Budget : "Ça ne correspond pas du tout à ce qu'il faut faire", dénonce l'Insoumis Éric Coquerel
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France Inter, Kevin Dufresch, le 6-9.
Une situation anxiogène, voilà comment François Bayrou décrit la période alors qu'il doit présenter mardi aux Français ses pistes pour faire 40 milliards d'euros d'économie sur le budget de l'État l'an prochain. Le Premier ministre déjà sous la menace d'une motion de censure portée notamment par le groupe parlementaire de notre invité. Bonjour Éric Coquerel, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, vice-président de la commission des finances de l'Assemblée Nationale. J'attends aussi vos questions, chers auditeurs, au Zéan 1 45 24 7000 ou sur l'application de Radio France.
On va parler longuement du budget Éric Coquerel ce matin, mais d'abord, Lénart Monterlot, ce jeune homme franco-allemand de 18 ans qui n'avait pas donné signe de vie depuis près d'un mois alors qu'il était en plein voyage à vélo en Iran, Téhéran a confirmé hier qu'il avait été arrêté pour avoir commis un délit, on n'en sait pas plus pour le moment, que peut faire, que doit faire la France pour lui venir en aide Éric Coquerel ?
Faire pression sur l'Iran, je n'ai pas une solution miracle, mais bien évidemment, il faut exiger sa libération comme celle de nos deux compatriotes qui sont toujours emprisonnés. Cécile Collère et Jacques Paris. Je n'ai pas d'autre chose que de vous dire que, évidemment, un, je le dénonce, bien évidemment, et que deux, il faut faire une pression diplomatique sur l'Iran, même si la situation en Iran, du fait des bombardements israéliens, puis des Etats-Unis, totalement en dehors du droit international, a un effet, malheureusement. C'est que la répression vis-à-vis de l'opposition en Iran s'est accrue.
C'est à peu près le même scénario qu'on a eu dans d'autres pays du Proche et du Moyen-Orient. Et donc, à mon avis, il y a aussi, j'allais dire, cette pression mise sur la France à travers ce genre d'arrestations. Voilà, c'est une dénonciation de ce qui se passe. Mais je n'ai pas, d'où je pars, je n'ai pas la solution d'Irak, mais simplement, je soutiens les efforts français pour les faire libérer. Vous dites faire pression, est-ce qu'il faut envisager des sanctions contre l'Iran aujourd'hui ? Écoutez, les sanctions contre l'Iran, j'allais dire qu'elles existent déjà.
De toute façon, je vous rappelle qu'il y a déjà des sanctions liées à la question d'extraterritorialité décidée par les Etats-Unis. Je ne suis pas sûr que ce soit par ce moyen-là qu'on peut l'obtenir. Peut-être que la France devrait aussi, j'allais dire, faire preuve dans la situation internationale que nous connaissons d'un plus grand non-alignement par rapport à ce que font notamment les Américains. Je veux dire, ça aiderait peut-être.
Alors, je ne dis pas qu'il faut être faible vis-à-vis de l'Iran, mais en tout cas, je pense qu'il ne fallait pas être du côté, ou même laisser faire ce qu'ont fait les Américains, encore une fois, en dehors du droit international, avec des conséquences qui, à mon avis, vont être, on le verra peut-être à la fin de l'émission, mais qui vont être, à mon avis, terribles pour le monde. Parce que cette sortie du droit international à laquelle nous avons assisté, bien évidemment, ça a des répercussions. Ça a par exemple des répercussions pour les Ukrainiens.
Parce que, bien évidemment, Vladimir Poutine, à partir du moment où, du côté des Etats-Unis, d'Israël, on s'abstrait du droit international, vous imaginez bien que Poutine, qui l'avait déjà largement fait en agressant l'Ukraine, vous remarquerez que les bombardements ont, du coup, augmenté. Voilà, donc je pense que ce qui s'est passé ouvre une période très, très instable, très dangereuse pour la paix dans le monde.
Et nous évoquions Cécile Collère et Jacques Paré, je rappelle qu'ils sont en prison en Iran depuis trois ans. Absolument. Maintenant, on en vient au budget 2026, Éric Coquerel. Il y aura des efforts pour les Français, pas de sacrifice, a dit le Premier ministre François Bayrou hier soir. Vous êtes rassuré, il n'y aura pas de sacrifice ?
Non, pas vraiment, comme je sais à peu près ce qu'ils veulent faire. Non, je ne suis pas rassuré. Mais surtout, le problème, c'est qu'au-delà des efforts demandés aux Français, et toujours eux-mêmes, c'est-à-dire à peu près 90% de la population, au bénéfice d'un pourcentage très infime d'ultra-riches, moi, ce qui m'inquiète surtout, c'est que ce n'est pas le budget qu'il faut faire. Il ne correspond pas à la période du tout, qui, justement, a un lien avec la situation internationale, je vous décris. Oui, avec l'élection de Donald Trump, on a un changement, une bascule très importante dans la situation économique.
C'est-à-dire que jusqu'à maintenant, on va dire que le capitalisme, pour aller vite, se basait sur le libre-échange. C'est comme ça que les choses évoluaient. Et là, on voit qu'il déclenche une guerre commerciale, parfois même d'ailleurs une guerre tout court, par rapport à... Avec les droits de douane de Donald Trump, les réponses aux droits de douane. Donc, cette guerre commerciale, elle devrait induire certaines choses. Par exemple, elle devrait induire qu'on soit moins dépendant, justement, des importations, exportations, et donc qu'on accroisse une souveraineté industrielle, notamment au service d'une bifurcation écologique. Ce n'est pas du tout ce qu'on fait.
On fait un budget, alors que les Allemands vont mettre, cette année, 82 milliards d'investissements dans l'industrie, dont l'industrie de défense. On en parlera peut-être tout à l'heure, ce qu'on va en parler, bien sûr. Ils vont augmenter jusqu'à 129 milliards d'investissements en 2030. Tout ça pour remplacer, en réalité, leur industrie automobile par l'industrie de défense.
On va vous répondre que l'Allemagne n'a pas la même dette que la France.
Oui, mais on va mettre ça de côté, parce que s'ils le font, c'est que c'est nécessaire. Et nous, on va rester sur le quai, avec un budget d'austérité, sans quasiment aucun investissement, à part un peu plus sur les dépenses militaires. Alors, je pense que dans quelques années, dans une dizaine d'années, quand on va se donner rendez-vous, si jamais cette politique, malheureusement, se perpétuait, je pense que nous aurons deux yeux pour pleurer. Nous n'aurons plus d'industrie dans ce pays. Les emplois seront en berne, etc., etc. Donc, si vous voulez, ce budget ne correspond pas du tout à ce qu'il faut faire. Et c'est principalement ça que je lui reproche, en fait.
Pas d'augmentation d'impôts généralisés, a promis François Bayrou hier, mais des efforts particuliers. Vous avez peut-être entendu, Dominique Seux, tout à l'heure, le recours à la fiscalité dans ce budget ne représenterait que 10% des 40 milliards que le gouvernement s'est engagé à trouver pour l'année prochaine. Tout le reste, ce serait donc des coupes dans les dépenses publiques. Est-ce qu'il faut plus d'impôts, Éric Coquerel ?
Écoutez, regardons un peu ce qui s'est passé d'abord depuis 2017. Et faisons le bilan de cette politique. En 2017, Emmanuel Macron, en gros, dit qu'on va accroître, parce que ce n'était pas nouveau, mais la politique de l'offre et de la compétitivité, qui signifie une chose. Vous essayez d'attirer les capitaux. Et pour ça, vous leur faites des cadeaux fiscaux, des avantages, etc., en espérant que ça va produire de l'investissement, produire de l'emploi. Bien. Donc, faisons le bilan. Cette politique a produit des déficits. Parce que ce que vos éditeurs doivent comprendre, c'est que la dépense publique dans le PIB, dans le produit, dans la richesse, n'ont pas augmenté.
Elles ont même légèrement baissé depuis 2017. Ce n'est donc pas les dépenses publiques qui créent le déficit. Ce qui crée le déficit, c'est les recettes qu'on a perdues. Environ 60 milliards par an de recettes, même plus maintenant. Alors, comme ces nouvelles recettes ? Et ces recettes, elles ont surtout avantagé les ultra-riches, les détenteurs de capitaux. Alors, est-ce que ça a produit des effets sur l'économie ? C'est ça qu'il faut voir. Ça aurait produit des effets, pourquoi pas ? Parce que si ça avait produit des effets sur l'économie, d'une autre manière, ça aurait produit des recettes, des cotisations, de la fiscalité, à travers une économie qui repart. Ben, pas du tout.
Le chômage va repartir à 8%. Pour la première fois, la part de l'industrie va baisser en dessous de 10% du PIB. C'est historique, il faut bien le comprendre. Alors qu'on nous parlait de réindustrialisation, étant le plus grand succès d'Emmanuel Macron, le taux de pauvreté explose. Plus 650 000 personnes en dessous du seuil de pauvreté l'an dernier, on en est à 15,4%. Presque 10 millions de Français pauvres. Je pourrais vous accumuler tous les chiffres, y compris la question de la productivité, qui est un vrai problème. Donc, toute cette politique a échoué.
Il serait peut-être temps, au lieu de continuer et de faire en sorte de faire payer à tout le monde par la baisse des dépenses publiques ou des prestations ou des pensions, les cadeaux qu'on a fait aux plus riches, d'aller récupérer cet argent pour réduire les déficits, mais surtout pour investir. Et donc, quelle autre solution avec Coquerel ? Qu'est-ce que vous proposez ? Quelle nouvelle recette vous proposez ? Très clairement, je propose de faire une marche arrière par rapport à 2017. C'est-à-dire d'aller prendre un peu, ne vous inquiétez pas, on ne va pas leur prendre tout, loin de là. On va leur prendre une part infime de ce qu'ils ont gagné.
Je parle des ultra-riches, je parle des 0,1% des Français les plus riches. Mais ils ont tellement gagné que ça produirait des dizaines de milliards d'euros qui éviteraient d'aller baisser les moyens de l'État, baisser les moyens de la sécurité sociale, baisser les moyens des collectivités territoriales, s'attaquer aux retraités, puisqu'on compte beaucoup s'attaquer aux retraités, ce qui en plus a un aspect, j'allais dire, mauvais pour l'économie, parce que les dépenses publiques, quand vous les baissez, vous avez un effet récessif. Taxer les ultra-riches, est-ce qu'on parle là de la taxe Zuckman ? Notamment, on parle de la taxe Zuckman. La taxe Zuckman, pour bien comprendre...
On va rappeler ce que c'est, oui. Voilà, je rappelle rapidement ce que c'est. Depuis 2017, les avantages fiscaux faits par Emmanuel Macron ont eu tendance à faire en sorte que les ultra-riches versent leur patrimoine sur leur patrimoine professionnel, en gros des actifs financiers, parce qu'ils sont moins taxés. Donc, du coup, il y a eu beaucoup d'argent perdu pour les impôts. La taxe Zuckman consiste à dire, écoutez, on va leur prendre 2% de leur patrimoine, seulement 2%. Et figurez-vous que ce 2% de patrimoine, ça s'est tellement accumulé pour les personnes qui gagnent plus de 100 millions d'euros. Là, on parle par an, on parle vraiment d'une part quand même infime de la population.
Ça rapporterait 15 à 20 milliards d'euros. 2% du patrimoine.
Est-ce que vous sentez que ça bouge sur la taxe Zuckman ? Le président du groupe centriste au Sénat, par exemple, Hervé Marseille, a dit hier, pourquoi pas, finalement ? Alors, est-ce que vous sentez qu'à l'Assemblée, vos collègues du centre de la droite se posent la question ?
Alors, je vais vous répondre. Sur la taxe Zuckman, oui, ça bouge. Vous savez qu'il y a 7 prix Nobel d'économie qui ont dit qu'ils étaient pour. Il y a, en dehors de Gabriel Zuckman, qui est un économiste plutôt antilibéral, on va dire, mais il y a Olivier Blanchard, qui est l'ancien économiste conseiller du FMI. Il y a Jean Pizani-Ferry, qui était autrefois un proche d'Emmanuel Macron, qui ont appuyé sa taxe. Donc, oui, ça bouge. Et pour vous répondre sur l'Assemblée, ce qu'elle peut faire, la taxe Zuckman qui taxe de 2% le patrimoine, 15 milliards, le retour à un ISF et avec une version climatique de ce ISF, 10 milliards.
Une autre taxe Zuckman, moins connue, mais qui est vraiment très importante, qui consiste à dire qu'on va aller taxer les entreprises qui délocalisent leurs profits. J'explique, vous faites 30% de votre chiffre d'affaires en France, comme en France, c'est plus imposé, vous allez, en gros, vous arranger pour déclarer vos profits en Irlande, par exemple. Ça, ça pourrait rapporter 26 milliards, etc. Figurez-vous que toutes ces taxes que je vous énumère, l'année dernière à l'Assemblée, elles étaient majoritaires. Elles ont toutes été adoptées.
On a adopté environ pour 60 milliards de recettes en plus, uniquement, je le précise, par rapport aux Français, en touchant, on va dire, les 5% des Français les plus riches. Mais pour l'instant, le gouvernement n'en veut pas. Oui, mais c'est important de dire que l'Assemblée était disposée à aller voter et que le gouvernement aurait été bien inspiré d'écouter l'Assemblée au lieu de continuer à imposer une politique qui a échoué. Parce que la politique, l'an dernier, je vous rappelle, c'est déjà 35 milliards d'économies, on en rajoute 10 dans l'année parce qu'ils ont rectifié, la croissance a baissé, les déficits ont explosé.
Je ne veux pas vous refaire la démonstration que j'ai faite au début.
Éric Coquerel, le temps file. En tant que président de la commission des finances de l'Assemblée, vous avez vu les ministres de Bercy cette semaine. Là, on a parlé des recettes. Eux veulent faire des économies. Est-ce que la piste de l'année blanche est bien retenue, Éric Coquerel ?
Oui, elle est retenue. Elle est retenue d'ores et déjà sur les dépenses de l'État. C'est-à-dire, ce qu'on va faire, c'est que les dépenses de l'État n'augmenteront pas. Pas indexées sur l'inflation. Voilà. Et ni ce qu'on appelle en tendanciel. Le tendanciel, c'est ce qu'il faudrait augmenter pour répondre aux mêmes besoins, pour aller vite, en tant qu'on de l'augmentation de la population. Donc, avec un ministère qui va augmenter, c'est la défense. La défense, on va en parler juste après. Est-ce que les prestations sociales vont baisser ?
Est-ce que les prestations sociales les retraites ?
Alors, c'est la deuxième version. A priori, ça n'était pas encore tranché, mais ce dont on parle, c'est les pensions des retraités, c'est les pensions en général, notamment tout ce qui est social. C'est peut-être aussi l'impôt sur le revenu dont le barème serait pas indexé sur l'inflation. Et donc, ça va toucher tous les Français, notamment beaucoup les retraités, dont je rappelle qu'ils ne sont pas les privilégiés dans ce pays et qu'ils sous-tendent souvent la consommation populaire qui est quand même un des moteurs de l'activité économique de ce pays. Donc, tout ça est très mauvais.
Venons-en à la défense. Emmanuel Macron va faire des annonces dimanche, c'est ce qu'a reprécisé François Bayrou hier, plus 3 milliards d'euros l'an prochain sur le budget de la défense et ça va augmenter comme ça jusqu'à 2030. Est-ce que ce n'est pas finalement une bonne nouvelle, Éric Coquerel, c'est de l'industrie, l'armement en France, vous qui êtes attaché à l'industrie et à l'emploi que ça peut créer ?
La première question, c'est qu'on va augmenter le budget de la défense. Pourquoi faire ? Moi, ça m'intéresse de savoir quel est l'objectif. On augmente la part du PIB. Mais quel est l'objectif ? Se défendre face à la haute menace. Moi, je suis d'accord pour que la France ait les moyens de défendre son territoire. Je ne suis pas d'accord pour que la France participe à l'espèce de surarmement qu'on constate dans le monde, notamment imposé par les Etats-Unis qui demandent qu'il y ait 5% du PIB comme ça les gens vont acheter l'armement américain et ça va être bon pour l'économie américaine mais moins bon pour la paix. Tout simplement, pourquoi je ne suis pas d'accord avec ça ?
C'est que si vous voulez, quand vous avez un affrontement commercial de plus en plus intense entre des blocs économiques et qu'en plus vous avez un surarmement, en général, le capitalisme il a besoin de déboucher. Autrement dit, quand il produit des armes, il ne va pas stocker toutes ces armes, il va falloir les utiliser et donc je pense que pour la paix dans le monde, c'est extrêmement dangereux. Et le deuxième point qui moi me pose question, c'est que je crois que l'urgence que nous connaissons, c'est l'urgence climatique. C'est la question de l'environnement. Vous avez vu les incendies, ça a évidemment un lien avec ça.
C'est la question de zones de plus en plus importantes du monde autour des littéraux et autres qui vont devenir invivables et si vous mettez des milliards...
On ne dépense pas assez pour l'adaptation au changement climatique. Ce n'est pas qu'on ne dépense pas assez,
c'est qu'on dépense moins. Là, il y a une étude d'IFORC, c'est un think-sang qui travaille sur les questions de l'écologie qui estime qu'il faudrait pour respecter les accords de Paris que la France mette 50 milliards d'investissements publics de plus d'ici 2030. L'année dernière, c'est moins de 2 milliards. Et pour la première fois, les budgets d'investissement depuis des années ont baissé l'an dernier. Donc là, je dis alerte quoi. Tout ce que les gens constatent aujourd'hui comme problématique à la fois de prévention, d'adaptation, de réparation par rapport au climat, nous dépensons toujours moins de budget pour la bifurcation écologique.
Je pense que, vous savez, on parle souvent de la dette financière. On nous dit nos enfants, nos petits-enfants, nous reprochons la dette financière. Moi, j'y crois pas. Je crois que ça, c'est pas un problème majeur. Par contre, ils auront raison de nous reprocher la dette écologique qu'on est en train de leur léguer qui va devenir dramatique parce que celle-là, elle est vitale et c'est exactement ce que nous sommes en train de faire.
En un mot aujourd'hui, avec la copie que prépare le gouvernement d'après vous, vous censurer, François Bayrou.
Bien sûr. Je vois pas très bien comment on appuie un budget qui est à la fois injuste et qui va avoir un effet récessif, régressif sur l'économie et qui ne va pas répondre aux urgences de l'heure. Donc, bien sûr que nous le censurons et je pense que le gouvernement Bayrou, d'ailleurs, à mon avis, tombera sur le budget s'il veut vraiment l'imposer à l'Assemblée. Parce qu'il y a deux solutions.
Il faut que les députés du Rassemblement National
votent avec les groupes du Nouveau Front Populaire. Mais moi, je ne trie pas parmi les opposants. Si vous voulez, ce gouvernement, M. Macron, a fait le choix de nommer un gouvernement minoritaire, de ne pas respecter le suffrage universel. Ce n'est pas nous les responsables de ça. Et il aurait une possibilité. C'est qu'il laisse faire l'Assemblée parce qu'encore une fois, l'an dernier, je le répète, nous avons voté des recettes supplémentaires et nous avons voté moins de dépenses publiques. Moins de baisse de dépenses publiques, pardon. Bon, ce n'est pas ce que le gouvernement a choisi. Il est passé par 49,3. S'il veut faire la même chose cette année, il y aura une motion de censure.
Autre sujet d'actualité, Eric Coquerel, ce projet pilote sur l'immigration annoncée hier par Emmanuel Macron. Il est en visite d'État au Royaume-Uni aux côtés du Premier ministre britannique, Keir Starmer. Projet qui prévoit que les migrants arrivés illégalement depuis la France seraient arrêtés et renvoyés rapidement, je cite, Keir Starmer, en France. En contrepartie, Londres ouvrirait une voie légale d'immigration pour ceux qui, depuis la France, demandent à s'installer en justifiant des liens avec le Royaume-Uni. Et le principe, c'est un migrant renvoyé du Royaume-Uni vers la France, un migrant qui a le droit de partir de la France vers le Royaume-Uni.
Est-ce que c'est une bonne solution pour limiter les traversées de la Manche qui sont, on le sait, extrêmement dangereuses ? Moi, je crois
que nous devons arrêter d'être les gardes frontières du Royaume-Uni en matière d'immigration. Je ne vois pas pourquoi c'est la France qui ferait ce tri, au nom de quoi, je pense que s'il y a des gens qui veulent aller en Grande-Bretagne plutôt que de rester en France parce que c'est de ça dont on parle. Pour une bonne part, il faut savoir qu'ils pourraient avoir le droit d'asile en France. Ils choisissent d'aller en Grande-Bretagne parce qu'ils ont des familles qu'ils connaissent, culturellement, ils viennent de pays qui sont plus proches de l'ancien Commonwealth, etc.
Donc moi, je refuse l'idée que la France continue à appliquer des accords du Blin qui, à mon avis, sont mauvais pour tout le monde, pour les migrants et puis pour notre pays.
Autre sujet, Eric Coquerel, votre collègue députée insoumise Gabriel Catala et la députée européenne Emma Fourreau vont embarquer la semaine prochaine sur un nouveau bateau humanitaire à destination de Gaza, navire de la flottie de la liberté, cette ONG. En juin, à bord de l'un de ces navires, on s'en rappelle, Rima Hassan, eurodéputée LFI, là aussi, avait été arrêtée avec d'autres par la marine israélienne. N'est-ce pas un mode d'action dangereux, Eric Coquerel, pour ceux qui embarquent
sur ces navires ? C'est déjà un mode d'action qui me permet de vous répondre là sur cette question et de vous rappeler qu'aujourd'hui à Gaza il y a plusieurs dizaines de morts par jour palestiniens, qu'il y a toujours un blocus alimentaire, humanitaire et qu'il y a une population qui subit un génocide. Des distributions humanitaires
organisées par Israël
mais qui se passent très mal. Au moins ça sert à ça. Déjà, c'est déjà un premier élément à ne pas oublier, à ne pas s'y faire parce que ce qui se passe à Gaza pour le peuple palestinien est une des plus grandes hontes déjà de ce 21ème siècle. Donc déjà c'est positif et la deuxième chose, c'est que le fait qu'ils approchent des côtes de Gaza dont je rappelle qu'elles ne sont pas israéliennes montre bien là aussi qu'on est en dehors de tout droit international. Je rappelle que le bateau sur lequel était Rima Hassan le Madeleine, est un bateau qui a été arraisonné en eau internationale, pas dans les eaux israéliennes.
Donc ça montre aussi la manière dont Israël se fait du droit international, ce qui est évidemment problématique. Donc c'est très positif comme action.
On approche la fin de ce grand entretien, Eric Coquerel, un mot de la campagne pour les élections municipales qui commence doucement en ordre dispersée à gauche. Est-ce que les futurs maires insoumis vont désarmer les polices municipales ? Écoute, ça c'est marrant
comme débat, vous savez, parce qu'il y a quelques années... Est-ce que c'est Mathilde Panneau,
votre collègue, qui a dit ça en début de semaine ?
Il y a quelques années, le débat à gauche c'était est-ce qu'il y a des polices municipales ou pas ? Je ne sais pas si vous vous rappelez. Et notamment au nom du fait qu'au nom de l'égalité républicaine, ce n'est pas selon les moyens des municipalités qu'on peut mettre de la police, c'est la police nationale. Et puis, bon, il y a des polices municipales qui se sont installés partout. Maintenant, on a un deuxième débat. Est-ce que la police municipale doit forcément être, j'allais dire, dupliquer une police nationale, devenir une police d'intervention, une police répressive ? Moi, je pense que c'est une erreur profonde.
Je pense que tant qu'à faire qu'on a des polices municipales, elle doit reprendre le rôle de police de proximité qui était avant Nicolas Sarkozy celle d'une partie de la police nationale, c'est-à-dire des îlotiers, des gens qui faisaient surtout de la prévention et non pas de la répression, qui montent cruellement dans les quartiers. Et je pense qu'à travers la question cette question de désarmement, c'est ça qui est posé. Moi, je vis dans deux villes, par exemple, gérées par le Parti Socialiste, Saint-Denis et Saint-Ouen, où progressivement, la police nationale, on ne fait plus la différence avec la police municipale, on ne fait plus la différence avec la police nationale.
Et par contre, il y a des quartiers qui disent nous, on aimerait bien avoir une présence policière, rassurante, et puis qui après ont un rôle de prévention et qui s'il y a un problème, appellent la police nationale. Voilà, je pense que tout le débat est là-dessus et vous voyez que ce n'est pas un débat entre plus ou moins de sécurité, mais qu'est-ce qu'est la police et qu'est-ce qu'est la police municipale ?
Merci Éric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis, président de la Commission des Finances. Merci d'avoir été l'invité d'InterSmat. Bonne journée.
Éric Coquerel