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interviewfranceinfo — L'invité éco· 1 mai 2025 10 min

Travail le 1er-Mai : les fleuristes veulent l'autorisation de faire travailler leurs employés "sur la base du volontariat"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Locuteur

France Info

0:02
Locuteur 2

Bonsoir à toutes et à tous. Le 1er mai, c'est traditionnel défilé à l'occasion de la fête du travail et c'est tout aussi traditionnel polémique autour de l'interdiction de faire travailler ses salariés. C'est le seul jour chômé de l'année civile. Seuls les hôtels et les restaurants ont ce droit. S'ils rémunèrent deux fois plus leurs salariés ce jour-là, plus quelques exceptions très rares, il faut apporter la preuve du caractère indispensable de l'activité. Les fleuristes et les boulangers n'en font pas partie, en tout cas pas pour l'instant. Une proposition de loi veut changer la donne. Bonsoir Farel Le Gendre.

0:39
Bertrand Legendre

Bonsoir.

0:39
Locuteur 2

Au téléphone avec nous, vous êtes le président des artisans fleuristes. Le 1er mai, on le sait, on s'offre un brin de muguet, mais les fleuristes n'ont pas le droit de faire travailler du monde pour les vendre. Comment s'est passée cette journée pour la profession ? Est-ce que certains de vos confrères ont tout simplement bravé la loi ?

0:56
Bertrand Legendre

Alors, on a un bon nombre de confrères qui ont bravé la loi, mais qui sont aussi restés dans un cadre légal et qui ont ouvert leur commerce sans leurs collaborateurs. Après, on attend encore les retours de terrain parce qu'il y a encore un peu de taux pour... La journée n'est pas terminée et certains de mes confrères ne fermeront leur boutique que d'ici une heure, une petite heure et demie. Aujourd'hui, on n'a pas encore de stats, en tout cas par rapport à comment s'est passé ce 1er mai.

1:24
Locuteur 2

Et qu'est-ce que vous dites à vos confrères qui ouvrent leur boutique et qui, parfois, font travailler des salariés, même s'ils n'ont pas le droit ? Vous dites qu'ils ont raison ?

1:33
Bertrand Legendre

Je ne dis pas qu'ils ont raison. Je dis qu'ils le font en connaissance de cause et que c'est à chacun de prendre ses responsabilités. On ne peut pas... Pendant des années, on a balayé et on a décidé de mettre le sujet sous le tapis et il y avait une forme de tolérance de la part de l'inspection du travail. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Et en fait, ça a été l'alerte. L'alerte a été... On ne peut pas continuer à fonctionner comme ça. Les gens doivent prendre des décisions éclairées. C'est le rôle d'une fédération. Contrairement à d'autres, nous, on n'a pas appelé à fermer nos commerces. Et ça n'a absolument pas été le mot d'or, même si, pour le coup, ça a pu lever une forme d'incertitude.

Les fleuristes étaient ouverts. C'est une tradition, je le répète.

2:20
Locuteur 2

Mais quand vous dites, Farrel Lejean, pardonnez-moi, qu'il y avait une tolérance qu'il n'y a plus, avec davantage de contrôle, on a vu aujourd'hui un reporter de France Info est tombé sur une boulangerie ouverte avec une dizaine de salariés à l'intérieur et qui, justement, a été contrôlée. Est-ce que vous avez des retours en ce sens concernant les fleuristes ?

2:39
Bertrand Legendre

Alors, de manière assez simple, il y a un point d'étape qui avait été prévu dans la journée. Nous, par rapport à la fédération, nous n'avons pas aujourd'hui, nous n'avons pas de point de retour par rapport à des contrôles. On les aura dans les prochains jours parce qu'effectivement, ça prend un certain temps. Il faut bien comprendre aussi qu'un contrôle de l'inspection du travail va bouleverser totalement l'activité économique d'une entreprise. C'est assez simple. Après, je tiens quand même à le rappeler, pour nous qui sommes artisans, le savoir-faire et le savoir-être qu'on présente au quotidien, c'est un supplémentaire.

En fait, on ne vend pas que de la prestation et on perpétue et on transmet la tradition et une histoire qui est bien plus grande que nous.

3:21
Locuteur 2

Mais pourquoi dites-vous que la tolérance est finie ?

3:28
Bertrand Legendre

Parce que, forcément, a été constaté que depuis 2021, il y a eu un renforcement des contrôles. Donc, à aujourd'hui, je ne peux pas vous répondre. C'est-à-dire que ce serait prématuré de répondre. Je ne sais pas où. À aujourd'hui, je ne peux pas vous répondre. Et c'est-à-dire que, bien qu'on ait déployé un système qui nous permettait d'avoir un système d'alerte, aujourd'hui, je n'ai pas de retour. À l'instant, je vous parle.

3:52
Locuteur 2

Alors, vous n'avez pas eu connaissance de fleuriste qui a ouvert avec des salariés et qui a fait l'objet d'un contrôle. C'est ça que vous êtes en train de me dire ?

3:59
Bertrand Legendre

C'est exactement ça. C'est-à-dire qu'à aujourd'hui, on n'a pas de retour. Et après, je le répète, l'administration, elle a d'autres moyens de contrôle. C'est-à-dire qu'il n'y a pas forcément besoin d'un contrôle physique présentement pour avoir et pour être passible d'une contravention.

4:15
Locuteur 2

Alors, il y a cette proposition de loi qui a été déposée par plusieurs sénateurs centristes qui souhaitent donner l'autorisation au commerce, déjà ouvert le dimanche, d'ouvrir aussi le 1er mai. Vous seriez concerné, au même titre que les boulangers. Est-ce que vous l'espérez ?

4:31
Bertrand Legendre

Alors, moi, je vais être très clair. C'est-à-dire que cette libre appréciation, elle se base sur la volontarière de nos collaborateurs. On ne forcera jamais un collaborateur à venir travailler. Après, le régime et notre convention collective est plus favorable que le droit du travail puisque, au-delà d'un simple doublement, le collaborateur, dans la convention collective, il est prévu un repos compensatoire. Autrement dit, c'est quasiment, pour nos entreprises, un triplement du salaire. Alors, de manière physique, c'est-à-dire que c'est une expération.

5:05
Locuteur 2

Ils ont vraiment un salaire qui est doublé le dimanche parce que ce n'est quand même pas la même chose d'avoir une compensation et un doublement du salaire.

5:12
Bertrand Legendre

Non, on va être très clair. Ce n'est pas « et ou », c'est « et ». C'est-à-dire qu'il y a bien le double. C'est-à-dire que là-dessus, les choses sont très claires. La convention collective le prévoit. La convention collective, elle est aussi validée. C'est bien un travail à la fois des partenaires sociaux et des organisations patronales. Le tout est validé par la Direction Générale du Travail. Donc, les choses sont déjà encadrées, strictement encadrées. Là-dessus, il n'y a pas de doute.

Nous, un collaborateur, et nos collaborateurs sont volontaires parce qu'en cette période contrainte en matière de pouvoir d'achat, effectivement, ce gap par rapport au pouvoir d'achat, il est extrêmement important et il va permettre à des collaborateurs d'avoir un petit plaisir supplémentaire et sur une journée qui est payée double. Je le répète, on est tous dans le même bateau. On doit tous faire des événements.

6:04
Locuteur 2

Oui, sauf que les syndicats sont opposés, vous savez, au fait de travailler le 1er mai. Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, disait ce matin sur France Info « On veut encore nous voler un jour férié. » Ça veut dire que les salariés, selon moi, n'ont pas vraiment le choix.

6:19
Bertrand Legendre

Moi, je le répète, aujourd'hui, tous les collaborateurs dans la branche, qu'ils soient apprentis, alors, on ne peut pas faire travailler nos apprentis parce qu'effectivement, on n'est pas si de sanctions qui vont bien au-delà, mais après, je le répète, nous sommes, du moins, les fleuristes et l'ouverture des fleuristes le 1er mai, c'est bien dans le respect de la tradition. On n'appelle pas, c'est-à-dire qu'à aujourd'hui, il faut aussi être très clair, c'est aussi tout un plan de l'économie qui est en jeu. Je le répète, et je l'ai répété, et ça fait déjà de nombreuses semaines qu'on le répète, 9,4 millions d'euros pour la filière, ce jour-là. Ce n'est pas neutre.

En matière de TVA, en matière de charges sociales, c'est grosso modo, c'est 4 millions supplémentaires, en fait, dans les recettes de l'État.

6:58
Locuteur 2

C'est-à-dire que c'est un manque qu'à gagner ? C'est le manque qu'à gagner que vous estimez ? C'est 19 et quelques millions d'euros ? Ou c'est ce que vous faites aujourd'hui ?

7:05
Bertrand Legendre

Non, ce ne serait pas une annulation parce que les chiffres dont je vous parle sont des chiffres qui datent de la dernière enquête sectorielle qu'on a pu avoir. Sur le secteur, sur l'ensemble du secteur, c'est 19,4 millions d'euros. Là-dessus, vont s'appliquer, sur ce jour-là, je le répète, la TVA. Mais comme tout un chacun et comme tout produit, en fait, tout bien de consommation, la TVA s'applique. La TVA, sur nos produits issus de l'horticulture ennement mentale, est 10%. Donc 10% de 19,4, ça fait, on le fait simple, ça fait 1,9 million.

7:35
Locuteur 2

Dans les caisses de l'État, en plus. Dans les caisses de l'État. Juste, pardon, vous étiez... Je rajoute le social. Alors, juste pardon, parce que le temps est compté. Vous étiez à la mi-journée, je crois, à l'Élysée. Est-ce que vous espérez, est-ce que vous espérez aujourd'hui, Farel Lejean, que c'est la dernière année, en gros, que les fleuristes n'ont pas le droit d'ouvrir avec des salariés ? Je l'entends le 1er mai. Est-ce que vous espérez que l'année prochaine, ce sera différent ? Et ce sera ma dernière question.

8:05
Bertrand Legendre

Pour le coup, et moi, je vais vous répondre, c'est-à-dire que dès l'année dernière, dans le cadre du projet de loi de certification, nous avions porté un amendement qui permettait à nos collaborateurs de travailler à ce moment-là. L'amendement n'a pas été retenu. Effectivement, moi, j'en appelle. Effectivement, ce n'est pas une remise en cause, et je le dis bien, et c'est là-dessus où je m'opposerai à ce que dit la présidente de la CGT. On parle bien de volontariat de la part de nos collaborateurs. On parle bien d'un jour de fête, d'une fête qui est une fête entrée dans notre tradition, sur laquelle on a toujours été ouvert, et là-dessus, il y a toujours eu une ouverture d'esprit.

Je vous le répète, moi, j'ai eu la chance d'avoir une collaboratrice qui m'a dit que je suis volontaire pour venir travailler. J'ai un autre de mes collaborateurs qui m'a dit non, excusez-moi, je ne souhaite pas travailler. On a parfaitement respecté les choses. Ça ne sera pas un frein par rapport à son évolution de carrière, et ce ne sera pas un frein par rapport à plein d'autres choses. Mais, je le répète, on est bien sur la base du volontariat. Donc, oui, effectivement, j'appelle une forme de liberté, c'est-à-dire que la liberté du salarié aussi...

9:10
Locuteur 2

Et donc, juste, Farel Lejean, pour répondre à ma question, vous pensez avoir le soutien du président de la République, Emmanuel Macron, et du gouvernement, sur ce sujet. Et donc, vous pourrez ouvrir avec des salariés l'année prochaine. Oui ou non ?

9:22
Bertrand Legendre

J'ose les... Alors, moi, je vais... Oui, oui, oui. Là-dessus, on l'a bien entendu, à partir du moment où la ministre du Travail est... Tant Mme Astrid Bouvet-Palassian que Mme Catherine Vautrin prennent des prises d'opposition en nous disant, effectivement, il faut repenser des choses, il faut qu'on ait un projet de loi. Quand j'ai des sénateurs, et j'ai deux sénateurs, qui, effectivement, poussent le sujet, oui, effectivement, j'espère que, en tout état de cause, nous pourrons pérenniser, et de manière objective, et tranquille, pour les chefs d'entreprise que je représente, la sécurisation de l'emploi de nos collaborateurs ce jour. Du 1er mai.

Et de l'emploi de nos collaborateurs ce jour-là.

10:04
Locuteur 2

Merci.

10:04
Bertrand Legendre

Je répète, ce n'est pas non plus une remise en cause de la fête du travail.

10:09
Locuteur 2

On a bien compris vos propos. Merci beaucoup, Farel Lejean, le président de la Fédération des artisans fleuristes. Invité éco de France Info ce soir.