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videoyoutube.com· 10 juillet 2026

Le pari risqué de Marine Le Pen pour 2027

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Condamnés, mes candidates, CodeSourceTalk décrypte aujourd'hui le coup de poker de Marine Le Pen avec Alexandre Sulzer et Timothée Boutry. Salut Alexandre, salut Timothée. Salut Jules.

Alexandre, tu couvres le RN, tu fais partie du service politique du Parisien. Timothée Boutry, toi tu es spécialiste pour les justices et tu suis notamment les questions de justice depuis plus de 20 ans. Et la première question est pour toi, réponds de façon courte si possible.

Est-ce qu'on est certain aujourd'hui que Marine Le Pen pourra être candidate à la prochaine présidentielle sans bracelet électronique ? On est certain de rien, mais c'est probable. Alors on va expliquer ça en détail, mais d'abord comme toujours dans CodeSource, on reprend tout depuis le début.

Le mardi 7 juillet, la Cour d'appel de Paris a reconnu coupable Marine Le Pen de détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires du RN. Timothée, elle est reconnue coupable de quoi précisément ? Elle est reconnue coupable à double titre en tant qu'ancienne eurodéputée pour avoir employé des assistants qui n'ont pas travaillé au service du Parlement européen et pour, en tant que chef de parti, avoir été complice par instigation de ce système, de cette organisation qui a détourné l'argent de l'Europe au profit du parti.

Le montant du préjudice est évalué à 2,8 millions d'euros. C'est de l'argent qui aurait dû servir à payer des assistants qui travaillaient pour le Parlement, pour les députés et qui auraient été détournés au profit du parti politique. Alors pendant le premier procès en première instance, donc en 2025, puis en appel en janvier et février de cette année, est-ce qu'il y a eu une preuve claire de ce détournement ?

Est-ce qu'il y a un exemple qui t'a frappé ? Disons que c'est une succession de cas, en fait. Il y a plusieurs contrats qui ont été examinés.

Et par exemple, on se rend compte que le chauffeur de Jean-Marie Le Pen a été assistant parlementaire, alors qu'en fait, il a toujours été chauffeur de Jean-Marie Le Pen. L'assistante personnelle de Jean-Marie Le Pen aussi, ou l'assistante personnelle de Marine Le Pen, elle l'a embauchée en tant qu'assistante, alors qu'elle continuait à faire un travail, a priori, davantage tourné vers le parti politique pour faire tourner la machine, si je puis dire. Oui, donc quand Marine Le Pen dit aux 20h de TF1 qu'en résumé, les assistants parlementaires du RN ont fait de la politique nationale alors qu'ils devaient faire de la politique européenne, que c'est ça que la justice lui reproche, c'est pas vrai quand on t'écoute.

Disons que la défense des prévenus, c'est de dire que c'est difficile de dissocier ce qui était le travail pour l'Europe et le travail pour le reste du parti, alors que bon, le Parlement européen a des règles qui sont claires, et c'est ce qu'a rappelé le tribunal puis la Cour, en disant que vous pouvez pas dire qu'il y a une zone grise, voilà, les règles c'est très clair, l'assistant doit travailler exclusivement au service du mandat de son député, et sauf que là c'est parti parce qu'on a découvert qu'il y avait un organigramme du FN qui est sorti dans la presse, et le Parlement s'est rendu compte que bon nombre d'assistants figuraient dans l'organigramme du parti en se disant, bah non, c'est pas possible, normalement ces gens-là ils sont censés travailler pour nous, enfin...

Au Parlement européen, pas dans le parti. Travailler pour un élu, pour le Parlement, et donc voilà, et après, il y a des documents aussi qui accréditent, des messages sur l'idée que le parti était en difficulté financière à l'époque, et que c'était bien de faire supporter les charges, enfin les salaires des permanents du parti par le Parlement en les faisant embaucher en tant qu'assistant, donc voilà, il y a beaucoup beaucoup d'éléments qui ont conduit à cette condamnation à double titre, il y a eu deux condamnations en première instance confirmées en appel. Mais en tout cas, il n'y a pas eu d'enrichissement personnel, on est d'accord ?

Non, ça c'est sûr, la Cour d'Appel l'a encore rappelé, l'argent détourné, 2,8 millions d'euros, c'était au bénéfice du parti. Je rappelle le jugement de la Cour d'Appel, Marine Le Pen a été condamnée à 100 000 euros d'amende, 3 ans de prison, dont 2 avec sursis, 15 mois fermes d'inéligibilité, mais donc une période qui a déjà été purgée, en fait, donc du coup ça veut dire qu'elle n'était plus inéligible après cette décision. Le jugement en appel, il est moins dur qu'en première instance, est-ce qu'on sait pourquoi ?

Alors, il n'est pas moins dur dans ses motivations, c'est un peu paradoxal, puisqu'il est répété à plusieurs reprises que c'est grave, le mot grave revient, il a été dit, prononcé par la présidente au moment où sont délibérés, il figure dans les 341 pages de l'arrêt. C'est grave parce que c'est de l'argent public, c'est grave parce que ça a été commis aussi par des élus, dont on attend une probité, évidemment, supérieure au commun des membres. Une exemplarité, quoi.

Une exemplarité, bien sûr, mais c'est vrai que les peines sont plus clémentes qu'en première instance. Voilà, alors, ça ne m'appartient pas de commenter vraiment cette décision, mais on peut constater qu'il y a effectivement une petite différence entre la gravité des motifs de la condamnation et les peines qui sont plus clémentes. La Cour d'appel a argumenté sa décision et elle a dit abaisser la période d'inéligibilité de Marine Le Pen pour respecter, je cite, la liberté de choix de l'électeur.

Ça veut dire quoi, ça ? Oui, en fait, la Cour d'appel, elle reprend un avis récent du Conseil constitutionnel qui dit que sur cette question d'inéligibilité, il faut appliquer une proportionnalité entre la gravité et cette liberté de l'électeur, ne pas atteindre, en fait, à cette possibilité démocratique que tout un chacun puisse se présenter au suffrage des Français. L'idée, en clair, ça voulait dire de laisser Marine Le Pen pouvoir être candidate, quoi, c'est ça ?

Là, en l'espèce, très clairement, cette décision, elle est taillée sur mesure puisqu'ils ont ramené à 15 mois fermes l'inéligibilité qui correspond à 7 jours près à la période depuis le jugement de première instance. Donc, en fait, au moment où la Cour d'appel prononce ces 15 mois fermes, elle les a purgés. On a été à 15 mois plus 7 jours.

C'est comme une porte ouverte, quoi, par la justice pour Marine Le Pen. C'est pas le fruit du hasard, évidemment. Enfin, c'est clairement taillé sur mesure en disant, voilà, il y a une inéligibilité, il y a une partie ferme, vous l'avez déjà purgée parce qu'il y a eu l'exécution provisoire du jugement de première instance.

D'ailleurs, il faut souligner qu'au moment du jugement de première instance, que n'a-t-on pas entendu sur cette exécution provisoire ? Marine Le Pen, tous les prévenus, tous les leaders du RN en criant au scandale. La décision qui s'appliquait tout de suite.

Voilà, qui s'appliquait tout de suite. Paradoxalement, c'est peut-être ça qui est en train de sauver Marine Le Pen, puisqu'en fait, elle a déjà purgé ces 15 mois. Là, la Cour d'appel les valide, si je puis dire, et elle se retrouve à nouveau éligible.

Alexandre, Marine Le Pen avait dit à plusieurs reprises qu'elle ne ferait pas campagne sous bracelet électronique. Elle a encore dit le 2 juillet sur LCI. Après cette décision de la Cour d'appel, qu'est-ce qu'on se dit dans l'après-midi ?

A priori, qu'est-ce que toi, tu penses qu'elle va faire ? Alors, c'est vrai que tous les observateurs sont un peu dubitatifs. Logiquement, si on en reste effectivement à ce qu'avait dit Marine Le Pen avant la décision de la Cour d'appel, la logique voulait qu'elle ne soit pas candidate, puisqu'elle est condamnée à un bracelet, que, comme tu l'as dit, elle l'avait dit, redit, son entourage avait réaffirmé qu'elle ne serait pas candidate si elle avait un bracelet, quelle que soit d'ailleurs la durée de port de bracelet, elle avait dit « Non, on ne va pas rentrer là-dedans, c'est trop compliqué, on ne va pas dépendre d'un juste d'application des peines, donc elle ne sera pas candidate, donc logiquement, elle ne devait pas l'être. » Ceci étant, on partait tous un peu du principe qu'elle ne serait pas éligible au moment du rendu de la Cour d'appel.

Or, il y a une surprise, la Cour d'appel décide de la rendre à nouveau éligible, et donc ça rouvre un petit peu le champ quand même des hypothèses. On se dit mince, enfin mince, pour elle, elle s'est piégée avec cet engagement à ne pas être candidate sous bracelet, mais le fait qu'elle soit éligible, même psychologiquement, change complètement la donne. Alors après avoir écouté ce jugement, Marine Le Pen prend la direction du siège du RN, où elle retrouve Jordan Bardella, qui était présenté jusque-là comme le plan B.

Ils vont rester plusieurs heures l'après-midi ensemble, on sait ce qu'ils se disent ? Alors, elle reste un peu de temps avec Jordan Bardella, mais après, les autres membres, conseillers, stratèges et avocats viennent aussi échanger. Vraisemblablement, Marine Le Pen a en fait décidé très vite de ce qu'elle allait faire.

Elle partait du principe, elle-même avait intégré le fait qu'elle ne serait pas éligible à la sortie de la cour d'appel, ce qui change beaucoup de choses, puisque un pourvoi en cassation supposait de retarder d'autant plus l'échéance à laquelle elle serait à nouveau rendue éligible, ce qui compliquait le fait qu'elle soit candidate. Là, ça rouvre le champ des possibles, et très vite, en fait, elle se dit qu'elle peut être candidate, d'autant plus que si elle fait un pourvoi en cassation, ça suspend la peine et qu'elle peut entrer en campagne immédiatement. Et le soir au journal de 20h de TF1, interrogé par Gilles Boulot, Marine Le Pen redit qu'elle se considère innocente, malgré ses deux condamnations.

Elle annonce qu'elle se pourvoi donc en cassation, que cette démarche va suspendre sa condamnation, et qu'elle est candidate à la présidentielle. Alors, on va expliquer tout ça en détail. Alexandre, toi, t'es surpris quand elle se déclare candidate ?

Alors, plus vraiment, puisque, effectivement, à partir du moment où elle était à nouveau éligible, on la voyait mal avoir une bonne raison de ne pas y aller. Si elle avait dit qu'elle n'était pas candidate alors qu'elle était éligible, on se serait quand même dit, au fond, est-ce qu'elle avait vraiment envie ? Donc, finalement, l'hypothèse qu'elle y aille avait pris quand même de la consistance dans la journée.

En revanche, là où j'ai été surpris, c'est qu'elle annonce qu'elle se pourvoi en cassation. Je pensais qu'elle allait assumer le risque de porter immédiatement un bracelet électronique très rapidement. Avec le jeu des remises de peine, de libération conditionnelle, elle l'aurait porté quelques mois.

Et quand rentrait dans le dur de la campagne, elle aurait évacué cette question-là. Oui, c'est-à-dire après l'hiver, au printemps, elle aurait été sans bracelet électronique. Avant le printemps même, d'ici l'automne, il était probable, même s'il n'y avait jamais de certitude non plus, mais elle aurait pu faire une rentrée effectivement sous bracelet, mais rentrer dans le dur de la campagne avec cette question qui aurait été évacuée.

Mais ça supposait qu'elle ne fasse pas de recours. Or là, ce qu'elle annonce, et ça c'est vraiment une surprise, c'est qu'elle fait un recours. Alors justement, quel est son pari avec ce pourvoi en cassation ?

Son pari, c'est que le pourvoi en cassation soit examiné après le premier tour. Elle joue donc la montre, ça lui permet, maintenant qu'elle est à nouveau éligible, de faire campagne sans bracelet, complètement libre, en attendant la décision de la cour de cassation. Alors justement, on va s'arrêter sur ce pourvoi en cassation.

Timothée, je rappelle que tu es spécialiste justice. Question bête, c'est quoi la cour de cassation ? La cour de cassation, c'est le juge du droit, si je puis dire.

En fait, la cour de cassation, elle ne va pas refaire le procès. On ne va pas refaire comparer avec les prévenus. Alors, vous avez dit ça, il y a tel mail, comment vous avez embauché ?

Pas du tout. Elle est juste là pour savoir si la loi a bien été appliquée, et si l'arrêt de la cour d'appel est conforme à l'état de notre droit. Donc voilà, c'est vraiment lister les articles de loi qui ont été retenus.

Est-ce qu'ils ont bien été retenus, à bon escient ? Est-ce que l'argumentation est correcte ? Alors, pour Marine Le Pen, pourquoi le droit n'aurait pas été respecté dans ces deux procès ?

Alors, c'est un petit peu pointu. Je suis obligé de rentrer dans les détails. Mais c'est l'argument de la qualification.

Marine Le Pen et les autres prévenus ont été condamnés pour détournement de fonds publics. C'est l'article du Code pénal qui est l'article 432-15. Et les prévenus considèrent que ça ne s'applique pas au cas d'espèce.

Et ils disent, mais attendez, ça ne s'applique pas pour les députés européens. Et l'argent européen, ce n'est pas vraiment des fonds publics. Donc, ce n'est pas le bon article.

C'est-à-dire que pour Marine Le Pen, ça ne s'applique que pour les fonctionnaires français ou qu'en France, c'est ça ? Oui, c'est ça. En gros, en disant, et puis, voilà, c'est les crimes nationaux et pas internationaux, si je puis dire.

Alors que là, c'est des députés européens. Bon, sauf que cet argument, il a déjà été soulevé à l'instruction. En première instance, il a été rejeté.

À nouveau développé longuement par de nombreux conseils en appel. et que la Cour d'appel l'a évacué. Alors, j'ai regardé, ça fait 11 pages, la motivation de l'arrêt de la Cour d'appel sur ce point très précis.

Mais en fait, les conseils de la Cour d'appel, pourquoi ils ont aussi bien motivé ? C'est parce qu'ils savaient très bien qu'il y aurait un pourvoi sur cette question. Ils l'avaient anticipé, puisque ça a été soulevé, débattu à l'audience.

Donc, ce n'est pas une surprise. Donc là, Marine Le Pen et ses conseils n'ont pas gagné à l'instruction, n'ont pas gagné en première instance, n'ont pas gagné en appel. Et ils vont devant la Cour d'acassation.

Parfois, c'est normal. En fait, ils vont jusqu'au bout. C'est une question de droit.

Ce n'est pas très surprenant. Mais les chances de succès sont quand même assez faibles. Il faut être objectif.

Alors oui, justement, la Cour d'acassation a donné raison. C'était en 2022. À moins de 10% des personnes qui ont fait des pourvois en matière pénale, précisément 8%.

Dans le cas de Marine Le Pen, est-ce qu'on a eu au moins une vague idée de ses chances de succès ? Tu disais, peu de chances. A priori, peu de chances, ne serait-ce que par la statistique.

Les pourvois sont peu souvent gagnés. Mais bon, parce qu'on a quand même des magistrats qui sont plutôt bien formés, qui motivent leurs décisions, et qui ont pour métier d'appliquer la loi et de l'appliquer correctement. Donc c'est pour ça qu'il n'y a pas beaucoup de cassation.

Après, on verra. Il y aura sans doute peut-être d'autres arguments qui ont été mis en avant. Mais il faut quand même dire que les arguments qui ont été mis en avant là-dessus ont déjà été balayés avec des décisions très motivées à chaque fois.

Il y a un autre point de droit que la défense de Marine Le Pen semble vouloir mettre en avant pour la cassation. C'est l'argument de la prévisibilité. Eux disent que les règles qui encadraient le travail des assistants parlementaires au Parlement européen n'étaient pas à l'époque des faits suffisamment claires qu'elles ont été précisées après l'affaire et qui donc là, il y aurait selon eux, bien sûr, pourtant ça a été rejeté également dans la motivation de la Cour d'appel, mais qui aurait là un problème de droit à faire valoir.

Et effectivement, c'est des arguments qui ont été avancés et auxquels répond aussi la Cour d'appel en disant que les règles n'étaient pas équivoques, elles étaient simples et prévisibles. Je crois que c'est le terme qui est employé. Timothée, sur le calendrier, est-ce qu'on sait quand la Cour de cassation pourra rendre sa décision ?

Alors, non. Ce matin encore, Rémi Hetz, qui est le procureur général près de la Cour de cassation, était interrogé sur France Inter en disant que vraiment, il ferait tout ce qui est possible pour que la décision soit rendue avant le premier tour d'élection présidentielle, qui est prévue le 18 avril, mais en même temps, Rémi Hetz dit « Oui, mais il y a quand même des considérations qui nous échappent, et donc on ne peut pas être certain et dire « Ce sera tel jour », parce que c'est contradictoire, ça dépend d'autres parties, et les parties, c'est les prévenus. Tout dépend du nombre de personnes qui vont former un pourvoi.

On sait qu'il y a Marine Le Pen, Louis Alliot a indiqué qu'il allait le faire. On peut imaginer qu'ils seront nombreux. Dans cette affaire ?

Oui, plusieurs des prévenus vont former un pourvoi. Peut-être qu'il y aura des questions prioritaires de constitutionnalité. Et donc tout ça, ça peut rajouter du temps.

Et en fait, assez clairement, le but aujourd'hui pour Marine Le Pen, c'est que ce pourvoi ne soit pas examiné avant le premier tour. C'est très clair. Et là, la Cour de cassation, que ce soit par la voix de son procureur général ce matin ou dans un communiqué qui a été diffusé hier, elle dit « Voilà, on va tout mettre en œuvre pour que ce soit fait avant. » Et en même temps, je ne dirais pas qu'elle ouvre le parapluie, mais elle précise « Il y a aussi des éléments qui nous échappent. » Sous-entendu, le message, c'est clair, c'est « Nous, on va se mettre en ordre de bataille, mais si ce n'est pas rendu avant, ce ne sera pas de notre faute, entre guillemets.

Ce sera parce qu'il y a eu des recours suffisamment importants et du travail trop important pour qu'on puisse rendre notre décision avant. » Alexandre, si la Cour rejette le pourvoi de Marine Le Pen, qu'est-ce qui va se passer du coup ? Elle sera obligée de porter ce bracelet électronique ?

Ça dépend quand intervient la décision de la Cour de cassation. Évidemment, on revient à cette question essentielle dont on n'a pas la réponse du calendrier. Mais si, effectivement, ça intervenait avant, logiquement, il faudrait qu'elle devrait à ce moment-là le porter.

Mais, encore une fois, les délais, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut qu'un juge d'application des peines convoque la prévenue. Les avocats de Marine Le Pen joueraient là aussi la montre des questions procédurales pour gagner du temps.

En théorie, elle devrait avoir le porté. En pratique, au vu des délais, c'est quand même assez peu probable. Le RN est très haut dans les sondages pour cette présidentielle.

Marine Le Pen, elle-même, a fait plus de 42% à la dernière présidentielle. Est-ce que c'est son pari, en fait, de réussir à être élu à la tête du pays avant d'avoir cette décision de justice ? Oui, bien sûr.

Comme on l'a dit, elle joue vraiment la montre. Le but, c'est que l'élection ait lieu avant que le pauvre en cassation ait été examiné. C'est là tout son pari.

C'est exactement ça. Timothée, on sait ce qui se passerait dans ce scénario qui est probable aujourd'hui d'une élection de Marine Le Pen à la tête du pays. Si son pourvoi a été rejeté, ça donnerait quoi ?

Alors, on est évidemment dans de la politique justice-fiction. Imaginons un rejet du pourvoi avant le premier tour. Alexandre l'a dit, ça ne veut pas dire automatiquement, tchac, rejet du pourvoi, le lendemain, bracelet la cheville.

Il faut une convocation par le JAP, fixer les modalités du port de ce bracelet. Il y a encore des délais. Bon, voilà.

Alors, la question, est-ce que si le pourvoi a été rejeté, si le juge avait le temps de la convoquer et qu'elle avait la pose du bracelet avant, est-ce qu'elle rentrerait à l'Elysée avec un bracelet ? Alors, je vous avoue que je ne me suis pas posé la question. Merci, juge, de me la poser.

Je pense que non, parce qu'il y a quand même la question de l'immunité présidentielle et que ça me paraît...

Enfin, je ne sais pas. On y réfléchira à ce moment-là. Par contre, ce qui serait très clair, c'est que s'il y avait un rejet du pourvoi pendant un mandat de Marine Le Pen, Marine Le Pen ne serait pas convoquée par le juge d'application des peines tout le temps de sa présence à la tête de l'État et elle serait convoquée après son mandat.

Alexandre, Marine Le Pen a dévoilé son slogan et son affiche de campagne juste après son 20h de TF1, donc le mardi 7 juillet au soir. Son slogan, c'est « Pour la France, la renaissance ». Ça, il l'avait prévu avant, j'imagine.

Oui, bien sûr, tout était prévu. Les deux scénarios en termes de communication, de slogan, même de visuel, de chartes graphiques, les deux scénarios avaient été calés, donc là, il n'y a pas de surprise. Le terme « renaissance » évidemment fait écho à sa propre situation personnelle, on l'a bien compris.

Sur l'image, l'affiche de campagne, de pré-campagne, elle est toute en blanc, dans un blanc virginal, les bras en croix, comme si elle venait de la résurrection sur le Mont des Oliviers. Marine Le Pen est de retour du monde des morts parmi les vivants, donc c'est un pied de nez évidemment aussi à tous les commentateurs qui l'avaient donné pour morte. C'est aussi un pied de nez à Emmanuel Macron, puisque « Renaissance », c'est le nom du parti d'Emmanuel Macron aujourd'hui.

Et l'idée, pour avoir discuté évidemment avec son équipe et ceux qui ont imaginé ce slogan, c'est de dire « Voilà, on va reprendre la promesse initiale d'Emmanuel Macron. Il avait promis une renaissance de la France qui n'est pas advenue. » Eh bien, avec nous, on va aller, ça va arriver, on va reprendre en gros la promesse de Macron qu'il n'a pas réalisé.

C'est en plus du message personnel, le message politique qu'elle veut faire passer. Et Marine Le Pen a fait son premier déplacement de campagne ce mercredi 8 juillet dans la Sarthe, dans la commune de La Flèche, une commune qui avait été remportée par le RN au dernier municipal. Ça s'est passé comment ?

Ça s'est mal passé. Tu étais sur place, bien sûr, aux Parisiens. J'étais sur place, tout à fait.

Et ça s'est vraiment, on peut le dire, mal passé. Ce qui était prévu, donc c'était un...

La Flèche, c'était pas un hasard, puisque comme tu l'as dit, c'est une terre...

C'est une ville RN, et c'est pas n'importe quelle ville RN, c'est une ville qui a été conquise dans l'ouest de la France, c'est-à-dire sur des terres qui n'étaient pas du tout acquises jusqu'alors au Rassemblement National. C'est pas le nord de la France, c'est pas le pourtour méditerranéen. Et donc c'était un symbole de conquête électorale, d'élargissement de la base électorale.

Donc a priori, une commune s'aurait dû bien se passer pour elle. S'aurait dû bien se passer pour elle, sauf qu'évidemment, au vu de la condamnation d'appel, il y avait des manifestants avec des casseroles pour dire qu'elle ne pouvait pas être candidate, qu'elle a été condamnée, que du point de vue de la morale, ce n'était pas possible. Et en fait, elle avait prévu une déambulation sur le marché d'une heure et demie.

Elle est arrivée, elle a fait un son devant les caméras, les nombreux journalistes qui étaient présents, qui a duré une dizaine de minutes. Elle a fait ensuite un quart d'heure, elle a essayé d'aller sur le marché pendant environ un quart d'heure maximum. Elle a avancé d'une quinzaine de mètres et elle a fait marcher en arrière.

Elle est repartie et elle est laissée réfugier à l'hôtel de ville avant de repartir. Donc c'était complètement raté. Et elle a été interrogée sur sa condamnation en appel.

Qu'est-ce qu'elle dit ? Qu'est-ce qu'elle répond ? Elle répond en substance qu'elle avait déjà dit la veille, c'est-à-dire que maintenant elle veut faire campagne.

Surtout, il y a un terme qui était frappant, c'est qu'elle a dit « je ne vais pas passer la campagne à faire des analyses juridiques ». On sent une volonté de Marine Le Pen de tourner la page le plus rapidement possible. Elle ne veut pas avoir ce boulet au pied.

Elle veut maintenant parler de politique, là où elle est meilleure, là où elle est dans une position en tout cas beaucoup plus confortable pour elle. Donc elle veut tourner la page, elle ne veut pas être interrogée constamment là-dessus. Mais on a bien vu que ce n'est pas si facile, qu'il y aura sans doute maintenant des manifestants qui seront toujours là pour lui rappeler sa situation judiciaire.

Et ses adversaires politiques, j'imagine aussi qu'ils vont très souvent, presque tout le temps, lui rappeler sa condamnation. Bien sûr, bien sûr. Ça a déjà commencé évidemment.

Notamment beaucoup à gauche, jusqu'à Gabriel Attal, disent qu'elle ne peut pas moralement être candidate ou en tout cas être la future présidente. Il y a un problème éthique qui se pose au vu de la lourdeur malgré tout de sa condamnation. Et d'autres, notamment plus à droite, qui sont moins à l'aise avec ça parce qu'ils pensent qu'une partie de l'opinion publique ne veut pas que le débat politique porte sur cette affaire.

Jordan Bardella, il était présent à ce déplacement de Marine Le Pen. Il a dit quoi ? Est-ce qu'il avait l'air satisfait de voir Marine Le Pen se lancer dans cette campagne ?

Alors bien sûr, Jordan Bardella était là puisque le but c'était de mettre en scène le duo, le fameux duo, le tandem tant vanté de Marine Le Pen présidente et Jordan Bardella à Matignon. Ils déclairent candidat pour ces deux postes ? Oui, c'est vraiment le ticket qui est maintenant en marge depuis pas mal de temps, qui est vendu par le Rassemblement national.

Donc évidemment, il était là en retrait désormais puisque c'est elle la candidate. Donc lui était là, interrogé mais moins qu'elle, moins en lumière. Il était extrêmement neutre dans sa communication.

On ne peut pas dire qu'il était très souriant. Il était neutre. On lui a demandé est-ce qu'il était soulagé ou déçu par le fait que Marine Le Pen soit candidat.

Il a dit ni soulagement ni déception. Donc on ne peut pas faire plus neutre. Une neutralité qui peut peut-être interroger parce qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'il soit un peu plus enthousiaste, au moins en tout cas en façade par rapport à la candidature de Marine Le Pen qui est censée être sa championne.

Mais en tout cas, il assure qu'il fera campagne à ses côtés. Évidemment, maintenant, il est obligé d'être loyal et de porter la candidature de sa championne. Dans le 20h de TF1, Marine Le Pen a redit en substance qu'au RN, il n'y a pas d'ambition personnelle, que les différents leaders du RN se battent uniquement pour la France et pas pour eux-mêmes.

Si on suit ce raisonnement, est-ce que ça n'aurait pas été plus simple pour son camp de laisser Jordan Bardella se présenter ? Si on regarde les sondages, Jordan Bardella est un meilleur candidat. Il n'a pas été condamné surtout.

On ne va pas lui répéter sans cesse qu'il a été condamné. Il n'a pas été condamné. On sent bien effectivement que Marine Le Pen a du mal à lâcher le manche.

Elle vit la politique depuis toujours. Elle adore ça. Lorsqu'il y a eu un meeting avant la cour d'appel, il y a eu un meeting ensemble pour montrer qu'il était très solidaire à Liévin dans le Pas-de-Calais.

Elle s'est fait un malin plaisir de passer Dalida, c'est sa chanteuse préférée, à mourir sur scène, où elle chantait à Tuten. Il y avait évidemment un message pour montrer qu'elle ne l'entendait pas disparaître comme cela. Il y a vraiment une question d'égo chez elle qui est très nette.

Et par ailleurs, il y a des échos, des éléments qui semblent accréditer l'idée qu'elle n'a pas été rassurée non plus entièrement par les choix de communication de Jordan Bardella, notamment le fait qu'il se... mette en scène au Grand Prix de Formule 1 de Monaco avec sa nouvelle petite amie, issue du Gotha.

C'est des choses qui ne lui plaisent pas forcément. Et depuis quelques semaines déjà, il a pris un peu la confiance, Jordan Bardella. Il affiche un peu plus qu'avant des divergences de sensibilité, notamment sur la question économique.

Il s'était très notable sur la question de la réforme des retraites. Là, il était même en dissonance un petit peu sur des points programmatiques, malgré les dénégations du parti. Et ça aussi, c'était peut-être de nature à ne pas rassurer Marine Le Pen, qui s'est dit peut-être qu'elle ne l'entendait pas dilapider son héritage.

Mais quand même, on voit ce premier déplacement de campagne dans la Sarthe qui a été compliqué pour Marine Le Pen. Est-ce qu'en interne, au RN, il n'y a pas des cadres du RN qui s'inquiètent de voir Marine Le Pen partir dans cette campagne, dans ces circonstances ? Non, très peu en réalité, parce que vraiment, l'appareil, autant les militants, les sympathisants aiment beaucoup Jordan Bardella, voire préfèrent maintenant Jordan Bardella à Marine Le Pen, autant l'appareil, tout l'appareil, les cadres, les élus du RN sont beaucoup plus marinistes que bardellistes.

Et donc, ils sont vraiment soulagés que ce soit davantage elle. C'est vraiment elle qui a la stature, l'autorité, la légitimité. Ils sont donc beaucoup plus contents que ce soit elle qui aille que lui.

Mais évidemment, quand même, ses adversaires politiques ne vont pas la lâcher, là-dessus. Non, évidemment, ils ne vont pas la lâcher. Comme on l'a dit tout à l'heure, ça va être un argument qui va peser tout au long de la campagne.

Timothée ? C'est logique que ça fasse partie du débat, c'est même sain. On est quand même sur une élue de premier plan qui a été condamnée à de la prison ferme, certes aménageable, mais c'est de la prison ferme, pour une atteinte à la probité.

Il est question d'argent public. Et d'ailleurs, l'arrêt le dit en disant que son comportement interroge sur sa capacité à exercer un mandat. C'est écrit noir sur blanc.

Je pense que les magistrats ont dit, bon voilà, elle est à nouveau éligible, parce qu'il y a ces questions de conseil constitutionnel, liberté de l'électeur. Mais en même temps, le message, c'est voilà, vous les électeurs, vous savez. Marine Le Pen a été condamnée deux fois.

Voilà ce qu'on a écrit, voilà pourquoi, et libre à vous, en conscience, de voter ou non pour elle, mais d'un point de vue de la justice, c'est réglé. Nous voilà ce qu'on sait, voilà ce qu'on a dit, et voilà ce qu'on a conclu. Merci Timothée, Alexandre, Timothée Boutry, Alexandre de Sulzer.

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