Trump dans Paris Match : les coulisses de l'interview - C dans l’air - 14.12.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %
Questions et réponses
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- 0:33OuverteRéponse directe
Alors comment ça s'est passé ? Donc c'était où ? Racontez-nous.
- 0:58OuverteRéponse directe
Racontez-nous avant alors. D'abord, on est à l'ambassade américaine, on est extrêmement fouillés, j'imagine.
- 2:39OuverteRéponse directe
Comment se passe l'internité ? Alors, vos questions, d'ailleurs, vous les préparez à l'avance.
- 2:48OuverteRéponse directe
Est-ce qu'avec le service de communication de la Maison Blanche, il y avait des thèmes à aborder, des thèmes à ne pas aborder ?
- 3:29OuverteRéponse directe
D'accord. Vous dites, le plus contrôlé, ça a été le photographe ?
- 3:56OuverteRéponse directe
Et pourquoi ne pouvait-il pas utiliser de flash ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:44InvitéFait
« J'ai toujours apprécié la France, c'est un pays magnifique, un pays élégant, un pays d'art. »
- 6:32InvitéFait
« Il a été le premier chef d'État à appeler Macron le jour de l'incendie. »
- 6:41InvitéFait
« À l'Élysée, on nous a dit que c'était du coup un des premiers à avoir aussi été invité. »
- 6:53InvitéFait
« Quand il compare ça avec le World Trade Center, on sent vraiment qu'il dit « j'ai été touché en plein cœur ». »
- 7:53InvitéFait
« On l'a fait dans la Trump Tower. On l'a fait avec ses épouses successives. »
- 7:56InvitéFait
« Rien que depuis cet été, on lui a consacré deux couves. »
- 8:10InvitéFait
« Il connaissait très bien aussi notre ancien directeur de la rédaction, Olivier Royan, qu'il reconnaissait dans les conférences de presse. »
- 8:35InvitéFait
« Le mérite en revient grandement à notre directeur de la rédaction, Jérôme Béglé, qui n'a pas lâché l'affaire. »
Temps de parole
- Invité67 %
- Présentateur33 %
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Manon Quérouille-Brunel, bonsoir. Vous êtes grand reporter à Paris Match. Paris Match en une, Donald Trump. Et c'est vous, la seule journaliste française qui avait réussi à décrocher l'interview de l'homme le plus puissant du monde. C'était d'ailleurs à peu près à cette heure-ci, il y a une semaine, c'était quoi, vers 18h ? Exactement à cette heure-ci.
Ouais, on n'est pas loin. Il y a une semaine pile.
Vous me disiez, oui, il y a une semaine, je faisais moins la maligne.
Je ne vous dis pas que je faisais la maligne là non plus, mais oui, la tension à ce moment-là...
On regarde la vidéo là, voilà. Alors comment ça s'est passé ? Donc c'était où ? Racontez-nous.
C'était à l'ambassade américaine. Et à l'heure vraiment dite, il est arrivé, il nous a serré la main...
Et alors sa main, elle est... On l'a vu avec Emmanuel Macron là, non ?
Il ne me l'a pas serré comme Emmanuel Macron, Dieu merci. Avec nous, c'était plus doux, ouais. Et puis on a fait une quinzaine de minutes d'interviews, et puis après, la séance photo.
Racontez-nous avant alors. D'abord, on est à l'ambassade américaine, on est extrêmement fouillés, j'imagine.
D'abord, on passe par la résidence. C'est là où nous, on a été soumis à une première fouille avec des chiens qui reniflent les bagages, qui s'assurent qu'on n'a pas d'explosifs, il faut allumer les appareils photos. Et puis après, on est escortés jusqu'à l'ambassade, où là, il y a une deuxième fouille, mais quand même plus légère. Et donc on pénètre dans ce grand...
Vous s'assurent que vous n'êtes pas un terroriste, qu'on n'avait pas de couteau ?
Alors je pense que ça, ils avaient déjà fait un check avant, parce qu'on a dû envoyer nos identités la veille au soir. Donc j'imagine qu'ils s'assurent qu'on n'ait pas fiché, qu'on n'ait pas... Puis moi, j'avoue que j'avais des petites craintes, parce que je revenais d'Iran. Je me suis demandé à un moment si ça pouvait être un problème. Mais bon, ils ont fait leur recherche et on a été validés.
Rendez-vous 18h15, il arrive à... 18h15. Ah, pile à l'heure ?
Pile à l'heure.
D'accord.
Précédé d'un aéropage de garde du corps, d'assistant, d'assistant, d'assistant. Mais ça va très vite, tout d'un coup, il y a un silence qui se fait. Il arrive, il serre la main et il s'installe.
Et alors ?
Et il me dit, on m'attend dehors, allons-y.
Alors, ce qui vous met à l'aise... Vous avez là, vous parlez évidemment en anglais, il y avait un traducteur ?
Non, il n'y avait pas. En fait, surtout sur des formats aussi courts, on ne peut pas se permettre de perdre le temps de la traduction. Donc, moi, j'étais assez inquiète qu'ils ne comprennent pas mon accent français. Ah oui ? Et pour me mettre à l'aise ou pas, d'ailleurs, j'en parlais à un membre de son staff qui me dit, non, mais ne t'inquiète pas, il a l'habitude des accents très forts en anglais avec sa femme.
Ah oui, avec Mélanie, elle est chobaine.
Mais qui roule l'air, donc je lui dis, je pense que chez moi, c'est encore un autre genre d'accent. Mais du coup, moi, j'ai passé vraiment 15 minutes à articuler du mieux possible mes questions, quoi.
Comment se passe l'internité ? Alors, vos questions, d'ailleurs, vous les préparez à l'avance. Est-ce qu'avec le service de communication de la Maison Blanche, il y avait des thèmes à aborder, des thèmes à ne pas aborder ? Est-ce que vous avez donné des questions avant ?
Non, on n'a pas soumis des questions avant, ce qui était une grande surprise pour moi, de la même façon qu'il n'y a pas eu de relecture de ces réponses, ce qui est fou quand on y vence.
Alors, vous pouviez poser les questions que vous voulez.
Non, alors, le thème, c'était quand même Notre-Dame, c'est pour ça qu'il était venu, et il n'est pas encore en fonction. Donc, il n'est pas censé s'exprimer encore sur des questions politiques, géopolitiques, internationales. Il le fait quand même un peu, quand, à mi-parcours, j'ai essayé d'élargir un peu le débat, mais il n'est pas censé, en fait, encore s'exprimer. Ça n'empêche pas de le faire, d'ailleurs, il n'a pas arrêté.
Mais pas de relecture derrière, ce qui veut dire que vous vous attendiez à quelque chose de très contrôlé. Et au fond, de temps en temps, en France, on l'est plus pour une interview d'un sous-ministre.
Exactement, ou même, j'ai fait récemment Angelina Jolie, je me suis arraché les cheveux. Il y a eu des relectures, de relectures, de relectures. Donc, je peux dire, et en plus, ce sont des propos qui avaient des conséquences quand même moins importantes que ce que peuvent avoir les propos d'un chef d'État américain. Et en fait, le staff dit, on t'enregistre, donc nous, on sait ce qu'il a dit, donc on se fait confiance.
D'accord. Vous dites, le plus contrôlé, ça a été le photographe ?
Alors, le photographe, c'est juste que lui, il avait une grosse contente, il ne pouvait pas utiliser de flash. Et la lumière dans le hall de l'ambassade n'était pas folle, quoi. Mais on s'est rendu compte, d'ailleurs, aussi, quand ils sont sortis...
Et pourquoi ne pouvait-il pas utiliser de flash ?
Alors, on ne nous a pas dit pourquoi, mais on s'est rendu compte qu'il n'y avait aucune photo au flash qui existait de Donald Trump. Donc, c'est peut-être un mystère percé, mais on l'a vu aussi à la sortie de la cérémonie, il n'y avait pas de flash.
Alors, vous révélez que, quand il arrive, il y a un petit kit présidentiel des friandises, du coca-l'ail, du gel hydroalcoolique et de la laque. Alors, est-ce que c'est pour refaire sa fameuse tignasse ?
En fait, on n'avait pas le droit de le prendre en photo. À l'arrivée, nous, on avait envie d'un truc un peu en mouvement et on nous a dit, non, ce n'est pas possible parce qu'il doit passer par la case kit. Et donc, je pense que c'était pour se faire recoiffer un petit peu.
Alors, le fond, est-ce qu'il est impressionnant quand il parle ? Est-ce qu'il est autoritaire ? Savoir, racontez-nous la tonalité.
Moi, j'ai été très surprise parce qu'il parle tout doucement. Et en fait, du coup, je me suis mis moi aussi à parler très doucement. Donc, il n'est pas sourd, ça c'est sûr. Et non, je ne sais pas si c'est, encore une fois, parce qu'il était dans des bonnes dispositions ce jour-là ou parce qu'il y a un changement de style. Mais il n'était pas tonitruant, il n'était pas dominant, il n'était pas agressif. Je l'ai trouvé très cadré dans ses réponses et même sur la façon de s'exprimer. C'était très calme.
Parce qu'il peut être très cassant. Enfin, on connaît des interviews de lui où il était très méprisant avec les journalistes qui l'interviewaient.
Oui, je pense qu'il ne faut pas en faire une règle générale et se dire qu'il sera bonhomme comme il a pu l'être là. Mais en tout cas, ce jour-là, on est bien tombés, nous.
Et c'est vrai que quand on lit son interview, il n'est que des choses, que des ondes positives. On n'a pas l'habitude avec Donald Trump. Oui, il était vraiment devenu... Je le cite, écoutez, c'est un régal, il dit. J'ai toujours apprécié la France, c'est un pays magnifique, un pays élégant, un pays d'art. J'aime être ici.
Oui, mais c'est sans doute vrai. Il avait l'air d'y prendre un certain plaisir. J'imagine aussi que les entretiens qu'il avait pu avoir juste avant avec Zelensky et Macron avaient été fructueux à ses yeux. Et que c'était quand même son grand retour sur la scène diplomatique. Et je pense que pour lui, venir dans ces conditions, en fait, c'est quand même un chrétien pratiquant. Donc Notre-Dame, pour lui, c'est vraiment super important. Les Américains ont été des grands donateurs aussi sur les travaux de rénovation de Notre-Dame. Donc il venait un peu en majesté, là.
Ah oui, donc c'était pas... Enfin je veux dire, Notre-Dame était important dans ce voyage. Pour lui, Notre-Dame, il vous a donné l'impression que ça voulait vraiment dire quelque chose.
Oui, c'est ce qu'on explique dans l'interview. Et ça, c'est vrai. Il a été le premier chef d'État à appeler Macron le jour de l'incendie. À l'Élysée, on nous a dit que c'était du coup un des premiers à avoir aussi été invité. Justement pour le remercier de cette marque d'attention, mais qui avait l'air vraiment sincère. Enfin, quand il compare ça avec le World Trade Center, on sent vraiment qu'il dit « j'ai été touché en plein cœur ». Donc je crois que symboliquement, pour lui, c'était hyper fort.
C'est lui qui avait tweeté « Pourquoi on ne balance pas de l'eau avec les Canadiens ? » Mais on était nombreux à se poser cette réflexion. Pourquoi est-ce qu'on ne largue pas de l'eau ?
Parce que ça a risqué de propager d'autant plus l'incendie. Donc ça, évidemment, je ne l'ai pas relancé là-dessus.
On n'est pas le maître. Ah oui, quand même, on fait attention à ne pas le maître.
Quand on a 15 minutes avec l'homme le plus puissant du monde, on essaie d'être à peu près sympathique.
Donc 15 minutes, 18h15, 18h30, ça se termine. Au revoir, pas de relecture.
Non, il repart.
Donc vous avez trouvé que c'était très pro alors en fait ?
Moi, j'ai trouvé que c'était à l'américaine, c'était réglé comme du papier à musique. Et il est reparti, c'était assez sympa parce qu'on lui avait ramené des exemplaires de Paris Match. Parce que quand même, on a une longue histoire avec Trump depuis la fin des années 80. On l'a beaucoup suivi. On est rentré dans son intimité. On l'a fait dans la Trump Tower. On l'a fait avec ses épouses successives. Rien que depuis cet été, on lui a consacré deux couves. C'est après sa tentative d'assassinat et après sa victoire. Donc je pense que nous, on est assez identifié en Paris Match comme le magazine français dans la tête de Trump. Donc on lui avait amené notamment une couve avec sa femme, Mélania.
Donc il dit « Ah, it's my wife ». Donc il le prend et il est reparti avec ses égoutes.
Il connaissait Paris Match. Alors on parle aux Américains.
Il connaissait très bien aussi notre ancien directeur de la rédaction, Olivier Royan, qu'il reconnaissait dans les conférences de presse. Donc il lui dit « Ah, Olivier ». Je pense qu'il est assez physionomiste et que quand on le rencontre plusieurs fois, il n'est pas fan des journalistes en général, mais il en a quelques-uns qui bénéficient d'un bon traitement.
C'est ce que j'allais vous dire. Comment vous avez fait pour décrocher l'interview de Donald Trump ?
Alors c'est un travail de longue haleine. On est passé par plusieurs canaux. Le mérite en revient grandement à notre directeur de la rédaction, Jérôme Béglé, qui n'a pas lâché l'affaire. Encore une fois, je pense que ce qui a beaucoup joué pour nous, c'est cette relation de confiance qui existe depuis longtemps.
Et alors il est venu vous dire en disant « Tu sais quoi, Manon ? Tu veux interviewer Donald Trump ? »
C'était pire que ça. C'était la veille à 23h. « Bon ben, qu'est-ce que tu fais demain ? Annule tout. Tu dois faire l'interview. » Au début, on voulait y aller à plusieurs. C'était même rassurant pour moi. Puis j'aurais trouvé ça sympa qu'on puisse… Mais les services d'ordre, en fait, nous ont dit « C'est un photographe et un ou une journaliste. »
Et alors depuis, tout le monde veut vous serrer la main en disant « Je suis à une main de Donald Trump. »
Mais c'est ce que tu as fait quand je suis arrivé.
C'est ce que je suis arrivé. J'ai dit « La semaine dernière, Donald Trump. Aujourd'hui, Axel le parlait. »
Voilà, c'est ça. Mais là, ça fait une semaine. Donc en tout temps, je me suis quand même lavé les mains. Mais c'est vrai qu'en fait, on mesure la puissance du personnage à l'engouement que ça a pu susciter cette interview exclusive.
Et quand on a interviewé Donald Trump, qui rêve-t-on d'interviewer par la suite ?
Alors là, en ce moment, j'avoue que le chef des rebelles syriens, Djoulani, ça m'intéresserait beaucoup. J'ai eu la chance de faire Lula, qui était très sympa. Et je n'ai jamais eu Macron. Alors pourquoi pas ?
Voilà, l'invitation est lancée. Après Donald Trump, Emmanuel Macron. En attendant, c'est la une de Paris Match avec toute votre interview et vos photos. Merci beaucoup, Manon Quérouille-Brunel. Vous restez avec nous tout de suite. C'est dans l'air qui revient sur l'actualité politique. C'est dans l'air qui est intitulé ce soir « François Bayrou. Peut-il malgré tout réussir ? »