#BDR124 : J'analyse les voeux de Macron !
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On rigole parce que Sylvain, il me voit en mode, il faut démarrer l'année, quoi. Bon, vous êtes mes cobayes, tout ça, c'est un brouillon. Parce que je passe à quelle époque ce soir ? Et voilà, je m'entraîne sur vous, mes pauvres amis. Donc, ça patoche, ça patine. C'est la reprise au début d'année. Amour, gloire et beauté, selon mon expression consacrée. Et c'est vrai qu'on n'a pas le jus toujours à 100%. Pourquoi ? Je pense qu'il y a un truc, tu vois, c'est que je viens de m'occuper de mes gosses pendant 15 jours. Je raconte ma vie, là, ce n'est pas le sujet. Mais ça fait le gentil papa qui essaye de faire regarder Star Wars en anglais pour qu'ils apprennent l'anglais.
Et tu vois, une énergie, mais de douceur et de tendresse. Et il faut revenir à Paris, remonter sur le ring, boxer et être dans une autre énergie un peu plus rude. Bon, et puis on est là, je viens de dire amour, gloire et beauté. D'habitude, je fais mon bulletin avec le parc Saint-Pierre en face de moi, une grande espace vert. Là, j'ai une armoire marron en face de moi et un mur blanc. Et derrière, à la place, c'est d'avoir ma cuisine multicolore. Peut-être que tu pourras faire une incruste, mais j'ai un tableau Valida. Et voilà, c'est mon espace de vie. Parce que pourquoi ? Parce que hier, je fais passer sur quotidien.
Ça aussi, c'est stressant, ça m'inquiète parce qu'il faut faire le mec poulet détendu. Alors qu'au fond, je suis un mec anxieux. Et c'est vachement fatigant de faire pendant une heure et demie le mec cool et détendu. Et on reprend par l'Alpe d'Huez aussi parce que mardi, on a eu un coup de fil. Alors ça faisait longtemps qu'avec Reporter et Fakir, depuis le mois de décembre, on se disait tiens, on organiserait bien un meeting commun sur les retraites. On verra bien avec qui. Et là, on a un coup de fil de la mairie du 11e qui nous dit c'est bon, la salope, l'âme de Gouges est libre pour mardi prochain. On avait une semaine.
Et là, d'un seul coup, on appelle Marine Tourdelier, Europe Écologie Les Verts. Elle dit oui, d'accord. On appelle Fabien Roussel, parti communiste, qui nous dit oui, d'accord. On appelle Olivier Faure qui dit je suis embêté parce que je dois être dans la fédération du Pas-de-Calais ce soir-là. Mais je demande à Boris Vallaud et Boris Vallaud, il nous dit oui, d'accord. On a Mathilde Panot de la France Insoumise qui nous dit oui, d'accord. Et donc, si tu veux, toutes les planètes s'alignent avec Léa Filoche aussi de génération pour un meeting commun donc mardi prochain, ça l'âme de Gouges dans le 11e à Paris.
Et tu sais, je prends comme un signe que, comme ça, quasiment en claquant des doigts, sans hésitation, on répond oui à notre invitation. Tu sais, il y a des moments où l'histoire s'accélère. Moi, j'en ai connu pendant la réforme des retraites, déjà, tu vois, de Sarkozy. Parce qu'on peut dire que, bon sang, en matière d'originalité, Macron, il n'a rien, quoi. Balladur, il a fait sa réforme des retraites. Sarkozy, il a fait sa réforme des retraites. Juppé a fait sa réforme des retraites. C'est d'une banalité pour marquer l'histoire. Il n'y a rien de plus minable que ça. La réforme des retraites, donc, ça devait être fin 2010.
Eh bien, on organisait des meetings en 48 heures et les salles, elles étaient pleines. Et donc, il y a des moments comme ça où l'histoire s'accélère, où tout se cristallise. Et je veux croire, espérer qu'on est dans un moment comme celui-là. Et je pense que ça réclame de changer de ton. Tu vois, je t'ai fait des PowerPoint avec des graphiques, des statistiques. Bon, en te disant que c'était un défi social, un défi démocratique, un défi écologique. OK, c'est des arguments. Mais je pense qu'aujourd'hui, le message, c'est Macron stop. Arrête tes conneries. Pourquoi ? Parce qu'il est en train de mettre le pays en danger. Je le disais à la rentrée.
Je disais, voilà, ce qui est en question aujourd'hui, c'est l'unité de la nation. Pourquoi ? Parce qu'on est dans une crise économique évidente. Les gens se demandent s'ils vont pouvoir payer leurs factures, leurs factures de gaz, leurs factures d'électricité. Mais avec les salaires qui n'augmentent pas, comment ils font leurs courses au supermarché. Mais aussi une crise écologique. Bon, je veux dire, la terre est en train de crever. Bon, et la grande ambition réformatrice de Macron, c'est de dire, ah bah tiens, pour le déficit des retraites à l'horizon 2040, là, il va y avoir un petit souci, je vais revoir les paramètres. Comme s'il n'y avait pas un déficit, par exemple, de biodiversité.
Pendant sa génération, la mienne, c'est deux tiers des vertébrés qui ont disparu. C'est un tiers des oiseaux. C'est les lombriques aussi, parce que tu sais, 90% des lombriques, j'aime beaucoup les lombriques sous terre. Je pense que ça a son utilité. Donc sous terre, sur terre, dans les airs, tout disparaît. Mais lui, il se dit, ah là là là là, ma grande inquiétude, c'est le déficit de retraite. La crise aussi démocratique, avec un président qui est réélu au ras du cul, sans panache, sans élan. Derrière, il a une majorité de raccourts à l'Assemblée nationale. Et c'est sur cette base-là qu'il pense faire une réforme contre les trois quarts des Français, qui sont contre, mais 90% des ouvriers.
Et quand on demande aux Français qu'est-ce que vous voulez, ils disent, nous on ne veut pas de cette réforme-là, ce qu'on veut c'est la retraite à 60 ans. Mais comment vous comptez financer ça ? On va taxer les riches. Il est comme, voilà, l'esprit du pays. Et lui, dans ce temps-là, il dit, ah bah tiens, non, je vais aller reculer ça. C'est-à-dire qu'il va déchirer le pays, comme il l'a déjà déchiré à un moment de la crise des gilles jaunes. Et d'ailleurs, je pense qu'il en est conscient.
Dans ses voeux, il reprend l'expression, parce qu'il y a des moments, je me la pète un peu, et je pense que j'ai parfois la capacité à mettre des idées dans l'espace public qui sont piquées par mes adversaires. Et l'expression, l'unité de la nation, si tu veux, j'ai vu Jordan Bordella du Rassemblement National la reprendre, et je vois aujourd'hui Emmanuel Macron le reprendre. Tu sais, je ne présente pas qu'il faille mettre un copyright sur une formule ou sur une idée. C'est comme ça, les formules, elles naviguent. Mais je vois très bien quand il y a des effets de reprise par mes adversaires politiques.
Et là, quand j'entends Emmanuel Macron à six reprises, qui dit, soyons unis dans ses voeux, l'unité de la nation, c'est quoi ? C'est le pyromanne qui vient mettre le feu à la forêt, et qui crée, au feu, au feu, au feu ! C'est ça ce qui est en train de se passer. Il met le feu au pays, il le divise, il installe la discorde, et en même temps il dit, soyons unis mes bons amis. Et en fait, c'est un discours de droite classique. Déjà Adolphe Thiers, l'homme qui a réprimé la commune, qui a fait 20 000 morts, le plus gros massacre à Paris, on le doit à lui.
Et bien après, quand il s'agit d'installer l'impôt sur le revenu, il dit, oh là là, ne mettons pas dans le peuple français cette pomme de discorde. Tu vois, soyons pour la concorde nationale. C'est-à-dire que comme ils ont la force des choses, ils n'ont pas besoin d'avoir la force des mots, et ils se mettent des mots tout gentils, tout lisses, tout doux, mais en fait, pour être d'autant plus méchants dans les faits. Et c'est ce qu'essaye de faire Macron. Et là, je pense qu'il faut continuer à filer des arguments aux gens. Mais, on le voit dans les sondages, ils sont conscients les gens.
Ils ne se laissent pas embobiner, ils ne se laissent pas enfumer, ils n'y croient pas aux balourdises du gouvernement. En revanche, c'est, est-ce qu'ils vont sortir ? Est-ce qu'ils vont se réveiller ? Est-ce qu'ils vont sortir ? Tu sais, ma formule, mon adversaire, c'est la finance, toujours, mais c'est surtout l'indifférence. Est-ce qu'ils vont sortir de cette indifférence ? Et là, je pense qu'il ne faut plus seulement parler à la raison, mais aussi au ventre. Ça devient une question d'orgueil.
Comment ça, ces gens-là, de l'Elysée et de McKinsey, qui n'ont jamais été bossés pendant un mois à l'usine, qui n'ont jamais été sur un chantier du bâtiment, qui n'ont jamais soulevé des personnes âgées chez elles comme auxiliaires de vie sociale, c'est eux qui vont décider comment on doit vivre dans ce pays, à quel âge on doit prendre sa retraite, quand est-ce qu'on a le dos usé, qu'est-ce qui est de la pénibilité, qu'est-ce qui n'en est pas ? Je pense que c'est aussi là qu'il faut chercher le chemin pour dire à tous les révoltés, mais aussi à tous les résignés, à tous les écurets, tous les dégoûtés, tous les éloignés de tout ça. C'est le moment, c'est l'heure. C'est l'heure de quoi ?
C'est l'heure de mettre une limite à leur arrogance, qu'ils se croient tout permis. Je veux dire qu'ils ont déjà donné des centaines de milliards à leurs amis, et il va falloir qu'ils aillent gratter 8 milliards d'euros sur le dos des soignants et des enseignants, sur le dos des gens qui, à 60 ans, ont les épaules usées, le dos brisé, le cerveau épuisé, pour donner ces 8 milliards-là aux grosses boîtes du pays en baisse de suppression, même de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises. C'est ça l'enjeu. Mais en fait, je ne crois même pas que Macron le fait pour ça aujourd'hui.
Je ne crois même pas que Macron le fait seulement comme il l'écrit dans le programme de stabilité de ce qu'il a envoyé à Bruxelles, qu'il s'agit de faire des réformes de structure. Donc, les réformes de structure, c'est la réforme de retraite notamment, il met, pour financer la baisse des impôts de production. Et donc là, c'est la CVAE, c'est ce qu'il met dans le pacte de stabilité. Voilà, on va prendre sur la retraite pour donner aux entreprises avec la CVAE. Il l'écrit noir sur blanc. Bon, mais je pense que l'enjeu n'est même pas celui-là. Aujourd'hui, c'est un enjeu d'autorité. D'ailleurs, il le dit. Il dit, ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'autorité de votre serviteur.
Mon serviteur, mon œil, quoi. Tu vois, ce n'est pas moi qui sers. Et je pense qu'il ne sert pas du tout les Français. Mais par contre, il en sert d'autres. Ouais, ça, c'est sûr. Bon, mais aujourd'hui, la question, c'est de mettre une limite à son arrogance et au fait qu'il prenne les Français et la France comme un jouet. C'est quasiment un joujou pour lui. Et c'est la seule chose qu'il peut la répéter, c'est que ça déborde dehors. Il faut que ça déborde dehors à la fois de colère, mais aussi de l'espoir, de joie. Parce que la retraite, c'est de la joie. Je vais terminer là-dessus mon couple et retraite. Mais quand on parle aux gens, ils disent, voilà, je peux m'occuper de mes petits-enfants.
Je peux aller prendre des cours de Jumba. Même si tu m'as dit que la Jumba, c'était un peu trop pour les retraités. mais tu ne connais pas les nouveaux retraités. Je peux aller à la chorale, je peux m'occuper d'un club de foot, je peux aller à la pêche, je peux faire des trucs comme ça. Je peux respirer dans ma vie. Il faut voir que voilà, c'est une nouvelle étape de la vie. Et nous, on ne doit pas y aller en gauche, triste, sinistre, grise, tu vois, alors que c'est pour incarner, au contraire, un espoir. Et un espoir aussi, tu sais, en 1982, les Français pensaient très majoritairement que la retraite, elle serait bientôt à 55 ans.
Eh bien, on doit incarner la joie de ce qu'est la retraite aujourd'hui et la joie de ce qu'elle doit encore l'être davantage demain. Je parlais des voeux de Macron. La phrase la plus commentée, ça a été sur, mais qui pouvait imaginer qu'on ait des soucis avec le climat cet été ? Lui et moi, on est à peu près la même génération. Et moi, déjà, dans les années 90, j'étais frappé de ce qu'on appelle maintenant l'éco-anxiété. Bon, ça n'avait pas de nom à l'époque. Mais, alors je confondais un peu parce qu'il y avait un problème avec la couche d'ozone et le réchauffement climatique. Il y avait un peu les deux qui se mêlaient.
Mais, déjà, j'étais hanté par ça et en fait, par la crainte et la quasi-certitude que l'humanité ne se dépêtrerait pas de cette histoire. Il l'a grandi dans les mêmes années que moi et on est 30 ans plus tard et il semble découvrir le problème. Et je veux dire que ce n'est pas, pour moi, seulement une question d'Emmanuel Macron qui s'aveuglerait. C'est, à travers lui, toute une classe qui s'aveugle. Qu'on peut appeler l'oligarchie et qui, au fond, vit dans le déni. Ça me rappelle une enquête qui a été faite par la NASA, un chercheur attends, je te donne son nom parce qu'il n'est pas facile à retenir, donc je n'y arrive pas.
C'est un nom indien, sans doute, Safa Motechari qui a fait une étude qui s'appelle HENDI, Human and Nature Dynamics, donc les dynamiques humaines et naturelles et qui, en fait, s'intéresse à pourquoi il y a eu des effondrements de civilisation. Et il identifie deux causes. Une première cause qui est on consomme trop les ressources naturelles, il y a une surconsommation. Mais la deuxième, c'est il y a une inégalité, le pouvoir est concentré entre quelques individus qui sont ceux qui ont le moins conscience de l'effondrement à venir. Pourquoi ? Parce qu'au fond, ils ont les moyens avec leur richesse, avec leur pouvoir de repousser dans le temps le moment où eux-mêmes seront touchés.
Ça donne ça dans un texte de Pablo Servigne, l'auteur de l'entraide, qui dit ceci. Les élites parées de leur richesse ne souffrent pas immédiatement des premiers effets du déclin. Elles ne ressentent les effets des catastrophes que bien après la majorité de la population ou bien après les destructions irréversibles des écosystèmes, c'est-à-dire trop tard. Cet effet tampon de la richesse permet à l'élite de continuer un business as usual en dépit des catastrophes imminentes. Pendant que certains membres de la société tirent la sonnette d'alarme, indiquent que le système se dirige vers un effondrement imminent et donc préconisent les changements de société structurelles.
Les élites et leurs partisans sont aveuglés par la longue trajectoire apparemment soutenable qui précède un effondrement et la prennent comme une excuse pour ne rien faire. Macron appartient à ça et il est l'héritier de ça. Il est l'héritier d'une oligarchie qui est dans le déni. Tu vois, il y a un bouquin qui s'appelle « Perdre la terre ». Ça ne fait pas trop un télo, là je cite deux bouquins d'affinés mais c'est supportable. Vous me direz « Perdre la terre » de Nathaniel Rich qui analyse comment l'oligarchie et en particulier l'oligarchie pétrolière a réagi face au réchauffement climatique en cours. D'abord, il dit, voilà, les premières alertes c'est quoi ?
C'est John Tyndall 1859 qui dit qu'il y a les variations de CO2 dans l'atmosphère qui pouvaient entraîner des changements climatiques. On a ensuite Svante Arrhenius qui a un prix de la belle chimie en 1896 qui montre que la combustion de charbon et de pétrole peuvent conduire à des hausses de température mondiale. Ensuite, on a Guy Callender en 1939 qui montre qu'avec les 9000 tonnes de CO2 relâchées par minute, l'homme est devenu capable d'accélérer les processus de la nature.
Ensuite, on a Revelle en 1957 les êtres humains mènent actuellement une expérience géophysique à grande échelle d'un genre tout à fait unique qui n'aurait jamais pu avoir lieu par le passé et qui ne pourra se répéter à l'avenir. C'est lui qui met en place les premières mesures systématiques On a Johnson dans son discours d'investiture président américain qui dit « Notre génération a modifié la composition de l'atmosphère à l'échelle planétaire. » Tu vois, bon, c'est vieux.
Ensuite, on a un rapport officiel américain sur la fonte de l'Antarctique, l'élévation des mers, l'acidité des lacs et des rivières, des changements qui pourraient ne pas être maîtrisables même au niveau local ni même national et qui réclament des décisions planétaires. 1965 ! Je n'étais pas né Macron non plus. On a 1977, Revelle et Killing, il est devenu de plus en plus évident ces dernières années que la capacité humaine à perturber par inadvertance l'environnement planétaire a pris de vitesse les outils dont nous disposons pour anticiper la nature et l'étendue de cet impact. Donc, ce n'est même pas avant ta naissance, Macron !
Avant ta naissance, les scientifiques étaient déjà au courant de ça. Mais pourquoi on ne l'a pas su davantage ? C'est ce qu'étudie Nathaniel Riche qui dit « Dans un premier temps, et puis aussi, la gauche avait le vent en poupe, l'écologie avait le vent en poupe dans ces années-là, les pétroliers se sont dit « On n'a pas d'autre solution que de se réformer et de changer. » Et puis, Reagan est arrivé au pouvoir aux États-Unis, tu l'as étudié toi-même, c'est le grand bond en arrière écologique.
Parce que le grand bond en arrière permis par la mondialisation par Satcher, Reagan, Hayek, Friedman et compagnie, il a eu un volet fiscal, évidemment, les grosses boîtes qui payent moins d'impôts et c'est les petites gens qui payent, il a un volet sur les services publics, qui est à casse générale en ce moment de l'électricité, de l'hôpital, de l'école, ne peut se lire qu'à la lueur de cette contre-révolution, mais il a eu aussi un volet écologique puisque à cette époque-là, le progrès il réclamait qu'il y ait de plus en plus de régulations en matière écologique, environnementale et que là, Reagan, Satcher, on dit stop à ça, on dérégule, on laisse faire le marché et on a alors reculé à la fois sur le terrain concret des décisions mais sur aussi le terrain idéologique de prendre en compte le mur de l'effondrement qui était devant nous.
Macron, il est le fruit de ça, il est le fruit de cette oligarchie qui est dans le déni, il est le fruit aussi d'une oligarchie qui ne pense que par l'économie. Et j'ai cette phrase d'un économiste, justement, à la Brooklyn Institution, Lester Leaf, qui dit « Si le monde devait disparaître dans 25 ou 30 ans, cela ne changerait absolument rien pour les économistes d'aujourd'hui. » C'est-à-dire que, évidemment, la boussole face à la crise écologique en cours, ce n'est pas chez les économistes qu'on doit aller la chercher.
Ils peuvent nous filer des outils, ok, mais la direction, l'horizon, ce qu'on veut nous pour notre pays, pour notre planète et pour notre terre, ce n'est pas à ces petits calculateurs, ces experts comptables du PIB qu'on doit se référer. Ça doit être beaucoup plus vaste que ça. La manière dont on empoigne le destin de l'humanité, ce n'est pas seulement avec de la comptabilité. Bon, et donc Macron, il est héritier de ça. Il est héritier à la fois d'une oligarchie qui est dans le déni et qui ne voit les choses qu'avec cette petite lorniette minable des chiffres et de rien d'autre. Ça y est, je me souviens d'un peu.
Et ce déni chez Macron, ce n'est pas comme s'il avait eu la révélation, l'épiphanie, il nous avait déjà fait « J'ai changé », je ne sais pas si tu te souviens. Je peux faire d'ailleurs en une minute. Macron est l'écologie, si tu veux, en 2017, il n'y a quasiment rien dans son programme. Il s'en fout, ce n'est pas le sujet. Et puis d'un seul coup, il fait le « One Planet Summit ». Tu sais, j'y étais. J'ai vu Nicolas Hulot se jeter dans les bras des fonds de pension parce que c'était la grande illusion du moment macroniste, c'était que ce n'est pas la finance verte que la planète allait être sauvée. Bon, on n'a rien vu.
Mais maintenant, la nouvelle illusion macroniste qu'il veut jeter, c'est que c'est par la technologie, par la robotique, par la numérique, par la génétique que la France de 2030 sera une France écolo. Non, ce n'est pas vrai. C'est par des changements dans la société. Ce n'est pas comme si ce déni, il s'était terminé avec ses voeux puisque maintenant, il a vu que depuis l'été dernier, ça pouvait créer des catastrophes en France aussi. Non, le déni se poursuit chez Macron. Qu'est-ce que c'est sa grande ambition réformatrice ? C'est les retraites. Tu vois, ce n'est pas de se dire comment on fait pour que les gens se déplacent plus en train ? Ça, ça devrait être une grande ambition réformatrice.
Comment on fait pour que les gens réparent leur téléphone portable, tous leurs produits et qu'on ait pour moi un atelier de réparation par quartier ou par canton ? Ce n'est pas ça sa grande ambition réformatrice. Comment on fait pour rénover les 5 millions de passeurs thermiques ? Ce n'est pas ça sa grande ambition réformatrice. Non, c'est juste sur les retraites. Et tu vois, c'est marrant parce que je pense qu'on rentre toujours dans des grands événements par des petits bouts. La crise des Gilets jaunes, on y est rentré par le prix du gasoil, la taxe carbone.
Et puis finalement, à la fin, on a posé la question du référendum d'initiatif citoyen, de la république dans laquelle nous vivions, de qu'est-ce qu'on avait à faire ensemble. La révolution française, c'est une crise fiscale. C'est comment on va faire pour payer la guerre en Amérique ? C'était ça, la facture qui restait à payer. Et puis, on est rentré par ce bout-là et ça provient à grands événements. Là, on rentre dans la lorniette de la réforme des retraites et de se demander si ça va être à 62 ans, à 64 ans ou 65 ans. Ça veut dire des choses très concrètes dans la vie des gens. Mais plus largement, au fond, je crois que ça pose la question du sens de l'existence.
Est-ce qu'on doit avoir une existence qui est encorisonnée dans la production et la consommation ? Et ça, c'est la volonté de Macron, c'est la volonté des libéraux, c'est la volonté des économistes avec leurs petites lorniettes ou bien est-ce qu'on doit échapper à ça et avoir des pans de plus importants de nos vies qui échappent à ça ? Mais ça pose aussi la question du sens de l'histoire puisque tu sais que jusque aux années 80, le pays d'Occident où on travaillait le moins, où on travaillait moins que les Allemands, d'accord, mais moins que les Français, moins que les Italiens, c'était les USA.
Et que là aussi, tu as eu un grand bond en arrière qui a fait qu'avec Reagan, les gens se sont mis à cumuler deux boulots, ce que Macron est en train d'installer en France aujourd'hui en disant aux fonctionnaires « vous pouvez après la retraite continuer à bosser » ou en voyant, moi j'interroge les questionnaires de Monoprix qui prennent des ménages après, ça s'est banalisé le fait que les gens prennent plusieurs boulots et on est allé vers une réaugmentation du temps de travail.
Alors que Keynes pariait qu'à la fin du XXe siècle on travaillerait moins de 20 heures par semaine alors que le sens de l'histoire ça semblait être une diminution du temps de travail alors qu'on a eu des gains de productivité avec la robotique, le numérique et l'informatique. Bon, et là je pense que du coup cette petite question des retraites elle poste en fait la vaste question écologique. Quel est le sens de l'existence ? Est-ce que ça doit être d'être enfermé dans la production et la consommation ? Et quel est le sens de l'histoire ? Bon, on termine sur les vœux. Macron qui souhaitait ses vœux aux boulangers, aux bouchers, à tous les métiers de bouche.
avec évidemment le prix de l'énergie. Tu vois, j'ai un boulanger qui m'a remis ses tarifs d'électricité. Il était à 9 euros en gros du kilowattheure. Il passerait à 58 euros. C'est-à-dire une multiplication par 6. Les bouchers qu'on rencontrait sur Place Invalide juste à côté, c'était pareil. Il y en avait c'était une multiplication par 3, par 5, par 10. Bon, et les gens non seulement ils sont angoissés sur comment on va payer nos factures, mais c'est où est-ce qu'on va ? Quel est notre avenir ? Alors, je discute avec le boucher et il dit qu'est-ce que vous voulez ? Est-ce que vous voulez des aides ? Il dit on en a marre des aides. Je fais la liste des aides.
Tu vois, en fait, c'est des rustines qui sont mises en permanence pour colmater. Les boulangers disent des aides mais il faut aller les chercher sur Internet. C'est hyper compliqué. Nos experts comptables comprennent même pas les aides. Je t'assure. Non, ce qu'on veut, c'est le tarif réglementé. Je dis mais au fond, ce que vous voulez, c'est ce qui a existé pendant 40 ans, EDF nationalisé et puis des prix où vous savez que ça va augmenter de 3%, de 5%, mais enfin c'est prévu et vous pouvez vous organiser. Ben oui, c'est ça qu'on veut parce que sinon, on ne sait pas si on peut investir si on ne peut pas investir. Et c'est marrant parce que j'avais les maires des communes, c'est pareil.
Ils étaient dans l'angoisse de est-ce qu'on va pouvoir continuer à chauffer notre piscine mais aussi est-ce qu'on va pouvoir construire le local pour accueillir la poste mais est-ce qu'on va pouvoir construire ça ou est-ce que tout notre finance va passer dans payer l'électricité et le gaz et même les industriels, tu vois, je vais dans une bricaterie et le gars il dit bon, il va peut-être falloir que je coupe parce que là, ça va nous coûter trop cher en énergie et on a en fait, le capital tue le travail. C'est un patron qui te dit ça. Ils sont en train de nous bouffer la laine sur le dos. Ils ne nous font pas de cadeaux.
Et même le patron du Medef qui dit c'est une folie, c'est absurde, il faut sortir du marché européen de l'électricité. Et donc je dis au boucher finalement vous êtes de gauche. Tu vois, naturellement je sentais bien que ce n'était pas le... Mais ils avaient l'air de bien aimer pour ceux qui me connaissaient mais enfin tu vois, comme ça quoi. Je dis pourquoi, ben dis-moi, vous voulez de la régulation économique, vous voulez un EDF nationalisé, vous voulez sortir du marché, vous êtes de gauche. Et je pense que c'est un symptôme de la France aujourd'hui qui au fond est de gauche sans le savoir. Profondément ce que les gens veulent, c'est ça.
Et ce qu'ils voudraient pour l'école, c'est quelque chose de stable quoi, qu'on arrête de faire des réformes tous les ans où plus personne ne comprend rien. Si le bac il existe, si le bac il n'existe pas, les options que tu vas prendre en seconde. Moi j'ai mon fils qui va rentrer au lycée, là je ne comprends rien quoi. Bon, l'hôpital, que les gens puissent être soignés à l'hôpital, que les trains ils circulent à l'heure, tu vois, les gens ils seraient sur des demandes relativement basiques. Là où tu es chez EDF, électricité, maintenant on t'envoie un truc, tu as 19 numéros, téléphone à appeler, des 0800, on te dit que tu peux passer par Total Energy, pas.
Dans les voeux de Macron, en fait, il montre qu'il est pris dans une contradiction. Parce que lui, ce système du marché, il ne s'agit pas d'en sortir, il s'agit de le renforcer. Il est là pour installer de la concurrence dans le train, il est là pour installer de la concurrence entre les communes, de la concurrence entre les universités, de la concurrence entre les étudiants. c'est monsieur concurrence. Donc ce n'est pas lui qui va réformer le système, il ne le veut pas. En revanche, il va mettre des russines en permanence, c'est des Z, c'est des primes, c'est des chécounés, j'appelle ça. Et donc Macron est obligé de faire du contre Macron.
C'est Macron qui dénonce tous les numéros verts, alors que ça fait des années maintenant que nous on se moque d'eux en disant « Ah, disons, ce n'est plus un gouvernement, c'est un centre d'appel que vous êtes en train de mettre en place. » Ensuite, il dit « Mais c'est quand même scandaleux, les entreprises d'énergie, elles font des profits, des surprofits. » Mais attends, ça fait cinq ans que tu es là, ça fait cinq ans que tu les gaves. Et pourquoi Macron fait du contre Macron ? Parce qu'au fond, je pense qu'il a été élu à contre-temps de l'histoire. Je ne veux pas que je rentre dans mes grandes théories, sinon on est encore pour 20 minutes.
Mais à contre-temps de l'histoire, c'est-à-dire que tout comme Mitterrand avait été élu en 1981, alors que la vergue socialiste finalement a été déclinante, c'était déjà Reagan, Thatcher qui arrivait, Hayek et Friedman qui dominaient les esprits. Et bien on a au fond un Macron qui est le nouveau Reagan, le Reagan français, mais qui est élu à un moment où les libéraux n'ont plus le vent en poupe. Où concurrence, croissance, mondialisation, ce sont des mots qui dégoûtent les gens. Et en plus, avec la crise du Covid, la crise environnementale et aujourd'hui la crise en Ukraine, crise de l'énergie, il y a un besoin d'État qui se fait sentir.
Ce qui fait que Macron, l'homme qui veut la démolition de l'État, au fond, est obligé de restaurer un peu d'État, mais il n'a pas la psychologie pour le faire, il n'a pas la volonté pour le faire et il n'a pas l'idéologie pour le faire. Et donc il le fait par du bricolage en collant des réustines à droite et à gauche. Si on veut sortir de tout ça, de Macron et son monde, ça ne peut pas se faire seulement par Mélenchon, Faure, Tondelier, Roussel, Ruffin et tout ça en haut. Ce n'est pas vrai. Ça, si on veut en sortir, il faut qu'il y ait une volonté populaire qui émerge et qui rouvre un espoir dans la société. Et je crois que cette volonté populaire, là il est temps.
Il est temps qu'elle se fasse sentir sur un sujet populaire comme l'est les retraites et qui, je le dis, peut toucher au cœur des Français qui travaillent et qui parfois sont à la peine au travail et qui aussi comportent un enjeu profondément écologique sur la société dans laquelle on veut vivre demain et le sens de notre existence et le sens de notre histoire. Bon, allez, à mardi 19h, salle Olympe de Gouges à côté de Bastille et dans la joie et en fanfare. à mardi 19h.