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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 18 décembre 2024 26 min

Cumul des mandats, gouvernement Bayrou, immigration à Mayotte... Le "8h30 franceinfo" de François Hollande

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour François Hollande, Emmanuel Macron va se rendre à Mayotte demain, sur place l'aide suffisante tarde à arriver. La France est-elle à la hauteur de ses responsabilités à l'égard de Mayotte ?

0:16
François Hollande

Oui, moi je pense que une mobilisation s'est produite, elle est toujours tardive parce que la tragédie est telle qu'il y a des besoins qui sont immenses et puis un nombre de morts et de blessés qu'il est très difficile encore d'évaluer et il y a eu l'armée qui a été sollicitée à juste raison. C'est elle qui aujourd'hui apporte l'eau, apporte la nourriture et puis il y a aussi la sécurité qu'il faut assurer sur le département de Mayotte et il y aura sûrement un plan d'investissement, un plan de reconstruction à établir, ça sera sûrement le sens du déplacement du président de la République mais pour l'instant c'est l'urgence et je crois qu'il ne faut pas la discuter.

Il y a aussi de la part de nos concitoyens une solidarité qui s'est immédiatement manifestée, des dons qui vont être mobilisés aussi et donc des financements qui vont être apportés, ça sera long la reconstruction. Tout de suite il faut assurer la nécessité de donner aux Mahorais un peu d'eau, de nourriture, de médicaments, de soins, d'accompagnement, c'est ça l'urgence, et déblayé, vous avez vu ces images qui sont terrifiantes.

1:28
Présentateur

Une montagne de décombres.

1:29
François Hollande

Oui et donc c'était des bâtiments précaires qui se sont effondrés, ils sont en train d'être reconstruits comme c'est souvent le cas à Mayotte.

1:37
Invité

Ce que vous décrivez, ce qu'on voit de cette catastrophe, ça met en lumière le déficit d'infrastructures, vous disiez ce sera long de reconstruire, on entendait la députée Estelle Youssoufa dire il faut un plan Marshall, à votre place avant-hier il y avait le premier président de la cour des comptes, votre ancien ministre Pierre Moscovici, qui disait il faut faire comme pour Notre-Dame, se fixer un délai, un délai, c'est la bonne méthode, ça a un calendrier et des moyens spécifiques ?

2:01
François Hollande

Oui un délai, j'allais dire le plus rapidement possible, peut-être qu'il faut fixer une date dans deux ou trois ans, de savoir que Mayotte a été reconstruit, mais pas n'importe comment. Si c'est pour rebâtir ce qui existait, c'est-à-dire un habitat précaire qui a été soufflé à la première tempête, non, je crois qu'il faut absolument bâtir à Mayotte du dur, du sûr et du long, c'est-à-dire du durable.

2:30
Présentateur

Mais pour ça il faut de l'argent, et on en manque ?

2:33
François Hollande

Et on en manque, oui, mais pour Mayotte, comme pour la Nouvelle-Calédonie, il y a eu là aussi pour d'autres raisons des destructions, il faut savoir reconstruire, mais je pense que la comparaison avec Notre-Dame peut être établie, mais c'est pas du tout la même entreprise et la même ampleur. Ce qu'il faut c'est associer la population aussi à ce qui va être fait, c'est pour ça que la députée a raison, il faut que ce soit avec les élus, que ça puisse être compris comme correspondant au souhait et au mode de développement de Mayotte. Mayotte, c'est un archipel qui a été désireux d'entrer dans la République, ça remonte à plusieurs décennies, et qui assure aux Français leur pleine intégration.

Ils veulent être des citoyens à l'égal des autres, et je crois que c'est ça qu'il faut aussi comprendre.

3:23
Présentateur

Mais depuis Mayotte, François Hollande, le ministre des Missionnaires de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a déclaré que Mayotte ne pourra pas être reconstruit sans traiter la cause migratoire. Il a raison, ça fait partie du problème, ou c'est pas le moment d'en parler ?

3:36
François Hollande

Je suis pas sûr que c'était vraiment opportun d'en parler au moment où les Mahorais, et aussi les irréguliers, parce qu'il y a dans les victimes aussi des personnes qui n'avaient pas à être là, mais qui étaient là. Donc, de parler tout de suite de la question migratoire. Enfin, mais on sait bien que pour Mayotte, depuis d'ailleurs qu'il y a eu l'indépendance des Comores, hors Mayotte, il y a cette pression migratoire, puisque nous sommes dans des zones où les pauvretés sont hélas comparées. Et donc, il est fait mieux vivre à Mayotte que dans les Comores.

Donc, s'il y a un plan de développement, moi je m'y suis attaché quand j'étais président de la République, c'est un plan de développement de Mayotte, mais aussi des Comores. Si on veut régler pour partie la question migratoire, il faut aussi assurer un avenir.

4:29
Invité

Justement, on est sur le plan de la souveraineté sur Mayotte, justement. En plus, la difficulté, c'est qu'on est en désaccord avec les Comores. S'il y a aussi un enjeu, on va dire, politique et géopolitique derrière ce qui est en train de se jouer, au-delà de l'enjeu, évidemment, urgent et humanitaire.

4:42
François Hollande

Oui, il y a un enjeu dans l'océan Indien que chacun connaît. La France y est présente, la Réunion, Mayotte, mais aussi d'autres îles. C'est important d'y être. Mais je ne crois pas du tout qu'on doive regarder les Comores par rapport à un enjeu stratégique. C'est précisément par rapport à l'enjeu régional de faire que tous ceux qui veulent se faire soigner, qui habitent les Comores, n'aillent pas à Mayotte ou que les enfants ne soient pas déposés. Parce que c'est le cas aujourd'hui. C'est une tragédie quotidienne où les enfants sont déposés après avoir fait un voyage sur les barques sur les côtes maoraises.

5:21
Présentateur

C'est pour ça que le ministre de l'Intérieur, depuis Mayotte, a rappelé que c'était de la faute des gouvernements précédents qui ont laissé s'installer une dérive sur la question migratoire. En 2012, vous étiez en campagne présidentielle à Mayotte et vous promettiez à l'époque de contrôler l'immigration venant justement des Comores. Douze ans plus tard, le problème de l'immigration clandestine à Mayotte n'est pas réglé. Vous avez échoué sur cette question ?

5:44
François Hollande

Nous avons fait ce qu'il y avait à faire, mais il ne faut sans doute en faire plus. Comment régler ? Il faut mettre des bateaux pour empêcher les barques de venir jusqu'à Mayotte. C'est ça l'enjeu, il est sécuritaire, puisque pour aller à Mayotte, c'est un archipel, donc il faut prendre le bateau. Donc il faut mettre beaucoup de bateaux, des forces de police, de gendarmerie.

6:06
Présentateur

Et pourquoi vous ne l'avez pas fait ?

6:07
François Hollande

On l'a fait bien sûr, mais c'est un flux continu, compte tenu de ce que je dis, de la disparité des modes de développement. Donc il faut bien sûr renforcer, renvoyer les irréguliers vers les Comores, ce qui se fait aussi, pas suffisamment. Donc la question migratoire, elle est posée depuis le départ, j'allais dire, depuis qu'il y a eu la séparation de Mayotte, des Comores, avec la volonté des Mahorais d'être français et des autres de ne pas l'être.

6:36
Invité

Il faut parler aussi de la situation politique dans laquelle nous nous trouvons, puisque toute cette crise survient à un moment où le gouvernement n'est pas encore composé. Le Premier ministre a été hier devant l'Assemblée nationale, des premiers pas contestés, notamment parce que François Bayrou s'est rendu à Pau pendant la réunion de crise à Mayotte. Et sans revenir précisément sur cette polémique, hier devant les députés, il était interrogé, il dit « Pau, c'est la France, le Premier ministre et le Président de la République ne peuvent pas quitter le territoire national en même temps, Emmanuel Macron a plusieurs rendez-vous à l'étranger.

Est-ce qu'il a fait une gaffe, François Bayrou, avec cette affaire de Pau ? »

7:10
François Hollande

« Est-ce que se rendre à Pau, je peux en comprendre les raisons, il vient d'être nommé Premier ministre, ce sont ses amis qui veulent l'accueillir, c'est un conseil municipal qui veut le féliciter. Il y a une pression personnelle, j'imagine. Mais nous sommes dans un temps qui est un temps grave, parce qu'il se passe à Mayotte une tragédie, parce que le pays attend les premières décisions du gouvernement. Donc sûrement, il eut mieux valu que le Premier ministre qui vient de s'installer prenne du temps pour rester à Paris, pour surveiller ce qui se passe, je crois qu'il a fait, à Mayotte, en liaison avec les ministres qui sont sur place, et prendre déjà les premières décisions.

7:52
Présentateur

Vous étiez dans l'hémicycle, vous, hier. Vous l'avez écouté attentivement, le Premier ministre. Quand il donne ses justifications, il est d'usage que le Premier ministre et le Président de la République ne quittent pas en même temps le territoire national. Mayotte, c'est la France.

8:03
François Hollande

Oui, ça m'a bien sûr fait sursauter dès qu'il a prononcé cette phrase, qui est de l'ordre d'un mauvais lapsus. Mayotte, c'est la France. Mais ce n'est pas parce que Mayotte, c'est la France, qu'il puisse y avoir et le Premier ministre et le Président de la République sur le même département. Bien sûr, vous pouvez le comprendre.

8:21
Présentateur

Oui, bien sûr. Le Président de la République va y aller. Mais ce n'était pas la question, effectivement.

8:24
François Hollande

La maladresse, elle était de ne pas laisser penser que Mayotte, c'était la France. Mayotte, c'est la France.

8:30
Présentateur

Alors, il a justifié, pardon.

8:31
François Hollande

Oui, après, il s'est repris.

8:33
Présentateur

Il a mis un autre argument aussi sur la table, François Bayrou, pour justifier sa présence à peau. Il ne veut pas quitter son mandat de maire. Il dit que le non-cumul des mandats, c'était une erreur. Et le non-cumul des mandats a été instauré pendant votre quinquennat. Il faut revenir dessus. Il dit que c'était une erreur. Ça crée la déconnexion chez les parlementaires. Il n'a pas tort. Vous l'avez remarqué, vous aussi ?

8:55
François Hollande

Je vais faire peut-être plusieurs remarques. Il y a la loi et il y a ce qu'il n'y a pas dans la loi. Ce qu'il n'y a pas dans la loi, c'est l'interdiction du cumul entre une fonction ministérielle, la dividence primo-ministérielle, et un mandat d'exécutif local. Lionel Jospin, quand il est devenu Premier ministre, avait posé cette règle. Il n'est pas possible d'être maire ou président d'une région ou d'un département et membre d'un gouvernement. Et je crois que cette règle, qui a été jusqu'à présent respectée, elle doit l'être encore.

Parce que, très concrètement, il n'est pas possible d'assurer, quand on est ministre, et à fortiori Premier ministre, une fonction aussi éminente et une fonction locale. Ce n'est pas possible. Deuxièmement, ça pose aussi un problème presque de conflit d'intérêts. Un ministre ou un Premier ministre, il doit agir pour l'ensemble du territoire. S'il est un élu local, en plus à la tête d'un département ou d'une région ou d'une ville, il a tendance, ce qui est assez légitime, à favoriser son territoire. Donc, il est absolument nécessaire d'avoir une part, je veux dire, non pas d'impartialité, mais une part d'intérêt général qui doit prendre le pas sur tout intérêt local ou particulier.

Alors, j'en arrive à la question du cumul, lui qui est dans la loi, du non-cumul.

10:17
Présentateur

Le cercle des pouvoirs à Paris ne peut pas être séparé.

10:20
François Hollande

Moi, je ne regrette pas du tout d'avoir fait cette proposition et ensuite que le Parlement, d'ailleurs, je crois que François Bayreau était d'accord à cette époque avec cette proposition. C'est d'ailleurs de faire que les parlementaires puissent garder un mandat local, bien sûr. Conseiller municipal, conseiller départemental, conseiller régional, mais ne puissent pas être maire, président de département, président de région. Bon, ça me paraissait là aussi. Mais, puisque je suis revenu à l'Assemblée nationale, bon, c'est vrai que je vois une part de déconnexion, je peux comprendre. Mais je vois aussi que les règles de fonctionnement de l'Assemblée nationale ont totalement changé.

Au temps du cumul des mandats, comme on disait, l'Assemblée nationale, elle ne siégeait que six mois par an. L'Assemblée nationale, elle n'avait aucune obligation de présence. L'Assemblée nationale avait des formes de débat qui, quelquefois, choquaient les Français, où il y avait 50 députés en séance. Aujourd'hui, ils sont tous là parce qu'il y a des obligations. Donc, c'est pour ça que je pense que ce n'était vraiment pas. Franchement, au moment où nous sommes, avec les questions qui sont posées, y compris sur le plan du budget, sur le plan de l'avenir économique du pays, mettre cette question comme étant la première dans le débat public,

11:27
Invité

c'était tout, sauf, j'allais dire, opportun. D'un mot, François Hollande, sur les conditions de la nomination de François Bayrou à Matignon. On est curieux d'avoir votre regard d'ancien président, un Premier ministre, qui s'impose comme ça au chef de l'État. Qu'est-ce que ça dit ? Où est aujourd'hui le pouvoir exécutif ?

11:43
François Hollande

Le pouvoir exécutif est à Matignon, ce qui veut dire qu'il est à l'Assemblée. Parce que, dans ces périodes-là, où le Président de la République est dans une position de faiblesse, lorsqu'il n'a pas de majorité à l'Assemblée nationale, lorsque son parti s'est détaché de lui, lorsqu'un Premier ministre, finalement, s'impose à lui pour sa nomination, ça veut dire que nous allons être, et nous sommes déjà, dans un régime parlementaire. Ça durera le temps de cette situation. Dès 2027, il y aura sûrement une autre étape. Mais là, en ce moment, nous sommes dans un régime parlementaire. Qu'est-ce que ça a comme conséquence ?

Le Premier ministre, en l'occurrence François Bayrou, doit dialoguer avec toutes les forces qui sont en présence, et notamment celles qui sont dans le Front Républicain. Je pense que c'est ça. Sa responsabilité, François Bayrou, c'est pas simplement de se différencier d'Emmanuel Macron, c'est fait. D'être indépendant d'Emmanuel Macron, c'est largement engagé. C'est de trouver des formes d'un dialogue constructif avec sa majorité, qui est étroite, qui est même insuffisante, et l'opposition. Ça s'appelle la cohabitation. C'est une forme de cohabitation, mais c'est pas la cohabitation.

La cohabitation, c'est quand il y a une majorité solide à l'Assemblée nationale, d'une couleur politique différente de celle du président de la République. Je citais Lionel Jospin, ça a été une cohabitation de 5 ans. Là, c'est pas une cohabitation, puisqu'il y a une fragmentation. Donc, ça veut dire une période de construction parlementaire.

13:10
Invité

On vous retrouve juste après le Fil Info, François Hollande, puisqu'il est 8h46. Maureen Suignard. Le pays peut continuer à s'affaiblir. Il faut s'attendre à voir le chômage augmenter. L'alerte sur France Info ce matin du président de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises. La CPME signe avec deux autres organisations patronales et quatre syndicats. Un appel à la stabilité politique après la dissolution de l'Assemblée, puis la chute du gouvernement Barnier. Ils disent avoir besoin de visibilité et de sérénité. 4,6 millions d'euros ont été recueillis hier soir lors de la soirée pour Mayotte sur France 2.

Des dons des téléspectateurs récoltés par la Fondation de France pour venir en aide à la population sinistrée. Après le passage du cyclone Chido, Emmanuel Macron s'envolera vers Mayotte dès ce soir. Un homme de nationalité ouzbeck né en 1995 a été arrêté. Il est soupçonné d'être impliqué dans l'assassinat d'un haut responsable militaire russe, le commandant des forces de défense chimique et biologique tué hier matin à Moscou. Le comité d'enquête russe affirme que le suspect a été recruté par les services spéciaux ukrainiens. Et puis encore du changement à la tête du Vendée Globe, cette course autour du monde à la voile en solitaire.

Le skipper français Sébastien Simon passe devant les deux navigateurs tricolores, Charlie Dalin et Yohann Richaume.

14:31
Présentateur

Toujours avec l'ancien président de la République et aujourd'hui député de Corrèze, François Hollande. Discours de politique générale prévu le 14 janvier prochain. Est-ce qu'il faut que François Bayrou se soumette à un vote de confiance ?

14:45
François Hollande

Non, je ne pense pas que ce soit la bonne méthode. Il sait qu'il n'a pas de majorité. Et qu'il ne peut pas recevoir une confiance d'une assemblée qui est à ce point fragmentée. Ce qu'il doit faire, c'est ouvrir, comme je l'ai dit, des pistes de travail en commun. De manière à lui éviter une censure.

15:06
Présentateur

Est-ce qu'il est possible à l'heure où l'on parle que les socialistes participent à un gouvernement de François Bayrou ?

15:11
François Hollande

Non, il y a une opposition ou des oppositions. Les socialistes font partie d'une de ces oppositions. Et puis, il y a un gouvernement qui va être constitué dans les prochains jours, qui va ressembler sans doute beaucoup aux précédents, avec des personnalités qui s'y ajouteront. Mais il faut qu'il y ait cette clarté-là. Il y a un gouvernement, il y a une opposition. Ce n'est d'ailleurs pas à l'opposition de dire qui doit être au gouvernement. Ce qu'on attend du gouvernement, c'est qu'il mette une méthode en place pour que des textes puissent être discutés, votés, que des conditions puissent être posées pour qu'il n'y ait pas de censure.

15:46
Présentateur

C'est-à-dire qu'à aucune condition, les socialistes participent au gouvernement de François Bayrou ?

15:49
François Hollande

Non, puisque nous ne participons pas, parce que nous ne partageons pas les positions politiques de cette majorité très étroite. Impossible d'ailleurs à elle seule de soutenir un gouvernement. Mais je reprends votre question pour bien faire comprendre. Un premier s'installe et il peut poser la question de confiance comme il ne peut pas la poser. Il peut y avoir une censure qui peut être déposée par l'un des groupes, je pense que ce sera le cas.

Pour qu'il n'y ait pas de censure, et c'est la démarche que j'ai moi-même engagée avec les socialistes, pour qu'il n'y ait pas de censure, il faut donc, de la part du groupe socialiste, il faut donc qu'il y ait des gestes qui soient faits, des garanties qui soient données. Quelles garanties ? Garantie première, l'état de droit. L'état de droit ne doit pas être mis en cause. Je dis ça parce que le mot avait été utilisé par le ministre de l'Intérieur, Rotailleau. Il faut qu'il y ait des garanties sur la justice fiscale, qui est quand même un principe essentiel. Et puis il faut qu'il y ait des avancées. Parmi les avancées, il faut qu'il y ait des gestes sur les retraites.

Il faut qu'il y ait des gestes sur l'éducation nationale.

16:56
Invité

Des gestes, ça veut dire quoi ? Parce que quand on est dans les détails, on bute toujours sur l'âge légal, à 64 ans.

17:02
François Hollande

Alors c'est au Premier ministre de trouver une méthode, en disant, je peux en suggérer une, en disant, voilà, il y a une conférence sociale. Moi-même, quand j'étais président de la République, j'avais organisé des conférences sociales. Les partenaires sociaux sont demandeurs, y compris sur la question des retraites. Je dirais même, surtout sur la question des retraites. Eh bien, il faut ouvrir une conférence sociale, qui peut d'ailleurs aboutir à ce que la réforme qui est contestée soit suspendue, et puis corrigée. Bon ben ça, c'est la suspension, mais pas abrogation.

17:30
Présentateur

Voilà, c'est pas abrogation comme demandent les insoumis. Les insoumis qui sont vos partenaires, François Hollande, dans le cadre du nouveau Front Populaire. Et donc là, on voit qu'il y a une scission claire là-dessus.

17:40
François Hollande

Il y a une nécessité de faire des avancées. Si on dit abrogation, il faut attendre 2027, pour savoir si un prochain président de la République, de gauche, abrogera cette réforme et en proposera une autre. Mais là, en l'occurrence, il n'y a pas de volonté de la part du gouvernement d'abroger. Donc par définition, il faut faire un compromis. La logique du compromis, elle correspond à la situation politique d'aujourd'hui. Et moi, je préfère qu'il y ait une suspension ou une correction de la réforme telle qu'elle a été adoptée par 49.3, d'ailleurs, la dernière fois, plutôt qu'il n'y ait rien du tout. Pourquoi se refuser à des progrès ?

Le principe même, d'ailleurs, du socialisme que je représente, c'est le compromis, c'est la recherche d'avancer.

18:24
Invité

Et des progrès sur les retraites, c'est nécessairement coûteux pour les finances publiques ? Alors, ça, c'est une autre question. C'est la même question, finalement. Non, ce n'est pas tout à fait la même. Si, parce que Pierre Moscovici, encore lui, rappelait cette réalité simple. Il y a un nombre d'inactifs qui augmente et un nombre d'actifs qui diminue.

18:38
François Hollande

Oui, il n'y a pas besoin d'être premier président de la Cour des comptes pour considérer qu'il y a des inactifs qui vont être plus nombreux. Des actifs, ça dépend de l'économie française, qui vont être, disons, dans une croissance plus faible. Alors, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut chercher de nouveaux modes de financement pour les retraites. De toute manière, je l'annonce ici, ce n'est pas la dernière réforme des retraites. Il y aura toujours nécessité de corriger par rapport à l'espérance de vie. Et moi, j'avais défini une méthode. Encore, je ne veux pas revenir à mon mandat, mais c'est la loi Touraine. Qu'est-ce que c'était que la loi Touraine ?

La loi Touraine, que les socialistes étaient sur le point d'accepter d'abroger. Sûrement pas moi. Mais qu'est-ce que c'était que la loi Touraine ? C'était de dire, chaque fois que l'espérance de vie s'allonge, la durée de cotisation doit s'allonger. Et c'est la bonne méthode. Et c'est la bonne formule. Et je la suggère pour tous ceux qui veulent, à un moment ou à un autre, corriger cette réforme des retraites.

19:28
Présentateur

Mais il y a une différence de méthode flagrante, François Hollande, avec ce que font les insoumis, les insoumis. Oui, je vous le confirme.

19:33
François Hollande

Vous ne soyez pas étonnés, quand même.

19:34
Présentateur

On négocine.

19:35
François Hollande

Non, non, ils sont mon partenaire, encore. Mais ça a été des partenaires au moment de l'élection législative. Chacun se détermine librement. Ils se sont isolés. C'est leur droit. Alors, ils veulent censurer, c'est leur liberté. Mais les socialistes, ils doivent se déterminer souverainement.

19:50
Présentateur

Donc le NFP est mort. Vous le dites ce matin.

19:53
François Hollande

Mais je ne dis pas qu'il est mort. Il est né au cours d'une élection. Ensuite, il évolue. Et il a sa vie. L'union, elle dépendra beaucoup de chacun des partenaires. Mais moi, ce que je crois aujourd'hui, c'est que pour qu'il y ait une union de la gauche, il faut qu'il y ait un parti socialiste fort. Et donc, tout ce que doit faire le parti socialiste, c'est de se diriger vers les Français, de travailler avec le gouvernement, d'empêcher qu'ils puissent commettre des actes qui seraient contraires à l'intérêt général, et de se présenter aux élections au moment qui sera venu.

20:22
Invité

Il y a un point commun entre la France insoumise et le Rassemblement national. Marine Le Pen dit ce matin dans Le Parisien Aujourd'hui en France, je me prépare à une présidentielle anticipée. Macron s'est fini ou presque ? Est-ce que vous le pensez, vous aussi ?

20:35
François Hollande

Je ne sais pas si Macron s'est fini, mais ce que je sais, c'est que son mandat va se finir en 2027. C'est prévu par les institutions. C'est un mandat de 5 ans, il va se terminer en 2027. Mais qu'il se termine avant. Et donc il y a ceux qui, comme Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui veulent, d'une certaine façon, la crise, provoquer le départ d'Emmanuel Macron, et puis d'autres qui sont respectueux des temps électoraux, et moi je ne suis ni pour une dissolution, ni pour une destitution, ni pour une démission du président de la République. Que ce soit bien clair.

Je veux que le pays puisse, pendant deux ans et demi, avancer, travailler, et être capable, en 2027, de fournir une alternative à ce qui s'est produit depuis 7 ans.

21:19
Présentateur

François Hollande, Volodymyr Zelensky fait de nouveau appel à ses alliés occidentaux pour, je cite, renforcer urgentement l'Ukraine sur le champ de bataille. Qu'est-ce que doit répondre la France ?

21:29
François Hollande

Présent. C'est aujourd'hui un enjeu majeur. Chacun a compris, en entendant Donald Trump, qu'il va lâcher l'Ukraine. Chacun a compris qu'il a déjà une relation installée avec Vladimir Poutine, et depuis longtemps. Chacun a maintenant à l'esprit que le retrait de l'aide américaine va obliger les Européens à faire des choix difficiles. Le premier, c'est de continuer à aider l'Ukraine. Et deuxièmement, c'est de garantir la sécurité.

21:57
Présentateur

Mais là encore, est-ce qu'on a les moyens de soutenir encore l'Ukraine ?

22:01
François Hollande

Vous voyez des moyens budgétaires ? Ou des moyens financiers ? Vous croyez que l'Europe est un continent pauvre ? Vous pensez que l'Europe est un continent désarmé ? Vous pensez que la France n'a pas une défense nationale ? Que la Pologne ? Que le Royaume-Uni ? Même si le Royaume-Uni n'est pas dans l'Union Européenne, mais participe à cette alliance ?

22:15
Invité

Vous pensez qu'on n'a pas les capacités ? Vous pensez qu'on a les capacités que celles de la volonté d'exposer des vies européennes dans un conflit comme celui-ci ? Je n'en suis pas là.

22:25
François Hollande

Mais est-ce qu'on a songé que des Coréens du dehors sont aujourd'hui sur le champ de bataille qui permet aux Russes de prendre du territoire en Ukraine ? Ça ne choque personne de savoir qu'il y a des forces étrangères sur le continent européen, parce que c'est le continent européen, qui sont en ce moment en train de tuer des Ukrainiens pour que Vladimir Poutine puisse avaler une partie de l'Ukraine ? Justement, vous n'entendez ce que dit... On dirait, écoutez, allez-y, servez-vous, prenez ce que vous avez, et puis ça sera l'Ukraine au début, la Finlande demain, la Moldavie après-demain.

23:03
Invité

Il y a un enjeu existentiel.

23:04
François Hollande

Mais c'est notre... D'abord, c'est notre identité qui est en cause. C'est notre... J'allais dire, notre dignité qui est en cause en tant qu'Européen. On se laisse comme ça impressionner ? Mais non, je connais Vladimir Poutine. Il ne respecte que le rapport de force. Ça ne veut pas dire qu'on va utiliser des moyens militaires. Ça veut dire qu'on doit lui démontrer que s'il va plus loin, il sera arrêté. Et si on démontre le contraire, c'est-à-dire une faiblesse, une incapacité, une absence de volonté, il avancera, il continuera d'avancer. Regardez ce qui s'est passé en Syrie. Je vais peut-être faire la transition.

Ce qui s'est passé en Syrie, comme il est intervenu en Ukraine, il occupait une partie du territoire syrien. Ses avions étaient en Syrie. Et dès lors qu'il a été embourbé en Ukraine et en Russie d'ailleurs, la Syrie a pu se libérer du régime de Bachar el-Assad. Mais ce n'est pas pour autant qu'on est sortis d'affaires.

24:00
Présentateur

Alors justement, en Syrie, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a affirmé hier que l'Union européenne devait intensifier ses relations avec le groupe rebellislamiste HTS. Donc en Syrie, est-ce qu'on doit leur faire confiance ?

24:13
François Hollande

Il faut qu'ils apportent des preuves. Et là, je vais lancer un cri d'alerte. Ce groupe, il n'est pas le seul islamiste, parce qu'il y a aussi des groupes pro-turcs, il y a aussi des groupes qui sont plus démocratiques. On va voir ce qu'ils vont donner sur la partie du territoire qu'ils contrôlent. Mais il ne peut pas y avoir d'attaque contre les Kurdes de Syrie. Les Kurdes de Syrie, c'est eux qui nous ont aidés à lutter contre Daesh. Sans les Kurdes de Syrie, il n'y aurait pas eu la possibilité d'éradiquer Daesh de Syrie. Et la France y a apporté tout son concours. Moi, président de la République, pour reprendre une expression fameuse.

Donc, je ne peux pas laisser les Kurdes de Syrie aujourd'hui être abandonnés. Par ailleurs, ils contrôlent les Kurdes de Syrie. Tous les prisonniers de Daesh, ils sont des milliers, qui, s'ils sont mis dans la nature, viendront un jour ou l'autre sur notre propre territoire.

25:08
Invité

Tout ce que vous décrivez là, il y a un risque, c'est celui de la partition de la Syrie.

25:13
François Hollande

Ils peuvent vivre en commun. Il s'agit de respecter les autonomies. Ce que je veux dire par là, c'est que les Kurdes de Syrie, ils jouent un rôle. Ils ont été tout à fait essentiels pour lutter contre le terrorisme, mais ils jouent un rôle. Donc, il ne s'agit pas de dire qu'ils doivent se séparer de la Syrie. Il s'agit de dire qu'ils doivent vivre...

25:30
Présentateur

Donc, la France doit les protéger.

25:31
François Hollande

La France et la coalition qui s'était constituée doivent les protéger. Et vous parlez de von der Leyen, l'Europe ne peut pas ignorer ce qui se passe dans cette partie-là de Syrie. J'ai trop été confronté à des Européens quand je siégeais au Conseil européen qui pensaient que la Syrie, c'était loin, que ça n'avait pas de conséquences sur le continent. Nous, on a eu les attentats. Eux aussi, ils ont eu les attentats. Donc, ils doivent comprendre que ce qui se passe en Syrie peut avoir des effets sur notre propre sol.

25:58
Invité

Merci François Hollande d'avoir été l'invité de France Info ce matin. Merci à vous. Je vous laisse en compagnie de Salia Braquillard, Renaud Delis pour les informer dans quelques minutes. Merci à vous.