Soutien à la culture, réouverture des bars et restaurants, impact économique du Brexit... Le "8h30 franceinfo" de Bruno Le Maire
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Bonjour Marc Fauvel. L'Allemagne qui a longtemps été considérée comme un modèle dans la lutte contre l'épidémie va finalement se reconfiner après-demain. Fermeture des commerces non essentiels, fermeture des écoles pendant quasiment 4 semaines. Est-ce que vous diriez, comme le Premier ministre Jean Castex, que la France aujourd'hui s'en sort mieux que ses voisins ?
Je dirais surtout que les Français peuvent être fiers de la manière dont ils ont vécu le confinement et dont ils nous ont permis de stopper la circulation du virus. Quand nous avons décidé avec le Premier ministre, le Président de la République, le confinement au mois de novembre, beaucoup ont critiqué cette décision. Mais le résultat, c'est que nous avons réussi à stopper la circulation du virus et que d'autres pays qui n'avaient pas pris des mesures aussi fortes sont obligés de le faire juste avant Noël, dans les semaines qui précèdent Noël. C'est le cas de l'Allemagne.
Angela Merkel a fait une nouvelle fois la preuve de son sens des responsabilités, d'abord en lançant un appel vibrant au Bundestag pour la responsabilité de chacun et ensuite en prenant ces décisions courageuses que nous, nous avons prises il y a un peu plus d'un mois qui nous ont permis de stopper la circulation du virus. Moi, je voudrais surtout appeler chacun maintenant à la responsabilité avant Noël. On a réussi à stopper ce virus. On voit qu'on a atteint maintenant un plateau. Il ne faudrait surtout pas que ça redémarre au lendemain des fêtes de Noël.
Ça, ce serait un échec collectif, dramatique pour nous tous et, au passage, dramatique pour notre économie, pour nos emplois et pour nos entreprises.
Alors, on a ralenti l'épidémie, mais ce n'est pas suffisant puisque les lieux culturels ne vont pas rouvrir tout de suite, contrairement à ce qui était prévu. Si Français sur 10, par exemple, ne comprennent pas pourquoi on maintient fermé ces lieux culturels, ces choix du gouvernement français, ils sont incompris, parfois. C'est le cas encore aujourd'hui. Et pourtant, vous dites, on fait les meilleurs choix. Comment vous l'expliquez ?
Je ne dis pas, on fait les meilleurs choix. Je dis, nous faisons les choix les plus responsables possibles, après beaucoup de discussions. Roselyne Bachelot s'est beaucoup battue. Elle a défendu la réouverture des théâtres, des cinémas. Elle le fait avec tout son cœur et tout son talent. Nous avons jugé collectivement, le président de la République a pris ensuite la décision de fermer ces théâtres, ces cinémas, de laisser les lieux culturels fermés. C'est un déchirement pour tout le monde. Et ça n'est jamais une décision facile. Vous entendez l'incompréhension de cette mesure ? J'entends toutes les incompréhensions, toutes les colères.
Mais je dis simplement que plus vous ouvrez de lieux, plus il y a de personnes qui circulent, donc plus il y a de risques de circulation du virus. Je ne dis pas que toutes nos décisions, à chaque fois, sont les meilleures. Je dis simplement que nous pesons le pour et le contre, et que nous avons estimé en l'espèce que rouvrir des lieux culturels, c'était avoir plus de circulation de personnes, dont plus de circulation du virus, et que c'était peut-être un risque excessif. C'est ce qui nous a amené à cette décision.
Mais je tiens à dire à tous les acteurs de la culture, comme je l'ai dit à Roselyne Bachelot, à ceux qui dirigent un théâtre, à ceux qui dirigent un cinéma, à ceux qui s'occupent de films, à ceux qui dirigent des musées, des lieux de culture, nous serons là pour les soutenir, y compris financièrement. Et je l'ai dit à Roselyne Bachelot ce week-end, tout ce dont la culture a besoin pour passer ce moment difficile, nous le lui accorderons.
Ça veut dire quoi ? Qu'il y aura un plan de relance pour la culture supplémentaire ?
Ça veut dire que s'il y a des difficultés financières ici ou là, nous continuerons de soutenir le secteur culturel, comme nous soutenons aujourd'hui tous les secteurs qui sont les plus touchés par la crise du coronavirus et par ses conséquences économiques.
Quelle est la règle pour la réouverture des lieux de culture aujourd'hui ? La règle sera fixée par le président public, par le Premier ministre,
avec la consultation des acteurs de la santé, du conseil scientifique. Moi je suis ministre des économies et des finances, je ne peux pas vous dire quelles seront les règles qui présideront à cette réouverture. Je suis là pour accompagner les secteurs les plus en difficulté. Parce que la réalité aujourd'hui de la crise, c'est que ça redémarre très bien dans certains secteurs, mais que d'autres secteurs sont beaucoup plus touchés que les autres. C'est les restaurants, c'est les bars, c'est les hôtels qui ont des taux d'occupation au mois de novembre qui sont extrêmement faibles. C'est les cinémas, c'est les théâtres, c'est le monde de la culture, c'est tout secteur événementiel.
Donc la stratégie que nous avons maintenant, c'est de concentrer notre soutien sur ces secteurs qui sont les plus touchés et dans le même temps de relancer l'activité économique là où ça peut redémarre.
Bruno Le Maire, sur cette histoire de calendrier, s'il faut attendre le 7 janvier pour savoir si déjà on va rouvrir les lieux culturels, le 20 janvier pour les restaurants et les cafés, c'est loin d'être sûr.
Mais je ne peux pas vous dire avec certitude que nous rouvrirons les bars et les restaurants le 20 janvier. Ce serait malhonnête de ma part. Je crois avoir tenu un discours de vérité depuis le premier jour de cette crise. Je continuerai à le tenir. Je recevrai à nouveau les restaurateurs dans les semaines qui viennent. Je verrai avec eux quels sont les accompagnements complémentaires qui sont nécessaires pour eux. Comment est-ce qu'ils peuvent redémarrer ? Comment est-ce qu'on peut les accompagner aussi sur le long terme ? Parce que les restaurateurs aujourd'hui vivent des moments qui sont terribles. Terribles psychologiquement et terribles économiquement.
Donc nous allons continuer à les accompagner. Mais vous dire le 20 janvier c'est fini, on rouvre. Il n'y a pas de difficulté. Ce serait prendre un risque excessif de dire cela.
Quand vous entendez les représentants du secteur de la restauration Bruno Le Maire dire qu'il y a environ un tiers du secteur qui n'arrivera pas à s'en relever, en dépit des aides, et elles sont importantes, qui ont été accordées par l'État, est-ce que ce sont des chiffres que vous avez vous aussi sur vos tablettes à Versy ?
Non, ce ne sont pas des chiffres que je confirme. D'abord parce que moi je vais me battre pour que chaque établissement puisse rester ouvert, que chaque restaurant puisse continuer. Vous savez quand nous avons pris la décision avec Jean Castex de relever le plafond d'indemnisation jusqu'à 200 000 euros par mois, avec un fonds d'indemnisation, un fonds de solidarité qui est aujourd'hui la clé de voûte du soutien aux restaurateurs, aux bars, aux hôtels. Tous ces restaurants aujourd'hui, ils peuvent avoir une indemnisation de 20% de leur chiffre d'affaires par rapport à l'année 2019. On veut couvrir toutes leurs charges fixes.
On prend en charge l'activité partielle à 100%, autant de temps que resteront fermés les restaurants. Et s'il faut là encore des mesures complémentaires ici ou là, des soutiens particuliers, une aide à la reconversion pour ceux qui pourraient le souhaiter, nous serons là. Donc tout n'est pas encore sur la table ? Tout n'est pas encore sur la table. De quoi qu'il en coûte, de continuer encore ?
Parce que ce n'est pas une question de quoi qu'il en coûte, c'est aussi une question d'accompagnement psychologique, d'accompagnement à la formation, à tous ceux qui pourraient se dire écoutez, nous on veut maintenant passer à autre chose, on ne pourra pas rouvrir notre restaurant, on voudrait passer à autre chose. Il faut aussi pouvoir les accompagner. Mais la règle, c'est que ceux qui souffrent le plus sont ceux qui doivent être le plus accompagnés. Il y a des patrons aujourd'hui qui n'en peuvent plus ? Bien sûr. Et vous savez, on a ouvert une cellule, un numéro ouvert au ministère de l'économie et des finances.
Et j'entends tous ces restaurateurs, tous ces patrons de bar, tous ces hôteliers, d'ailleurs je les reçois, je les vois régulièrement toutes les semaines, qui me disent on n'en peut plus. Ce n'est pas simplement qu'on a besoin d'argent pour vivre, ce n'est pas uniquement ça. C'est qu'on n'en peut plus de tourner en rond, on n'en peut plus de ne pas voir nos salariés, on n'en peut plus de ne pas accueillir nos clients, on n'en peut plus de ne pas faire notre métier. C'est ça qui est déchirant pour un restaurateur qui a consacré toute sa vie aux autres et au plaisir de recevoir et d'accueillir. Il ne peut plus faire son métier. C'est déchirant.
Donc le moins qu'on puisse lui apporter, c'est le soutien financier. Mais on veut pouvoir faire plus, c'est-à-dire regarder avec lui vers où il veut aller. Est-ce qu'il veut changer d'activité ? De quoi est-ce qu'il pourrait avoir besoin de plus ? Dans ces temps qui sont des temps de détresse pour les restaurateurs et pour un certain nombre de secteurs économiques, notre rôle est d'accompagner.
Bruno Le Maire, ministre de l'économie, invité de France Info. Jusqu'à 9h, on s'interrompt le temps du fil Info à 8h40 avec Mélanie Delaunay.
Près de 400 000 habitants invités à se faire tester gratuitement. Deux villes lancent aujourd'hui un dépistage massif du Covid. Le Havre et Charleville-Mézières, c'est une première en France. À quelques jours de Noël, avoir ce dépistage massif, c'est un moyen de limiter la circulation du virus, dit le maire du Havre, Édouard Philippe, sur France Bleu Normandie ce matin. 11 000 cas en 24h en France. En Allemagne, l'épidémie flambe. Pas loin de 30 000 contaminations quotidiennes ces derniers jours. Les magasins non essentiels et les écoles ferment à partir d'aujourd'hui en Saxe, la région la plus touchée, avant des restrictions dans tout le pays à partir de mercredi.
Emmanuel Macron rencontre en fin d'après-midi des membres de la Convention citoyenne sur le climat. Certains s'inquiètent du sort réservé à leurs propositions. On sait que le président a envie d'en sortir par le haut parce qu'on est quand même un caillou dans sa chaussure, estime l'un des participants ce matin sur France Info. C'était l'un des maîtres du roman d'espionnage. John Le Carré est mort, il avait 89 ans. David Cornwell, de son vrai nom, avait été agent secret avant de se lancer dans l'écriture de 25 romans.
Toujours avec le ministre de l'économie Bruno Le Maire.
Avec la crise, la dette de la France a explosé. On va atteindre les 122% du PIB à la fin de l'année. Qui va payer ? C'est la question qu'on se pose. C'est la question que s'est posée aussi Jean-Luc Mélenchon. Il était l'invité de BFM TV hier. On l'écoute.
Qui va payer ? Est-ce que vous annoncez à la jeune génération et à ce pays que vous allez mettre 20 ans pour payer la dette du Covid, plus 100 ans pour payer ? C'est sûr que c'est la jeune génération qui va payer. Mais non, elle ne paiera rien. J'espère qu'elle aura plus de courage que ses parents et qu'elle saura mettre un terme à cette comédie. La dette n'est pas payable. Personne ne pourra rembourser cette dette. Je vous le redis. Donc la Banque Centrale Européenne est en état de la neutraliser.
La dette n'est pas payable et compte sur la Banque Centrale Européenne pour mettre au frigo, comme il dit, une partie de la dette publique de la France. Vous lui dites quoi ? C'est une bonne idée ?
C'est vrai que Jean-Luc Mélenchon est au bout de son raisonnement et qu'il demande la sortie de la France de l'Union Européenne. Parce que c'est ça que propose Jean-Luc Mélenchon. Quand vous dites qu'on ne va pas rembourser notre dette, qu'on ne va pas respecter les traités européens, dans ce cas-là, on sort de l'Union Européenne. La France a toujours honoré sa signature. Et elle honorera aussi sa signature sur cette dette. De quelle façon ? D'abord en retrouvant la croissance, en étant capable de retrouver de la prospérité. Ensuite, en étant capable d'être responsable sur ses finances publiques.
Parce que ce qui fait que la dette française, au cours des décennies, n'a cessé de s'accumuler, c'est qu'on a trop souvent laissé filer les déficits publics. Et c'est l'honneur de cette majorité, je le redis au passage, d'avoir été capable, au cours des trois dernières années, de sortir la France de la procédure pour déficit public excessif et de passer sous les 3% de déficit. Donc quand il y a la volonté, c'est possible de tenir les comptes publics. Enfin, la troisième façon de réduire la dette publique, sur le long terme, c'est d'engager des transformations structurelles de notre pays. De ce point de vue-là, vous connaissez ma conviction.
Je considère qu'il faut, au-delà de la réforme de l'assurance-chômage sur laquelle travaille Elisabeth Borde, regarder attentivement quand et comment nous pouvons engager une réforme des retraites en France.
Pendant ce mandat d'Emmanuel Macron ? Ou, comme l'a dit Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale hier, ça pourrait être la première réforme d'un deuxième quinquennat ?
Ce sera au président de la République et à lui seul de décider le calendrier. Mais vous voyez bien que les faits sont têtus. Vous ne pouvez pas avoir un régime de retraite qui reste déficitaire pendant des décennies jusqu'en 2045. Sinon, c'est les retraites de nos enfants, pour reprendre l'expression de Jean-Luc Mélenchon, que vous menacez et que vous mettez en péril. Vous ne pouvez pas continuer à avoir une nation qui est pourtant une nation puissante, qui a toutes les qualités pour réussir, dans laquelle le volume global de travail tout au long de la vie est un des plus faibles de tous les pays de l'OCDE. Bruno Le Maire, au moment de la réforme des retraites,
on nous a expliqué, ici même, chaque matin, quand on recevait un membre du gouvernement, que cette réforme des retraites n'était pas là pour faire rentrer davantage d'argent dans les caisses, que c'était une réforme de justice fiscale. Aujourd'hui, vous nous dites que c'est un outil, justement, pour gagner de l'argent et pour éponger la dette. Vous comprenez que le discours a un petit peu changé en quelques mois. Et que certains des gens qui nous écoutent ou qui nous regardent peuvent se dire qu'il y a un loup dans cette réforme.
Mon discours n'a jamais changé. Vous, non, mais d'autres membres du gouvernement nous ont expliqué que ce n'était pas une réforme pour gagner de l'argent. C'est mon rôle de ministre des Finances, de faire en sorte que les finances publiques du pays soient bien tenues. Donc, ma conviction très profonde, c'est qu'on peut parfaitement concilier les deux, c'est-à-dire avoir un régime de retraite dans lequel les équilibres financiers soient garantis, parce que c'est essentiel pour vous, c'est essentiel pour nos enfants, c'est essentiel tout simplement pour le niveau de vie des Français.
Et puis, dans le même temps, engager une réforme structurelle, le moment venu, pour avoir un système par points, comme le dit parfaitement Richard Ferrand, c'est un système qui est plus juste, un système qui est plus transparent, qui est plus lisible, qui demande beaucoup de temps, parce que c'est extrêmement complexe. Mais alors c'est quand le moment venu ? C'est pas votre calendrier ? Ça demande du temps parce que c'est extrêmement complexe, ce système de retraite par points, mais les deux sont compatibles. On peut vouloir l'équilibre financier et la justice du système de retraite par points ensemble. Mais l'équilibre financier, ça ne permet pas de rembourser la dette.
Ça permet juste de ne pas la creuser davantage. Mais ça permet de ne pas la creuser davantage. Ce n'est pas la même chose. Ce qui est déjà pas mal. Et ça permet surtout d'avoir un régime de retraite qui est équilibré. Et je pense que si nous sommes attachés, comme je le suis, à un régime de retraite par répartition, où une génération paye pour une autre génération, il est important de garantir cet équilibre financier en envisageant que tout le monde travaille davantage et que la nation française, dans son ensemble, travaille davantage. Moi, je vous donne ma conviction de fond. Je suis attaché au système social français. Parce qu'il est protecteur et parce qu'il est solidaire.
Mais vous ne pouvez pas avoir le système social qui est un des plus généraux de la planète et, dans le même temps, être une des nations développées dont le volume global de travail tout au long de la vie est un des plus faibles. Là, il y a un petit truc qui cloche. Il y a un hic. Et je pense qu'il vaut toujours mieux regarder ce qui cloche et essayer de l'améliorer plutôt que de mettre la poussière sous le tapis. Vous savez, mon engagement politique, depuis des années, n'a jamais été de mettre la poussière sous le tapis. C'est de mettre sereinement les problèmes sur la table pour essayer de les régler. Nous avons un problème d'équilibre financier du régime de retraite.
Il devra être réglé le moment venu.
Mais c'est quand, le moment venu ?
Le moment venu, c'est quand...
Vous parliez de priorité absolue.
Ça veut dire là, maintenant ? Ce sera la priorité absolue quand viendra le moment de rétablir les équilibres financiers du pays. Ce moment-là, ce n'est pas le moment où nous sommes. Quand vous regardez très rapidement sur cette crise économique, elle nous a frappés à partir de février-mars. Le premier temps, ça a été la protection absolue des salariés et des entreprises. Nous l'avons fait.
Nous sommes aujourd'hui très clairement dans le deuxième temps de la crise, c'est-à-dire celui où il faut continuer à protéger les secteurs les plus fragiles et relancer l'activité économique pour sortir, comme la Banque de France l'a indiqué, en 2022, avec le même niveau de développement économique qu'en 2019 et, je l'espère, avec plus d'innovation, plus de technologie et surtout une économie plus décarbonée. Il viendra le troisième temps, celui sur lequel il faut déjà commencer à réfléchir pour qu'on puisse l'engager sereinement, où il faudra rétablir les finances publiques françaises. Donc après 2022, si on suit bien votre calendrier ? Pas forcément. Ça dépendra. Non, pas forcément.
La date qui nous permettra d'engager ce rétablissement des finances publiques, c'est quand la croissance commencera à revenir, qu'elle sera forte, qu'elle sera stable. Là, il faudra engager le rétablissement des finances publiques et c'est bien pour ça qu'avec Olivier Dussopt, nous avons nommé une commission, dirigée par Jean Arthuis, qui doit nous faire des propositions libres et fortes pour que nous soyons prêts le moment venu.
Il y a une échéance bien plus proche, Bruno Le Maire, à la fin du mois, c'est le Brexit. Pour l'instant, on s'achemine vers un no deal, c'est-à-dire pas d'accord entre Londres et les 27 pays de l'Europe. Le Royaume-Uni, ce week-end, a menacé de déployer des navires de guerre, des navires de la Royal Navy, pour empêcher les pêcheurs de toute l'Europe, et notamment les pêcheurs français, de venir jeter leurs filets dans ces eaux territoriales s'il n'y a pas d'accord le 31 décembre à minuit. Est-ce que c'est de bonne guerre de commencer à envoyer des bâtiments de la Royal Navy ?
Ou est-ce que vous dites, attention, trop c'est trop, on se calme, et on retourne autour de la table et on négocie maintenant ?
Vous savez, quand on a fait une erreur, très souvent, pour la masquer et la corriger, on fait des déclarations, on prend des décisions spectaculaires, qui masquent une triste réalité. C'est que les grands perdants du Brexit, ce seront les Britanniques. La nation qui sortira affaiblie du Brexit, c'est la Grande-Bretagne. Et le Brexit, pour reprendre un mot tout simple de John Le Carré, à qui j'en profite pour rendre hommage, est une folie. Une folie politique. Une folie économique. Et une folie historique.
Et je regrette que mes amis britanniques aient à en payer le prix, parce qu'ils payent le prix du populisme, ils payent le prix des mensonges, ils payent le prix des approximations de la campagne. On a fait croire aux Britanniques qu'ils allaient pouvoir sortir de l'Union Européenne, mais continuer à garder accès au marché unique européen, qui est un des plus riches de la planète. Eh bien non, nous nous leur expliquons. Le président de la République a raison de faire preuve de fermeté. Et la présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, a raison de faire preuve de fermeté. Vous ne pouvez pas avoir, mais en cas de Nodil, on y perd beaucoup aussi ?
Nous, on n'y perd pas beaucoup. J'entends dire partout qu'on y perd beaucoup. Je reviens juste à mon raisonnement pour vous dire qu'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. On ne peut pas dire, je sors, je suis indépendant, mais en même temps, je vais garder l'accès à l'un des marchés les plus riches de la planète, sans respecter les règles environnementales de ce marché, sans respecter les règles sociales, sans respecter la moindre des règles de ce marché unique. Ensuite, les grands perdants, je le redis, ce seront les Britanniques. Nous, en France, nous allons avoir quelques secteurs très durement touchés. Ils ont besoin de tout notre soutien.
Le président de la République ne cesse de se battre pour les pêcheurs. Il a raison. C'est fondamental, l'activité de pêche. C'est fondamental pour nos côtes. C'est fondamental pour quelques communes. C'est fondamental pour Boulogne-sur-Mer. C'est fondamental pour le Guilvinec. Et puis, c'est fondamental pour notre culture. Nous sommes un peuple de marins, un peuple qui a des pêcheurs et qui est attaché à l'importance de cette pêche. Je le dis comme ancien ministre de la pêche. Je suis totalement solidaire des pêcheurs.
Nous aurons aussi 150 000 entreprises qui exportent vers la Grande-Bretagne, qui vont être touchées, que nous accompagnons depuis des mois, que nous aidons à remplir des procédures douanières qu'elles n'avaient pas à remplir auparavant. Nous serons là pour les soutenir. Mais si on prend un tout petit peu de recul, un tout petit peu de recul, ceux qui vont être durement touchés, c'est les Britanniques, ce n'est pas la France. La France, le commerce vers la Grande-Bretagne, c'est environ 33 milliards d'euros. Ce n'est pas grand-chose au regard du volume commercial global de la France.
Nous, notre évaluation, c'est que l'impact du Brexit sur l'économie française sera 0,1 point de notre richesse nationale en 2021. C'est 0,1 point de trop. Mais ce n'est pas grand-chose au regard de ce que cela va coûter aux Britanniques.
Et surtout, nous saurons faire face. 8h51, le fil info. Et on poursuit cet entretien dans un instant. Bruno Le Maire, voici Mélanie Delonnet.
Les restaurateurs, les cafetiers, les gérants de discothèques vont manifester à la mi-journée à Paris. Ils veulent rouvrir dès que possible. Je ne peux pas dire avec certitude que nous rouvrirons les bars et les restaurants le 20 janvier. Leur répond ce matin sur France Info, le ministre de l'économie, Bruno Le Maire. Au Havre, dès ce matin, à Charleville-Mézières, cet après-midi, campagne de dépistage contre le Covid. Les habitants volontaires peuvent se faire tester gratuitement. Trois jours après le feu vert des autorités sanitaires, la campagne de vaccination débute aujourd'hui aux Etats-Unis.
3 millions de doses du vaccin contre le Covid de Pfizer et BioNTech disponibles dans un premier temps. Le football et le PSG détrônaient. Neymar évacué sur une civière. Le PSG battu 1-0 par Lyon au Parc des Princes. Lyon et Lille sont en tête du championnat de Ligue 1 de football. Ce midi, c'est vers la Ligue des champions que va regarder le Paris Saint-Germain puisque c'est le tirage au sort des huitièmes de finale. France Info.
Le 8.30 France Info. Salia Braquia, Marc Fauvel.
Toujours avec Bruno Le Maire, le ministre de l'économie. Selon les informations de libération confirmées par France Info, vos services procèdent actuellement à un méga redressement fiscal de Carlos Ghosn. Le fisc a des doutes sur le fait qu'il ait vraiment résidé aux Pays-Bas à partir de 2012. Si sa résidence était fictive, il aurait dû en conséquence continuer depuis cette année-là à payer en France des impôts sur l'ensemble de ses revenus perçus dans le monde. Vous nous confirmez qu'il y a bien une enquête sur Carlos Ghosn ?
Je ne confirme rien pour une raison qui est simple. C'est que le ministre des Finances n'intervient dans aucun, je dis bien aucun, dossier fiscal particulier. L'administration fiscale traite les dossiers personnels de manière totalement indépendante. Carlos Ghosn sera donc traité comme n'importe quel autre citoyen français. Ni plus, ni moins.
Pourtant, vous nous aviez dit qu'il n'y a rien de particulier à signaler sur la situation fiscale de Carlos Ghosn en France. C'est ce que vous aviez dit suite à son arrestation au Japon en novembre 2018. Là, vous pourriez redire la même chose ?
Je peux avoir évidemment des informations, mais des informations, ce n'est pas une intervention. Je n'interviens, je le redis, dans aucun dossier fiscal particulier. Je laisse l'administration fiscale mener sa procédure de manière indépendante. Je n'ai pas d'informations à la particulière. Elle mène sa procédure de manière totalement indépendante. Et Carlos Ghosn aura droit au traitement qu'elle a droit n'importe quel citoyen français. Même s'il est en fuite ? Qu'il soit en fuite, qu'il soit sur le territoire, qu'il ne soit pas sur le territoire, il est citoyen français, il sera traité comme un citoyen français. Vous souhaitez qu'il revienne en France pour y être jugé ?
C'est à lui de prendre ses décisions. Très franchement, je n'ai pas beaucoup de temps accordé à la question de Carlos Ghosn.
Le président de la République rencontre cet après-midi les membres de la Convention citoyenne pour le climat. Parmi leurs propositions, il y a l'idée d'interdire à la vente les véhicules les plus polluants dès 2025. Vous souhaitez que le gouvernement reprenne cette proposition ? Vous dites oui, c'est faisable ?
Je dis que le gouvernement fait déjà énormément pour réduire les émissions de carbone des véhicules. Il a une trajectoire qui est très ambitieuse. Il apporte des soutiens massifs à l'achat d'un véhicule électrique ou d'un véhicule hybride rechargeable. D'ailleurs, ça marche très bien puisque nous vendons beaucoup plus de véhicules électriques que tout ce qui avait été prévu, tout ce qui avait été programmé.
Donc on fait déjà assez, pas besoin d'interdire les véhicules les plus polluants.
On peut toujours faire plus. Je veux dire, moi, ma conviction là aussi de fond, c'est que le fait que nous soyons leaders sur l'environnement et que nous ayons une économie décarbonée va rendre notre économie particulièrement attractive, notamment pour les investissements étrangers. Donc je souhaite qu'on accélère la décarbonation de notre économie, mais qu'on le fasse aussi en tenant compte de la réalité des industries, de la réalité des emplois et surtout de la réalité de ce que peut payer le citoyen.
Il vous agace, les citoyens de la Convention climat, comme on a pu le percevoir chez Emmanuel Macron il y a quelques jours quand il nous a dit bon, ça va, c'est pas la Bible, c'est pas le courant, c'est pas à prendre ou à laisser, on a le droit de réécrire
certaines des mesures. Je m'agace difficilement. Ensuite, je pense que cette Convention citoyenne était une excellente idée parce qu'on a besoin de revitaliser était et reste une excellente idée. On a besoin de revitaliser notre démocratie et à partir du moment où on demande son avis au peuple français, il faut l'écouter, il faut prendre en compte ses remarques, ses propositions et leur faire droit sans oublier aussi qu'il y a des élus légitimes qui ont été élus par le peuple français et que ce sont eux qui votent les lois.
Vous savez pourquoi je vous pose la question ? Parce qu'entre-temps, depuis que cette Convention a été nommée, l'Europe, il y a quelques jours, a revu ses ambitions à la hausse. Il s'agit maintenant de baisser nos émissions de gaz à effet de serre de 55%, c'était 40% jusqu'à présent et que certains, y compris dans votre camp, commencent à se dire « Tiens, peut-être qu'on pourrait prolonger le mandat de la Convention citoyenne sur le climat et leur demander d'autres mesures. En plus des 150 ? »
Tout ce qui nous permettra d'accélérer la décarbonation de notre économie, j'y suis favorable. Je sais bien que ça coûte cher, mais je sais aussi qu'à terme, ceux qui auront réussi la décarbonation de notre économie seront les vainqueurs économiques du XXIe siècle. J'en suis convaincu. Donc accélérons la décarbonation, faisons-le sans faire payer les citoyens en permanence, parce que la réaction habituelle, c'est de dire « On va augmenter de telles taxes, on va augmenter de tels impôts, c'est les citoyens qui y paieront. » On doit trouver des solutions plus imaginatives. Et enfin, troisième réflexion, n'oublions pas aussi de nous appuyer sur nos atouts.
Une des énergies les plus décarbonées de la planète, c'est l'énergie nucléaire. Ça tombe bien, on en a.
Et dernière question sur le référendum. Vous êtes pour ou contre un référendum sur l'idée d'introduire dans la constitution des notions de biodiversité, d'écologie, d'environnement ?
En brongoliste, je suis toujours favorable à la consultation du peuple. Il ne faut jamais avoir peur de consulter, d'écouter le peuple français. En règle générale, c'est lui qui a raison. Merci à vous Bruno Le Maire, invité ce matin de France Info.
Bruno Le Maire