Christophe Robert : "Le nombre de SDF a augmenté de 50% en dix ans"
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Questions et réponses
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Près de 4 millions de mal logés en France, quel bilan faites-vous du quinquennat François Hollande ?
- 2:04OuverteRéponse directe
Contrairement aux idées reçues, le mal-logement n'est pas cantonné aux zones tendues.
- 2:51OuverteRéponse directe
C'est quoi, pour vous, prendre ce problème à bras-le-corps ? C'est quoi ce grand plan national ?
- 4:25OuverteRéponse directe
L'attribution des logements sociaux en France ne respecte pas les règles de priorité. Ça veut dire quoi ?
- 5:34OuverteRéponse directe
Vous en attendez quoi de cette présentation aux actuels candidats ?
- 6:31OuverteRéponse directe
Pourquoi est-ce que vous n'avez pas convié à cette réunion Marine Le Pen ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Le nombre de SDF qui a doublé en 10 ans. »
- 1:18InvitéChiffre
« Qui a augmenté de 50% en 10 ans, selon les deux dernières enquêtes de l'INSEE. »
- 1:24InvitéChiffre
« Les expulsions locatives, qui ont augmenté de 24% l'année dernière. »
- 3:39InvitéChiffre
« On a remis un rapport à la ministre qui pourrait permettre de capter 40 000 logements par an, selon nous. »
- 3:58InvitéChiffre
« Mettre à la rue 15 000 personnes par an. »
- 4:37InvitéChiffre
« Il y a 500 000 attributions par an de logements sociaux. »
- 4:41InvitéChiffre
« Il y a 140 000 sans domicile fixe. »
- 4:43InvitéChiffre
« Il y a 60 000 ménages d'allô qui attendent une solution. »
- 5:01InvitéChiffre
« 25% des attributions pour les prioritaires, on a déjà réglé une bonne partie du problème. »
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Votre invité ce matin, Éric Delvaux, c'est Christophe Robert, le directeur général de la Fondation Abbé Pierre. Oui, pour la remise aujourd'hui du 22e rapport de cette fondation, rapport sur le mal logement en France, vous allez le remettre à la ministre Emmanuelle Cosse, et puis vous en débattrez probablement ensuite avec la plupart des candidats à la présidentielle. Bonjour Christophe Robert. Bonjour. Près de 4 millions de mal logés en France, quel bilan faites-vous du quinquennat François Hollande ? sur ce dossier ?
Franchement, on a dans ce rapport fait le point sur ce qui a été fait ou pas durant le quinquennat. Donc on ne peut pas dire d'abord que rien n'a été fait. Il y a eu des lois importantes sur la décentralisation, la loi ville, l'encadrement des loyers, absolument. Et donc une augmentation par exemple des places d'hébergement, du budget dédié à l'hébergement. Mais manifestement, ça ne suffit pas. C'est-à-dire que ce n'est pas parce qu'on a une activité législative, une activité en termes de dispositif public, que ça suffit à répondre au problème. 4 millions de mal logés, d'un côté, 12 millions de personnes fragilisées par la crise. En même temps, on a vu aussi un certain nombre de reculades.
Le nombre de SDF qui a doublé en 10 ans. Qui a augmenté de 50% en 10 ans, selon les deux dernières enquêtes de l'INSEE. Augmentation de 50%. On a aussi des chiffres, par exemple les expulsions locatives, qui ont augmenté de 24% l'année dernière. On peut aussi constater dans le bilan de ce quinquennat qu'il y a eu un certain nombre de renoncements, de reculades. Quand on dit qu'on va faire l'encadrement des loyers dans la loi de Madame Duflo, la loi Allure, 28 agglomérations sont censées être concernées. Mais pour l'instant, ça n'est appliqué qu'à Paris, parce qu'à un moment, on a dit « Oui, en fait, l'encadrement, ce n'est pas sûr que ça convienne à tout le monde.
» Alors qu'à Paris, ça a permis de faire baisser un certain nombre de loyers. La garantie universelle des loyers, intéressante pour les propriétaires, pour les locataires, pour la puissance publique, finalement, on y a renoncé également. Donc il ne faut pas non plus s'étonner sur le fait que nous soyons encore dans cette situation.
Et ce qui apparaît également dans ce rapport de votre fondation Abbé Pierre, c'est que, contrairement aux idées reçues, le mal-logement n'est pas cantonné aux zones dites « tendues ».
Alors, le mal-logement est concentré de façon plus difficile dans les zones tendues, c'est-à-dire qu'il y a une manifestation des différentes formes de mal-logement très fortes dans les secteurs tendus. Mais le mal-logement peut s'exprimer aussi en milieu rural, avec des personnes, par exemple, propriétaires de leurs logements, qu'ils n'ont pas pu entretenir pendant des décennies. Donc il faut bien regarder, territoire par territoire, quelle est la réalité, et adapter les politiques publiques en fonction de ces réalités locales.
Alors aujourd'hui, vous vous dites qu'il faut prendre le problème à bras-le-corps, il faut un grand plan national, après le droit au logement opposable, après, effectivement, l'encadrement des loyers. C'est quoi, pour vous, prendre ce problème à bras-le-corps ? C'est quoi ce grand plan national ?
Ce dont on est convaincu, c'est qu'il ne faut pas refaire un diagnostic, au début du futur quinquennat, qu'il ne faut pas refaire une grande loi qui va prendre deux ans. Il faut clairement se donner comme ambition que plus personne ne soit contraint de rester à la rue, dans les cinq ou dix ans, selon les territoires. À Paris, ce sera sans doute plutôt dix ans.
Aujourd'hui, c'est 140 000 personnes dehors, dont 30 000 enfants.
Oui, tout à fait. Mais quatre millions de mal logés, donc des sans-domicile au mal logé, il y a toute forme de personnes qui sont dans des campings, dans des caves, dans des parkings, des gens qui dorment à l'hôtel, des gens qui dorment dans leur voiture. Nous pensons que si on le veut, et on n'a pas essayé, en activant six leviers de production de logements sociaux pour les plus défavorisés, pas n'importe quel logement social, de mobilisation du parc privé à vocation sociale, et on a remis un rapport à la ministre qui pourrait permettre de capter 40 000 logements par an, selon nous.
Si vraiment, on met en place, comme l'on fait un certain nombre de pays, la Finlande, par exemple, dans la logique de prévenir les exclusions par le logement, par exemple les expulsions, plutôt que de mettre à la rue 15 000 personnes par an, les maintenir dans leur logement, le temps de trouver une autre solution. Si on active six leviers que nous proposons sur 200 pages, je ne vais pas pouvoir les décrire ici, on peut mettre fin au problème des sans-domicile dans notre pays. Maintenant, c'est une question d'ambition, un peu comme la sécurité routière.
Au jour où on a décidé qu'on allait réduire par deux le nombre de morts sous les routes, tout le monde a été mobilisé, du national au local, et on a réussi à atteindre ces objectifs.
Ce qui est frappant dans votre dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, c'est que l'attribution des logements sociaux en France ne respecte pas les règles de priorité. Ça veut dire quoi ? Il y a du favoritisme ? Il y a de la discrimination ?
C'est un des leviers pour atteindre l'objectif dont on vient de parler. Il y a 500 000 attributions par an de logements sociaux. 500 000. Il y a 140 000 sans domicile fixe. Il y a 60 000 ménages d'allô qui attendent une solution. D'autres ont trouvé des solutions. Le droit au logement opposable. Si on arrive à concentrer une partie de ces 500 000 attributions par an pour les publics prioritaires, les ménages qui sortent d'hébergement, ceux qui sont menacés d'expulsion, ceux qui sont à la rue, c'est-à-dire, nous on pense que c'est à hauteur de 25%, comme la loi le prévoit, 25% des attributions pour les prioritaires, on a déjà réglé une bonne partie du problème.
Mais oui, il y a des résistances. Soit parce que le logement social, par exemple, neuf, est trop cher, et donc on fait des propositions pour le faire baisser, ce niveau de loyer. Soit parce qu'effectivement, un certain nombre, par exemple, de maires, ne veulent pas contribuer à l'effort de solidarité. D'où l'importance de cette loi des Sérus pour la construction de logements sociaux.
Aujourd'hui, vous allez présenter votre rapport devant plusieurs candidats à la présidentielle. Mélenchon, Hamon, Macron, Jadot, Fillon, on s'est fait excuser, je crois, au dernier moment. Oui. Vous en attendez quoi de cette présentation aux actuels candidats ?
On en attend beaucoup, beaucoup, beaucoup. Le problème du logement est un des deux, trois problèmes majeurs de notre pays. Tout le monde a besoin d'un logement. Partout, sur le territoire. Ça peut être aussi un levier pour relancer l'économie. Ça peut être un levier pour relancer le pouvoir d'achat, en faisant baisser les prix. Pour améliorer la situation énergétique de notre pays, avec des rénovations thermiques. On va prendre une demi-heure avec chaque candidat. Pour dire, voilà, voilà ce que vous avez dit jusqu'à maintenant sur la question du logement. Il y aura 2500 personnes, donc il y aura pas mal de témoins, des journalistes. Voilà, nous, ce que l'on pense qu'il faut faire.
Est-ce que vous êtes prêts à vous engager dans telle ou telle direction ? On l'avait fait en 2012. Ça a servi un peu de levier, j'allais dire, ou de structuration d'une partie de la politique de ce quinquennat de François Hollande. Ça n'a pas suffi. Il faut accélérer. C'est une question de dignité. Puis c'est une question aussi d'efficacité dans la cinquième puissance économique du monde.
Pourquoi est-ce que vous n'avez pas convié à cette réunion Marine Le Pen, qui est pourtant l'une des favorites à ce scrutin présidentiel ?
Oui, ça peut paraître étrange. Il ne s'agit pas de stigmatiser les électeurs. Nous dialoguons avec les représentants du Front National sur vos ondes, ou on peut aller au siège du Front National pour les rencontrer. Là, on a un temps qui est celui du partage de ce que la Fondation Abbé Pierre propose avec chacun des candidats, à partir du moment où, à la base, ça coince. Dire, par exemple, la préférence nationale. Dire, par exemple, la fermeture de l'accès à l'école pour les personnes étrangères. Si on ne peut pas passer une demi-heure pour se dire qu'on n'est pas d'accord, et on le sait déjà, c'est un peu l'espace de la Fondation Abbé Pierre.
Mais ça ne veut pas dire qu'on n'est pas prêt à dialoguer avec le Front National et avec ses électeurs.
Et on suivra ce 22e rapport de la Fondation Abbé Pierre ce matin dans les différentes éditions de France Inter. Merci, Christophe Robert, délégué général de cette Fondation Abbé Pierre. Et bonne journée. Merci à vous.