Guerre au Moyen-Orient, l'histoire pour comprendre : Israël-États-Unis, histoire d'une relation privilégiée
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France Culture, le cours de l'histoire, Xavier Mauduit.
Des clés pour comprendre le Moyen-Orient, comment la diplomatie s'est-elle noyée dans le pétrole des monarchies du Golfe ? Et qu'est-ce que le Hezbollah aux origines d'une organisation armée ? Et qui sont les Kurdes, un peuple prisonnier des frontières des autres ? Des épisodes à écouter à podcaster sur franceculture.fr et sur l'appli Radio France. Et pour commencer, comment expliquer la relation privilégiée qui lie les Etats-Unis et Israël ? Le 29 novembre 1947 est adoptée la résolution 181 des Nations Unies sur la partition de la Palestine. Elle est adoptée par un vote, 33 voix pour, dont les Etats-Unis et l'URSS, 13 contre, 10 abstentions.
La résolution du Duc-Commité pour la Palestine.
Nous étions donc le 29 novembre 1947 avec l'adoption de la partition de la Palestine par les Nations Unies. Maya Kandel, bonjour. Bonjour. Vous êtes historienne spécialiste des Etats-Unis, chercheuse associée à l'université Sorbonne-Nouvelle. Et David El-Kahim, bonjour. Bonjour. Vous êtes chercheur spécialiste du Proche-Orient, du Moyen-Orient. Dites-nous, j'ai besoin de saisir ici pour réfléchir à la notion qui lie les Etats-Unis et Israël avant la naissance de l'Etat d'Israël. Et là, nous sommes bien après la Seconde Guerre mondiale. Avant cette Seconde Guerre mondiale, existaient-ils des liens privilégiés entre les Etats-Unis et le peuple juif ?
Alors, il faut déjà se remettre dans le contexte qu'avant la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ne sont pas encore une puissance proche-orientale. À cette époque, la région qui deviendra évidemment la Palestine mandataire, comme son nom l'indique, elle est sous mandat, mais le mandat a été donné à l'Empire britannique. Donc, les Etats-Unis, à ce moment-là, ne sont pas particulièrement présents, d'autant que les découvertes des champêtres prolifères arrivent plutôt dans les années 20 et 30.
Oui, ça, c'est déjà des choses à prendre en compte, c'est-à-dire ne pas plaquer notre représentation sur ce premier XXe siècle. Maya Kandel, parce que bien souvent, nous associons l'idée de peuple élu, les Etats-Unis qui se vivent comme un peuple élu, avec le peuple juif qui lui-même se sent élu. Il n'y a pas un risque ici de surinterprétation sur le temps long de l'histoire ou est-ce que c'est quelque chose qu'on voit apparaître assez tôt ?
Je crois que c'est important de rappeler quand même, parce que cette relation Etats-Unis-Israël, elle est vraiment particulière à beaucoup de niveaux, parce qu'elle s'appuie justement non seulement sur des réalités géopolitiques, des analyses géostratégiques qui évoluent bien sûr avec le temps, mais il y a quand même une dimension culturelle et religieuse. Et ces deux dimensions sont très anciennes. Et donc, il y a cette idée, effectivement, des textes fondateurs, avant même la fondation des Etats-Unis, qui est un texte extrêmement connu de tous les Américains, qui a été rappelé ensuite tout au long de l'histoire américaine par Reagan notamment.
Mais donc, c'est ce texte d'un pasteur au XVIIe siècle, John Winthrop, qui en fait fait référence à la Bible, mais qui parle déjà des Américains, qui sont encore les pionniers, les colons à l'époque, comme un peuple élu. Donc, il y a cette mythologie qui est déjà là, c'est un texte sur la cité, sur la colline, qui sera rappelé plus tard.
Et puis ensuite, plus proche, mais encore avant même d'ailleurs l'invention du sionisme juif, on a ce développement d'un sionisme chrétien, qui est vraiment une spécificité américaine, c'est une spécificité de la transposition du protestantisme aux Etats-Unis, quelque chose qui se développe au XIXe siècle, alors qui est appelé dispensationalisme ou prémillénarisme. Enfin, c'est cette idée qu'on va retrouver après dans des best-sellers vraiment extrêmement importants dans les années 80-90. Donc, cette idée qu'Israël, le retour des Juifs en Palestine et la création d'Israël, c'est un prélude au retour du Christ et au jugement dernier.
Mais c'est quelque chose qui devient important sur les dernières décennies, mais qui est très présent aux Etats-Unis, dans les prêches, dans les différents réveils religieux qu'on a tout au long de l'histoire américaine, et qui sera particulièrement important à partir des années 60 et 70. Avec le sionisme qui vient d'être évoqué, c'est un phénomène du XIXe siècle qui évidemment se poursuit durant tout le XXe siècle. David El-Kahim, là aussi, ce sont des phénomènes complexes parce que quand nous apprenons ici l'histoire du sionisme, nous sommes plus dans un monde européen, le Royaume-Uni qui interfère, la déclaration Balfour au moment de la Première Guerre mondiale.
Les Etats-Unis ne semblent pas être partie prenante de cette histoire-là. Pourtant, moi je viens de l'entendre avec Maya Candel, ils le sont déjà.
Alors absolument, et pour reprendre ce que disait Maya, le personnage qui est intéressant, c'est le personnage du président Wilson qui, j'allais dire, incarne par sa personnalité même les deux aspects. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui est très croyant, qui a une vision, sans exagérer presque littérale, de la Bible. Et en plus, il est nourri des récits de voyages qui se sont faits à l'époque, au début du XIXe siècle, où là, la plupart des gens qui vont dans ce qui est encore la Palestine ottomane, je vais dire, rejouent tous les moments de la Bible avec les murailles de Jéricho, toute cette géographie religieuse. Donc ça, c'est le premier aspect.
Et le deuxième aspect, c'est que lui, Wilson, c'est bien sûr le père des 14 points. Et dans les 14 points, il y a le droit à l'autodétermination. Alors c'est un principe qui sera appliqué de façon très très variable, et on le verra peut-être avec la question des Kurdes qui sera traitée ultérieurement. Mais lui, dans cette perspective-là, le sionisme originel, de la fin du XIXe siècle, qui au départ n'est pas spécialement religieux, d'ailleurs même un peu, qui s'oppose un peu à la religion, le sionisme, il est perçu, il est assimilé au mouvement de type d'émancipation nationale du peuple juif qui rentre dans le cadre du droit à l'émancipation.
Intéressant ça, d'entendre l'idée de pèlerinage, on peut dire ça. C'est vrai que pour les chrétiens, qu'ils soient catholiques, qu'ils soient protestants quand ils lisent la Bible, au moment d'aller sur ces territoires, on repère des lieux que l'on a entendus à l'église, qu'on a lus dans le texte. Pas de Palestiniens par contre. Dans l'histoire telle que là, vous la racontez, je vois bien qu'il n'y a pas de Palestiniens.
C'est absolument ça. C'est-à-dire que la première fois que les Etats-Unis ont à se prononcer sur cette question géopolitique de la Palestine, c'est au moment de la déclaration Balfour que vous avez mentionnée, qui est prise par le gouvernement anglais et qui, les Anglais, l'Empire britannique, demandent aux Etats-Unis de le soutenir. Et là, ce qui explique le soutien, c'est ce que je décrivais sur un certain aspect-là, mais c'est aussi parce que, à l'intérieur de l'administration américaine, auprès du président Wilson, il y a des gens qui sont proches du milieu sioniste.
Et par ailleurs, dès cette époque-là, la communauté juive américaine, même si numériquement, elle est assez faible à l'échelle du pays, elle est très organisée, elle a des relais d'influence dans beaucoup de cercles. Et en fait, il se trouve, et ça, c'est quelque chose qui se développera tout au long du XXe siècle, elle est implantée souvent dans des Etats charnières, dans des swing states. Donc, le poids électoral de la communauté juive américaine, il est très nettement supérieur à sa réalité démographique. Et c'est ça qui explique que le président Wilson va soutenir la déclaration Balfour.
Alors, je précise qu'il y a bien évidemment, au cours du XXe siècle, j'allais dire un groupe d'oppression ou un lobby au sens américain des Etats arabes et des puissances pétrolières qui va se structurer, mais il part avec un énorme temps de retard, en fait, aux Etats-Unis, parce que là aussi, la communauté arabe aux Etats-Unis, elle est d'implantation plus tardive et bien moins structurée.
Voilà, parce que nous évoquons ici ces liens que l'on pourrait évoquer comme presque religieux, spirituels, idéologiques. Et puis, Maria Candel, il y a la présence d'une communauté juive aux Etats-Unis. Ça, c'est quelque chose qui revient aussi souvent pour expliquer les positionnements des Etats-Unis, se dire qu'il y a beaucoup de Juifs et donc, à partir de là, ils ont une influence sur le pouvoir. Quel regard historique on peut porter sur ce sujet-là ? Je crois que David le rappelait très bien.
C'est effectivement une communauté qui, à ce moment-là, dans la première partie du XXe siècle, est implantée dans des Etats, dans les grandes villes, à New York, bien sûr, mais aussi dans d'autres grandes villes du Nord-Est et une communauté qui est organisée et qui, à partir de la déclaration de Balfour et dans les années 20 et 30, va cibler, dans son organisation de lobbying au sens américain du terme, va cibler le Congrès.
Et donc là, il y a un choix qui va se confirmer tout au long des décennies suivantes, mais qui est important d'abord parce que les années 20 et 30, historiquement, le poids du Congrès et son influence sur la politique étrangère des Etats-Unis, c'est quelque chose qui a beaucoup varié dans l'histoire, mais à ce moment-là, dans les années 20 et 30, déjà, il est assez significatif. C'est plutôt des années, notamment les années 30, de repli d'un certain isolationnisme américain et le Congrès vote des initiatives importantes à cette époque. Donc on a déjà ce soutien par le Congrès qui se construit et qui se construit dès ce moment-là et qui va, à un moment, devenir quasi structurel.
Là encore, il faut toujours relativiser parce que ce lobbying va fonctionner aussi grâce à des alliances et dans un contexte géopolitique qu'on ne peut pas ignorer à partir de la guerre froide. Oui, parce que vraiment, ici, le regard historique est très important pour saisir combien la relation entre les Etats-Unis et Israël est une construction. Ça évolue dans le temps. Ce n'est pas la même chose au XIXe siècle entre les Etats-Unis et le peuple juif. Ce peuple juif, qu'il soit aux Etats-Unis, qu'il soit en Europe ou qu'il soit déjà sur ces territoires, en Palestine, la Palestine mandataire d'ailleurs.
Comment ça se construit ici l'État d'Israël avant Israël au sens où le sionisme fait venir dans un territoire qu'est la Palestine de plus en plus de populations ? Il y a ici un regard porté par les Etats-Unis sur les combats menés par les Juifs pour s'installer en Palestine.
Alors, cette question-là aussi, elle est coincée entre les principes et la réalité géopolitique. La première grosse vague d'immigration sioniste dans ce qui est alors la Palestine, c'est à partir des années 1880, ce qui correspond à une résurgence des pogroms en Europe de l'Est. C'est un des premiers gros mouvements de migration de Juifs d'Europe de l'Est vers la Palestine. À ce moment-là, ce n'est pas un sujet aux Etats-Unis.
À partir de la première guerre mondiale, fin de la fin de la première guerre mondiale, et justement de l'accélération de ce mouvement et de la structuration de quelque chose qui va devenir en fait ce qu'on appelle la triple guerre, c'est-à-dire la guerre entre la puissance mandataire, les populations arabes et les populations juives et par ailleurs la population juive organisée dans le Yishouv qui se dote d'une armée et tout ça contre la population arabe. Enfin, c'est une guerre mutuelle.
Ça, ça se structure dans les années 20 et avec dans les années 30, la montée, enfin, l'arrivée au pouvoir d'Hitler, évidemment, là, le principal enjeu pour les Etats-Unis, c'est de détourner les flux de réfugiés potentiels. Il n'y a pas une très très forte appétence pour un afflux de réfugiés de juifs d'Europe de l'Est aux Etats-Unis. Donc, quelque part, le projet sioniste, en accueillant ou en proposant d'accueillir une partie des juifs qui veulent fuir les persécutions, c'est quelque chose qui sert, qui peut servir les intérêts américains et pas que d'ailleurs, c'est aussi valable pour les autres pays.
C'est moins le cas, évidemment, pour la Grande-Bretagne, parce que ça lui pose d'autres problèmes.
Maria Condé. Oui, c'est extrêmement important cet aspect aussi, parce que la grande vague d'immigration juive d'Europe de l'Est aux Etats-Unis, elle est sur les dernières décennies du XIXe siècle, début XXe, mais ensuite, dans les années 1920, le Congrès vote les lois des quotas qui vont bloquer, en fait, l'immigration. Et ces lois, d'ailleurs, ça correspond à un moment nativiste aux Etats-Unis qui se développe au début du XXe siècle, mais c'est dirigé notamment, pas seulement, il y a aussi les Irlandais, mais c'est dirigé notamment contre cet afflux d'immigrés juifs aux Etats-Unis.
Et donc, à partir de 1923-1924, ces lois des quotas, l'immigration des juifs d'Europe de l'Est est beaucoup plus compliquée. Et effectivement, ce sera notamment un facteur, 20 ans plus tard, au moment de la création de l'Etat d'Israël, où il y a cette idée, il y a les grandes affaires après la guerre, il y a évidemment la préoccupation, la conscience de la Shoah, etc. Mais il y a aussi cette question que d'avoir un Etat pour les accueillir, ça permet aussi d'éviter cette pression migratoire sur les Etats-Unis. Avec cette population juive qui s'installe en Palestine, vous nous avez dit, David Elkaïm, qu'il y avait déjà des forces armées juives dans ces moments.
Et il faut le rappeler, en 1929, c'est un moment de forte violence. On le sait bien, il y a des combats. Donc une armée juive, parce que bien souvent, l'installation d'une population juive en Palestine, on dit la déclaration Balfour en 1917, et puis après, on fait un saut dans le temps, et puis nous arrivons à la création d'Israël. Mais entre les deux, il s'est passé des choses. Cette armée juive est présente.
Alors, l'énorme récit du mouvement sioniste, c'est qu'il n'a pas attendu 1948 pour se structurer en institution pré-étatique, et c'est précisément parce qu'il était extrêmement bien structuré qu'au moment de la fin du mandat britannique en 1947, il y avait une forme d'évidence dans l'existence de cet État.
Il y avait ce qu'on appelle le Yishou, c'est la communauté au sens large, et elle était dotée de services publics, d'une espèce de proto-gouvernement, de services de bus, de services d'école, de choses comme ça, et également d'une armée qui s'appelle la Haganah, qui a été à la base formée à partir des unités juives qui avaient combattu dans les rangs de l'armée britannique contre les Turcs à l'époque. Donc, il y avait déjà cet embryon-là, déjà il y avait une expérience des combats, et en plus, il y avait, j'allais dire, des premières solidarités, des premières sympathies qu'il pouvait y avoir à l'intérieur de la Palestine entre la Haganah et certains membres de l'armée mandataire.
Et la Haganah considérée comme une organisation terroriste aussi par ses procédés des attentats, des assassinats. La Haganah que nous retrouvons dans le film, le roman Exodus et le film Exodus au moment de réfléchir à l'installation des juifs en Palestine.
Nous menons la vie dure à nos invités anglais. Aussi les dirigeants intellectuels de la Haganah après de longues conférences et bien des débats en sont arrivés à une décision. Je crois que toutes ces bombes et ces assassinats nous nuisent auprès des Nations Unies. L'an dernier nous étions respectés par tout le monde et à présent les journaux ne parlent de nous qu'en rapportant des actes de violence. C'est arrivé déjà maintes fois dans l'histoire et je ne connais pas une nation que ce soit de nos jours ou dans le passé qui n'ait été enfantée dans la violence. Ce sont les sages-femmes qui mettent des pays jeunes et sains au monde.
Les compromissions de la Haganah ne peuvent donner que les mornés. Mais avant d'avoir une nation il faut avoir un peuple et c'est notre oeuvre d'avoir amené des dizaines de milliers d'hommes et de femmes dans ce pays malgré la flotte britannique qui bloquait la côte. Une population ! La population que nous avons créée voilà le meilleur argument en faveur de l'indépendance. Car comment attendre une décision juste des Nations Unies si l'on n'a pas sa vie à tout faire sauter comme des anarchistes ? Tu as prononcé les mots décision juste. Puis-je te dire une chose maintenant ? Premièrement la justice en elle-même est une abstraction qui manque complètement de réalité.
Deuxièmement se servir des mots justice et juifs dans le même souffle est d'une logique absurde. Troisièmement on peut argumenter de la justice des droits arabes en Palestine autant que l'on peut argumenter de la justice des droits juifs. Quatrièmement nul n'oserait dire que les juifs n'ont pas eu plus que leur part d'injustice au cours de ces dix dernières années et je peux dire cinquièmement laissons la prochaine injustice agir contre d'autres pour changer.
Exodus c'est le roman de Léon Uris en 1958 et le film que nous venons d'entendre d'Auto Prieminger en 1960 au lendemain de la seconde guerre mondiale avec Exodus bien sûr nous avons un moment de cette longue histoire marquée vous nous l'avez rappelé Maria Kandel mais c'est comme une évidence par la Shoah est-ce que la seconde guerre mondiale transforme la relation entre les Etats-Unis et ce qui n'existe pas encore Israël il faut attendre pour que le pays soit créé mais en tout cas le peuple juif Oui absolument c'est une guerre qui est fondamentale dans l'histoire contemporaine des Etats-Unis et la découverte de la Shoah des camps de concentration qu'ils sont à ce moment-là beaucoup relayés évidemment dans les informations dans des films etc c'est ce qui permet de définir cette guerre comme l'archétype de la guerre où les Etats-Unis sont dans le camp du bien contre le camp du mal et c'est une référence historique qui revient dans tous les débats jusqu'à la période récente dans tous les débats sur des questions d'intervention militaire etc on le voit très bien moi j'avais travaillé sur les débats sur l'intervention en Bosnie le référent c'est toujours la seconde guerre mondiale la Shoah etc donc on a cet élément qui pèse évidemment et qui va peser dans la décision de Truman et la réaction du Congrès à ce moment-là ce travail que vous aviez réalisé Maya Kandel c'est mourir pour Saïra Yevo mourir pour Saïra Yevo avec un point d'interrogation les Etats-Unis et l'éclatement de la Yougoslavie 1945 46 47 c'est un moment où il y a toute une réflexion ici qui se met en place David Elkaïm on ne peut pas résumer tout cela sans prendre en compte cette chronologie qui est beaucoup plus fine bien sûr mais enfin ça met plusieurs années quand on le dit aujourd'hui ça va tellement vite on dit 1947 sauf que oui depuis la fin de la guerre deux ans sont passés deux ans de réflexion
et ce que je voulais ajouter par rapport à ce que disait Maya c'est qu'en fait il y a un immense sentiment de culpabilité à l'intérieur de la société américaine de ne pas avoir ou vu ou empêcher le génocide et un personnage que je trouve intéressant qui l'incarne c'est Jan Karski que tout le monde connait qui en fait qui était un résistant polonais qui est parti aux Etats-Unis pour expliquer la réalité des camps il a même eu des entretiens à très haut niveau avec le président Roosevelt s'il ne dit pas de bêtises il a évidemment rencontré la communauté les représentants de la communauté juive américaine dont des juges à la cour suprême et même les juifs certains juifs qu'il a rencontrés à cette époque là lui disaient enfin ne le croyez pas il lui disait non mais n'exagérez pas ça ne peut pas être si horrible que ça donc au moment où la réalité des camps est découverte ce sentiment de très très forte culpabilité il est même très très présent dans la communauté juive elle-même parce qu'on l'a peut-être pas rappelé mais il ne faut pas penser qu'avant 48 disons l'ensemble des communautés juives du monde sont sionistes elles sont partagées il y a pas mal de gens dans les communautés juives du monde qui disent mais non nous ce qu'on veut c'est s'intégrer dans nos pays on ne veut pas être accusé de double allégeance et tout ça et ce qui emporte un petit peu l'adhésion qui n'est pas non plus unanime et totale mais qui j'allais dire transforme la cautionniste en combat notamment de la communauté juive américaine c'est ça c'est cette culpabilité de ne pas avoir cru et de ne pas avoir pu empêcher l'ampleur du génocide
en fait et donc en 1947 au mois de novembre est votée cette résolution résolution 180 des Nations Unies sur la partition de la Palestine donc là les Etats-Unis votent oui parce que c'est comme l'URSS il y a une majorité évidemment très nette de vote pour 33 13 comptes et 10 abstentions les Etats-Unis ici quand ils votent cette partition c'est dans ce que vous nous expliquez l'un et l'autre c'est à dire nous sommes après la seconde guerre mondiale et il faut trouver alors un pays c'est pas encore le cas 1947 au moment où les Etats-Unis votent la partition c'est un endroit où ils peuvent s'installer ou c'est déjà l'idée d'un pays
alors en 1947 il y a déjà une réalité du terrain qui est très claire le mythe d'une terre sans peuple pour un peuple sans terre quand on a dit qu'il n'a jamais été autre chose qu'un mythe bien sûr là personne n'y croyait et il y a encore moins question d'y croire à ce moment là donc c'est évident qu'au moment où l'Empire britannique rend son mandat la question de ce que va devenir de ce que va devenir la Palestine se pose et au départ à l'intérieur de l'administration américaine la position dominante notamment du département d'état c'est pas le vote en faveur de la résolution ni en faveur du plan de partage en fait parce que premièrement il y a encore des j'allais dire des responsables qui pensent que c'est un état qui risque de ne pas survivre à la guerre qui paraît inévitable avec les états arabes et surtout ça arrive quelques années après la signature du pacte du Quincy avec l'Arabie saoudite qui symbolise pour le coup l'arrivée définitive des états unis dans la région premièrement pour sécuriser les approvisionnements en pétrole et deuxièmement pour éviter j'allais dire l'influence soviétique dans la région donc c'est à ce moment là que Truman il y a aussi des problématiques de politique intérieure c'est lui qui contre une bonne partie de son administration décide de soutenir la création de l'état d'Israël
le pacte du Quincy c'est du nom de ce navire de guerre où c'est le président Roosevelt encore qui rencontre le chef de l'état de l'Arabie saoudite et c'est ce lien qui se crée entre l'Arabie saoudite et les Etats-Unis Maria Candel là aussi réfléchir à la relation entre les Etats-Unis et Israël ne vaut que s'il y a la prise en compte des relations entre les Etats-Unis et les autres pays autour pour le dire autrement les Etats-Unis sont très conscients aussi de l'intérêt stratégique d'Israël et donc des autres pays c'est tout un équilibre ce n'est pas une évidence cette relation privilégiée ah non pas du tout et même je dirais qu'au début dans ces années là la priorité la priorité c'est vraiment le pétrole et la guerre froide naissante et cette naissance va s'accélérer et s'entériner et Israël n'est évidemment pas du tout vu comme un atout stratégique puisqu'il n'existe pas encore là c'est plutôt vraiment dans la décision de Truman David rappelait effectivement il prend cette décision contre l'avis de son département d'Etat du Pentagone qui n'est pas non plus très favorable mais bon il l'apprend il y a aussi quand même un contexte électoral qu'il ne faut pas surinterpréter mais qui est quand même important en 48 on est à quelques mois de l'élection présidentielle je crois que dans la décision de Truman il y a avant tout c'est une décision qui prend seule c'est vraiment quelque chose sur lequel tous les historiens insistent même si il a des conseillers qui peuvent l'influencer mais il y a cette dimension humanitaire cette dimension morale surtout ce qui vient d'être appelé toutes les contradictions en fait de cette relation parce qu'au départ c'est enfin voilà dans les premières décennies sous Eisenhower encore c'est presque une contradiction de la politique américaine au Moyen-Orient au Proche-Orient Israël en fait c'est parce que cette priorité c'est le pétrole l'endigment du le containment donc contenir l'expansion de l'Union soviétique ou des pays amis de l'Union soviétique et donc Israël là-dedans est plutôt quelque chose qui n'aide pas justement un handicap stratégique à ce moment-là
et pour compléter j'allais dire que même de l'autre côté le choix du rapprochement avec les Etats-Unis du côté sioniste il n'est pas nécessairement évident au début parce que évidemment le sionisme originel on l'a un petit peu oublié aujourd'hui mais le sionisme originel c'est pour le dire de façon assez simple c'est un mouvement de gauche qui est incarné par le kibbutz c'est tous des gens d'Europe de l'Est voilà très très marqué justement par le socialisme d'Europe de l'Est et d'ailleurs Israël de 48 au milieu des années 70 ne sera gouverné que par des travaillistes donc le choix de se tourner vers l'Ouest plutôt que vers l'Est il se fait assez rapidement il se fait à la charnière des années 40 et 50 mais il n'est pas évident au départ même de l'autre côté il n'y a pas une évidence
c'est toute la problématique et d'ailleurs elle est saisissante en train de se dire qu'au sortir de la seconde guerre mondiale il n'est pas évident que les Etats-Unis soutiennent Israël il n'est pas évident non plus que la communauté juive ou en tout cas les sionistes installés en Palestine se tournent vers les Etats-Unis le 14 mai 1948 David Ben-Gurion proclame l'indépendance d'Israël comment réagir aux Etats-Unis ?
Au-dessus de l'affaire Moyen-Orient de la reconnaissance par la France de l'Etat d'Israël de la Grande-Bretagne car la Grande-Bretagne ne saurait rester en arrière et ne pas reconnaître le gouvernement d'Israël nous avons évidemment l'initiative américaine nous sommes en présence d'un plan Truman pour le Moyen-Orient ce plan Truman mon Dieu c'est d'abord la reconnaissance non plus de fait mais de droit de l'Etat d'Israël par Washington la reconnaissance à titre de compensation oserais-je dire de la Transjordanie et par ailleurs l'appui économique de Washington à l'Etat d'Israël sous la forme d'un emprunt de 100 millions de dollars dont on peut dire d'ailleurs que ce n'est qu'une première étape et que tandis que la Grande-Bretagne joue sa partie son jeu personnel sur le plan stratégique dans les Etats qui ceinturent l'Etat d'Israël l'Amérique reste fidèle à sa notion d'abord économique avant d'être politique de sa conception du Moyen-Orient des Etats-Unis qui appuieront Israël sous l'angle économique tandis que nous aurons d'autre part sous l'angle stratégique la Grande-Bretagne appuyant un Etat ou une fédération d'Etat qui resterait à former
Pierre Artig en 1949 qui commente le plan Truman pour le Moyen-Orient nous sommes ici et c'est d'ailleurs toujours saisissant avec ces archives d'analystes qui regardent alors nous nous connaissons la suite des événements donc bien sûr c'est facile de savoir ce qui a fonctionné ou ne pas fonctionné mais à ce moment-là on est vraiment dans une construction au moment où Israël proclame son indépendance de la part des Etats-Unis l'idée de reconnaître Israël c'est déjà une première étape et ça va très très vite c'est quasiment aussi tôt d'ailleurs
Absolument je crois que c'est quasiment dans l'heure qui suit et ce qui est intéressant pour rebondir sur ce que je disais tout à l'heure l'URSS fait de même très rapidement parce qu'ils se disent il y a peut-être encore une chance de faire basculer le mouvement sioniste de notre côté et comme c'est rappelé dans l'archive au départ l'aide américaine tout au long des années 50 elle est essentiellement économique parce que du point de vue de Eisenhower ce qu'il faut faire c'est limiter la course aux armements dans la région donc en fait la coopération militaire d'Israël dans les années 50 le partenaire privilégié c'est la France en fait c'est pas les Etats-Unis
Et puis dans cette histoire-là c'est vrai que la guerre froide qui ça y est et là on en parlait tout à l'heure maintenant c'est l'enjeu aussi principal Oui absolument Eisenhower en plus c'est un général c'est pas quelqu'un qui a le parcours politique qu'avait Truman ou qu'aura Kennedy ensuite et donc lui il est vraiment dans une pure logique guerre froide il est un peu occupé au début avec la guerre de Corée aussi mais il y a vraiment cette idée qu'il faut faire attention à ce que les pays arabes ne basculent pas tous dans l'orbite soviétique et donc le soutien à Israël est vu comme quelque chose de compliqué qui pourrait entraîner ça et bien sûr la date clé sur Eisenhower c'est 56 c'est Suez puisque déjà c'est aussi une date importante pour nous pour les Français anglais mais qui arrive en plus c'est amusant parce que c'est pas la seule fois arrive quelques jours juste avant l'élection présidentielle de novembre 56 aux Etats-Unis donc c'est toujours des moments ça explique peut-être la rage avec laquelle ou en tout cas la fermeté avec laquelle Eisenhower réagit puisqu'il met un coup d'arrêt à cette initiative franco-britannico-israélienne mais ce qui est intéressant en fait si on regarde un peu après c'est que finalement cette décision d'Eisenhower de ne pas soutenir Israël ne va pas avoir les effets escomptés de ramener davantage de pays d'arabes dans l'escarcelle des Etats-Unis et donc finalement on peut voir aussi la présidence Kennedy ensuite comme un constat de cet échec d'Eisenhower qui fait que finalement il peut y avoir ensuite un rapprochement plus ouvert avec Israël En 1956 la France le Royaume-Uni avec le soutien d'Israël s'oppose à la nationalisation du canal de Suez par l'Egypte par Nasser c'est fascinant de voir ici comment les Etats-Unis à ce moment-là s'opposent à Israël donc comment le saisir parce que c'est vrai que les conséquences sur la suite vous venez de le dire Marie-Berrand sont très très importantes à ce moment-là c'est quoi ?
c'est l'idée que nous sommes en 1956 qui n'est pas possible que des puissances encore coloniales s'inscrivent dans une histoire de l'Egypte qui en plus pour le canal de Suez est une histoire internationale
alors c'est exactement ça c'est que à ce moment-là les Etats-Unis sont encore une puissance qui se proclame comme la première puissance décolonisée quelque part eux ils ont réussi à s'émanciper de la tutelle britannique bon évidemment ça date un petit peu c'est au 18ème siècle mais ils ont tendance à soutenir les mouvements anticoloniaux le problème c'est que après des débuts un petit peu hésitants Nasser finalement a choisi plutôt de s'aligner avec le camp soviétique donc il y a un petit il y a un petit atus là-dessus en 1956 sans que ce soit totalement établi il n'est pas certain que l'objectif n'était pas de faire un petit peu comme ça a été fait en Iran avec le renversement de Mossadegh en fait l'idée c'était peut-être potentiellement de mettre un leader à la place de Nasser plus sympathique par rapport aux intérêts aux intérêts occidentaux et c'est là que justement Eisenhower met quand même le haut là parce qu'il y avait aussi toute cette problématique d'essayer de créer une espèce d'autant du Proche-Orient qui est le pacte de Bagdad en fait et en fait pour rejoindre ce que disait Maya c'est compliqué pour les Etats-Unis d'avoir un pacte de Bagdad performant et soutenir Israël en même temps et à ce moment là commence déjà le débat alors c'est pas encore j'allais dire au-dessus du seuil de visibilité politique mais dans l'establishment américain il y a la question de savoir si en fait Israël est-ce que c'est un asset stratégique comme on dit en anglais donc un asset ça veut être un atout en français ou là il y a donc un désavantage je ne sais pas comment on pourrait dire ça ou un poids un poids stratégique est-ce que l'alliance avec Israël est-ce que c'est un poids ou est-ce que c'est un atout et ça c'est ce débat là il va évidemment structurer la pensée stratégique des Etats-Unis jusqu'à aujourd'hui et d'ailleurs aujourd'hui on parlera peut-être à la fin de l'émission mais il revient de façon j'allais dire éclatante et troublante
le pacte de Bagdad c'est vrai que c'est 1955 donc juste avant la crise de Suez en 1956 avec l'idée d'une organisation du Moyen-Orient les Etats-Unis en font partie et la crise de 1956 a bien montré ce que vous nous expliquez Maria Candel que les pays arabes ne s'associent pas de manière évidente aux Etats-Unis puisque les Etats-Unis se seraient opposés à Israël ça change la politique du président Kennedy ou en tout cas cela se reflète dans la politique du président Kennedy comment le perçoit-on cela ?
Alors d'abord Kennedy il faut rappeler donc il a été avant de devenir président il a été sénateur du Massachusetts donc il est déjà sensibilisé au poids aussi une dimension électorale disons qu'on avait beaucoup moins chez Eisenhower qui réfléchissait vraiment davantage sur ce point en termes géopolitiques et puis je crois aussi que Kennedy fait le constat d'échec de cette politique d'Eisenhower qui n'a pas donné tous les résultats escompté au Moyen-Orient au Proche-Orient et il y a un sujet quand même en tout cas Kennedy va pour la première fois valider des livraisons d'armes à Israël alors que c'est vrai que jusqu'ici on était dans une aide économique mais il y avait toujours je crois d'ailleurs l'embargo sur les armes qui avaient été décidées par les Etats-Unis en 47 48 donc à ce niveau-là on a cette vraie évolution sous Kennedy et puis aussi quand même un président qui est beaucoup plus sensible à la question d'Israël à l'existence d'Israël aux menaces qui pèsent sur l'état d'Israël que l'était Eisenhower et dès lors débute une relation spéciale
les Etats-Unis a déclaré le président entretiennent avec Israël au Moyen-Orient une relation spéciale qui n'est vraiment comparable qu'à celle qu'ils ont avec la Grande-Bretagne sur un large éventail de questions internationales mais pour que nous puissions jouer correctement le rôle qui nous incombe nous ne pouvons pas nous permettre le luxe d'identifier Israël ou certains autres pays comme nos amis exclusifs en nous en tenant à la ligne des alliés proches et intimes car c'est ainsi que nous considérons Israël bien qu'il ne soit pas un allié officiel et en laissant les autres pays de côté si nous nous retirions du Moyen-Orient arabe et ne maintenions nos liens qu'avec Israël cela ne serait pas dans l'intérêt d'Israël pour agir efficacement dans notre propre intérêt et aider Israël à poursuivir le président nous devons maintenir notre position au Moyen-Orient en général nos intérêts sont mieux servis s'il existe un groupe de pays souverains associés à l'occident
France Culture le cours de l'histoire Xavier Mauduit
Raphaël Alloum qui nous lisait ici la transcription d'un entretien entre le président des Etats-Unis Kennedy et celle qui était alors ministre israélienne des affaires étrangères Goldamer nous étions le 27 décembre 1962 donc c'est ici cette relation spéciale qui se met en place ce type de document est un document secret je le dis parce que nous diffusons des archives qui sont des archives d'actualité que tout le monde peut entendre là on l'entend bien avec cette lecture de Raphaël Alloum c'est un document secret mais en tout cas ça marque la politique désormais des Etats-Unis
et ce que je trouve intéressant c'est que Goldamer quelque part elle incarne enfin elle représente un de ces personnages israéliens qui ont fait le succès de la cause israélienne aux Etats-Unis elle dans les années 1910 et 1920 si je ne dis pas de bêtises elle était aux Etats-Unis donc elle parle parfaitement anglais c'est une femme ce qui est quand même dans le paysage de l'époque ça donne un sentiment de modernité à l'état d'Israël comparé évidemment à ses voisins et c'est à partir des années 50 et 60 que j'allais dire l'image d'Israël comme David contre Goliath ou du pionnier israélien qui travaille la terre le matin dans le kibbutz et défend son pays l'après-midi avec un parallèle qui pose plein de questions mais un parallèle avec les westerns en fait c'est un peu ça il y a cette espèce de transposition c'est là aussi que se construit l'idée qu'Israël est la seule démocratie du Proche-Orient ce qui factuellement est assez vrai c'est un régime libéral où il y a l'égalité des droits entre les hommes et les femmes même si c'est à relativiser parce que dans les Etats arabes c'est encore un petit peu différent mais c'est à ce moment-là que j'allais dire ce qui était un mariage un peu de raison au début commence à devenir une forme de mariage d'amour parce que les sociétés israéliennes et américaines commencent à s'interconnecter il y a beaucoup d'échanges économiques culturels politiques des visites dans les réciproques et il y a des binationaux aussi il y a beaucoup de binationaux donc ça ça fait ça fait j'allais dire ça ça recoupe au niveau sociétal un rapprochement plus politique et diplomatique en fait
il y a quelques minutes pendant que nous parlions nous étions en 1947 et vous nous disiez ce n'était pas évident à ce moment-là que les Etats-Unis soutiennent la communauté juive et Israël ce n'était pas évident qu'Israël se tourne vers les Etats-Unis nous sommes désormais dans les années 1960 ce n'est plus du tout la même situation j'entends bien que ça y est la bascule a lieu d'autant qu'il y a des guerres 1967 c'est la guerre des six jours Israël attaqué Israël répond montre d'ailleurs sa puissance armée Maya Cordel vous avez bien évoqué ici l'importance de la livraison d'armes l'aide économique c'est une chose la livraison d'armes c'en est une autre les livraisons d'armes commencent donc au début des années 1960 et elles se poursuivent au moment des guerres oui absolument et puis là je crois que la guerre de 1967 c'est vraiment peut-être le moment de rupture ou en tout cas si on prend cette fois le prisme géopolitique et pour revenir à ce que disait David tout à l'heure est-ce que c'est un atout est-ce que c'est un handicap stratégique 1967 prouve en quelque sorte la valeur stratégique d'Israël et ça c'est extrêmement important aux Etats-Unis d'autant plus que les Etats-Unis à ce moment-là commencent à être englués au Vietnam quand même et donc il y a cette idée que la lutte contre le communisme est toujours une bataille globale mais ça serait bien si on pouvait s'appuyer ne pas envoyer les boys les soldats américains combattre partout et s'appuyer sur des pays capables stratégiquement pour endiguer le communisme dans différentes régions et évidemment à ce moment-là cette guerre de 1967 est vraiment celle qui va cimenter cette image d'Israël comme un Etat fort autonome stratégiquement à qui on peut livrer des armes parce qu'il ne va pas demander des soldats un engagement de soldats américains David Elkheim c'est un petit peu l'allié évoqué tout à l'heure ça y est les Etats-Unis ont trouvé leur allié au Proche-Orient et de manière plus large au Moyen-Orient
absolument comme le disait Maya la bascule se fait à ce moment-là ce qui le rend possible aussi c'est que côté français on a commencé à se désengager assez nettement le moment un peu charnière c'est la fin de la guerre d'Algérie parce qu'en fait une des causes du soutien de la France à Israël c'était que Nasser était perçu comme un soutien au FLN donc il fallait soutenir l'ennemi de Nasser si j'ose dire voilà donc c'est ça mais avec la fin de la guerre d'Algérie cette problématique disparaît et par ailleurs c'est le début de la politique arabe de la France qui a pour objectif de sécuriser les approvisionnements en hydrocarbures et là un soutien aussi massif à Israël perd de son sens en fait dans cette perspective là et un autre élément aussi qui fait qu'Israël est définitivement perçu pardon pas perdu perçu comme un asset stratégique c'est qu'ils ont démontré leur capacité à apporter énormément de renseignements et notamment de renseignements militaires par rapport au matériel soviétique parce qu'ils sont très très bien j'allais dire ils ont un très bon réseau d'espions ou de renseignements dans les pays arabes et il a pu arriver qu'ils aient accès à des documents qu'ils ont après transmis le rapport Khrushchev par exemple de ce conseil il a possiblement été d'abord fuité via Israël ils ont aussi récupéré carrément des avions soviétiques qui étaient en Syrie donc ça aussi ils ont aussi démontré leur capacité à générer du renseignement qui était extrêmement utile pour aller pour continuer justement cette guerre froide contre l'Union soviétique
et le Moyen-Orient n'étant pas ce qu'il est aujourd'hui dans ces années 1960 les Etats-Unis peuvent s'appuyer désormais sur Israël on l'a bien entendu sur l'Arabie Saoudite aussi parce que ça c'est le pacte du Quincy qui date depuis longtemps désormais et puis l'Iran également n'est pas l'Iran d'aujourd'hui c'est l'Iran du chat d'Iran les Etats-Unis sont très présents au Moyen-Orient à ce moment-là avec des alliés ils sont toujours très présents aujourd'hui avec moins d'alliés mais c'est un peu ça c'est une composition en fait du monde dans le cadre de la guerre froide où le Moyen-Orient ben voilà ils n'ont pas à s'en occuper au sens où il y aura toujours des soutiens la guerre c'est le Vietnam oui voilà absolument et puis alors la doctrine donc il y a cette doctrine Nixon des deux piliers les Twin Pillars qui sont l'Arabie Saoudite et l'Iran au Moyen-Orient c'est des pays amis après je pense que le Pentagone n'a pas d'illusion sur les capacités stratégiques des Saoudiens et puis l'Iran évidemment c'est extrêmement important mais c'est d'ailleurs ce qui va encore une fois faire évoluer la position américaine sur la décennie enfin la fin de la décennie suivante avec dans cette histoire-là des questionnements économiques bien sûr mais toujours en fait on le sait bien 1973 la guerre du Kippour
il y a une semaine tout permettait de penser que la détente n'était qu'une illusion le jeu des alliances faisait des deux grands les principaux fournisseurs d'armes des belligérants de cette course poursuite on pouvait craindre le pire les Etats-Unis et l'URSS ont tiré la sonnette d'alarme avant que ce processus d'escalade n'atteigne le point de non-retour Henri Kissinger sur la demande de Moscou s'est donc rendu samedi soir en URSS les 24 heures de négociation entre Léonide Brezhnev et le secrétaire d'état américain il est ressorti deux choses un accord pour un cessez-le-feu immédiat et un désir évident des deux superpuissances de ne pas sacrifier la détente à une guerre que ni l'un ni l'autre ne souhaitait même si l'Union soviétique a une aptitude pour le moins paradoxale il reste maintenant à savoir si ce cessez-le-feu sera respecté mais surtout on peut se demander si l'Union soviétique et les Etats-Unis auront assez de poids pour faire respecter la fameuse résolution 242 les Israéliens l'ont toujours refusé à cela deux raisons d'abord l'ambiguïté du texte évacuation de ou des territoires occupés la version anglaise reste imprécise sur ce sujet enfin les Israéliens ont toujours voulu avant de se retirer des territoires que des frontières sûres leur soient reconnues pour les Arabes au contraire la résolution est très claire les Israéliens doivent évacuer tous les territoires occupés le cessez-le-feu intervient donc après 16 jours de guerre sans que le principal point d'interrogation soit résolu
la guerre du Kippour évoquée ici en décembre 1973 avec l'évocation de la résolution 242 des Nations Unies qui concerne les territoires occupés occupés depuis la guerre des Six Jours en 1967 cette question là aussi c'est une question qui nous permet d'aborder un peuple les Palestiniens parce que tout à l'heure on l'a bien dit dans une lecture ancienne qu'il pouvait y avoir presque biblique de la Palestine c'est vrai que vu des Etats-Unis on voyait des temples des sites des évocations de l'Antiquité pas de Palestiniens désormais les Palestiniens ils sont là il y a des camps de réfugiés il y a des territoires occupés est-ce que cela apparaît dans les préoccupations des Etats-Unis ?
ce qui est aussi intéressant c'est que jusqu'aux années 60 les Palestiniens sont déjà là et bien là mais l'essentiel des revendications politiques c'est plus de créer un grand Etat arabe qui engloberait la Palestine la revendication d'un Etat palestinien spécifique quels qu'on soit les contours elle arrive plutôt vers le milieu des années 60 voire après la guerre des Six Jours donc j'allais dire le premier regard des Américains mais on pourrait presque dire des Occidentaux sur la question palestinienne malheureusement entre guillemets c'est plutôt à travers le terrorisme en fait ce qui renforce par contraste la sympathie par rapport à Israël qui est donc perçue comme une démocratie voilà ce qu'elle est qui est perçue comme une démocratie mais ça se renforce aussi par l'idée que l'armée d'Israël elle est morale il y a un code d'éthique c'est partiellement vrai mais j'allais dire la façon dont l'armée d'Israël se comporte est présentée comme moins je ne sais pas quel terme employer mais barbare ou violent ou brutal que le terrorisme donc c'est pas c'est pas avant au moins les années fin des années 70 ou début des années 80 que la question palestinienne elle est perçue comme une problématique humanitaire et que finalement à l'intérieur des chancelleries on commence à se dire le droit qui est reconnu aux juifs d'avoir le droit à leur autodétermination s'il s'applique aux juifs il doit aussi s'appliquer aux palestiniens ça arrive plus tard que les années 60
Maria Kandel vous êtes l'autrice des Etats-Unis et le monde de George Washington à Donald Trump et puis de la première histoire du trumpisme parce que nous y sommes il y a deux choses il y a la géopolitique cette réflexion qui peut s'écrire dans des cabinets et puis il y a la perception par des populations de ces sujets-là au moment d'évoquer la relation privilégiée entre les Etats-Unis et Israël déjà moi je note bien que ce n'est pas une relation innée et qui est en continu c'est une construction est-elle au cœur des préoccupations toujours la méfiance de l'effet loupe où on ne voit que ça alors qu'en réalité c'est très en marge des préoccupations ce qui est intéressant avec la crise de 73 c'est que c'est un moment politique très particulier aux Etats-Unis parce que les Etats-Unis sont déjà enfin Nixon est déjà empêtré dans le Watergate au moment où au moment où la guerre commence son vice-président vient de démissionner Spiro Agnew qui est mouillé encore dans une autre affaire bref et c'est de notoriété publique qu'à ce moment-là Nixon boit beaucoup tous les soirs en gros et pas très opérationnel et donc c'est vraiment un moment qui est vraiment géré par Kissinger et donc là on a aussi cette influence de Kissinger par contre c'est quand même un moment très dangereux et très aigu de la guerre froide c'est une des fois où les Etats-Unis passent en alerte nucléaire quand même Defcon 3 c'est pas rien et puis il y a déjà en fait même si c'est la réaction des pays de l'OPEP et la crise pétrolière suit en fait c'est déjà une question qui est présente aux Etats-Unis et qui est importante pour les Etats-Unis mais surtout en fait cette guerre de 73 c'est le moment où le soutien américain à Israël est le plus spectaculaire quand même il me semble jusqu'à la période contemporaine avec ce pont aérien etc la demande d'une aide d'urgence au Congrès pour justement financer tout ça qui est une aide conséquente j'ai pas le chiffre en tête mais 2 milliards je crois ou quelque chose comme ça enfin donc ça c'est débattu c'est voté donc alors que les Etats-Unis sont vraiment dans une crise de politique intérieure spectaculaire Nixon démissionnera à l'été 74 c'est quand même une guerre qui est quand même très présente pour le coup la guerre du Vietnam est en train de se terminer en quelque sorte le Congrès là encore c'est aussi un moment d'importance du Congrès qui vote qui empêche en fait la poursuite de la guerre du Vietnam en ne votant plus les crédits pour la guerre donc bon c'est un moment politique assez intense aux Etats-Unis mais cette guerre est bien présente d'autant plus que c'est un moment dangereux quand même pour Israël et à la fin des années 1970 pas très loin en Iran le chat est renversé et c'est un régime islamiste qui se met en place nous avons ici avec la république islamique d'Iran un changement du Moyen-Orient est-ce que cela entraîne un changement de la relation entre les Etats-Unis et Israël ou je vous le demande d'une autre manière dans les années 1980 les choses changent-elles ?
alors c'est clairement un moment charnière parce que comme vous l'aviez rappelé en fait l'Iran était un des trois alliés principaux des Etats-Unis dans la région Israël avait l'avantage d'être le plus stable et le plus fiable il n'y avait pas de question de politique intérieure du point de vue en Israël en Iran la révolution n'arrive qu'en 1979 mais personne n'a d'illusion sur le fait que la dictature du Shah elle est extrêmement impopulaire que donc le régime est fragile quand justement ce régime tombe pour Israël c'est j'allais dire ça a des avantages et des inconvénients d'abord l'Iran faisait partie de ces pays de la théorie de la périphérie c'est-à-dire que les stratèges et les diplomates israéliens s'étaient dit qu'il fallait qu'ils se trouvent des alliés si possible non arabes ou non sunnites dans la région qui leur permettraient de faire des alliances de contournement de leurs principaux ennemis qui à l'époque sont alors dans les années 70 c'est un peu moins vrai mais l'Egypte et surtout la Syrie donc ces alliés dans ce qui a été appelé la triade c'était essentiellement la Turquie et l'Iran donc il y a eu des coopérations essentiellement dans le domaine de renseignement donc c'est quand même un allié important qui s'effondre et qui passe dans l'autre camp et qui pas immédiatement mais assez vite va devenir très très agressif à l'égard à l'égard d'Israël donc ça c'est un problème mais l'avantage c'est que finalement ça renforce la position d'Israël comme l'allié le plus fiable et c'est d'ailleurs au moment des années des années 70 donc la guerre la guerre du Kippour en fait elle montre une chose c'est que la première puissance militaire de la région c'est Israël c'est il n'y a plus de débat il n'y avait déjà plus trop de débat après 67 mais en tout cas après 73 c'est sûr et par Kissinger dont Mayer a appelé le rôle lui il l'interprète comme une façon de dire maintenant il n'y a plus de doute sur la puissance militaire israélienne on va même la garantir en leur donnant ce qu'on appelle le qualitative military edge en anglais qui s'appelle alors là aussi je ne veux pas trop savoir le traduire précisément mais c'est en fait assurer qu'Israël disposera tout le temps des armes les plus modernes dans la région ce qui leur donc en leur disant nous on vous garantit qu'on vous donnera toujours à vous nos armes les plus modernes et les plus perfectionnées ça c'est une façon pour Kissinger de dire aux israéliens prenez le risque de rendre des territoires donc avec avec l'Egypte il y a la restitution du Sinaï puisque ça on l'a oublié mais entre 67 et le milieu des années 70 Israël n'occupe pas seulement Gaza et l'Asie-Jordanie et le Golan il occupe aussi le Sinaï ça doit faire 4 ou 5 fois la taille d'Israël donc c'est parce que Israël est sûr du soutien américain du soutien technologique américain qu'il s'engage aussi dans les discussions avec l'Egypte et donc pour en revenir à la chute de l'Iran donc premièrement ça renforce le rôle d'Israël et deuxièmement le fait que par les proxys notamment le Hezbollah l'Iran va entrer dans une forme de confrontation avec Israël pas qu'Israël ne soit pas partiellement responsable l'invasion du Liban c'est quand même le gros facteur de création du Hezbollah Israël va pouvoir toujours agiter entre guillemets la menace de l'Iran qui ce n'est pas que de la paranoïa ou ce n'est pas que de la fiction il y a une réalité de cette menace mais déjà à ce moment là ils vont pouvoir dire on a besoin de l'aide américaine on a besoin des dernières technologies américaines on a besoin d'être soutenu sur les autres plans parce que on a un ennemi j'allais dire ontologique à Téhéran avec le régime de l'Ayatollah Khomeini
parce que ce que vient de dire David Al-Kaïm ça fait un peu écho à ce que vous disiez Maria Kandel que cette motivation d'une alliance privilégiée entre les Etats-Unis et Israël dans le contexte de la guerre froide elle est évidente c'est éviter la propagation du communiste ça c'est le point de vue des Etats-Unis mais quand à la fin des années 1990 ce monde soviétique s'effondre l'importance d'Israël demeure dès lors pour d'autres raisons alors je voudrais quand même juste rappeler je sais qu'on a plus beaucoup de temps mais il y a une chose qui est absolument essentielle dans les années 70 et qui se confirme qui s'entérime sous Reagan et qui on ne peut pas comprendre ce qui se passe aujourd'hui avec Trump sans bien voir ça c'est l'entrée en politique des évangéliques aux Etats-Unis et leur alliance avec le parti républicain et ça c'est un élément absolument fondamental parce que c'est lié aussi au mouvement des droits civils pendant les années 60 mouvement qui va se avec une opposition aux Etats-Unis qui se structure dans les années 70 mais surtout une organisation politique d'un certain nombre de mouvements évangéliques on avait déjà eu ça un peu pendant la guerre froide pendant les premières décennies de la guerre froide mais on a vraiment avec donc on a des personnages comme Jerry Falwell et Pat Robertson qui sont ceux qui créent d'abord la majorité morale et la coalition chrétienne qui va s'allier en fait au parti républicain et pour eux ce sont les successeurs ou traduisent en politique ce sionisme chrétien que j'évoquais au début de l'émission mais pour eux la défense d'Israël fait partie des intérêts vitaux des Etats-Unis et Reagan est le premier président républicain qui est élu notamment qui fait des déclarations très fortes sur la défense d'Israël pendant la campagne qui est élu avec cette coalition chrétienne et en effet on avait cette contradiction toujours pendant la guerre froide quand même sur est-ce que Israël ne risquait pas de devenir aussi un peu un handicap par rapport à l'importance du pétrole qui était quand même le premier intérêt vital des Etats-Unis dans la région par rapport au fait d'avoir ces pays arabes dans le camp des Etats-Unis plutôt que dans le camp de l'Union soviétique le flottement à la fin des années 80 surtout dans la décennie 90 vis-à-vis d'Israël il est très clair il n'y a plus ce prisme de la lutte contre le communisme comme ennemi existentiel et le moment un des moments les plus durs dans la relation en tout cas concernant l'aide économique notamment c'est quand Bush père en fait conditionne contre vraiment la vie unanime du congrès il y a des propos politiques extrêmement violents contre lui de son camp en particulier conditionne l'aide américaine à Israël à un arrêt des colonisations puisque à ce moment-là parce que ce qu'on avait aussi à la fin des années 70 c'est l'entrée en politique de la droite nationaliste israélienne qui est évidemment un aspect clé aussi parce qu'il y a des liens très étroits entre Begin par exemple et Falwell cet évangélique dont je parlais qui joue un rôle important dans la politique américaine et donc et ce qui est important à ce moment-là c'est là encore je parle de la politique intérieure américaine mais c'est important parce que la décennie 90 c'est vraiment un moment de poids des déterminants intérieurs en 1994 le parti républicain reprend le congrès pour la première fois depuis 1954 quand même reprend les majorités dans les deux chambres et c'est là par exemple qu'est votée la résolution pour transférer l'ambassade américaine à Jérusalem que les présidents ne vont pas remplir jusqu'à Trump qui là fait une nouvelle rupture et l'époque dans laquelle on est aujourd'hui Moi j'avais promis des clés pour comprendre la relation privilégiée entre les Etats-Unis et Israël c'est un trousseau gigantesque que vous nous offrez sachant que cette histoire demande sans cesse des approfondissements merci vivement à tous les deux d'avoir donné ici ces pistes de réflexion pour comprendre comment nous en sommes arrivés aujourd'hui Maya Candel je rappelle la première histoire du trumpisme c'est chez Gallimard et David El-Kaïm il y a votre histoire des guerres d'Israël chez Talandier ou avec Eric Adenese les services secrets israéliens merci vivement à tous les deux d'être venus dans le cours de l'histoire le prochain épisode monarchie du Golfe la diplomatie noyée dans le pétrole
la Standard World New Jersey qui est la première qu'on retrouve partout dans le monde est sceau est sceau c'est cela la Standard World a fait je crois un chiffre d'affaires considérable 12 milliards 700 millions de dollars en 1965 pour situer l'importance cela représente l'équivalent du revenu national de la France
une histoire de gros sous en 1966 dans le cours de l'histoire sur France Culture une émission réalisée par Thomas Bois la technique Nicolas Leroux la émission préparée par Jeanne Delecroix Raphaël Laloume Jeanne Copès c'est Denis Lebeau et Maïwine Guizhou émission à écouter à podcaster sur franceculture.fr et l'appli Radio France Sous-titrage Société Radio-Canada