Dette : Macron, Le Maire... Le torchon brûle ! Reportage #cdanslair 09.04.2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est ce qu'on appelle un recadrage. Hier, comme chaque lundi, le secrétaire général de l'Elysée réunit les chefs de la majorité pour accorder leurs violons. Et notamment sur le sujet brûlant du moment, la dégradation des finances publiques. Et puis soudain, un invité surprise nous raconte le Figaro. Le président lui-même, visiblement agacé.
Il ne faut pas que ça soit la foire à la saucisse. Il faut le calme des vieilles troupes. Le gouvernement se met dans une situation où il se prend des leçons de sérieux budgétaires matin, midi et soir. Si on commence à péter la confiance, c'est fini.
Un projet de loi pour revoir le budget, pas question pour le président. Et pourtant, la solution était celle privilégiée par Bruno Le Maire. Un pari perdant à deux mois des européennes, selon le chef de l'État qui s'en prend régulièrement à son ministre de l'économie ces derniers jours.
Bruno, ça fait quand même sept ans que tu es là.
Le monde souligne une vive tension entre les deux hommes. L'hebdomadaire Le Point croit même savoir que Macron ne décroche pas quand le maire l'appelle. Le président s'impatiente alors qu'il souffle un vent de panique au sommet de l'État. Ces dernières semaines, le ministre de l'économie et le ministre délégué chargé des comptes publics ont annoncé les efforts à venir. 10 milliards d'économies cette année et...
Au moins 20 milliards d'euros d'économies supplémentaires pour l'année 2025. Appelons donc un chat. Un chat, en matière de finances publiques, le plus dur est devant nous.
Que les Français se rassurent. Le gouvernement n'augmentera pas les impôts, promet Bruno Le Maire. Ah bon ? Et pourquoi pas, répondent certains dans les rangs de la majorité. Si nous demandons à nos compatriotes de fournir un effort compte tenu de la situation financière de notre pays, cet effort doit être partagé par tous. Est-ce que c'est la taxation des super profits ? Est-ce que c'est la taxation des super dividendes ? Est-ce qu'on regarde ce que l'on peut faire sur les fameux rachats d'actions ? Et pendant que la majorité tâtonne, l'opposition s'engouffre dans la brèche.
Ils ont tellement réduit les recettes de l'État, suppression de l'IFS, de l'ISF, baisse des prélèvements sur les dividendes, baisse de l'impôt sur les grandes multinationales, etc. Ils ont tellement réduit les recettes de l'État qu'il n'y a plus de sous.
Mais le gouvernement, lui, regarde plutôt du côté de l'assurance chômage. Le Premier ministre annonce une nouvelle réforme avec un durcissement des règles. Et le Rassemblement National se moque.
Alors, évidemment, l'air de flûte que vous nous jouez, que vous jouez aux Français, n'a rien d'enchanté pour les Mozart de la finance. Mais coincé par une absence totale de stratégie, c'est le système social qui a été construit par et pour les Français que vous êtes en train de raboter. Vous qui proposiez 100 milliards d'euros de dépenses en plus dans la dernière campagne présidentielle sans le début d'une idée de financement. Vous nous parlez de Mozart de la finance. Avec vous, ça serait le crépuscule des retraites et la dette enchantée. C'est ça le programme du Rassemblement National.
Et si le gouvernement comptait sur l'aide des républicains traditionnellement très attachés à la réduction des dépenses publiques, c'est raté. La droite rêve plutôt d'une motion de censure.
On n'a jamais vu un écart aussi important entre les chiffres inscrits dans le budget et la réalité, cet écart, il est de plus de 30 milliards d'euros. Ça veut dire que le gouvernement, plutôt le président de la République, sciemment ont menti aux Français.
Opposants politiques et anciens amis. Tout le monde s'en prend au président, y compris son ancien chef.
Il y a des mesures à prendre. Elles auraient dû être prises depuis plusieurs années. J'avais laissé les finances publiques équilibrées. Les comptes sociaux étaient à l'équilibre. Les comptes publics étaient en dessous de 3%. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Pour revenir à l'équilibre et vite, le gouvernement envisagerait de réduire les aides aux entreprises, les dépenses liées aux arrêts de travail ou encore supprimer définitivement le bouclier tarifaire sur le gaz. Alors, nous allons revenir sur certains points à développer dans ce reportage. D'abord, cette question de Florence. Quelle mouche a piqué Bruno Le Maire pour qui joue maintenant le père Fouettard
après tant d'années aux commandes de Bercy ? C'est assez clair. Pour répondre, rapidement, il envisage de se présenter en 2027. Il a plein de concurrents, dont Édouard Philippe. Et pour redresser son image, il est obligé de s'ériger en grand chef de l'orthodoxie et de tout mettre sur le dos d'Emmanuel Macron. Donc, il tire la sonnette d'alarme. Il se dit que 3 ans à l'avance, il peut être décollé du bilan de Macron. Donc, comme chacun essaie de se décoller du bilan de Macron. Édouard Philippe dit au moins, c'est 3 ans qu'il est parti.
Bruno Le Maire veut se montrer comme celui qui est responsable, évidemment, dans une campagne, ne pas se faire taper par LR en disant « Mais c'est vous, c'est vous qui êtes responsable. » Nathalie Saint-Cricq, le président, lui a gentiment rappelé. Bruno, ça fait 7 ans que tu es là. Mais Bruno s'en fiche. Enfin, Bruno continue à faire comme si, lui, il a une stratégie qui est assez claire. C'est comme le disait Jérôme, un livre, cette fois-ci, qui n'est pas un roman, mais qui est un livre, effectivement, pour se montrer dans la stature présidentielle et de se ficher éperdument de ce que peut dire Emmanuel Macron, qui réagit régulièrement en lui disant « En gros, tu te fous de ma figure.
» Et lui, il continue à, effectivement, sa stratégie. Tout ça pour un jour dire « C'était moi quand c'était bien, quoi qu'il en coûte. Mais ça a été moi aussi quand c'était moins bien. » Mais je suis un vrai, j'ai une stature présidentielle.
C'est crédible de dire ce qu'il a dit au Monde. « Ça fait 3 ans que j'alerte sur la dette. » « Si on m'avait écouté, ça c'est Bruno Le Maire qui parle. » « Si on m'avait écouté, on serait à 4,9% de déficit, pas à 5,5% à Cerise de Villene. » « Ça peut passer ? » Enfin, il est aux manettes. Il est à Bercy.
Il a qu'à démissionner. Il se trouve ça insupportable. Moi, je crois qu'ils sont tous les deux liés, en fait. Leurs destins sont liés. Ils ont, l'un et l'autre, besoin l'un de l'autre. Alors, en effet, on dirait qu'ils sont en concurrence, ce qui est bizarre, alors qu'il n'y a pas de concurrence entre eux, puisqu'Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter en 2027. Mais ce qui est vrai, c'est que depuis, en fait, déjà dessous Elisabeth Borne, on sent à Bruno Le Maire, ça fait très longtemps qu'il est à Bercy. C'est quasiment un record sous la 5e. Mais c'est le record, voilà. Mais on sent qu'il a envie d'élargir son périmètre depuis déjà au moins un an.
À nos journalistes, ils parlent de culture, d'éducation. Ça a exaspéré déjà Mme Borne à l'époque. Et je crois que l'arrivée de Gabriel Attal, qui, on l'avait dit à l'époque, ringardisait les plus anciens, n'a pas été simple pour eux à encaisser. Mais sauf qu'aujourd'hui, ça donne une sorte de musique qui n'est plus... qui est dissonante, en fait, au sommet de l'État. Alors qu'on est dans une situation grave. Donc, moi, je crois qu'ils sont en train de se desservir les uns les autres, en réalité, politiquement.
Marc Fiorentino, c'est audible quand on est à Bercy. Est-ce qu'on a totalement les manettes sur la politique ?
Totalement les manettes. Et j'ai envie de dire que Bruno Le Maire pourrait dire à Emmanuel Macron, Emmanuel, tu étais là depuis 7 ans. C'est-à-dire qu'ils sont les deux totalement responsables. Donc, essayez de dire, c'est plutôt de la faute du ministre de l'Économie, ils sont vraiment les deux. Alors, il faut expliquer pourquoi, vous disiez tout à l'heure, pourquoi on se retrouve dans cette situation aujourd'hui de tension. Il y a plusieurs choses. D'abord, quand Emmanuel Macron va à l'étranger, ce qu'il touche beaucoup, la presse allemande le descend sur toute la problématique budgétaire et la gestion.
C'est un sujet de rigolade dans la presse allemande, et dans la presse sérieuse, et dans la presse économique. Donc, il faut voir les éditoriaux, ils sont vraiment incendiaires.
Ça fait des années qu'ils se moquent de la France et des finances publiques.
Non, là, on a des chiffres. Vous disiez tout à l'heure, 5,5%. Il faut comprendre 5,5%. Quand on dit 3 ou 5,5%, on se dit, oh, finalement, ça fait quand même une petite centaine de milliards de différence d'euros. Ce n'est pas 10, c'est 84 milliards d'euros de différence. C'est énorme. Et le deuxième élément qui fait que ça s'est déclenché maintenant, c'est qu'en fait, c'est la fin de l'argent magique. L'argent magique, c'était les taux d'intérêt à zéro. Tant que les taux d'intérêt étaient à zéro, Emmanuel Macron a fait semblant de ne pas regarder ce qui se passait.
Mais quand on donne une prime, par exemple, pour l'essence, pour maintenir le prix à tout le monde, et que ça coûte 30 milliards d'euros, il ne peut pas ne pas savoir que quand il décide avec son ministre de l'économie de me donner, alors que je n'en ai pas besoin, un prix de l'essence qui est inférieur à 2 euros, il est en train de dilapider l'argent de l'État. Il ne peut pas revenir. On n'est pas comme dans le financement des campagnes. On ne peut pas revenir en disant, je n'étais pas au courant, ce n'est pas moi qui ai organisé les meetings. Ce n'est juste pas possible.
Emmanuel Macron