'OTAN a voulu organiser une action militaire en Russie ? Jamais ! Contre l'Europe ? L'Europe n'est pas en capacité aujourd'hui ni en volonté d'aller porter un conflit en Russie. Donc c'est l'idée que finalement j'attaque parce que je me défends. Et c'est une position qui est totalement inacceptable parce qu'elle est totalement irréelle. En fait, ce qui s'est produit, c'est que Vladimir Poutine a attendu et qu'il a pensé qu'en 2022, après la crise du Covid, que le monde ne réagirait pas, que l'Ukraine n'avait pas les moyens de faire la résistance.
Et c'est qu'elle a à ce moment-là décidé d'envahir l'ensemble du territoire ukrainien. Dans la propagande russe depuis huit jours, depuis qu'Emmanuel Macron a pris la parole devant les Français, il y a l'idée que la France menacerait explicitement la Russie. Emmanuel Macron qui a réuni les chefs d'état-major d'une trentaine de pays de l'OTAN, des pays occidentaux, pour parler des garanties de sécurité en Ukraine. Il fallait prendre cette initiative ? Oui, ce qui est important, puisqu'on sait que les accords 2000 précisément n'ont pas pu être respectés, puisqu'il n'y avait pas de garantie de sécurité qui était apportée à l'Ukraine.
Ce qui n'empêchait pas d'aider l'Ukraine, mais il n'y avait pas de garantie qui assurait à l'Ukraine, en cas d'attaque, qu'elle serait protégée. Donc, toute la question, c'est de savoir s'il y a une trêve, si ensuite il y a un cessez-le-feu et après un accord de paix, quelles seront les garanties qui seront données à l'Ukraine que Vladimir Poutine ne recommencera pas. Et donc, jusqu'à présent, les États-Unis, jusqu'à Donald Trump, laissaient penser qu'ils seraient partie prenante d'une garantie de sécurité.
Aujourd'hui, les déclarations de Donald Trump, à part pour protéger éventuellement des Américains qui exploiteraient des mines pour les minerais ukrainiens, il n'y aurait pas de présence militaire.
Donc, ce sont aux Européens de s'en changer ?
Donc, ça sera sans doute, on verra, soit des forces de maintien de la paix, c'est une hypothèse, soit des forces européennes, peut-être d'autres, qui auront à garantir la sécurité de l'Ukraine. Et il y a la nécessité aussi, avec les États-majors de ces différents pays, de préparer... Vous disiez tout à l'heure, qu'est-ce qui va se passer après ? Vous posiez la question, après un éventuel cessez-le-feu, un éventuel accord, de préparer d'autres éventuelles agressions de la Russie ? Il faut les dissuader, ce qui n'a pas été fait en 2022, puisque Vladimir Poutine a commis l'irréparable, c'est-à-dire envahir.
Il faut dissuader Vladimir Poutine ou son successeur, dans les années qui viennent, de réintervenir en Ukraine et de l'envahir totalement.
Est-ce qu'il faut forcément envoyer des troupes françaises, des troupes européennes ? C'est la question ?
La question, je viens de l'évoquer. La question, ce sera de savoir si, après un accord de paix accepté par les deux parties, il y a des garanties de sécurité qui peuvent être offertes aux Ukrainiens pour leur assurer qu'ils ne vivront pas la même expérience douloureuse que celle qu'ils vivent depuis trois ans. Contrairement à vous, le Rassemblement national de Marine Le Pen et la France insoumise n'ont pas voté la proposition de résolution à l'Assemblée nationale hier sur le renforcement du soutien à l'Ukraine. Ils refusent, en fait, c'est la raison qu'ils avancent l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne. C'est un argument qui s'entend ? Non, c'est un argument qui ne s'entend pas.
La résolution, elle visait essentiellement à apporter un soutien moral à l'Ukraine de la part de l'Assemblée nationale et deuxièmement à ouvrir la question de la récupération des savoirs russes qui sont aujourd'hui confisqués pour les mettre à disposition de la reconstruction de l'Ukraine. Et c'était ça l'enjeu. D'ailleurs, c'est aussi une délibération qui est portée au Parlement européen. Et donc, ça, c'était un prétexte. L'Ukraine est annoncée comme un pays candidat pour rentrer dans l'Union européenne. Si ce destin est possible, il ne viendra pas avant 10 ans, 15 ans, et chacun le sait.
Donc, c'était un prétexte pour, en réalité, curieusement, laisser à la Russie la disposition de ses avoirs le jour venu.
À Matignon, tout à l'heure, François Bayrou reçoit les présidents de groupe parlementaire pour parler de la situation en Ukraine et de la défense européenne et de la défense française aussi. Il faut à tout prix une unité nationale sur cette question-là ?
Sur la question de faire un effort supplémentaire pour nos armées, au-delà de ce qui est déjà prévu, qui n'est pas négligeable, je pense que tout le monde peut se retrouver. Il faut améliorer un certain nombre de nos équipements. Deuxièmement, l'unité nationale, c'est aussi par rapport à un modèle social, à une façon de vivre ensemble. On défend la patrie, d'abord parce qu'elle pourrait être menacée. Notre territoire n'est pas menacé d'être envahi, mais parce qu'il y a des menaces indirectes sur notre propre sécurité par la Russie. Mais ce qui fait la patrie, c'est que nous partageons des valeurs, de liberté, de progrès, de solidarité. Et donc, là-dessus, il faut être très attentif.
Il faut qu'il y ait un effort de défense dans les prochaines années. Il ne doit pas se faire au détriment des dépenses de solidarité ou des progrès sociaux qui peuvent être importés. On aura l'occasion d'y revenir. On va vous retrouver dans une minute, François Hollande. 8h46, c'est l'heure du fil. Info, Maureen Suignard.
Les soldats ukrainiens se replient de la région russe de Kursk. 430 soldats fait prisonnier ces dernières heures. Vladimir Poutine ordonne à son armée de reprendre l'ensemble de la région, alors que l'on attend toujours la réponse de Moscou concernant la proposition de cesser le feu de 30 jours. Vladimir Poutine n'acceptera que lorsqu'il sera convaincu qu'il est en position de force, quand il n'y aura plus aucun Ukrainien en territoire russe, estime sur France Info l'ancien président François Hollande.
La France insoumise accusée d'antisémitisme, le parti a publié des affiches appelant à manifester contre l'extrême droite, l'une d'elles montrant l'animateur Cyril Hanouna grimaçant les traits tirés, une photo en noir et blanc. L'animateur va porter plainte. La période est plus que stressante pour les élèves et les parents. C'est le dernier jour pour inscrire ses voeux sur Parcoursup. Pour inscrire ses choix de formation post-bac sur la plateforme, jusqu'à 10 voeux possibles, les premières réponses tomberont à partir du 2 juin prochain. Et puis Lille s'incline et sort en 8e de finale de la Ligue des champions de football, défaite 2-1 face à Dortmund au match retour.
Aston Villa s'est offert Bruges et sera donc l'adversaire du PSG le mois prochain en quart de finale.
France Info Et François Hollande, ancien président de la République, on évoquait cette résolution qui a été adoptée hier en soutien à l'Ukraine à l'Assemblée Nationale, résolution qui prévoit aussi d'utiliser les actifs russes, qui propose d'utiliser les actifs russes gelés pour soutenir l'Ukraine autour de 190 milliards d'euros qui appartiennent à la Russie. Pour le moment, on n'utilise que les intérêts. Il faut aller plus loin. Oui, qu'est-ce que sont ces avoirs ? Ça paraît très curieux qu'il y ait des actifs russes qui soient sigelés ou confisqués dans une société de clearing, comme on dit, de transactions en Belgique.
C'est qu'il y a des avoirs, c'est-à-dire des placements qui avaient été faits par des oligarques ou par des éléments de l'État russe qui sont donc maintenant pris par les Européens et dont les intérêts, c'est-à-dire les produits de placement, donnent à l'Ukraine des moyens supplémentaires. Est-ce qu'il faut aller plus loin ? Oui. Pourquoi ? Parce que, qu'est-ce qu'a fait la Russie ? Nous y revenons. Elle a détruit une partie du territoire. Au-delà des conquêtes, des souffrances, des morts, il y a eu des destructions considérables du patrimoine ukrainien.
Donc, il est assez logique, au nom des réparations, que ces avoirs soient non seulement confisqués, gelés, que ces produits de placement puissent servir aujourd'hui à l'effort de guerre pour l'Ukraine, mais qu'ensuite, ça puisse être au bénéfice des Ukrainiens. C'est malgré le problème juridique. Alors, le problème juridique, il est déjà posé, puisque les intérêts de ces avoirs sont eux-mêmes mis au service de l'Ukraine. Et il est posé aussi, parce qu'on a confisqué ces avoirs. Gelés. Oui, on les a confisqués, donc gelés. C'est une chose de les geler et c'est une autre de les utiliser.
Je pense que ce qui est extraordinaire, que ça vienne du Rassemblement National comme de la France Insoumise, que ces groupes qui ne sont pas vraiment des férus du droit international, de la protection, de la finance, en tout cas c'est ce qu'ils prétendent, eh bien là, ils se partent en vertueux, en disant attention, il ne faut surtout pas altérer les règles du droit international et faire peur à la finance qui pourrait ne plus mettre son argent ici en Europe. C'est un paradoxe que j'ai trouvé assez saisissant, c'est-à-dire pour défendre la Russie, en être allé jusqu'à défendre les oligarques, la finance et le droit international.
Mais il y a quand même une question qui se pose, François Hollande, pour ceux qui nous écoutent et qui nous regardent, comment leur faire comprendre qu'on est contre la Russie parce qu'elle ne respecte pas le droit international, nos valeurs, alors que nous-mêmes on s'apprête à ne pas respecter le droit international en utilisant les avoirs russes ?
C'est paradoxal là aussi comme question, parce que si vous êtes attaqué militairement, vous dites moi je suis contre la guerre, je ne réagis pas ? Mais quand vous êtes agressé, la logique de la réponse, c'est quand même, on vous agresse, et là on vous agresse sur vos biens financiers, sur vos actifs, on ne vous agresse pas physiquement, et hélas, la Russie de Poutine a agressé physiquement, a tué des milliers de gens en Ukraine, et je crois que là-dessus, on ne peut pas mettre des principes d'équivalence. Le débat est lancé maintenant explicitement par Emmanuel Macron depuis une semaine, avec le retour de cette menace russe qui est nommée par le Président de la République.
Il faut réarmer la question de savoir comment, faut-il augmenter les impôts ? Vous évoquiez tout à l'heure le modèle social, faut-il éventuellement faire un effort sur la question des retraites, comme certains le proposent ? Alors d'abord, la menace russe, elle existe depuis des années, je l'ai même rencontrée, puisqu'on évoquait les négociations qui ont pu avoir lieu au moment de Minsk, qui était la première agression russe sur le territoire ukrainien. Deuxièmement, je l'ai rencontrée au moment de la Syrie, puisque Vladimir Koutin soutenait Bachar el-Assad, et allait même jusqu'à bombarder des villes entières en Syrie.
La menace russe, elle était déjà présente au Sahel, elle a fait en sorte d'ailleurs que les Français, et je les ai regrettés cette décision, se soient retirés du Sahel. A partir de là, elle n'est pas nouvelle la menace, elle a pris une dimension supplémentaire. Ce qui est nouveau, et qui justifie un certain nombre de choix européens et nationaux, c'est que Donald Trump n'assure plus la sécurité du continent européen comme par le passé.
Et donc, dès lors que l'Alliance Atlantique est devant cette réalité nouvelle, c'est-à-dire que son acteur principal n'est plus aussi engagé pour la garantie de notre propre indépendance et notre propre sécurité, il est légitime que les Européens s'organisent différemment. Mais comment ? Comment ici en France ? Est-ce par la hausse d'impôts ? Est-ce par la remise en cause éventuelle de certains points de notre modèle social, notamment l'âge de la retraite ? Alors, premièrement, c'est à ceux qui ont fait le moins d'efforts en matière de défense en Europe de consacrer, de consentir des hausses de dépenses en matière d'équipement militaire, de fourniture et d'organisation de leur propre force.
Je pense notamment aux Allemands, mais c'est également vrai pour les Espagnols, les Italiens.
Mais c'est notre cas en Europe.
Non, pour nous en France, il se trouve qu'en France, nous avons déjà un effort de défense qui est significatif, plus de 2% de la richesse nationale, nous avons la force de dissuasion, nous ne sommes pas les premiers concernés par une nécessité des prêts. Mais Sébastien Lecornu dit qu'il faut aller jusqu'à 100 milliards d'euros de défense. Oui, les ministres de la Défense cherchent à avoir le maximum de crédit, mais je reviens à la question, que l'Europe, elle, puisse, et c'est le rôle des conseils européens qui vont venir chercher de nouveaux moyens de financement pour aider les Etats, et notamment la France, à aller au-delà de ce que nous faisons, oui, il faut le faire.
Peut-être une capacité d'emprunt, peut-être des aides directes, c'est en ce moment... Ma question se portait précisément sur les impôts et sur les retraites. Oui, mais parce que je pense qu'il ne faut pas inquiéter davantage les Français. Ils sont suffisamment, disons, interrogatifs sur ce qui se passe, et même angoissés sur le fait qu'une guerre se situe sur notre continent en Ukraine et que les Etats-Unis sont dans une forme de lâchage et même d'agression commerciale et économique sur l'Europe. Donc, il ne faut pas les inquiéter davantage parce qu'il y a déjà matière. Mais donc, il y aura sûrement, c'était déjà prévu, des efforts budgétaires à engager sur les cinq prochaines années.
Ça va bien au-delà, simplement, du budget de 2026. Et comment doit s'organiser cet effort supplémentaire ? Au-delà de ce que peut nous apporter l'Europe, il y aura des arbitrages à faire sur le plan des dépenses. Ça représente peut-être un ou deux milliards à consacrer davantage que ce que nous faisions jusqu'à présent chaque année. Là, on parle plus du tout dans les mêmes ordres de grandeur du gouvernement. Non, parce que les ordres de grandeur, 100 milliards, je ne sais pas si on se rend compte... Aujourd'hui, c'est 58 milliards. Oui, donc, c'est passé à 100 milliards, on est à peu près à 58, donc à 100 milliards en 2030.
Je dis non, ça, ce n'est pas possible et ce n'est même pas nécessaire. C'est ça qui compte.
C'est intéressant ce que vous dites parce que vous avez été chef des armées. Vous connaissez l'état de nos armées aujourd'hui. Vous dites, en fait, tout ce que dit le gouvernement depuis plusieurs jours, en fait, ce n'est pas nécessaire de mettre beaucoup plus d'argent dans la défense.
Je dis qu'il faut faire un effort de défense, qu'il est déjà prévu par la loi de programmation militaire, et ce sera notamment après 2027, ce n'est pas forcément immédiatement, il est déjà prévu. Il a déjà été d'ailleurs engagé depuis maintenant 10 ans à partir de 2015. Il y a sûrement des dépenses supplémentaires à consacrer, mais on n'ira pas jusqu'à 100 milliards. Il faut laisser... Ou si on va jusqu'à 100 milliards, ce sera avec des aides européennes qui, jusqu'à présent, n'ont pas été encore mises au service de notre budget.
Donc le ministre de l'économie, quand il dit hier qu'il va sans doute mobiliser l'épargne privée des Français, c'est une erreur ?
Mais là aussi, là on parle du budget. Le budget, c'est le budget de l'État. Bon, l'État doit faire un certain nombre d'efforts pour les prochaines années. L'épargne privée, les entreprises ont besoin sans doute de fonds propres pour développer leurs investissements. Mais on ne va pas créer des produits d'épargne pour la défense. Il y a suffisamment de produits d'épargne qui peuvent servir pour financer les entreprises de défense. Et s'il devait y avoir un autre plan, il faudrait que ce soit non pas l'épargne privée, mais là aussi l'État qui rentre au capital d'un certain nombre d'entreprises. Donc on est très très loin de l'économie de guerre ?
Oui, je ne suis pas du tout là pour diminuer ce qui doit être fait. Au contraire, il y a des efforts collectifs à engager, mais je ne voudrais pas que cette discussion puisse aboutir à ce que les Français pensent qu'un plan d'austérité est demain nécessaire. Il se trouve, François Hollande, que vous avez été non seulement président de la République, mais aussi premier secrétaire du PS et que le PS s'approche d'échéance importante puisqu'il y aura au printemps un congrès. Et ce matin, Boris Vallaud, le président du groupe socialiste à l'Assemblée, dont vous faites partie, annonce sa candidature à ce prochain congrès.
Il se trouve aussi que vous avez travaillé avec lui puisqu'il était secrétaire général adjoint de l'Élysée. Lorsque vous y étiez, ferait-il un bon premier secrétaire du Parti socialiste ? D'abord, je connais les qualités de Boris Vallaud. Il a été auprès de moi à l'Élysée. Il est président du groupe socialiste et il fait bien son travail. Il l'a montré encore ces dernières semaines. Il y a un congrès, donc ça veut dire qu'il y a des textes qui vont être proposés. Le sien va être donc présenté. Et c'est en fin de parcours qu'on saura qui va être premier secrétaire. Vous n'avez pas de candidat ? Non, non, moi je ne veux pas avoir de candidat.
Ce que je veux, c'est que le Parti puisse se rassembler. Ça, c'est nécessaire après ce débat. S'élargir, parce qu'il y a le parti de Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve qui doivent nous retrouver. Et enfin, que ce soit sur une ligne qui permette d'avoir la crédibilité nécessaire dans le contexte international que nous connaissons. Et enfin, qu'il y ait un candidat socialiste ou social-démocrate à la prochaine élection présidentielle. Mais il y a un mot qui revient quand même de temps en temps qui va vous dire quelque chose. D'ailleurs, ce mot, c'est le mot synthèse entre ces tendances très divergentes du Parti socialiste. Un mot qu'on accolait souvent en votre nom.
J'ai été moi-même premier secrétaire. Je sais ce que ça représente. Oui, il faut à un moment faire une synthèse. Mais la synthèse doit se faire sur une conclusion. Ce n'est pas simplement de nous mettre tous autour de la table. La conclusion, c'est qu'il faut que le programme soit préparé avec l'esprit de responsabilité que nous devons avoir et deuxièmement, il faut que les socialistes puissent incarner l'espoir. Donc, il faut qu'ils inventent un certain nombre de propositions. Et troisièmement, il faut qu'ils aient un candidat. Vous soutiendrez un candidat, vous ? S'il y a un candidat socialiste, il faut qu'il y ait un candidat socialiste en 2027.
Ah non, non, je parlais d'un candidat au prochain coup. Non, non, je le laisse. Si je puis dire, passer le temps et l'âge pour aller me présenter moi-même et pour aller soutenir qui que ce soit. Mais je dirais ce que j'en pense à la fin du processus.
Dans la perspective de 2027, que ce soit Boris Vallaud ou Martine Aubry, ils appellent tous donc à une majorité, à une gauche la plus large possible, mais sans Jean-Luc Mélenchon, sans la France insoumise. Sauf que si on regarde les résultats de 2027 au premier tour, de la dernière présidentielle 2022, la gauche hors Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle au premier tour, c'est 8%. Lui, il en a fait 22.
L'élection, ce n'est pas la réplique de 2022. Ce qui se prépare en 2027, c'est un autre temps. Non, ça ne donne pas la base. Quel va être le sens du vote en 2027 ? Ça va être de dire, dans le contexte que nous connaissons, qui peut battre l'extrême droite ? Et quelle candidature peut être la mieux placée pour rassembler le plus d'électeurs de gauche et du centre ? Pour arriver au deuxième tour et battre Marine Le Pen. C'est ça l'enjeu. Et donc, la candidature de Jean-Luc Mélenchon ou de tout autre, de la France insoumise, mais ça ne vaut pas que pour la France insoumise. Toute candidature de radicalité, de brutalité, ne peut ni arriver au second tour, ni battre Marine Le Pen.
François Hollande était l'invité de France Info ce matin. Sous-titrage Société Radio-Canada
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