Serge Papin (Système U) : "Les prix ne vont pas augmenter" dans les grandes surfaces
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %
Questions et réponses
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- 0:38FerméeÉludée
Pourquoi voulez-vous augmenter les prix ?
- 2:07OuverteRéponse directe
Est-ce que les produits agricoles non transformés vont être concernés par ces mesures ?
- 2:50OuverteRéponse directe
L'UFC Que Choisir parle d'un impact massif sur les prix. Qui doit payer pour aider les agriculteurs ?
- 3:20OuverteRéponse directe
Qui doit payer, au bout du compte, pour aider les agriculteurs ?
- 5:19RelanceRéponse directe
Vous allez tous chercher les prix les plus bas. Comment comptez-vous faire autrement ?
- 6:19OuverteRéponse directe
Que vous a proposé Amazon ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:40InvitéFait
« Non mais c'est faux. D'abord, les prix ne vont pas augmenter. »
- 1:19InvitéChiffre
« Toute la distribution française prend une marge de 8 centimes d'euros. »
- 1:24InvitéChiffre
« Et vous prenez un kilo de pommes, qui est vendue à peu près le même prix, toute la distribution française prend environ 80 centimes d'euros. »
- 2:34InvitéChiffre
« Sur l'ensemble du périmètre, il va y avoir une hausse de moins d'un pour cent avant une péréquation qui porterait sur une baisse des produits agricoles dont j'ai parlé. »
- 2:47InvitéFait
« Donc, sur le caddie moyen d'un magasin, ça sera neutre. »
- 4:02InvitéFait
« Vous savez, je vais vous dire, moi, dans 3 ou 4 ans, on va importer les produits agricoles en France. Et on va les payer beaucoup plus cher. »
- 6:53InvitéChiffre
« La logistique, c'est le premier poste de dépense d'un distributeur. »
Temps de parole
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L'interview éco. Votre invité Jean Lemary est à la tête de l'un des géants de la grande distribution. Bonsoir Serge Papin. Bonsoir. Vous êtes le PDG de Système U qui compte 1500 magasins. Vous participez en ce moment aux états généraux de l'alimentation. Vous animez même un atelier dans ces états généraux. Michel-Edouard Leclerc, leader du secteur, vous accuse, vous et d'autres distributeurs, de préparer avec les industriels une hausse massive des prix sous prétexte d'aider les agriculteurs. Pourquoi voulez-vous augmenter les prix ?
Non mais c'est faux. D'abord, les prix ne vont pas augmenter. Moi, on m'a confié la mission de mieux rémunérer, comme vous venez de le dire, les agriculteurs dans le cadre des états généraux de l'alimentation, puisque l'agriculture vit une crise sans précédent. Donc ce qu'on cherche à faire, c'est à mieux répartir la valeur. Ce n'est pas du tout pareil. Je vais vous prendre une explication assez simple. Vous savez ce qui se passe aujourd'hui ? Cette guerre des prix. Ces comparateurs de prix font porter cette guerre sur les produits les plus connus qui sont toujours dans les comparaisons.
On va prendre le cas d'une célèbre pâte à tartiner que tout le monde connaît, le pot de 400 grammes qui coûte à peu près 2,40 euros. Toute la distribution française prend une marge de 8 centimes d'euros. Et vous prenez un kilo de pommes, qui est vendue à peu près le même prix, toute la distribution française prend environ 80 centimes d'euros. Est-ce que vous trouvez normal que les produits agricoles, dont on fait l'apologie aussi pour mieux manger dans le cadre du plan santé, etc., financent les produits les plus connus et issus du marketing ?
C'est toujours l'exemple que vous donnez.
C'est la vérité. Nous sommes dans une péréquation infernale. Et Leclerc, évidemment, qui est le plus fort, vous venez de le dire, il considère que la loi du plus fort lui convient bien. Moi, on m'a simplement demandé d'aider le maillon faible.
Alors, regardons les choses précisément. Pensons au maillon faible, l'agriculteur. Est-ce que les produits agricoles non transformés, comme les fruits et les légumes, vont être concernés par ces mesures ?
Bien sûr. Alors, tous les produits, y compris les produits laitiers, etc. Alors, si on arrête un peu cette guerre des prix qui porte sur les produits les plus connus, on a fait le calcul. Sur l'ensemble du périmètre, il va y avoir une hausse de moins d'un pour cent avant une péréquation qui porterait sur une baisse des produits agricoles dont j'ai parlé. Donc, sur le caddie moyen d'un magasin, ça sera neutre. Alors, ça, ce sont vos calculs, Serge Pappin.
L'UFC Que Choisir parle d'un impact massif et colossal sur les prix. Et l'association de consommateurs a fait ces calculs aussi. Elle dit 1,4 milliard en plus l'an prochain à payer pour les consommateurs, plus 2,4% de hausse sur les produits concernés.
Non, 2,4, non. Moi, je ne suis pas d'accord du tout avec ce chiffre. Évidemment, si vous faites un panier uniquement de produits qui seraient en hausse...
Je vais vous poser la question. On ne va pas entrer là dans l'état des chiffres parce qu'on ne les a pas tous. Mais qui doit payer, au bout du compte, pour aider les agriculteurs ? Est-ce que ce sont... Il faut une meilleure... Est-ce que ce sont aux consommateurs de payer un peu plus cher ou est-ce que c'est à vous, distributeurs et aux industriels, de faire un effort ?
Il faut une meilleure répartition de la valeur. Tout le monde doit faire un effort. Tout le monde doit faire un effort. Et il faut que cet effort soit transparent. Et qu'il y ait une instance qui puisse être un peu un juge de paix. Et elle existe, cette instance, ça s'appelle l'Observatoire des prix et des marges. Qui est sous l'égide de l'État et qui doit avoir des moyens renforcés. Nous l'avons dit aux États généraux. Et il faut que cette instance dise, voilà, comment la répartition de la valeur se fait sur la chaîne. Parce qu'autrement, qu'est-ce qui va se passer ? Vous savez, je vais vous dire, moi, dans 3 ou 4 ans, on va importer les produits agricoles en France.
Et on va les payer beaucoup plus cher. La crise agricole est comparable à ce qui s'est passé au textile, dans le textile, il y a une vingtaine d'années. Donc il faut qu'on sorte de ça. Et puis prenons Jean-Lémarie. Est-ce qu'on ne peut pas prendre le risque de l'expérimentation ?
C'est ça que vous proposez ? Emmanuel Macron doit faire des annonces la semaine prochaine.
Moi, je propose que toutes les parties prenantes signent sous l'égide du président de la République, qui a voulu ses États généraux, s'engagent à faire en sorte de rénover le contrat entre l'agriculteur et le consommateur. Et nous, nous sommes des intermédiaires constructifs dans ce domaine. Et que nous expérimentions une façon nouvelle de réconcilier les filières. Et qu'à ce moment-là, on fasse le bilan très vite. Et qu'on se dise, quel a été l'impact pour le consommateur ? Quel a été l'impact pour l'agriculteur positif et tout ? Et on verra bien. Dans combien de temps ? Dans combien de temps pour y voir version change les règles ?
Si les négociations vont s'ouvrir, c'est pas possible que les négociations au 1er novembre s'ouvrent sur la même façon de travailler que l'année dernière. Les négociations commerciales annuelles sur les tarifs sont toujours sanglantes. Voilà. Il faut que l'esprit des États généraux, au 1er novembre, irrigue les nouvelles négociations. Et on peut faire un bilan à l'été.
Attendez, Serge Papin, vous allez tous, les distributeurs, aller, comme d'habitude, chercher les prix les plus bas.
Eh bien, justement, on doit tenir compte de ce qu'on a dit aux États généraux pour faire en sorte que l'agriculture soit mieux rémunérée. Donc, avec des conséquences nouvelles. Et faisons un bilan à l'été prochain en disant quel a été l'impact sur le panier moyen, sur un panier moyen et pas simplement sur 4 ou 5 produits. Faisons l'impact. Regardons comment les agriculteurs ont été mieux rémunérés. On peut le faire. Il y a des interprofessions qui peuvent juger des prix, des coûts de production des agriculteurs et qui peuvent et qui seront là pour suggérer dans le cadre des négos quel doit être le prix payé sur le lait, sur le porc, sur le bœuf pour que les agriculteurs s'en sortent.
Et ça, je trouve que ce sera intéressant d'expérimenter ça. On peut prendre ce risque d'une nouvelle façon de travailler.
Tout votre secteur surveille en ce moment un géant américain. Amazon, toujours Amazon, qui vend de plus en plus de produits alimentaires. D'après le journal Le Monde, Amazon vous a fait des propositions, comme à d'autres distributeurs. Que vous a-t-il proposé ?
Il a proposé qu'on soit un peu sur back office pour livrer de la marchandise. Parce qu'Amazon, il cherche aussi des gens qui sont organisés au niveau de la logistique, au niveau des magasins.
Et qu'avez-vous répondu ?
On a dit non.
Vous avez dit non ? Je vous pose la question parce que tout à l'heure, Michel-Edouard Leclerc, encore lui, disait, après tout, pourquoi pas Amazon pourrait devenir un jour notre logisticien ?
Ça, pour nous, jamais la logistique, c'est dans notre savoir-faire et on y tient beaucoup parce que c'est le coût le plus important. Vous savez, la logistique, c'est le premier poste de dépense d'un distributeur. Chez Systemu, le premier coût, c'est la logistique.
Est-ce qu'Amazon est un danger pour votre secteur aujourd'hui en France ?
Non, alors, ce qui n'est pas normal, c'est qu'Amazon ne paie pas, par exemple, la taxe sur les grandes surfaces qui, normalement, doit aider à la rénovation du commerce de centre-ville. C'est plusieurs centaines de millions d'euros. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'il ne paie pas la fiscalité. Il est basé sur des territoires offshore. Autrement, moi, je vais vous dire, il faut qu'on choisisse notre terrain de jeu. Nous, on est des commerçants. Notre rôle, c'est de faire venir les clients au magasin. Il y a autant de modernité dans la présence d'un bon boucher dans un magasin et avoir du bon pain que d'avoir la dernière technologie. Chacun son truc.
Nous, on ne fera pas le commerce sur Internet. On fera le commerce dans un magasin. Voilà.
Serge Papin, le patron des magasins U, invité de l'interview éco. Merci à vous.
Merci.
Et merci, Jean-Lémarie.