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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 2 septembre 2022 40 minComplaisantFond programmatiqueEnvironnement & énergieAgriculture & alimentationSolidarités & familleInstitutions & élections

La forêt : nouvelle grande cause commune

Au micro : Guillaume ErnerSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 89 %Attaque 5 %Défensif 7 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:45OuverteRéponse directe

    Décrivez-nous ces arbres majestueux qui nous entourent.

  • 2:33OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous dites qu'elle a beaucoup souffert suite à la canicule ?

  • 3:32OuverteRéponse directe

    Quels sont-ils ? Est-ce que vous pouvez nous les décrire, ces oiseaux ?

  • 4:28OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez vu des conséquences de ces politiques-là ?

  • 5:01OuverteRéponse directe

    Une forêt primaire, ça existe encore en France ?

  • 5:31OuverteRéponse directe

    Comment a-t-on abouti à ce paysage avec ces grands arbres ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:07InvitéFait
    « C'est probablement une des montagnes les plus à l'ouest des Alpes. »
  • 1:13InvitéFait
    « ce qui fait qu'il y a évidemment une richesse floristique tout à fait étonnante. »
  • 3:11InvitéFait
    « C'est déjà l'automne, alors que la végétation devrait être encore bien verte au début septembre. »
  • 3:39InvitéChiffre
    « on va retrouver un peu plus d'une centaine d'espèces. »
  • 3:53InvitéFait
    « Parmi les espèces qui nichent en falaises, on a l'aigle royal, par exemple, ou le faucon pèlerin, »
  • 4:41InvitéFait
    « ces populations, elles sont petites, elles sont fragiles, »
  • 5:03InvitéFait
    « Il y a certains lieux, mais ça va être des toutes petits espaces. »
  • 5:50InvitéFait
    « Évidemment, il y a eu tellement de propriétaires différents. »
  • 6:42InvitéChiffre
    « il y en a plus de 200 espèces dans la forêt qui ont été recensées. »
  • 6:51InvitéChiffre
    « Les plantes à fleurs, c'est 1250. »
  • 6:54InvitéChiffre
    « Et les champignons, pour l'instant, on en est à 500 espèces. »
  • 8:46InvitéFait
    « le manque d'eau, forcément, les oiseaux, même la faune en général, a souffert de ça. »
  • 8:56InvitéFait
    « Beaucoup d'espèces peuvent mettre un terme à leur reproduction parce qu'ils ont un manque d'eau total »
  • 9:10InvitéFait
    « On a des espèces, par exemple, sur les migrateurs qui sont partis bien plus tôt cette année qu'elles ne partent d'habitude, »
  • 11:22InvitéFait
    « la flore autochtone, la flore qui compose les forêts, évidemment, est là depuis bien plus longtemps que les plantations que l'homme a pu faire. »
  • 38:47InvitéChiffre
    « il faut aussi rappeler que 2400 hectares, c'est immense. »
  • 39:22InvitéFait
    « la problématique de la fréquentation aussi peut amener des risques d'incendies supplémentaires »
  • 39:28InvitéFait
    « le fait que l'impact de l'homme sur l'environnement, le fait qu'on soit présent peut amener des risques supplémentaires aux incendies. »

Temps de parole

  • Présentateur29 %
  • Invité23 %
  • Invité 220 %
  • Invité 319 %
  • Invité 49 %

1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Dans les matins, nous avons décidé de vous permettre de vous réveiller au milieu de la forêt, au milieu de la forêt dessous. Après un été où nous sommes beaucoup inquiétés sur l'état des forêts françaises, suite aux incendies, suite à la canicule et à la sécheresse, on a décidé de parler des arbres, de parler des oiseaux et nous sommes en compagnie de Rémi Mettet. Bonjour, vous êtes chargé de mission à LLPO Auvergne Drôme, vous êtes ornithologue. Votre travail consiste à suivre les oiseaux, notamment les oiseaux qui sont autour des falaises qui nous entourent. Et puis à côté de vous, Luc Garraud, bonjour.

Vous êtes botaniste au Conservatoire Botanique National Alpin, vous êtes chargé de la connaissance et de la préservation de la biodiversité. J'aimerais tout d'abord, Luc Garraud, que vous nous disiez où nous sommes et ce que l'on voit. Décrivez-nous ces arbres majestueux qui nous entourent.

0:53
Invité

Oui, c'est important de resituer la forêt de Sous, qui est d'abord une montagne avant d'être une forêt. Et c'est une montagne particulière qui est orientée est-ouest sur la vallée du Rhône. C'est probablement une des montagnes les plus à l'ouest des Alpes. Et cette montagne, elle a 1000 mètres de dénivelé et d'amplitude altitudinale, ce qui fait qu'il y a évidemment une richesse floristique tout à fait étonnante. On est dans les Préalpes du Sud, on est dans le massif du Diwa, tout ça, ça fait de la géographie et évidemment le département de la Drôme.

1:25
Présentateur

Alors il y a beaucoup de ronces, d'ailleurs faites attention parce que vous allez reculer dans les ronces. Il y a des ronces, il y a de grands arbres, il y a beaucoup de cèdres, de sapins.

1:33
Invité

Qu'est-ce que l'on voit à côté de nous ? Décrivez-nous ces arbres, Luc Garraud. La forêt, il y a un versant sud et un versant nord, évidemment. Un versant sud, c'est une chênais avec des buies et un versant nord, c'est une hétraie avec des sapins. Voilà, déjà, on pose le décor, ainsi de suite. Il y a une végétation aussi sur les falaises. Et là où nous sommes, nous sommes juste en lisière, comme ça, de la hétraie sapinière. Et ce qui fait la forêt, c'est aussi toutes les plantes herbacées, les arbustes, ainsi de suite. Tout ça, c'est la dynamique de la forêt. Et donc là ici, on est dans un roncier. Alors évidemment, ça paraît bizarre, les ronces sapiques.

C'est vous qui m'avez emmené ici, vous vouliez être dans les ronces. On peut s'en débarrasser, mais là où je suis, il y a au moins 5 ou 6 espèces qui se côtoient et qui servent évidemment à la dynamique de la forêt pour préparer les arbustes qui s'installent, le buis, le sureau, le frêne, qu'est-ce qu'il y a d'autre comme notre espèce ? Le tilleul qui est ici, en lisière, le grand tilleul, ici, l'if aussi qui s'installe. Il y a beaucoup d'espèces, il y a beaucoup d'essence déjà.

2:32
Présentateur

Vous qui êtes un spécialiste lorsque vous voyez cette forêt, est-ce que vous dites qu'elle a beaucoup souffert suite à la canicule ? Est-ce que vous repérez qu'il y a quelque chose de particulier qui s'est déroulé cet été, Luc Garraud ?

2:44
Invité

Moi, je ne pourrais pas le dire là comme ça, parce qu'évidemment, il faut toujours poser des jalons pour savoir ça. On fait ça évidemment sur toutes les Alpes pour comprendre la dynamique et la transformation de la végétation en fonction du réchauffement climatique. Ça ne se voit pas en voiture comme ça, en passant à toute vitesse, ce n'est pas possible. Mais on voit chaque année, évidemment, des arbres qui sont, spécialement cette année, des arbres qui d'habitude sont très résistants au sec, comme le chêne, comme le buis, d'être beaucoup plus colorés déjà à cette époque-là. C'est déjà l'automne, alors que la végétation devrait être encore bien verte au début septembre.

3:15
Présentateur

Et puis, alors, les oiseaux sont réveillés. Et là aussi, Rémi Mettet, vous qui êtes particulièrement spécialiste des oiseaux qui sont nichés dans ces falaises, j'en vois une d'ailleurs là-bas. Il y a ici un véritable refuge pour les oiseaux. Quels sont-ils ? Est-ce que vous pouvez nous les décrire, ces oiseaux ?

3:35
Invité

Alors, bah oui. La forêt de sous, déjà, c'est un bel endroit pour l'ornithologie, puisqu'on va retrouver un peu plus d'une centaine d'espèces. Alors, tout confondu, que ce soit des espèces qui soient nicheuses ou qui soient hivernantes ou migratrices. Et on a la chance encore ici d'avoir une belle forêt et aussi des belles falaises qui abritent des espèces menacées. Parmi les espèces qui nichent en falaises, on a l'aigle royal, par exemple, ou le faucon pèlerin, qui eux sont des espèces assez rares et qu'on retrouve ici, on va dire, en abondance plus ou moins, mais qui sont bien présents dans ces falaises.

4:07
Présentateur

Eux, aujourd'hui, ils sont largement protégés. Il y a quand même beaucoup de choses qui sont faites pour que les oiseaux puissent mener une vie tranquille.

4:14
Invité

Alors oui, ici, ils sont protégés par la loi. Et puis après, il y a de la surveillance qui est mise en place sur ces individus-là pendant la période de nidification, pour savoir où est-ce qu'ils nichent, quand est-ce que les jeunes vont s'envoler, pour qu'ils soient le plus tranquilles possible vis-à-vis de la présence humaine.

4:28
Présentateur

Est-ce que vous avez vu, justement, des conséquences de ces politiques-là ? On a évoqué les espèces menacées. Ça n'est pas le cas, aujourd'hui, de ces oiseaux qui nous entourent ?

4:38
Invité

Alors, elles sont quand même considérées encore comme menacées, parce que ces populations, elles sont petites, elles sont fragiles, et elles peuvent être vite perturbées par de simples présences sur les sites de falaises. Mais après, on va dire qu'elles sont quand même bien prises en considération par tous les acteurs qui tournent autour de ce milieu-là.

4:56
Présentateur

Luc Garot, donc ici, cette forêt qui nous entoure, ça n'est bien sûr pas une forêt primaire. Une forêt primaire, ça existe encore en France ?

5:03
Invité

Il y a certains lieux, mais ça va être des toutes petits espaces. Les lieux de falaises, les falaises verticales, on appelle ça des forêts verticales, ça existe, avec ces fameux genévriers rouges qui apparaissent comme ça sur toute la falaise de la forêt dessous. Là, on peut dire qu'il n'y a pas eu vraiment d'occupation humaine ou de transformation radicale. Mais le reste de la forêt, évidemment, est une forêt qui a été, depuis très longtemps, occupée.

5:26
Présentateur

Occupée, exploitée. Exploiter, là aussi, les essences, les arbres qui nous entourent, est-ce qu'ils sont liés, la conséquence directe d'une sélection humaine pour pouvoir utiliser le bois ? Comment a-t-on abouti à ce paysage avec ces grands arbres, ces cèdres et ces sapins ?

5:45
Invité

C'est la grande difficulté de déterminer ce qui est naturel et ce qui ne l'est pas, ici, sur cette forêt. Évidemment, il y a eu tellement de propriétaires différents. Au départ, c'est une forêt qui sert à l'exploitation, mais il reste encore des jolis lambeaux de nature. Alors, évidemment, il y a eu des sélections, il y a eu des plantations. On a gardé le hêtre, on a enlevé le sapin, on a gardé le sapin. C'était une bonne chose ? C'est l'exploitant qui a décidé ça, c'est le gestionnaire qui décide ça. Mais le botaniste, qu'est-ce qu'il en pense ? Le botaniste, plus c'est naturel, mieux c'est, bien entendu.

Moins il y a d'exploitation, plus c'est intéressant pour lui parce que la nature, c'est comme ça que ça fonctionne. Alors, évidemment, là, il faut faire avec. Il faut faire avec. On est dans un lieu qui est géré, comme ça. Et donc, évidemment, qu'on voit bien des transformations.

6:25
Présentateur

Je vous propose qu'on marche.

6:26
Invité

Et alors, on marche sur de la mousse.

6:28
Présentateur

Alors, je sais que vous attirez particulièrement l'attention des visiteurs sur la mousse. Pourquoi est-ce si importante cette mousse que l'on trouve ? Elle est sous nos pieds, d'ailleurs.

6:38
Invité

Alors, on ne dit pas la mousse, on dit les mousses. Ah, je suis désolé. Faites attention à avancer. Je dis ça parce qu'il y en a plus de 200 espèces dans la forêt qui ont été recensées. Les plantes à fleurs, c'est 1250. Et les champignons, pour l'instant, on en est à 500 espèces. Mais vraiment, c'est vraiment le début, le monde des champignons. Il y a beaucoup de botanistes qui sont passés, mais pas suffisants. Alors, les mousses, alors là, on se retrouve sur un petit muret. Vous voyez, des espèces, plusieurs espèces qui vont être cantonnées sur le rocher. Il y en a d'autres qui vont se servir des écorces pour pousser, et ainsi de suite.

D'autres qui vont être dans les rochers du ruisseau qui est à sec, là, en ce moment. Mais c'est d'autres espèces à chaque fois. À chaque fois, il y a un habitat différent pour des espèces différentes. Elles servent à quoi ? Je sens que ça ne va pas vous plaire comme question. Elles servent à quoi, les mousses ? D'abord, il n'y a pas beaucoup d'utilisation des mousses, même en pharmacopée ancienne, et ainsi de suite. Donc, ça, il y a très peu de choses. Je parlais pour les arbres. Pour ici ? Ah ben, pour les arbres, rien du tout. L'arbre sert simplement de support pour la mousse qui vit sa vie sur l'arbre, tout simplement, comme les lichens.

7:36
Présentateur

Et puis, les champignons, on a évoqué que la canicule pouvait au moins avoir un intérêt, c'est nous permettre d'avoir beaucoup de champignons. On m'a dit que ça serait une bonne année à CEP.

7:47
Invité

Ça, je ne sais pas du tout. Je ne sais pas s'il y en a ici. Vous ne voulez pas faire de prévision, vous ne voulez pas vous mouiller ? Le problème, c'est que je ne suis pas mycologue, donc je vais avoir du mal un petit peu à vous répondre. Mais oui, ça pourrait être intéressant, mais il faut venir en forêt de sous pour voir s'il y en a. Il faudrait qu'il y ait un petit peu d'eau.

Et ce qu'on voit là en ce moment, c'est que la petite pluie qui a eu, enfin, la pluie certainement pas assez suffisante ces derniers jours, redonne de la vigueur aux plantes qui ont vraiment souffert cet été, c'est-à-dire le fraisier, le petit fraisier sauvage, la prime verte qui commence déjà à démarrer, les feuilles de pissenlit qui ressortent déjà. Alors, on se dit, c'est quand même dingue que ça puisse déjà repartir aussi rapidement que ça.

8:22
Présentateur

Justement, Rémi Mettet, dans les phénomènes de canicule qui ont été particulièrement importants cet été ici, on imagine que les animaux souffrent, les oiseaux. Qu'est-ce que cela modifie pour leur mode de vie ?

8:35
Invité

Alors, c'est aussi compliqué de voir les effets sur cette sécheresse. Après, ce qu'on peut observer déjà, c'est que le manque d'eau, forcément, les oiseaux, même la faune en général, a souffert de ça. On voit que sur les petits points d'eau qui restaient, la faune était bien présente dans ces endroits-là. Alors, ça peut avoir plusieurs impacts, notamment sur la reproduction. Beaucoup d'espèces peuvent mettre un terme à leur reproduction parce qu'ils ont un manque d'eau total et donc, forcément, pas de jeunes à l'envol. On a des espèces, par exemple, sur les migrateurs qui sont partis bien plus tôt cette année qu'elles ne partent d'habitude, qui avaient parfois un mois d'avance.

Et ça, c'est certainement lié à la sécheresse, même si on ne peut pas l'affirmer totalement.

9:17
Présentateur

Et l'élévation des températures, est-ce que cela incite de nouvelles espèces à venir ? Est-ce que ça modifie, je ne sais pas, l'immigration, bref, les phénomènes que vous observez ?

9:28
Invité

Alors, oui, forcément, sur la partie réchauffement, on va dire que les espèces évoluent et certaines espèces vont apparaître dans les forêts, d'autres vont disparaître en fonction des étages où elles sont présentes dans cette forêt. Ici, c'est compliqué à dire, mais par exemple, on a une espèce qui est le pouillot-siffleur, un petit passereau insectivore qui est un migrateur, qui, lui, apprécie plutôt les zones fraîches de forêt, les combes bien fraîches. Et c'est vrai que ces zones remontent de plus en plus en termes d'altitude et peut-être qu'ici...

9:58
Présentateur

Ça veut dire que vous avez vu apparaître dans vos observations de nouvelles espèces ou alors plus d'une certaine espèce ?

10:04
Invité

Alors, oui, par exemple, dans des forêts comme ça, sur les piques, le pivert ou le piquet-pêche, qui sont des espèces plutôt de plaine, on les voit apparaître de plus en plus en zone d'altitude de montagne où elles étaient moins présentes avant et où aujourd'hui, elles retrouvent des habitats qui leur sont plutôt favorable.

10:18
Présentateur

C'est un lien aussi avec les insectes. Je sais qu'il y a des scarabées, des insectes assez peu communs ici. Est-ce que le fait, dans le même temps que certains insectes se raréfient, cela modifie la manière dont les oiseaux que vous observez vivent, Rémi Mettet ?

10:35
Invité

Forcément, les oiseaux sont tous liés à une nourriture, à un type de nourriture. Si cette nourriture disparaît, devient plus rare, forcément les oiseaux vont quitter ces sites de nidification ou autres.

10:49
Présentateur

Luc Garraud, il y a eu hélas beaucoup d'incendies en France. La forêt de Sous a été préservée, même si la Drôme ne l'a pas été totalement. Ces incendies, on les a beaucoup attribués à différentes causes, des pyromanes, il y a eu également des incidents qui ont provoqué ces incendies. Mais on a considéré, par exemple, que l'uniformité de certaines forêts était un facteur aggravant. Qu'en pensez-vous en tant que botaniste ?

11:17
Invité

En tous les cas, la flore autochtone, la flore qui compose les forêts, évidemment, est là depuis bien plus longtemps que les plantations que l'homme a pu faire. Alors évidemment, on plante des arbres, ils sont fragilisés, on connaît ça avec les tempêtes, les arbres qui tombent, et ainsi de suite. Le système racinaire est à peine ancré dans le sol, qu'au bout de 100 ans, c'est un arbre de production, donc l'arbre est plus fragile. Les feux ont toujours existé, la foudre, pour ce qui est des feux de la Drôme, dernièrement dans le Divois, c'est évidemment la foudre qui a malheureusement fait brûler plusieurs centaines d'hectares, je crois.

Eh bien, la régénération sera bien meilleure, bien entendu, avec des espèces autochtones. Mais il y a toujours des feux, mais c'est toujours très embêtant de le voir dans ce sens-là. Est-ce qu'il y a des espèces qui résistent mieux au feu que d'autres ? Alors ici, on sait qu'il y a des espèces qui sont liées au feu, en Méditerranée, mais là, on n'est pas en Méditerranée, on est quand même un petit peu en montagne méditerranéenne. On ne peut pas dire ici qu'il y a vraiment des espèces qui résistent mieux au feu, mais le feu, quand il passe, les pins, les résineux, avec la résine, évidemment, ça les grille complètement. Et la présence de l'homme, le fait que certaines forêts soient exploitées,

12:30
Présentateur

mais aussi sauvegardées, est-ce qu'on peut faire quelque chose pour prévenir ces incendies,

12:37
Invité

ou bien essayer d'aménuiser leur violence lorsque ceci se produise ? Je crois que c'est un travail de forestier, et puis de préservation des forêts, avec tout un système qui est mis en place pour faire des zones de défends, pour éviter certaines fréquentations en forêt. Tout ce travail-là, évidemment, est fait. On en entend parler très très souvent, bien entendu.

12:57
Présentateur

Vous, en tant que botaniste, ces feux, j'imagine, sont une catastrophe. Ça peut être aussi l'occasion de repenser la forêt, si on devait imaginer des choses pour que ces feux se reproduisent avec une gravité moindre ? Qu'est-ce que vous préconisez ?

13:12
Invité

C'est vrai que c'est un joli laboratoire pour observer comment une forêt se régénère naturellement. Alors, qu'est-ce qu'il faut planter ? Quelle essence ? Est-ce qu'on laisse la forêt se replanter toute seule ? C'est plutôt cette solution que moi, je préconiserais, évidemment. C'est-à-dire de laisser faire les choses ? Ah ben, de laisser faire les choses. La nature, elle est là depuis bien plus longtemps que nous. Alors, on essaye des choses. Des fois, ça marche. Des fois, ça marche pas.

13:33
Présentateur

Et alors, dans ce cas-là, les espèces dominantes que l'on voit ici, parce qu'on assiste quand même à une certaine uniformité, il y a beaucoup de sapins. On voit quand même qu'on a des dominantes fortes autour de nous.

13:44
Invité

Oui, bien sûr, bien sûr. Là, il y a des dominantes fortes. Évidemment que les espèces autochtones, elles sont vraiment adaptées pour reconnaiser cette forêt si elle a subi des incendies.

13:56
Présentateur

Aujourd'hui, Rémi Mettet, en tant qu'ornithologue, on est entouré de ces falaises où se nichent certains oiseaux. Quelles sont les missions prioritaires pour vous ? Quel travail demeure à accomplir ?

14:06
Invité

Nous, aujourd'hui, l'objectif, c'est quand même de préserver ces sites de nidification-là pour les espèces. On parlait des falaises, mais c'est valable aussi pour toutes les autres espèces en milieu forestier aussi. Donc, moi, je vais rejoindre totalement ce qui a été dit avant. C'est notamment lié à la pratique et à la présence humaine dans ces milieux-là où on va essayer de diminuer au maximum notre impact sans l'arrêter parce qu'il faut quand même vivre et profiter de ces endroits-là. C'est important. Mais voilà, des choses toutes simples.

Par exemple, quand on est sur des sentiers, éviter de sortir des sentiers et d'aller dans des ronciers ou de traverser les forêts, de pénétrer dedans parce que c'est des lieux d'nidification pour les oiseaux, mais c'est aussi des lieux de refuge pour les mammifères. Il y a tout un tas d'espèces qui sont présentes là-dedans. Et si on leur offre des zones de refuge, forcément, la cohabitation passera certainement mieux.

14:54
Présentateur

On continue de marcher dans cette forêt. Il y a là-bas un parc qui a été planté. Luc Garot, on voit que les espèces ne sont pas les mêmes. On voit que la nature a été travaillée différemment parce que dans cette forêt, il y a beaucoup d'arbres qui ont été plantés pour l'exploitation du bois. Il y a eu aussi du pastoralisme. Ça, ça provoque une nature particulière. Si vous pouviez nous la décrire et nous en dire quelques mots.

15:23
Invité

Oui, alors cette nature, on le voit très rapidement quand on fait un panorama. Comme ça, on voit les espèces qui sont autour de nous. Il y a des espèces qui sont exogènes. C'est-à-dire qu'ils viennent d'ailleurs. Le cèdre, ici, le platane, bien entendu, qui vient dans le sud. Mais ça se mélange avec d'autres espèces. On a juste à notre gauche du charme qui est tout à fait naturel ici. Cet arbre qu'elle a ici, donc ça, c'est vraiment naturel. Donc tout ça, c'est ce doux mélange. C'est ça qui est complexe et difficile à comprendre. On arrive dans un milieu où tout est mélangé. Qu'est-ce qui est naturel ? Qu'est-ce qui ne l'est pas ?

15:53
Présentateur

Alors votre charme, il a beaucoup de parasites sur lui.

15:58
Invité

La mousse, non, non, non. Je suis désolé, c'est un terme à prendre. Je fais exprès. Ce ne sont pas des parasites, c'est un support. Donc le lierre là qui monte peut évidemment... Il est invasif quand même, votre camarade. L'embêter un petit peu, mais ce n'est pas très grave. Il a le droit aussi de pousser sur l'arbre. Les mousses, c'est exactement la même chose. Un parasite, on parlera du gui par exemple. Voilà ça, on a vraiment une plante qui est parasite, qui va chercher la sève sur l'arbre.

16:20
Présentateur

Le buis a beaucoup souffert en forêt dessous. Il a été victime d'une chenille. Où est-ce qu'il en est ? On voit qu'il y a des plants qui commencent à renaître.

16:28
Invité

On en a vu un petit peu plus haut, là au-dessus. Donc on voit bien que sur le tronc, les branches sont sèches. Et sur le tronc commence à réapparaître une végétation du buis qui est parfaitement naturelle ici, qui a subi la chenille de la pyrale du buis.

16:44
Présentateur

Complètement naturelle.

16:45
Invité

Le buis ne servait pas auparavant ? Ah si, il est planté, il est utilisé bien sûr.

16:50
Présentateur

Vous voyez, il n'est pas si naturel que ça, votre buis.

16:52
Invité

On est complètement dans l'air naturel du buis. C'est une espèce latée méditerranéenne, qui est une grande espèce. Donc il est complètement naturel sur les rochers ici. Après, comme je vous le dis, tout près de l'auberge des dauphins, on se retrouve avec du buis peut-être qui a été planté. Mais il est naturel juste au-dessus de nous. On est entre ces deux végétations. Une naturelle, une artificielle.

17:11
Présentateur

Les platanes qui nous entourent, qui participent de ce paysage des routes de France, les platanes, dit-on, sont souvent malades. Alors pas ceux-là. La maladie n'est pas montée jusque-là. Mais dans le sud, il y a beaucoup de questions qui se posent sur l'état de santé des platanes, Luc Garo.

17:29
Invité

Oui, alors là, je ne pourrais pas beaucoup vous en parler. Mais je sais qu'il y a eu beaucoup d'actions depuis déjà des dizaines d'années pour essayer de les soigner. C'est une maladie cryptogamique. Donc un champignon qui fait dessécher les feuilles. On voit ça au printemps très fréquemment sur les terrasses des places de café en Provence. Ces feuilles qui sont toutes recroquevillées et sèches. Je dis, mais en plein mois de juin, on a plein de feuilles sèches qui tombent comme ça, ainsi de suite. Donc on a essayé d'inoculer dans le tronc des produits, ainsi de suite. Je ne pourrais pas vraiment vous répondre sur ça. Mais on sait qu'il y a un souci sur les platanes.

18:03
Présentateur

Ça veut dire que, finalement, on l'a vu avec le buis, la forêt, elle se régénère. Elle a une force, elle a une résilience, comme on dit maintenant.

18:10
Invité

Oui, je pense qu'elle a une grosse résilience. Il n'y a pas de problème. Le buis, on le voit bien en ce moment. Là, il attrape des couleurs qui sont rousses, qui est tout à fait naturelle chez lui, de prendre un coup de soleil, carrément un coup de soleil en fin de saison. Mais cette année, on n'en a pas vu spécialement rouges. On a vu des jaunes. Et là, c'est bien plus inquiétant. Il y en a qui ont séché, carrément. C'est dû à la sécheresse. Et pourtant, c'est une espèce très, très résistant. Et il y a beaucoup de feuilles mortes autour de nous,

18:33
Présentateur

parce que, voilà, c'est déjà la fin de l'été. Merci beaucoup, Luc Garot. Vous êtes botaniste. On vous doit notamment Atlas écologique et floristique de la Drôme. Et merci à Rémi Mettet, chargé de mission et ornithologue. 7h09, les matins de France Culture, Guillaume Erner. Oui, il faut vous imaginer que nous sommes au milieu de 2300 hectares de forêts. C'est le plus vaste espace naturel sensible du département de la Drôme. C'est un site classé qui fait partie du réseau Natura 2000. C'est un site qui a une longue histoire, avec des premières traces de présence humaine avec les hommes préhistoriques.

Et l'on voit aujourd'hui toute l'évolution qui a été faite pour la retracer, pour essayer de comprendre quels sont les différents usages, quels sont les différents liens que l'homme a noués avec la forêt. Nous sommes en compagnie de Guillaume Emonot. Bonjour. Bonjour. Vous êtes responsable des publics de la maison de site L'Auberge des Dauphins. L'Auberge des Dauphins, nous y sommes. Il faut dire en quelques mots, Guillaume Emonot, ce qu'est cette auberge. C'est un étrange édifice.

19:47
Invité

Alors, cette auberge des Dauphins, aujourd'hui, c'est une maison de site, c'est-à-dire c'est une sorte de musée de la forêt qui explique un peu tous les secrets de la forêt et qui vient d'ouvrir cette année. Mais auparavant, la première histoire de cette auberge, elle date d'il y a un siècle puisqu'elle a été construite et inaugurée en 1930. Et c'était à l'époque, effectivement, une auberge, un hôtel. Elle a été voulue par le propriétaire de la forêt à l'époque, qui s'appelle Maurice Burrus, qui était un riche industriel alsacien. Un drôle de monsieur, philanthrope. Alors, un drôle de personnage, effectivement, parce que lui, il a fait fortune dans le tabac.

Et puis, en 1923, il voit des petites annonces dans le Figaro pour l'achat de la forêt de sous. Il l'achète en 1924 pour en faire une réserve de...

20:32
Présentateur

Il ne l'achète pas à n'importe qui, il l'achète à Crémieux.

20:34
Invité

Ah, alors, Crémieux, et c'était un tout petit peu avant, puisque Crémieux l'avait acheté en 1850. À l'époque, en 1923, c'est Charlie Maureen, un autre propriétaire, qui vend cette forêt. Et lorsque Maurice Burrus achète la forêt, il veut en faire une réserve de chasse. Et c'est son premier projet. Et finalement, pour différentes raisons, il change d'avis. Et il décide d'ouvrir la forêt au public et de bâtir, finalement, un complexe... Alors, c'est peut-être un grand mot, complexe, mais un dispositif touristique au sein de cette forêt.

Et en cela, il est assez pionnier du tourisme vert, avec, d'une part, la construction de cet aubergé dauphin, mais aussi deux tables de pique-nique, d'un petit pavillon, d'un circuit, etc., etc.

21:24
Présentateur

Et oui, alors, donc, ce bâtiment, l'OBH des Dauphins, est une sorte de réplique du petit trianon qui jure dans cette forêt, et même plus généralement dans cette région. C'est un lieu assez luxueux, avec des dorures, alors que le reste est, bien évidemment, très rural, qui marque une évolution importante de cette forêt. Nous sommes également en compagnie de Daniel Gilles. Bonjour, vous êtes conseiller départemental, vous êtes ancien maire de Sous, membre du comité de pilotage de Natura 2000, et à titre personnel, Daniel Gilles, vous êtes pratiquement né au cœur de cette forêt, vous en avez vu l'évolution. Qu'avez-vous perçu en matière, donc, d'histoire récente pour cette forêt ?

22:05
Invité

Bonjour, Guillaume Herner. Alors, concernant l'histoire de la forêt de Sous, moi, à l'échelle de ma vie, de mes 50 ans, j'en ai connu, en fait, j'ai baigné dans cette histoire de la forêt de Sous, puisque ma maman est née à Sous, et donc j'ai toute une traçabilité de mes aïeux sur la commune, donc beaucoup d'histoires me sont remontées, d'histoires paysannes, beaucoup, de la vie des personnes qui ont vécu dans cette forêt. On m'a beaucoup raconté l'histoire des charbonniers, l'histoire de la Syrie, l'histoire du tremblement de terre du début du XXe siècle, qui a coupé l'eau de la Vèbre, qui prenait sa résurgence en amont, du coup, toute l'économie de la forêt derrière s'est arrêtée.

Voilà, toutes ces échéances de l'histoire de cette forêt et des hommes dans cette forêt, qui ont été un marqueur important d'aujourd'hui, de ce qu'elle représente à l'échelle de la Drôme.

23:01
Présentateur

Il y a 50 ans, il y avait pratiquement 300 fermes dans cette forêt ?

23:06
Invité

Alors, non, je ne pense pas qu'il y en ait autant, mais il y avait, on peut dire qu'en 1850, il y avait 1900, il y avait 150 habitants dans la forêt de Sous. Aujourd'hui, il n'y en a plus. Il y a une quinzaine de fermes, à peu près, qui aujourd'hui sont en ruine, pour certaines. Et donc, toutes ces fermes avaient une activité paysanne, une activité soit pastorale, soit de culture. On a encore des vestiges de culture arboricole sur la ferme Fioc. On peut aussi trouver...

23:37
Présentateur

Qui est une ferme à côté d'ici.

23:38
Invité

Qui est juste à côté d'ici, oui. On a aussi des vestiges d'anciens bachats, de fontaines, de grottes bergeries dans les falaises de la Grèce. Bacha, qu'est-ce que c'est ? Bacha, c'est là où les sources déversaient l'eau pour faire boire les aliments.

23:52
Présentateur

Et donc, ce qui est important, c'est qu'on avait une activité. Cette activité, elle n'existe plus sous forme de ferme. Elle existe, malgré tout encore, sous forme de pastoralisme.

24:01
Invité

Oui, en effet. Chaque année, du 1er juin au 30 septembre, à peu près, on a plusieurs éleveurs qui montent en estive sur l'alpage des Trois-Becs. Et donc, c'est à peu près 700 brebis et des chiens de protection, ainsi qu'un éleveur et un berger qui montent chaque année, passer trois mois sur les Trois-Becs, pour à la fois nourrir les animaux, mais aussi l'impact de ces animaux sur le milieu permet aussi de régénérer ce milieu, de le maintenir ouvert et aussi de peut-être limiter les impacts que l'on a pu voir cet été avec du haut réchauffement climatique, des risques d'incendie sévère. Voilà, l'entretien des animaux sur ces milieux.

24:48
Présentateur

Chien de protection parce que, je ne veux pas aborder un sujet polémique, mais il y a des loups.

24:53
Invité

Oui, en effet. On est en zone de présence permanente, MUT, sur le site de la forêt de Souvée. Oui, en effet, oui.

25:00
Présentateur

Et les loups font des dégâts parmi les troupeaux. Guillaume Emono, cette forêt, elle a toujours été un habitat humain. Il y a des traces préhistoriques. Expliquez-nous un peu les premiers moments de cette forêt dessous.

25:14
Invité

Alors, pour remonter un peu dans le temps pour les premières traces humaines au sein de la forêt, il faut remonter au néolithique pour avoir un habitat permanent. Et encore, cet habitat permanent, il n'est pas au sein même du massif, au cœur de la forêt, mais à l'orée de la forêt, dans un lieu dit comme le Pas de l'Estan, donc à l'extérieur un peu du massif. Et là, on a effectivement des traces d'habitat permanent. Donc, on sait que dès le Mésolithique, et surtout au Néolithique, dès que l'homo sapiens s'installe et se sédentarise, il ouvre les milieux. Alors, ça peut être souvent par des incendies volontaires pour le pâturage.

Et dès, donc il y a 6000 ans, à peu près, et on pense que dès cette époque, les prairies des Trois-Becs, dont d'Altitude, dont vient de parler Daniel Gilles, étaient déjà présentes. Donc, il y avait déjà du pastoralisme. Ensuite, l'homo sapiens, forcément, va utiliser le bois, que ce soit pour le chauffage, que ce soit pour créer ses outils. Donc, le visage de la forêt, il y a 6000 ans, il faut imaginer qu'il était quand même relativement différent, et qu'il y était déjà, il y avait beaucoup de taillis, de futais, il n'y avait évidemment plus de forêts, de forêts, on dirait primaires. Et donc, l'homo sapiens, dès le moment où il s'installe, il va modifier complètement son environnement.

26:37
Présentateur

L'un des rôles de la forêt dès cette époque, et de manière postérieure, et de la forêt qui nous entoure, ça a été aussi d'offrir un refuge. Alors, ça a été le cas des protestants, peut-être ?

26:49
Invité

Oui, c'est ça. C'est que la particularité, en fait, de la forêt dessous, et du massif dessous, c'est que vous êtes dans une cuvette, et vous êtes, d'un côté, c'est un lieu de refuge, mais ça peut être aussi un lieu où on est bloqué, parce qu'il n'y a qu'une entrée, qu'une sortie. Et autant pendant les pestes, les épidémies de peste, mais aussi pendant les guerres de religion, elles servent de lieu de refuge. On a gardé la trace, par exemple, du camp de l'Éternel, où au XVIIe siècle, et notamment, une partie de la communauté protestante se réfugie ici, et fait un désert, en fait, ce qu'on appelait un désert, pour continuer à officier et pouvoir faire son culte, tout simplement.

Mais le danger, il y a le maquis aussi. Pendant la Seconde Guerre mondiale, plus récemment, en fait, on avait aussi un maquis. Et donc là aussi, la forêt est un lieu de refuge, à ce moment-là.

27:46
Présentateur

D'ailleurs, la ferme que vous évoquiez, Daniel Gilles, la ferme de Foc, qui est juste à côté, est une ferme qui a été incendiée à cette époque.

27:55
Invité

Oui, en effet, oui. Pendant la guerre, des fermes ont été incendiées. Et comme le disait M. Imono, la forêt de Sous a toujours été un lieu de refuge. Il y a eu aussi les protestants, les résistants, qui se sont cachés dans la forêt pendant la Deuxième Guerre mondiale. Et on a aussi eu une période où il y a des migrants italiens qui sont venus s'installer et qui ont fait beaucoup de... Avec la carrière de Kaolin, qui se trouve plus à l'ouest de la forêt, ils ont réalisé des porcelaines. Il y avait toute une industrie aussi qui se créait au sein de cette forêt de par les mouvements de population. C'était aussi un lieu qui était énormément traversé par l'école Porteur.

Il y a une route qui était prioritaire à l'époque, qui était la route qui allait à l'abbaye de Saint-Antoine, qui passait donc... C'est la route qui allait à Saint-Jean-Royant, passer dans le centre de la forêt, rejoigner le Pas-de-la-Motte, ensuite pour ressortir. Et il y avait un point d'étape qui était le village de la Selle, qui était autour d'un rocher à l'intérieur de la forêt, qui aujourd'hui est abandonné, qui est un lieu très discret.

29:04
Présentateur

Mais si on reprend justement l'histoire que vous venez de raconter, Daniel Gilles, ça veut dire que c'est la première fois dans l'histoire de cette forêt qu'aucun homme n'y habite, qu'aucun homme n'y travaille. Alors, qu'aucun homme n'y travaille, ce n'est pas complètement exact, mais en tout cas, c'est moindre qu'auparavant.

29:20
Invité

C'est moindre qu'auparavant, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, en termes d'activité économique, il y a l'exploitation forestière, qui est gérée aujourd'hui par l'ONF. Et puis, vous avez aussi l'activité pastorale, qui est une activité économique.

29:36
Présentateur

L'ONF, justement, on évoque beaucoup, notamment dans le contexte des feux de forêt, mais aussi plus généralement de la question écologique. On évoque les soucis de l'ONF, de l'Office National des Forêts. Qu'est-ce qui se passe ? À quoi sert l'ONF, Daniel Gilles ?

29:53
Invité

Alors, l'Office National des Forêts, aujourd'hui, pour ce qui est du massif de sous, elle a signé un contrat avec le département de la Drôme pour gérer toute l'exploitation et les coupes de bois qui sont au sein de cette forêt, avec un cahier des charges assez précis et assez pointu, c'est-à-dire qu'on ne fait pas de coupe blanche, de coupe rase. Tout le travail qui est réalisé dans cette forêt est réalisé vraiment à dose homéopathique, sous forme de taillite futée, c'est-à-dire qu'on va prélever des arbres par-ci, on ouvre une toute petite clairière, on va prélever des arbres par-là.

C'est vraiment un travail très précis qui est réalisé afin de vraiment respecter aussi tout l'environnement qui est autour, que ce soit les oiseaux, les mammifères, et nous au niveau du comité de pilotage Natura 2000.

30:46
Présentateur

Vous servez à quoi d'ailleurs Natura 2000 ?

30:48
Invité

Alors Natura 2000, c'est un réseau européen qui est constitué de différents sites à la fois terrestres et marins, et qui, pour ce qui nous concerne terrestres, nous permet d'assurer un suivi et la survie d'espèces à la fois végétales et animales.

31:08
Présentateur

Guillaume Emono, la dernière période de la forêt, ça a été une lutte pour que cette forêt ne devienne pas privée, puisqu'il a été question qu'elle devienne privée.

31:18
Invité

Dites-nous, dans quelles circonstances ? Le statut de la forêt, effectivement, de savoir à qui elle appartient, tout au long de son histoire, c'est très important. Et donc la dernière, alors si on est sur le XXe siècle, effectivement, Maurice Burrus, qui a construit cette auberge des dauphins dont on a déjà parlé, meurt en 1959, et ensuite il y a différents propriétaires privés, et le dernier propriétaire, c'est un consortium, c'est avec la COG Service et un consortium d'assurance. Parce que la forêt est un placement financier. Voilà, là c'est intéressant aussi, parce que c'est la forêt vue, effectivement, comme un lieu d'exploitation et de ressources, et un placement financier.

Alors il faut savoir que déjà, la forêt avait déjà un statut de forêt de protection, et était déjà classée site naturel, et ça depuis 1942. Donc ce qui veut dire que, quand même, il y avait un corpus législatif réglementaire qui était important pour ne pas faire n'importe quoi dans cette forêt. Ceci étant dit, le dernier propriétaire, donc justement, la COG Service et les AGF, ont souhaité à un certain moment faire fermer la forêt.

32:26
Présentateur

C'est un très vaste espace, parce qu'il faut rappeler, on est au cœur de... Voilà.

32:29
Invité

Donc c'est 12 km sur 3 km, c'est assez grand, effectivement. C'est pas un jardinet. Non, c'est pas un jardinet. Et souhaitent en faire simplement une chasse privée, et donc interdire la fréquentation du public et des habitants et des droits au mois à la forêt. Vous vous souvenez de ça, Daniel Gilles ? Ah oui, très bien, très bien. Je m'en souviens. J'étais jeune, adolescent. Je me souviens, c'était dans les années 90, 92. Il y a un grand mouvement qui s'est lancé qui s'appelait Forêt de Sous, Forêt Liberté, à l'époque. Il y a eu une association de citoyens droits au mois qui s'est levée contre ce projet de fermeture de la forêt de Sous au public.

Car, comme on l'a dit précédemment, Maurice Burrus, qui avait été propriétaire de la forêt, lui, au contraire, l'avait ouvert et en avait fait un lieu. Il était un peu précurseur du tourisme vert, comme vous l'avez dit. Et c'était devenu un lieu populaire, un lieu où les gens venaient le dimanche pour pique-niquer en famille. Et donc, le fait que cette société vaille fermer la forêt a créé un énorme mouvement. 1 000 personnes sont venues manifester en Forêt de Sous. Et derrière, la société a décidé d'arrêter le projet.

33:33
Présentateur

Alors, finalement, il n'y a pas eu de privatisation. Aujourd'hui, cette forêt appartient au département. Au département de la Drôme, depuis 2003. Mais se pose la question, cette fois-ci, du tourisme. Alors, c'est un tourisme ancien, puisque vous l'avez expliqué, Guillaume Emonot, cette forêt, elle a été pionnière. Il y a autour de nous, donc, on est dans une sorte de clairière et il y a une longue route de 28 kilomètres qui a été construite par Maurice Burrus pour créer ce qu'on n'appelait pas encore le tourisme vert. Et dès lors, cette forêt apparaît comme un des premiers lieux de ce tourisme-là en France.

34:10
Invité

Voilà, tout à fait. Avant même, finalement, cette piste, elle fait 28 kilomètres à peu près. Elle est construite dans les années 30. Maurice Burrus s'imaginait, dans ce dispositif touristique, d'une part l'auberge pour le restaurant, qui était un restaurant chic. Mais il avait imaginé et projeté même faire un pavillon, un belvédère au sommet des Trobecs. Et donc, il fallait pouvoir y accéder par cette piste goudronnée. Donc, l'idée, c'était que les gens viennent en voiture, puissent faire le tour et faire des petites balades. Et ça, c'est dès les années 30, avant même les congés payés.

Donc, en cela, c'est assez intéressant parce qu'il pense, il est assez précurseur, finalement, d'un rapport à la forêt. Il s'inscrit dans un rapport à la forêt qui est lié à la société de loisirs.

34:55
Présentateur

Ce qui est notre cas aujourd'hui, puisque cette forêt est redevenue un lieu touristique. Mais cette fois-ci, nos préoccupations sont autres puisque l'écologie impose un autre rapport à la forêt. avec Guillaume et Monod.

35:05
Invité

Tout à fait. Aujourd'hui, on fréquente la forêt pour se promener, pour faire du sport, etc. Donc, on a une fréquentation touristique et surtout des habitants de la Drôme qui viennent ici se ressourcer dans la forêt. Et ça, c'est un marqueur aussi du XXe, du XXIe siècle dans le cadre de cette société de loisirs. Mais aujourd'hui, effectivement, l'Auberger Dauphin, la nouvelle auberge, est dédiée à l'éducation et à l'environnement puisqu'il y a une réelle appétence du public pour comprendre où est-ce qu'on est, comprendre les milieux naturels, la biodiversité et les rapports entre géologie, milieu naturel et société humaine.

35:49
Présentateur

Mais alors, le touriste qui était jadis un personnage sympathique est devenu en partie, non pas inquiétant, mais Daniel Gilles, lorsque l'on considère cet individu dans un espace naturel, il peut aujourd'hui représenter une menace. Quelle menace ? Et comment faire pour à la fois permettre aux gens de profiter de ces lieux, s'ennuire à ces espaces naturels ?

36:13
Invité

Alors, je pense que déjà, il ne faut pas stigmatiser au niveau du tourisme parce qu'il n'y a pas que le tourisme, il y a aussi les acteurs locaux qui ont des activités dans cette forêt, que ce soit de l'escalade au VTT, à la randonnée, au trail ou autre. Et du coup, on est vraiment, nous, au niveau du comité de pilotage Natura 2000, très sensible justement. Aujourd'hui, on a en effet un ressenti de surfréquentation sur ce site, mais ce ressenti, il faut l'objectiver.

On a lancé une étude justement à ces propos pour vraiment objectiver les choses, mais aussi, ce qui nous paraissait très important, c'était d'écouter les acteurs locaux pour qu'ils nous fassent remonter les données et qu'on trouve aussi des solutions pour peut-être communiquer correctement, informer les gens correctement de quelle période, à quelle période est-ce que l'on peut pratiquer la forêt ?

36:59
Présentateur

Oui, parce que ça va très loin, parce que par exemple, il y a des parois d'escalade qui sont interdites parce qu'il y a des oiseaux qui nichent dans les falaises.

37:06
Invité

En effet, parce que les associations de grimpeurs comme le club alpin français sous Saint-Clinel a eu la démarche il y a déjà une dizaine d'années de protéger les voies d'escalade lorsqu'il y a des nidifications par exemple de faucons pèlerins. La LPO vient, fait des observations, il y a nidification, donc on ferme la voie le temps de la nidification. Et du coup, on arrive à protéger le secteur. Une fois que la nidification est terminée que les oiseaux sont repartis, on réouvre la voie. Et chaque année, au mois de février, les écogardes du service des espaces naturels sensibles du département de la Drôme sont là pour faire ces observations avec la LPO. Et du coup, on décide ou pas de fermer.

Et au niveau de toutes les activités aujourd'hui, toutes les pratiques, il faut qu'on arrive à cadrer les choses de façon à toujours mettre en finalité que nous sommes dans un espace naturel sensible. C'est la priorité des priorités.

37:55
Présentateur

Ce qui veut dire, Guillaume et Bruno, qu'il y a une double aujourd'hui priorité, à la fois donc permettre à tout le monde de découvrir la forêt et la protéger.

38:05
Invité

Voilà, exactement. Et pour ce faire, en fait, pour rebondir sur ce que vient de dire Daniel Gilles, je pense que pour aider à la très bonne cohabitation de la fréquentation de tous ces différents usages de la forêt, il existe une instance qui s'appelle le comité de gestion qui réunit d'une part les élus mais des représentations des associations sportives, les offices de tourisme, etc., qui se réunit. Donc, c'est une instance consultative mais c'est un lieu de débat aussi et c'est important aussi de travailler ensemble pour justement évaluer l'impact de telle activité ou telle activité et qu'il y ait vraiment une très bonne cohabitation parce qu'il se passe d'ailleurs dans les faits ici.

Ensuite, il faut aussi rappeler que 2400 hectares, c'est immense. Donc, c'est vrai que la question de la fréquentation des fois peut être liée sur un point, une zone très précise et le reste de la forêt, non. Donc, tout ça, effectivement, fait l'objet d'études.

39:00
Présentateur

Ça veut dire qu'on a raison d'être malgré tout relativement sévrain sur l'avenir de cette forêt. Les incendies qui nous ont beaucoup inquiétés, Daniel Gilles, ne sont pas nécessairement ni une fatalité ni un danger contre lequel on ne peut pas se prémunir.

39:14
Invité

Oui, en effet, se prémunir aujourd'hui, en fait, la problématique de la fréquentation aussi peut amener des risques d'incendies supplémentaires puisqu'on sait que le fait que l'impact de l'homme sur l'environnement, le fait qu'on soit présent peut amener des risques supplémentaires aux incendies. La forêt de Sous est quand même une forêt qui a une certaine sensibilité par rapport à tous ces versants sud sur les risques d'incendies. Et on voit

39:49
Présentateur

aujourd'hui que cette forêt vit malgré tout fort bien avec les couleurs de l'automne. On va continuer de vous raconter ce rapport de l'homme à la nature dans le journal des sciences dans quelques instants puisqu'il est 8h44 sur France Culture. Sous-titrage Société Radio-Canada

La forêt : nouvelle grande cause commune · Pourquijevote