L'alcool : un tabou français ?
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France Inter Bonjour à tous, très heureux de dresser avec vous la table du débat de midi sur France Inter. Ça gargouille déjà et la salive coule légèrement de votre bouche en imaginant le bon plat mijotant sur la gazinière. Bah oui, on vient de prendre un petit déjeuner, et alors ? Installez-vous confortablement, ménage aux aguets, et venez donc participer en nous laissant notre vocale, les messages sur le WhatsApp de l'émission au 01 45 24 7000. Tiens d'ailleurs, pour le déjeuner, qu'est-ce qu'on boit ? Ah, tu prends de l'eau ? Ok, t'es sûr ? Parce que t'en as déjà pris hier soir de l'eau, donc ok, d'accord.
Alors, un petit verre de vin, cette phrase, vous la connaissez, c'est normal, car ne pas voir, ou d'une manière limitée, toujours perçue un peu comme étrange en France en 2024. D'ailleurs, en janvier de l'année dernière, Santé publique France révélait dans une enquête que les Français buvaient moins qu'avant. La part de consommateurs hebdomadaires, qui était de 62% en 2000, n'est plus que de 39% en 2021. Même constat concernant la consommation quotidienne. Alors, tant mieux, mais petit souci, si les plus jeunes boivent moins, ils ingèrent des volumes de boissons alcooliques plus importants que leurs aînés.
À cela, il faut rajouter toujours, selon Santé publique France, que l'alcoolisation ponctuelle est en hausse chez les femmes. Le constat est fait, et maintenant ? Difficile de vraiment s'emparer de ce problème quand nous sommes dans un si merveilleux pays de vin, de fabuleux nectar, vignobles reconnus dans le monde entier. Pour certains, en faire la promotion, c'est dangereux, car c'est de l'alcool. Pour d'autres, il s'agit de cultures sans vraiment de danger, à part un petit mal de crâne le lendemain. Et que penser de cette appétence pour les boissons sans alcool ? Rares sont aujourd'hui les supermarchés à ne pas en proposer des marques avec une croissance annuelle de 10 à 12%.
Alors, alcool, pas alcool, faut-il choisir son camp ? Et comment trouver un équilibre entre prévention et patrimoine ? Que de belles questions perspectives. On vous attend, vous aussi, pour faire trinquer idées en déposant messages et notes vocales au 0145 24 7000. Et cette fois-ci, sans modération, le débat de midi, ça commence tout de suite. Jean-Mathieu Pernin, le débat de midi sur France Inter. Et pour en parler, nous recevons autour de la table du débat de midi, Nelly David. Bonjour à vous. Bonjour. Alors, vous êtes directrice générale de l'association Addiction France, une association qui propose un accompagnement médico-psycho-social. Également, Marion Tago, bonjour. Bonjour.
Alors, vous êtes créatrice de contenu, puisqu'on peut vous retrouver en effet sur Instagram. Et bartender, alors juste pour expliquer ce que c'est que bartender.
Bartender, du coup, c'est vraiment un terme. Donc là, on va commencer dans l'expertise du barman. Le bartender, ça va être celui qui va commencer à jouer avec ses ustensiles, ses shakers et ses bouteilles. Voilà.
Et on vous retrouve notamment sur Instagram pour des recettes de cocktails.
Contrairement sous le nom de MT Bartending.
Voilà. Nous recevons également Benoît D'Onofrio. Bonjour. Bonjour, Mathieu. Vous êtes le premier sobrelier de France. Alors, qu'est-ce que c'est que le sobrelier ? Le franc, c'est du monde. Et du monde. D'accord, Tania, pardon, excusez-moi.
Non, non, blague à pas. Qu'est-ce que c'est que sobrelier ? Sobrelier, c'est un sommelier omnivert. Un sommelier, finalement, qui ne fait que renouer avec la vocation première de la fonction, à savoir s'occuper de toutes les boissons. Pas seulement du vin, pas seulement des boissons alcoolisées, mais bien également de l'eau, des cafés, des infusions. Le petit truc en plus, si je puis dire, c'est que, de mon côté, je fais des boissons non-alcooliques qui sont fabriquées sur mesure pour accompagner les plats des chefs que j'accompagne.
D'accord. Et justement, on va en parler avec vous, ce boom des boissons sans alcool. Aujourd'hui, on le voit, en effet, c'est assez impressionnant. Et également Ludovic Valbaum. Bonjour. Bonjour, Mathieu. Alors, vous êtes président du pôle onotourisme d'Atoufranc, vigneron, surtout de la septième génération. C'est incroyable. Septième génération dans la propriété familiale qui est le domaine Valbaum. Donc, ça se trouve en Ardèche, c'est ça ?
En Sud-Ardèche, exactement.
En Sud-Ardèche, je précise bien. Alors, il est vrai, au départ, quand on parle d'alcool en France, on a l'impression qu'il y a toujours cette difficulté entre le patrimoine, la culture et la prévention. Est-ce que trouver un équilibre entre santé-culture, c'est possible d'après vous, justement, Ludovic Valbaum ?
Effectivement, c'est tout à fait possible. Nous, l'énotourisme en est la preuve. L'énotourisme, c'est faire une rencontre entre un visiteur, un touriste, une destination, un terroir, et pour pouvoir pratiquer une activité de découverte entre des hommes et des femmes qui produisent sur ce terroir.
D'accord. Et pour vous, Nelly David, le fait qu'on soit si attaché avec vos mots, comme vous venez de le dire, terroir, culture, enseignement, et de l'autre côté, nous dire, attention, de trop boire, c'est dangereux pour la santé. Est-ce qu'il n'y a pas une petite, pas contradiction, je dirais, mais difficulté à faire passer le message ?
Il y a forcément une difficulté à faire passer le message, surtout en France, vous l'avez dit. Et aujourd'hui, on n'a pas du tout une ambition politique à la hauteur des enjeux que l'on a de santé publique. Vous ne l'avez pas dit, mais aujourd'hui, on en parle, mais il y a quand même... Enfin, l'alcool est le premier facteur d'hospitalisation en France, on a 41 000 morts, ça coûte 102 milliards d'euros par an. Et aujourd'hui, voilà, pas du tout. Alors oui, c'est très compliqué et nos politiques, je le dis, ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Est-ce que pour vous, c'est par rapport justement au poids culturel ou aussi, il faut bien le dire, au poids économique ? Parce que je rappelle quelques chiffres, ça pèserait environ, le marché des boissons alcoolisées en France, 50 milliards d'euros en 2021. Marché mondial, 1 500 milliards en France, donc 700 000 emplois. On voit aussi qu'il y a aussi ces décisions qui rentrent, j'imagine, en compte. Forcément, forcément. Alors Marion Tagot, vous-même, quand vous vous êtes lancé sur Instagram ou même dans ce milieu du cocktail, est-ce que vous vous êtes posé la question ?
Est-ce que c'est parce que c'était le produit qui vous intéressait, mais est-ce que vous ne vous dites pas à un moment, tiens, je manie aussi un produit, ce qui n'est pas de la nitroglycérine, mais en même temps, il faut faire attention.
Non, bien sûr, ça reste un produit qui est dangereux et réglementé, puisqu'on peut le voir, notamment dans les bars, c'est des débits de boissons, il faut répondre à de nombreuses règles. Quand je suis arrivée, moi, du coup, au moment du cocktail, ce n'est pas les questions que je me suis posées tout de suite. Pour rappel, j'étais jeune, j'arrive dans un lycée hôtelier, je découvre le cocktail, c'est beau, c'est coloré, ça fait rêver, mais ce n'est pas les questions que je me suis posées. Moi, ce qui m'a attirée tout de suite, c'est vraiment l'histoire de l'alcool et d'où ça vient, finalement, comment on en est arrivés à en consommer autant aussi, c'est ça qu'il faut dire.
Et c'est ensuite là où j'ai vu toutes les dérives qu'on pouvait avoir et aussi la forte consommation qu'on avait en France.
Oui, c'est ça. Vous l'avez dit, vous vous êtes aussi intéressé à l'alcool. Est-ce que vous diriez que c'est peut-être un peu ça aussi qui nous manque à nous, consommateurs, de savoir d'où ça vient, comment ça se passe, qui le fait, qui le fabrique ? Est-ce qu'on a un petit problème d'éducation ?
Je pense qu'on a un problème, pas d'éducation, mais de culture. De la culture, pourquoi ? Parce que finalement, tout ce qu'on boit, on ne sait même pas d'où ça vient. Les gens boivent du gin, ils ne savent même pas que c'est du jeûne évrier dedans. Donc, il y a un manque d'éducation là-dessus, ça c'est certain. Après, c'est aussi, je le vois moi à travers mes vidéos par exemple, il y a plein de gens finalement qui ne connaissent pas du tout et qui à chaque fois, je ne savais pas que je pouvais boire ça et ça ensemble. Donc finalement, c'est apprendre à boire différemment peut-être.
C'est ça, oui. Et vous, vous l'avez constaté aussi, Ludwig Valbaum, curiosité en effet pour des vignobles, pour parfois les messages aussi, il faut le dire, de prévention, mais sans vraiment connaître en fait toute la chaîne ?
On connaît toute la chaîne, si, on la connaît puisque ça fait partie vraiment, le vin est un élément culturel et patrimonial, donc on le connaît. Vous l'avez dit, moi je suis la 7ème génération, donc ça a été transmis.
Mais est-ce que le consommateur le connaît ?
Le consommateur le connaît, mais le connaît aujourd'hui sous un autre angle, on va être amené à le découvrir sous un autre angle, parce que c'est vrai que la notion de modération, de respect, de faire attention, de mieux comprendre le produit et la manière dont on le consommait est essentiel. Et nous aussi, on rentre dans ce cadre de consommation-là. C'est très important pour nous, on proche pour la modération. Et l'énotourisme justement, et cet acte qui, depuis le Covid, a été même amplifié, c'est-à-dire que les visiteurs, les touristes, veulent connaître, savoir comment on produit, de quelle manière, pourquoi, quel but, quel objectif à travers ça.
Et évidemment, on a un rôle durable aussi sur notre mode de production, sur notre mode de consommation. Et l'énotourisme nous permet, par d'autres portes d'entrée, c'est-à-dire que la dégustation et le produit est à la fin, au bout de ça, après la découverte des paysages et d'activités.
D'accord. Benoît Deneufriot, vous justement, quand vous travaillez sur des boissons sans alcool, quelle est la démarche justement du consommateur ? Pourquoi il recherche, d'après vous, aujourd'hui, de plus en plus de boissons sans alcool ?
Alors, je crois que depuis toujours, on a pu, tout en buvant des boissons alcooliques, boire des boissons non alcooliques. Quelqu'un, une personne qui ne boit pas d'alcool, est une personne qui en boit aussi, le plus clair du temps. La portion de personnalités qui s'abstiennent totalement de boire de l'alcool, ne sont pas majoritaires. La réalité, c'est que lorsque l'on s'adresse à une personne qui assume ne pas vouloir boire de boissons alcooliques en un temps précis, on s'adresse également à une personne qui boit de l'alcool en d'autres moments.
Donc la question, c'est de savoir comment est-ce que l'on fait pour s'adresser à des amatrices et des amateurs de boissons alcooliques à travers des boissons non alcooliques. Et c'est sur cette base-là, finalement, que je repose lorsque je réfléchis aux boissons que je vais faire émerger.
Mais vous-même, ça vous étonne en 2024 ? C'est vrai que c'est toujours surprenant ce que je disais en introduction quand quelqu'un dit « moi, je bois de l'eau ». Ça paraît toujours un peu étonnant, notamment l'été, quand on fait un peu la fête, etc. C'est toujours un peu étrange.
C'est étrange, mais ça le sera de moins en moins lorsque l'on proposera davantage de choses intéressantes qui permettront aux personnes de ne plus retourner vers l'eau systématiquement puisque avant le Covid, plus communément, désormais, justement, ça s'attend à s'améliorer. Mais la réalité, c'est qu'avant 2020, la majorité d'entre les propositions qui étaient faites, c'était des sodas, des jus de fruits, donc des boissons ultra infantilisantes. Très sucrées. Très sucrées, mais infantilisantes.
Ce qui veut dire que, de toute façon, on s'abaissait à revenir à une situation, finalement, qui n'était plus celle d'une esthète ou d'un esthète de l'alimentaire, mais d'une personne qui ne voulait pas faire travailler ses papilles au moment de la table.
Néi, David, on le voit, c'est aussi notre éducation. Tout à l'heure, on parlait de culture, mais notre éducation va, parce qu'on est très fiers de nos terroirs, va, j'irais, par provocation, vers l'alcool, naturellement.
Oui. Aujourd'hui, il faut avoir en tête, je dirais, qu'on boit de l'alcool en France à 14 ans. Le premier verre, il est pris en famille. On a fait des études là-dessus, et on sait que c'est 14 ans. Donc, premier verre d'alcool, 14 ans. On a une norme, enfin, on peut quand même tous le partager, qu'il y a quand même une norme sociale de l'alcool. Si vous n'êtes pas à une soirée et que vous ne buvez pas, voilà, ce n'est pas top, top, top. Et on parlait de culture, mais on a un autre sens, une dimension de la prévention, une culture de la santé publique qui n'existe pas aujourd'hui. On ne sait pas ce qu'est...
On sait que ce n'est pas bien de fumer, mais boire, on n'est pas un vrai mec si on ne boit pas. On n'est pas une super nana si on n'a pas notre verre de vin le soir en rentrant du travail, comme on le voit dans les séries américaines, etc. Donc, il y a une banalisation du produit. Et oui, c'est une approche culturelle qu'on doit déconstruire. Je me permettrais de dire qu'il y a une glamorisation du produit, qui est pérenne et toujours d'actualité. Si on peut aujourd'hui, effectivement, constater que la cigarette souffre d'une diabolisation, que ce soit sur les paquets de cigarettes, qui n'empêchent pas la plupart des fumeuses et des fumeurs de continuer à acheter des paquets de cigarettes.
Pour l'alcool, il n'y a aucun indicateur de nuisance sur les contre-étiquettes. Il n'y a pas une diabolisation, il n'y a pas une imagerie diabolique autour de l'alcool. Mais il ne s'agit pas d'en arriver à ce niveau-là. Ce qu'il faudrait, c'est peut-être, effectivement, prendre ses responsabilités en matière de valorisation de la santé publique, valorisation et du patrimoine culturel français côté boissons alcoolisées, et valorisation également de ce qu'il est possible de proposer en matière de boissons non alcooliques. Et c'est ce que de plus en plus de personnalités s'emploient à faire. Et le tout, c'est aussi de peut-être un peu moins jouer sur les segmentations et les clivages.
Et pour aller dans votre sens, il est vrai que sur la glamorisation, on voit James Bond qui ne fume plus, mais qui boit toujours. D'ailleurs, c'est un exemple. C'est vrai qu'on le boit toujours. Alors, je voudrais juste pour vous dire quand même qu'en France, pour aller un peu dans votre sens, pour vous rassurer, Nelly David, ça va tout de même un tout petit peu mieux. On va reprendre une archive qui date de 1956. Et vous allez voir que justement, là, on était aussi à un autre niveau par rapport à l'alcool.
Là, l'enfant vit sans contrainte. Mais son éducation s'est intégrée à son alimentation. Il y prend l'habitude de manger correctement. Un menu scientifiquement équilibré tient compte en ce qui concerne le choix des boissons de la dernière circulaire du ministre de l'Éducation nationale qui vient d'interdire dans toutes les cantines scolaires toutes boissons alcoolisées pour les moins de 14 ans. Cette mesure salutaire est étendue à la campagne où l'instituteur est tenu de surveiller le choix de la boisson qui accompagne le casse-croûte quotidien. La sobriété est une bonne habitude. Elle est la base même de la santé de nos enfants.
Journal, les actualités françaises. Donc, c'était en 1956. Donc, on ne buvait pas en dessous de 14 ans. Mais après, apparemment, on ne sait pas ce qui se passait. Mais il est vrai, quand Marion Tagosque disait Nelly David, vous-même aujourd'hui, qui travaillez autour du cocktail, est-ce que ça, vous l'entendez au niveau de la prévention ? C'est-à-dire, en gros, on se dit, c'est vrai que sur la cigarette, il y a eu énormément d'efforts de prévention quand on voit en effet les paquets avec des images assez affreuses dessus. Est-ce que vous dites qu'il y a deux poids, deux mesures ? En gros, on s'attaque davantage à la cigarette qu'à l'alcool ?
Oui, c'est un peu difficile de répondre à cette question parce que ce n'est pas vraiment à mon terrain. Moi, je suis vraiment derrière le bar. Je suis là pour servir des clients. Donc, les clients viennent au bar pour commander à boire. À 98% du temps, c'est des boissons alcoolisées, évidemment. Tes barmans, tu ne bois pas ? Déjà, pareil, c'est bizarre. C'est un peu difficile de répondre à cette question. Après, encore une fois, pareil, je pense que c'est un manque d'éducation et d'information. Et là aussi, où j'aimerais revenir, c'est qu'il y a seulement 10% de l'alcool consommé en France qui est consommé dans les cafés, bars et hôtels.
C'est-à-dire, le reste, c'est consommation personnelle ?
Le reste, c'est à la maison, consommation personnelle, festival. Et c'est là où je pense qu'on n'a pas d'emprise. Ce que disait du coup Benoît, c'est que l'alcool n'est pas diabolisé. Et finalement, on n'a pas conscience que l'alcool, ça peut rendre des fois des personnes agressives à la maison, au domicile de là où on vit.
Ludovic Valbaum, au 01-45-24-7000, Clément nous dit, en France, si on boit du vin, c'est ce que vous disiez tout à l'heure, tous les jours et de l'alcool en général, jusqu'à livrer ce week-end, on est considéré comme un bon vivant. Par contre, si on fume un joint de temps en temps, c'est ce qu'il nous dit, tu es un drogué. On va parler de la différence dans un instant, mais est-ce que c'est ça aussi le côté bon vivant qui, à un moment, a pu jouer, même par rapport à vous, en disant, voilà, en gros, on y va pour, on boit jusqu'à l'ivresse, forcément, pour être par terre tous les week-ends ?
Il a pu jouer à un moment, mais je crois qu'aujourd'hui, il est vraiment plus glamour, justement, ce côté bon vivant de l'ivresse permanente, de la débauche. Aujourd'hui, consommer ou pouvoir déguster des vins, appréhender un produit viticole, le produit sur un terroir, c'est quelque chose d'autre. C'est justement, ça peut paraître un gare, mais c'est aller vers le producteur, vers les vignobles, pour mieux connaître, pour appréhender et pour apprendre à le déguster. Et là, tout de suite, on va le partager parce que 45% de nos visiteurs sont en famille, 20% sont entre copains, 20% entre amis, c'est-à-dire qu'on ne le fait pas seul, on le partage.
Et quand on n'est pas seul, justement, on a de la réassurance de l'enjeu et c'est là où on a le regard de l'autre et on ne cherche pas à gonfler les muscles.
Né, David, pour vous, quand on entend justement, pour vous, le no-tourisme, c'est un tourisme normal ou au contraire, avec lequel il faut faire attention ?
Alors, moi, j'allais répondre avec le détricotage de la loi Evin. Voilà.
La loi Evin 91, en effet, qui a permis l'absence de publicité sur l'alcool.
Loi Evin 91, unique au monde, une loi de santé publique très forte, tant sur le tabac que sur l'alcool, et qui encadre les publicités alcooles. Et le dernier détricotage a été, alors, je suis désolé, Ludovic, sur le no-tourisme, parce que ça a permis de passer à la télévision des publicités pour le no-tourisme. Donc, forcément, ça a un impact sur la consommation. Nous, au sein d'Addiction France, on ne veut pas que les vignerons arrêtent de faire du genre. On ne faisait pas ça du tout l'objectif. Ce qu'il faut, c'est avoir une approche systémique. Et il faut qu'on ait en France des politiques de santé publique portées par des acteurs de santé publique. C'est ça que l'on souhaite.
Et on n'est pas du tout à dire... Moi, je souhaite revenir sur la diabolisation. Excusez-moi, j'en ai juste pour une minute.
C'est le monde parce qu'après, on entendra une autre album. Allez-y, je vous en prie.
Non, mais c'était juste de se dire que, pour moi, c'est plus une banalisation, aujourd'hui, de l'alcool, qui est vraiment à l'œuvre, qu'il faut travailler.
Voilà.
J'arrête là.
Très bien, c'est ce que vous disiez. Vous vouliez réagir sur le no-tourisme, la loi Evin, justement, ce détricotage.
Effectivement, je ne rentrerai pas dans la loi Evin, mais je crois que ce n'est pas juste de dire qu'en France, on a contourné la loi Evin par les no-touristes. Ça serait vouloir réduire tout un pan de l'activité touristique et de la destination France, en France. On sait qu'aujourd'hui, les touristes cherchent des thématiques. L'art de vivre, notre patrimoine, ce que l'on peut vivre à travers nos vignobles et nos paysages, en fait partie.
Et aujourd'hui, je voudrais bien préciser que les no-tourismes, pour la filière viticole française, c'est aussi pouvoir gagner une plus-value et une valeur ajoutée à ce qu'ils produisent toute l'année en faisant payer leurs visites ces actions-là avant même de vendre du vin ou de faire déguster nos vins.
Néi David.
Non, non, je voulais juste... Je me suis mal exprimée. Non, non, mais je n'en ai pas mal exprimé. Non, non, c'est sur la loi Evin, en fait, c'était par rapport au fait que le détricotage a porté sur le fait que maintenant, à la télévision, vous avez de la promotion, on va dire, pour le no-tourisme, ce qui était impossible dans les années, alors je n'ai plus la date, 2016, 2007. C'est ça,
ça a été détricoté en 2015.
C'est cet élément-là dont je parlais. C'est le fait de pouvoir faire la promotion du coup du vin, alors de le no-tourisme à la télévision qui avant était interdit.
Voilà, c'est vrai.
C'est de ça dont je parle.
C'est vrai qu'on se souvient à l'époque, on se disait, voilà, le no-tourisme, en gros, c'était pour cacher derrière du vin, tout simplement, pour nous cacher, pour nous vendre des bouteilles de vin.
Non, pendant longtemps, le no-tourisme, c'était un peu une tarte à la crème, on ne savait pas vraiment ce que c'était. Il y a quelque chose qui a été mis en place, Hervé Novelu le portait avec le COSO, le Conseil supérieur de le no-tourisme, et puis il y a eu la fédération du label porté par Atout France Vignoble et Découverte qui mettait en lien les acteurs du tourisme et les caves viticoles de nos territoires sur les 90 régions viticoles de France. Et en fait, pas du tout, c'est vraiment ouvrir ce lien de la destination de ce que peut représenter le tourisme dans nos vignobles.
Je rappellerai qu'aujourd'hui, c'est quand même près de 10 millions de visiteurs, plus de 10 millions de visiteurs pour plus de 5 milliards de chiffres d'affaires sur 11 000 caves. Donc ça dépasse même l'enjeu du produit en tant que tel.
Alors, on le voit au 01, 45, 24, 7000, vous parlez beaucoup en tout cas des boissons sans alcool. D'ailleurs, Marion Tagot, je ne sais pas si vous parliez tout à l'heure de vos clients qui demandaient des boissons alcool, mais est-ce qu'ils en demandent aussi des boissons sans alcool ?
Alors, là, on a des grosses demandes en ce moment de cocktails sans alcool particulièrement. Donc moi, là, je suis sur l'ouverture prochaine de mon bar à Bourges. Le Nolo, je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler, c'est un terme qui signifie sans alcool ou très peu alcoolisé.
D'accord.
Et donc, c'est vraiment un nouveau type de boisson, je pense que Benoît connaît, avec tous les spiritueux sans alcool qu'on peut trouver sur le marché. Pour moi, c'est vraiment quelque chose qui a complètement sa place aujourd'hui en France et qui va exploser dans les prochaines années.
Et justement, c'est ce que nous dit Alain, qui nous dit ça justement, Benoît Donofrio. Pour vous, j'ai totalement arrêté les boissons alcooliques depuis cinq ans par choix. Je suis heureux de savoir que votre invité, donc vous et vous aussi, invente des boissons non alcooliques car quand je veux au restaurant, je suis forcément cantonné à l'eau et c'est triste, nous dit-il. Et on va en parler justement dans un instant. Après la musique, c'est Solène qui nous dit je teste pour la première fois. Alors là, c'est assez dur. le dry summer. Voilà, après le dry january, le dry summer. Plus difficile qu'en janvier. Ce qui est fou, c'est qu'on doit se justifier.
Mais très vite, on comprend que les gens parlent de leur propre peur et elle nous dit, voilà, vive les boissons festives et pas trop sucrées justement. Dans un instant, on va parler du dry january et des petits soucis justement du soutien par rapport au pouvoir public que ça peut avoir. C'est dans un instant, juste après l'impératrice avec Mida Igual.
Le débat de midi,
nous parlons de l'alcool et oui, de ce débat. Est-il possible de l'avoir l'alcool, notamment quand on aime bien l'eau, par exemple ? Et on sait que c'est difficile d'en parler dans une patrie qui est aussi fière et c'est normal aussi de ses vignobles, mais prudent. C'est d'ailleurs au 01 45 24 7000 où vous pouvez laisser vos messages et également vos notes vocales. Vous êtes nombreux à intervenir. Benoît Deneufriot, dont je rappelle, vous êtes sobrelier, donc la version sobre de sommelier. D'ailleurs, vous avez utilisé un terme et Nicolas nous dit pourquoi vous utilisez le terme boisson alcoolique plutôt que boisson alcoolisée ?
C'est quoi la différence ? La différence, c'est qu'une boisson alcoolique, c'est une boisson dans laquelle on ne va pas ajouter d'alcool. C'est une boisson qui sera alcoolisée normalement, si tu vois bien, suite à une fermentation alcoolique. D'accord. et après on peut distiller et après on peut distiller des boissons alcooliques dont l'alcool est issu d'une fermentation alcoolique et ce qui permettra d'avoir des degrés de teneur en alcool un peu supérieurs. Mais voilà. D'accord,
juste pour faire un petit point à l'Académie française, par exemple, le vin, c'est quoi ?
C'est une boisson alcoolique. Alcoolique. La bière est une boisson alcoolique. Et on ne parle pas de boisson sans alcool lorsqu'on parle de vin. On parle de vin désalcoolisé. D'accord. Lorsqu'on parle de bière sans alcool, on ne devrait pas dire sans alcool. La plupart du temps, on parle de bière désalcoolisée.
D'accord. En effet, d'accord.
Les faux spiritueux, les aspiritueux, comme je me plais à les appeler, sont des copies. Ce sont des boissons qui prétendent à être ce qu'elles ne sont pas. Là, on peut, normalement, si la boisson qu'elle cherche à copier répond à une dénomination protégée, ces boissons-là ne pourront pas s'attribuer à la domination de la boisson qu'elle tente de copier.
Voilà, en tout cas, le point professionnel. Benoît Deneufriot, également autour de la table, Nelly David, directrice générale de l'association Addiction France. Ludovic Valbaum, président du pôle Onotourisme d'Atout France et Vigneron lui-même au domaine Valbaum et Marion Tagot, créatrice de contenu Bar Tender, tout ça, bien sûr, avec modération, puisqu'il faut le préciser, nous sommes en direct et nous sommes sur les antennes médiatiques.
Alors, il est vrai aussi, on a une autre question, et c'est ce dont vous abordiez tout à l'heure, Nelly David et Marion Tagot, je ne sais pas ce que vous en pensez, c'est Dominique qui nous dit je ne bois jamais d'alcool et on est constamment, moi je suis toujours mis à l'écart, confronté à une sorte de mise à l'écart lors des apéros avec mes amis. Est-ce que vous-même, de temps en temps, quand vous êtes au bar, quand des gens commandent, est-ce que vous avez l'impression qu'en effet, ceux qui en boivent moins ou ceux qui hésitent à en boire, est-ce qu'ils sont un peu mis à l'écart ?
Ah bah c'est souvent le premier qui est parti, on va se sentir, non non, aujourd'hui, il y a quelque chose que je vois beaucoup plus qu'avant, les groupes d'amis arrivent toujours avec un Sam.
Alors un Sam,
quelqu'un qui va pouvoir les raccompagner. Exactement, donc Sam c'est celui qui ne boit pas, c'est celui qui ramène. Exactement. Ça arrive de plus en plus souvent, on est aussi dans une ère, en tout cas pour les générations nouvelles, donc on va dire les 18-20 ans, ceux qui viennent d'arriver, ils ont plus cette conscience d'avoir un réel danger avec l'alcool et surtout de pouvoir être dangereux pour les autres, en rentrant alcoolisés par exemple. Donc ils sont plus faciles à commander, mais c'est vrai qu'il y a quand même un fossé qui se creuse entre ces groupes de personnes. Après encore une fois, ça dépend aussi les liens, les intérêts des gens et ça on n'y parle.
Alors on va parler d'une opération qui est arrivée en France depuis 2019 et qui remporte de plus en plus un petit succès, c'est le Dry January. L'idée en fait, c'est de ne pas boire pendant un mois, ça fait du bien, nous dit la Santé Publique France et on va entendre justement bien que de plus en plus deux Français tentent l'expérience. Ça a été le cas cette année de Lauriane et Tiffaine au micro de Raphaël Aubry.
Elles ne se connaissent pas mais elles avaient le même objectif, Lauriane et Tiffaine, 30 et 26 ans.
Pour l'instant, je suis dans l'équipe qui a réussi. J'ai tenu 9 jours.
Celle qui a craqué, c'est Tiffaine.
Parce que je pense que je n'ai pas vraiment de mental et aussi parce que j'ai des anniversaires qui sont arrivés dans la foulée. Il y a eu des fêtes au sein de mon agence.
Du mental, Lauriane en a. En plus, elle s'est mise toute seule en difficulté.
J'ai eu la très bonne idée de faire ma crémaillère en janvier avec tous mes amis que je n'avais pas vus depuis l'année passée et donc qu'ils sont arrivés avec des bouteilles de champagne et évidemment de quoi célébrer pour l'occasion.
Et donc les bouteilles de champagne, elles sont toujours
dans l'appartement ?
Elles sont au frais et elles ont hâte d'être débouchées pour le mois de février.
Voilà, donc un exemple en effet de personnes faisant ce fameux dry januari. On sait que ça peut être difficile Naïe David, mais pour vous, aujourd'hui, c'est quelque chose qui commence à prendre en France ?
Alors, oui, on voit que... Nous, on parle de défi de janvier.
Défi de janvier, pardon, bien sûr. Tout à fait, c'est très bien. Défi de janvier.
Non, mais c'est pour aussi avec des copains, des collègues ou autres de se dire, tiens, si j'arrête de voir, qu'est-ce qui se passe ? Et oui, ça prend, c'est soutenu par des associations uniquement. Donc, ce ne sont que des associations qui portent le défi de janvier en France. Et oui, on voit que la population accroche et ce qui est intéressant d'entendre là, c'est la pression sociale en fait. Alors, juste très rapidement, les objectifs du défi de janvier, c'est d'arrêter de boire, mais pas pour arrêter de boire, mais pour se dire qu'est-ce qui se passe là au niveau individuel. Est-ce que si je ne bois pas pendant 15 jours, une semaine, trois jours, qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce que je ressens physiquement ? Et puis aussi, comment, au sein de la société, dans mon environnement, qu'est-ce qui se passe ? Et c'est ça qui est intéressant d'observer.
Oui, c'est ça. Et on voit, on est toujours étonné. Ludovic Valbeau, vous en pensez quoi, vous, de cette initiative ? Parce que c'est, on va voir après que les pouvoirs publics ne la soutiennent pas vraiment, mais justement que ce ne sont que des associations et que ça commence à rentrer petit à petit.
Effectivement, ça permet peut-être de challenger, de se positionner sur un moment, d'essayer, de faire un challenge entre amis. Mais je crois que plus loin que ça, il faut la modération au quotidien, à la semaine, sur la période hebdomadaire. Et ce qui est intéressant, c'est d'être libre de sa consommation en étant conscient. Et je crois que ce qui est prescrit aujourd'hui, le cadre dans lequel nous, on s'inscrit, c'est ce cadre de deux verres par jour et de deux jours d'abstinence par semaine.
Et c'est tout au long de l'année, c'est en faisant ce travail tout au long de l'année raisonné, qu'on peut se rendre, ne pas être addict justement de la consommation au-delà du challenge du mois de janvier sur lequel Nelly sait ce que je peux en penser mais je n'ai rien contre. D'accord, oui.
Benoît Delofrio, vous pensez que c'est une bonne initiative au départ ?
Le Dry January en tant que tel, je pense effectivement que c'est une initiative louable. Elle permet de fédérer autour d'un effort collectif ou tout au moins encourager collectivement mais je relèverai un moment de la pastille qu'on a écoutée. La jeune femme parle de mental. Elle dit qu'elle n'a pas le mental, enfin qu'elle n'a pas eu le mental et c'est ça qui l'aura conduit. Moi, j'aimerais parler de soutien et on a tendance à parler du soutien familial, amical, on responsabilise beaucoup les pouvoirs publics. Je suis sobrelier, les sobres comme tout le monde l'aura déjà compris. Je travaille en restauration.
Je crois que si les restauratrices et les restaurateurs prenaient leurs responsabilités, notamment pour que les gens n'aient plus à se dire que faire un Dry January ou une période de remise en question de ces habitudes de consommation, ça n'est pas tant rentrer dans un temps où on va se priver, mais un temps où on va pouvoir s'ouvrir à d'autres choses. Donc nous, en tant que restauratrices et restaurateurs, est-ce qu'on ne devrait pas de façon urgente et plus collectivement nous atteler à faire émerger de nouvelles propositions de boissons ? Pourquoi pas viser une parité dans la proposition de boissons alcooliques et de boissons non alcooliques ?
Et pourquoi pas aussi, et ça je m'adresse à toutes les sommelières et tous les sommeliers, pourquoi ne pas en finir avec l'accord intégralement alcoolique ? Et pourquoi pas proposer des accords de un accord qui soit partiellement composé de boissons alcooliques et de boissons non alcooliques ?
Quand vous dites accords, c'est ce qu'on peut voir accords mes vins ? Les accords mes boissons, exactement.
Mais pourquoi pas finalement se servir de notre métier, que ce soit côté sommellerie, côté service, plus largement, ou côté cuisine, pour renouer avec la vocation clé du travail de restauratrice et de restaurateur, c'est celui de prescriptrice et de prescripteur de nouvelles façons de s'alimenter, de façons qui ont du sens, de façons responsables, de façons qui résonnent avec notre environnement social, écologique, politique. Ludwig Galboum, vous vouliez réagir ?
Et durable, complètement, je souscris totalement à ce que vient de dire Benoît, je le vois moi-même sur mon domaine, donc dans la maison familiale, j'ai un hôtel avec un restaurant où les expériences sont prononcées, on a à peu près 10-20% des personnes qui boivent des cocktails, des propositions de boissons sans alcool et on le favorise, j'ai une sommelière qui a une grande proposition et je l'ai prise entre autres pour ça également et on oublie, en étant président du pôle Etnotouris, je suis aussi président du pôle Etnotouris et gastronomie à la Tour France et ce pan qui est très important de notre culture et de notre civilisation, le vin est un lien, il est un lien avec la table, avec les produits mais on peut se mettre aussi autour d'une table sans boire forcément du vin et avoir d'autres boissons qui viennent l'accompagner, le thé ou des hôtels, des jus et autre chose et ça me paraît très important de souligner ça et la sommellerie évolue dans ce sens-là aujourd'hui, c'est de pouvoir avoir le choix et la liberté.
Justement, Mario Vago, ça vous donne des idées, ça vous vous dites tiens, il faut aussi peut-être que je propose autre chose.
Je suis contente d'être là parce que ça permet d'avoir vraiment des points différents mais finalement, je suis quand même très raccord avec Benoît parce que ce qu'il dit c'est qu'il y a de la demande mais il n'y a clairement pas d'offre, on ne va pas se mentir. Les bières 0%, je ne vais pas boire ça, ben si.
Il y a toujours ça aussi au départ, c'est de se dire tiens, comme je connais le goût précédemment avec de l'alcool, avec modération, le 0% ne va pas m'intéresser, ça c'est quelque chose.
Souvent, après encore une fois, pareil, c'est un manque d'éducation et les gens ne savent pas, ne connaissent pas, c'est à nous, justement professionnels, de savoir le vendre, de leur montrer, de pouvoir les accompagner dans cette transition finalement. Mais ouais, non, c'est un point intéressant et il va falloir...
C'est ça aussi, alors Néi David, on le voit, là vous dites, c'est à nous professionnels, c'est à vous association, mais alors c'est marrant, il y a un acteur là-dedans, c'est au-dessus encore, c'est marrant, c'est l'État, on voit que depuis 2019, ce défi de janvier, eh bien il n'est pas du tout aidé, on parle toujours de campagnes qui pourraient se faire et puis finalement, elles ne se font jamais ces campagnes de la part du gouvernement, de l'État. Pourquoi ça d'après vous ?
Vous l'avez rappelé en début d'émission, le poids économique de l'alcool et pas que le vin, mais l'alcool au sens très très large, un poids économique, alors 700 000 emplois, deuxième balance commerciale, je ne sais plus combien de milliards, donc du coup, tout ça nous amène à un lobby très important, qui fait qu'aujourd'hui, 2023, trois campagnes sur la prévention liées à l'alcool qui ont été annulées. Donc ça, ça nous met très en colère, forcément, parce que tout à l'heure, je vous ai parlé des dommages qui sont initiés par l'alcool et en tout cas, au niveau d'Addiction France, on est au clair qu'il n'y a aucune volonté politique de vouloir faire bouger cela.
Je ne sais pas si vous vous rappelez, en tout cas, moi je l'ai bien en tête, plusieurs professeurs de médecine au mois de décembre avaient appelé de leur vœu, avaient fait une lettre au ministre de la Santé en demandant qu'il y ait un défi de janvier, qu'il y ait une campagne qui soit mise en place. Il n'y a eu aucune réponse et rien ne bouge. Donc, on espère que dans les mois et années qui viennent, l'alcool sera pris comme un produit qui n'est pas banal, un produit sur lequel il faut s'atteler et c'est fondamental.
Et surtout, ça dépasse toute tendance politique. J'aurais vous cité une phrase de l'ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine, ministre de la Santé de 2012 à 2017. Selon elle, le vin et l'alcool est, je cite, l'un des rares sujets sur lesquels vous mobilisez 80% des parlementaires à 4h du matin. Ce qui prouve, c'est quand même une boutade. Mais en même temps, elle dit, par rapport à ce... Vous parliez de lobby, là on le voit, c'est-à-dire que tous les textes ne mobilisent pas à 4h du matin.
Non mais tout ce lié, je peux vous assurer que vous prenez... Alors, Addiction France fait tous les ans on a mis en place un observatoire des lobbies sur l'alcool et donc on est à notre sixième rapport et oui, lorsque vous avez une phrase qui a un impact, vous réveillez des députés à 3, 4, 5h du matin, il n'y a personne à la Santé de la Santé et d'un seul coup, tout le monde arrive. C'est étonnant.
Vous en pensez quoi justement de ça ? Le fait qu'à un moment, aujourd'hui, le gouvernement dit je ne vais pas mettre en péril une filière pour une campagne de prévention.
Mettre en péril une filière... Une filière alcool... Alcool ? Voilà, alcool. Moi, je parle de la filière viticole ou en tout cas, je parle de l'énotourisme pour cette filière viticole. Je ne peux pas prononcer pour la filière viticole, je ne suis pas là pour ça aujourd'hui. Mais vous êtes aussi touché. Mais on est touché. Il est clair qu'aujourd'hui, on l'a dit, je sais que Nelly n'aime pas qu'on prenne cet axe-là, l'axe économique est important, mais moi, vraiment, destination France, son art de vivre, ses paysages et ses vignobles représentent. On prêche, il y a un cadre qui est donné. Nous, on agit, on pratique notre énotourisme dans ce cadre-là avec une consommation modérée.
On ne voit pas en quoi une campagne pourrait finalement vous pénaliser,
finalement ? Tant qu'elle ne cible pas principalement le vin, je vous dis, pourquoi pas ? Moi, inciter la modération, mais c'est ça. Si l'on ne joue pas de tentative de diabolisation, en fait, il s'agit d'une part, je crois aussi, pour ne pas voir arriver les offres de boissons non alcooliques comme un danger pour les boissons alcooliques, il faut arrêter de les opposer diamétralement. Et je crois qu'il serait peut-être important aussi d'arrêter de faire arriver sur le marché des boissons qui prétendent être des boissons alcooliques.
Parce que ça, ça fait du tort aux filières vitivinicoles, aux filières alcoolières tout entières, mais surtout, ça fait du tort aux consommatrices et aux consommateurs qui, lorsqu'on leur propose une bière 0%, je connais le goût de la boisson qui a de l'alcool, de la même boisson que de l'alcool. Comme je l'ai dit en ouverture d'émission, quelqu'un qui ne boit pas, c'est quelqu'un qui boit aussi. Donc, commençons à traiter les consommatrices et les consommateurs en tant que tels en se disant que des personnes qui, en un temps donné, sont susceptibles de ne pas boire d'alcool sont des personnes qui peuvent, en d'autres périodes, s'autoriser de l'alcool.
Donc, autant leur proposer autre chose, d'autres profils de boissons. J'encourage, mais vraiment le plus vivement du monde à ce que les forces de proposition en matière de boissons qui arrivent sur le marché se mettent à innover et à proposer des choses qui ne ressemblent à aucune autre. Néi David, oui. Je voulais rebondir sur ce que disait Ludovic. Ludovic Valbaum. Ce qui, pour nous, au sein d'Addiction France est important, c'est qu'on n'est pas contre la filière vitivinicole. Ce n'est pas ça l'idée. C'est qu'aujourd'hui, les lobbies ne peuvent pas intervenir dans des problématiques de santé publique. Ce n'est pas leur rôle qu'ils fassent ce qu'ils ont à faire.
Mais on ne peut pas avoir une lettre de vin aux sociétés qui disent les sociétés, le lobby, du vin, oui, désolé, qui expliquent clairement que les campagnes n'ont pas lieu d'être et que ces campagnes n'ont pas lieu d'être. Ça, c'est inacceptable. Et que 42 médecins, professeurs de médecine signent dans le Parisien une tribune disant voilà, il est important et que ça ne réagit pas. C'est ça qui nous pose problème. C'est qu'aujourd'hui, il faut que la France ait une santé publique ambitieuse en matière d'alcool. Et que le lobby reste un lobby économique, etc., mais ne vienne pas s'immiscer dans la santé publique. C'est fondamental.
Le Higlebo, vous vouliez réagir ? Non, non,
mais totalement. Je crois d'ailleurs, on voit bien qu'on voit que depuis 60 ans, mais on va dire ces 30 dernières années, la consommation d'alcool a baissé et principalement celle du vin. On a eu un exemple, une capsule tout à l'heure qui prenait et sur lequel on était totalement d'accord. Mais aujourd'hui, on voit que les consommateurs de vin, ce travail que l'on fait à travers les non-tourismes notamment porte, c'est-à-dire mieux consommer, plus juste, moins, en connaissance. Et on voit que la consommation part sur le prénium aujourd'hui, sur les appellations plus ciblées, moins quantitatives.
Et c'est ce travail que la filière vin a fait dans la consommation d'alcool général pour ce bien de santé. Et il y a encore du travail à faire, Nelly, je suis bien d'accord et vous pouvez compter sur nous. Il ne faut pas s'opposer. Non mais, Benoît l'a très bien dit, il ne faut pas opposer tous les pans, mais c'est ensemble qu'on réussira à préserver à la fois l'identité de notre patrimoine et notre santé publique à tous.
Allez, on continue à parler justement de l'alcool, de cette situation en France et de ce débat avec vos questions dans un instant au 01-45-24-7000. Ce sera juste après Heels et Sweet Smile. Le débat de midi, nous parlons de l'alcool en France. Pourquoi est-il si difficile d'en discuter sur son côté parfois un peu sombre aussi ?
Pour en débattre, nous avons autour de la table Ludovic Valbaum qui est président du polo noturis d'Atout France et Vigneron lui-même en Ardèche, Marion Tagot, créatrice de contenu et bartender, Nelly David, directrice générale de l'association Addiction France et Benoît Donofrio, premier sobrelier de France et peut-être du monde nous dit-il la version sobre de sommelier. Il y a tout de même un sentiment et ça c'est au 01-45-245-242 7000 où vous nous laissez des messages et vos notes vocales. C'est un sentiment aussi qui est assez partagé par vous.
Sylvie qui nous dit ne pas oublier que l'alcool est aussi un anxiolytique et quand une société ne va pas très bien ou la jeunesse il est très facile d'utiliser l'effet anxiolytique de l'alcool. Marion Tagot, à votre avis, est-ce qu'on voit ça ? En effet, on voit des plus jeunes qui consomment moins mais avec en plus grosse quantité aujourd'hui selon Santé publique France.
C'est pareil, c'est difficile de répondre à ça. Il y a différents types je suis dans un bar de débit je peux le voir c'est de la grosse quantité je ne viens pas pour un verre ou deux les mecs qui viennent carrément pour la bouteille mais non, je pense que l'environnement politique social tout ce qu'on a autour ajoute une pression supplémentaire et vu qu'on est interdit de tout faire partout et bien allons boire un verre et ça ira mieux
c'est pas du tout Oui c'est ça aussi Nelly David on le voit aujourd'hui peut-être dans cette ambiance qu'on a pu voir alors ces derniers temps on le voit international nationalement économiquement c'est pas terrible politiquement c'est compliqué et on se dit que l'alcool joue son rôle d'anxiolotique pour certains
On le rappelle c'est aussi un produit qui du coup est en vente libre donc forcément c'est un produit qui n'est pas banal qui est dangereux qui est en vente libre et oui forcément ça peut les bars etc complètement
Et Léa au 0145 24 7000 tenez Marion c'est pour vous ça elle dit bonjour moi je suis une jeune fille et je constate que dans les festivals les bartenders justement me rient au nez lorsque je demande un thé ou une tisane ils n'en ont même pas je trouve ça dommage que l'offre soft donc c'est-à-dire sans alcool soit si réduite alors que la demande est là en festival
La réponse à la question je ne sais pas si c'est valable partout mais sur la plupart des festivals il y a des grosses marques qui sont présentes avec des contrats d'exclusivité donc c'est seulement leurs boissons qui sont vendues et donc en général les marques qui sont présentes elles ne font pas du thé et du café donc je ne sais pas s'il y a un rapport avec ça mais moi j'ai pu rencontrer ce problème
Dernière question pour vous Dans certains bars et restaurants le demi de bière est moins cher qu'un Diabolo et autres sodas est-ce que c'est vrai ?
Non le demi de bière aujourd'hui non par contre le Ricard Je me permets de rebondir parce que c'est assez intéressant en fait la plupart d'entre nous ici et de nos auditrices et de nos auditeurs sont certainement familiers et familiers de la notion d'happy hour
Oui tout à fait alors ça veut dire que quand on achète un verre on peut en avoir un deuxième
Mais le plus clair du temps on devra avouer que les boissons proposées à tarif préférentiel sont souvent des boissons alcooliques Or la loi précise que lorsque l'on fait un prix sur une boisson alcoolique il faut qu'il y ait en face une boisson non alcoolique qui voit son prix baisser à hauteur de la même ristourne et ça n'est quasiment jamais le cas ça témoigne ça témoigne outre le fait qu'on ne respecte pas la loi on n'est plus à une loi à ne pas respecter près de toute façon ça témoigne aussi du fait soit que effectivement personne ne consomme de boissons non alcooliques dans les établissements de restauration il faut peut-être se poser la question de savoir pourquoi peut-être que l'offre n'est pas intéressante et je crois surtout que ça souligne une volonté affichée par les les personnes qui tiennent ces établissements de ne pas encourager une consommation autre que la consommation de boissons alcooliques parce que l'on sait ou l'on peut supposer que consommer de l'alcool c'est un peu se libérer de beaucoup de choses notamment de du poids de la réalité et du rappel à certaines obligations et donc peut-être qu'on consomme plus et qu'on est moins regardant vis-à-vis de beaucoup de choses et notamment la qualité des boissons lorsque l'on s'alcoolise des choses qui sont posées sur la table et qui demandent réflexion
Juste un mot Benoît Dodefriot Corinne 0145 24 7000 nous dit est-ce que je ne sais pas si c'est vrai pourquoi les boissons non alcoolisées sont beaucoup plus chères que les alcools est-ce que c'est vrai ou pas ?
Dans les faits oui en observation c'est le cas et je pense que c'est une manœuvre dissuasive je pense que aussi il y a il y a ce fait qui est intéressant c'est que lorsque l'on prend un colat industriel dans un bar enfin sur une carte lorsque l'on prend une carte et que l'on voit qu'un colat industriel est vendu à 7 euros alors qu'on connait son prix pour 2 litres en supermarché donc ce même colat que l'on va pouvoir s'acheter 10 fois moins cher en supermarché en face on a des boissons dont on ne connait pas la politique de la politique tarifaire d'application de coefficients en fait on se fait avoir de la même façon si je puis dire sauf que vis-à-vis du colat la consommatrice et le consommateur savent à quel point ils se font avoir et pour la boisson alcoolique ils ne savent pas parce qu'ils n'ont pas le référentiel en la matière
Néi David sur le prix justement de l'alcool vous par exemple vous militez pour un prix plus important on se souvient d'Elisabeth Borne il y a un an pile Elisabeth Borne qui était première ministre voulait augmenter les taxes sur l'alcool vous avez parlé tout à l'heure vous nous avez décrit le poids du lobby en France finalement elle y a renoncé à cette taxe est-ce que vous vous souhaiteriez en tant que directrice générale de l'association Addiction France une augmentation des prix de l'alcool ?
Alors nous ce qu'on souhaite c'est s'inscrire aussi dans ce que rappelle l'Organisation Mondiale de la Santé et que l'augmentation du prix de l'alcool a un impact sur le nombre de personnes qui consomment c'est-à-dire que plus on augmente un prix moins on consomme c'est aussi basique que ça si je puis me la mettre on voit qu'avec la cigarette ça ne fonctionne pas Ah bah si si avec la cigarette ça a fonctionné assez peu par rapport à ce que l'on pourrait souhaiter alors ça a fonctionné mais effectivement l'Ecosse l'a mis en place contre ils ont dû se battre contre l'Union Européenne complètement et c'est ce qu'on appelle le prix de l'alcool qui permettrait d'avoir de l'alcool qui serait plus cher et donc du coup qui aurait un impact sur la consommation
Donc là vous pouvez
interroger Ludovic
Ludovic Valbom vous en pensez quoi de ça ? Est-ce que l'alcool est vendu à son juste prix
en France ?
En tout cas le vin n'est pas vendu assez cher et pas que par les taxes par toutes les normes et les contraintes que l'on a aujourd'hui on a participé à la transition environnementale en changeant nos modes de production on voit qu'avec les aléas climatiques et l'évolution du climat cela nous coûte très cher on est dans une année où sanitairement ça a été très difficile avec des coûts de produits même le cuivre sont énormes donc c'est assez compliqué pour nous donc une taxe sur l'alcool pourquoi pas mais à juste mesure qu'elle ne vienne pas encore gréver pour de mauvaises raisons Mais plus que la taxe pardon je me permets c'est aussi le coefficient appliqué par les distributrices et les distributeurs c'est là que le problème se situe à mon sens
Et on voit que le débat est encore long mais ça doit se terminer malheureusement vous savez c'est comme ça je suis désolé merci beaucoup en tout cas d'être venu sur France Inter Benoît Donofriot Nelly David Ludovic Valbom Marion Tagot merci beaucoup d'être passée au débat de midi une émission préparée par Lison Chambre Cyrine Ben-Younès et Caroline Prota merci également Alexandre Bigot Raphaël Bauduret Ibanez à la réalisation c'était Étienne Bertin à la programmation musicale Thierry Dupin également à la technique aujourd'hui Mélissa et 3 lundi nous nous poserons cette question les JO vont-ils remettre les français au sport c'est une vraie question ok ?
C'est une vraie question