François Villeroy de Galhau : le réarmement "ne peut pas et ne doit pas être le retour du quoi qu'il en coûte"
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Et ce vendredi 14 mars, dans le grand entretien, nous recevons avec Marion Lourd, un grand serviteur de l'État, ancien directeur général du Trésor, il est gouverneur de la Banque de France. Vos questions, vos interventions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'appli Radio France. François Villeroy de Gallo, bonjour !
Bonjour, Alive Lourd et Marion Lourd.
Et bienvenue, la Banque de France a publié ses projections. C'est un rapport qui est très attendu à chaque fois, il est scruté minutieusement. C'est un document technique mais qui a des conséquences ou qui indique à quoi ressemblera très concrètement la vie quotidienne des Français. On va en parler et on va rentrer dans le détail. Mais d'abord, de manière macroscopique, macroéconomique comme on dit, comment qualifier l'état de l'économie française, François Villeroy de Gallo aujourd'hui ?
Alors d'abord, je crois que dans les incertitudes du moment, il y a une impression de grand brouillard et peut-être même de tempête. Donc le rôle de la Banque de France, avec son indépendance, avec la compétence de ces 9000 hommes et femmes qui sont sur le terrain, c'est d'essayer d'éclairer le paysage économique. Et si je devais résumer, je dirais qu'il y a du bon, il y a du très mauvais et il y a un espoir. On peut peut-être commencer par le bon. Ben écoutez, on a un plan de route. Mais on vit dans un moment de très grand bouleversement. Donc le paysage, il est forcément très composé. Dans le bon...
D'un mot, d'un mot, François Villeroy de Gallo, avant de rentrer dans le bon, le moins bon... Oui, le moins bon, c'est même du très mauvais,
c'est la politique de M. Trump. Alors justement... Et l'espoir, c'est l'Europe.
Mais le maître mot pour vous, c'est l'incertitude. Nous sommes dans une période d'incertitude.
Oui, c'est même plus que de l'incertitude. C'est de l'imprévisibilité causée par les politiques américaines. Alors, qu'est-ce qui est solide là-dedans ? Et ça, c'est le bon. C'est la victoire en cours contre l'inflation. Nos prévisions les confirment. L'inflation, elle est revenue autour de 1% en France. Elle va revenir vers 2% en moyenne européenne. Alors, je sais que ceux et celles qui nous écoutent, eux, ils pensent que le niveau des prix cumulés sur plusieurs années a augmenté. C'est vrai, on ne reviendra pas en arrière sur les prix. Mais pendant ce temps-là, les salaires, les retraites, les prestations sociales ont aussi augmenté.
Mais c'est le reflux des prix de l'électricité, notamment de certains services.
Le reflux des prix de l'électricité a aidé en France. C'est pour ça qu'on est beaucoup moins que la moyenne de la zone euro. Mais il y a une sagesse aujourd'hui plus grande du prix des services, du prix de l'alimentation. Alors ça, ça a deux conséquences.
Oui, mais est-ce que vous diriez aujourd'hui que l'inflation est vaincue ? Ceux qui nous écoutent ont envie de le savoir.
Je dirais en gros, oui. C'est-à-dire que la victoire est assurée...
En gros, ça ne ressemble pas à votre vocabulaire extrêmement rigoureux et précis, François-Ville-Roy de Gallo.
Alors, comme vous m'y invitez, je vais prendre un vocabulaire très rigoureux et précis. Je crois que la victoire, elle est assurée en France. C'est important. Et elle est en cours, très très prochaine en Europe. Ça veut dire que nous allons ramener l'inflation à 2% en Europe dans le courant de cette année. On est à 2,4% aujourd'hui en Europe. Les deux conséquences positives, c'est quoi ? Elles sont très importantes pour les Français. La première, c'est que ça nous permet, nous, Banque Centrale, Banque Centrale Européenne, Banque de France, de baisser les taux d'intérêt. Et ça se voit, par exemple, dans le crédit immobilier.
Il y a un an, les taux en moyenne du crédit immobilier étaient à 4,2%. Là, sur le mois de janvier 2025, on est à 3,3%. Et d'ailleurs, les Français ont bien observé cette baisse, ils sont intelligents et aujourd'hui, ils en prennent plus. Et puis, l'autre conséquence positive, c'est qu'on voit revenir du pouvoir d'achat sur les salaires. C'est-à-dire que depuis l'année dernière, les prix augmentent moins vite que les salaires. Ça, ça devrait nourrir la consommation des ménages.
Alors, ça, c'est pour le positif. Il y a aussi ce qu'on pourrait appeler le négatif. Vous avez révisé la prévision de croissance pour cette année à 0,7%. Ça veut dire qu'on produira 0,7% de richesse en plus cette année et non pas 0,9% comme prévu au départ. Or, le gouvernement, lui, a bâti son budget sur cette prévision de 0,9%. Est-ce que ça veut dire qu'on ne va pas atteindre nos objectifs de déficit à 5,4% en l'occurrence ?
Non, je ne crois pas. Je crois que c'est un peu l'épaisseur du trait, si vous me permettez. Pourquoi est-ce qu'on a révisé à la baisse ? Parce qu'il y a beaucoup plus d'incertitudes, comme on disait tout à l'heure, de l'environnement international.
Mais on va manquer d'un niveau gouvernemental.
Donc, c'est une croissance ralentie. Il faut regarder les choses en face. Ça reste une croissance positive. Je souligne ça parce que, souvenez-vous, il y a quelques mois, il y a beaucoup annoncé une récession en France cette année. Enfin, 0,X. Il faut vraiment être optimiste pour voir ça comme une nouvelle positive. Je n'ai pas parlé de nouvelles positives. Encore une fois, nous sommes objectifs. Mais la France devrait échapper à la récession cette année. Et pour terminer sur le relativement moins mauvais, après on va parler des politiques américaines, l'emploi résiste relativement bien dans ce paysage. Il va y avoir une montée modérée du taux de chômage. Nous pensons entre 7,5 et 8.
Mais c'est beaucoup moins, souvenez-vous, de ce qu'on avait il y a une dizaine d'années. Ça reste malgré tout bien au-dessus de la moyenne européenne. Ça reste trop élevé. Il faudra viser à moyen terme le plein emploi à 5%. Mais souvenez-vous, malheureusement, il y a une dizaine d'années, le taux de chômage, il dépassait les 10%. Donc s'il y a un sujet sur lequel nous, Français, collectivement, on a fait des progrès, c'est l'emploi. Je ne sais pas si vous le savez, mais depuis 10 ans, la France a créé plus de 2 millions d'emplois. C'est une des meilleures performances qu'il soit. Il faudrait qu'on continue dès que la croissance accélérera, ce que nous prévoyons pour l'année prochaine.
Sauf que vous comptez aussi, pour ça, sur une consommation qui va augmenter, aussi avec ce que vous disiez, les salaires qui sont plus importants que l'inflation. Mais pour le moment, l'INSEE dit que les Français veulent épargner. C'est même un record depuis 1987.
Alors, ce n'est pas tout à fait le record, parce que le taux d'épargne le plus élevé qu'on ait connu en France...
C'est la volonté d'épargner.
C'est après le Covid. On mesure le taux d'épargne, c'est la part du revenu qui est consacrée à l'épargne.
C'est l'opinion qu'ils ont.
Alors, cette épargne, elle a commencé à diminuer depuis le Covid, mais vous avez raison, elle n'a pas retrouvé son niveau pré-Covid. Et ça, au fond, c'est une espèce de réserve de croissance. C'est les Français qui décideront d'utiliser leur épargne ou pas. Ça n'est pas du tout indépendant de ce qu'on disait sur les incertitudes. Je crois que de ce point de vue-là, on ne va sans doute pas diminuer l'incertitude américaine. Ce qui est important, c'est qu'on construise solidement côté européen et côté français, c'est l'espoir.
Est-ce que les Français épargnent trop François Villeroy-le-Galot ?
Oh, ce n'est pas à moi de juger si le niveau d'épargne de chacun est le bon.
Vous avez un avis et vous êtes le meilleur observateur de la question.
Non, parce que, heureusement, on vit en régime de liberté économique et il y a des Français qui peuvent avoir des projets. Ce qui est sûr...
La consommation, c'est 50% du produit d'intérieur brut.
Oui, alors, je réponds à votre question. Ce qui est sûr, c'est que ça constitue une réserve de croissance pour les années qui viennent. Je crois qu'au fur et à mesure qu'un peu plus de confiance et de pouvoir d'achat revient, nous nous attendons à ce que ce taux d'épargne diminue. C'est dans notre prévision. Si je regarde néanmoins dans la durée, le fait qu'en Europe, il y ait beaucoup d'épargne, ça, c'est un atout européen. Et le défi que nous allons avoir, ce qu'on appelle l'union pour l'épargne et l'investissement au sein de l'Europe, c'est d'utiliser mieux cette épargne pour l'innovation, pour l'investissement en Europe.
Et la défense peut-être ?
Et ça peut être la défense aussi, même si la défense relève in fine de financements publics et pas d'épargne privée.
Alors justement, le président de la République, merci pour la transition, le président de la République appelait donc à muscler la défense avec des investissements supplémentaires qui sont désormais devenus indispensables. Et je cite Emmanuel Macron. Première question, est-ce qu'on en a les moyens ? Et deuxièmement, comment est-ce qu'on peut trouver cet argent ? Faut-il un emprunt européen ? Faut-il consacrer le livret A à ses dépenses militaires ? Ou faut-il créer un livret spécialement dédié aux dépenses militaires ?
Alors, d'abord, je crois qu'il faut revenir sur pourquoi cette question se pose. J'ai cité le très mauvais qui sont les politiques économiques de la nouvelle administration américaine. On va y venir. Qui crée un maximum d'incertitudes sur le plan économique, on va en reparler, mais qui crée aussi beaucoup d'incertitudes sur le plan militaire. Et ça, ça nécessite un effort de défense de la part des Européens.
Mais vous qui avez toujours appelé à réduire la dette, c'est le retour du quoi qu'il en coûte et on peut oublier les déficits et la dette publique, François-Ville-Roy de Gallo ?
Ça ne peut pas être et ça ne doit pas être le retour du quoi qu'il en coûte. Ça doit être, et c'est l'espoir que je manifestais, le réveil militaire de l'Europe, mais aussi son réveil économique et financier. Et surtout, ne séparons pas les deux. Parce que la meilleure réponse à votre question, c'est de financer ce surcroît de dépenses par un surcroît de croissance européenne et française. Et nous en avons les moyens.
Pourquoi est-ce que je dis ça ?
Parce que souvenez-vous, il y a deux, trois mois, tout le monde parlait de cette accélération de la croissance et de l'innovation en Europe, ce qu'on appelait le rapport Draghi, du nom de l'ancien Premier ministre italien. Et au fond, nous savons ce que nous avons à faire ensemble pour booster, muscler la croissance européenne. Aujourd'hui, on parle de l'effort de défense. On risque d'oublier la deuxième jambe, qui est le renforcement de la croissance européenne. Si on vient sur le financement de cet effort de défense, je suis le débat des derniers jours. Je pense qu'on confond un peu deux questions, si vous me permettez.
Il y a la question de savoir, c'est comme quand on veut construire une maison, il y a la question de savoir qui va vous prêter. Il est question d'acheter des armes, là. Absolument.
Quand on construit une maison, on investit. Quand on achète des armes, est-ce que c'est pour les utiliser ou les stocker ?
Non, j'espère que ce n'est pas pour les utiliser. C'est pour quelque chose qui est vital. C'est de protéger notre liberté, la paix et nos valeurs. Alors, ce n'est pas à moi de décider l'ampleur de cet effort de défense. C'est le débat démocratique et je le laisse aux spécialistes. Mais nous avons besoin de le financer. Qu'est-ce que je veux dire avec les deux questions différentes ? Il y a la question de savoir qui prête aujourd'hui. Et là, il y a plusieurs sources possibles et objectivement, on trouvera des prêteurs. Les trois que j'ai cités. J'entends tout le débat sur est-ce que c'est une partie des livrets d'épargne ? Est-ce que c'est les banques qui doivent prêter plus ?
Est-ce que c'est un grand emprunt national ? Mais on trouvera pour prêter parce que l'épargne est abondante. Mais la vraie question, ce n'est pas de savoir qui va prêter aujourd'hui. La question, c'est de comment bien rembourser demain. Parce que quelle que soit la source de financement, et j'en ai cité plusieurs, de toute façon, c'est du crédit et ça veut dire de la dette supplémentaire. Et pour bien rembourser cette dette demain, là il faut être très clair, je crois qu'il faut à la fois arrêter la croissance des dépenses publiques en France, on va sans doute en parler, et augmenter la croissance de l'économie. C'est ça les deux remèdes.
Et pas augmenter les impôts.
Alors, augmenter les impôts, c'est pas à la Banque de France d'en décider, c'est un choix démocratique. Mais quand je regarde, et je regarde le paysage politique, je crois qu'aujourd'hui la priorité, parce que c'est ça l'exception française, Marion Lourdes, c'est que nous avons plus de dépenses, non seulement que tous les pays européens, mais que tous les pays du monde. Et que non seulement nous avons plus de dépenses que les autres, mais elles continuent à croître. Donc ce que je dis ce matin, c'est que la première priorité, c'est d'arrêter la croissance des dépenses.
Et pourtant il faut augmenter les dépenses dans l'éducation, c'est ce que vous n'arrêtez pas de dire. Il faut augmenter les dépenses dans la recherche publique.
Oui, alors là il faut un peu affiner. D'abord, quand je parle d'arrêter la croissance des dépenses, c'est le total des dépenses publiques. Les dépenses que vous venez de citer, sont des dépenses de l'État, du budget de l'État. Et l'État ça fait un gros tiers seulement des dépenses. C'est quoi les autres dépenses publiques ? C'est les dépenses sociales et les dépenses locales. Et quand on regarde l'ensemble, je vais peut-être vous surprendre, alors qu'on a l'impression de sortir de deux années de grands débats budgétaires, ces dépenses continuent à croître de plus de 1% par an en volume. Qu'est-ce qu'on appelle en volume ?
C'est qu'on couvre l'inflation, mais au-delà de ça, il y a plus de 1% de croissance. Et pourquoi ? Les dépenses de l'État, elles, elles ont commencé à diminuer, mais les dépenses sociales et locales, dont je ne dis pas du tout qu'elles aient une utilité, il y a des locaux qui sont extrêmement engagés, il y a évidemment des prestations sociales indépendantes à la solidarité, mais ces dépenses sociales et locales, elles ont augmenté de plus de 2% par an. Ça, nous ne pouvons pas continuer comme ça. Il faut un effort juste et partagé. Tout le monde se met autour de la table. Et comment on arrête la croissance de ces dépenses ?
Peut-être encore un mot, si vous me permettez, par rapport à l'éducation ou à la recherche. De temps en temps, il s'agit de mieux dépenser. Là, la comparaison avec nos voisins européens est intéressante. Pour avoir à peu près le même résultat, je vous donne un chiffre, nous avons, nous, 9% du PIB, de la part de notre économie, de plus de dépenses. Ça fait 260 milliards d'euros d'écart par rapport à la moyenne de l'Allemagne, de l'Italie, des Pays-Bas, qui sont aussi des sociétés qui fonctionnent. Alors, allons regarder de façon très pragmatique, ce n'est pas du tout idéologique, ce qui marche le mieux sur l'éducation, la recherche ou la santé.
François Villeroy de Gallo, il y a une autre source de financement qui ne crée pas de dettes. C'est les avoirs russes qui ont été gelés par les sanctions. Aujourd'hui, on utilise les intérêts de ces avoirs russes. La question se pose d'utiliser les avoirs russes eux-mêmes. L'Assemblée nationale a voté pour. Le gouvernement ne veut pas, pour l'instant, parce qu'il a peur de déstabiliser le système financier européen, notamment vous qui êtes au cœur de ce système financier. Est-ce qu'utiliser, toucher à ces avoirs russes, ça déstabiliserait le système ?
Alors, ces avoirs russes, vous l'avez dit, ils servent aujourd'hui.
C'est à peu près 200 milliards.
Oui, mais ils sont utilisés comme garantie d'un prêt qui a été fait à l'Ukraine. Et effectivement, pour payer les intérêts. À l'échelle européenne. À l'échelle européenne. C'est un prêt qui a été fait par l'Europe et par les autres pays de ce qu'on appelle le GESA. Mais c'est une résolution symbolique. Y compris les Etats-Unis, d'ailleurs. C'est la proportion des avoirs... Est-ce qu'il y a un risque ? Alors, d'abord, si on saisissait ces avoirs, on déstabilise le prêt qui est fait. Et c'est vrai, on déstabilise pas mal l'institution financière. Si on est demain, ce qu'on peut espérer, mais on n'en est pas sûr, j'ai écouté Pierre Aski tout à l'heure.
Si on est demain dans le cadre d'un accord de paix, là, le contexte juridique change. Peut-être que cet argent pourrait être directement affecté à l'Ukraine. Mais ça ferait partie d'un accord de paix. Le point que je souligne, c'est que ça serait de l'argent pour l'Ukraine. C'est pas de l'argent qui va venir financer les efforts de défense des différents pays européens. D'où d'ailleurs aussi le grand changement en Allemagne. Ça, je crois que c'est un élément positif. Je parlais d'espoir sur le réveil de l'Europe. C'est que l'Allemagne, qui a une situation de dette beaucoup plus favorable que la nôtre, est décidée à l'utiliser.
On va y venir justement à l'Allemagne puisqu'hier, vous dialoguez avec votre homologue allemand, le président de la Bundesbank. Mais cette question des avoirs russes, si on doit résumer et ce que vous venez de dire, c'est que ça ne sert à rien d'y toucher pour essayer d'améliorer la situation économique française.
Ça ne sera pas pour la situation économique française. Ça peut servir pour l'Ukraine. Mais ça, ça fait partie des négociations à venir.
Alors justement, à propos de la Russie, on a Jean-Claude au standard. Bonjour Jean-Claude.
Oui, bonjour. Et bienvenue. Merci. Oui, je voulais poser la question suivante. On entend dire dans les débats multiples sur la guerre ukrainienne que le PIB de la Russie serait identique à celui de l'Espagne ou des Pays-Bas à peu près. Bon. Donc question, comment l'économie russe est-elle structurée pour pouvoir financer sur une longue durée comme c'est le cas un effort de guerre aussi important ? Est-ce qu'on imagine l'Espagne ou les Pays-Bas financer aujourd'hui un engagement militaire aussi important que celui de la Russie en Ukraine ?
Merci. Excellente question, Jean-Claude. Et hier, d'ailleurs, l'ancien commissaire européen Thierry Breton minimisait la puissance économique russe en disant après tout qu'elle n'avait que le PIB de l'Espagne. Alors, comment est-ce que la Russie, monsieur le gouverneur de la Banque de France, un peu de pédagogie, comment est-ce qu'elle fait pour financer son effort de guerre sans que le pays ne s'écroule ?
Alors, je salue la question. En gros, l'économie russe, c'est la taille que vous dites, mais c'est du côté des recettes ou des revenus, avant tout, le pétrole et les matières premières et du côté des dépenses, avant tout, la défense. Voilà, c'est comme ça qu'est organisée l'économie russe. Donc, je ne crois qu'il ne faut pas surestimer la menace économique russe, il ne faut pas sous-estimer la menace militaire, parce que l'armée russe est puissante, équipée, nombreuse, et d'où la nécessité d'augmenter l'effort de défense en Europe. Moi, j'appelle au réveil militaire et économique européen. Notre force, aujourd'hui, c'est l'économie, notre faiblesse, c'est le militaire. Mais il y a
les très mauvaises nouvelles dont on doit parler, François Villeroy de Gallo, et notamment les Trumponomics, comme on dit, ça veut dire protectionnisme commercial des Américains, droits de douane punitifs, et en l'occurrence, quelles conséquences sur nous et sur la croissance, notamment en France ? Quand vous entendiez le journal tout à l'heure de Florence Paracoelos et cette menace par le président américain d'imposer des droits de douane à 200% sur les vins spiritueux champagne, est-ce que l'UE a les moyens de se défendre ? Est-ce qu'elle a vraiment un colt dans sa poche, comme le dit Pascal Lamy, l'ancien directeur général de l'OMC ?
L'Union Européenne a les moyens de représailles, il faut souhaiter que l'escalade commerciale s'arrête. Mais j'ai parlé d'espoir européen, au fond, c'est... une très mauvaise nouvelle. C'est évidemment une très grosse menace. La bonne réponse, c'est l'Europe. Et si ce qui se passe aux Etats-Unis, qui est une très mauvaise nouvelle, d'abord pour l'économie américaine, a une vertu en Europe, c'est de nous amener un surcroît de volonté européenne. Militaire, mais aussi économique, je ne sépare jamais ces deux jambes. Il y a une brutalité côté américain. Mais c'est le paradoxe. Ali Badou, je termine. Il y a une brutalité, il faut dire les choses, de M. Trump et de M. Musk.
Il ne faut pas répondre à la brutalité par une espèce de passivité ou un élément de fatalité. Il faut répondre par un surcroît de volonté. Et nous en avons les moyens. Alors pourquoi, et je crois que c'est important de dire, pourquoi est-ce que c'est d'abord une mauvaise nouvelle pour l'économie américaine ?
Ah oui.
C'est que cette montée des droits de douane et du protectionnisme au fond, je crois que la vision de l'équipe Trump sur l'économie, c'est un peu celle d'un plateau de monopolie, si vous me permettez. C'est-à-dire de dire que ce que gagne l'un, c'est forcément ce que perd l'autre. J'échange un quartier, un hôtel, etc. Mais c'est un jeu à somme nulle. L'économie, ce n'est pas ça. L'économie, c'est qu'on crée de la prospérité ensemble parce qu'on échange des talents, des idées, des produits, des innovations. C'est tout ça dont on est en train de se priver. Je vais vous citer un exemple qui est frappant. Avant de retourner au standard. Hier, quand M.
Trump menace de droits sur le champagne et les spiritueux européens, la bourse européenne et française baisse de 0,6. Mais la bourse américaine baisse davantage à 1,4%. Et on a aujourd'hui cette situation stupéfiante alors que l'économie américaine allait très bien en début d'année que certains, non seulement révisent à la baisse leur prévision de croissance américaine, mais commencent à parler de risque de récession aux Etats-Unis. Donc c'est une politique perdante. C'est un exemple de but contre son camp, mais c'est une politique qui est très mauvaise ici pour le reste du monde.
Nous répondons non pas par la brutalité, mais par un surcroît de volonté européenne, plus de défense et plus de croissance. J'y insiste. Il faut qu'on travaille plus, qu'on travaille mieux et qu'on fasse les réformes proposées notamment par le rapport Draghi.
Il reste très peu de temps. Bonjour Michel et bienvenue sur France Inter.
Bonjour France Inter. Bonjour M. le directeur. Le gouverneur. Le gouverneur. Oula, désolé. Non, non, non.
Les titres comptent.
Voilà. Le truc c'est est-ce que vous pourriez pas faire comme nous qui boycottons les USA, c'est-à-dire vendre les bons du trésor américains que vous détenez et proposer à la Banque Centrale Européenne de faire pareil ? Très bonne question. Pour arrêter de financer leur déficit.
Voilà. Merci Michel. C'est une manière de contraindre les Etats-Unis même si combien de bons du trésor détenez-vous à la Banque de France ?
Nous en avons vendu une partie. On ne l'a pas vendu pour des raisons politiques. D'ailleurs, on l'a vendu parce que c'était un bon arbitrage financier et évidemment, le devoir que nous avons à la Banque de France, c'est de placer le mieux possible l'argent des Français. Il se trouve que l'essentiel de nos réserves aujourd'hui est en or et l'or s'apprécie et puis pour le reste... Ce que ne savent pas les Français,
c'est qu'à la Banque de France...
Pour le reste, être en obligation en euros, donc en obligation française et européenne.
Vous avez dans vos coffres 2430 tonnes d'or massif. Les Français le savent peu. L'or qui a atteint un record historique. C'est une valeur refuge. À quoi ça sert ?
Je crois que ça sert à garantir la signature de la France et la confiance dans la Banque de France. Nous n'en achetons pas, nous n'en vendons pas, nous le gardons et je crois qu'on s'en est bien porté jusqu'à présent. Mais ce n'est pas ça qui va résoudre le problème des finances publiques françaises. Quand j'insiste sur la maîtrise des dépenses, disons-le très clairement, nous ne pouvons plus tout nous payer comme avant. Donc il va falloir faire des choix.
Justement, dernière question puisqu'on arrive à la fin de cette...
Avant-dernière.
Avant-dernière, pardon. L'agence Fitch doit noter aujourd'hui la dette de la France. On craint une dégradation. Elle est actuellement notée A à moins. C'est une sorte de 17 sur 20. Est-ce que vous craignez cette dégradation et ses conséquences ?
Les agences de notation sont une chose. Il y en a trois. Fitch est une des trois agences. La semaine dernière, Standard & Poor's qui est la plus importante. A confirmer la notation française. Je crois qu'il y a d'importance et surtout le jugement des investisseurs. Ceux qui nous prêtent. Et cela, malheureusement, depuis juin dernier, ils ont fait payer plus cher relativement les emprunts français. C'est-à-dire que ce qu'on appelle le spread, l'écart de ton intérêt avec l'Allemagne, c'est beaucoup accru. C'est beaucoup accru. Et donc, quand je parlais d'arrêter la croissance des dépenses publiques et d'augmenter la croissance de l'économie, c'est la meilleure réponse sur le fond.
Il y a une question de confiance. On a beaucoup parlé d'argent. François Villeroy de Gallo, on va terminer en parlant en latin. Non aes, cède fides. Traduction ?
Alors, ça n'est pas du bronze, c'est de la confiance.
Et donc, vous dites aux Français la pièce de monnaie en euros...
C'est une devise qui existait sur une pièce à Malte vers le XVIe siècle. C'est cité par un philosophe qui s'appelle Zimmel. Mais, je crois que derrière ce symbole, ce n'est pas le métal qui compte, c'est la confiance. Il y a le fait que les Français peuvent faire confiance à la Banque de France, à la Banque Centrale Européenne pour garder l'inflation à bas niveau, c'est-à-dire autour de 2% et en conséquence pour avoir les taux d'intérêt les plus bas possibles. Ça, c'est un élément de solidité, de stabilité dans ce paysage très incertain dans lequel nous vivons et je redis l'engagement de la Banque de France à le tenir.
Ce sera le mot de la fin. Merci infiniment François Villeroy de Gallo d'avoir été l'invité de France Inter ce matin à suivre la revue de presse.
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