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interviewBFMTV· 18 février 2025 21 min

Ukraine, défense européenne, liberté d'expression...L'interview "Face à Face" de Jordan Bardella

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV. Bonjour Jordan Bardella.

0:05
Jordan Bardella

Bonjour, merci pour votre invitation.

0:06
Présentateur

Merci de répondre à mes questions dans ce studio ce matin. Vous êtes le président du Rassemblement National, vous êtes député européen, président du groupe Patriote pour l'Europe au Parlement européen. Je voudrais d'ailleurs qu'on commence par parler d'Europe et par parler d'Ukraine. Américains et Russes vont se réunir tout à l'heure à Riyad, en Arabie Saoudite, pour commencer à décider du sort de l'Ukraine et peut-être même du sort de l'Europe. Dans ce moment qui, d'après la présidente de la Commission européenne, est un tournant, est-ce que vous êtes plutôt du côté d'Emmanuel Macron ou du côté de Donald Trump ?

0:42
Jordan Bardella

L'infinie tristesse de la période que nous vivons, c'est que la France n'existe plus aujourd'hui sur la scène internationale et que ce conflit qui est pourtant aux portes de l'Europe, sur notre continent et qui engage directement depuis maintenant trois ans notre sécurité et celle des nations européennes. va très certainement se régler entre Donald Trump, le président américain, et Vladimir Poutine. Et le véritable risque qui pèse aujourd'hui sur notre diplomatie, c'est le grand effacement de la France, qui n'est plus entendu dans le concert des nations. D'abord, je me réjouis qu'il puisse y avoir des négociations et des discussions.

1:17
Présentateur

C'est quand même la France qui a réussi à réunir hier ses voisins européens qui, en urgence, ont immédiatement répondu à l'invitation d'Emmanuel Macron à l'Elysée.

1:26
Jordan Bardella

Oui, ils vont se retrouver autour de la table. Ils se sont retrouvés d'ailleurs ces dernières heures. Mais ce que nous attendons et ce qu'attend le monde et ce qu'attend à la fois le président ukrainien et j'imagine les diplomates et la diplomatie russe, avec Vladimir Poutine à sa tête, c'est évidemment la décision de Donald Trump. Et le grand drame aujourd'hui, c'est que nous sommes effacés des affaires du monde, à commencer par les affaires qui se déroulent sur notre propre sol.

Et nous payons là non seulement l'affaissement de notre armée, des moyens qui ont été donnés pendant très longtemps à l'armée française, l'affaissement de notre diplomatie qui n'est plus écoutée, qui n'est plus entendue, parce qu'elle n'est plus perçue comme une diplomatie indépendante, libre et non alignée, et que nous sommes aujourd'hui devenus le terrain de jeu des grandes puissances.

2:07
Présentateur

Est-ce qu'on ne paye pas aussi l'affaissement de l'Union européenne, qui ne parle plus d'une seule voix et qui donc ne pèse plus entre effectivement un Donald Trump et un Vladimir Poutine ?

2:17
Jordan Bardella

C'est illusoire de penser que l'Union européenne peut parler d'une même voix à partir du moment où vous avez des stratégies diplomatiques, des intérêts qui sont parfois extrêmement divergents. Il y a aujourd'hui sur le sol européen et dans l'Union européenne, beaucoup d'États qui achètent du matériel américain plutôt que d'acheter du matériel français.

Et l'ambition que nous avons portée, nous, pendant la campagne européenne avec les patriotes justement pour l'Europe, dans tous les débats que nous avons eus, c'est précisément la préférence européenne dans les marchés publics pour faire en sorte que le premier acte du recouvrement de notre autonomie stratégique en France, mais aussi dans toutes les nations d'Europe, soit d'être indépendant des puissances étrangères. Regardez, 80%...

2:54
Présentateur

Vous sauriez quoi de différent ? C'est-à-dire que, Jordan Bardella, vous dites que la France a disparu du paysage. Elle ne compte plus. Vous, au pouvoir, comment vous changeriez ça ?

3:06
Jordan Bardella

D'abord, depuis plusieurs mois, nous avions réclamé que la France prenne l'initiative d'une conférence internationale pour la paix. Voilà, parce que depuis très longtemps, nous disons que l'issue de ce conflit, qui dure depuis maintenant trois ans, ne se situera pas, je dirais, sur un champ de bataille avec des armes, mais précisément autour d'une table, au travers de négociations et de discussions. Le président ukrainien lui-même a indiqué que 2025 pourrait être une année où cette guerre connaîtrait une issue diplomatique. Donc, premièrement, la France aurait dû prendre l'initiative d'une conférence internationale pour la paix.

Deuxièmement, on doit se poser maintenant la question de notre souveraineté et de notre autonomie stratégique, très clairement. La France doit retrouver les moyens de sa grandeur sur le plan militaire, sur le plan de son armée, mais aussi sur le plan de la diplomatie. Quand on voit que le ministre des Affaires étrangères, M. Barrault, refuse de discuter avec M.

Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, alors qu'il est à plat ventre devant le nouveau régime syrien, qui sont des héritiers d'Al-Qaïda et de Daesh, qu'il est d'une complaisance inouïe à l'égard de l'Algérie, et qu'on refuse de s'adresser à un pays qui est une puissance nucléaire et qui est aujourd'hui en guerre aux portes de l'Europe, on se dit que nous sommes extrêmement faibles, extrêmement naïfs, et dans le monde très dur et très troublé que nous allons vivre dans les prochaines années, les naïfs et les faibles seront systématiquement dévorés par les forces.

4:19
Présentateur

Jordan Bardella, je vous posais la question, êtes-vous plutôt Trump ou Macron ? Au fond, dans votre réponse, vous êtes plutôt Trump, c'est-à-dire que vous auriez voulu dialoguer avec les Russes, et bien plus tôt. C'est ce qui est en train de se jouer, je vous arrête d'ailleurs un instant, parce que je voudrais qu'on puisse regarder ces images, je vais les commenter bien sûr pour ceux qui nous écoutent sur RMC. Ce que vous voyez là, ce sont les premières images de la rencontre entre M. Roubio et M. Lavrov, les deux ministres des Affaires étrangères, russes et américains, qui se retrouvent à Riyad. En effet, on est bien loin de tout ça, nous.

4:52
Jordan Bardella

Mais on n'est pas très loin, personne ne nous écoute. Et en réalité, lorsque Emmanuel Macron, dans une démarche parfaitement louable au début de ce conflit, enfin quelques jours d'ailleurs, pour être très précis, du déclenchement de la guerre, va à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine, Vladimir Poutine ne perçoit pas le président de la République française, l'héritier du général de Gaulle et des principes gaulliens, c'est-à-dire l'héritier d'une diplomatie française non alignée, libre et indépendante. Il reçoit l'émissaire de la présidente de la Commission européenne, d'Ursula von der Leyen.

5:22
Présentateur

Mais il le reçoit.

5:24
Jordan Bardella

Oui, mais pour quel impact ? Puisque la guerre a été déclenchée quelques jours après, le rend par la même la diplomatie française et Emmanuel Macron. Moi, je me rappelle qu'il y a quelques années, lorsque le président Poutine a envoyé des troupes en Géorgie, la France, c'était Nicolas Sarkozy à l'époque, a obtenu un retrait partiel des troupes. M. Hollande, avec qui on a eu beaucoup de désaccords, a obtenu les accords de pièce, qui n'ont jamais été appliqués, mais qui ont permis, en tout cas, de gagner du temps.

5:49
Présentateur

Il était aux côtés d'Angela Merkel, en sang, il y avait été.

5:52
Jordan Bardella

Eh bien, aujourd'hui, la diplomatie française n'a rien obtenu. Donc, si on veut être de nouveau entendus et de nouveau respectés, il faut non seulement qu'on retrouve les moyens de notre défense sur le plan militaire, il y a des efforts budgétaires incontestables qui ont été faits ces dernières années pour rehausser notre moyen de défense. Il faut continuer à faire plus, jusqu'à 3% du PIB.

6:10
Présentateur

Est-ce que vous êtes d'ailleurs pour que ce budget de la défense ne soit pas compté dans la question du déficit ? Les Allemands, pour la première fois hier, à la sortie de la rencontre à l'Elysée, Olaf Scholz a dit qu'au fond, pour la première fois, il envisageait que la question des dépenses de défense ne soit plus comptabilisée dans les règles budgétaires européennes pour permettre qu'il y ait un renforcement de ce budget.

6:35
Jordan Bardella

Mais ces règles budgétaires européennes, elles n'ont plus de sens. Elles imposent aux États membres un déficit de 3% du PIB. On est à près de 6% de déficit du PIB. Donc, on voit bien que ces règles européennes, qui ont été fixées par les européistes, n'ont plus aucun sens aujourd'hui.

6:49
Présentateur

Elles n'ont plus aucun sens et elles ne doivent pas être respectées ?

6:52
Jordan Bardella

Je vais vous dire une mesure très simple. Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, 80% des hausses de budget qui ont été mis en œuvre dans les différents États membres pour financer le soutien à l'Ukraine, l'ont été au profit de prestataires extra-européens et essentiellement de prestataires américains. Le premier geste de souveraineté et de patriotisme économique que devraient faire aujourd'hui tous les chefs d'État de l'Union européenne, c'est d'acheter du matériel européen.

Et moi, je souhaite précisément qu'on change les règles de fonctionnement de la concurrence des marchés publics pour faire en sorte que ceux qui produisent sur le sol européen, ceux qui produisent notamment du matériel de défense, soient évidemment prioritaires dans la commande du X. C'est en partie le cas en France, ça doit l'être maintenant au niveau européen.

7:36
Présentateur

Est-ce que ces commandes doivent également être menées en commun ? Est-ce qu'il faut éventuellement envoyer des troupes européennes en Ukraine pour maintenir la paix ? Les Anglais disent pourquoi pas, les Suédois disent pourquoi pas, les Allemands, les Espagnols, les Polonais se disent beaucoup plus réservés. On n'a pas entendu pour l'instant la décision d'Emmanuel Macron là-dessus. Qu'en pensez-vous ?

7:54
Jordan Bardella

Et donc les Britanniques veulent aller faire une guerre qui va peut-être se terminer dans quelques semaines ?

7:58
Présentateur

Pas faire une guerre, pas faire une guerre. L'idée c'est de pouvoir être une force de maintien de la paix si une paix est obtenue.

8:04
Jordan Bardella

Alors la France a des engagements aujourd'hui à l'est de l'Europe, notamment auprès des Balkans, et assure la sécurité notamment de l'espace aérien d'un certain nombre de pays. Ce sont des missions qui se font dans le cadre OTAN. Ces missions doivent évidemment se poursuivre. On a des troupes françaises qui sont également présentes en Roumanie. Et là c'est l'honneur de la France aussi que de se faire respecter par une présence, qui est une présence en termes de base militaire à l'étranger. Mais je suis totalement opposé à ce qu'on envoie évidemment des troupes sur le front ukrainien. C'était une proposition du président de la République d'Emmanuel Macron il y a quelques mois.

Il avait je crois isolé la France sur la scène européenne par cette proposition. Et si vous vous interrogez les Français, je crois que les Français ne sont pas favorables à ce qu'on envoie nos soldats sur le front ukrainien. face encore une fois à une puissance, la Russie qui est une puissance nucléaire. Et j'ai dit depuis le début de ce conflit que la plus grande menace qui pesait aujourd'hui sur la sécurité de l'Europe serait de se retrouver dans une situation de face à face avec une puissance nucléaire considérant que nous sommes nous-mêmes une puissance nucléaire.

9:04
Présentateur

Alors que ces discussions sont donc en cours en ce moment même, il y a aussi ceux qui n'étaient pas invités hier. Victor Orban n'était pas invité à l'Elysée. Il parle de dirigeants européens frustrés, pro-guerre, anti-Trump. Au fond, il a un peu le même discours que Sergei Lavrov qui accuse l'Europe de vouloir, je cite, « continuer la guerre ». Est-ce que vous partagez les propos de Victor Orban ?

9:28
Jordan Bardella

Victor Orban est un dirigeant qui est aujourd'hui aux portes du conflit. Et donc évidemment, il a un regard peut-être beaucoup plus alerte que le regard que nous portons nous à trois heures de vol de Kiev. Mais ce qui est certain, c'est qu'il ne peut y avoir aujourd'hui d'issue à ce conflit par les armes et qu'il est nécessaire à un moment donné, et c'est la priorité des priorités, de faire taire les armes, de se mettre autour de la table pour négocier la paix. Et encore une fois, le drame infini de notre diplomatie aujourd'hui, c'est que nous n'avons plus la main là-dessus.

Mais on voit bien que depuis l'élection de Trump, en réalité, c'est un véritable défi civilisationnel qui se pose à la France et à l'Europe, exister ou disparaître. On a là un continent qui, sur le plan diplomatique, sur le plan économique, va repartir de l'avant, reprendre un leadership dans le monde. Et pendant ce temps-là, on a un peu le sentiment que nous mourrons sous le poids de notre propre naïf.

10:17
Présentateur

Vous vous rendrez aux États-Unis à la fin de la semaine, me semble-t-il ?

10:20
Jordan Bardella

Je serai à Washington en fin de semaine.

10:22
Présentateur

Vous serez à Washington, invité par la Convention des conservateurs américains. Est-ce que vous estimez que Donald Trump est un modèle ?

10:28
Jordan Bardella

Non, en tout cas, je respecte son patriotisme et je respecte sa volonté de défendre les intérêts de l'Amérique d'abord. Maintenant, les intérêts de l'Amérique ne sont pas les intérêts de la France. Ce ne sont pas les intérêts des nations européennes. Et moi, je souhaite que demain, à la tête de l'État, on puisse être capable de défendre nos intérêts comme font toutes les grandes puissances du monde. Et je vais vous dire, il y a un véritable risque aujourd'hui de décrochage de la France et des économies de l'Union européenne quand on voit que l'Amérique soutient à une politique en faveur des entreprises, à une électricité deux fois moins chère que nous n'en avons une sur le sol européen.

11:02
Présentateur

Ce n'est pas tout à fait votre politique économique.

11:04
Jordan Bardella

Déploie massivement des efforts dans l'intelligence artificielle, dans les nouvelles technologies, attire les entreprises. Et on voit qu'à côté de cela, nous continuons de faire preuve d'une naïveté commerciale, notamment en refusant de mettre des droits de douane lorsque nous subissons une concurrence internationale déloyale. Et on mène une politique sous l'influence du nouveau ministre de l'Économie depuis quelques semaines, qui est une politique résolument hostile à la croissance et aux entreprises. Pour vous, c'est une politique aujourd'hui qui est hostile aux entreprises,

11:29
Présentateur

qui est menée par Éric Lombard et par François Bayrou ?

11:32
Jordan Bardella

Oui, je pense qu'ils ont cédé au lubis décroissantiste de la gauche. Et en tout cas, la France est en train de devenir aujourd'hui le pays de l'impôt, le pays de la réglementation. Et aujourd'hui, moi j'ai entendu le cri d'alarme il y a quelques jours de Bernard Arnault. Et comme j'entends depuis des années, le cri d'alarme des petits patrons français, des petits chefs d'entreprise.

Écoutez, quand du plus petit boulanger de la Marne jusqu'à Bernard Arnault, un dirigeant d'entreprise, c'est-à-dire quelqu'un qui prend des risques, qui entreprend, qui investit, qui se lève parfois très très tôt, bien avant ses salariés et qui vient dire aujourd'hui, c'est un enfer à la fois fiscal et normatif de travailler et d'investir en France. On ne peut pas être sourd à ce cri d'alarme. Lorsque madame le ministre de l'économie, monsieur Lombard, vient demander aux entreprises françaises d'accepter d'être moins rentables, écoutez, je pense qu'effectivement, ces gens-là organisent la décroissance et le suicide de la France.

12:26
Présentateur

Il leur demande d'être patriotes. C'est d'ailleurs l'argument qu'il a eu, Éric Lombard. Il dit, au fond, tout le monde doit serrer la ceinture parce que la France traverse un moment difficile de son économie, de ses déficits, et donc les patrons doivent eux aussi être patriotes.

12:41
Jordan Bardella

Mais les patrons doivent évidemment être patriotes, mais voyez bien là qu'à partir du moment où on a une croissance quasi nulle, quand les Américains sont à près de 3% de croissance à la fin de l'année 2023, quand on a 66 000 défaillances d'entreprises l'an dernier...

12:54
Présentateur

Quand c'était Emmanuel Macron, son ministre de l'économie, mais Emmanuel Macron aussi lui-même, qui, dimanche dernier, au micro de nos confrères de France 2, a parlé aussi de patriotisme de la part des entrepreneurs, ce qu'il leur demandait d'être patriote.

13:08
Jordan Bardella

Il est patriote, monsieur Lombard ?

13:09
Présentateur

Ça ne vous fait pas vibrer ça ?

13:10
Jordan Bardella

Mais pas du tout, monsieur Lombard, il est patriote quand il demande à des chefs d'entreprises français, à des dirigeants d'entreprises de TPE, PME, y compris d'ailleurs à des plus grandes entreprises, qui font aussi la fierté de la France en Europe et partout dans le monde, de moins produire. Quand on a aujourd'hui toutes les grandes puissances qui font massivement du patriotisme économique, si vous voulez, le patriotisme économique, c'est un acte d'amour à l'égard des siens, à l'égard de ceux qui produisent sur notre sol. Donc quand on dit patriotisme, ça ne doit pas correspondre à des mots, ça doit correspondre à des actes.

Et moi, je crois qu'il faut non seulement protéger nos marchés et nos filières par des droits de douane lorsqu'on subit une concurrence déloyale, il faut faire en sorte que ceux qui produisent sur notre sol puissent avoir une priorité d'accès dans les marchés publics, et il faut surtout, je dirais, organiser ce vent de liberté aujourd'hui sur la croissance et faire en sorte que nos entreprises puissent retrouver de l'oxygène.

Je veux dire, quand vous êtes aujourd'hui un dirigeant d'entreprises en France, que vous subissez des heures et des heures de paperasse, que vous êtes contraint d'appliquer des nouvelles normes qui viennent en grande partie du Parlement européen, qui sont inspirées de l'écologie punitive, alors que la France est responsable de 0,6% des émissions de CO2 dans le monde, et bien là, on a le sentiment qu'entre la croissance et la décroissance, ce gouvernement, de Bayrou à Retailleau en passant par Lombard, ils font le choix de la décroissance, et ils font le choix non seulement de moins produire, mais ils font surtout le choix, et ça c'est impardonnable, de remettre notre souveraineté dans les mains d'autres États.

Parce que si on produit moins en France, on sera demain dépendant de puissances étrangères, et moi je ne veux pas que la France devienne le vassal des États-Unis d'Amérique, de la Russie ou de toute autre puissance.

14:37
Présentateur

– Jordan Bardella, vous avez entendu les propos de J.D.

Vance, le vice-président américain, vous avez vous-même signé ce matin une tribune dans le journal Valeurs Actuelles, où vous dites que la France vit une période inquiétante pour la liberté d'expression, et moi je me dis qu'il faudrait savoir, parce que le PS estime que c'est exactement l'inverse, et qu'au fond, vous avez, vous, le Rassemblement National, gagné une sorte d'emprise morale, que c'est d'ailleurs l'objet de sa motion de censure demain à l'Assemblée, le Premier ministre n'a fait que reprendre les mots funestes de Jean-Marie Le Pen, que désormais l'extrême droite, qui est un ennemi mortel de la République, dit Olivier Faure, a gagné, parce que le gouvernement cède à ses passions tristes, en offrant, je cite, des victoires culturelles inédites au Rassemblement National, qu'il est censé combattre.

Alors on comprend bien du coup pourquoi vous n'allez pas voter cette motion de censure, mais sur le fond, ils disent que vous avez gagné la bataille morale, vous qui dites, au contraire, que vous auriez perdu celle de la liberté d'expression.

15:41
Jordan Bardella

Non, mais je ne sais pas où vit M. Faure, mais il y a des millions de Français qui ne reconnaissent plus leur pays. Il y a des millions de Français qui sont extrêmement inquiets de voir les gouvernements successifs battre année après année tous les records d'immigration, au point qu'ils ont parfois le sentiment, dans d'innombrables quartiers de France, de se sentir étrangers dans leur propre pays.

Et c'est vrai, y compris d'ailleurs pour des Français issus de l'immigration, qui sont arrivés en France et qui ont fait un effort exigeant de devenir Français, de vivre à la Française, de respecter la police, de respecter nos institutions, de respecter notre langue, et qui aujourd'hui ont le sentiment que les générations qui arrivent sont un petit peu dispensées de cet effort. On a encore battu cette année un record de délivrance de titres de séjour légaux. Et on continue avec des pompes aspirantes de l'immigration.

16:26
Présentateur

Mais quand vous avez un ministre de l'Intérieur qui dit qu'il faut remettre en cause le droit du sol, quand vous avez un ministre de la Justice qui partage également ses propos, au fond, on peut non seulement dire que ses propos peuvent s'exprimer, mais qu'ils s'expriment même au plus haut sommet de l'État.

16:42
Jordan Bardella

– Non mais, on va rembobiner un petit peu, vous m'avez interrogé sur le discours.

16:47
Présentateur

– On ne peut pas dire qu'il n'y a pas de liberté de dire ces choses-là.

16:49
Jordan Bardella

– Je viens vous dire que la liberté d'expression recule chaque année davantage dans notre pays. Et lorsque le vice-président américain pointe du doigt le recul des libertés d'expression dans toutes les sociétés européennes, où la question de l'immigration est systématiquement ostracisée, pointée du doigt…

17:06
Présentateur

– Vous avez l'impression qu'on n'en parle pas de l'immigration ?

17:08
Jordan Bardella

– Mais madame, il n'y a pas… – J'ai l'impression qu'on ne parle que de ça. – Mais madame…

17:12
Présentateur

– Non mais je veux dire, après, ce que je veux dire, c'est qu'en tout cas, on ne peut pas dire qu'on n'en parle pas.

17:15
Jordan Bardella

– Mais il y a une dérive, vous voyez ? Il y a une dérive lorsque, par exemple, on ferme une chaîne de télévision, qui est la première chaîne de la TNT, on peut partager les opinions qui sont exprimées sur ces huit, on peut ne pas les partager, ce n'est pas mon sujet. Mais quand vous avez la première chaîne de la TNT, qui est fermée après un harcèlement ciblé des militants et des associations de gauche, qui subit des décisions administratives très strictes de la part d'une autorité qui se dit indépendante et qui fait en réalité de la politique. Oui, on a le sentiment que la liberté d'expression recule.

17:51
Présentateur

– Pour vous, l'ARCOM a fait de la politique ?

17:53
Jordan Bardella

– Oui, bien sûr, l'ARCOM fait de la politique. Lorsqu'il y a dans notre pays, et allons sur le terrain, un enseignant sur deux qui s'autocensure dans les classes à cause des pressions qui sont exercées par les fondamentalistes islamistes, il y a quand même un petit lien avec la politique d'immigration menée en France depuis 30 ans, il y a un recul de la liberté d'expression. Lorsqu'on se pose tous la question, dix ans après les ignobles attaques qui ont visé la rédaction de vos confrères de Charlie Hebdo, si aujourd'hui encore un journal ou un média aurait le courage, je mets des guillemets, de publier à nouveau ces caricatures, il y a évidemment un recul de la liberté d'expression.

– Charlie Hebdo le fait ? – Oui, la liberté, et ils sont très courageux, mais la liberté d'expression, ils le font dans des bureaux qui sont extrêmement sécurisés, dont on ne connaît pas l'adresse. Donc oui, il y a un recul de la liberté d'expression aujourd'hui en France, et on a un peu le sentiment que la gauche, qui exerce une pression totalitaire aujourd'hui sur le débat public, est un peu gênée, voire dérangée, lorsqu'il y a le moindre rééquilibrage dans l'espace public. Regardez, cet appel à quitter X de quelques dirigeants de gauche au motif qu'il y a un rééquilibrage. – Ils sont libres de le faire. – Mais ils sont libres de tout faire.

Et la grandeur de la France est permettre précisément à Mme Rousseau de se désinscrire de X, mais il faut aussi accepter qu'il y ait des opinions différentes. Et moi, je considère que la critique que formulent aujourd'hui beaucoup de nos compatriotes à l'égard de la politique d'immigration massive et anarchique qui est menée aujourd'hui en France, dans les villes, mais aussi dans nos campagnes, relève effectivement d'une liberté, qui est une liberté d'opinion. Et il faut arrêter de pointer du doigt à chaque fois tel ou tel, parce qu'il se sent menacé par ce changement de culture qui impose la politique d'immigration.

19:37
Présentateur

– Jordan Bardella, vous dites, avec les électeurs de droite, je partage l'essentiel. Laurent Wauquiez lui dit, je ne considère pas qu'il faille un cordon sanitaire avec le RN. Et ce qui le retient, dit-il, de nouer une alliance avec vous, c'est, je cite, parce que je n'ai pas les mêmes idées sur l'économie. S'il ne reste que l'économie qui vous différencie, vous et Laurent Wauquiez, au fond, est-ce que vous envisagez de pouvoir faire des alliances à l'avenir ?

19:59
Jordan Bardella

– Mais je crois que M. Wauquiez ne le souhaite pas. Lorsque Éric Ciotti, le président des Républicains, il y a quelques mois a pris la décision courageuse de me rejoindre dans le cadre d'une coalition électorale aux élections législatives, de s'associer au Rassemblement National et à Marine Le Pen, Laurent Wauquiez, il est resté extrêmement muet. La réalité, c'est que Laurent Wauquiez, il est très gêné de l'exposition de Bruno Retailleau et qu'il essaie de faire du bruit, qu'il essaie de faire de la mousse pour exister un peu.

20:25
Présentateur

– Et vous, vous êtes gêné par la montée de Bruno Retailleau ?

20:27
Jordan Bardella

– Non, moi je ne suis pas gêné parce que, en fait, ce qui me gêne et ce que je trouve assez malsain, c'est de faire croire aux Français qu'on peut agir par ce qu'on dit. Or, M. Retailleau, il est assis chaque mercredi en Conseil des ministres entre des socialistes et des macronistes qui continuent à mener une politique toujours plus laxiste à l'égard de l'insécurité et toujours plus ouverte à l'égard de l'immigration. Il faut commencer à faire le compte des annonces qui ont été faites par M. Retailleau. Le référendum sur l'immigration, il n'y aura pas de référendum sur l'immigration.

L'interdiction du voile pour les accompagnatrices scolaires, il n'y aura pas d'interdiction du voile pour les accompagnatrices scolaires. La suppression du droit du sol, j'ai entendu Manuel Valls, ministre du gouvernement, indiquer qu'il n'y aurait pas de suppression totale du droit du sol. Donc, vous voyez, il y a la parole et puis il y a les actes. Et je trouve que sur ces sujets qui sont extrêmement prégnants pour des millions de Français, de faire croire qu'on agit quand on n'agit pas, je trouve ça assez malsain et assez dérangeant.

21:21
Présentateur

Merci Jordan Bardella d'avoir répondu à mes questions. Président du Rassemblement national, député européen. Il est 8h53 sur RMC et BFM TV.