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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 18 mai 2026 24 min

Narcotrafic, Algérie, Epstein... L'interview de Frédéric Ploquin

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Frédéric Plotkin. Bonjour. Bonjour Paul Barcelone. Bonjour à tous. Merci d'être avec nous sur France Info. Vous êtes le spécialiste du grand banditisme et vous publiez mercredi Epstein, les secrets de la filière française aux éditions du Nouveau Monde. On va en parler, on va parler de cette affaire qui a des répercussions, des conséquences en France. Mais d'abord, le narcotrafic a fait 6 morts la semaine dernière. 3 dans un incendie près de Lyon, 2 dans une fusillade à Nice, des pères de famille qui n'avaient rien à voir avec la drogue. Et un adolescent de 15 ans tué à l'arme automatique à Nantes, peut-être une victime collatérale lui aussi.

Frédéric Plotkin, ça fait des années que vous travaillez sur le narco-banditisme. Est-ce que vous diriez aujourd'hui que la situation est devenue hors de contrôle ou c'est pas forcément ce que l'on croit ?

0:53
Invité

Hors de contrôle, oui d'une certaine façon parce que les tueurs de ces organisations criminelles tirent à tort et à travers. Donc quelque part, les armes sont dans ce pays hors de contrôle. Quand on voit ce qui s'est passé dans ce quartier des Moulins à Nice, près de l'aéroport, à deux pas de la mer, quartier populaire de Nice, cité dans laquelle il y a déjà eu un certain nombre de faits, notamment un fameux incendie criminel qui a fait un certain nombre de morts. Là, il s'agit de quelqu'un qui arrive sur sa moto ou en voiture et qui rafale à tort et à travers. Il s'est passé exactement la même chose à Nantes.

Et donc il y a une espèce de, on va dire, de propension attirée à l'aveugle qui nous dit quelque chose sur ces tueurs, sur cette génération qui est en train de prendre le pouvoir sur le terrain. C'est l'aveuglement. C'est-à-dire qu'ils ne voient qu'une chose. Ils sont bornes. Ils ne voient pas les conséquences de leur geste. Ils ne voient pas qu'ils sont en train de tuer des mamans qui se baladent éventuellement en mobilette, un jeune de 15 ans à Nantes, des personnes âgées qui vivent dans ces quartiers.

2:01
Présentateur

Il n'y a aucune sensibilité au crime, au drame.

2:04
Invité

Ils ne voient dans leur aveuglement que le gain immédiat. On m'a commandité pour faire une opération, pour aller intimider et terroriser. J'y vais. Je ne me pose pas de questions sur les conséquences de mon geste. Je ne me pose pas de questions quant à savoir si je vais me faire arrêter, si je vais aller en prison, combien je vais faire, etc. C'est ça que j'appelle une espèce de génération aveugle qui est tirée à tort et à travers, qui va donc multiplier, qui risque de multiplier les victimes dites collatérales, c'est-à-dire des personnes qui n'ont rien demandé, d'autres que le fait d'habiter dans ces quartiers. Mais ça peut aussi se produire ailleurs.

Donc oui, là, il y a quelque chose qui est hors de contrôle. Comment a-t-on pu engendrer à ce point-là des jeunes de 15, 16, 17, 18 ans qui sont prêts à répondre sur leur téléphone à un appel d'offre pour un billet et qui, à partir de là, sont prêts à aller tuer des gens...

3:01
Présentateur

C'est comme ça que ça se passe, c'est comme ça que ça se passe, on reçoit un SMS pour qu'on donne une mission ?

3:06
Invité

Oui, absolument. Enfin, un SMS, c'est sur les réseaux sociaux, effectivement. Ils essaient de faire ça un peu plus discrètement que des simples SMS. Mais effectivement, il y a des appels d'offres, des recrutements. Donc comment a-t-on pu engendrer dans ce pays ? On est en France, on n'est pas en Colombie. Vous avez une idée de la réponse de comment on a pu engendrer ça ? Est-ce qu'on est passé à côté de quelque chose ? Est-ce que l'État est impuissant ? On a engendré une génération de sicarios à la française, vous vous rendez compte ? C'est-à-dire des gens qui répondent pour un billet, qu'ils sont exclusivement concernés par le billet qu'ils vont gagner. Donc oui, quelque part...

Et qui n'ont que ça comme but ? Est-ce que c'est l'État ? En tout cas, l'école. Ils ont faussé le pas à l'école, ces garçons. Ils sont partis dans la nature. Donc l'école républicaine, on va dire, a raté dans la reproduction de son modèle. Et s'est imposé en face à un modèle qui est beaucoup plus puissant, qui est celui, on va dire, de l'organisation criminelle, du gang, du gang latino-américain. Qui prend le pas sur la République. Qui prend le pas sur la République dans leur esprit et qui, effectivement, à très courte vue, devient leur modèle de vie avec, soi-disant, la possibilité de s'enrichir terriblement.

Regardez Félix Bengui, dit le chat, dont le procès démarre aujourd'hui à Marseille, qui était le patron d'un des clans, on va dire, d'une des organisations criminelles à Marseille. Lui, il était déjà là-dedans. C'est-à-dire que, je me souviens très bien de son... C'est un petit cambrioleur au départ, ce Félix Bengui, qui va devenir patron du clan Yoda à Marseille.

C'est un petit cambrioleur qui monte doucement et qui, à la faveur de la pandémie, s'aperçoit que dans le point de deal qu'il possède à Marseille, qui est dans le quartier de la Paternelle, qui est assez facile d'accès, il se fait un argent monstrueux pendant la pandémie, parce qu'en fait, c'est accessible à pied, par tout le monde, qu'il n'y a pas de... Et vous voyez, juste deux anecdotes le concernant, c'est que cet individu, qui est un franco-camerounais, né à Alès, à Nîmes, qui a grandi en France, etc., roule en Ferrari quand il le peut. Donc, cette espèce de façon de flamber, de craquer... Tout en déclarant des revenus extrêmement faibles.

Tout en déclarant des revenus quasi inexistants. Et va oser, va faire quelque chose qui, vis-à-vis de l'État, je trouve que c'est le genre de l'anecdote qui en dit long sur comment il considère et la police et l'État, qui, pendant cette fameuse pandémie, va à un moment donné s'offrir le luxe de faire un feu d'artifice dans son quartier pour fêter son million, pour fêter ses rentrées financières. Vous voyez, comme un patron d'entreprise qui ferait une grosse...

5:31
Présentateur

Alors que c'est un chef de mafia, c'est le chef du clan Yoda. Enfin, le chef présumé du clan Yoda.

5:35
Invité

C'est le chef présumé du clan Yoda. Il dirige simplement deux points de deal dans le quartier de la paternelle. Mais pendant cette fameuse pandémie, il s'enrichit copieusement, généreusement. Et il nargue, vous voyez, cette façon de faire comme si... On n'a pas besoin de... Je veux dire, la police n'existe pas pour eux, ou bien elle existe dans les petits affrontements qu'ils ont connus quand ils étaient adolescents, où ils ont appris à se bagarrer contre la police. Vous voyez, la police ne leur fait pas peur. Non seulement elle ne leur fait pas peur, mais ils ont grandi en faisant peur à la police, en essayant de faire peur à la police. Vous voyez ce que je veux dire ?

De renversant l'échelle des valeurs en permanence. Et donc, quand ils arrivent à 25-30 ans, ils se prennent comme lui pour des boss, pour des patrons. Ils font la fête et on se rend compte qu'ils sont imperméables finalement à tout ce qui vient de l'autorité. Vous avez employé le mot de sicarios il y a quelques instants à propos de ces jeunes-là. Est-ce que le terme de mexicanisation n'est pas un petit peu exagéré ? Est-ce que ce n'est pas trop fort, quand même, comme qualificatif ? Il se trouve que moi, je connais bien le Mexique. Je suis allé enquêter il n'y a pas très longtemps là-bas.

Effectivement, on n'en est pas là dans le sens où le Mexique est truffé de charniers et que ce n'est pas... La guerre entre les Yoda et la DZ Mafia a fait 50 morts en un an et demi. Au Mexique, les 50 morts, ils les ont facilement dans la semaine. Donc, effectivement... On n'est pas sur la même échelle de valeur. On n'est pas sur la même échelle de valeur. Mais néanmoins, ce qui est intéressant, c'est l'adhésion culturelle au modèle mexicain. La volonté de leur ressembler. C'est ça qui compte, en fait. C'est plus intellectuel que concret. Concrètement, la France n'est pas le Mexique. Pas encore. Et nous, journalistes, on a encore la possibilité de s'exprimer ici, au Mexique.

Je peux vous dire que les journalistes, ils ne parlent pas très longtemps à la radio et à la télévision. Ils se font zigouiller à la sortie. Donc, effectivement, heureusement, on est encore en France dans un état de droit relatif.

7:13
Présentateur

Est-ce que l'action du gouvernement a fait reculer la mafia ces dernières années ? Il y a eu énormément d'actions, notamment les opérations PlaceNet XXL qui ont été très médiatisées. Et c'est vrai que, statistiquement, les points de deal ont diminué. Un peu plus de 4000 points de deal en juillet 2020. Il en resterait aujourd'hui moins de 2700. Est-ce que ça signifie que l'action de l'État fonctionne et que le narcotrafic recule ?

7:41
Invité

Ça, c'est vrai, le recul des points de deal, mais ça a un effet pervers. Si vous prenez le quartier des Moulins, à Nice, où il vient d'avoir cette fusillade aveugle, il y avait 10 points de deal il y a deux ans. Il n'y en a plus que deux. Le résultat, c'est que chacun de ces deux points de deal vaut de l'or. Et que donc, on se bat à mort pour les derniers points de deal. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que là où je dis que... Bon, l'État marque des points tous les jours. La police fait son boulot. Il y a des réseaux qui tombent. Les suspects de la fusillade du quartier des Moulins à Nice ont été arrêtés en trois jours par la police judiciaire.

Il faut quand même le dire. Il ne faut pas être que dans la critique. Je veux dire, cette police fait du boulot, la police judiciaire notamment. Mais néanmoins, si on prend un peu de recul, cette fameuse guerre dont je parlais tout à l'heure entre le clan Yoda et la DZ Mafia a pour conséquence que... Bon, le clan Yoda a été totalement exterminé. Une cinquantaine de morts dans les deux camps. Mais la conséquence aujourd'hui, c'est que ce qu'on voit, ce qu'on constate sur le terrain, c'est que le modèle de la DZ Mafia, avec ses tueurs à gage, avec quatre patrons qui, depuis leur cellule de prison, commanditent, on va dire, leurs opérations et continuent à s'enrichir.

Le modèle de fonctionnement des Marseillais, on va dire, le modèle mis en place à Marseille, est en train de s'étendre sur tout le territoire. Et ça, c'est quand même un échec. C'est-à-dire qu'en gros, à Nantes...

9:03
Présentateur

C'est-à-dire qu'il n'y a plus de zone sans drogue en France aujourd'hui ?

9:06
Invité

Non, il n'y a plus de zone, mais c'est surtout la façon de travailler de ces individus, de ces Marseillais. En fait, la DZ Mafia s'est exportée, a créé des espèces de licences. Et en gros, le thème, c'est on est les plus violents, on est les plus forts, on sera les plus riches. C'est ça la logique. C'est qu'avant, c'était très concentré sur Marseille. Et vous faites référence ce matin, effectivement, à une affaire qui a débuté à Marseille, le clan Yoda contre la DZ Mafia, et qu'aujourd'hui, il y a des zones qui n'étaient pas touchées auparavant, qui sont désormais sur le territoire national.

Disons que sur le territoire, un peu partout en France, que ce soit à Lyon, à Marseille, à Nîmes, à Grenoble, à Nantes, on va dire la façon de faire de ces individus, de ces trafiqueurs de drogue marseillais, l'ultra-violence, les tirs aveugles, la généralisation de l'usage de la Kalachnikov, c'est réellement exporté. D'abord dans les villes comme Lyon, et maintenant, aujourd'hui, dans les villes moyennes, et pourquoi pas demain dans les petites villes. Donc c'est une génération qui adhère complètement à ce modèle, et c'est là où on peut parler d'échec de l'État.

10:09
Présentateur

Justement, à ce propos, vous le dites, de plus en plus de villes sont touchées en France. On écoute Laure Beco, procureure de Paris, c'était sur RTL.

10:18
Locuteur non identifié

Ce n'est pas un tsunami, mais c'est une vague qui persiste. C'est un tsunami, ça arrive et ça repart. Les villes qui n'étaient pas impactées par ce narcotrafic sont désormais concernées.

10:27
Présentateur

Voilà, donc ça, des villes, Touls, Blois, Mont-de-Marsan, des villes où jusqu'à présent, on n'avait pas de lien avec le narcotrafic, sont touchées désormais. Vous aviez publié un documentaire, La drogue est dans le pré, pour montrer comment la drogue tissait sa toile en France. Aujourd'hui, c'est terminé. Il n'y a plus de villes épargnées par le narcotrafic et ses violences ?

10:49
Invité

Effectivement, comme elle a raison, la procureure, un tsunami, c'est ponctuel. Ça peut faire beaucoup de dégâts, mais c'est ponctuel. Je dirais plutôt que c'est une espèce de... L'arrivage de cocaïne en France sur le territoire français, c'est un fleuve, c'est le plus grand fleuve du monde en cru, et il continue à pleuvoir. Donc, ça ne risque pas de s'arrêter. Et c'est, si vous voulez, c'est un peu par rhizome, souterrain, les racines, le trafic de stupéfiants se sont étendues à peu près partout. Toutes les cases vides, là où il n'y avait pas de drogue, aujourd'hui, il y en a. Et ça passe comme ça, de manière souterraine. Et partout, on a des tout petits... Des petites résurgences.

Comme ça, c'est une espèce de polonisation, on va dire, qui... Ça se répand comme ça, un peu, comme font les abeilles, vous savez, qui transportent comme ça le sucre un peu partout. Et c'est un peu ce phénomène qui est à l'oeuvre sur tout le territoire. Et ça, le problème, c'est que ça a des conséquences qu'on oublie. Ça a des conséquences politiques énormes. Je veux dire, moi, j'étais dans une petite ville de 4 000 habitants du nord de l'île de France il y a quelques jours pour rencontrer les élus locaux, voir un peu comment ça se passait sur le plan de la sécurité. Tac, on sort le truc.

Ben oui, dans notre petite ville de 4 000 habitants en bordure de l'île de France, on va dire que ça se situe entre Roissy et Creil, il y a deux points de deal. Vous n'imaginez pas les dégâts... Donc des guerres de territoire aussi dans ces petites villes. Non, mais surtout les dégâts que ça fait au niveau de l'électorat, au niveau des citoyens qui n'en peuvent plus, qui ne supportent plus. Et évidemment que ça contribue à radicaliser aussi l'électorat.

12:14
Présentateur

À faire monter les extrêmes. D'ailleurs, le Rassemblement National reproche à l'État d'être complètement dépassé dans les marques de travail.

12:19
Invité

Mais du coup, il faut avoir conscience de ça. C'est que ça a des conséquences colossales. Le fait de... Ce n'est pas juste... Voilà, il y a deux points de deal dans ce petit bled, dans ce petit village. OK, ce n'est pas très... Si, c'est grave. C'est grave, pas forcément au niveau de la pollution que ça engendre pour la pollution sonore, visuelle et l'insécurité que ça crée, mais au niveau des conséquences que ça a au plan démocratique.

12:39
Présentateur

Ça change aussi le paysage politique de la France, si on vous comprend bien. Frédéric Ploquin, spécialiste du Grand Banditisme. Dans un instant, on va parler de la relation avec Algérie. En quoi Algérie peut être une clé dans cette lutte contre le narcotrafic ? On va parler de votre livre aussi sur l'affaire Epstein.

12:53
Locuteur non identifié

Le 8.30 France Info, Agathe Lambret, Paul Barcelone.

12:58
Présentateur

Avec Frédéric Ploquin, grand reporter, auteur, spécialiste du Grand Banditisme, vous publiez Epstein, les secrets de la filière française aux éditions du Nouveau Monde. On va en parler dans un instant. Mais d'abord, un mot sur l'Algérie, Paul.

13:10
Invité

Oui, puisque Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, est attendu sur place aujourd'hui pour réchauffer les relations diplomatiques avec l'Algérie, renforcer la coopération, notamment sur le narcotrafic, ce qui nous ramène à notre discussion. En quoi, Frédéric Ploquin, cette coopération avec l'Algérie, avec Alger, avec les autorités algériennes est indispensable justement dans la lutte en France contre les narcotrafiques ? La diplomatie de manière générale est une arme essentielle dans la lutte contre le narcotrafic pour deux raisons.

La première, c'est que l'argent de la drogue part à l'étranger et que donc, pour aller démanteler, pour aller faire des saisies, il faut avoir des bonnes relations diplomatiques avec les pays concernés. La seconde, c'est que les barons, les petites mains de la drogue sont sur notre territoire et s'entretuent, mais les barons de la drogue, eux, sont à l'étranger et ne s'entretuent pas. Au contraire, ils s'entendent, ils s'accordent. S'ils peuvent, comme ils ont beaucoup de moyens financiers, ils corrompent un peu la police locale pour être tranquille.

Et je vais vous dire une chose, Félix Bengui, qui est aujourd'hui dans le box des accusés à Marseille, il ne le serait pas si le gouvernement précédent n'avait pas dégelé les rapports diplomatiques entre la France et le Maroc, puisqu'il a été arrêté au Maroc grâce au fait qu'on a réussi à sortir de cette période de congélation que je rappelle qu'il y avait également avec le Maroc à l'époque. Là maintenant, c'est le ministre de l'Intérieur précédent, Bruno Rotaillot, qui nous a complètement fâchés avec l'Algérie.

14:31
Présentateur

Vous voulez dire que si on a du mal aussi à lutter contre le trafic de drogue en France, c'est aussi parce que les relations avec l'Algérie sont tendues depuis trop longtemps et que donc on ne peut pas faire pression sur le gouvernement algérien pour récupérer par exemple nos ressortissants qui sont abrités là-bas ou récupérer les avoirs gelés, c'est ça ? Donc on pâtit de relations exécrables.

14:51
Invité

C'est clair que le lien, la fluidité des relations entre les appareils sécuritaires français et algériens sont essentielles pour la sécurité en France. C'était le cas déjà. Moi, j'ai beaucoup travaillé sur le terrorisme dans les années 90. Si on n'avait pas eu à l'époque des bonnes relations entre nos services de renseignement et les services de renseignement algériens, s'ils n'étaient pas, ils se connaissaient, ils avaient des relations d'amitié, ils avaient des passerelles tous les jours, il y a un certain nombre d'attentats qu'on n'aurait pas évité en France à l'époque. Donc je rappelle ça parce que c'est essentiel.

Aujourd'hui, c'est autre chose qu'on a à faire au trafic de stupéfiants, à la criminalité organisée. On a des individus qui sont effectivement réfugiés là-bas, planqués là-bas en cavale en Algérie et à partir du moment où on ne se parle pas, les Algériens ont beau doute de nous répondre, écoutez-nous, on ne vous répondra pas. Ce qui était le cas là.

Donc quand vous avez des relations sécuritaires au point mort entre la France et l'Algérie, vous avez un certain nombre de trafiquants, de délinquants d'une manière générale qui se réjouissent et qui boivent tranquillement le champagne dans le village dans lequel ils ont trouvé refuge ou dans la ville dans laquelle ils ont trouvé refuge en Algérie.

Donc c'est absolument essentiel et ce n'est pas pour rien que Gérald Darmanin, après avoir voyagé à Dubaï avec des mêmes magistrats avec lesquels il est aujourd'hui à Alger pour essayer de faire en sorte qu'on puisse saisir les appartements, les nombreux appartements achetés avec l'argent de la drogue à Dubaï et obtenir des extraditions, ce n'est pas pour rien qu'il y va accompagner pour essayer de... On a besoin d'un fil rouge permanent, d'un fil téléphonique, d'un fil... On a besoin d'une communication permanente entre les deux pays sinon on n'y arrivera pas. En deux mots avant de parler de votre livre, vous parlez de vos enquêtes sur le terrorisme, le lien avec les attentats.

Est-ce qu'il faut vis-à-vis du narcotrafic appliquer un modèle dérogatoire au droit ou faire rentrer des mesures dans le droit commun qui seraient liées par exemple aux méthodes juridiques liées au terrorisme et les appliquer au narcotrafic pour plus d'efficacité ? Je fais référence évidemment aux propositions notamment de deux candidats à la présidentielle, Édouard Philippe et Bruno Retailleau qui proposent de décréter un état d'urgence narco. Est-ce que c'est une bonne solution ?

D'une certaine manière, d'une certaine manière, en fait, il faudrait déjà faire le ménage un petit peu et faire en sorte, si vous voulez, ce qui s'est passé après, la France a été sidérée par les attentats du Bataclan, Charlie Hebdo, la même année, après cette année-là, on a remis en ordre nos services de renseignement. Il suffirait de faire ça, il suffirait de commencer par faire en sorte que tout le monde travaille ensemble et que les magistrats eux aussi travaillent ensemble. Donc balayons déjà ce qui peut l'être.

Je veux dire, quand on voit que les magistrats du nouveau parquet national de lutte contre la criminalité organisée ne s'entendent pas forcément très très bien avec ceux de Marseille et qui se bagarrent un peu comme des chiffonniers pour savoir qui va avoir l'affaire, je veux dire, c'est avec ça qu'il faut en finir. Donc déjà, si on met les points sur les i et qu'on arrive à travailler de manière coordonnée sans se tirer des balles dans le pied, c'est pas mal.

17:43
Présentateur

Frédéric Ploquin, on en a parlé, vous publiez mercredi un livre sur le pédocriminel Geoffrey Epstein, Epstein, les secrets de la filière française aux éditions du Nouveau Monde. Jusqu'à présent, vous aviez publié des livres sur le narcotrafic, sur la police. Pourquoi un spécialiste du grand banditisme comme vous s'intéresse à l'affaire Epstein ?

18:05
Invité

D'abord parce que je pense que les victimes de ce véritable système de prédation sexuelle le méritent. Que nous, journalistes d'investigation, on s'occupe aussi de ça. Parce qu'il se trouve que la justice française a été beaucoup trop lente, beaucoup trop longue à se mettre en marche dans cette affaire. Il se trouve qu'il y a beaucoup de, on va dire, de verrous qui font qu'on a vraiment tardé à mettre le nez dans ce véritable système mis en place à l'échelle internationale. Et que donc moi, comme journaliste d'investigation, j'ai décidé de traiter ce livre, je traite l'affaire Epstein comme une affaire criminelle, comme une affaire policière.

C'est-à-dire que j'ai pris tous les, j'ai retrouvé toutes les victimes, j'ai retrouvé la trace des prédateurs. Et je raconte quelque chose qui n'est pas une affaire américaine, mais bel et bien une affaire française. On a longtemps cru, et les policiers, les magistrats, on l'entend dit, c'est pas un truc américain l'affaire Epstein, c'est une affaire française. Pourquoi ? Parce que ce système de prédation sexuelle de mise en place à l'échelle internationale passe par Paris. Parce que l'épicentre de ce système, c'était bien Paris, capitale de la mode, et que la plupart des victimes de ce réseau sont des mannequins. Combien de victimes ?

Vous dites toutes des victimes, les mannequins notamment ? Là, il y en a, rien que ces jours-ci, il y en a 10 nouvelles qui se manifestent auprès du parquet de Paris. Donc si vous voulez, on n'a pas fini d'en entendre parler, mais je voudrais faire juste le profil, ce qui moi m'a choqué, m'a frappé le portrait robot de ces victimes, toutes, et ça a duré pendant, on va dire, c'est un système qui dure depuis 40 ans et que j'ai bien connu dans les années 80.

Toutes ont à peu près le même profil, elles sont mineures, elles ont entre 17 et 18 ans, elles arrivent de pays étrangers, ce qui peuvent être la Lettonie, la Russie, le Kazakhstan, des pays comme ceux-là, elles ne parlent pas bien le français, elles sont isolées, elles sont seules à Paris, elles ne connaissent personne, elles tombent sous l'emprise très rapidement de ces patrons d'agences de mannequins qui sévissent à Paris depuis les années 80, qui ont sévi surtout dans les années 80, 90, 2000 à Paris, qui leur promettent mon émerveille, elles ont toutes, quand on regarde la manière dont elles parlent à la police, elles ont toutes cru au compte de fait, toutes crues, c'est des proies faciles et vulnérables, extrêmement faciles et vulnérables, oui, elles ont cru à ce compte de fait qui fait qu'elles allaient faire la une de la presse magazine d'abord en France et puis peut-être dans le monde entier, et donc elles ont accepté, elles sont tombées sous l'emprise de ces individus et à Paris, vous aviez dans ces années-là, moi j'ai retrouvé la trace de quatre, on va dire, patrons d'agences de mannequins qui étaient les plus célèbres agences, pas des sous-agences complètement qui travaillaient dans les caves, mais les principales agences sur la place de Paris étaient dirigées par des individus qui considéraient la prédation sexuelle comme quelque chose de tout à fait normal.

Donc on a un fait...

20:55
Présentateur

Ils avaient un droit sur... Ils avaient un droit

20:57
Invité

plus qu'un droit de cuissage, en gros, ces femmes étaient violées et toutes, je termine là-dessus sur les victimes, toutes ont eu le même comportement après les viols qu'elles ont subis. Elles sont rentrées chez elles dans leur pays, elles ont tenté d'oublier, elles ont été habitées par la honte de cette fée à avoir parce que c'est extrêmement compliqué. D'ailleurs, il n'y a pas que des étrangères, il y a aussi des jeunes filles qui sont montées du sud-ouest de la France, de Bordeaux, d'ailleurs...

21:21
Présentateur

Vous racontez ce mécanisme dans votre livre qui est très intéressant, c'est comment ces victimes, elles sont humiliées souvent pendant les actes, pendant les fées et ensuite, comment elles se sentent coupables finalement d'avoir bu un verre dans laquelle il y avait de la drogue à leur insu, d'avoir cru au conte de fées justement. Après, elles n'osent même pas en parler parfois parce qu'elles se disent j'ai été tellement naïve.

21:43
Invité

Ça, c'est frappant, c'est ce qu'il y a de plus frappant quand elles rentrent chez elles, elles n'en parlent pas à leurs parents, elles n'en parlent pas à leurs petits copains, elles gardent ça pour elles, ça les ronge en fait, ça les détruit. Donc, c'est pour ça que je disais qu'on doit s'intéresser mais ce type de crime fait des dégâts absolument considérables, ces filles ne sont pas mortes mais quelque chose a été tué en elles par ses actes sexuels, par ses viols, on va dire et effectivement, elles ne s'en remettent jamais et il a fallu attendre tellement longtemps pour leur tendre la perche pour que, où s'ouvre cette enquête de la police judiciaire.

22:18
Présentateur

Vous zoomez, vous anglez votre livre notamment sur Jean-Luc Brunel, un agent de mannequin qui s'est suicidé en 2022 à la prison de la santé, il avait été mis en examen pour viol sur mineur de plus de 15 ans à l'époque, ça avait mis un terme à l'enquête. Vous, vous reprenez cette enquête là où elle s'était arrêtée et vous démontrez aussi comment dans les années 80 à Paris, tout le monde était au courant.

22:41
Invité

C'est ça, je reviens, j'ai retrouvé des témoins de cette époque parce que c'est une époque de liberté, les années 80, mais de cette liberté, ils en ont fait n'importe quoi. Moi, ce que je constate, c'est qu'on avait donc ces patrons d'agence de mannequins dont Jean-Luc Brunel qui se pavalaient dans les boîtes de nuit à Paris, dans les boîtes de nuit à la mode, qui arrivaient là avec 10, 15, 20 mannequins le soir.

La cocaïne était servie à toutes ses filles et que c'est là qu'est venu puiser, il faut le rappeler, Jeffrey Epstein qui est donc un ressortissant américain, qui a monté, qui était lui qui avait un appétit d'ogre et qui avait besoin de consommer jusqu'à 3 filles par jour avec une particularité, c'est que c'était pas, c'était une forme de viol qui lui appartenait et qui était en gros table de massage, masturbation, c'était beaucoup plus, ça s'arrêtait à ce niveau-là, mais il avait un besoin inépuisable de chair fraîche, on va dire, c'est vraiment, je raconte l'histoire, ce sont des véritables ogres en réalité.

23:40
Présentateur

C'est très documenté, c'est très intéressant, merci beaucoup Frédéric Ploquin.

23:45
Invité

Et j'espère que la justice française va relancer l'enquête.

23:48
Présentateur

Peut-être que votre livre peut y contribuer, les secrets de la filière française, Epstein aux éditions du Nouveau Monde. Merci à vous.

23:54
Invité

Merci Paul. Avec plaisir.

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