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ChroniqueFrance Culture· 11 juillet 2026 4 minDivertissement

"En revanche", "une espèce de..." : ces règles zombies qui refusent de mourir

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A la place de par contre, on dira en revanche. Dites une espèce de piège, ne dites pas un espèce de piège. Toutes ces règles ne sont en réalité que des chimères.

Elles ne correspondent ni à l'usage, ni au système de la langue, mais continuent néanmoins à être transmises, invoquées et manifestent un étrange instinct de survie. On les appelle les règles zombies. Le concept de règles zombies a été inventé par le linguiste Arnold Zwicky, professeur émérite à l'Ohio State University.

Il permet de comprendre le succès de la rubrique « dire, ne pas dire » du site internet de l'Académie française. Ce site distribue les bonnes et les mauvaises notes à des règles sans que ses prescriptions ne reposent ni sur l'usage, ni sur une quelconque logique grammaticale intrinsèque. Prenons par exemple la locution adverbiale « par contre ».

Régulièrement dénoncée comme fautive ou relâchée, on lui préférera en revanche. Cette préférence est en réalité due à un choix personnel de Voltaire lui-même. Il le justifie en invoquant le langage commercial.

Comme « par contre » évoquait à l'époque une somme d'argent, qu'on appelait une contre-marque, ce dernier trouvait ça vulgaire. Il s'est vu emboîter le pas par l'Académie française au grand complet et plus tard par l'ITRE. Sans autre raison que c'est Voltaire qui l'a dit.

Donc le bannissement de « par contre » c'est littéralement la faute à Voltaire. Pourtant l'expression « par contre » est attestée chez beaucoup d'auteurs et d'autrices. De Stendhal à Marguerite Duras.

De plus, on perd aussi une nuance de sens en interdisant l'une de ces deux formules. L'utilisation de « par contre » est en effet plus générique, là où en revanche apporte souvent un sens plus positif à ce qui suit. Même logique pour « malgré que » que l'Académie française recommande d'éviter à tout prix.

L'interdiction de cette construction repose sur une règle tardive et instable qui érige une préférence stylistique en impératif grammatical. Or rien du point de vue syntaxique n'interdit cette tournure, abondamment attestée dans l'histoire de la littérature ainsi que dans les usages contemporains. Selon l'Académie, le mot « espèce » est féminin et doit toujours le rester.

Lorsqu'il est suivi d'un complément par exemple, « espèce de ». Quel que soit le genre de ce complément, on dira donc « une espèce de camion » comme « une espèce de charrette », « une espèce de voyou » comme « une espèce de canaille ». On retrouve pourtant « un espèce » au masculin chez Fenelon, chez Voltaire, encore lui, ou même plus récemment chez Queneau.

Et on se prive à nouveau d'une nuance bien utile pour distinguer par exemple une tournure insultante comme « un espèce de porc » d'une tournure plus neutre liée à la zoologie par exemple comme « une espèce de porc ». Pourquoi ces règles zombies persistent-elles selon Zwicky ? D'abord, en raison de leur transmission scolaire.

Une règle qu'on enseigne comme intangible tend à le rester. Ensuite, par autorité symbolique. Elles sont attribuées à des instances prestigieuses, rarement à des analyses sérieuses.

S'y ajoute la confusion entre grammaire et style qui transforme des recommandations en interdictions. Enfin, elles remplissent une fonction sociale non négligeable. Au-delà du plaisir que cela procure, corriger autrui demeure un marqueur efficace de distinction.

Certaines de ces règles auraient sans doute gagné à être déclarées officiellement mortes, malgré qu'elles nous permettent encore aujourd'hui de gagner un espèce de prestige en société. Le fil Culture G. Chaque jour, un coup de projecteur éclaire notre actualité.

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