Retrouvez l’intégralité de l’interview d’Emmanuel Macron
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Bonjour Monsieur le Président. Merci d'accorder cet entretien à BFM TV depuis Saint-Pétersbourg. En près d'un mois, vous avez été reçu à Washington et ici à Saint-Pétersbourg par Trump, par Poutine, que vous appelez cher Donald, cher Vladimir. Quelle différence et quel point commun dans les relations personnelles que vous avez établies avec chacun d'entre eux ?
D'abord, ces relations personnelles, elles sont au service d'une diplomatie, elles s'inscrivent dans une histoire. Les tempéraments sont différents, les liens avec ces pays sont différents. Les États-Unis, c'est notre allié historique. Et moi, j'ai souhaité inscrire la relation avec Donald Trump dans le cadre de cette histoire dès le début. Nous nous sommes vus pour la première fois en juin 2017 à l'OTAN, à Bruxelles, et c'est ce que je lui ai dit. Et c'est ce qui fait que, quels que soient les désaccords que nous pouvons avoir sur le climat, sur l'affaire iranienne... Le sujet personnel, pour moi, vient au service de ce qui est utile pour nos concitoyens et pour le pays.
Nous avons toujours, nous nous sommes toujours battus côte à côte pour la liberté, pour nos libertés. Et donc, sur le plan personnel, moi, je tâche de construire la relation la plus chaleureuse possible pour d'abord pouvoir discuter en confiance, comprendre les motivations profondes et essayer d'obtenir le maximum de résultats utiles. Et donc, avec Donald Trump, c'est une discussion fréquente. C'est une discussion franche, mais avec un homme qui a sa propre logique et dont l'agenda est avant tout un agenda de politique nationale américaine.
C'est là où nos désaccords peuvent se faire, mais qui nous a permis néanmoins de mieux nous connaître, de faire que je pense qu'aujourd'hui, la France est le pays, l'un des pays au monde avec lequel il parle le plus, qui parfois arrive, j'allais dire à l'influencé, en tout cas à faire qu'on ne tombe pas jusqu'à certains extrêmes, qui ne le fait pas dévier de ses engagements de campagne, parce que c'est une constante qu'il a sur tous ces sujets. Mais je crois que c'est une relation qui est chaleureuse et donc aussi utile. Et je crois que nous nous comprenons.
Pardon, vous avez vu comment elle a été perçue, cette visite en France ? Parfois, il y a eu peut-être le sentiment que cette visite à Washington, vous avez eu des démonstrations peut-être un peu trop ostensible d'amitié. Et que après, dans le fond, une fois que vous êtes parti, il a fait ce qu'il a voulu. Avec le recul, vous ne vous dites pas « je suis allé trop loin ».
Mais pas du tout. D'abord parce que ces relations l'un à l'autre sont des relations qui peuvent être plus ou moins chaleureuses ou tactiles selon les tempéraments des uns et des autres. Trop, non ? Mais c'est pas... Je veux bien qu'on ait dans un monde où on passe son temps à qualifier, à faire du commentaire. D'abord, est-ce que c'est l'essentiel ? Non. Est-ce que c'est le cœur de nos discussions ? Non. Est-ce que ça sert au moment où on le fait ? D'abord, est-ce que c'est naturel ? Oui. Quand on est avec quelqu'un, on se comporte dans une dynamique personnelle et humaine. Et au fond, c'est pas l'essentiel. Nous nous sommes dit les choses, sans concession.
C'est pas le fait que la relation soit chaleureuse qui nous a empêché de dire nos désaccords. Aux États-Unis, quand j'étais à Washington, lui ayant dit les choses à lui en tête à tête, je me suis exprimé au Congrès américain pour expliquer quelle était notre politique en matière de climat, quelle était notre politique sur les rangs et comment nous continuons à avancer. Est-ce que ça a un impact ? Oui. Auprès de l'opinion publique américaine, auprès du Congrès, qui est décisif sur ces sujets, en expliquant comment on pouvait construire utilement la paix au Moyen-Orient, ce qui ne me semble pas être aujourd'hui, je dirais, l'option la plus favorable prise par l'administration.
Donc, je pense que ça a une utilité. Maintenant, il ne faut pas non plus tout confondre. Je ne suis pas le président des États-Unis d'Amérique. Donc, quand on me dit, quand je reviens, « Voyez bien, il a décidé ce qu'il avait dit. » Oui, il est président des États-Unis. Il a décidé pour les États-Unis. Il a décidé pour la France. Néanmoins, je tiens à vous le dire, un, la France propose ce qu'elle avait parfois oublié de faire. Deux, elle s'active. Que m'aurait-on dit si je n'étais pas allé à Washington pour essayer de l'influencer et proposer autre chose ? On m'aurait dit, vous êtes resté à Paris. Tout ça vous importe peu. L'Iran est à nos portes.
S'il y a une crise et la guerre dans le prochain Moyen-Orient, ce n'est pas l'affaire de la France. Si. Et trois, je suis... Mais je vais au bout de mon raisonnement pour vous faire comprendre.
On a eu l'impression que, dans le fond, il y a eu un effet Macron sur la scène internationale quand vous êtes arrivé. Contestable. Vous êtes fêté, vous êtes reçu, vous êtes célébré. Mais est-ce que vous êtes écouté ?
Mais nous construisons cela. Et oui, nous sommes écoutés. Écoutez, si la France n'avait pas été là, si nous n'étions pas écoutés, il y aurait peut-être aujourd'hui la guerre au Liban, au moment où nous nous parlons. C'est la diplomatie française, c'est notre action, c'est le fait que je m'arrête à Riyad pour convaincre le prince héritier et qu'ensuite j'invite le Premier ministre Hariri, qui fait que le Liban est sorti d'une crise grave. Je le rappelle, un Premier ministre était retenu en Arabie saoudite depuis plusieurs semaines. Deuxième point, nous proposons en Europe, les choses n'ont-elles pas changé ?
La France était attendue depuis des décennies, nous n'avions jamais répondu aux propositions allemandes. Nous proposons, nous attendons maintenant les autres. Ah oui, justement. Oui, mais en faisant avancer des sujets, celui de la défense, de nos intérêts stratégiques. Deuxième sujet, sur l'Iran, nous proposons depuis septembre 2017 à l'Assemblée générale des Nations Unies, quand je me suis exprimé à la tribune, j'ai proposé... de garder l'accord nucléaire iranien, mais de le compléter par d'autres sujets, étant conscient à la fois que nous devions respecter notre parole, mais pour construire la paix dans la région.
Nous devions tenir compte des intérêts stratégiques d'Israël, des craintes de l'Arabie saoudite et de tant d'autres, et donc traiter les sujets de l'activité balistique de l'Iran, mais aussi de son emprise régionale, en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen.
Vous avez l'impression là-dessus que Vladimir Poutine a évolué hier. Mais oui, il l'a dit. Hier, il a, effectivement, vous, vous avez parlé d'un accord qui complète, et lui, il a dit, oui, on verra, on en parlera. Non, il a été plus précis. Mais est-ce que ce n'est pas une posture de la part du numéro un russe pour essayer d'adoucir son image ?
Non, ce n'est pas une posture, c'est un fait. J'ai dit ça en septembre 2017. Je n'ai pas arrêté de me battre pour cette option. Les États-Unis décident de sortir de l'accord. Si la France n'était pas écoutée, nous n'aurions pas aujourd'hui tous les pays européens, hier la Russie, nos alliés dans le groupe de contact que nous avons créé, qui, en fait, nous avons créé, qui se sont tous alignés sur cette position. Donc, ce que nous avons proposé, ce sur quoi nous travaillons depuis septembre dernier, c'est d'abord ce qui a évité, quand les États-Unis ont déchiré l'accord, de dire, c'est la catastrophe et tout s'en va.
Nous, nous avons dit, nous y restons, et nous nous battons pour que cet accord avec l'Iran reste, et que les Iraniens restent, et la crédibilité que nous avons aussi acquise ces derniers mois en nous battant, c'est ce qui fait que les Iraniens nous regardent comme des partenaires crédibles, et disent, moi, je vais continuer à respecter cet accord, même si les États-Unis sortent. Et la deuxième chose...
Jusqu'à quand ? Jusqu'à quand ?
Et puis, autant que nos efforts... Est-ce que vous pesez autant que cela ?
Est-ce que vous pesez autant que cela ? Je pense que les Français qui vous regardent parcourir le monde, rencontrer les grands de ce monde, se disent aussi parfois, mais est-ce que ça sert vraiment à quelque chose ?
Mais bien sûr, c'est indispensable. D'abord, j'ai une parcours et une rencontre. Nous travaillons au quotidien. Ce sont des discussions, des échanges, qui sont ensuite continués par nos équipes, nos ministres. Le but de notre diplomatie, c'est quoi ? C'est d'abord la sécurité de nos concitoyens. C'est nous battre contre les terroristes qui nous ont attaqués et qui nous attaquent. Donc c'est ça, le premier objectif. La Syrie, le Syrie-Irak, le Levant et le Sahel. Parce que là, nous avons des groupes terroristes qui nous attaquent. Donc nous sommes militairement présents et nous avons une activité diplomatique intense pour justement lutter contre ces derniers. Ensuite, c'est la stabilité.
Tout ce dont je parle, pourquoi nous nous intéressons, pourquoi nous nous activons sur l'Iran et toute la région du Proche et Moyen-Orient ? Sur la Libye, où je n'ai pas ménagé mes efforts et où nous avons lancé, je le rappelle, en juillet dernier, une initiative qui a permis de rentrer dans un processus aujourd'hui tenu par les Nations Unies. Parce que je veux la stabilité dans ces régions. Parce que quand on crée le désordre ou la guerre, nous en payons les conséquences. Elles nourrissent le terrorisme.
Vous dites que la politique française n'est pas alignée, la politique française est indépendante. Oui, je le confirme. Je reviens sur la scène internationale. France is back. Et en même temps, on a le sentiment que le chaos du monde se poursuit. Et donc, peut-être qu'on peut se dire, mais est-ce qu'on pèse vraiment ?
Mais madame, oui. Mais la France ne peut pas se substituer aux autres. Nous avons le contexte international qui est le nôtre. Mais dont il faut comprendre aussi les causes profondes. Pourquoi il y a eu le Brexit ? Pourquoi il y a Donald Trump avec ses positions aujourd'hui qui fracturent la mondialisation et qui reviennent sur des positions historiques américaines, qu'il s'agisse du commerce ou de la stabilité des nations ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que les régimes autoritaires montent. Parce que nous vivons aujourd'hui une crise de la mondialisation, du capitalisme mondialisé qui s'est développé ces dernières décennies.
Parce que les tensions qu'il a créées, les inégalités qu'il a produites sont insoutenables. Et parce que nous vivons aussi une crise des démocraties. Nous voyons monter des démocraties, dit-il, libérales. Et nous voyons monter des régimes autoritaires. Et donc, c'est aujourd'hui encore plus que la place de la France est essentielle.
Quand vous êtes arrivé, vous avez suscité un grand espoir. On s'est dit, peut-être qu'il a stoppé cette vague. Mais attendez, on l'a stoppé. Elle continue et...
Je l'ai stoppé en France. Je suis élu par le peuple français. Je ne suis pas élu par le peuple américain, par le peuple italien, par le peuple iranien. Bon, donc je l'ai stoppé là où je peux la stopper. Par contre, ce que je vois depuis un an, c'est que la France a joué un rôle utile. Je dirais même indispensable. Indispensable sur ces grands conflits. Je considère que, regardez, sur le sujet iranien et sur la Syrie, nous sommes revenus au cœur du jeu. Je veux dire, c'est la France qui a pris...
C'est la France qui a pris l'initiative de ce small group dont le président Poutine a parlé hier et avec lequel nous avons décidé de recréer un mécanisme de coordination pour essayer ensemble de construire la Syrie de demain et la stabilité sur la Libye, où la France, il y a plusieurs années, avait mené une opération militaire qui a conduit à un changement de régime produisant l'anomie la plus complète. Nous sommes aujourd'hui aussi parmi ceux qui sont au cœur du jeu.
Vous dites nous, la France, vous dites... Parce que l'Europe, le problème, c'est que, justement, régime illibéraux, regardez l'Italie qui vient de commencer à être eurosceptique.
Je ne qualifierais pas l'Italie de régime illibéral.
Non, mais en tout cas, eurosceptique et anti-système. Et donc, vous voyez bien que, dans le fond, il y a cette unité européenne qui devrait être utile, indispensable de solidarité. Elle est loin d'être là et que vous êtes peut-être très isolé, beaucoup plus que vous ne le pensez.
Mais d'abord, ça, on pourrait me reprocher de ne pas me battre. On ne peut pas me reprocher le choix des autres pays. Donc, ce que je veux vous dire simplement, c'est que l'action diplomatique que nous conduisons depuis un an, elle est utile. Elle est utile. Dans ces zones de crise où la sécurité de nos concitoyens et nos intérêts sont en jeu. Ensuite, elle est indispensable parce que nous avons eu des résultats, d'ores et déjà. Je veux dire, l'accord climatique avec la sortie des États-Unis, vous pensez que si nous ne nous étions pas engagés, l'heure qui suivait, avec cette force, il ne serait pas tombé ? A l'inverse, notre mobilisation a permis quoi ?
De conforter tous les autres et d'accélérer les ratifications.
Vous préservez les cadres. Vous évitez la dégradation. C'est ce que vous me dites. Vous évitez.
On préserve les cadres et on construit. C'est ce que j'appelle ce multilatéralisme fort. Nous devons réinventer les règles internationales. On doit les réinventer. On voit bien, elles sont en train d'être bousculées. Mais sur le climat, comme sur l'Iran, je veux dire, l'Iran aujourd'hui, constatez la chose, les États-Unis sont sortis, le régime de Téhéran est toujours dans l'accord nucléaire.
C'est juste grâce à vous ?
Ce n'est pas juste grâce à moi, mais c'est parce que la France, avec les autres Européens, s'est mobilisée en disant, on y reste. C'est parce que nous avons eu un dialogue permanent avec l'Iran, que certains m'ont parfois reproché, mais je n'ai cessé de voir M. Rohani, en septembre 2017, de lui parler pour conforter ça. Et c'est parce que la France a fait ces propositions. Et donc, ce que je veux vous faire comprendre, c'est que nous ne nous substituons pas aux autres lorsqu'ils font des choix qui contrarient leur histoire et l'ordre du monde. Mais nous jouons ce rôle indispensable d'un membre permanent du Conseil de sécurité.
Et après le Brexit, nous serons le dernier membre de l'Union européenne à l'être. De puissance forte de l'Union européenne et de la zone euro. Et d'un pays qui a cette histoire diplomatique indépendante, qui parle à tout le monde. Et parce que nous avons à la fois cette force et que nous parlons à tout le monde, nous pouvons justement, parfois éviter le pire, mais aussi construire. Et je considère qu'en Afrique, aujourd'hui, nous sommes en train de construire une nouvelle relation avec ce continent, indispensable pour notre sécurité et son développement. Au Proche et Moyen-Orient, nous sommes en train de construire une nouvelle grammaire.
En Indo-Pacifique, nous sommes en train de construire une nouvelle feuille de route qui n'a jamais existé dans l'histoire de la France, mais où nos intérêts stratégiques se déclinent avec l'Inde. Avec l'Australie et le Japon.
Vous n'avez pas répondu sur la relation personnelle avec Poutine.
Et sur la relation personnelle avec Vladimir Poutine, elle s'est construite dès les premières semaines. Vladimir Poutine est quelqu'un qui a...
On a vu le malaise hier, un moment, sur l'avion malaisien.
Il a répondu ce qu'il a répondu qui peut choquer les journalistes français, parce que vous n'êtes pas habitués à ce style. Mais moi, je n'ai jamais à qualifier. Je ne suis pas dans la diplomatie des États-dames, contrairement à ce qui peut être dit. Je suis dans une relation personnelle avec mes homologues, et je considère que cette relation personnelle doit être au service des intérêts du pays, mais je ne suis pas dans le commentaire des États-dames. Et je n'ai jamais commenté ce que faisaient mes homologues. Par contre, nous avons une relation où nous...
Je crois pouvoir dire que Vladimir Poutine, c'est quelqu'un qui a une vision historique et stratégique des relations entre la Russie et l'Europe. Et il a sa propre histoire. Sa propre histoire. Et il faut la comprendre pour pouvoir positionner les choses. Mais moi, ce qui m'importe, aussi vrai que je place la relation avec Donald Trump dans l'histoire d'alliance entre la France et les États-Unis au service de la liberté, aussi vrai que je place la relation entre la France et la Russie dans son cadre historique. C'est ce que j'ai fait en l'accueillant à Versailles et en venant ici à Saint-Pétersbourg. C'est de dire que nos deux pays, nos peuples, se sont toujours parlés, se sont aimés.
Et ils se sont aimés par la culture, par l'intelligence. On est dans une ville où les architectes français ont contribué à la construire, où Pierre Legrand... ...a mis à partie Saint-Pétersbourg en revenant et en ayant vu Versailles et Louis XV. Où Catherine II de Russie, je le rappelle, a été l'une des plus grandes amies de Voltaire. Je serai dans quelques jours à Ferney. C'est l'écho de nos histoires. La bibliothèque de Voltaire, elle est reprise par Catherine II, et elle est à Saint-Pétersbourg. Donc ces histoires sont plus fortes que nous. Et il ne faut pas nous laisser dévier.
Et ce que je veux dire par là, c'est que je place moi la relation avec Vladimir Poutine, et c'est ce que je lui ai dit hier, dans cette vision stratégique qui est que la Russie, La Russie doit être arrimée à l'Europe. La Russie est européenne. Et ça change beaucoup de choses quand on place à ce niveau-là la relation bilatérale.
L'isolement européen, vous n'avez pas l'impression d'être isolé ?
Non, en Europe, pas du tout. Parce que d'abord, on n'est jamais isolé quand on propose et quand on crée une dynamique. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui en Europe ?
Est-ce que vous croyez qu'Angela Merkel va vous suivre ? À Sofia, vous avez lancé un appel, un peu, une forme d'injonction.
Je le suis. Mais vous savez, le temps de la diplomatie n'est pas forcément l'immédiateté médiatique. Et les résultats d'une diplomatie se construisent dans le temps et se mesurent dans la durée. Et donc, en Europe, où étions-nous ? La France est un pays qui était, depuis près de 8 ans, en procédure de déficit public excessif et donc montré du doigt par tout le monde. La France était un pays qui avait refusé à deux reprises de répondre aux propositions faites par les Allemands. La proposition Fischer comme la proposition Schäuble-Lamers. Non mais c'est ça la réalité. La France en Europe, c'était une puissance importante, mais enfin, qui était plutôt mauvaise élève et qui ne proposait plus.
On arrive. On a fait les réformes. Et on va continuer à les faire, je vous rassure, avec détermination. Ça nous a redonné une crédibilité que nous avions perdue. Et je vais au bout et je vous répondrai sur la France. Mais ça nous donne une crédibilité. Nous sommes en train de sortir de la procédure de déficit public excessif. C'est essentiel. Et ça a été salué par la Commission encore il y a quelques jours. Et en septembre, au moment qui était à l'automne... Au moment qui était opportun par rapport justement au calendrier allemand, j'ai fait la proposition française. Ce que nous n'avions pas fait depuis des décennies.
J'ai dit voilà comment je vois moi l'Europe avec plusieurs cercles concentriques et je l'assume totalement. C'est pas fichu. C'est pas déjà fichu. Mais pourquoi voulez-vous que ce soit fichu ? C'est incroyable cette attitude qu'ont les commentateurs en général de dire vous avez proposé quelque chose, vous n'avez pas exactement ça, donc vous aviez tort. Mais enfin, c'est l'inverse. Quand on reste assis sur sa chaise, c'est là. Vous pouvez perdre. Mais qu'est-ce qu'on perd ? Qu'est-ce qu'on perd ? Je ne mise pas. Je lutte. Et donc pied à pied, je dirais, ce que je constate, c'est qu'on a déjà obtenu la défense européenne bloquée depuis quand ? Le milieu des années 50 par la France.
Nous avons bougé. Nous sommes en train d'avancer, ce qui est indispensable pour cette stratégie. Et donc vous continuerez pour l'effort. Nous sommes en train de construire la stratégie commerciale. Nous avons fait passer la défense des intérêts stratégiques en Europe. Et là, nous sommes en train, au bénéfice de la crise iranienne, de construire une souveraineté. Nous avons fait passer la défense des intérêts stratégiques en Europe. Et là, nous sommes en train, au bénéfice de la crise iranienne, de construire une souveraineté. Nous avons fait passer la défense des intérêts stratégiques en Europe. Et là, nous sommes en train, au bénéfice de la crise iranienne, de construire une souveraineté.
Je vais revenir sur les réformes, mais je veux vraiment sur ce point vous dire. Nous, nous avançons, nous sommes ambitieux, nous poussons. La réponse allemande va venir. Nous nous sommes donnés un rendez-vous au mois de juin. Et donc la chancelière dira jusqu'où elle est prête à aller. Mais je nous ai collectivement mis dans une situation de dire où est notre stratégie à 5-10 ans. Si nous n'en avons pas, nous ne pouvons pas avancer. L'Europe a suggéré les crises. Mais ce n'est pas du tout. On œuvre pour son pays et au-delà. Mais parce que, pardonnez-moi de le dire, mais depuis trop d'années, nous sommes à courte vue dans le pays et en Europe.
Nous n'avons pas construit les choses comme il le fallait. Il faut bien se le dire. Et donc, moi, je crois qu'on peut construire une Europe plus souveraine, plus unie et plus démocratique. C'est mon projet. Les Allemands vont y venir. Il y a beaucoup d'autres pays qui sont alignés avec nous. La Belgique, le Luxembourg, l'Espagne, le Portugal, la Grèce vient sur nos positions.
On va parler des réformes en France.
L'Italie. Je vais tout de suite venir. On va parler des réformes en France. Et l'Italie, aujourd'hui, a vécu des élections difficiles. Compte tenu du système, le vote est très divisé. Et nous avons un gouvernement qui arrive, avec lequel, moi, je souhaite travailler. Mais c'est vrai, il est fait de deux contraires.
Il faut lui faire la leçon ?
Absolument pas. Moi, je considère que...
C'était mal à droit de lui faire la leçon ?
Mais je ne suis pas là pour qualifier quoi que ce soit. Mais vous n'avez jamais entendu faire la leçon aux Italiens. Jamais. Et parce que, je vais vous dire, c'est simple. La France et les Français n'aiment pas qu'on leur fasse la leçon.
Donc, vous comprenez.
C'est une fierté légitime. Et donc, il ne faut jamais faire la leçon aux gens. Il faut leur tendre la main et leur proposer de travailler. Et donc, je souhaite que l'Italie travaille avec nous sur les sujets de sécurité, les sujets économiques et de l'approfondissement de la zone euro et les sujets migratoires.
Tout cela ne vous éloigne-t-il pas de la vie quotidienne des Français ? Et vous me dites, on continue les réformes. Mais quand vous allez revenir en France, ce soir, demain, vous allez retrouver des réformes, des conflits sociaux qui sont enquistés. Une marée humaine que vous promet Jean-Luc Mélenchon.
Oui, qu'ils la promettent. Mais vous savez, ça ne nous arrête pas. D'abord, je ne suis jamais loin de la France. Tous ces sujets sont parfois plus regardés que quand je me déplace en France et c'est légitime. Mais tout ce dont nous parlons est au cœur de l'intimité du pays. Parce que nous parlons de quoi ? Nous parlons de la sécurité du pays.
Oui, mais les Français, ils peuvent peut-être ne pas comprendre et peut-être se dire que d'une certaine façon, ça vous éloigne. Non. Et que vous les regardez. Et qu'ils se sentent, eux, eh bien, vous continuez vos réformes pour l'extérieur, mais eux se sentent peut-être lésés. D'abord... Et ils l'expriment. Vous avez vu que votre réfugié a été brûlé à une manifestation ?
Mais est-ce que vous pensez que ça ne devrait pas plutôt susciter de votre part ou de la part de ceux qui le commandent de l'indignation ? Ce n'est pas pour ma personne.
Vous avez été touché ?
Mais je ne suis pas là pour exprimer mes états d'âme. Simplement, je suis attaché à la fonction. Et je considère que les gens qui font ça manquent de dignité. Ils ne proposent rien au pays. Les gens qui font ça ne proposent rien au pays. Ils ne veulent rien. Ils veulent la grande violence. Je ne me retrouve pas là-dedans. C'est tout. Ce n'est pas le projet que j'ai pour le pays. Mais ce que je veux d'abord vous dire, c'est que moi, je suis toujours avec les Français en œuvrant pour les Français. Et donc le travail sans relâche que je mène au niveau international et européen, je le fais parce que je pense que c'est une partie essentielle de la politique pour le pays.
Parce qu'on ne peut lutter efficacement contre l'insécurité contemporaine qu'en ayant cette stratégie internationale. On ne peut rendre le pays plus sûr. En construisant la stabilité. Et on l'a vécu ces dernières années. Pourquoi on a du terrorisme djihadiste ? Parce qu'il y a une crise au sein de l'islam. Parce qu'il y a des mouvements aujourd'hui d'un islam politique qui ont ce projet de destruction. Mais parce que les désordres de certaines régions les ont construits. Et l'Occident, il y a parfois ses responsabilités. La France a été plus sage que d'autres. Elle a aussi parfois commis des erreurs.
Et donc c'est essentiel d'avoir une diplomatie et une politique à l'extérieur qui protège les intérêts de la France et qui lui permettent de se développer.
Mais les Français, ils vont peut-être s'occuper d'eux directement. Et ils ont l'impression pour certains que vous occupez plus de certains Français et plus parfois de l'étranger que de même.
Donc ce que je veux vous dire, c'est que quand on défend les intérêts de la France en matière de sécurité, de stabilité ou d'économie, de climat à l'étranger, on travaille pour les Français. Aujourd'hui et demain. Et cette bataille sans relâche, je la fais pour eux, pour nous. Ensuite, je suis constamment avec les Français pour oeuvrer au quotidien. Qu'avons-nous fait cette première année ? Nous avons profondément transformé le pays pour justement essayer de reconstruire les bases d'une économie plus solide qui produisent et qui se faisant peut-être plus juste. Et nous avons construit aussi les bases d'une éducation plus juste, qui est la condition pour faire.
Quand on a mené la réforme en matière d'éducation, qui a été la nôtre et qui va continuer à se déployer, c'est pourquoi de la maternelle à l'enseignement supérieur, c'est pour plus d'égalité. Quand on dit tous les enfants vont rentrer en maternelle dès l'âge de 3 ans. C'est pour réparer les inégalités familiales et de départ, quand on dit on met plus de moyens dans les zones en difficulté, qu'elle soit d'ailleurs urbaine ou rurale, c'est pour corriger les écarts qui ensuite, sinon, sont irrémédiables.
Vous savez qu'un grand nombre de Français pensent que vous travaillez pour les riches, entre guillemets, pour les aisés, pour les gens des villes, pour les gens qui sont mondialisés, justement.
Mais je vous le dis, c'est faux ce que je suis en train de vous dire. Ce sont des mesures très concrètes qui ont été prises par le gouvernement. C'est pour les Français les plus modestes, c'est pour les Français du quotidien. Et donc, nous avons cette politique éducative qui est une politique de justice. C'est de mérite. De mérite. Et qui va jusqu'au supérieur et la réforme qui est en train de se déployer. Ensuite, nous avons des réformes économiques et sociales qui ont commencé. La réforme du droit du travail à l'automne dernier, on me prédisait le pire. Nous l'avons faite. Elle est là.
La réforme de la SNCF qui ira jusqu'à son terme, avec des annonces importantes du Premier ministre aujourd'hui, des engagements que le gouvernement va prendre.
Qu'est-ce que vous répondez aux manifestants et aux grévistes ?
Mais je réponds, je les respecte, mais enfin, il y a des engagements. Il y a des réformes qui ont été prises. Moi, je veux que la SNCF soit là dans dix ans. Si nous ne faisons pas de réforme, elle aura disparu. Elle aura disparu. Parce qu'elle n'est plus en état de soutenir une vraie concurrence, d'apporter un service qui permet de développer demain, justement, le frais de ferroviaire, par exemple, dont nous avons besoin pour notre économie, qui permet d'apporter le meilleur service à nos concitoyens.
Est-ce que parfois, vous avez des doutes face à ces protestations ?
Je vais juste finir sur la réforme et je vous parlerai de mes doutes. Mais, je veux dire, nous avons besoin de mener cette réforme. Nous, nous prenons nos engagements, chacun les a prises. Et j'appelle, moi, les représentants syndicaux et l'ensemble des salariés à travailler maintenant sur le dialogue social dans l'entreprise et la branche, qui aura à construire les règles pour demain.
Vous ne les méprisez pas, les syndicats, c'est ce qu'ils sentent.
Mais écoutez, ne me parlez pas des états d'âme. Des gens, parlez-moi de la réalité. Je comprends que les gens aient des états d'âme à un moment donné ou qu'il y ait des oppositions. C'est la vie démocratique. Ce que je vous dis, c'est ce que nous sommes en train de faire. Une transformation qui n'a jamais existé. Une transformation qui n'a jamais existé sur l'éducation. Une transformation du monde du travail qui a pour but de faire quoi ? De permettre plus de souplesse et des nouvelles protections. Former tout au long de la vie. Nous allons passer une réforme sur l'apprentissage et la formation professionnelle absolument essentielle.
Mais est-ce que le système dans lequel nous vivions, il était bon et juste ? Un système qui faisait de la reproduction sociale à l'école, qui fait que quand on est ces ouvriers, on avait moins de chances qu'il y a 30 ans d'accéder à l'enseignement supérieur. Un système qui fait qu'on vit depuis des décennies, en France, dans le plus grand pays européen, qui ne s'est jamais sorti du chômage de masse. Où le chômage des jeunes, et en particulier des jeunes dans les quartiers difficiles, était le plus élevé. Donc j'assume pleinement cette politique. Elle est perçue par certains, comme vous le disiez, comme une politique qui favoriserait ceux qui sont déjà le plus à l'aise. C'est faux.
Je ne bloque pas ceux qui sont en train de réussir. Parce que je considère que ceux qui réussissent sont bons pour le pays. Mais je leur demande quoi ? D'investir, d'embaucher, de faire davantage, d'être responsables. Et vous allez voir que je vais continuer à faire cela. Dernière question. Donc ce que je veux que vous compreniez bien, c'est que ces réformes, elles vont continuer. Vous disiez, vous allez rentrer et voir les manifestations. Moi j'ai de la considération pour les syndicats. Et je travaille avec eux. Et je veux continuer à travailler avec eux. Dans le cadre de ce qui est de leurs compétences, en les appelant à concerter, à négocier selon les sujets.
Mais j'ai besoin des syndicats pour animer la vie justement. Elle a dit... La démocratie sociale du pays. Mais les syndicats ne sauraient se substituer à la représentation nationale et à la légitimité populaire. Et donc, pas parce qu'un syndicat ou plusieurs seraient contre une réforme qu'il faut arrêter. Nous avons mis fin à l'impuissance française. Ça fait drôle à certains. Mais au fond, c'est ça. Qu'est-ce qui s'est passé cette première année ? J'ai pris des engagements en campagne. Je l'ai fait. Beaucoup de gens pensaient que quand on disait les choses, c'était pour ne pas les faire. Je l'ai fait.
C'est pareil sur la réforme constitutionnelle. Et pareil sur le reste.
Ensuite, j'écoute les gens. Et quand dans la négociation, des choses viennent éclairer légitimement telle ou telle réforme, nous nous adaptons. C'est ce que nous avons fait. Vous écoutez les gens. Sur l'assurance chômage ou la formation, les syndicats ont mené une négociation. La ministre a pris en compte leurs recommandations et leurs prises de position.
Vous aussi, vous écoutez les gens.
Moi, j'écoute les gens en permanence. Je ne serais pas là si je n'écoutais pas les gens. Parce que j'ai nourri mon projet, justement, de cette écoute et de cette capacité. À comprendre, je crois, où était le pays. Après, écouter les gens, ça ne veut pas dire être la girouette de l'opinion publique. Et donc, j'assume de ne pas présider à la lumière des sondages ou des manifestations. Parce qu'on l'a trop fait. Et donc, il y a des manifestations légitimes contre la réforme de la SNCF par les syndicats. Je leur dis, on est arrivé au bout de ce processus. Le texte va arriver au Sénat. Le gouvernement fait ses dernières propositions aujourd'hui. Il prend sa responsabilité sur la dette.
Nous devons aller au bout de cette réforme. Nous irons au bout. Il y a eu des manifestations dans la fonction publique. Nous prendrons des décisions conformes à mes engagements de campagne sur ce point. Je le ferai avec beaucoup de respect parce que je veux une fonction publique forte, mais aussi modernisée. Et enfin, il y a celles et ceux qui veulent manifester pour bloquer le pays. Ils ne le bloqueront pas. C'est le seul message que j'ai à dire. Et je veux que nos concitoyens qui, chaque jour, étudient...
vivent, travaillent, s'occupent de leur famille, veulent bien vivre, vivre le mieux possible, construire un avenir pour leurs enfants et veulent que la France soit ce pays où ils peuvent construire un avenir et où il y a un progrès pour chacun et redeviennent un pays fort. Je veux leur dire que c'est mon projet et qu'aucun désordre ne m'arrêtera et que le calme reviendra.
Juste un dernier mot. Vous viendrez si les Français arrivent en quart de finale à la Coupe du monde de football ? S'ils dépassent la quart de finale. Oui. Vous aimez le foot. Comment avez-vous jugé la décision d'Adrien Rabiot qui s'est exclu de la réserve ?
Alors, parce que j'aime le football, je considère qu'il y a des responsabilités dans la vie. Il y a Didier Deschamps qui a une responsabilité importante pour les semaines à venir. Alors, nous sommes dans un pays qui a cette caractéristique. Il y a deux métiers très difficiles, enfin deux fonctions très difficiles. C'est président de la République et sélectionneur de l'équipe de France de football. Parce qu'il y a 60 millions de Françaises et de Français. Qui pensent qu'ils feraient mieux le travail que la personne qui a la fonction. Je dis ça en plaisantant. Donc, je ne veux pas...
Vous, vous auriez sélectionné... Non, non, non, justement. Vous auriez choisi notre équipe.
Je ne veux absolument pas rentrer là-dedans. Parce que je sais comment ça se passe.
Vous êtes parmi les 60 millions, alors.
Pour être un amateur, c'est que tous les gens disent, moi, j'aurais sélectionné celui-ci ou celui-là. Et alors, vous, vous auriez sélectionné qui, alors ? J'aurais pris Benzema, j'aurais pas pris... Vous auriez pris qui, alors ? Non, non, non. Je pense que Rabiot est un excellent joueur. Il y a un choix qui a été fait. Et d'ailleurs, il a justifié lui-même son choix par le fait qu'il n'était pas retenu comme titulaire. Il l'a fait en son âme et conscience. Je n'ai pas commenté son choix. Mais je pense que, vous savez, on ne sait jamais dans la vie d'une compétition si on ne passe pas du statut de remplaçant à titulaire.
Donc, il aurait dû sans doute aller jusqu'au bout de la confiance qui lui était quand même donnée. Mais il ne m'appartient pas de commenter ses choix. En tout cas, moi, j'ai confiance dans Didier Deschamps et dans notre équipe. Il a fait le choix d'une équipe jeune. Et je pense que l'un des ressorts sera la capacité à jouer collectif. Et donc, c'est l'esprit qu'il va réussir à créer dans les prochaines semaines qui est décisif. J'irai les voir avant leur départ et je leur souhaite bonne route. Mais moi, j'ai confiance dans le sélectionneur et toute l'équipe. Et j'ai confiance dans cette jeune équipe de France. Donc, je souhaite qu'elle aille le plus loin possible.
Donc, vous m'avez compris, je souhaite pouvoir venir la soutenir. Je pense que c'est important pour nos concitoyens. Et ça reste un sport qui enthousiasme. Et qui doit unir.
Merci beaucoup. Merci beaucoup, Emmanuel Macron. Merci.
Merci à vous. Merci à vous.
Emmanuel Macron