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interviewBFMBUSINESS· 13 juillet 2026 28 min

Paul-François Fournier (Bpifrance) et Jean Schmitt (Jolt Capital) : Big, le rendez-vous des entreprises - 13/07

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Tech & Co, la quotidienne, les invités.

0:05
Invité

Voilà, et pour débuter donc ce Tech & Co, la quotidienne, ici à Big, eh bien j'ai le plaisir d'avoir deux invités, vous allez voir, qui sont passionnants et qui vont nous accompagner durant cette première demi-heure. Paul-François Fournier est avec nous. Bonsoir Paul-François. Bonsoir. Vous êtes le directeur exécutif innovation chez BPI France. Merci de nous recevoir comme chaque année ici. Merci d'être là. Voilà, avec un superbe plateau, comme à chaque fois. Jean, on va parler chiffres aussi, puisque je sais que l'année dernière, la dixième édition du Big avait été un énorme succès avec 80 000 participants. Vous nous direz un petit peu là si vous avez déjà une petite tendance.

Et Jean Schmitt est avec nous aussi ce soir. Salut Jean. Bonjour. Président et fondateur de Jolt Capital. Si vous êtes un fidèle de Tech & Co, vous connaissez Jean, puisqu'il vient nous rendre visite de temps en temps pour commenter l'actualité. Mon cher Jean, qu'est-ce que tu fais là d'ailleurs Jean, chez Big ? Tout le monde, tout le monde va chez Big. Tout le monde va chez Big. Mais on va rentrer dans les détails, parce que, évidemment, tu l'as pour une bonne raison. Et tu vas nous annoncer aussi cet investissement de 260 millions d'euros qu'a fait le Fonds européen d'investissement dans le jeu de capital. On en parle dans quelques instants.

Donc, onzième édition de cet événement Big, organisé par la BPI. On est ici à l'Accor Arena, Paul-François. Un mot déjà sur la mission de ce rendez-vous qui est devenu aujourd'hui incontournable. Big, de quoi s'agit-il ? Big, on essaye de garder cette idée, en fait, depuis 11 ans, effectivement, qui est de dire qu'il y a un moment, il faut réunir tous les écosystèmes d'entrepreneurs. Les start-up, les entrepreneurs des PME, des ETI, les patrons des grands groupes, tout ce qui tourne autour de l'accompagnement de l'économie. Et il faut qu'il y ait un moment où on décloisonne, où on vient aussi partager et prendre de l'énergie.

Et puis Big, on ne le voit pas toujours dans cette grande, j'allais dire, fausse. Mais en fait, c'est un énorme endroit où on peut prendre du recul. Il y a presque 500 conférences ou interventions. Il y a plus de 1000 intervenants autour de toutes les thématiques sur l'innovation. On a oublié un peu Big, parce que petit à petit, on a raccourci, mais ça veut dire BPI France, innovation, génération. Et derrière ça, il y a cette idée que, et je crois que ça s'est accentué encore depuis la création, l'innovation est en train de s'accélérer, que pour les patrons de PME, de start-up ou de grands groupes, en fait, chacun a un bout de la vérité.

Et donc, à un moment, il faut prendre un peu de recul collectivement. Essayer de se parler, essayer de voir où on projette, au fond, l'économie. C'est quoi les tendances ? C'est un endroit où on essaye d'avoir des points de vue, où on veut écouter des gens qui disent, voilà, c'est ça, et où on se frotte aux autres pour essayer, encore une fois, de se sortir en disant, tiens, je pensais ça, mais peut-être que ça va aller plus vite que je pensais, ou peut-être que ça va aller plus en Asie qu'aux Etats-Unis. Et puis, qu'on fasse des rencontres, évidemment. Alors, le mot fil conducteur de cette année de Big, c'est vérité. L'année dernière, c'était optimisme. Cette année, c'est vérité.

Que veut dire ce mot dans ce contexte ? D'abord, il y a un premier élément de contexte, j'allais dire temporel, c'est qu'on a le sentiment qu'il faut faire entendre la vérité des entrepreneurs. Ils ont un certain nombre de vérités sur la réalité de leurs contraintes, sur la réalité de leurs ambitions, sur la réalité de ce qu'ils apportent aussi à la société. Et puis, de façon plus profonde, parce que ce thème, il a été choisi il y a presque un an, on voit bien que cette question de vérité, avec l'IA, avec les fake news, avec aussi parfois des bouleversements politiques, où on se pose la question de ce que c'est que la vérité, ça devient une question un peu essentielle.

Et donc, nous, on voudrait participer, de se dire, au fond, comment on construit la vérité, comment les entrepreneurs peuvent construire leur vérité, et en particulier, comment, justement, ce qu'on disait tout à l'heure, la friction des vérités des uns ou des autres, peut créer du consensus qui permet d'avancer, de se projeter. Et donc, c'est un peu ça, c'est le ballon dans le débat sur le fait que les entrepreneurs ont leur mot à dire, leur vérité à dire, et que le processus d'un entrepreneur sur la création de sa vérité, il est probablement intéressant pour le reste de la société.

Alors, le contexte politique, le contexte éponomique, ces rumeurs de taxes, les entrepreneurs ne sont pas la fête en ce moment. Ils sont même dans une situation compliquée. Est-ce que ça se ressent, sincèrement, aujourd'hui, ici ? Je crois que, oui, ça se ressent, parce que ça reste une forme d'inquiétude, entre guillemets. J'allais dire, au-delà de la taxe, c'est probablement la façon dont est posé le débat, d'une certaine façon, qui... Oui, pointé du doigt. Qui est pointé du doigt, ou qui est... En fait, toujours les mêmes, j'ai envie de dire, les entrepreneurs.

Nous, notre conviction qu'on porte, et qui est l'expression du BIC, c'est de dire que les entrepreneurs sont plutôt une solution qu'un problème, et que notre modèle social n'est tenable que si notre entrepreneuriat se développe. C'est pour ça qu'on fait ça. C'est pour dire, ces gens-là vont tirer la société, créer de la valeur, qui va nous permettre d'être ce formidable pays redistributif. Mais, au fond, l'enjeu derrière ça, une fois qu'on a dit ça, c'est, malgré tout, une énergie qui reste très forte. Et donc, il y a cette inquiétude. Les entrepreneurs, ils savent la gérer, malgré tout, parce que des inquiétudes, ils en ont plein.

Mais, au fond, on voit quand même qu'il y a beaucoup de monde, que les gens sont là, que les gens sont aux conférences, qu'ils se projettent. On voit, nous... Il y a une espèce de résilience, vous trouvez, malgré tout, parce que le contexte... Alors, on ne va pas... Je ne vais pas rajouter une couche de confiture sur la tartine, mais c'est pesant, quand même. Oui, oui, c'est pesant. C'est pesant. Mais, encore une fois, j'ai l'impression, et c'est ce qu'on voit aujourd'hui, c'est que les gens ont l'habitude, encore une fois, un entrepreneur, il a plein de problèmes. Oui, bien sûr. Donc, il sait faire la part des choses.

Des problèmes très importants, des problèmes à moyen terme et des problèmes à court terme. Donc, le sujet, il existe. C'est un point de préoccupation. Maintenant, les entrepreneurs, 95% de leur journée, c'est quand même de faire avancer leur business. C'est ce qu'ils viennent faire aujourd'hui. Et quand on regarde, quand même, les chiffres aujourd'hui de l'emploi, quand on regarde les chiffres de la croissance, même nous, quand on regarde un peu sur le terrain, on a la chance d'avoir un réseau très profond. Il y a encore beaucoup de gens qui ont des projets. Il y a beaucoup de gens qui ont envie d'avancer. Il y a beaucoup de gens qui sont dans des logiques de dynamique.

Et donc, c'est un peu là-dessus qu'on veut souffler en disant qu'il y a un débat sociétal. Et puis, il y a la réalité. Il faut qu'on reconnaisse que ça, c'est super important. Et c'est ça qui va nous donner le carburant pour trouver des solutions. Je vois que Jean, depuis tout à l'heure, me fait coucou comme ça.

6:45
Présentateur

Il veut réagir. Jean ? Je pense que les entrepreneurs sont des gens qui sont particulièrement optimistes. Sinon, ils ne feraient pas ce travail. Et donc, l'optimisme, ça consiste à penser qu'on n'ira pas à fond dans l'absurdité et que cette taxe, on en parle. C'est embarrassant. C'est comme insulter quelqu'un. On ne peut pas le désinsulter. C'est fait. Donc, il y a un petit côté, il y a toujours une petite lumière qui clignotera sur le sujet. Mais en même temps, tous les entrepreneurs que je connais ont confiance dans le fait que ça ne se fera pas comme ça. C'est-à-dire que la taxe de l'outil de travail ne se fera pas. Et c'est l'optimisme de l'entrepreneur.

C'est le fait qu'on ne tremble pas au premier coup de vent.

7:24
Invité

Après, on voit qu'il y a beaucoup de monde ici. C'est vrai. Et on ne sent pas une ambiance pesante. Elle est plutôt souriante et positive. Qui vient ici, en fait ? Alors, vous nous l'avez dit un petit peu tout à l'heure, mais on voit beaucoup de jeunes. Il y a beaucoup de jeunes. Il y a beaucoup d'étudiants qui sont là. Oui, absolument. Parce qu'on a pris, il y a quelques années, un pari sur l'entreprenariat. Que ce soit d'ailleurs l'entreprenariat de la tech ou pas de la tech. On parlera de la tech après, bien sûr. Bien sûr. Mais on a pris une grande mission qui est quasiment de doubler le nombre d'entrepreneurs. En particulier aussi dans les quartiers.

On a une trentaine de bus qui vont partout en France expliquer ce que c'est que créer son entreprise. Qu'est-ce que ça veut dire ? Encore une fois, de la tech, mais plein de choses qui ne sont pas de la tech. Comment construire un début de business plan ? Comment créer un compte en banque ? Comment créer sa société ? Qu'est-ce que ça veut dire de gérer ? Pour que... Vous proposez quoi ? Une espèce de coaching, c'est ça ? Un coaching, absolument. D'ailleurs, avec aussi des partenaires, réseau entreprendre, tout un tas de partenaires qu'on anime. Donc ça, c'est très présent depuis quelques années. Et puis, je l'ai dit tout à l'heure, c'est de l'essence de big.

C'est ensuite les coques que vous voyez, la tech, la fab, le coque vert du green, le coque blanc de la French Care, et puis le coque orange de la French Touch. C'est toutes ces communautés autour d'ambitions collectives et qui décloisonnent encore. Il y a des patrons de start-up, il y a des patrons de PME. Moi, j'ai déjeuné tout à l'heure. Il y avait un patron d'une ETI qui était à côté d'un patron d'une start-up, qui était à côté d'un patron qui est en train de développer un énorme giga center. Ben voilà, on en a parlé pendant une heure. C'est des gens qui ne se rencontreraient pas. Ils ont échangé leur numéro de portable.

C'est ça, mais j'imagine que le réseau ici est très important parce que je crois qu'l'année dernière, vous aviez comptabilisé plus de 38 000 mises en relation. C'est ça aussi, ce rendez-vous ? C'est ça, exactement. C'est un peu la serendipité. C'est qu'on arrive, on ne sait pas très bien et puis on tombe un moment sur quelqu'un en participant à une conférence, en regardant notre émission. Et on regarde le badge et puis ça fait quelque chose qui peut changer la dynamique de votre entreprise. Alors, vous êtes directeur de l'innovation chez BPI France. La tech dans tout ça, qu'est-ce qu'elle représente aujourd'hui à BIG ? La tech, elle représente le fer de lance de l'innovation.

Aujourd'hui, la tech, en particulier la deep tech, c'est quand même la nouvelle frontière des technologies autour de tout ce qui est évidemment de la French Care et des technologies autour de la santé, des technologies autour des green tech et de toutes les technologies qui vont décarboner parce que ça se combat, on ne veut pas le lâcher. Et puis, des technologies souveraines, le quantique, le semi-conducteur. Et donc, c'est la nouvelle frontière de la technologie. Et donc, ces startups de la deep tech, elles sont là pour nous permettre de participer à ce nouveau monde qui passe et qui vont aussi entraîner parce que ce n'est pas un monde tout seul.

tout le sujet, c'est qu'ensuite, ça descende à l'intérieur de notre terreau industriel dans les filières traditionnelles pour que tout ça fasse économie de demain. Vous comptabilisez le nombre de startups qui viennent ici à BIG chaque année ? On comptabilise tout le monde, nous. C'est d'ailleurs un sujet, c'est un beau sujet de Big Data qu'on commence à travailler. Donc, oui, on comptabilise tout le monde, on regarde les métriques, on regarde les mises en relation. Au fond, si on se dit les choses, il y a 600 personnes de BPI France qui travaillent pour faire ces conférences. Oui, il faut qu'il y ait un retour sur investissement, j'ai envie de dire.

Il faut qu'il y ait un retour sur investissement, mais c'est un gros investissement de nos collaborateurs qui organisent toutes ces conférences. Bien sûr. Et donc, on veut s'assurer que tout ça produit. Mais le capillaille pour nous qui fait que la première année, on s'était dit on va lancer le truc et puis on a vu qu'on était débordés. Et puis la deuxième année, on a lancé ici en se disant bon là, on ne va pas le remplir. Puis on l'a rempli. Et puis ça croît d'année en année.

Si on est encore là 11 ans après, ce n'est pas pour se faire plaisir, c'est parce que c'est plein, parce qu'il y a plein de gens qui viennent et on ne les force pas et on ne leur dit pas si vous ne venez pas, ça sera mal. Ils viennent parce qu'ils ressentent un besoin, un moment de partage et que c'est un moment de pulsation collective. Donc voilà. Mais derrière ça, évidemment, on met des capillailles qui nous permettent de mesurer. On est au cœur de Paris. Est-ce que les régions sont bien représentées, sincèrement ? Oui, oui, oui. D'abord, il y a des bulles région. Et puis on a des wagons qui se créent maintenant historiquement. D'ailleurs, nos délégués régionaux organisent.

Tout le monde prend son billet de train avec son WhatsApp pour être un peu ensemble. C'est une question... On fait des événements en province. On s'est posé la question de faire big en province. À chaque fois, on a reculé. De toute façon, si vous le faites ailleurs, vous impacterez la région parisienne aussi. Si on va au nord, on va perdre les gens du sud. Donc voilà. C'est notre grand événement parisien. Après, 70% de nos événements ou 80% de nos événements, ils sont en province parce que c'est là que pulse le pouls de l'entreprise.

Jean, président et fondateur de Jolt Capital, avant d'annoncer cet investissement de la part du Fonds européen d'investissement dans Jolt, est-ce que tu peux nous réexpliquer ce que c'est et quel est ton job ?

12:46
Présentateur

Oui, alors... Mon job, c'est de prendre ces sociétés, d'investir dans des entreprises de deep tech, donc des sociétés dont le business est basé sur une propriété intellectuelle originale. Et ces sociétés dans lesquelles on investit... Alors, on a un domaine très particulier. On investit dans des sociétés qui font à peu près entre 10 et 50 millions de chiffres d'affaires. Donc des sociétés qui ont déjà pignon sur rue, donc pas tout à fait des start-up.

13:13
Invité

Qui ont une activité commerciale, qui ont du chiffre d'affaires.

13:16
Présentateur

Voilà, qui sont déjà internationales pour certaines, déjà très internationales même pour certaines et qui font... Exemples ? Tu peux nous donner quelques exemples ? Moi, j'aime bien parler des sociétés qu'on a vendues parce que c'est les meilleures. Donc, par exemple, une société grenobloise qui s'appelle Unity SC qu'on a cédée en juillet l'année dernière. On était co-investisseurs d'ailleurs avec BPI et qui est une société qui mesure la qualité des puces qui sortent de la chaîne de production de TSMC pour toutes les puces de Nvidia. Donc, société particulièrement utile qu'on a fait grandir et qu'on a cédée à un Allemand, Merck, qui agglomère en ce moment des sociétés dans ce domaine-là.

Donc, c'est une belle aventure. C'est une société qui était plutôt petite quand on a investi, qui a bien grandi et qui a été cédée à un Allemand. Tout ça reste en famille en Europe.

14:03
Invité

Et donc, tu as apporté quoi la croissance à cette boîte finalement ?

14:07
Présentateur

Notre métier, c'est d'investir dans ces sociétés. C'est une chose, l'argent. C'est très important puisque ces sociétés ne gagnent pas toujours de l'argent. Mais le point essentiel, c'est de faire en sorte qu'elles ne s'écrasent pas sous leur propre poids quand elles grandissent. Comment on fait pour qu'une entreprise qui marchait très bien de façon informelle quand il y avait 100 personnes devienne une machine de guerre de croissance quand il passe à 250 personnes ? Et cette transformation-là, c'est le cœur de notre métier. C'est d'être capable d'installer des process de croissance qui vont permettre de rendre ces sociétés rentables, en pleine croissance, mondiales, successfulles.

Et là, on en a plein en Europe. La raison pour laquelle j'ai créé Jolt, c'est des chiffres. C'est qu'en Europe, il y a 11 000 sociétés de très grande qualité. Donc, on peut qualifier leur qualité par un indicateur. Dans tous les domaines ? En deep tech. Il y a 11 000 sociétés deep tech en Europe. Qui font entre 50 et 500 salariés. Donc, vraiment, on est dans cette niche. Donc, c'est des sociétés qui sont des futures ETI, des scale-up. 11 000. Si on regarde celles qui ont vraiment déposé des brevets de qualité, on en trouve encore 5 700. Et puis, alors, la curiosité, c'est... Et par rapport aux Etats-Unis, on en est où ? Ben, il y en a 10 000 aux Etats-Unis.

Et puis, avec des brevets, il y en a 5 400. Donc, j'ai toujours eu cette sidération de voir que l'Europe ne fait pas confiance à l'Europe et va penser que les Etats américains sont très en avance sur nous, beaucoup plus puissants, beaucoup plus gros. C'est faux. En fait, on a un terreau d'entreprises incroyables en Europe et en France en particulier. La France, c'est 30% de l'Europe. Donc, on a un extraordinaire terreau à nous de faire confiance à ce terreau et de le financer. Donc, modestement, Jolt finance certaines de ces entreprises très peu. On va en financer 4 ou 5 par an.

15:55
Invité

Uniquement européennes ? Après...

15:57
Présentateur

Uniquement européennes.

15:59
Invité

D'accord. 4 ou 5 ? 4 ou 5. Parce que vous injectez beaucoup d'argent dedans, c'est ça ?

16:04
Présentateur

Alors, oui, on injecte beaucoup d'argent dedans entre 15 et 60 millions par société. Oui, donc, c'est des montants conséquents. Comment faire le choix ? Alors là, c'est une question... On ne va pas avoir le temps. Mais je vais quand même répondre rapidement. Non, mais il y a

16:20
Invité

certains indicateurs parce que c'est une responsabilité énorme parce que sur ces 11 000 sociétés, il y en a combien qui vont péricliter, disparaître ? On a un chiffre, d'ailleurs, là-dessus ?

16:29
Présentateur

Je n'ai pas calculé ce chiffre, mais je pourrais. Mais il n'est pas à l'audin. Il y en a très peu. Il y en a très peu ? Il y en a très peu. Une fois qu'on a passé ce stade-là, on ne tombe plus. On peut devenir médiocre, mais mourir, c'est difficile. Et ce qui va se passer, c'est que ces sociétés-là, elles vont se faire racheter, d'ailleurs, parce que la qualité de leur technologie fait en sorte qu'elles se fassent racheter. Quand on a une technologie de grande qualité, très spéciale, on ne reste pas sur le marché si longtemps que ça.

16:54
Invité

OK. Un autre exemple, parce que c'est intéressant de voir sur quel domaine vous bossez. Donc, cette société que vous avez vendue, qui surveillait, la qualité des composants ? Il y en a d'autres ?

17:07
Présentateur

Il y en a plein. Je vais en donner une qui est pour moi assez exceptionnelle. C'est une société qui fait les petits modules qui font la reconnaissance faciale dans les téléphones Apple. C'est une société qui faisait du service, donc ils désignaient ces petits composants. Et un jour, on leur a dit arrêtez de désigner ça, vendez directement à Apple. Arrêtez d'être une société de service. En 5 ans, la société est passée de 100 personnes à 10 000 personnes. On a créé une usine qui a coûté 500 millions de dollars, donc on n'a pas tout payé.

17:37
Invité

C'est où cette usine ?

17:38
Présentateur

L'usine a été faite pour la première usine pilote en Europe. Il y en avait deux, en fait. Et la grosse usine de production massive à Singapour. La question d'Apple était de dire est-ce que vous pouvez produire un million de composants par jour dans 6 mois ? Et il y a un pays où on sait faire ça merveilleusement bien, c'est Singapour. Mais cette société est restée européenne et a été derrière fusionnée avec une société autrichienne pour faire un grand groupe.

18:04
Invité

Et donc, c'est une partie du Face ID qu'on a sur les téléphones Apple ? C'est le module optique, donc c'est le petit bout

18:11
Présentateur

de hardware. Souvent, on dit les startups, ça doit être du software, ça doit être de l'Internet. Ce n'est pas du tout vrai. On peut tout à fait avoir des usines et être très profitable. Il y a prescription maintenant. Donc à l'époque, on ne le disait pas à Apple parce qu'on avait peur que ça les énerve, mais la société opérait avec 75% de profit brut, c'est-à-dire plus qu'une société de logiciels. Maintenant, ils vont nous entendre, ça va beaucoup les énerver. C'est trop tard. C'est trop tard.

Mais en revanche, sur cette société-là, c'est des performances exceptionnelles financières qu'on en retire, même si c'est du hardware très compliqué puisque c'est un Vixel qui va passer au travers d'un élément diffractif récupéré sur une lentille qui va mettre ça sur un capteur CMOS. Je dis ça parce que c'est de la coquetterie.

18:54
Invité

STMicro, d'ailleurs, travaille sur ce type de composants, je crois. Tout à fait. J'avais interviewé le patron d'STMicro qui me disait qu'il fabriquait aussi des pièces comme ça pour Apple.

19:06
Présentateur

Absolument. Ils étaient d'ailleurs un peu en compétition avec nous, même si c'est des amis.

19:10
Invité

C'est intéressant de voir que le Face ID est hautement européen, finalement. Cette technologie qui a changé la vie de millions de gens, en fait. Mais le sensor

19:19
Présentateur

d'empreinte digitale des iPhones, c'est Thompson CSF qui l'a mis au point. qui s'est passé chez STMicro. STMicro a fait une spin-off, on a financé cette société, on l'a rentré au Nasdaq et on l'a vendu à Apple. Le paiement sans contact, c'est une société française qui est une spin-off de Gemalto. Donc, oui, il y a beaucoup de technologies essentielles dans un iPhone qui viennent de France.

19:40
Invité

est-ce qu'il ne faudrait pas le dire plus fort, tout ça, finalement ? Oui, alors c'est ce qu'on essaye de faire. je le savais, je le savais pour Face ID, mais typiquement pour le paiement sans contact, on a l'impression qu'on a presque honte d'être bon et on ne le dit pas, on est trop discret finalement. On a presque l'impression d'avoir un sentiment de culpabilité, d'être au niveau des Américains. Alors, je pense que c'est assez culturel et je pense que c'est ça. Oui, mais bon, on est en 2025. Mais on est d'accord et ça commence à poser un vrai problème.

C'est-à-dire que, moi, le mot que Jean a cité par rapport à l'état de notre écosystème et en particulier sur la deep tech, c'est le mot de la confiance. Je pense qu'on est à un moment et Jean l'a très bien démontré par les chiffres, qu'au fond, on voit bien que le potentiel entre les Etats-Unis et l'Europe est en fait assez proche et tout le monde le sait d'ailleurs parce que beaucoup de technologies et beaucoup de savoirs sont partis d'Europe pour aller aux Etats-Unis. Donc, on a réussi, je crois, en une dizaine d'années collectivement en Europe et ça bouge beaucoup. On a de plus en plus de relations.

Les Allemands, les Belges, tout le monde se bouge à créer quelque chose qui ressemble à un début. Le problème, c'est que maintenant, il va falloir qu'on fasse suffisamment confiance pour mettre notre argent dans ces technologies versus le mettre dans les technologies des Américains parce que ce qu'on fait collectivement aujourd'hui, c'est que notre argent pour nos retraites, il part à 80% aux Etats-Unis parce que collectivement, inconsciemment, on fait plus confiance dans la technologie américaine pour sortir des moyens que l'Europe.

Donc, à un moment, et je pense que c'est tout le débat qu'on a du rapport Draghi, à quel moment on va se dire c'est suffisamment mûr maintenant pour mettre l'argent sur nos technologies et parier notre avenir en mettant une partie significative de notre futur sur nos technologies. Et honnêtement, il y a 10 ans, je pense que c'était difficile à faire parce qu'on n'avait pas ces chiffres, on n'avait pas ce terreau de fonds qui ont réussi à faire grandir ces ETI de Deep Tech. Maintenant, on commence à l'avoir. Donc, il va falloir qu'à un moment, on se dise, bon, ok, on va basculer une partie progressivement et ça va permettre de générer tout ce potentiel. Est-ce qu'il n'y a pas...

Alors, on dit on est bon dans le savoir-faire mais j'ai l'impression qu'on n'est pas bon dans le faire savoir.

22:05
Présentateur

Non, on n'est pas très bon dans le faire savoir. Mais est-ce que ça ne serait pas

22:07
Invité

aussi dans cette logique de, on va dire, dans ce marasme économique dans lequel on est où on a un moral qui est dans les chaussettes, est-ce que ce n'est pas le moment aussi de crier haut et fort tout le savoir-faire et toutes les compétences qu'on a finalement ? Est-ce que ça aussi ne motiverait pas tout le monde à monter d'un cran finalement ? En se disant, non seulement je suis fier d'être français mais regardez, on fait des trucs, je ne savais pas que l'on faisait et les plus grandes boîtes américaines ou chinoises utilisent nos technologies.

Quand on voit qu'ASML, personne ne connaît ASML, c'est une boîte qui est capitale aujourd'hui, elle est présente dans tous les produits high-tech qui existent. C'est dingue !

22:45
Présentateur

ASML n'a pas fait son homework, ses travaux à la maison pour être connus de tous. C'est une société de scientifiques qui s'est un peu cachée.

22:54
Invité

Grâce à Mistral, ils viennent de faire un premier pas.

22:56
Présentateur

Là, ils viennent de faire un vrai coup. On est d'accord,

22:58
Invité

mais c'est presque sans le vouloir finalement. On est d'accord ? Oui, en même temps, tu ne mets pas un milliard d'eux sans le vouloir, je pense. Non, mais en fait, on parle d'eux parce qu'ils ont investi de l'argent, mais pas parce qu'on sait ce qu'ils font. C'est ça que je veux dire.

23:11
Présentateur

Maintenant, il faut voir comment les Américains ont démarré. Il y a une date. Les années 70 aux Etats-Unis, tout d'un coup, les fonds de pension ont le droit d'investir dans la tech. Et alors là, ça change tout. Kleiner, Perkins... On revient toujours au même problème. Alors nous, quand est-ce que nous, en Europe, nos fonds de pension feront ça ? En France, ils le font un petit peu, mais il n'y en a pas beaucoup. Mais si on prend les fonds de pension danois, si on prend les fonds de pension néerlandais, quand est-ce qu'ils vont investir dans des sociétés européennes plutôt que d'investir dans des sociétés américaines contre les sociétés européennes ?

Parce qu'il faut bien voir que ces 350 milliards d'épargne qui partent tous les ans d'Europe vers les Etats-Unis vont investir contre nos sociétés.

23:51
Invité

Et puis il y a aussi... Pardon. Excuse-moi, non, mais c'est exactement le point. C'est qu'il y a un moment, c'est un acte de confiance, de confiance dans notre avenir. Et encore une fois, c'est l'argent de notre futur qu'on a là. Donc il va falloir qu'on fasse cet acte de foi parce que c'est vrai. Inversement, il faut dire la vérité, notre écosystème n'a pas encore généré autant de plus-value que l'écosystème américain pour une raison qui est juste que nous n'avons pas assez de moyens et que donc nous sommes encore sous la jugulaire d'un manque de moyens. Mais maintenant, c'est mûr. Ça ne l'était pas il y a 10 ans. La question maintenant peut se poser en vrai. À quel moment on bascule ?

Et Mistral est un premier signal qu'on est en train de passer une nouvelle étape qui est l'étape des milliards d'euros qui arrivent dans ces technologies des Etats-Unis qui n'arrivent pas encore en Europe. On parlait des fonds de pension, mais il y a aussi les milliardaires en fait qui aux Etats-Unis investissent des sommes folles pour créer de la valeur. On a l'impression qu'en Europe, ce n'est pas dans la culture aussi.

24:52
Présentateur

Je pense qu'on parle d'un ordre, de deux ordres de grandeur différents. Des fonds de pension, on parle de 100, 200, 300 milliards d'assets de management. On n'est pas tout à fait dans la même ligne.

25:04
Invité

Mais déjà, avec quelques milliards de fortunes, on peut distribuer un petit peu aussi. On peut. Mais j'ai l'impression que culturellement, en Europe, ce n'est pas tout à fait dans la matrice.

25:16
Présentateur

Aujourd'hui, prenons un exemple simple de semi-conducteurs. On voudrait bien tous avoir des fabs à 2 nanomètres capables de faire des fantastiques pubs d'IA, des puces d'IA. On n'en fait pas. Ça coûte 12 milliards, cette fab. Qui paye ces 12 milliards ? Au Japon, c'est les corporate qui se sont mis ensemble pour créer cette usine. Trois ans plus tard, elle marche. Donc Rapidus sort des puces maintenant à 2 nanomètres. Pourquoi on ne le fait pas ? On manque juste un peu d'argent. 12 milliards, c'est presque rien. Open AI, ils perdent combien ? 600 millions par mois. Et franchement, c'est juste un LLM. Après, on a investi des milliards aussi dans les usines de batterie.

25:54
Invité

Un peu de milliards. Pas beaucoup. Quelques-uns, non ? Je crois, quand même. Oui, quelques-uns. Mais on n'est pas à 12, je suis d'accord. Mais il fallait le faire. Il fallait le faire, bien sûr. Il faut le faire. Mais tout à fait. Il faut faire des paris comme ça. Et celui-là, je pense, même s'il est difficile, il montre qu'il fallait le faire et qu'il fallait aussi des moyens publics à un moment pour le faire. Mais je voudrais juste revenir sur la culture parce qu'il y a des ordres de grandeur.

Mais aujourd'hui, l'écosystème de la tech sur la phase early, il est incroyablement financé aussi par tout un tas d'entrepreneurs qui ont réussi et qui remettent beaucoup d'argent et beaucoup de moyens. Ça, c'est aussi un combat qu'on a gagné. Il y a quand même un give back de beaucoup d'entrepreneurs qui donne des moyens mais qui donne aussi beaucoup de temps et qui, encore une fois, après, il faut se projeter, évidemment. On a encore 15 ans ou 20 ans de retard mais le système se met en marche et à un moment, il va falloir qu'on mette le système en marche avec beaucoup plus de moyens. Et n'ayons pas peur de communiquer sur nos succès. Absolument.

Et de temps en temps, bomber le torse, ça fait du bien. Grâce à BFM Business. On essaye en tout cas. On essaye. Et ça fait partie de l'une de nos missions. Merci beaucoup à tous les deux. Paul-François Fournier, à l'heure où sera diffusée cette émission, je pense que le big sera terminé et je pense que ce sera une bonne édition. on se retrouve avec plaisir l'année prochaine et peut-être avant Dantec & Co, je le souhaite, directeur exécutif innovation chez BPI France. Jean, à très vite Dantec & Co pour débriefer l'actu. A très bientôt. Et bravo donc pour aussi cet investissement de 260 millions. C'est bien.

27:25
Présentateur

Ça va permettre de créer un fonds d'à peu près 2 milliards dans la deep tech et donc de financer sérieusement un certain nombre de sociétés. C'est le plus gros fonds de deep tech en Europe et il est basé en France.

27:36
Invité

Merci beaucoup, Jean.

Paul-François Fournier (Bpifrance) et Jean Schmitt (Jolt Capital) : Big, le rendez-vous des entreprises - 13/07 · Pourquijevote