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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 7 octobre 2025 7 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & famille

Bruno Cautrès : "Le pays est sidéré et ne comprend absolument plus rien"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 30 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:12Invité politiquePromesse
    « On s'attend, vous savez, en réalisation, pour toutes les années, une enquête sur la confiance politique. La prochaine vague, je m'attends à un véritable massacre »
  • 1:30PrésentateurChiffre
    « Le fossé n'a jamais été aussi grand avec la classe politique, entre les Français et leur classe politique ? »

Temps de parole

  • Invité politique66 %
  • Présentateur34 %

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0:00
Présentateur

France Inter, Kevin Dufresch, le 5-7. Il est 6h21, un gouvernement démissionnaire à peine nommé, des querelles d'hommes et de partis, un président de la République qui semble ne pas trouver la clé. La crise politique en France a franchi un nouveau cap hier, et les Français dans tout ça. Bonjour Bruno Cotteresse. Bonjour. Vous êtes politologue, chercheur CNRS au Cevipof, le centre d'études de la vie politique française, enseignant à Sciences Po, le cirque, le foutoir, le grand bazar. Voilà quelques titres de presse quotidienne régionale que nous donnait Nora Hamadi il y a un instant. Ça traduit ce que pensent les Français ce matin ?

0:42
Invité politique

Oui, assez clairement. Je dirais que ces titres sont bien mérités pour notre vie politique. Mais sans aucun doute, aujourd'hui, tout le pays est profondément marqué, avec un sentiment d'un désordre politique comme on n'a jamais vu. Le sentiment que la vie politique est totalement dans sa bulle, dans son univers, où des gens qui se connaissent depuis toujours, au fond, se font des politesses, ou au contraire, se font des croche-pattes. Et donc, on ne comprend d'abord absolument plus rien. Et le pays est sidéré devant la situation, avec sans aucun doute un mélange, à la fois pour certains, de la colère, du désespoir, du dégoût.

On s'attend, vous savez, en réalisation, pour toutes les années, une enquête sur la confiance politique. La prochaine vague, je m'attends à un véritable massacre, on va dire, sur la manière dont les Français vraiment perçoivent la vie politique. Il est vraiment temps que ça s'arrête.

1:30
Présentateur

C'est une formule toute faite, mais le fossé n'a jamais été aussi grand avec la classe politique, entre les Français et leur classe politique ?

1:36
Invité politique

Oui, sans aucun doute. Il est déjà très important, on le documente tous les années dans notre enquête, on voit vraiment que les Français perçoivent la vie politique comme un univers étrange et étranger, de plus en plus à eux. Et puis, dans la dernière vague qu'on avait réalisée de notre enquête, on voyait même un sentiment très important qui était comme si les gens disaient « il faut tirer le rideau avec la politique, il faut se blinder, il faut se barricader contre la politique, pour essayer d'être haut dans sa vie, il ne faut surtout pas s'occuper de politique ».

2:03
Présentateur

On entend dans nos reportages beaucoup de Français qui disent ça justement « je n'écoute plus les infos, j'ai décroché, ça ne m'intéresse plus ». Est-ce qu'il y a un risque de rupture réelle aujourd'hui entre les Français et la politique ?

2:15
Invité politique

Oui, bien sûr, il y a un risque de rupture. Ça ne veut pas dire forcément que les gens ne voteraient pas s'il y avait eu une élection. Bien évidemment que les gens sont très attachés à leur droit de suffrage, évidemment, mais il y a une rupture qui est beaucoup plus profonde, comme si la politique était devenue incapable, au fond, de s'occuper des problèmes concrets de la vie de tous les jours des gens, comme si elle n'avait plus du tout même de prise pratiquement sur ces problèmes. Et le pays entier regarde la situation de notre vie politique des derniers mois avec un mélange vraiment de stupéfaction.

Aussi, c'est très anxiogène tout ceci, on a la dette, on a les déficits, on ne comprend pas au fond comment on en est arrivé là. Les gens ont beaucoup de questions à poser à la politique sur ces questions-là, beaucoup de comptes à demander à la politique aussi sur ces questions.

3:07
Présentateur

Est-ce qu'il n'y a pas là un paradoxe finalement, puisqu'on n'a jamais autant parlé de politique, peut-être depuis très longtemps ? En tout cas, hier, on n'a parlé que de ça, et pourtant, ça intéresse moins ?

3:19
Invité politique

Les gens sont intéressés au sens vraiment profond du terme, la chose publique. On est un pays de gens profondément citoyens, patriotes. Les gens veulent que ça aille mieux dans leur pays, vraiment. Donc, ils sont intéressés d'essayer d'avoir des clés d'explication, des clés de compréhension. J'imagine que vous avez des taux d'audience très importants ce moment sur tout ce qui touche à la politique. Bien évidemment, les gens veulent comprendre ce qui se passe. Par contre, ils ne voient plus le personnel politique, vous savez, les professionnels de la politique qui sont en plein, des fois depuis des années, à ne faire que ça.

Ils ne comprennent pas comment des gens, en plein depuis des années, à ne faire que ça, ont pu générer une telle situation.

3:57
Présentateur

Je ne voudrais pas personnaliser la question, Bruno Cotteres, mais vous qui observez la politique depuis un certain temps, on sent même dans les mots que vous utilisez que vous-même, vous êtes dans cette sidération dont vous parliez. Hier, vous avez publié une tribune dans Le Monde, vous disiez que la politique française est devenue baroque. Oui, totalement baroque. Vous aussi, vous êtes agacé.

4:17
Invité politique

Oui, oui, bien sûr, totalement baroque. C'est-à-dire le sentiment que c'est une sorte d'objet bizarre qu'on voit, on ne comprend plus quel est cet objet. On a le sentiment qu'on est, au fond, que la politique nous demande des efforts. Elle va demander au pays, par exemple, de contribuer davantage à travers nos impôts, peut-être à travers des taxes, on ne sait pas. Et pourtant, elle a beaucoup de mal à nous demander notre avis. Quand on vote aux élections, ce n'est pas forcément suivi des faits. Il y a un souci aussi de prise de parole entre deux élections. Il faut renforcer la démocratie entre les deux élections. Il faut davantage donner la parole.

Il faut accentuer toutes les prises de parole, type référendum, consultations citoyennes, grandes délibérations. Tout ça nous manque terriblement.

5:01
Présentateur

Alors justement, est-ce qu'on parle assez, finalement, de démocratie et de nos institutions ? Parce que c'est la crise la plus grave, sans doute, depuis la fin de la Quatrième République. Et on ne parle pas tant, finalement, du système et de sa manière de fonctionner. Est-ce que c'est l'absence des débats de ces derniers jours ? Et est-ce que les Français demandent ça, justement ?

5:22
Invité politique

Oui, c'est effectivement un point un peu aveugle, alors que c'est presque l'éléphant au milieu de la pièce. Comme on dit, ça ne parle évidemment. Tout ceci parle beaucoup des difficultés de notre système démocratique, aujourd'hui, à répondre aux nouvelles aspirations, aux nouvelles demandes. Ce n'est plus la même société que dans les années 1950, 1960. On n'est plus au moment fondateur de la Cinquième République.

5:42
Présentateur

Et ils veulent que les politiques arrivent à se mettre d'accord, puisque si on en est là, c'est qu'il y a un souci d'accord politique.

5:48
Invité politique

Évidemment, parce que l'idée de se mettre d'accord est toujours plus valorisée par le public que l'idée de se disputer, bien évidemment. Mais il faut bien voir qu'il y a néanmoins des désaccords dans le pays sur la manière de régler nos problèmes de déficit public. Tout le monde n'est pas d'accord sur les priorités, sur qu'est-ce qu'il faut faire pour le faire. Donc, on a besoin, effectivement, d'un grand débat sur ces questions, que le suffrage universel ou que d'autres modalités de l'expression publique puissent nous dire, au fond, quelle est l'option numéro un qui est privilégiée dans le pays ?

Aujourd'hui, on ne le sait pas bien, les élections législatives de 2024 n'ont pas permis de pleinement répondre à cette question de manière claire et transparente.

6:24
Présentateur

Et peut-être y en aura-t-il d'autres dans un futur proche ? On le saura sans doute demain soir. Bruno Cotteres, chercheur au Cevipof, enseignant à Sciences Po. Merci d'être passé par le studio du 5-7 ce matin. Bonne journée, la météo et le journal arrivent.

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