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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 27 septembre 2022 25 min

Bruno Le Maire : "Je souhaite que la réforme des retraites entre en vigueur à l'été 2023"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien le ministre de l'économie et des finances. J'attends vos questions au standard d'Inter 0145 24 7000 et sur notre application mobile. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Nicolas Demorand. Bonjour. Bonjour Léa Salamé. Le budget 2023 a été présenté hier en Conseil des ministres et on va évidemment en parler en détail avec vous dans quelques instants. Mais d'abord car c'est un événement politique majeur dans un pays fondateur de l'Union Européenne.

Quelle est votre réaction à la victoire en Italie du parti post-fasciste Fratelli d'Italia mené par Giorgia Meloni qui est arrivé en tête des élections et devrait accéder au pouvoir dans quelques jours ou semaines ?

0:42
Bruno Le Maire

Nous jugerons aux actes, à tout ce que je peux vous dire. C'est la décision souveraine du peuple italien. Je pense que le peuple italien apprécierait assez peu qu'un ministre du gouvernement français aille faire des commentaires sur leur choix souverain. Nous jugerons aux actes, notamment dans le domaine économique où moi je souhaite que l'action qui a été entreprise par Mario Draghi de réforme en profondeur de l'économie italienne soit poursuivie. Parce que je crois que c'est l'intérêt de l'Italie et parce que je sais que c'est l'intérêt de la zone euro tout entière.

1:08
Invité

Giorgia Meloni avait eu des mots très durs contre la France et Emmanuel Macron en 2018 au moment de la crise des migrants. ne vient pas nous faire la leçon Macron, avait-elle dit. Sur l'Union Européenne, elle dit qu'ils sont tous inquiets de voir Meloni au gouvernement. La fête est finie, l'Italie va commencer à défendre ses intérêts nationaux. Quelles seront les conséquences pour l'Europe ?

1:25
Bruno Le Maire

J'espère surtout que la fête ne sera pas finie pour l'Italie et que Giorgia Meloni aura à cœur, je le redis, de poursuivre cette transformation économique qui est indispensable pour l'Europe, indispensable pour la zone euro, indispensable pour l'Italie. Après, moi je n'ai pas d'inquiétude pour la zone euro. La réalité, c'est que nous avons des dispositifs de protection qui sont très solides. Nous avons mis en place un nouveau mécanisme européen de stabilité qui est doté de plusieurs dizaines de milliards d'euros. Donc je n'ai pas d'inquiétude pour la stabilité de la zone euro. Au passage, je note que s'il y avait une inquiétude à avoir en Europe, c'est du côté de la Grande-Bretagne.

Parce que quand on sort de l'Europe, quand on sort de la protection européenne et qu'on annonce 150 milliards de livres de dépenses supplémentaires, on a un taux d'intérêt qui bondit au-dessus de 4%. L'Europe est une protection et je souhaite que l'Italie participe à cette protection.

2:08
Invité

Mais elle ne veut pas dire qu'elle existe, ça, elle l'a redit. Oui, elle l'a dit très clairement, c'est pour ça que nous jugerons aux actes.

2:13
Bruno Le Maire

Nous ne faisons pas de procès d'intention avant que les décisions aient été prises.

2:17
Invité

Mais vous êtes inquiète sur les droits LGBT, sur les femmes, sur l'IVG, sur ce qu'elle a dit ?

2:21
Bruno Le Maire

Ça fait partie de notre patrimoine européen, donc j'espère qu'ils seront défendus. Mais je pense qu'il ne faut pas faire de procès d'intention à un dirigeant qui vient d'être choisi par un peuple souverain, un peuple qui est plus qu'un peuple amiste, un peuple frère, le peuple italien.

2:33
Présentateur

Revenons en France, encore une question avant d'entrer dans le budget. Emmanuel Macron décidera en fin de semaine s'il proposera rapidement un projet de réforme des retraites. Vous, Bruno Le Maire, vous avez toujours dit, il faut le faire et il faut le faire vite. Est-ce que vous le redites ce matin ?

2:47
Bruno Le Maire

Oui, je le redis, il faut le faire, il faut le faire vite. Et le faire vite, ce n'est pas le faire dans la précipitation. On peut prendre quelques mois de consultation, quelques semaines de consultation, cela ne pose pas de difficultés. Au bout du compte, cette réforme de retraite est indispensable pour notre pays. Elle est indispensable pour financer notre modèle de protection sociale. Et elle est indispensable pour augmenter le volume global de travail qui va nous permettre de garantir la prospérité de nos enfants et de nos petits-enfants. Il faut bien financer nos hôpitaux, nos collèges, nos lycées, nos universités.

Et c'est la réforme des retraites qui permettra de garantir ce financement.

3:19
Invité

Mais vous dites, ça peut attendre quelques jours, quelques semaines. Comme le projet de loi de financement de la sécurité sociale, le PLFSS, doit être présenté là, on entend que ce ne sera pas un abondement dans le PLFSS.

3:32
Bruno Le Maire

Ce sera au président de la République et à la Première Ministre de décider de la méthode.

3:35
Invité

On comprend bien.

3:36
Bruno Le Maire

Moi, vous connaissez mes convictions là-dessus. J'ai l'ardente conviction qu'augmenter le volume global de travail permettent à tous ceux qui ont plus de 55 ans de rester sur le marché du travail et de faire part de leur expérience, de leur savoir-faire, c'est vital pour notre pays. Et la deuxième conviction, c'est qu'il vaut mieux respecter sa parole. La parole du président de la République a été extrêmement claire. La réforme des retraites doit entrer en vigueur à l'été 2023. Ça nous laisse des mois de discussion, de dialogue devant nous.

4:03
Invité

La réforme des retraites va entrer en vigueur à l'été 2023 ?

4:06
Bruno Le Maire

Je pense que c'est nécessaire de tenir ce calendrier, c'est-à-dire avoir une réforme des retraites qui entre en vigueur à l'été 2023. Ça n'exclut pas d'avoir un dialogue qui commence dans les jours qui viennent avec les partenaires sociaux, avec les citoyens, avec les députés, avec les sénateurs.

4:21
Invité

Ça veut dire une réforme votée très rapidement en janvier-février ?

4:24
Bruno Le Maire

Très rapidement ne veut pas dire dans la précipitation. Ce n'est pas comme si on n'avait jamais parlé des retraites de notre pays. Ce n'est pas comme si le président de la République n'avait pas été clair pendant sa campagne. Il a un mandat du peuple français pour faire cette réforme des retraites avec un décalage de l'âge légal. C'est le mandat que lui ont donné les Français au moment d'aller voter à l'élection présidentielle. Ça n'exclut, je le dis avec beaucoup de force, ça n'exclut pas du tout d'avoir du dialogue, des échanges. Nous avons des mois devant nous pour poser les différents paramètres. Mais on n'est pas aux pièces, on n'est pas aux pièces, comme le dit François Bayrou.

4:56
Présentateur

Mais on n'est pas aux pièces. On peut prendre trois ou quatre mois pour réfléchir ensemble et mettre sur la table des options, des propositions.

5:01
Bruno Le Maire

Mais il n'a jamais été question, pour répondre également à François Bayrou, qui est un partenaire précieux de notre majorité, il n'a jamais été question chez qui que ce soit de passer en force.

5:11
Invité

Ah si, quand Emmanuel Macron dit qu'on risque de le mettre dans l'amendement au PLFSF et de le faire passer par le 49-3, ça n'appelle passer en force.

5:21
Bruno Le Maire

Pardon, Léa Salabé, mais moi je ne parle pas à la place du président de la République. Et je n'ai jamais entendu le président de la République dire qu'il allait passer par un amendement. Nous ne passerons pas en force, il n'a jamais été question de passer en force, mais il faut aussi savoir décider en politique. Et quand on a une conviction, la mienne, elle est forte, elle est faite depuis très longtemps, qu'une réforme des retraites est nécessaire pour garantir la prosperité du pays, à un moment donné, une fois que la phase de dialogue indispensable est passée, il faut décider, c'est notre responsabilité et c'est notre mandat.

5:50
Présentateur

Allez, le projet de loi de finances 2023, présenté donc hier en Conseil des ministres, le texte du budget se fonde. Commençons par là sur une anticipation optimiste de croissance pour l'année prochaine de 1%. Vous persistez en disant qu'on va l'atteindre, ce 1%, que c'est réaliste, mais ce n'est ni ce que croit l'OCDE, ni ce que croit la Banque de France. L'OCDE, 0,6 de croissance l'an prochain, la Banque de France fourchette allant de 0,8 à moins 0,5 de croissance, c'est-à-dire la possibilité d'une récession. N'êtes-vous pas tout simplement, Bruno Le Maire, trop optimiste ? Ne prenez-vous pas vos rêves pour des réalités ?

6:30
Bruno Le Maire

Bon, je n'ai jamais pensé que ce soit un défaut d'être optimiste, et certainement pas d'être volontariste quand on est ministre de l'économie. Oui, c'est les mêmes qui nous expliquaient qu'en 2022, on ne dépasserait pas 2,3 de croissance. Nous allons faire 2,7. Donc ça vaut le coup d'être volontariste, parce que les Français le sont pour nous, les consommateurs le sont, les entreprises le sont qui investissent. Et le rôle du ministre de l'économie, c'est justement d'être volontariste, de montrer ce que nous pouvons atteindre. Évidemment, ce n'est pas une certitude, mais je sais que nous pouvons avoir une croissance positive en 2023, et que le 1% n'est pas hors d'atteinte.

Il est crédible et volontariste. Ensuite, quand vous prenez les autres évaluations, oui, des évaluations plus pessimistes, mais quand vous regardez derrière ces scénarios, c'est un scénario dans lequel le contexte géopolitique se dégrade, dans lequel les prix de l'énergie continuent à flamber encore plus qu'aujourd'hui. Ce n'est pas un scénario qui est totalement exclu, soyons honnêtes. Mais ce n'est pas notre scénario central. Et au moment où vous choisissez...

7:23
Invité

Aujourd'hui, vous ne pouvez pas exclure qu'il y ait une possibilité de récession, par exemple.

7:26
Bruno Le Maire

On ne peut jamais rien exclure. Par définition, en matière économique, personne n'avait prévu qu'il y aurait le Covid, et qu'il y aurait une récession de plus de 8%. Mais notre scénario central, quand je regarde l'investissement des entreprises, la consommation des ménages, l'immense capacité de résistance de l'économie française en 2022, qui fait parmi les meilleurs résultats de la zone euro, c'est que 1%, c'est volontariste. C'est un pari. Mais c'est crédible. Non, ce n'est pas un pari. C'est volontariste, mais c'est crédible.

7:50
Invité

Alors, quelle critique vous avez suscité hier, Bruno Le Maire. Vous le savez, ça vous fait sourire. Mais alors là, ça a été un tir groupé à l'annonce du budget, quand vous l'avez présenté avec Gabriel Attal. Et surtout venant des libéraux, si j'ose dire. Je lis la une de l'opinion. Un budget 2023 en manque de cohérence. Le Haut Conseil des Finances Publiques avait aussi exprimé ses craintes. Le redressement des finances publiques s'annonce lent et très incertain en 2023. Vous surestimez l'impact des réformes pour un retour à des finances publiques maîtrisées et un déficit sous les 3%, vous dit Pierre Meuscovici. Et puis alors, le MEDEF.

Vive critique du MEDEF hier, qui critique le manque d'ambition de votre budget. La France continue à vivre au-dessus de ses moyens. Les dépenses sont en hausse. Aucune des problématiques structurelles de la France n'est réglée. Le MEDEF parle de votre accoutumance à la dette publique et en appel à la sobriété budgétaire. Comment avez-vous reçu ce tir groupé ?

8:45
Bruno Le Maire

Très bien. Je vous rassure, depuis près de 6 ans que je suis ministre des Finances, j'ai l'habitude des critiques quand nous présentons un budget.

8:50
Invité

Mais là, celui-là, c'est massif.

8:52
Bruno Le Maire

Oui, mais c'est normal, parce que nous sommes dans une période de très grande incertitude. Donc certains, visiblement, perdent le Nord. Mais nous, nous n'avons pas perdu le Nord. Et nous savons exactement où nous voulons aller avec le président de la République et la Première Ministre. Nous avons voulu un budget qui tient l'équilibre entre la protection de nos compatriotes et des entreprises face à la flambée des prix du gaz, des prix de l'électricité. Ça coûte cher. Et nous revendiquons cette protection, parce qu'on ne va pas laisser les gens tout seuls face à des factures d'électricité et de gaz qui auraient pu augmenter de 100%.

Et de l'autre côté, le rétablissement des finances publiques, avec un objectif clé, tenir les déficits à 5% de notre richesse nationale en 2023. Ce qui fait que j'ai dit que la France était à l'euro près, parce que nous sommes effectivement à l'euro près, si nous voulons tenir ces 5%... Pas vraiment, pas vraiment. On avoue que nous sommes à l'euro près.

9:38
Invité

Cette phrase, on va vous la ressortir, parce qu'on n'y est pas...

9:40
Bruno Le Maire

On a aidé à Salamé, cette phrase, je la revendique. J'ai pesé mes mots. Nous sommes à l'euro près, si nous voulons tenir les 5% des déficits publics. À 150 milliards d'euros près. Quand nous avons fait le PLFR, nous sommes entrés avec 22 milliards d'euros de dépenses en août à l'Assemblée Nationale. Et j'ai dit que nous sortirions des débats à l'Assemblée Nationale avec 22 milliards d'euros, à l'euro près. Nous sommes sortis avec 22 milliards d'euros. Je dis exactement la même chose.

10:04
Présentateur

Et là, il y a 500 milliards d'euros de dépenses dans ce budget. Mais ça nous permet... 350 milliards de recettes, ça fait 150 milliards d'euros près.

10:12
Bruno Le Maire

Je connais ces chiffres. Mais oui, ça s'appelle le budget de la France. Plus 24 milliards de défenses. Le budget de la France, par définition, ça n'est pas des clopinettes. C'est beaucoup d'argent et beaucoup de responsabilité pour nous. C'est bien pour cela que je redis, nous entrons dans le débat à l'Assemblée Nationale. Avec 5% de déficit public, c'est déjà beaucoup 5% de déficit. Surtout quand vous regardez par rapport à nos partenaires européens. Donc je n'accepterai pas des amendements qui alourdiraient la dépense et qui nous feraient sortir de ces 5% de déficit public. C'est pour ça que je dis que la France est à l'euro près pour tenir ses comptes publics.

Quant aux critiques du MEDEF, moi je vais reprendre les termes d'une personnalité pour laquelle j'ai beaucoup de respect, c'est le président de la Commission des Finances du Sénat, Claude Rennal, qui pourtant n'est pas de mon bord politique, qui a dit que c'était tout de même un peu fort de café. C'est tout de même un peu fort de café. Le MEDEF trouve qu'on alourdit la dette et qu'on alourdit les déficits publics. Je leur fais une proposition. Il n'y a qu'à renoncer à baisser les impôts de production. Ça coûte 8 milliards d'euros. On fera une économie.

Si le MEDEF veut véritablement que nous réduisions les déficits et la dette, mais dans ce cas-là, qu'il arrête de soutenir du bout des lèvres la réforme des retraites et qu'il la soutienne avec enthousiasme,

11:17
Invité

avec détermination... Ils n'en veulent pas, le MEDEF ne veut pas de la réforme des retraites.

11:21
Bruno Le Maire

Dans ce cas-là, qu'on ne nous fasse pas de leçons sur la dette et sur les déficits, si véritablement le MEDEF veut que nous réduisons les dépenses publiques, la Commission Labaronne, qui est un député de la majorité, qui, elle, a fait un très bon travail d'examen des dépenses publiques que nous pourrions réduire, a identifié tous les crédits d'impôts dont bénéficient les entreprises qui permettraient de réduire les déficits et de réduire la dette.

Donc, si le MEDEF veut véritablement réduire la dette et réduire les déficits, qu'il vienne avec nous travailler à ce sujet, qu'il soutienne la réforme des retraites avec beaucoup de volonté, car c'est 8 à 9 milliards d'euros d'économie au bout du quinquennat, qu'il a identifié avec tous les crédits d'impôts que nous pourrions réduire et qu'il fasse preuve d'un tout petit peu de cohérence.

12:00
Invité

Votre ton est menaçant ce matin pour les entreprises et le MEDEF. Vous êtes en colère ? Honnêtement, ça vous met en colère ?

12:06
Bruno Le Maire

Soyons honnêtes. Je ne suis pas un homme de colère. Vous me l'avez dit avant de rentrer,

12:10
Invité

vous m'avez dit que je suis en colère. Ça m'énerve.

12:12
Bruno Le Maire

Léa Salamé, je ne suis pas un homme de colère.

12:14
Invité

Oui, oui.

12:14
Bruno Le Maire

Colère froide. Non, je ne suis pas un homme de colère, je suis un homme de cohérence. Et je vais vous dire, dans toutes les critiques que j'entends, ce sont les mêmes qui vous disent qu'il faudrait réduire plus les déficits et plus les dettes et qu'ils font assaut de propositions en matière de nouvelles dépenses publiques. Ils me disent, mais vous dépensez trop, mais il faut mieux protéger les coéquivités locales. Vous dépensez trop, mais il faudrait un bouclier tarifaire pour toutes les entreprises. Nous, nous avons, avec toute la majorité, avec les députés qui nous soutiennent, avec les sénateurs, avec le président de la République, le mérite de la cohérence.

Nous savons où nous voulons aller. Nous tenons le bon équilibre entre réduction des dépenses et protection de nos compatriotes. Et moi, j'invite chacun à faire une révolution mentale, à rentrer dans ce débat sur le budget, non pas en se disant systématiquement. Je serai populaire parce que je vais proposer de nouvelles dépenses, mais je serai responsable parce que je vais proposer

13:04
Présentateur

de nouvelles économies. Si on est à l'euro près, comme vous le dites, Bruno Le Maire, pourquoi ne pas chercher des sources de financement ailleurs ? Par exemple, en taxant les super profits comme le réclame la NUP. Dans un texte déposé le 21 septembre, la NUP annonce sa volonté de taxer ces grandes entreprises majoritairement multinationales au chiffre d'affaires supérieur à 750 millions d'euros. Tous secteurs confondus, Total Energy, Sanofi, CMA, CGM, dans des secteurs où ont été réalisés des bénéfices exceptionnels, décorrélés de toute innovation, gains de productivité ou décisions stratégiques internes à l'entreprise. n'est-ce pas là une bonne idée ? Non. Pourquoi ?

13:43
Bruno Le Maire

Parce que nous récupérons déjà le produit des rentes. Le produit des rentes des énergéticiens est ce qui finance le bouclier sur le gaz et sur l'électricité. Je rappelle que les tarifs auraient dû augmenter de 100%. Ils vont augmenter de 15%. Je rappelle que ça coûte en coût brut, c'est-à-dire que l'État va sortir, 45 milliards d'euros. Mais en coût net, 16 milliards d'euros seulement. Pourquoi ? Parce que nous récupérons la rente des énergéticiens de ENGIE, de Total, de EDF. Assez ?

14:12
Invité

Vous la récupérez assez ?

14:14
Bruno Le Maire

20 milliards d'euros quand même.

14:15
Invité

Oui, mais enfin Bruno Le Maire contre leur chiffre d'affaires à ENGIE et à Total double grâce à la guerre d'Ukraine.

14:20
Bruno Le Maire

20 milliards d'euros, ça n'est pas négligeable et c'est bien la preuve que nous récupérons les rentes. Je suis contre les rentes, contre les bénéfices exceptionnels qui sont liés uniquement à la flambée des prix et pas du tout à des investissements. Nous récupérons cet argent et nous finançons grâce à cela le bouclier tarifaire.

14:35
Invité

Pourquoi pas une taxe exceptionnelle ? Pas permanente, exceptionnelle.

14:39
Bruno Le Maire

Parce que ce que propose la NUPES, et là je crois que les masques sont tombés sur cette taxation exceptionnelle sur les super-profits. Ça, ça, ça sonne très bien. Tout le monde a envie de dire oui, taxation exceptionnelle sur les super-profits. Mais regardez la réalité de la proposition. Est-ce que c'est vraiment les super-profits ? Sont concernés toutes les entreprises dont les bénéfices ont augmenté de plus de 25% depuis 2017 ? Eh bien des entreprises qui depuis 5 ans ont vu leurs bénéfices augmenter de plus de 25% sans que c'est quoi que ce soit à voir avec la crise énergétique.

C'est quasiment toutes les grandes entreprises françaises du CAC 40 et beaucoup de grandes entreprises de taille intermédiaire. Donc ce n'est pas les profits exceptionnels, c'est tous les profits. Et ce n'est pas une taxation exceptionnelle puisqu'ils nous disent qu'ils vont la faire en 22, en 23, en 24, jusqu'en 25. Donc c'est une taxation permanente. Donc derrière cette supercherie de la taxation exceptionnelle sur les super-profits, se taxe dans le fond le réflexe pavlovien de cette partie-là de l'échiquier politique, taxer tout le temps, tout le monde, qu'il soit gros ou qu'il soit petit. Moi je préfère de loin la proposition européenne à laquelle, pour le coup, je souscris totalement.

C'est-à-dire récupérer les rentes, mettre en place un mécanisme de marché qui fait que quand un énergéticien a des bénéfices exceptionnels uniquement parce que les prix flambent sur le marché, on récupère l'argent et il va au financement de la protection des gens.

15:58
Invité

Alors, vous êtes contre une taxe exceptionnelle. Elisabeth Bohr n'est pas tout à fait d'accord avec vous. Hier encore, elle disait notamment demander de manière exceptionnelle aux laboratoires pharmaceutiques qui font des profits extraordinaires de mettre la main à la patte, ce sont ces termes. Et que tout le monde,

16:15
Bruno Le Maire

bien sûr, mais par définition, je vais vous dire, et en plus par goût personnel, nous sommes du même avis avec la Première Ministre.

16:22
Invité

Pas tout à fait.

16:23
Bruno Le Maire

Si, tout à fait. Nous récupérons aussi des bénéfices qui ont été faits par des entreprises qui les reversent directement aux Français. Regardez Total, grâce à Total, vous avez 20 centimes d'euros de ristourne à la pompe. Regardez ce que fait CMACGM. Et les labos pharmaceutiques et les labos pharmaceutiques. Les banques qui vont affronter les tarifs bancaires à 2%. Même chose pour les laboratoires pharmaceutiques.

16:44
Invité

Est-ce qu'ils donnent assez ou il faut qu'ils donnent plus ?

16:46
Bruno Le Maire

Bien sûr que les laboratoires vont donner. Bien sûr qu'ils vont bénéficier à 70% du remboursement par la sécurité sociale de certaines analyses et qu'ils doivent contribuer. Mais ça a été notre philosophie avec la Première Ministre depuis le début. Toutes les entreprises qui ont les moyens doivent participer à la protection des Français contre l'inflation. Les banques, les assureurs, les pétroliers, les transporteurs maritimes et les laboratoires de biologie.

17:10
Présentateur

Avant de donner la parole aux auditeurs, un mot des partenaires sociaux qui ont jugé lundi, hier, donc inacceptable d'imposer à l'organisme Action Logement qu'ils gèrent une ponction de 300 millions d'euros comme c'est envisagé dans le budget pour 2023. Affront au paritarisme, disent-ils. Ils demandent le retrait de cette ponction. Que leur répondez-vous ce matin ?

17:31
Bruno Le Maire

Je leur réponds qu'il n'y a pas de ponction. Ces 300 millions d'euros vont aller au financement du logement social. Donc, ils se trompent ? Je pense qu'ils se trompent. Je pense que c'est bien. Ils ont mal lu. Je pense qu'ils n'ont pas forcément compris ce que nous voulions faire. Ces 300 millions d'euros iront au financement du logement social. Je pense que ça doit satisfaire tout le monde.

17:46
Présentateur

Question d'Elliott donc sur la réforme des retraites. Ça, c'est sur l'application France Inter. Réforme des retraites pour financer de futures dépenses. Donc, pas pour équilibrer le régime des retraites.

17:56
Bruno Le Maire

Non, pour équilibrer le régime des retraites et nous permettre globalement d'avoir des comptes publics à l'équilibre et un financement de notre modèle de protection sociale.

18:07
Invité

Il est à l'équilibre, Bruno Lehmann. Non, d'abord,

18:08
Bruno Le Maire

le corps a indiqué qu'il y aurait à nouveau des déficits dans les années qui viennent et plus globalement à chaque fois qu'on finance des déficits c'est autant d'argent en moins pour financer nos services publics, nos hôpitaux ou les investissements qui sont indispensables pour la transition énergétique. Donc, je crois à l'équilibre des comptes publics parce que c'est ce qui protège les Français quand ça va mal et ce qui nous permet d'investir quand c'est nécessaire.

18:32
Présentateur

Retraite encore, Jean-Yves, qui va sérieusement parler de l'emploi des plus de 50 ans, les entreprises ne répondent même plus aux candidatures. Mais il a entièrement raison.

18:41
Bruno Le Maire

C'est un des plus grands scandales économiques français.

18:43
Invité

Mais ça fait 5 ans que vous êtes au pouvoir et l'emploi des seniors, on est très très en retard par rapport aux autres pays européens. C'est fou ça !

18:49
Bruno Le Maire

Nous prenons les sujets les uns après les autres et je pense que nous avons comme sur le budget une direction qui est claire. Notre objectif c'est le plein emploi. Pour parvenir au plein emploi, il y a une foule de sujets à régler et il faut les régler les uns après les autres. Nous avons réglé un premier problème qui était majeur en France, l'apprentissage. L'apprentissage, ça ne marchait pas. Aujourd'hui, on s'approche du 1 million d'apprentis parce qu'on a eu une politique extrêmement volontariste et je rends hommage à Elisabeth Borne, c'est elle qui a mené cette politique-là. Elle nous a permis d'avoir aujourd'hui près d'un million de jeunes qui vont rentrer dans l'apprentissage.

On est en train de régler le problème de l'accès des jeunes au marché de l'emploi. Ça faisait 30 ans que ça durait. On a un deuxième sujet que Nicolas Demorand vient de souligner. C'est que le taux d'emploi des plus de 55 ans, il est à peine au-dessus de 50% en France, il est de 74% en Allemagne. C'est révoltant. C'est un gâchis de compétences, c'est un gâchis de savoir-faire.

19:37
Invité

Vous connaissez le nombre, on connaît tous des gens qui ont plus de 50 ans et qui n'en peuvent plus d'envoyer des CV et qu'on ne leur réponde pas comment c'est possible, comment on peut les aider. Ça fait 50 fois de plus que vous êtes ministre de l'économie. Parce que tant que nous n'aurons pas

19:50
Bruno Le Maire

modifié l'âge légal de départ à la retraite et donner cette indication qu'il est bon pour le pays que l'on parte plus tard à la retraite, vous ne changerez rien à cet état de fait.

20:01
Invité

C'est ça votre réponse, la réforme des retraites.

20:03
Bruno Le Maire

Parce que j'ai la conviction profonde et regardez les études à l'appui que si vous fixez un cap plus lointain sur le départ à la retraite, que vous modifiez l'âge légal, ça va inciter les entreprises, inciter les salariés à travailler au-delà de 55 ans. Et je pense que c'est le moyen le plus efficace et le moyen le plus juste.

20:22
Présentateur

Alors les retraites mais sous un autre angle. Gérard Rostandard, bonjour, bienvenue.

20:27
Auditeur

Bonjour M. Le Maire.

20:28
Présentateur

Bonjour.

20:29
Auditeur

Je suis en retraite depuis 13 ans de la fonction publique d'État. Ma retraite n'a pas augmenté d'un centime. Pouvez-vous m'expliquer quelle différence avec le privé ?

20:39
Présentateur

Merci Gérard pour cette question.

20:41
Bruno Le Maire

Bruno Le Maire vous répond. D'abord elle va augmenter puisque nous allons revaloriser les retraites. Nous les avons revalorisées et nous allons les revaloriser à nouveau à partir de janvier 2023. Donc votre retraite, Gérard, va augmenter pour vous protéger contre l'inflation. Et à tous ceux qui nous reprochent une fois encore un budget trop dépensé qu'ils aillent expliquer aux retraités qu'il ne fallait pas indexer les retraites sur l'inflation. Qu'ils aillent expliquer à tous ceux qui travaillent que ce n'était pas juste d'indexer le barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation et qu'il fallait qu'ils payent plus d'impôts.

Qu'ils aillent expliquer à tous ceux qui sont aux minima sociaux que ce n'était pas juste d'augmenter les minima sociaux. Qu'ils aillent expliquer à tous ceux qui sont au SMIC que ce n'était pas juste d'augmenter le salaire minimum pour protéger ceux qui sont au salaire minimum contre les effets de l'inflation. La critique est facile,

21:23
Présentateur

l'art est plus difficile. Dans le projet de loi de finances, les crédits de l'enseignement scolaire sont en hausse de plus de 3 milliards d'euros, près de 4 milliards, 3,7, dont une enveloppe de 935 millions pour augmenter les enseignants de 10% en moyenne à la rentrée scolaire 2023. Est-ce que ces revalorisations prennent en compte la hausse du point d'indice qui était, je le rappelle, de 3,5 cette année ?

21:46
Bruno Le Maire

Je ne veux pas vous dire de bêtises. En tout cas, ce que je sais, c'est que les revalorisations des enseignants du premier degré sont indispensables. Pape Ndiaye l'a dit très clairement, quand vous regardez par rapport aux autres pays européens, les niveaux de rémunération sont insuffisants. Donc nous avons engagé... Mais c'est 10 plus 3%

22:02
Présentateur

ou c'est 10 moins 3,5% ?

22:05
Bruno Le Maire

Je vous dirais une bêtise si je vous répondais de manière définitive. Donc je vérifierais ce point. Il y a de toute façon une augmentation très significative et là encore, indispensable des enseignants.

22:14
Invité

Quelques questions courtes pour terminer. Question d'Antoine sur l'appli. Allez-vous attendre jusqu'à décembre pour mettre le chauffage à Matignon ou à Bercy, comme dans le collège de ma fille ? qui ne va pas mettre le chauffage apparemment avant décembre ?

22:26
Bruno Le Maire

Nous ne mettrons pas le chauffage tant que la température ne sera pas en dessous de 19 degrés. La température qui a été retenue c'est 19 degrés. C'est pour bientôt.

22:33
Invité

Demain après-demain. Nous ne serons pas

22:34
Bruno Le Maire

en dessous de 19 degrés donc vous ne verrez plus avec une cravate mais avec un col roulé. Et je pense que ce sera très bien que ça permettra de faire des économies d'énergie, de faire preuve de sobriété. c'est la manière la plus efficace de passer l'hiver sans avoir à couper l'énergie pour qui que ce soit.

22:48
Invité

Ça fait 4 semaines que vous promettez que la nomination du nouveau patron d'EDF est imminente, tellement imminente qu'elle n'arrive pas. C'est pour quand ?

22:56
Bruno Le Maire

Elle est imminente, je vais vous redire exactement la même chose. Donc tout ça est une affaire de procédure. Il faut caler les auditions.

23:03
Invité

Vous l'avez, votre personne ?

23:05
Bruno Le Maire

Oui, nous avons la personne, ne vous inquiétez pas.

23:06
Invité

Est-ce que vous confirmez qu'il y a un PDG et un directeur général ? Ce sera ça ?

23:10
Bruno Le Maire

Nous avons toujours eu comme doctrine avec le Président de la République de séparer le directeur général du Président. Je pense que c'est mieux pour les entreprises et je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas pour EDF.

23:19
Présentateur

Jérémy, sur l'application, pourquoi ne pas réviser les 35 heures pour travailler plus ?

23:24
Bruno Le Maire

Parce que je pense que tous les dispositifs que nous avons mis en place, notamment la défiscalisation des heures supplémentaires, ça permet d'augmenter la rémunération de chacun et que si vous touchez les 35 heures, ça va faire perdre beaucoup de pouvoir d'achat à beaucoup de monde. Je préfère la politique que nous retenons, le travail qui paye et qui paye bien.

23:42
Invité

Dernière question, Bruno Le Maire, il paraît que vous avez la tentation de Washington ?

23:45
Bruno Le Maire

Tout le monde a beaucoup de tentations, vous savez. C'est normal.

23:48
Invité

Non, parce qu'on a lu ça, ça nous a fait sursauter. Il paraît que vous êtes candidat pour prendre la tête du FMI, c'est vrai ? Ça vous intéresse ?

23:56
Bruno Le Maire

Je suis totalement dans mon activité présente. Après, ça n'exclut pas de réfléchir des options pour la suite, mais ça ne concerne que moi. aujourd'hui, ma détermination totale, mon temps, est intégralement consacré à mes fonctions de ministre de l'Économie et des Finances. Et croyez-moi, quand on a un budget 2023 à défendre, ça vous occupe toute la journée et toute la semaine.

24:15
Invité

Mais le FMI, je crois que c'est fin 2023, c'est ça que le nouveau président sera nommé. Ça vous intéresse ? Vous vous voyez sourire ? Les auditeurs ne vous voient pas sourire, mais je vous vois sourire. C'est dans tellement longtemps. C'est demain.

24:28
Bruno Le Maire

C'est dans tellement longtemps. Et surtout, je suis suffisamment âgé pour vous dire que la vie vous réserve tellement de surprises.

24:34
Invité

D'ici là, en tout cas, on a entendu Bruno Le Maire qui en a mis pour tout le monde. Le MEDEF, la NUPES, les syndicats et François Bayrou. Il y en a eu pour tout le monde.

24:43
Bruno Le Maire

Plus on avance dans ses fonctions, plus on est libre. Et plus on est libre, mieux c'est.

24:46
Présentateur

Merci, monsieur le ministre, de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique d'avoir été au micro d'Inter ce matin.

24:53
Invité

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