Sur France 2 : Un Macron président hors sol, adepte des fake news | Thomas Dietrich
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Alors Thomas, tu as analysé pour nous la seconde interview d'Emmanuel Macron sur France 2.
Comme je suis un peu maso, je me suis farci. Il est 1h11 d'interview d'Emmanuel Macron sur France 2, 1h11 de grand bonheur. Alors il y a deux semaines, il avait parlé longuement sur l'Ukraine. Et là, on voit que ce n'est pas le sujet de l'interview. Normalement, on doit parler de l'inflation, de la vie des Français. Mais on voit que dès le début, quand même, ça le titille. Il a quand même envie de parler de la guerre en Ukraine parce que ça permet de se mettre en scène. Lui, Emmanuel Macron, qui la nuit sauve le monde, qui peut-être se verrait bien décerner le prix Nobel de la paix, accessoirement le prix du plus gros melon.
Donc on voit que finalement, la vie quotidienne des Français, les difficultés qu'ils rencontrent, ça ne l'intéresse que moyen. Mais quand même, il est obligé de revenir à ce sujet. Et notamment, le sujet principal, c'est l'inflation qui étrangle des dizaines de millions de Français.
Non, je leur dis qu'on traverse aujourd'hui une inflation qui est la conséquence de nos dépendances. Elle est en train de se diffuser, mais nous l'avons mieux maîtrisée que nombre de nos voisins.
Alors, il parle de dépendance, comme si finalement, tout était la faute de la guerre en Ukraine. Elle a bon dos. Ça lui évite de parler aussi des profiteurs de crise qui augmentent les prix, quand bien même ces secteurs d'activité n'ont rien à voir avec la guerre en Ukraine ou un quelconque contexte de crise internationale. Et c'est assez marrant, Emmanuel. Macron compare sans cesse les pays européens. On dit qu'on s'en est mieux sortis. Alors, effectivement, on a une inflation à 6%, mais il faut savoir que sur les prix alimentaires, c'est plus de 10%.
Il oublie de préciser que, par exemple, d'autres pays comme l'Espagne ou le Portugal ont fait beaucoup plus que la France pour contenir l'inflation, notamment en instaurant une taxe sur les super profits, en taxant les grandes entreprises du secteur de l'énergie ou même les crypto-monnaies. Et puis surtout, on a attendu des mesures qui ne venaient pas. Sur le blocage des prix, sur l'indexion des salaires sur l'inflation, qui étaient quand même les mesures attendues. Et non, Emmanuel Macron préfère nous faire la leçon et nous dire qu'à un moment, il faut être sérieux.
C'est pour ça qu'il nous faut être sérieux. Ce que je vous présente, ce n'est justement pas les prix administrés qui supposeraient dépenser beaucoup d'argent public, parce que derrière, comme on ne produit plus sur le sol, il faudrait dédommager les autres, ni un mécanisme où tout est ouvert. On cible les aides, on accompagne ceux qui en ont le plus besoin et on protège notre industrie. C'est ça, notre philosophie. Et donc, on utilise bien l'argent public. Comment on finance ces mécanismes ? On les finance grâce à ce que nous avons mis en place en européen, qui est cette fameuse taxation sur les surprofits ou cette rente que font certains producteurs.
Et donc, ce qu'on prélève sur celles et ceux qui font du profit en ce moment, parce qu'en fait, ils vendent l'énergie très chère, ce qui ne correspond pas à leur coût de production, on le redistribue dans ces aides.
Alors, Emmanuel Macron n'a pas toujours eu la même position sur les super-profits.
Alors, il nous a déjà fait le coup il n'y a qu'un jour, et là, il nous refait le coup. C'est-à-dire que pendant tout l'été, à l'Assemblée nationale, ils étaient vent debout contre les super-profits, les super-dividendes, en rejetant les amendements successifs. Là, il y a eu un amendement qui a été voté contre l'avis du gouvernement sur les super-dividendes. Le gouvernement est passé en force avec le 49-3 et a supprimé l'amendement. Et donc, ce qui s'est passé, c'est que, finalement, malgré toutes les rebuffades d'Emmanuel Macron, l'Europe a décidé de mettre un règlement en place qui taxe les super-profits. Alors, ce n'est pas autant qu'on voudrait.
Et Emmanuel Macron s'accapare, finalement, de ce qu'a fait l'Europe, alors que, finalement, il a toujours refusé cette taxation. Ça me fait penser à la phrase de Copteau qui dit que quand les choses nous dépassent, faînions d'en être l'organisateur. Alors, je crois qu'Emmanuel Macron, il y a beaucoup de choses qui le dépassent, et il essaye pathétiquement de faindre d'en être l'organisateur. Et puis, il y a quand même quelque chose qui est extraordinaire, c'est qu'il dit, moi, je crois au travail et au mérite. Il vante le travailler plus pour gagner plus. Mais, mon Dieu, Sarkozy sort de ce corps. C'est vraiment une politique libérale assumée.
On voit que Nicolas Sarkozy, non seulement les réseaux d'Emmanuel Macron sont proches de ce Nicolas Sarkozy, mais il reprend vraiment toute la doxa de ce qui est son maître à penser. D'ailleurs, son maître à penser, qui, malgré sa condamnation en prison, est encore envoyé par Emmanuel Macron pour représenter la France à des raisonnements officiels comme l'enterrement du Premier ministre japonais. Un génial ambassadeur. Voilà, un excellent ambassadeur des grandes valeurs qui portent les valeurs de la France. Et à un moment, quand même, au bout de 25 minutes, vient le moment qu'on attendait tous, puisque Emmanuel Macron est devenu un habitué.
Le moment où Emmanuel Macron sort son costume de représentant McKinsey et nous amène ses fameux graphiques.
On est en train de prendre cette vague, cette crise, le bateau traverse la tempête, je dis, on protège les plus faibles, on aide notre industrie.
On parle des retraites quand même, là.
On y vient, mais je recontextualise. Ça, c'est ce qu'on travaille. On a ensuite un modèle social. On protège plus que les copains. Pendant le Covid, on a plus protégé. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'on en est sorti plus fort, avec un taux de pauvreté qui ne s'est pas aggravé, avec une espérance de vie qu'on a retrouvée. Ça, c'est notre modèle social. Je voudrais... J'ai pris l'habitude maintenant d'apporter des petits graphiques. Oui, vos graphiques. Non, mais je vais essayer... Il faut que nos compatriotes comprennent comment on fait pour le financer.
Alors, c'est vraiment le coup du représentant McKinsey qui vous amène son PowerPoint et son magnifique graphique pour vous expliquer comment vous allez être plus pauvre. Vous allez être encore plus dans la misère. Et bien sûr, derrière ça, ça permet de justifier une pseudo-réforme des retraites, un pseudo-recul de l'âge de la retraite. Alors qu'il faut se souvenir qu'en 2017, il avait promis de ne pas décaler l'âge de la retraite. Et il y a quand même une donnée qui l'oublie d'oublier et qui le fin d'oublier, c'est l'espérance de vie en bonne santé qui est à 64 ans pour les femmes, un peu plus de 62 ans pour les hommes.
Alors en reculant l'âge de la retraite à 65 ans, beaucoup de gens seront morts avant d'atteindre la retraite. Et il se souvient aussi qu'une personne sur deux en France de plus de 55 ans ne travaille pas. Il y a une vraie difficulté d'accès à l'emploi pour le marché des seniors. Mais tout ça, évidemment, on n'a pas l'air...
Il y a même des plus jeunes, des étudiants qui galèrent aussi pour trouver des...
Les queues, on en souvient, des queues d'étudiants qui...
Mais même des jeunes actifs qui ont beaucoup de difficultés je crois à peu près deux ans pour décrocher un travail.
Voilà, mais ça n'a pas l'air d'inquiéter Emmanuel Macron qui déroule son quart d'heure de gloire. Et puis à un moment, même à force de prendre quand même les gens pour des imbéciles et de monologuer tout seul, même Caroline Roux, qui pourtant n'est pas forcément la plus punasse vis-à-vis d'Emmanuel Macron, finit par se fâcher.
Si on veut réussir, si on veut avancer, on n'a pas d'autre choix que de travailler davantage. Ça veut dire faire que nos jeunes accèdent plus facilement au travail. Quand je compare la France et l'Allemagne, le taux de participation de nos jeunes au marché du travail est plus faible. On a commencé à gagner la bataille avec la réforme de l'apprentissage.
Il faut qu'on parle de la réforme des retraites.
Mais j'y arrive, ne vous inquiétez pas, je n'éluderai rien.
C'est vrai qu'on parle aussi du travail des seniors.
Mais je vous remets tout dans perspective.
Il y a un moment donné, il va falloir que je pose des questions. Ça se tient.
Mais j'essaie de vous dire simplement que quand on a ce graphique et qu'on voit qu'on est en retard, c'est que nos jeunes travaillent moins que les autres.
Alors, c'est extraordinaire. Tu me dis si tu me déranges, parce que franchement, moi, je suis là, je suis bien avec mes graphiques, avec mes powerpans, en train de vous expliquer comment je suis le plus merveilleux et j'ai décidé pour tout le monde. Et alors, je sais qu'en France, on n'aime pas le Venezuela. On n'a jamais beaucoup aimé Chavez. Mais au moins Chavez, quand il parlait trois heures à la télé, il y avait des gens qui l'appelaient au téléphone et c'était un peu animé. Alors que là, Emmanuel Macron, il monologue pendant trois plombes. C'est quand même assez extraordinaire.
Alors, tu parles de déconnexion, souvent, Thomas. Et on a effectivement l'impression qu'Emmanuel Macron est complètement dans le déni de la réalité lorsqu'il parle quelques minutes plus tard de santé.
Alors, il est complètement à côté de la plaque. À aucun moment, il dit que sous son quinquennat, il y a 17 000 lits d'hôpitaux qui ont été supprimés. C'est peut-être à cause de ça que le système de santé est à bout de souffle. Et d'ailleurs, la seule solution qu'il propose, notamment pour résoudre le fait que 6 millions de Français n'ont pas accès à un médecin traitant, c'est de ne plus faire payer de cotisations aux médecins qui ont atteint l'âge de la retraite, c'est-à-dire leur permettre de travailler en gagnant plus. Mais derrière ça, il va faire en sorte que des médecins travaillent jusqu'à leur mort, ce qui est quand même... On va dire que c'est une avancée sociale.
Mais au-delà de ça, au-delà de la question de la santé, au-delà du thème des retraites qu'il a finalement déroulé sans beaucoup de contradictions, au bout de 40 minutes, on a insisté à un grand moment de colère jupitérienne comme seul Emmanuel Macron. on a le secret.
Est-ce qu'il s'est joué à 50 voix près, madame ? La motion de censure ? Non, mais j'ai entendu les déclarations triomphalistes de M. Mélenchon. À 50 voix près, on y était. Mais qui est ce on ? L'alliance, donc, de députés, je pense à leurs électeurs ce soir, socialistes, écologistes, communistes, LFI, avec ceux du Rassemblement National. Vous pensez que nos compatriotes qui ont voté pour un député socialiste ou écologiste, ils lui ont demandé de porter une majorité avec des députés du Rassemblement National et ils lui ont demandé de déposer une motion de censure qui a dessin, a été changée, a été changée par cette coalition baroque de la NUPS.
Qu'est-ce qui vous met en colère ?
Mais ce qui me met en colère, c'est le cynisme et c'est le désordre. C'est ça ce qui s'est passé. C'est qu'ils ont prouvé une chose, ils n'ont pas de majorité, mais ils ont surtout prouvé quoi ? Qu'ils étaient prêts, socialistes, écologistes, communistes et LFI, à se mettre main dans la main avec le Rassemblement National. Alors qu'il y a la guerre en Europe, qu'il y a la crise, qu'il y a le désarroi de tant de familles et qu'il nous faut être aux côtés des Français.
Bon, Macron dit que les oppositions n'ont pas de majorité, lui non plus, faut-il s'en souvenir ? Et puis il y a quand même une énorme fake news, c'est que Macron annonce que la motion de censure qui a été déposée par la NUPES et donc qui a été votée par les voix du RN aurait été modifiée pour enlever toute référence positive à l'immigration, donc pour complaire au Rassemblement National. Et en fait, l'humanité a débunké complètement cette fake news. Ils ont eu accès à tous les drafts, tous les brouillons de cette motion de censure et à aucun moment il n'y a eu une référence à l'immigration. Donc c'est une énorme fake news.
Et puis on ressort le rouleau compresseur, le vieux discours des libéraux, c'était déjà le cas dans les années 80 sous Chirac, c'est les extrêmes se rejoignent et finalement, le parti de l'ordre et tout ça est le seul capable à mener la France. Et on nous fait systématiquement le coup du barrage républicain. Ça a bien marché en 2017, ça a encore marché plus difficilement en 2022. Et là, on fait le coup du barrage pour justifier le recours au 49-3 en disant que finalement, si on recourt au 49-3 et qu'on fait un déni de démocratie, c'est pour lutter finalement contre ces extrêmes qui sont donnés main dans la main.
Alors Emmanuel Macron oublie quand même au passage de dire que c'est avec les voix de la Macronie que deux députés du Rassemblement national sont devenus vice-présidents de l'Assemblée nationale. Il y a certains amendements qui ont été votés main dans la main avec les voix du RN et celles de la Macronie comme ceux contre l'augmentation du SMIC. Hier encore, on supprimait 14 000 places d'accueil pour les SDF et c'est quand même un peu fort de café de parler de barrage vers l'extrême droite quand on est allé, le premier chef d'État est allé serrer la main à la présidente du Conseil éternel, Georgia Meloni, admiratrice de Mussolini.
Moi, j'ai envie de dire quelle indignité.
C'est vraiment quelle indignité. Et on constate que le barrage, il s'effrite au cours de l'interview puisque Emmanuel Macron va se mettre à parler des ressentissants étrangers, des expulsions de clandestins. Et là, on va voir que finalement, il reprend à son compte des thèses de l'extrême droite. À un moment, il conditionne l'aide au développement à la réadmission par les pays aidés de clandestins. Par exemple, il critique beaucoup l'Algérie qui refuse. Et c'est un thème développé par l'extrême droite, par Marine Le Pen, par Éric Zemmour.
À l'époque, quand Arnaud Montebourg avait parlé de l'éventualité justement de conditionner cette aide au développement à la réadmission de clandestins, ça avait fait tout un tollé. Et puis là, Emmanuel Macron en parle, en oubliant au passage que peut-être la vraie conditionnalité de l'aide au développement, ça devrait être le respect de la bonne gouvernance et des droits de l'homme. On sait quand même que la France, sous Emmanuel Macron, a eu l'habitude de distribuer des millions et des millions d'euros d'argent public à des dictatures en Afrique qui détournaient cet argent.
Pas plus tard qu'il y a quelques mois, on donnait 15 millions d'euros d'argent public français à la dictature tchadienne qui aujourd'hui tire sur sa population. Mais là où le barrage finit complètement de s'effondrer, c'est à ce moment-là. Quand on regarde
la délinquance, par exemple à Paris, où on a une forte concentration pour des raisons géographiques et d'organisation de cette délinquance, pardon, de cette immigration illégale justement. Oui, elle est très présente dans les faits de délinquance. Et donc oui, quand on regarde aujourd'hui la délinquance à Paris, on ne peut pas ne pas voir que la moitié, au moins, des délinquants, des faits de délinquance qu'on observe, viennent de personnes qui sont des étrangers, soit en situation irrégulière, soit en attente de titre, en tout cas dans des situations très fragiles, et qui viennent souvent de ces filières.
Alors on assiste là à un moment sidérant où Macron fait finalement du darmanin et reprend, alors il reprend non seulement les éléments de langage de l'extrême droite, mais en plus il donne des chiffres et on ignore complètement les sources.
Il multiplie complètement les fake news et là c'est plus un barrage qu'on construit contre le RN, c'est une autoroute où on ouvre la voie aux idées d'extrême droite et effectivement tout ça a été débunké puisqu'on s'est rendu compte qu'en 2021, 84% des 46 000 personnes qui ont été condamnées à la prison sont françaises et justement on est en train de récupérer des thèmes de l'extrême droite, des thèmes traditionnels sur la sécurité, sur la peur de l'étranger justement pour détourner les Français des vraies thématiques, des thématiques qu'Emmanuel Macron n'arrive pas à combattre ou ne veut pas combattre l'inflation, la vie chère, le pouvoir d'achat, les réformes de casse sociale qu'il a commencé à faire avec la réforme de l'assurance chômage et la réforme des retraites.
Alors pour finir, Emmanuel Macron en ce moment il ne se prend plus pour Jupiter mais il se prend beaucoup pour Vulcain, le dieu de la forge dans l'antiquité romaine. Alors en général, les gens qui se prennent pour des dieux romains on les retrouve plus entre quatre murs capitonnés qu'à l'Elysée mais bon passons. Il n'en reste pas moins que s'il connaissait vraiment, il avait un peu de culture la mythologie romaine, il saurait que Vulcain a fini jeté du haut de l'Olympe et peut-être devrait-il s'en souvenir.
Merci beaucoup Thomas.
Emmanuel Macron