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interviewBLAST (sur YouTube)· 14 juin 2026 29 min

GAZA : ENQUÊTE SUR LA COMPLICITÉ ET L'AVEUGLEMENT DES MÉDIAS FRANÇAIS

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

L'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 sur Israël et le génocide qui s'en est suivi à Gaza ont mis en lumière une faillite profonde, celle du traitement médiatique occidental de la question palestinienne. Le 29 janvier 2024, dans un quartier bombardé de Gaza, une fillette de 5 ans est piégée dans une voiture criblée de balles. Autour d'elle, les corps de six membres de sa famille.

Pendant 3h, elle appelle à l'aide au téléphone. Ah ! Cette fillette s'appelle Inrajab.

Aux États-Unis, son histoire fait la une de CNN du New York Times et du Washington Post. Son visage devient un symbole mondial. En France, quasiment rien.

Il faudra attendre fin 2025 et le film de Kauter Ben Hania récompensé à Venise pour que les grands médias français commence enfin à raconter son histoire près de 2 ans après les faits. [musique] Et c'est précisément là que la faillite annoncée prend un visage. Inrajab n'est pas un oubli isolé.

Elle en est le révélateur, le symptôme d'un système, pas d'un accident. À Blast, nous avons voulu comprendre ce système. Notre enquête porte sur une centaine d'articles et une vingtaine de sujets audiovisuels dans cinq pays.

France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis. Ce qu'elle révèle, c'est une architecture, des mécanismes de déshumanisation des Palestiniens, la reprise de récits issus de la propagande israélienne et un cadrage qui a imposé une idée simple que tout aurait commencé le 7 octobre. L'histoire de Inrajab, c'est d'abord un test.

Un test de la réactivité de nos médias face à une information vérifiable documentée portée par des enregistrements audios par le témoignage d'une organisation reconnue, le croissant rouge palestinien et reprise immédiatement par les plus grandes rédactions mondiales. Dès le 30 janvier, les médias américains s'emparent de l'affaire et la traitent sur plusieurs jours. CNN consacre un sujet de 3 minutes 30 à IND dès le 1er février, NBC le lendemain.

Le Washington Post publie le 2 février une reconstitution complète des événements avec cinq témoignages de la famille et cinq employés du croissant rouge. Le Guardian, la BBC, le New York Times s'empar du sujet dans les jours suivants. En France, le premier article paraît le 6 février comme on peut le voir sur ce graphique, soit 8 jours après le poste du croissant rouge.

Et ce premier article français, il vient de qui ? De l'agence France-Press qu'on appelle plus communément l'AFP. Elle alimente la quasi-totalité des médias français. via ces dépêches d'information.

La dépêche sur le meurtre de Indrajab est reprise par Libération, BFM et 20 minutes. Pas un seul reportage de terrain, pas une seule interview exclusive, on recopie. Mais le plus frappant, ce n'est pas le retard, c'est ce que les articles disent ou plutôt ce qu'ils ne disent pas.

Quand les corps sont retrouvés le 10 février, une question s'impose : "Qui a tué In Rajjab ?" La réponse est là. Dans les enregistrements, In et sa cousine décrivent la présence de char israélien.

Une rafale de 64 tirs en 6 secondes interrompt la voix de Layan 15 ans qui crie "Il nous tire dessus avant de mourir en plein appel." بخ علينا الو مرحبا ايوه بخوا علينا الدبابه جنبي انتم متخبيين اه في السياره احنا جنبنا انته all voiture sera retrouvée avec 335 impacts de balles et pourtant regardez ce graphique. Dans 80 % des articles français, l'armée israélienne n'est pas nommée comme responsable directe.

On lit retrouvé morte, décédé, disparu au milieu des combats. Libération, par exemple, évoque des chars qui semblent avoir ouvert le feu. Israël, ce coupable qu'on ne saurait nommer.

Et ce n'est pas un accident. Ce n'est pas une question de maladresse ou de manque de source. C'est un choix qui révèle quelque chose sur le cadre dans lequel les rédactions françaises ont travaillé.

Nadia Vanon Converberg est journaliste. C'est elle qui a amené l'enquête pendant des mois en analysant 95 articles et en regardant une vingtaine de sujets audiovisuels sur l'affaire Indrajab. Bien sûr, l'un des protagonistes principals de cette histoire est quand même euh est quand même Israël.

C'est-à-dire que les chars sont israéliens, les tirs étaient israéliens. Ça paraît assez difficile de le nier. Alors je pense pas de le nier.

On l'a pas nié. Mais euh les efforts de la presse occidentale en général, continentale en particulier et française encore en particulier d'occulter euh la responsabilité euh d'Israël dans les tirs qui ont tué euh euh Inrajab [soupir][souffle coupé] euh quand même assez enfin, je veux dire, on peut quand même rester perplexe. C'est-à-dire que c'est vraiment un cas assez carré, clair, il y a pas vraiment d'ambiguïté en ce qui concerne la personne qui appuyé sur la gâchette.

Voilà, enfin pour le dire d'une façon claire. Bien sûr, on s'est rendu compte et ça on le savait un petit peu mais mais là clairement en prenant tous ces articles et là on parle encore une fois des des gens qui ont parlé de Inrajab parce qu'il faut se rappeler aussi que on a assez peu parlé de Inrajab. Donc on parle déjà de médias qui ont fait l'effort de parler d'une rad.

Nous étions dans un contexte d'invisibilisation presque totale des victimes palestiniennes. C'est-à-dire que on avait énormément de mal à humaniser, à à Oui. à humaniser et et à traiter à avoir des sujets qui vraiment assez émotionnel comme par exemple on a eu sur les otages par exemple qui permettait de de vraiment rendre compte de ce qui se passait à Gaza.

C'était vraiment la première fois où on s'emparait d'une histoire d'une victime palestinienne. D'un côté, on voit l'inclination et les efforts d'articles et d'auteur à vraiment rendre compte pleinement de la tragédie de ce qui s'est passé parce que c'est quand même extrêmement tragique, on le sait, on en a fait un film donc on sait à quel point c'était tragique, c'est une émotion poignante, émouvant et en même temps, tout en tout en rendant compte de cet aspect complètement émouvant et tragique complètement d'occulté la responsabilité d'Israël et en fait bah qui a tué qui a tué Hinrajab ? Ce qui est quand même fascinant, c'est les contorsions des articles pour essayer d'éluder la responsabilité directe d'Israël.

C'est-à-dire que elle a été tuée, elle a été retrouvée morte, elle a été tuée par des tirs de char. Alors en général, on incrimine Israël simplement à travers des citations. En l'occurrence du croissant rouge palestinien qui explique ça peut être des citations de la famille, ça peut être quelquefois des citations du ramasse ou alors même quelquefois ce qui est assez étonnant et là par exemple c'est le cas de l'Allemagne, c'est des citations de confrères, c'est-à-dire pour se couvrir d'autant plus et même une remise en question.

Donc nous on a gradé, on s'est dit bon, il y a une incriminalisation directe et on a quand même été large même pour l'incrimination directe. C'est-à-dire qu'on a considéré que à chaque fois que Israël était mentionné de façon visible ou proéminente, c'était déjà important dans le titre par exemple, mais la plupart des cas, c'est complètement indirect ou alors quelquefois c'est remis en question, c'est-à-dire qu'on utilise du conditionnel, aurait été tué par enfin en l'occurrence, c'est quand même assez incroyable parce que encore une fois, il y a pas d'ambiguïté. Je pense que ça montre vraiment quand même une certaine un certain niveau bah quand même de paradoxe dans l'écriture des articles au minimum et une certaine une certaine une certaine hypocrisie quelque part.

Et euh je voudrais simplement citer ça. J'avais parlé à euh à un confrère allemand euh qui comme beaucoup de mes interlocuteurs qui avaient qui voulaient vraiment dénoncer quelque chose et surtout en Allemagne m'a demandé de rester anonyme et en ce qu'il concerne il est il est directeur de la rédaction d'un hebdomadaire très connu. Donc et lui m'avait dit clairement, il m'avait dit à l'époque et ça c'est une façon très allemande aussi, il me l'a dit assez franco comme ça, il me dit "Mais en fait est-ce que tu te rends compte que en janvier 2024 cette histoire de Hinrajab, elle faisait peser de pas simplement des soupçons, mais elle accusait directement, c'était accusé directement Israël de crime de guerre." et il m'a dit "Mais en janvier 2024, février 2024, quel médiia sérieux allemand est-il prêt à prendre ce risque Et je pense que ça c'est formulé d'une façon allemande, c'est-à-dire cache et et en même temps qui justifiait qu'ils aient en ce qui les concerne, ils ont absolument rien fait.

Mais en même temps qui pose bien qui quand même pose bien le problème. C'est-à-dire que vraiment c'était l'histoire de Yin Rajab, si on la regarde clairement et crument, c'était une c'était une affaire de crime de guerre. Parlons des mots parce que dans ce qu'il se passe à Gaza, les mots ne sont pas neutres.

Ils construisent un récit et ce récit, on l'a fabriqué. Premier exemple, tout a commencé le 7 octobre. Regardez les articles français sur Inrajab.

Les deux tiers d'entre eux remettent sa mort dans le contexte des attaques du Hamas le 7 octobre. Dès la première ligne, dans 20 minutes, on peut lire l'offensive militaire lancée par Israël en repost à l'attaque du Hamas le 7 octobre. C'est systématique.

Plus de 60 % des articles français analysés replacent l'affaire inrajable dans le contexte des attaques du Hamas. Au Royaume-Uni, c'est seulement un article sur 5. En Italie, aucun.

Cette formule, elle vient de l'AFP. Notre enquête révèle que le 24 octobre 2023, la direction de l'agence envoie un email interne. Des employés nous en ont révélé le contenu.

On y lit la guerre doit apparaître de façon incontournable comme déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre. Ce cadrage a un nom, c'est le récit israélien de la guerre de Ripost et il s'est imposé dans toute la presse française. Alors que les journalistes qui connaissent le terrain le savent bien, le 7 octobre n'était pas le début.

La violence, les bombardements israéliens, la crise humanitaire à Gaza dure depuis des décennies. Mais ça on ne le dit pas. Par exemple en France et en anglais aussi, par exemple, on dital euh l'armée ou ideaf et ça veut dire si on sait derrière derrière ces mots, il y a quand même quelque chose et c'est encore plus clair en anglais.

IDF, c'est l'armée, c'est les forces de défense israélienne. C'est-à-dire que on parle de défense, la plupart des gens le voient pas, c'est peut-être un petit peu subliminal, mais ça montre quand même à quel point les journalistes eux-mêmes quelquefois sont pas du tout conscients ou ne réfléchissent même pas ou peut-être que ça les arrange euh au mots aux mots qu'ils emploient et comment ils les emploient et finalement se se retranche derrière nous, on fait notre travail, on équilibre la copie, euh On est professionnel. Deuxème exemple, le Hamas partout.

Regardez cette autre graphique. Dans les articles français sur Inrajab, le Hamas est mentionné en moyenne trois fois par article, trois fois plus qu'au Royaume-Uni. Si je devais résumer la particularité de la France euh et ça c'était c'était assez étonnant pour moi, c'était de voir cette obsession, ce qu'on appelait une obsession euh du Ramas.

Le terme Amas était euh présent et récurrent. dans les articles français de deux à trois fois plus que dans n'importe quel autre article. Et ça c'est quand même énorme hein.

C'est-à-dire que là on parle d'un cas, on parle d'une histoire euh d'une petite fille prise dans la tourmente tuée par un char israélien. A priori le ramas a rien à faire là-dedans. C'est-à-dire que le ramas est pas directement impliqué.

Et finalement, on trouve des articles où le mot Hamas est cité jusqu'à cinq fois pour euh raconter l'histoire de la mort de Hin Rajab. Ça, c'est vraiment une particularité française. C'est-à-dire que si on compare euh aux États-Unis, euh à l'Angleterre, euh euh à l'Italie et même à l'Allemagne, la France est vraiment euh très préoccupée par le ramas et par le mot ramas.

Donc donc ça intéressant. Et donc là, en plus, on s'est dit bon, on peut pas s'arrêter là. Il y a énormément de façons de dire un masse parce que il y a il n'y a qu'une façon, je dirais légitime euh de faire de mentionner le ramasse dans un dans un article sur Hinrajab, ça serait de citer un communiqué finalement d'une façon neutre.

C'est-à-dire que on utilise des communiqués d'Israël qui dit qu'ils n'ont rien à dire. On utilise un communiqué du Ramas qui peut-être a quelque chose à dire sur la question et qui en effet euh euh a dénoncé la mort euh de Irin Rajab et de toute sa famille et des secouristes. Et en fait donc on a on a on a répertorié et on s'est rendu compte que en fait pas du tout.

Hamas a été utilisé en général euh en fait je dirais à mauvais essence. C'est-à-dire, on a on a mentionné le Ramas à des moments où il n'y avait aucune aucune justification de forcément mentionner le Hamas. Le Hamas n'a aucun rôle dans la mort d'Inrajab, mais il est omniprésent comme un sous-titre permanent.

Enfin 3e exemple et celui-là est peut-être plus révélateur, les fameux bilans du Hamas quand on parle des civils gazaoui tués par l'armée israélienne. Après le 7 octobre, il s'est imposé dans les médias français une pratique nouvelle systématiquement attribuer les chiffres des victimes palestiniennes au ministère de la santé du Hamas ou au chiffres du Hamas. Avant le 7 octobre, on disait ministère de la santé de Gaza ou simplement autorité palestinienne.

J'ai énormément de euh de journalistes qui ont travaillé depuis longtemps sur Gaza et qui me disait, on disait toujours euh euh les bilans euh de morts palestiniens donnés par les autorités locales ou par le ministère de la santé de Gaza. Et soudainement, on les reprenait à l'antenne par exemple et on disait voulait dire du ramass. Et ça c'est vraiment, si on l'identifie, c'est vraiment un élément central par exemple de la communication, de la propagande israélienne sur le sur le conflit.

On peut se rendre compte que quelque part, il y a des choses qui ont été identifiées comme ça. Ils ont bien poussé, on a l'impression que ça vraiment circulé mais vraiment très facilement partout. Et j'ai aussi tous ces témoignages qui me disent mais que ça on le faisait pas avant.

En fait, il y avait aucun problème avant à sourcer les bilans des Palestiniens en disant que c'était des bilans qui venaient du ministère de la santé de Gaz. Donc ça c'était complètement nouveau. Par exemple, pourquoi ce changement ?

Pour rappel, ces chiffres l'ONU les juges fiables. Même les renseignements israéliens les utilisaient dans leur briefing dès janvier 2024. Mais à collé à masse au chiffre des victimes, ça crée quelque chose dans l'esprit du lecteur ou du téléspectateur.

Ça instille un doute comme si ces morts-là étaient moins réels, moins certains, moins dignes d'être pleuré. Et cette formule a été imposée en France. L'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel français, a été jusqu'à rappelé à l'ordre France interre pour ne pas avoir précisé l'origine amas des chiffres de victimes palestinienne et ne pas avoir mis ces chiffres au conditionnel.

C'est-à-dire que l'institution chargée de veiller à l'impartialité des médias audiovisuels a elle-même validé et institutionnalisé ce cadrage. Une journaliste de RTL résume ça très bien. Elle dit "C'est une autre façon de déshumaniser les Palestiniens.

Ces Palestiniens, finalement, ce n'est pas grave. Ils sont comptés par le Hamas, donc ils n'existent pas." Arrive maintenant la partie des journalistes.

Nadia s'est entretenu avec 19 d'entre eux, chef de service et reporter ayant participé à la couverture de Gaza pour les grands médias en France, en Allemagne et en Italie. Certains ont souhaité rester anonymes. Dans ces entretiens, il y a quelque chose qui revient sans cesse.

Ce n'est pas que les journalistes de terrain ne voulaient pas raconter Gaza, c'est qu'on les en a empêché. Ça, je l'ai entendu même de journalistes qui à leur niveau ont essayé de couvrir comme il pouvaient ont pu euh constater qu'en fait euh il était devenu impossible de faire du journalisme en fait quand il s'est agé de ce conflit d'Israël et de Gaza. Ce qui s'est passé c'est que tout le monde a vraiment finalement confirmé ce qu'on voyait nous dans nos données et dans nos graphiques.

C'est-à-dire que il y a eu une espèce de d'accompagnement et de répétition des éléments de langage imposé par Israël. C'est-à-dire que on voit à travers toute la couverture, je dirais occidentale en général, mais pour parler euh euh de la France en particulier et de ce cas particulier, une espèce de mimétisme de tout euh de tous ces éléments de langage imposés par euh euh par euh la communication, la propagande israélienne. Et la question dans ces cas-là n'est pas forcément la propagande israélienne parce que clairement, ils ont une propagande, ils sont en guerre, ils savent ce qu'ils font.

La question c'est pourquoi ? Pourquoi en fait les rédactions françaises euh finalement se sont mises dans une position où elles ont arrêté de faire du journalisme et elles sont quelque part devenu une croix une courroie de transmission de cette de ce narratif quoi, de ce de ce récit de ce récit israélien. Il y avait donc d'un côté les reporters sur le terrain choqués par ce qu'ils voyaient et entendaiit qui voulaient raconter et de l'autre côté des directions de rédaction qui les en empêchaient.

Claudine MFC qui a écrit sur cette histoire témoigne d'une exigence à sens unique. On lui demandait d'être ultra précise, ultra rigoureuse dans ses articles sur Gaza. Pour les articles qui reprenaient un point de vue israélien, on ne lui posait pas de question.

Et puis il y a ces témoignages de journalistes pour la plupart anonymes qui décrivent quelque chose de plus systémique à France Interre. Dès les premiers jours après le 7 octobre, le directeur de la rédaction débarque dans la newsroom. Un journaliste nous raconte "Attention, point vocabulaire.

Quand on dit, on dit les terroristes du dieu Hamass. J'étais scotché", nous dit-il. Dans une autre rédaction, un journaliste indépendant décrit qu'on a rajouté le mot terroriste dans son article sur MAS qu'il mentionnait simplement. "Il fallait absolument faire l'équation", nous dit-il.

À Libération, des journalistes témoignent d'un malaise énorme sur le traitement de Gaza, d'une impression que des ordres étaient donnés pour infléchir la couverture. Quand Check News, la rubrique fact checking du journal veut publier une contre-enquête sur le vrai et le faux du 7 octobre. La direction tente de l'en empêcher.

Un correspondant de la presse audiovisuelle française basée à Jérusalem témoigne quant à lui d'un sentiment partagé par de nombreux confrères de terrain. Relayer la parole palestinienne, c'est un peu relayé une parole terroriste. Ce que décrivent ces journalistes, ce sont des bières racistes de leur direction qui visent à complètement déshumaniser les Palestiniens et rendre acceptable le génocide commis par Israël.

La meilleure des consignes et celle qui marche le mieux, c'est cette espèce d'autocensure, c'est-à-dire cette espèce de de tout le monde sait parfaitement bien et a parfaitement internalisé que par exemple on doit dire à masque quand on parle des bilan de victimes, que quelque part on doit recadrer à partir du 7 octobre. Après, quand on parle aux journalistes individuels, certains appellent ça de l'autocensure, certains n'appellent pas ça de l'autocensure. Mais c'est quand même intéressant parce que ce que tu mentionnais, il y a eu assez peu de cas de censur finalement, des censures directes.

Et en effet, ça a plus marché sur cette internalisation de ce qu'on pouvait dire ou de ce qu'on ne pouvait pas dire et ce qui était ce qui était audible et ce qui était acceptable. à chaque fois qu'on parlait et d'ailleurs la plupart euh des euh euh des correspondants disaient "Mais en fait on était laissé avec simplement il fallait toujours prendre un angle humanitaire ou parler euh d'enfant de femmes ou euh un homme mais complètement humanitaire à travers là ça allait ça passait." Par exemple, une une journaliste me raconte que euh euh que sa direction, sa rédaction lui dit "Mais écoute, ton reportage, il est super mais il est tellement bien que là, si tu veux euh finalement euh on a l'impression que c'est en fait, on lui donne l'impression que elle est injuste, que c'est ta charge, que là on a l'impression que c'est vraiment à charge envers alors tu pourrais pas essayer d'équilibrer un peu et et de être un côté israélien.

Et c'est ce qu'elle me disait. Elle me disait euh mais moi j'étais je leur disais mais moi je suis gênée. Enfin est-ce que si je faisais un reportage sur un otage israélien, on me demanderait euh euh d'aller euh euh d'aller confronter ça à un exemple d'aller chercher une victime palestinienne. le journalisme à l'époque enfin et toujours c'était quand même ou ça aurait été quand même alors pas d'équilibrer parce que ça veut rien dire mais de donner suffisamment la parole ou de donner autant la parole ou de pouvoir rendre compte de ce qui se passait à Gaza à travers les témoignages euh et des témoignages objectifs comme on sait le faire euh en journalisme.

Et finalement ça ça a été rendu pratiquement impossible. C'est-à-dire que euh ce poids de mesure, ce qu'on appelait ça un deux poids de mesure, un double standard, euh c'était que que finalement quand ça venait euh d'Israël, l'Israël c'est un vrai état qui a des vraies institutions, qui a un peu plus une démocratie, ils sont plus fiables et quand ça vient euh de Gaza, quand ça vient des Palestiniens, il y a toujours cette suspicion. Il y a toujours la suspicion qui rôle, qui est là.

Et beaucoup de journalistes m'ont dit finalement quand on essayait de faire notre boulot, on nous mettait dans la position où euh on avait l'impression euh en gros euh de reporter le discours du ramas ou de soutenir le ramasse ou de devenir un journaliste engagé. Finalement euh il y a une espèce de de déplacement de glissement du code de de pratique journalistique sur Gaza. C'est-à-dire qu'à partir tous les gens qui ont essayé de faire leur boulot sur Gaza, de faire du journalisme, ont été taxés d'être des journalistes engagés.

C'est-à-dire que cette espèce de espèce de Oui. de glissement comme ça, de perte de boussole finalement, c'est-à-dire que tu fais ton boulot, tu fais tu essayes vraiment de rendre compte de ce qui se passe et finalement tu es soupçonné euh toi ou d'être engagé ou d'être programmas ou de Et ça c'est quand même très grave parce que ça parce que ça veut dire énormément de choses sur le journalisme. vraiment une vraie là, je pense que à cet endroit-là, il y a une vraie faillite du journalisme.

Alors, revenons à Inrajab. Pourquoi son histoire n'a-t-elle pas fait le buzz en France comme aux États-Unis ? Parce qu'elle était palestinienne.

Parce que nommer ses assassins, c'était nommer l'armée israélienne. Parce que les rédactions évoluaient dans un cadre imposé par les agences, les directions et parfois les institutions elles-mêmes qui rendaient ce hommage risqué, inconfortable, suspect. Et ce que révèle notre enquête, c'est que ce n'était pas une accumulation de hasard ou de manque de moyens.

C'était un système, un système de mots choisis, de cadrage imposé, de pression exercée et intégré qui a abouti à une couverture biaisée et raciste d'un génocide. Il y a une vraie dérive des médias en général et je pense que ce qui s'est passé pour moi sur Gaza alors c'est vraiment on peut le voir aussi comme ça comme une comme un cas extrême euh d'une certaine dérive des médias quand même, c'est-à-dire d'incapacité euh finalement à s'emparer d'un sujet très clivant, d'un sujet difficile, chargé d'émotion avec toutes sortes de pression politiques, toutes sortes on sait à quel point ça a était euh tout était polémique, c'était un terrain miné et finalement on a quelque part l'impression que la solution de repli euh pour pour les grandes rédactions et pour le niveau exécutif, c'était de dire "On n'en parle pas". Plusieurs personnes m'ont dit euh ça aussi ça a été d'autres témoignages euh tout le monde est parfaitement internalisé que si on couvre pas très bien Gaza, il y aura pas de conséquences mais par contre si on fait des erreurs ou s'il se passe quelque quoi que ce soit euh envers Israël, les lobby les lobby israéliens ou la préséen, on aura des problèmes.

Et ça c'est quand même c'est quand même très problématique. Et une autre façon de répondre à ça, moi quand j'ai commencé cette enquête, ce qui m'av quand même quand même marqué mais quand même laissé très perplexe sur l'état du journalisme en général, c'est de voir que systématiquement dans tous les pays qu'on a étudié quelque part l'état euh médiatique de la couverture de Gaza a quelque part reflété euh la diplomatie du pays dans laquelle elle se faisait. Et ça c'est quand même un peu problématique sur le rôle du journaliste.

C'est-à-dire que a priori euh nous les journalistes, on n'est pas là pour accompagner ou dans quelle mesure on est là pour refléter euh la ligne diplomatique du pays euh dans laquelle on est. Et ça c'est quand même et ça par exemple ça a été une des raisons pour lesquelles dès le départ on s'est dit mais il y a quand même vraiment un problème. Et en ce qui concerne Gaza, c'est quand même un cas extrême et d'autant plus dramatique que quelque part cette abdication journalistique, j'appellerai ça une abdication journalistique, elle a quelque part permis et elle a participé alors dans quelle mesure, je veux pas donner un verdict, mais elle a participé à un acquiement euh à l'écrasement de Gaza, au génocide à Gaza.

Chacun peut trouver chacun peut trouver son mot, mais c'est clair que ça a été accompagné et ça n'a pas et et le et là les médias globalement globalement je dis encore globalement parce que des gens individuellement l'ont fait mais ça s'est pas forcément reflété dans la ligne éditoriale de leur journaux respectifs. Globalement, les médias occidentaux ont au mieux accompagné l'anéantissement de Gazin. Et dans le pire des cas, et par exemple Francesca Albanisé en ce moment est en train de faire une enquête et elle cherche à rassembler des documents pour réfléchir sur la complicité.

Donc il y a vraiment toutes sortes de il y a une vraie réflexion là et il y a une vraie critique sur la complicité des médias dans le génocide ou au moins dans l'acquaissement au génocide à Gaza. Et ça c'est quand même ça fait réfléchir même au-delà de enfin je pense que c'est une vraie question sur notre responsabilité nous journaliste et la responsabilité des médias en général euh dans euh bah finalement notre responsabilité en général en tant que journaliste, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on est là, qu'est-ce qu'on doit faire nous en tant que journaliste et finalement si on n'est pas là pour apporter les faits et pour apporter un contrediscours ou pour ou pour informer sur des choses que les gens ne connaissent pas ou que les gens ne connaissent pas parce qu'elles sont obscurci par une propagande ou parce qu'elles sont obscurci par leur gouvernement. Alors oui, je sais pas, je sais pas, je sais pas pourquoi on est là nous les journalistes.

Voilà.