L'interview : Fabien Roussel - 20/08
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, RMC, l'interview Rémi Barré. Mon invité ce matin, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, français candidat à l'élection présidentielle. Bonjour Fabien Roussel.
Bonjour Rémi Barré.
Merci d'être avec nous sur RMC, sur RMC tout simplement. Fabien Roussel, un interprète de l'armée française, qui avait travaillé avec nos soldats, a été tué en juin dernier à Kaboul. Exécuté, exécuté certainement sur ordre des talibans. Et ce matin, ces dernières heures, sur Twitter, sa famille a adressé un message indiquant qu'elle n'avait toujours pas été contactée par les autorités françaises. Emmanuel Macron a promis de tout faire, tout faire, pour rapatrier ceux qui ont travaillé avec nous. Est-ce que vous lui faites confiance ?
Mais je le souhaite et j'appelle véritablement à ce que le président de la République mette tout en œuvre pour pouvoir créer des conditions d'accueil en France, mais aussi dans l'Union européenne. La France va présider l'Union européenne d'ici quelques mois. Et il sera de sa responsabilité de faire en sorte que chaque pays, chaque nation prenne sa part et puisse accueillir, au nom de la Convention de Genève, ces personnes qui aujourd'hui fuient un régime fasciste. Car ce n'est rien d'autre que ça. C'est un fascisme islamiste qui martyrisent les femmes, briment les enfants, force au mariage les jeunes filles. Et donc, nous devons tout faire pour pouvoir les protéger.
C'est le sens de l'appel que j'ai lancé au président de la République. Enfin, 20 ans de guerre. 20 ans de guerre pour en arriver là avec des milliers de morts. Et je pense d'ailleurs aux familles des 90 soldats français qui sont tombés en Afghanistan. Que pensent-elles aujourd'hui ? Est-ce qu'elles ont été sacrifiées pour rien ? Oui, nous devons tout faire, tout faire, pour éviter que ce régime fasciste s'installe dans ce pays. Il faut s'attaquer au réseau financier des talibans. Vous savez que l'Afghanistan est le premier pays producteur d'héroïne au monde.
90% de la production d'opium au monde, oui.
Mais oui, et donc, ils ont donc des réseaux financiers qui permettent d'alimenter leurs finances, leur budget. Il faut s'attaquer à ça. Ils passent par le Pakistan. Le Pakistan qui est le premier pays à les soutenir. Mais il faut pouvoir aussi s'en prendre par les voies diplomatiques, politiques, faire pression sur ces pays.
Et est-ce que, par exemple, certains évoquent cette hypothèse et le réclament. C'est notamment le cas de l'ancien ambassadeur d'Afghanistan en France, un tout récent ancien ambassadeur, qui réclame que la France prenne des sanctions contre le Pakistan. Est-ce qu'il faut aller jusque-là ?
Oui, oui, parce que nous voyons bien que les interventions militaires, faire pleuvoir des tonnes et des tonnes de bombes livrées des armes, n'ont pas conduit à installer un régime démocratique dans ce pays. Et donc, ce sont les moyens diplomatiques, politiques, qui vont permettre, je les souhaite, d'empêcher ce régime de s'installer. Et le Pakistan est le premier allié des talibans de ce régime islamiste. Il faut donc pouvoir aussi faire pression sur le Pakistan. Il ne faut leur laisser aucun espace. Il faut s'imaginer que l'on peut avoir dans cette région du monde les mêmes régimes que ceux que l'on a connus en 40 en Europe.
Donc, c'est à ce niveau-là qu'il faut mettre l'engagement et la pression de la communauté internationale.
Une autre question, Fabien Roussel, en ce moment, il y a un homme en Afghanistan, pas qu'un, mais lui est connu, c'est Ahmad Massoud. C'est le fils du commandant Massoud qui résiste toujours aux talibans dans son fief de la vallée du Panjshir. Il a lancé deux appels solennels à la France et à Emmanuel Macron pour lui venir en aide. Il appelle les Afghans à venir le rejoindre pour résister aux talibans. Et il demande à la France du ravitaillement, des armes, des munitions. Est-ce qu'il faut aider matériellement, Ahmad Massoud ?
Écoutez, je ne sais pas si ce sont des armes qu'il faut livrer au commandant Massoud là-bas. Je vous le dis sincèrement. Je ne sais pas si c'est ça aujourd'hui la priorité. La priorité aujourd'hui, c'est de mettre la pression la plus forte de l'ensemble de la communauté internationale, avec l'ONU, sur le Pakistan. C'est de tarir les réseaux financiers qu'utilisent les talibans pour financer leur installation dans ce pays. C'est s'attaquer au trafic de drogue. On connaît ces réseaux financiers. Ils passent par des banques qui ont pignon sur rue. Et donc, n'est-ce pas par là qu'il faut commencer d'abord avant de livrer des armes ?
On voit bien que les armes qui ont été livrées par cargo entier dans ce pays n'ont produit que misère et pauvreté. C'est la pauvreté sur laquelle grandit aujourd'hui ce régime islamiste. Il faut leur permettre de se développer. C'est de l'aide alimentaire aujourd'hui dont ont besoin la majorité des afghanistans. C'est d'ailleurs le conseil de sécurité de l'ONU qui disait, qui rappelait qu'il faut aujourd'hui des couloirs humanitaires. Il y a 18 millions d'Afghans, la moitié de la population, qui risquent d'être affectés par une crise humanitaire importante. C'est ça l'urgence, à mon avis.
Fabien Roussel, tout à l'heure, pour en revenir aux réfugiés afghans, nous parlions de tous ceux qui ont travaillé avec la France et qu'il faut rapatrier. Et ça, c'est une promesse qui a été faite par Emmanuel Macron. Mais il y a tous les autres, les femmes, les intellectuels notamment, qui réclament à quitter le pays pour fuir les talibans. Ils se disent en danger. Vous avez vu ces scènes comme tout le monde sur l'aéroport de Kaboul. Chaotique, dramatique de ces centaines d'Afghans tentant de s'accrocher à des avions qui étaient en train de décoller. La Grande-Bretagne, le Canada ont d'ores et déjà annoncé qu'ils étaient prêts à accueillir 20 000 Afghans chacun.
En France, on n'a pas donné de chiffres. Est-ce qu'il faut accueillir massivement des Afghans qui fuient ce régime des talibans ?
Chaque pays, chaque nation du monde doit prendre sa part. Y compris la France. Mais bien sûr, y compris la France. Même si c'est plusieurs dizaines de milliers de personnes. Je ne comprends pas la phrase malheureuse du président de la République qui, tout de suite, a mis des precautions oratoires en parlant de ces flux migratoires irréguliers qui pourraient permettre à des Afghans d'envahir. Mais enfin, on a là affaire à des Afghans qui, justement, fuient un régime fasciste. Rappelons-nous ce que les Français ont vécu en 1940 quand nous avons subi l'invasion allemande-nazie. Et donc, il y a eu des cohortes de réfugiés français qui ont pu être accueillis en Europe.
Aujourd'hui, c'est du même niveau dans cette région du monde. Et donc, c'est l'ensemble de la communauté internationale qui doit prendre sa part. Et aujourd'hui, j'entends des maires de nos communes en France, des maires communistes, socialistes, écologistes, de grandes communes d'ailleurs. Je pense à Ivry, Marseille, qui appellent à accueillir, qui sont prêts à accueillir des familles. Et donc, mobilisons ces moyens. Recensons la possibilité pour notre pays de pouvoir accueillir, créons ces conditions d'accueil. La France est le premier pays au monde à avoir inscrit dans sa déclaration le droit d'asile. C'était en 1789.
C'est donc indigne que le président de la République ait pu dire qu'il fallait se protéger de flux migratoires quand un pays comme l'Afghanistan subit aujourd'hui une menace fasciste comme celle que nous, nous avons pu vivre sous une autre forme dans les années terribles, les années de guerre.
Fabien Roussel, la crise sanitaire à présent, depuis plusieurs week-ends maintenant, plusieurs samedis, plusieurs centaines de milliers de Français défilent contre le pass sanitaire ou plus largement, pour certains en tout cas, contre le vaccin, contre la vaccination, ce qu'on appelle les anti-pass, les anti-vax. Qu'est-ce que vous pensez de ces mouvements ?
D'abord, aujourd'hui, le seul moyen de nous protéger contre cette pandémie, c'est le vaccin. On peut tourner autour du pot, imaginer toutes les théories possibles, mais si la pandémie tue aujourd'hui, elle tue très majoritairement des personnes non-vaccinées. Et pas seulement des personnes fragiles atteintes de comorbidités. On le voit dans les statistiques, comme il y a de plus en plus de monde de vaccinés, y compris chez les plus fragiles, ceux qui rentrent à l'hôpital sont des non-vaccinés et des jeunes.
La moyenne d'âge en ce moment hospitalisée, c'est 57 ans.
Oui, cette moyenne d'âge, elle diminue. Largement, oui. Et je ne pense même pas à ces personnes qui en meurent, qui sont en réanimation. Je pense aussi à celles qui sont en pleine santé, qui vont l'attraper parce qu'elles ne sont pas vaccinées, et qui sont atteintes de Covid long. Le Covid long fait énormément de dégâts. On estime à 10% le nombre de personnes contaminées qui seront atteintes d'un Covid long. Donc, il faut se vacciner.
Donc, voilà, il faut se vacciner, Fabien Roussel, ça c'est clair de votre part. Le pass sanitaire, c'est une bonne idée ?
Je regrette que le président de la République se soit mis dans une telle situation qu'aujourd'hui, sa parole est décrédibilisée, et qui fait qu'il soit obligé de mettre en place des passes sanitaires, d'ailleurs le plus dur, le plus strict qui existe dans l'Union européenne. Un pass sanitaire qui menace de licenciement des personnes qui ne seraient pas vaccinées d'ici là quelques jours. Eh bien, il aurait fallu créer de la confiance, du dialogue, du travail ensemble. Je suis partisan de ceux qui pensent que, oui, un vaccin doit être rendu obligatoire quand il s'agit de protéger la population au nom de l'intérêt général, au nom de l'intérêt collectif.
Et donc, qu'il y ait des mesures qui incitent à vacciner largement la population, c'est indispensable. Mais voyez-vous, si j'avais été président de la République, une des premières mesures que j'aurais prises, c'est de demander la levée des brevets sur les vaccins, les transferts de technologies, et de pouvoir produire en France un vaccin public, avec la plus grande transparence sur ce vaccin. Aujourd'hui, ce vaccin est produit par des firmes pharmaceutiques dont l'objectif unique est de gagner de l'argent. Ça aussi, ça crée du trouble et de la défiance, alors qu'il faut de la confiance. Donc, cette société de confiance, nous en avons besoin.
Et aujourd'hui, ce n'est pas celle-là qui existe dans notre pays.
Vous venez de le dire, Fabien Roussel, si vous aviez été président de la République, vous êtes candidat à la prochaine présidentielle de 2022. Il n'y aura pas de candidature unique à gauche. Cette année, vous partez sans soutenir la France insoumise. Si jamais, en 2022, il y a une alternance à Emmanuel Macron, elle ne sera donc pas de gauche.
Pourquoi ça ?
Je ne suis qu'un pauvre journaliste et je me fie aux enquêtes d'opinion et aux sondages. Il va être difficile quand même. Vous n'êtes pas, Rémi Barret, vous n'êtes pas un pauvre journaliste.
Vous vous interrogez comme beaucoup de concitoyens. Je sens pointé chez vous l'inquiétude. Qu'il n'y ait pas de candidature.
Fabien Roussel, soyons concrets. À l'heure d'aujourd'hui, vu comment la gauche part au combat, il va être bien compliqué quand même pour l'un des candidats. Même si c'est difficile de faire des projections. Je le sais, bien des choses peuvent se produire, mais il va être difficile quand même de dégager un outsider de gauche.
Non mais écoutez, cette élection, elle est importante et de nombreux de nos concitoyens, de nombreux Français participent à cette élection. On voit qu'il y a de plus en plus d'abstentions, mais à l'élection présidentielle, les Français se déplacent. Ils ont envie que ça change. Laissez-leur choisir. Pourquoi dire d'avance qu'il n'y aura pas de candidat de gauche à l'élection présidentielle au second jour ? Ça sera dispersé. Mais tous les pronostics qui ont été faits sur ces six, sept dernières élections depuis 1974, tous les pronostics des élections présidentielles, six mois avant, ont tous été bousculés. Tous. Tous.
Alors, laissez chaque candidat présenter son programme, ses propositions, et laissez les Français choisir en fonction de ce programme. Ils ont envie que ça change. Et je sens bien qu'ils n'en peuvent plus de la politique du président des riches de Macron. Sa parole est décrédibilisée, y compris, elle empêche d'avoir une véritable démocratie sanitaire et de santé publique s'installer dans le pays. Ils ne veulent plus de l'extrême droite. On l'a vu aux dernières élections, parce qu'ils ne parlent que d'immigration et attisent la haine entre nos concitoyens alors que nous avons besoin d'unité et de fraternité. Et il y a une aspiration au changement qui est forte.
La gauche doit donner cet espoir. Et ma candidature s'inscrit là-dedans. Je souhaite, moi, parler du travail, de pouvoir d'achat. Je souhaite que les richesses que nous avons dans ce pays soient mises au service du pays, de la santé et de notre jeunesse. Je souhaite protéger le travail des Français. Merci. C'est le sens de ma candidature et c'est pour ça que nous voulons créer cet espoir dans notre pays.
Nous sommes pris par le temps, Fabien Roussel. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, secrétaire national du Parti communiste français. Mais vos idées, on pourra les trouver le 2 septembre prochain avec l'apparition de Ma France, notre livre qui paraît aux cherches midi. RMC, 8h55. Merci à tous d'avoir été avec nous. J'ai été ravi de passer ces 15 jours avec vous. Dès lundi, ce sera le grand retour d'Apolline de Malherbe. Pour ma part, je vous retrouverai tous les jours entre midi et 15h avec Estelle Denis.
Fabien Roussel