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interviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 30 juin 2026 14 min

Canicule à Paris: «Je suis très surpris de l'inaction entre 2019 et aujourd'hui», déclare Jean-Michel Blanquer

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Locuteur

pour mon invité.

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Invité politique

Jean-Michel Blanquer, bonjour. Bonjour. Ancien ministre de l'Éducation nationale, ancien président fondateur du Laboratoire pour la République qui tiendra ses universités d'été. Troisième édition à Sens, Faire Sens ensemble. Jeu de mots, ce sera le 28 et le 29 août prochain. On va en parler évidemment. Mais d'abord, que vous inspire ce texte qui accorde plus d'autonomie à la Corse ou qui voudrait accorder plus d'autonomie à la Corse et qui a été adopté la semaine dernière en première lecture. C'est une question sur laquelle vous vous êtes exprimé avec Manuel Valls. Vous êtes des Républicains.

Il ne manquait plus de Jean-Pierre Chevènement avec vous pour signer cette tribune dans la tribune du dimanche.

0:44
Invité

Il aurait été très bienvenu. Et vous savez à quel point il a dit des choses très importantes dont on voit 20 ans ou 30 ans après à quel point elles étaient justes. Donc ça ne me gêne pas que vous associiez son nom. Et d'autres, parce que la philosophie républicaine, vous savez, ce n'est pas quelque chose d'abstrait. Ça signifie qu'on travaille pour le bien commun et qu'il y a une citoyenneté française qu'il faut savoir prendre au sérieux. On est d'ailleurs un pays qui, trop souvent, voit avec désinvolture cette question de la citoyenneté, du patriotisme. Pour moi qui ai vécu dans d'autres pays, je sais à quel point, dans pratiquement tous les pays du monde, on prend ça très au sérieux.

1:16
Invité politique

Mais pour la Corse, alors ?

1:17
Invité

Pour la Corse, le risque, c'est évidemment l'ouverture d'une boîte de Pandore considérable, la création d'un précédent. Le texte fait référence à un lien spécifique avec la terre, avec la culture, avec la langue, comme si ça n'était pas le cas dans d'autres régions de France. Donc il n'y a en réalité que des raisons de reconnaître, non juridiquement, que la Corse est magnifique, que la Corse a plein d'atouts, que la Corse doit rebondir sur le plan économique et social, que d'ailleurs la solidarité républicaine ne lui fait pas défaut, et qu'elle pourrait être plus efficace dans les temps à venir.

Donc tout ceci nous renvoie à des enjeux économiques et sociaux bien réels, qu'il faut prendre à bras le corps. Et au lieu de ça, on prend des fausses pistes institutionnelles, en allant toujours un peu plus loin dans la dérogation. La collectivité de Corse a déjà beaucoup de pouvoirs, en réalité. Et les résultats sont là. Aujourd'hui, on a plus de crimes organisés, plus de mafias en Corse. Alors est-ce qu'il faut aller encore plus loin dans la faiblesse de l'État, alors même que de nombreux Corses, qui à mon avis font une forme de majorité silencieuse, veulent l'État régalien, veulent l'ordre public, et aiment la France ? Les Corses ne sont pas discriminés.

Ils nous ont donné un empereur, ils nous ont donné de magnifiques serviteurs de l'État, de magnifiques entrepreneurs. C'est encore vrai aujourd'hui. Donc il n'y a pas de difficulté dans cet endroit-là, qui est l'endroit institutionnel. La difficulté, elle est économique et sociale, elle est liée à l'insularité. Bien sûr, il faut encourager tout ce qui permet l'épanouissement Corse. Il n'y a aucune... Vous savez, on est souvent caricaturé quand on est républicain en jacobin. Mais ce n'est pas du tout le cas. Moi, je suis très girondin. Je suis pour des pouvoirs importants pour les collectivités locales, mais qui soient les mêmes pour tous.

Il faut toujours avoir en tête une comparaison entre l'Allemagne et l'Espagne. L'Allemagne est très décentralisée, c'est même plus que ça, elle est fédérale, mais tous les landers sont égaux entre eux. Et donc vous ne voyez pas de grandes difficultés dans cette façon de fonctionner. Sauf qu'avec l'arrivée de l'AFD, si l'AFD prend un land, ce sera un vrai problème. Mais si vous regardez l'Espagne, c'est un État régionaliste, vous avez sans arrêt une surenchère sur les statuts. Alors nous, Français, nous sommes désinvoltes par rapport à ça. Nous faisons comme si ça n'existait pas en Europe.

Mais ce sujet, que ce soit en Corse, regardez ce qui se passe en ce moment aux Pays Basques, regardez ce que réclame, par exemple, le Conseil régional de Bretagne, lorsque, de manière là aussi très désinvolte, on a récemment voté quelque chose à l'Assemblée nationale pour un statut particulier de l'Alsace. Tous ces sujets, évidemment, ne soulèvent pas les foules parce qu'on a d'autres préoccupations du quotidien. Mais en réalité, c'est les enjeux de long terme de la République. Et si on aime la France, si on aime la République, on doit être très attentif à ces risques que l'on fait prendre au pays.

3:53
Invité politique

Comment vous les interprétez, d'ailleurs, ces signaux, ces particularismes ? Alors certains vont appeler ça du nationalisme, d'autres du régionalisme, d'autres encore, une archipélisation. Vous, vous parlez de communautarisme avec Manuel Valls. Comment vous expliquez ça ? Ça ne peut pas être qu'une lubie antirépublicaine. Il y a des phénomènes sérieux derrière.

4:14
Invité

Vous avez tout à fait raison de rechercher une matrice commune. Ce sont des phénomènes, d'ailleurs, pas seulement pour la France, mais ailleurs. Regardez où en est le Royaume-Uni sur ces sujets. Le Royaume-Uni, à force de céder au communautarisme islamiste, à force d'avoir été, là aussi, désinvolte sur les enjeux d'unité, est en voie de grandes fragmentations.

Le sujet, c'est que nos sociétés contemporaines, qui sont les premières à avoir une telle période longue de démocratie et de paix, si elles n'ont que la démocratie et pas la République avec la démocratie, autrement dit, si en plus des droits et des libertés, elles n'ont pas le contrat social, le bien commun, le sens de l'intérêt général, alors elles se déséquilibrent. Et elles vont avoir de telles contradictions internes qu'elles vont rechercher l'autoritarisme. Et c'est ce que nous vivons aujourd'hui aux Etats-Unis. Si nous ne voulons pas une chose de ce genre en France, il faut prendre au sérieux le bien commun.

Il faut prendre au sérieux qu'il y a une citoyenneté française avec des droits et des devoirs. Et tout ça peut parfois paraître abstrait. Et en réalité, on a là des cas pratiques qui font que si on ne sonne pas l'alerte, et c'est ce que je fais, eh bien, évidemment, il n'y aura aucun problème demain matin, mais après-demain, ce sera une autre histoire. Jean-Michel Blanquer,

5:20
Invité politique

on va parler de droits et de devoirs, mais de ceux qui passent le bac, je voudrais vous faire écouter le commentaire d'une enseignante qui corrige des copies et qui n'a jamais vu passer de circulaire sur la rigueur demandée par le ministre de l'Éducation nationale, votre successeur, Édouard Geffray, dans la correction des copies quand il s'agit de noter et de corriger l'orthographe défaillante de beaucoup d'élèves.

5:45
Présentateur

Je n'ai jamais vu un inspecteur, je n'ai jamais vu un texte qui laissait entendre que lorsqu'on avait une copie très mal écrite, il fallait de ce seul fait ne pas lui mettre la moyenne. Ce n'est pas possible ça. Au contraire, moi, j'ai toujours entendu des propos plutôt de bienveillance, gardons en tête qu'il faut valoriser la copie et qu'il y a d'autres aspects qui méritent sans doute des points. L'expression, c'est devenu vraiment un élément accessoire parce que tout simplement, c'est vrai qu'il faut quand même que les notes se tiennent.

6:15
Invité politique

Moi, je me souviens d'un prof qui m'avait mis un en philo et il avait dit pour le papier et pour l'encre. Je ne dis pas que c'est ce que dit cette enseignante, mais il y a quand même quelque chose, on marche un peu sur la tête. Un ministre de l'éducation nationale qui dit qu'il faut être égaux avec l'orthographe, on ne peut pas laisser passer certaines choses. Puis 15 jours plus tard, parce qu'il a fait 35 ou 40 degrés, on dit qu'on va être un peu plus coulant. Et puis des profs qui sont habitués, mais vraiment, on sent une habitude dans ce commentaire de, je ne vais pas dire de laxisme, mais une bienveillance qui va bien au-delà de ce que doit être une copie correctement notée.

6:50
Invité

En fait, il y a toute une pente à remonter et elle aussi, elle ne se remonte pas en un jour. C'est-à-dire que la baisse de l'orthographe, c'est un phénomène qui dure depuis les années 80. Si vous avez écouté, fait attention à des choses que j'ai pu dire ou faire entre 2017 et 2022, on a énormément mis l'accent là-dessus, mais on l'a fait notamment à l'école primaire, c'est-à-dire pour des élèves qui ne sont pas encore en train de passer le bac. Je ne vous dis pas que dans 5 ou 6 ans, ils auront tous une orthographe parfaite.

Mais la pente à remonter est tellement énorme, elle requiert de tels efforts et effectivement, elle requiert de tels changements de mentalité aussi bien dans les corps intermédiaires que dans le corps professoral qu'il faut évidemment tourner vers cela en admettant que ça prendra du temps. Aujourd'hui, l'orthographe est la plupart du temps déplorable, mais je peux vous dire que les programmes de l'école primaire aujourd'hui, les évaluations que nous avons mis en place en début de CP, début de CE1, de CM1, de sixième, de quatrième, de seconde, tout ça, à chaque fois, mesure l'orthographe, mesure par exemple en CE1 la rapidité de lecture, la compréhension de texte.

C'est tout un effort gigantesque qui a été commencé. Malheureusement, je l'ai déjà dit et écrit, un peu abîmé depuis 2022 par le fait qu'il y ait eu sept ministres de l'Éducation nationale, mais enfin, je salue quand même l'effort d'Edouard Geffray pour reprendre un peu cette ligne claire qui est l'exigence en matière d'orthographe.

8:06
Invité politique

On a le sentiment quand même que si on devenait trop sévère au bac et qu'on ne le donnait pas à tout le monde, eh bien, on se retrouverait un peu comme le problème des prisons. Si on condamne trop les gens à la prison, eh bien, on va engorger les prisons et on ne peut pas accueillir tout le monde. Et si on est trop sévère au bac, on est obligé de garder trop d'élèves et on ne peut pas accueillir tous les élèves. C'est quand même cette petite musique-là qu'on entend.

8:27
Invité

Oui, mais en même temps, n'oublions jamais qu'on dit des choses parfois un peu simplistes là-dessus. C'est-à-dire, par exemple, on dit 80% d'une génération à le bac. C'est vrai. N'oublions pas que là-dessus, c'est 40% seulement qui a le baccalauréat général. Le reste, c'est bac pro et bac techno. Donc, ce n'est pas 80% qui ont le bac, c'est 80% qui ont les bacs. Et souvent, on dit oui, il y a trop de bacs et pas assez d'enseignement professionnel. Mais en réalité, la moitié des jeunes de cette génération, ils vont vers le professionnel et le technologique. Donc, ce n'est pas la réponse complète à votre question.

Bien sûr qu'il y a cette dimension-là, mais c'est aussi un peu normal de certifier la fin de l'enseignement secondaire. Et ce qui est vraiment nouveau maintenant, c'est une meilleure répartition dans l'enseignement supérieur des élèves en fonction justement de leur niveau, un rôle plus important des mentions dans la sélection des étudiants. Vous n'avez plus un étudiant qui arrive en médecine par tirage au sort, par exemple, comme c'était le cas auparavant. Donc, il y a eu des progrès en cette matière.

Mais là aussi, c'est pareil, c'est une pente à remonter et il faut qu'on réussisse à avoir une sorte de contrat social français sur ce qu'on veut du système scolaire et ce qu'on veut comme compétences et connaissances chez un jeune lorsqu'il arrive à l'âge adulte. C'est un projet de société.

9:34
Invité politique

Un mot. Vous avez connu, vous, en tant que ministre, une canicule. C'était à la fin de 2019. Mais bon, les élèves n'étaient plus en examen ou quasiment plus scolarisés à ce moment-là parce que les vacances arrivaient. Comment vous appréciez ce débat sur la climatisation ? Est-ce qu'il faut climatiser tous les établissements, se préparer au réchauffement climatique ou finalement, c'est un sujet plus complexe ?

9:55
Invité

Vous savez, entre autres fonctions avant d'être ministre parce que je pense qu'avant d'être ministre, c'est bien d'avoir un peu vécu. Vous avez dirigé des établissements ? J'ai été recteur de Guyane où il fait chaud tout le temps et où parfois il y avait la climatisation mais la plupart du temps, il y avait surtout des systèmes d'aération très bien faits. Donc, dans certains cas, c'est la climatisation mais dans d'autres cas, c'est tout simplement un bâti scolaire bien fait avec de l'isolation et de la circulation d'air qui permet d'avoir la réponse. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut au moins l'un ou au moins l'autre et pas rien du tout.

C'est vrai que quand j'ai vu ce qui s'est passé ces derniers jours et que j'ai repensé à 2019 où j'ai reporté le brevet et j'ai reporté le brevet parce que c'était insupportable de passer l'examen dans ces conditions mais aussi parce que je voulais une sensibilisation de tous dans la durée et j'ai lancé un appel aux collectivités locales à l'époque pour un équipement nouveau et certaines l'ont fait et d'autres ne l'ont pas fait. Donc, c'est aujourd'hui, vous le savez, les collectivités locales qui sont en responsabilité et chacun peut juger. C'est une réponse très hétérogène.

S'agissant de la ville de Paris qui n'est pas une petite ville et qui n'est pas pauvre, je suis très surpris de, par exemple, l'inaction entre 2019 et aujourd'hui. C'est quelque chose qui ne va pas.

11:03
Invité politique

Parlons de l'université d'été du laboratoire pour la République. 28-29 août, à Sens. Bien trouvé. Faire Sens à Sens. Alors, vous avez évidemment discuté de l'élection présidentielle. Vous avez discuté de mesures très concrètes. Vous avez invité le prix Nobel d'économie Philippe Aguillon et qui d'autre ?

11:22
Invité

Alors, vous avez à la fois des grands experts comme Philippe Aguillon. Vous aurez là aussi de belles surprises sur l'intelligence artificielle, sur les grands sujets qui occupent l'esprit public aujourd'hui à juste titre puisqu'on est devant plusieurs révolutions à la fois.

11:34
Invité politique

De belles surprises sur l'intelligence artificielle. Vous avez fait venir Yann Lequin, par exemple.

11:38
Invité

Vous verrez bien. En tout cas, il y a quelques surprises. Je chauffe. Au-delà. Exactement. Et puis, vous avez aussi des responsables politiques qui viennent. Vous aurez, par exemple, Édouard Philippe et François Hollande qui auront un débat. Vous aurez des gens comme... Philippe et Hollande vont avoir un débat. Sébastien Lecornu va venir, François Baroin, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Karim Bouamran, Jérôme Gage. Bref, de gauche et de droite républicaine parce que je crois qu'on peut proposer pour la prochaine présidentielle un projet de société qui ne soit pas sur les questions de personnes, justement, mais qui soit sur le fond. Et nous avons des propositions extrêmement concrètes.

Ce n'est pas juste un colloque pour parler. Il y a toute une préparation en amont, par exemple, sur les sujets dont nous avons parlé, sur l'aménagement du territoire. Gouverner la France, j'en avais parlé à votre micro pour mon livre Civilisation française. Gouverner la France, c'est d'abord veiller à son équilibre territorial. Et donc, on a abandonné l'aménagement du territoire depuis 30 ou 40 ans. C'est vrai que c'est un sujet

12:36
Invité politique

qui vous tient à cœur, mais au-delà de ça, quand j'entends les noms que vous citez, centre-droite, centre-gauche, arc républicain, pour le coup, pourquoi ne pas inviter des gens plus extrêmes ? Pas de RN, pas de LFI, ce n'est pas possible, on ne peut pas discuter avec ces gens-là ?

12:52
Invité

Ça m'arrive de débattre avec eux, mais ce qu'on réussit pendant ces deux jours, c'est quand même de se parler avec, disons, courtoisie et respect, avec l'idée que le dialogue démocratique, c'est d'abord ça. Et donc, la forme dit quelque chose du fond. Donc, en fait, j'invite les gens avec qui on peut parler et même éventuellement aimer la différence de l'autre et même arriver à changer, faire évoluer son opinion et surtout l'affiner grâce au dialogue.

Et donc, c'est pour ça d'ailleurs que je dis à tous vos auditeurs qui sont bienvenus, c'est ouvert à tous, on peut s'inscrire sur Internet et donc on appelle ça faire sens ensemble parce que je crois qu'il y a un projet de société possible et qu'on peut dire à un jeune de 20 ans aujourd'hui, oui, les choses pourront aller mieux dans la France de 2030, de 2040, de 2050.

On peut dresser des perspectives, évidemment pas le temps de toutes les développer ici, mais par exemple, on accorde énormément d'importance à la question maritime de la France, à l'aménagement du territoire, évidemment, tous les aspects régaliens dont j'ai un peu parlé aujourd'hui, l'aspect éducatif, évidemment, la santé, etc. Jean-Michel Blanquer, merci.

13:48
Invité politique

Merci à vous. L'université d'été du Laboratoire de la République est ouverte à tout le monde. Infos sur le laboratoire de la République.fr, les 28 et 29 août, à Sens. Merci Jean-Michel Blanquer, à bientôt. Merci à vous. Il est 8h30 à suivre Charles Bonner pour le rappel des titres et la revue de presse.

14:02
Locuteur

Merci à vous.

Canicule à Paris: «Je suis très surpris de l'inaction entre 2019 et aujourd'hui», déclare Jean-Michel Blanquer · Pourquijevote