Olivier Rietmann : « Je ne voudrais pas être à la place de Sébastien Lecornu »
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Et Olivier Rittmann, vous êtes sénateur LR de la Haute-Saône. Vous présidez ici au Sénat la délégation sénatoriale aux entreprises. On est ensemble pour parler de la journée des entreprises. Elle a lieu aujourd'hui au Sénat, le nombre de créations d'entreprises qui atteint des records tout comme le nombre de défaillances, la crise internationale. Plombe-t-elle nos entreprises ? Sébastien Lecornu tient cet après-midi sa première conférence de presse. Il annoncera de nouvelles aides. Il fera le point, Sébastien Lecornu, sur les conséquences économiques de la guerre en Iran.
Est-ce que Olivier Rittmann voulait mesurer ces conséquences pour nos entreprises ?
Alors on les mesure, je pense qu'il est trop tôt pour vraiment les mesurer assez finement. Mais on les mesure notamment par les déplacements qu'on peut faire et les visites que je peux faire d'entreprises. Et on se rend compte que l'impact n'est pas seulement énergétique. Il est également sur le coût des matières premières dont les entreprises ont besoin pour leur production et qui sont concernées par le conflit au Moyen-Orient et à l'Extrême-Orient.
Et je visitais la semaine dernière une entreprise qui fabrique des pièces de siège en polyuréthane, l'entreprise française ossonoise, leader mondial dans le domaine, qui m'explique que la matière première, c'est un liquide dérivé du pétrole qui sert à fabriquer de la mousse polyuréthane, a pris 35 à 40% sur les deux derniers mois. Et donc ça a un impact énorme sur les coûts de production, donc sur la marge des entreprises et leur capacité derrière à réinvestir et à mettre des produits sur le marché qui sont coûts objectifs.
Donc sur leur trésorerie, sur les emplois aussi ?
Sur les emplois forcément. On ne parle pas vraiment encore, même si on a une augmentation du chômage, mais qui nous au Sénat, notamment dans le domaine économique, on l'annonçait depuis un moment et on prévenait le gouvernement sur le fait qu'à continuer comme ça, le chômage allait augmenter. Et là on est parti, on n'est plus sur du conjoncturel, malgré ce que peut dire notre ministre de l'Économie.
Pardon Olivier François, quand vous dites à continuer comme ça, ça veut dire quoi ? Qu'est-ce qui fait aujourd'hui que le chômage augmente ?
Mais ce qui fait aujourd'hui que le chômage augmente, c'est déjà premièrement un manque de compétitivité de nos entreprises et un appareil de production qui est, je ne veux pas dire en panne, mais qui souffre, non seulement... Alors, vous savez, moi j'ai plutôt l'habitude de dire que ce qui pose vraiment de gros soucis aujourd'hui à notre pays, c'est l'endettement et la dette, qui nous empêchent d'avoir des politiques ambitieuses, qu'elles soient publiques ou économiques. Mais c'est aussi toutes les entraves qui peuvent être mises au-devant des entreprises.
On a une volonté d'être un pays avec une production très forte, un pays exportateur, un pays souverain dans notre consommation et produire ce qu'on consomme. Et en même temps, c'est le cas de le dire, ces dernières années, on a mis en place que ça soit d'un point de vue normatif, d'un point de vue environnemental, même si ça fait partie des paradigmes sur lesquels font très attention les entreprises dans leur production. Mais la vitesse grand V avec laquelle on met en place des contraintes et des entraves à la production pour nos entreprises, les prive de pouvoir dégager des marges importantes et de pouvoir à la fois réinvestir, mais également embaucher.
Donc ce n'est pas lié uniquement au contexte international, géopolitique, économique, c'est lié à la politique d'Emmanuel Macron ?
C'est lié à une politique qui, oui, de ces dernières années, notamment d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements successifs, qui, dans une volonté affichée de débrider la production et l'économie, on fait du en même temps. Non, parce qu'on avait un discours et certaines mesures qui visent à encourager les entreprises à les soutenir, mais en même temps, c'est le cas de le dire, on a mis en place un certain nombre de contraintes, comme je le disais, et d'entraves, et qui freinent nos entreprises, qui freinent leur dynamique par rapport à ce qui se fait dans les pays autour de nous, sans aller chercher très loin, même en Europe.
On a l'habitude en France de vouloir laver plus blanc que blanc et d'imposer à nos entreprises des normes plus fortes que ce qui se fait, ne serait-ce qu'en Europe. On va plus loin que la norme européenne. Alors, je n'explique pas par rapport aux normes mondiales, même si on peut s'enorgueillir d'être les premiers dans certains domaines, la protection de l'environnement, la biodiversité.
Je pense qu'on n'a pas su trouver ces dernières années l'équilibre entre les normes, et c'est pour ça que moi, j'avais fait un rapport à la délégation sur le sujet, qui avait produit derrière la proposition de loi sur le test PME, le test entreprise, qui a été introduit dans le projet de loi de simplification économique, qui a mis si longtemps à sortir, et que j'espère, va être vite promulgué, et va mettre en place ce système qui permet de filtrer les normes et de ne pas mettre en place des normes qui vont trop à l'encontre de la volonté de développement.
– Mais pour revenir au contexte international, parce que Sébastien Lecornu est aussi attendu là-dessus cet après-midi, va faire le point sur les conséquences économiques de la crise en Iran pour notre pays. Vous le disiez, on est dans des contraintes budgétaires qui sont fortes. Qu'est-ce qu'il peut annoncer, qu'est-ce qu'il doit annoncer, selon vous, pour les entreprises avec des marges de manœuvre budgétaires aussi restreintes ?
– Honnêtement, je ne voudrais pas être à sa place, parce qu'on a des entreprises qui souffrent, qui ont des problèmes de trésorerie, pas uniquement dues, comme on l'a vu juste avant, à des soucis du conflit au Moyen-Orient, mais comme je vous le disais, c'est structurel, les problèmes de retard de paiement, peut-être on en parlera, etc. – Et en même temps, d'un autre côté, les bourses, le budget de la France ne lui permet pas non plus de faire des annonces d'accompagnement. Et d'ailleurs, je pense que ce n'est pas la meilleure idée non plus de répéter les erreurs qui ont été faites par le biais du quoi qu'il en coûte.
Je pense qu'il faut inciter l'outil productif et faire en sorte que la création de richesses vienne des entreprises, non pas sous perfusion, mais avec une vraie volonté de libérer, de lâcher les rênes des entreprises et de pousser à la production. Et je dis ça, je ne dis pas ça pour le bien des entreprises et des chefs d'entreprise, je dis ça pour le bien de la France, pour que la France retrouve sa souveraineté, son indépendance. La production, la création de richesses des entreprises, c'est pour moi le noyau du réacteur.
On peut vouloir mettre en place toutes les politiques publiques en termes d'éducation sociale, de santé, de protection, de sécurité, si on n'a pas d'argent pour le faire mettre en place, ça reste que du rêve et de l'annonce et de la communication. Et cet argent, d'où pour alimenter les caisses de l'État ? De la capacité de nos entreprises à produire, à payer des salaires, à payer des cotisations, à payer des impôts.
On va rentrer dans le détail de la situation de nos entreprises avec quelques chiffres. Des chiffres records. D'abord, un record historique de défaillances d'entreprises. En 2025, environ 70 000 défaillances d'entreprises. Ça concerne surtout les PME et les très jeunes entreprises. Comment vous l'expliquez ?
Alors, j'irais un petit peu plus finement dans votre analyse des 69 000 défaillances d'entreprises. Et c'est là que c'est inquiétant. On revient à des niveaux supérieurs à la période avant Covid. Donc là, premièrement, c'est inquiétant. Deuxièmement, effectivement, beaucoup de petites entreprises. Dans les entreprises de moins de 10 salariés l'année dernière, il s'est supprimé 1 219 emplois par semaine. C'est énorme. Et c'est les plus touchés par les défaillances d'entreprises. Ce sont les petites, très petites entreprises. Mais là où c'est inquiétant, c'est qu'on a de plus en plus de PME de taille importante. Et notamment des ETI. On est à plus de 100 ETI sur une année.
Qui sont les établissements de taille intermédiaire.
Les établissements de taille intermédiaire, c'est-à-dire plus de 250 salariés, si on veut résumer, qui ont été touchés par des défaillances. Des phénomènes qu'on ne voyait pas avant. Et là, on a ces conséquences multifactorielles qui viennent, je le disais tout à l'heure, ça peut être des retards de paiement, des entraves, de la difficulté à produire, de la trésorerie. Aujourd'hui, les entreprises, quand vous leur demandez leurs plus gros problèmes, elles ne vous parlent pas forcément du carnet de commande. Elles vous parlent notamment de la trésorerie. Il y a un vrai manque et un vrai problème de trésorerie aujourd'hui au sein de nos entreprises.
Et quand vous avez en plus les conséquences du conflit Etats-Unis, Iran, Moyen-Orient, qui vient s'abattre dessus, si vous avez en plus des problèmes de trésorerie, ça devient vraiment très difficile, voire impossible.
Vous, vous avez porté au Parlement il y a quelques mois un projet de loi qui visait, une proposition de loi qui visait à réduire justement les retards de paiement afin de lutter contre les défaillances d'entreprises. Je donne juste quelques chiffres. Selon la Banque de France, ces retards de paiement augmentent de 25% le risque de faillite. Et les paiements effectués au-delà des délais légaux représentent un coût de 15,3 milliards pour les entreprises.
On est même à 17 milliards.
Ça a augmenté depuis, alors. Est-ce que votre texte, il a déjà eu des effets sur les entreprises ou c'est encore trop tôt ?
C'est encore trop tôt parce que le texte n'est pas encore voté à l'Assemblée nationale. Moi, j'ai passé une grande partie de l'été dernier à faire des auditions sur le sujet parce que j'avais été très sollicité par le monde des entreprises sur les retards de paiement notamment qui engendrent des problèmes de trésorerie très graves. 17 milliards au global, 12 milliards de grandes entreprises ou moyennes qui ne payent pas forcément bien les petites et 5 milliards des collectivités et du public. Et donc, la proposition...
C'est ce que vous avez pointé aussi pendant l'examen de votre texte.
Exactement. C'est qu'il y a également un retard de paiement du public vers le privé. Et on considère... Moi, je l'ai dit au ministre des PME, Serge Papin. Je lui ai dit, il y a un moment, il va falloir poser la bonne question. Est-ce qu'il vaut mieux préserver le budget de l'État et ne pas mettre l'argent sur le compte notamment des hôpitaux qui sont des, entre guillemets, des très mauvais payeurs où est-ce qu'il faut gréver un peu le budget de l'État mais faire en sorte qu'on paye les entreprises et qu'elles ne tombent pas dans une défaillirance ? Donc, le texte a été voté à l'unanimité au Sénat. Comme quoi, je pense qu'on avait bien ciblé la bonne cible et les bonnes solutions.
Il bénéficie de ce qu'on appelle la procédure accélérée. C'est-à-dire une procédure qui fait que, suite à une lecture à l'Assemblée nationale, derrière, il y a une commission mixte paritaire et c'est promulgué. Mais il n'a pas encore été inscrit et je pousse au niveau de Matignon notamment pour qu'il soit inscrit à l'agenda pour être examiné très vite à l'Assemblée nationale.
Alors, ça, c'est ce qui ne va pas. On va quand même parler de ce qui va parce qu'il y a aussi des chiffres qui sont encourageants. Dans le même temps, l'année 2025 marque le record de la création du nombre d'entreprises. Près d'1,2 million d'entreprises se sont créées. Pourquoi ces deux chiffres qui peuvent paraître un peu antagonistes ? Est-ce qu'il y a un vrai paradoxe ou est-ce que, certes, les entreprises se créent mais restent fragiles ?
Deux choses. La première, c'est des chiffres encore à prendre avec un peu plus de nuances sur 1,2 million de création d'entreprises. C'est-à-dire que dès l'instant où vous créez un numéro de sirène, vous créez une entreprise, un numéro de sirène. Que ce soit une société civile immobilière pour votre résidence principale, que ce soit une micro ou autre autre entreprise pour donner deux heures de cours d'anglais. Ce n'est pas plus juratif ce que je dis mais ce n'est pas là qu'on crée vraiment la richesse et la production. Donc, 1,2 million de création d'entreprises. Oui, on a en France une vraie culture de la création d'entreprises et une vraie culture entrepreneuriale.
Et Dieu merci, on est un pays où on a cette volonté de créer, de développer et de mettre en place son entreprise. Notamment de la créer et pas suffisamment, pour moi, de la reprendre. Dans les 10 ans qui viennent, vous aurez 600 000 entreprises à reprendre en France. Il faut qu'on pousse, notamment la jeunesse, à reprendre ces entreprises qui existent, qui ont déjà du savoir-faire, qui ont déjà de la clientèle, qui ont déjà un outil de production. Et c'est quand même dommage de voir ces entreprises soit se fermer, parce qu'elles n'ont pas trouvé repreneur, soit être reprises par des capitaux étrangers.
Et ça nuit au développement de l'entreprise et notamment de faire que des PME peuvent devenir, donc des petites et moyennes entreprises, peuvent devenir des entreprises de taille intermédiaire, qu'une entreprise intermédiaire est beaucoup plus forte, elle exporte, elle crée beaucoup plus de richesses, elle embauche beaucoup plus. Donc, on a cette culture de l'emprétenariat en France. La naissance, le développement, la mort d'une entreprise fait partie de la vie d'une entreprise. Là où ça devient inquiétant, c'est quand vous avez des entreprises plutôt réputées solides, qui connaissent les défaillances, ça veut dire qu'on a un système structurel qui fonctionne moins.
Allez, autre chiffre encourageant. On apprend ce matin que pour la 7e année consécutive, la France est le pays d'Europe qui attire le plus de projets d'investissement étrangers en 2025 et notamment des projets liés à l'intelligence artificielle, plus qu'ailleurs en Europe. L'intelligence artificielle, il va en être question. Aujourd'hui, lors de cette journée des entreprises, Audrey, vous allez nous éclairer sur le sujet, parce que l'intelligence artificielle, c'est le nouveau terrain d'affrontement dans la compétition économique mondiale et la ministre du Numérique, elle s'inquiète d'un décrochage des entreprises.
En effet, Oriane, nos entreprises n'utilisent pas assez l'intelligence artificielle, soit parce qu'elles n'en voient pas l'intérêt, soit parce qu'elles ne savent pas comment s'y prendre. Résultat, seuls 26% de nos très petites entreprises et moyennes entreprises utilisent des solutions IA. Alors, c'est deux fois plus que l'an dernier, mais ça reste bas. Et ce sont principalement des outils de création de textes ou d'images. Pourtant, l'intelligence artificielle permet d'analyser des documents, de faire des prévisions, d'automatiser aussi certaines tâches, comme le traitement des factures ou la gestion des stocks, ce qui permet d'accélérer les choses.
Alors, justement, pour accélérer, le gouvernement a lancé l'été dernier le grand plan aux IA, abondé à hauteur de 15 millions d'euros. On écoute la ministre.
Nous avons un objectif clair, il est chiffré. 100% d'IA dans les grands groupes en 2030, d'ici 2030, 80% dans les PME et ETI et 50% dans les TPE, donc les artisans, les commerçants. Il est nécessaire d'adopter l'IA. L'impact, évidemment, sera décisif pour notre économie et notre souveraineté.
Alors, concrètement, ce plan, il doit permettre de mettre en valeur des utilisations de l'IA et de conseiller les entreprises pour les aider à franchir le cap. Est-ce que c'est assez, vu l'urgence ? Vos collègues, Damien Michalet et Laurence Garnier, par exemple, proposent d'investir plus et de créer un livret d'épargne spécialement dédié à l'IA. Est-ce qu'il faut faire plus ? Est-ce qu'il faut aller dans ce sens-là ?
Oui, je veux saluer le travail de Damien Michalet et de Laurence Garnier. C'est moi qui l'aurai demandé, le président de la délégation. Vous savez, on fait des rapports tous les ans sur des missions particulières. On avait anticipé en lançant une mission sur l'entreprise 5.0. Je voulais juste apporter une petite nuance sur ce que vous avez dit. 26% des TPE, PME n'utilisent pas l'IA. Plus de TPE qui ne l'utilisent pas, des très petites entreprises, 55% des PME utilisent l'IA.
Ça tire le chiffre vers le bas, du coup, avec les très petites.
Pour les très petites. Voilà, il y a énormément de très petites qui ne l'utilisent pas. Par contre, on a plus de la moitié des entreprises de moyenne taille qui l'utilisent. On n'est plus dans la prospective aujourd'hui au niveau de l'IA dans les entreprises. On est carrément dans la mise en application. Elles y sont engagées. Pas suffisamment. Et je reviens sur votre question. Oui, il faut un énorme investissement. Mais je pense qu'il ne doit pas non plus se limiter au niveau français. Il faut un investissement européen. Il faut qu'on fasse ça ensemble et un investissement communautaire européen dans l'IA. Pourquoi ? Parce qu'en face, on a les États-Unis, on a la Chine.
et que ce sont des puissances colossales au niveau développement de l'intelligence artificielle. Et si on veut pouvoir lutter, oui, la France est un grand pays qui a des moyens, mais pas suffisamment. Il faut qu'on le fasse au niveau européen, à nous d'y mettre au niveau français et au niveau européen les outils nécessaires, comme le livret d'épargne dédié à l'intelligence artificielle. On a 160 000 petites et moyennes entreprises et 4 300 000 TPE, très petites entreprises, à former à l'IA. Même si aujourd'hui, c'est devenu pour certains un moyen d'avoir de meilleures conditions pour leurs salariés, un moyen de compétitivité, de contrôle.
Je visitais, je vous disais la semaine dernière, une entreprise qui fabrique des éléments en mousse de siège. Ils ont réussi, grâce à une caméra qui utilise un logiciel d'intelligence artificielle, à diminuer leur rebut de 70 %. L'entreprise ossonoise, leader mondial. L'intelligence artificielle, ce n'est même pas la question de se poser s'il faut y aller ou pas. J'entends certains de mes collègues plutôt de l'autre côté de l'hémicycle qui nous parlent tout de suite des réglementations. Mais avant de réglementer, il faut y aller, mettre des moyens français. Je pense que si on veut pouvoir lutter au niveau mondial, c'est des moyens européens qui vont falloir mettre.
Et le gouvernement va dans votre sens. L'intelligence artificielle doit être mise en place dans tous les pans de la société. Et ça, c'est important pour nos fleurons français et européens, André. Oui, parce qu'il existe des entreprises européennes d'IA capables, vous l'avez dit, de prendre part à la compétition mondiale contre les États-Unis ou la Chine. On pense évidemment à la pépite française Mistraléaï, spécialisée dans l'IA générative. C'est ce qui permet de créer des conversations, du texte, de l'image. Elle travaille avec des entreprises, des acteurs publics. Mais pour son patron qui a été auditionné à l'Assemblée nationale, il faut plus de visibilité pour pouvoir se développer.
Nous, on n'existe que s'il y a un marché qui existe. Et le problème qu'on voit, c'est qu'en fait, ce marché, il se matérialise un petit peu trop lentement par rapport à ce qui devrait être le cas. C'est-à-dire que les entreprises n'ont pas encore complètement conscience de la quantité d'intelligence artificielle qu'elles vont utiliser dans les années qui viennent. Et donc, nous, notre sujet, on arrive à être assez agressifs, mais on aimerait être plus agressifs. Et pour ça, il faut qu'on ait une visibilité sur le marché.
D'après lui, s'il n'y a pas d'accélération dans les deux ans, le risque, c'est que l'Europe devienne simple consommatrice de produits étrangers. Elle a déjà du retard. Je vous donne un exemple très parlant en matière d'IA générative. Donc, c'est pour créer du texte ou des images ou des conversations. Pour l'instant, les États-Unis ont déjà produit 40 modèles d'IA entraînés à très grande échelle. La Chine en a produit 15. L'Europe en a produit 3. Et vous le disiez, les États-Unis sont pionniers et leaders en matière d'intelligence artificielle. Mais le paradoxe, c'est qu'on observe un mécontentement croissant outre-Atlantique.
En effet, il y a d'abord eu de l'enthousiasme et maintenant de l'inquiétude concernant l'impact de cette technologie émergente sur le chômage. On assiste à des licenciements liés à l'IA dans le secteur de la tech. Notamment, Meta a annoncé 8000 licenciements, 10% de ses effectifs du fait de l'IA. Selon un sondage Sémaphore, un média américain, 70% des Américains estiment que l'IA évolue trop vite. Plus de 50% en ont une opinion négative. Comment est-ce qu'on fait, nous qui voulons accélérer, pour ne pas reproduire ce modèle et ses écueils ?
Ça devra passer très rapidement quand on dit qu'il faut mettre des moyens. Ce n'est pas uniquement dans le fait de créer des entreprises qui vont nous mettre en avant dans l'IA. C'est bien beau d'être des utilisateurs, mais c'est pour utiliser que des produits chinois ou américains, autant qu'on les produise nous-mêmes. C'est une question de souveraineté. Quand on parle d'entreprises d'armement, quand on parle d'entreprises agroalimentaires, il vaut mieux que ce soit nous qui produisons les outils plutôt que les Américains ou les Chinois. Mais ça passe également par des gros investissements dans la formation. L'IA ne doit pas prendre la place des emplois.
Elle doit mettre en place de nouveaux emplois. Alors effectivement, il y a des emplois qui vont disparaître, mais elle va recréer de nouveaux emplois. Si peu qu'on mette les moyens dans la formation des salariés qui vont être capables de travailler avec l'IA, de travailler dans le sens de l'IA. Mais une chose est sûre, c'est que l'IA, si vous voulez, on est dans la même période qu'on l'a été au début de l'informatisation. Moi, je me rappelle, les premiers ordinateurs, on pensait qu'ils allaient prendre la place des salariés. Et puis non, on s'est adapté. Ça a créé de nouveaux emplois. Et aujourd'hui, c'est une vraie aide dans le domaine du travail. L'IA doit être intégrée.
Ça doit être un outil intégré les moyens nécessaires. Et je vous dis notamment des moyens européens. C'est à ce niveau-là qu'on aura les moyens nécessaires pour lutter contre ces grandes puissances. L'Europe est une grande puissance et on doit s'en servir dans ce domaine.
Et les entreprises, elles font aussi la une dans nos régions. Nous allons aller du côté du Puy-de-Dôme. On retrouve Gilles Lalose. Bonjour Gilles. Merci beaucoup d'être avec nous, directeur éditorial départemental du Puy-de-Dôme pour le journal La Montagne. Gilles, à lire dans vos pages aujourd'hui, la success story d'une entreprise familiale du Puy-de-Dôme partie à la conquête du monde.
Tout à fait. C'est le journaliste Dominique Diogo qui revient sur l'histoire de Top Clean Packaging, un groupe auvergnien spécialisé dans le packaging médical qui a réussi à s'étendre en Chine et aux Etats-Unis. Top Clean Packaging, c'est 60 millions d'euros de chiffre d'affaires. Et dès 2006, une implantation à l'ouest de Shanghai avec une première usine lancée par François Berry. L'entreprise française est aujourd'hui, a toujours sa base industrielle très forte dans son fief historique dans le Puy-de-Dôme à quelques kilomètres de tiers avec 200 salariés. Elle continue d'embaucher en France. Elle se développe en Chine avec une centaine de salariés, une deuxième usine en construction.
Elle est présente à Milwaukee avec une cinquantaine de salariés. Mais entre le coût horaire élevé, les charges et les 35 heures en France, pour le dirigeant Jean Berry qui a pris la suite de son père, le même produit coûte 14 euros à produire en France, 12 euros aux Etats-Unis et seulement 5 à 6 euros en Chine. Père et fils de cette entreprise sont bien placés aussi pour décrire ce qui se joue actuellement avec le retour du protectionnisme outre-à-tente-lique. Et ils craignent aussi un décrochage de l'Europe par rapport à la Chine qui va très vite, qui investit très fortement sur l'innovation. C'est ce qu'on explique dans cet article.
Et il y a aussi un réflexe nationaliste puisque en Chine, comme aux Etats-Unis, cette entreprise Top Clean Packaging est considérée sur ses territoires comme un étranger, même si elle a ses usines sur place. Monsieur le Sénateur, une question, comment percevez-vous ce type de success story qui doit faire face aujourd'hui à un protectionnisme grandissant, que ce soit en Chine ou aux Etats-Unis et qui, dans son développement, est ainsi freiné ?
Bonjour, merci pour votre question. Alors, plusieurs réflexions sur la question que vous me posez. Déjà, on peut être fier. On peut être fier qu'on ait des entreprises du niveau à pouvoir aller s'installer en Chine et pouvoir lutter. Alors, Top Clean Packaging est une entreprise plutôt bien connue qui est une vraie success story, une entreprise familiale ici du Puy-de-Dôme et qui est quand même leader dans son domaine. On en a quelques-unes comme ça et même de nombreuses et soyons-en fiers. Là où il y a deux questions qui se posent. La première, pourquoi est-ce qu'une entreprise de ce type-là, pour produire des produits, c'est le cas de le dire, est obligée d'aller en Chine ?
Ce n'est pas uniquement pour ouvrir des marchés puisque, comme vous l'avez dit, elle est toujours considérée comme une entreprise étrangère, mais c'est surtout pour une question, je résume, de coût du travail. Produire aujourd'hui en France par rapport à certains concurrents devient trop chère. Et là se pose une autre question, est-ce qu'on tient tous à notre modèle social, est-ce que le travail et uniquement le travail doivent financer l'intégralité de notre modèle social ? Moi, président de la délégation aux entreprises, je vous dis non. Il faut aller rechercher d'autres sources de financement.
Et puis la deuxième, c'est qu'on a, vous le dites, une émergence très forte du nationalisme et du protectionnisme de ces grandes puissances. Eh bien, il faut lutter avec les mêmes armes. C'est-à-dire qu'il faut, mais au niveau français certes, mais au niveau européen. C'est-à-dire qu'il faut faire en sorte que ce qui est produit en Europe bénéficie non seulement des mêmes conditions, qu'on arrive à s'aligner dans le coût du travail. Alors on ne sera jamais complètement aligné parce qu'on a d'autres prérogatives et Dieu merci de protection de l'environnement. Même si la Chine y vient, les États-Unis sont très forts sur le domaine aussi.
La Chine produit aujourd'hui des produits qui, de leur impact environnemental, sont presque aussi bons que ce qu'on peut produire en Europe. Mais il faut qu'on lutte avec les mêmes armes en cherchant à tout prix une compétitivité très forte de nos entreprises pour produire, si ce n'est en France, au moins en Europe et préserver notre souveraineté. C'est très important.
Merci Gilles Lalose. Merci de nous avoir parlé de cette success story qui est à lire ce matin dans les pages de La Montagne. Merci Olivier Ritman. La journée des entreprises qui se tient donc aujourd'hui au Sénat.
250 chefs d'entreprise de France et de Namor qui viennent ici au Sénat aujourd'hui.
Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme publique Sénat.
Olivier Rietmann