VIOLENCES, FÉMINICIDES, PSYCHO-TRAUMA : L'HYPOCRISIE DE MACRON ET SCHIAPPA
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 80 %Défensif 20 %
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« Chaque année, en France, ce sont 223 000 femmes qui sont victimes de violences conjugales et 84 000 femmes sont victimes de viol. »
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« Depuis le début de l’année, 90 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. »
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« En 2019, 146 femmes et 25 enfants sont morts suite à des violences. »
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« Pour 41% de ces femmes, elles avaient déjà été victimes de violences antérieures. »
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« Une seule d’entre-elles bénéficiait d’un dispositif de protection judiciaire. »
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« Les femmes victimes perdent en moyenne entre une et quatre années de vie en bonne santé. »
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« 834,5 millions d’euros concernent déjà en grande partie le triplement des fonds alloués aux programmes diplomatiques et de développement à l’étranger. »
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« On parlera même d’une communication gouvernementale “hâtive et trompeuse”, d’un “tour de passe-passe” budgétaire. »
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À une semaine de la grande action prévue dans toute la France par Nous Toutes le 16 octobre, afin de rendre hommage aux victimes de féminicides et dénoncer le manque de moyens pour enrayer ces violences, le gouvernement, lui, a annoncé de son côté il y a quelques temps la mise en place d’une nouveauté en phase test pour lutter contre les violences : il s’agit de casques de réalité virtuelle. Cet outil consiste en la visualisation dans un casque d’une vidéo de scènes de violences conjugales pour être du point de vue du témoin ou de la victime. Cela permettrait d’améliorer la capacité d’empathie des auteurs, et de changer “la perception de leur propre violence”.
Aujourd'hui, nous allons parler de violences faites aux femmes, vous allez comprendre les mécanismes psycho-traumatiques à l’oeuvre et nous évoquerons les moyens gouvernementaux mis en place pour faire face à ces multiples enjeux : éducation, prévention, justice, santé publique, police, etc. Pour commencer, de quoi parle-t-on lorsqu’on parle de violences faites aux femmes ? Chaque année, en France, ce sont 223 000 femmes qui sont victimes de violences conjugales et 84 000 femmes sont victimes de viol.
Depuis le début de l’année, 90 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. En 2019, 146 femmes et 25 enfants sont morts suite à des violences. Et pour 41% de ces femmes, elles avaient déjà été victimes de violences antérieures.
Pourtant, une seule d’entre-elles bénéficiait d’un dispositif de protection judiciaire. Au-delà de ces chiffres accablants, rappelons aussi qu’avoir subi des violences au cours de sa vie est un des déterminants majeurs de l’état de santé d’une femme. Les femmes victimes perdent en moyenne entre une et quatre années de vie en bonne santé, par rapport à la population générale, notamment en raison des problèmes directement liés au psycho-traumatisme qui est subi.
Alors c’est quoi un psycho-traumatisme ? Eh bien, en termes médicaux, il s’agit des troubles présentés par une personne ayant vécu un ou plusieurs événements traumatiques qui ont menacé son intégrité physique et/ou psychique ou celle d'autres personnes présentes, et ayant provoqué une peur intense, un sentiment d'impuissance ou d’horreur. Cela ne vaut donc pas que pour les violences conjugales faites aux femmes.
C’est un phénomène que l’on observe aussi dans les suites d’accidents graves, de décès brutal d’un proche, d’attentats, de guerres, etc.. Ce qu’il est capital de comprendre ici, c’est qu’un événement violent que l’on soit victime ou témoin au départ, entraîne systématiquement un psycho-traumatisme.
Pourquoi ? Parce qu'il s'opère une sorte de phénomène “d’effraction” du psychisme à ce moment-là, et de débordement de ses défenses. Et c’est ceci qui va ensuite entraîner des troubles physiques ou psychiques, d’intensité et de durée plus ou moins variable.
Alors, ces troubles varient selon les types d’agressions subies qu’elles soient isolées ou répétées dans le temps, l’âge de la victime, ses caractéristiques propres, les caractéristiques propres à l’auteur aussi, et la présence ou non d’une prise en charge ensuite adaptée. Alors, c’est quoi ce phénomène d’effraction psychique et comment ça atteint la santé ? Je vais essayer ici de vulgariser les données physiologiques connues à ce jour afin que vous compreniez ces enjeux.
Comment fonctionne le corps d’abord dans une situation de danger “normale” ? Eh bien, lors d'un danger soudain, mettons un accident de voiture devant vous, notre corps il fait beaucoup de choses. Il envoie des signaux sensoriels, grâce à la vue, qui vont atteindre notre cerveau pour déclencher une réponse.
Grâce, notamment au thalamus et à l'amygdale, le danger va être traité. D’abord, ça va nous permettre une réaction immédiate si besoin, appuyer sur le frein par exemple. Et ensuite, l’information, elle va être comparée à toutes les informations de notre histoire dans cette espèce de “banque de données” que nous avons dans notre cerveau en mémoire.
Et c’est cela qui va permettre d’affiner la réaction dans un second temps, “ça je connais, j’ai appris qu’il fallait allumer mes feux de détresse, je reprends le contrôle de mon véhicule, etc.” Dégainer son pied très vite ou s’enfuir de la voiture pour aller s’immobiliser quelque part, tout ceci est permis grâce à une réponse végétative et endocrinienne immédiate qui se produit en parallèle. C’est ce qu’on appelle une réaction engendrée de stress.
Ces actions-là, cérébrales, elles nous permettent ça en libérant dans notre corps des hormones comme la noradrénaline, l'adrénaline, la sécrétion de cortisol, etc. Ainsi, celles-ci permettent d’augmenter la fréquence cardiaque, la tension artérielle, la fréquence respiratoire, qui nous permettent cette réaction motrice. Une fois le danger passé et que nous sommes à l’abri, le signal traite la fin de la menace, l’amygdale va réguler sa réponse hormonale et végétative jusqu’à extinction.
Nous n'avons plus besoin de la libération de ces hormones. Vous avez déjà tous dû sentir suite à une chute, une frayeur, votre cœur s'emballer très vite, et parfois, il vous faut quelques minutes pour “redescendre”. C’était l’activation de votre système nerveux qui a produit cela et qui vous a permis d’avoir si besoin une réponse motrice, qui ensuite s’est calmée à la fin du danger en se régulant.
Alors maintenant qu’on a vu cela, qu’est ce qui se passe quand l’événement est traumatique ? Comparé à une situation de danger non traumatique, l’événement traumatique comme on l’a vu dans la définition tout à l’heure, lui menace l’intégrité physique et/ou, psychique de l’individu ce qui entraîne une sidération psychique. Les hormones pour faire face au danger sont produites de la même façon, mais en raison de la sidération qui a été provoquée par la peur, l’effroi, eh bien la modulation ne peut pas se faire par l’amygdale.
Elle ne peut pas réguler ni freiner la réponse comme elle le doit. Le problème, c’est que la production de taux aussi élevés d'adrénaline et de cortisol, etc., sans être freinés sont trop dangereux pour notre organisme et cela entraînerait un risque vital.
Alors, pour notre survie, se met en place une voie de secours exceptionnelle : ça disjoncte. Une réelle disjonction afin de nous protéger. L'amygdale s'éteint et vont même être produites des hormones que l’on va appeler anesthésiantes.
Ainsi, les stimulus de danger,eux, continuent d’arriver mais le système nerveux sympathique et notre axe hypothalamo-hypophysaire ainsi que nos surrénales ne sont plus stimulés. Les stimuli continuent d'arriver mais ils ne sont pas traités correctement. Il n’y a plus de connotation émotionnelle, plus de souffrance psychologique, plus de souffrance physique afin de freiner la libération des hormones.
C’est ceci qui provoque cette impression d'étrangeté, d'irréalité, d'être spectateur de ce qui arrive lors d’un psycho-trauma : c’est ce qu’on appelle la dissociation. Cette déconnexion va quand même avoir des conséquences bien sûr. Elle va être à l’origine d'une mémoire traumatique qui est piégée dans les amygdales.
Et les retours ensuite de ce mauvais traitement d’informations vont se faire sous forme d’informations dites “fantômes”. Alors, les symptômes que ça va causer peuvent aller de symptomes relativement courts et régressifs, des cauchemars pendant une semaine,mais ça peut aller jusqu’à la chronicisation d’atteintes physiques, psychiques et/ou sociales graves et handicapantes sur la vie quotidienne des victimes, au point même parfois de les pousser jusqu’au suicide. Les études montrent par exemple que chez les victimes de violences sexuelles, une sur deux a tenté de se suicider, une sur deux a souffert de troubles addictifs, une sur trois de troubles alimentaires, de conduites à risque, de mises en danger, et a vécu de grandes périodes de précarité .
De nombreuses pathologies somatiques, en sus des pathologies psychiatriques, ont aussi été mises en évidence : Des troubles musculo-squelettiques, neurologiques, métaboliques, cardiovasculaires, gynécologiques, obstétriques, etc… C’est des femmes que nous médecins pouvons voir pour des maux de tête, des douleurs abdominales, de l’anxiété, etc. Si vous souhaitez aller plus loin, vous trouverez en-dessous de la vidéo toute la bibliographie ainsi que des sites avec explications bien plus détaillées sur le fonctionnement cérébral de tout cela. Ainsi l’exposé que nous venons de faire permet de se rendre compte que de multiples enjeux se croisent autour de la question des violences faites aux femmes.
Celui de la santé, auquel je me suis notamment attachée aujourd’hui, est d’autant plus capital que les soignants sont les premiers interlocuteurs des victimes avant même la justice et la police. Or, malgré quelques petites avancées, aucun plan de grande envergure de formation n’a été mené à destination des différents interlocuteurs des victimes : soignants, police, justice, etc. Pas d’apprentissage sur la prise en charge à avoir, les symptômes qui doivent alerter ou les comportements qui peuvent témoigner d’un état de souffrance psychique, de dissociation.
C’est en raison de ces méconnaissances que les victimes subissent parfois une perte de chance tant sur la possibilité de repérer des violences que sur la prise en charge de leur atteinte physique et psychique et ainsi une perte d’espérance de vie en bonne santé. À l’inverse, les formations, associations, soignants qui s’occupent de tout ça, sont en recherche permanente de financements pour pouvoir fonctionner, ce qui leur coûte par ailleurs un temps bien précieux. Faute de moyens, certaines structures doivent parfois limiter leur accueil ou activités comme ce fut le cas de l’association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AFVT), qui a dû se résoudre à fermer sa permanence téléphonique en 2019 alors qu’elle est pourtant la seule association ouvrant sur le champ des violences au travail.
Le champ serait encore très vaste de sujets à aborder. Téléphone grand danger, hébergements d’urgences, suivi judiciaire, dépôt de plainte, etc. Devant ces enjeux majeurs multifactoriels qui concernent des centaines de milliers de nos concitoyennes, l e gouvernement via Marlène Schiappa, qu’est-ce qu’ils ont fait ?
Ils ont annoncé en octobre 2019, le déblocage d’un milliard d’euros pour l'égalité entre les femmes et les hommes dont 360 millions consacrés spécifiquement à la lutte contre les violences faites aux femmes. Ça a l’air merveilleux. En fait, non.
Le rapport sénatorial qui s’en est suivi sera drôlement sévère. On parlera même d’une communication gouvernementale “hâtive et trompeuse”, d’un “tour de passe-passe” budgétaire, “loin du milliard d’euros annoncé” et la quasi-absence de mesures nouvelles. En effet, de ce milliard, 834,5 millions d’euros concernent déjà en grande partie le triplement des fonds alloués aux programmes diplomatiques et de développement à l’étranger, qui ne sont d’ailleurs pas des crédits, mais des “autorisations d’engagement” Pour le reste, le sénateur Éric Bocquet, qui a fait partie du rapport sénatorial sur ce milliard d’euros, a résumé la situation ainsi : Effectivement, on comprend mieux ainsi l’agacement récent de Marie-Pierre Badré, la présidente du centre Hubertine Auclert, qui lutte contre les violences faites aux femmes, devant l’annonce de la mise en place des phases test de ces casques virtuels, et qui dira : “Avant de faire de la réalité virtuelle, il faut faire le reste” et on ne peut que la rejoindre.
Le combat féministe est un combat qui va, de fait, de pair avec celui des moyens alloués aux services publics. Il va également de pair avec la lutte contre les inégalités sociales et pour la justice, dans la mesure où ce sont les femmes les plus jeunes et/ou en situation de vulnérabilité qui subissent le plus de violences : à savoir les mineures, les femmes handicapées, les sans domicile fixe, immigrées, réfugiées, racisées, ou en situation de prostitution, etc. Le féminisme n’existe donc pas sans lutte pour la justice sociale en même temps.
Continuons de nous battre pour les nôtres, pour nos sœurs, pour nos filles. Madame Schiappa, on vous attend ! Vous pouvez sortir les moyens et le portefeuille.
On se retrouve très bientôt sur Blast. Si cette chronique vous a plu, n’hésitez pas à mettre un petit pouce blanc en bas, à vous abonner et à la prochaine chronique, nous parlerons de la grève des sage-femmes. Portez vous bien et à bientôt sur Blast.