Bruno Le Maire est l'invité du Grand entretien de France Inter
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'économie et des finances. Vous avez la parole au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application France Inter. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Nicolas Demorand. Depuis qu'il est aux affaires, le gouvernement a pris de nombreuses mesures économiques. Codes du travail, chantier de la formation, disparition de l'ISF, désindexation de certains minima sociaux, j'arrête la liste. Pourtant, Bruno Le Maire, la croissance ralentit en France. L'objectif d'un déficit public à 2,3 ne sera pas tenu. Le chômage baisse, mais sur un rythme plus lent. L'inflation remonte et les Français disent perdre du pouvoir d'achat.
Pourquoi ça ne marche pas ? Ça marchera, j'en suis convaincu.
Quand ? Ça marchera, je l'espère, d'ici quelques mois. Ça prendra du temps, je ne l'ai jamais caché. Et dans ces moments qui sont plus difficiles, la seule chose qui compte, c'est de garder et son calme et son cap. Aujourd'hui, vous avez une croissance qui est autour de 1,7. Je rappelle que la moyenne des dix dernières années, c'est 0,8. Donc, ce n'est pas si mal. Nous avons créé en 2017 220 000 emplois. Et j'espère qu'en 2018, nous créerons entre 80 000 et 100 000 emplois. Donc, notre économie continue à créer des emplois. Elle n'est pas en train de caler l'économie française ? Pas du tout. La croissance est solide. Je pense qu'on peut faire beaucoup mieux.
Et c'est le moment où il faut accélérer. C'est le moment où il faut, et nous le faisons actuellement avec les députés de la majorité, examiner toutes les mesures du projet de loi sur la croissance et la transformation des entreprises, simplifier les seuils, alléger les obligations sur les entreprises, mieux rémunérer aussi les salariés, pour redonner un coup de booster à notre croissance. Elle est solide, mais on peut certainement faire mieux.
Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Au fond, vous avez eu 8 premiers mois où tous les indicateurs étaient au vert, la croissance, l'emploi, la consommation. Vous répétiez d'ailleurs, vous particulièrement à chaque interview, France is back. Et là, depuis 2018, depuis quelques mois, on fait moins bien que quasiment tous nos voisins européens. Qu'est-ce qui s'est passé pour que les indicateurs qui étaient au vert passent à l'orange, voire au rouge ?
D'abord, je vous confirme que la France est de retour. Je le vois sur la scène européenne. Et puis, je vois aussi dans la confiance des entrepreneurs qu'elle est solide, qu'elle est forte, et qu'elle va nous servir aussi d'appui pour créer plus d'emplois pour tous les Français. On a fait, à la fin de l'année 2017, trois derniers mois tout à fait exceptionnels. Là, on faisait beaucoup mieux que nos voisins européens. Donc, c'était aussi un motif de fierté. Mais pourquoi on redescend là ? Pourquoi on retombe ? Il y a plein d'explications. Il y a le prix du pétrole, il y a notre dépendance aux importations. Il y a aussi les grèves qui ont joué pour 0,1 point de croissance.
Ce n'est pas négligeable. Mais il y a des aléas dans la conjoncture. Il peut y avoir des hauts, il peut y avoir des bas. Ce qui compte, je le redis, c'est de tenir un cap clair. Le cap, c'est de libérer la capacité de croissance de nos entreprises. C'est le projet de loi Pacte. C'est de mieux rémunérer les salariés. Et c'est de viser ce que j'ai appelé une nouvelle prospérité française. C'est-à-dire une prospérité qui ne soit pas bâtie sur toujours plus de dépenses publiques. Parce que ça, c'est facile. Mais au bout du compte, vous creusez la dette. Et c'est les générations suivantes qui payent.
Une nouvelle prospérité française qui soit bâtie sur la capacité d'innovation et d'investissement de nos entreprises. Et qui touche tous les Français et tous les territoires. Je veux qu'aucun territoire français, aucun Français, ne reste en dehors de cette nouvelle prospérité que nous allons construire.
Le déficit public sera à quelle hauteur pour 2019 ?
Il sera en 2018 autour de 2,6. Je ne peux pas donner encore le chiffre précis, autour de 2,6. Il est plus élevé que ce que nous avions inscrit. Vous l'aviez rappelé, c'était 2,3. Mais il y a la reprise d'une partie de la dette de la SNCF. Il y a une croissance un peu plus faible que prévu. Donc on sera autour de 2,6.
Pour 2019,
Pour 2019, nous resterons sous la barre des 3%. Nous continuerons à respecter nos engagements européens. Alors même, je le rappelle, qu'en 2019, on fait une opération qui est très coûteuse pour l'État. On transforme le crédit d'impôt compétitivité des entreprises en allègement de charges définitif. Ça a un coût de 20 milliards d'euros pour l'État. Malgré cette opération-là, nous resterons sous la barre des 3%. Et je le porte le garant du respect des engagements européens de la France. Ça fait partie des grands engagements du président de la République dans sa campagne. Nous serons sous les 3% de déficit public en 2019.
On parle beaucoup du déficit, un peu moins de la dette. Est-ce qu'à l'heure où nous parlons, là il est 8h27, est-ce que la dette publique française a franchi pour la première fois le cap symbolique des 100% du PIB ?
Non. Elle s'en approche. Je le reconnais bien volontiers. Elle n'a pas touché le cap symbolique des 100%. Ce qui compte à mes yeux, c'est que sur le long terme, nous puissions réduire cette dette de 5 points. Mais je rappelle que la divergence de la dette française, elle remonte à plusieurs années. Et à un moment donné, il y a un choix qui a été fait d'investir massivement pour relancer l'économie française. Je ne reviens pas sur ce choix. Ça alourdit massivement la dette publique française. Et depuis, nous naviguons à des niveaux de dette qui sont compris entre 90 et 95%. C'est trop. Et toute la politique que nous menons entre le président de la République et le Premier ministre...
Là, vous flirtez avec les 100. Oui, on flirte avec les 100. Vous imaginez si le président Macron devient le président qui franchit le cap symbolique des 100%.
Je le reconnais bien volontiers que nous flirtons avec les 100. Mais c'est l'héritage de choix qui ont été faits il y a plusieurs années, qui ont amené le niveau de dette française autour de 90-95%. Et toute la politique que nous menons vise à réduire cette dette publique, à la fois en tenant la dépense publique et en recréant de la croissance.
Sur le prélèvement de l'impôt à la source, avant de venir à des questions très précises et très pratiques, Est-ce que vous vous redoutez tout de même qu'il y ait un impact sur la consommation des Français ? Et donc la croissance, quand on sait l'importance de la consommation dans la croissance en France ?
Qu'est-ce qu'ils vont voir ? Je ne redoute pas cet impact, je vous le dis très simplement. Qu'est-ce que vont voir aujourd'hui des millions de salariés français ? Le 1er octobre, ils vont voir sur leur feuille de paye, je pense que c'est ce que tout le monde regarde, que leur salaire net augmente. Parce qu'on aura supprimé les cotisations assurances maladie et aussi les cotisations assurances chômage. Il reste pour être très précis 0,96 points de cotisation qui seront définitivement supprimés le 1er octobre. Salaire net qui augmente. Ils vont voir à partir de janvier que l'impôt est prélevé à la source.
Mais je pense que tous ceux qui payent des impôts et qui nous écoutent ce matin, il y a deux chiffres qu'ils connaissent par cœur. C'est le niveau de leur salaire net, il va augmenter à partir d'octobre. Et c'est le montant de leur prélèvement mensuel. Je pense que c'est un chiffre aussi que tous les Français qui payent leurs impôts ont en tête. Ce chiffre-là, désormais, il sera inscrit directement sur la feuille de paye. Mais je ne crois pas à cet effet psychologique. Je crois beaucoup plus à l'effet psychologique de l'augmentation du salaire net, de la suppression pour un tiers de la taxe d'habitation qui va venir d'ici la fin de l'année.
Bruno Le Maire, question très pratique et pédagogique. Est-ce que vous pouvez rappeler à vos auditeurs ce matin ce qu'il faut faire avant samedi ?
Parce qu'il y a une deadline samedi. Je ne sais pas, il y a une deadline, mais la plupart ne feront rien et ils auront raison. Parce que le montant d'impôt, le taux d'imposition sera calculé par le ministère des Finances. Donc il n'y a pas grand chose à faire. Seuls ceux qui souhaitent marquer qu'il y a une différence importante de revenus entre les deux membres d'un couple, s'ils souhaitent avoir un taux d'imposition différencié, peuvent se déclarer. Mais je pense que l'immense majorité des Français garderont le taux qui leur est proposé par le ministère des Finances. Et ça me paraît tout à fait raisonnable.
Elle n'est pas contente, la toute nouvelle ministre des Sports. Roxana Maracine Aoua a découvert ses lettres de cadrage avec une baisse du budget et des coupes dans les effectifs. 1600 postes de moins d'ici la fin du quinquennat. Elle dénonce une annonce brutale. Qu'est-ce que vous lui répondez ce matin ?
Bruno Le Maire. Je lui réponds qu'elle va en discuter avec le Premier ministre. Je suis persuadé que le Premier ministre saura expliquer les raisons de ce choix, qu'ils en discuteront aussi avec les responsables du sport. Puis nous verrons ensuite quels seront les arbitrages du Premier ministre. Ce que je veux dire, pour revenir à ce que vous disiez précédemment, on ne peut pas me dire que la dette française est trop élevée et qu'il faut la réduire. Et vous avez raison, parce que c'est une épée de Damoclès qui pèse sur tous les Français. Ça ne pèse pas sur l'État, ça pèse sur nos enfants, sur leur niveau de revenu, sur leur prospérité personnelle.
On ne peut pas me dire qu'il faut baisser la dette. Et de l'autre, on ne peut pas supprimer d'emploi public. Dans le ministère dont j'ai la responsabilité, on fait aussi des choix qui sont très courageux. Les services déconcentrés de mon ministère dans les régions. Aujourd'hui, il y a 500, 520 personnes qui travaillent en région. Or, nous allons confier aux régions la responsabilité de l'économie au niveau des territoires. Et nous allons passer d'un peu plus de 500 personnes à 100 personnes environ. Je l'ai dit au syndicat, c'est des choix qui sont difficiles, mais c'est comme ça aussi qu'on réduira la dette française.
Est-ce qu'au-delà de ça, ça ne pose pas la question des ministres issus de la société civile ? Nicolas Hulot, on s'en souvient, dans le studio, Laura Flessel, et maintenant la nouvelle ministre des Sports, qui est une championne de natation, et qui au fond ont une sincérité dans la parole. Tant mieux, sauf qu'elle critique votre budget.
Mais c'est très bien, tant mieux, ça ne me pose aucune difficulté que la ministre des Sports arrive, voit qu'il y a des choix budgétaires difficiles qui ont été faits, et arrive avec toute sa sincérité. Et dit c'est brutal. Il n'y a aucune difficulté avec ça. Je pense que justement, les gens ont besoin de cette sincérité. Moi, je vous dis aussi avec beaucoup de sincérité à quel point je crois à cette nouvelle prospérité française et à nécessiter de réduire la dette. Eh bien, la ministre des Sports, avec la même sincérité, elle dit voilà, il faut aider au développement du sport, on a besoin de ces conseillers techniques, elle va en discuter avec le Premier ministre.
Moi, je crois que c'est utile d'avoir des ministres issus de la société civile qui viennent avec leur sincérité, qui viennent dire ce qu'ils ont sur le cœur. Je pense que c'est comme ça aussi que la politique retrouvera de la conviction et de la dignité aux yeux des Français.
Vous avez dit que la mondialisation serait verte ou ne serait pas. quand vous allez inaugurer ce giga porte-container français qui est une prouesse technologique la semaine dernière, êtes-vous véritablement du côté de la mondialisation verte ?
Oui, parce que je pense qu'il vaut mieux transporter les marchandises par container et sur bateau que les transporter par camion. C'est plus écologique que par camion. On peut toujours mieux faire. On a discuté avec les représentants de CMA-CGM qui travaillent au développement de bateaux qui vont fonctionner au gaz liquéfié, qui seront moins polluants. Donc ils vont faire des investissements dans ce domaine-là. Mais à ce même micro, il y a quelques semaines, vous aviez le ministre d'État Nicolas Hulot. Je voudrais redire à quel point d'abord cette émission m'a touché, comme je pense tous ceux qui l'ont écouté, tous ceux qui l'ont vu. Mais nous avons bien travaillé avec Nicolas Hulot.
Et il m'a fait évoluer sur beaucoup de sujets.
Lesquels ?
Et il y a beaucoup de décisions. Quand on prend la décision de fermer toutes les centrales à charbon, moi vous savez, je suis là pour que les colonies françaises tournent bien, tournent vite et créent des emplois. Donc tout ce qui me donne le sentiment que ça peut faire ralentir la croissance, j'ai toujours quelques réserves. Il m'a convaincu que c'était indispensable d'aller dans cette direction-là. Et c'était de toute façon un engagement qui avait été pris à la campagne. Les véhicules électriques. Moi je me suis engagé totalement dans l'industrie automobile pour la transformation de notre industrie automobile. On va multiplier par 5 le nombre de véhicules électriques d'ici 2022.
Mais ça c'est un choix dont Nicolas Hulot m'a convaincu et que nous avons fait ensemble. On va investir pour travailler sur le stockage des énergies renouvelables. C'est le point stratégique du développement des énergies renouvelables. C'est très bien de développer des champs et liens offshore, le Premier ministre l'a décidé. C'est très bien de développer le solaire. Mais ce qui est encore mieux, c'est d'être le premier continent au monde à maîtriser la technologie du stockage des énergies renouvelables parce que ça, ça les rendra plus compétitifs que toutes les autres formes d'énergie.
Mais c'est Nicolas Hulot aussi qui m'a amené à avoir ces réflexions-là et à progresser dans cette direction-là.
Renaud Lemer, votre ancien ami Xavier Bertrand, après avoir observé une année plutôt bienveillante vis-à-vis de l'action du gouvernement, a des mots très durs sur votre politique hier dans Le Parisien. Il dénonce un pouvoir technocratique comme jamais, un président coupé des territoires et déconnecté, un président qui souffre d'un complexe de supériorité.
Xavier Bertrand est toujours un ami, mais je conteste totalement ce qu'il dit et j'y vois le retour de la politique politicienne que, paraît-il, il ne veut plus faire. Nous ne sommes pas un pouvoir déconnecté des territoires. Je suis élu dans les territoires. Nous avons mis en place le rapprochement de la Caisse des dépôts et consignations et de la Poste pour créer un grand pôle financier public qui est réclamé depuis des années, des années et des années, par beaucoup d'élus, toutes tendances politiques confondues. Ça va faire un pôle financier de 1 000 milliards d'euros de bilan dont la seule vocation sera le développement des territoires.
Tout à l'heure, je vais avec Jean-Michel Blanquer présider le Conseil national de l'industrie avec un objectif, relancer l'industrie partout sur les territoires. Donc je conteste totalement ce que dit Xavier Bertrand. Et quand je vois qu'aujourd'hui, une partie des forces politiques, face à ce qui se passe en Europe, la montée des pouvoirs autoritaires contre la démocratie libérale, face aux risques qui pêchent la démocratie libérale, n'ont pas d'autre angle d'attaque contre nous que d'aller taper sur le président de la République avec des arguments personnels, je pense qu'ils sont à côté de ce qu'attendent les Français.
Alors, est-ce que Gérard Collomb est à côté de ce qu'attendent les Français quand lui-même, ministre d'Emmanuel Macron, dit qu'il parle du brice, il parle de manque d'humilité, de ce gouvernement et du président de la République et fait une référence aux dieux antiques. Lubris, c'est la malédiction des dieux, dit Gérard Collomb, quand à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous que vous pensez que vous allez tout emporter. Nous avons souffert d'un manque d'humilité.
La démesure. Je partage ce qu'il dit sur Lubris, une très bonne analyse d'un défaut qui touche tous les responsables politiques, quels qu'ils soient lorsqu'ils sont au pouvoir. C'est le mérite d'avoir 10 ou 15 années d'expérience politique derrière soi. Je sais que c'est ce qui guette tous les responsables politiques.
C'est à quel moment vous pétez les plombs ?
Ce veut dire qu'à un moment, vous ne voyez plus les Français. Je ne pense pas que ce soit un risque qui, aujourd'hui, guette le pouvoir qui est en place. Je ne le pense pas.
Il a tort, Gérard Collomb, de dire ça ?
Je pense qu'il a raison sur son analyse de Lubris. Il a raison quand il dit qu'il faut faire preuve d'humilité sans cesse. Il a raison quand il dit qu'il faut aller au contact des Français le plus possible pour écouter ce qu'ils ont à nous dire, voir leurs inquiétudes, voir aussi leur colère, les entendre, y apporter des réponses. Sur tout ça, il a raison. Que nous soyons tombés dans ce piège-là, je ne le pense pas. Et de toute façon, je vais vous dire, c'est les Français qui nous rappelleront à nos devoirs le moment venu.
La némésis arrive toujours dans la tragédie grecque après Lubris. La punition, le châtiment. Vous y attendez ? Ou c'est déjà acté avec un effondrement de codes de popularité et une rentrée capouilleuse ?
Je pense que c'est une incitation à faire plus et à faire mieux. Vous savez, tous les matins, je me lève en me demandant est-ce qu'on peut faire plus ? Est-ce qu'on peut faire mieux ? Puisque vous êtes dans les traditions antiques, la vie politique, c'est vraiment la toile de Pénélope. Il faut sans cesse remettre la toile sur le métier. Ça ne finit jamais. Prenez la taxation des géants du numérique. Personne n'en voulait. Nous avons obtenu une avancée il y a un peu plus d'un an. 19 États qui étaient pour, l'Allemagne qui nous soutenait. Aujourd'hui, l'Allemagne a des hésitations. Pourquoi ? Donc, il a fallu que je revoie le ministre des Finances, que je le convainque.
J'irai à Berlin prochainement. Je suis convaincu qu'au bout du compte, on y arrivera. Est-ce que vous l'avez convaincu ? Il faut remettre l'ouvrage sur le métier. Vous l'avez convaincu ? C'est la vie politique. Vous parliez de la croissance. C'est la même chose. On a tout d'un coup une croissance qui est formidable. Et puis ensuite, il y a un petit ralentissement. Et il faut garder son cap et remettre sans cesse l'ouvrage sur le métier.
Sur la taxation des GAFA, je sais que c'est quelque chose qui vous tient à cœur, Bruno Le Maire. Pourquoi est-ce que l'Allemagne ne vous suit pas sur ça alors qu'elle devrait signer ? D'ailleurs, de manière générale, pourquoi ça ne fait pas consensus chez les ministres des Finances européens ?
Pour une raison qui est simple. Pourquoi ? Pour l'Allemagne, une raison qui est simple, c'est qu'il y a une inquiétude de son industrie, notamment de son industrie automobile. Parce que l'industrie automobile, désormais, c'est moins des carrosseries et des roues que des données qui sont intégrées à la voiture. Voilà, c'est aussi simple que cela. Et je pense que ce qui fait la force européenne, c'est d'être capable de tenir compte des inquiétudes des autres peuples et des autres États. Et donc, je vais reprendre mon bâton de pèlerin, je vais retourner à Berlin, comme je l'ai vu la semaine dernière, à Vienne, où nous avons échangé longuement, et nous y arriverons.
Je suis convaincu que nous y arriverons. Est-ce que vous confirmez
que d'ici la fin de l'année, il y aura un accord ? Vous vous étiez engagé sur d'ici la fin de cette année. Oui, c'est l'engagement
que je prends. Je ne peux pas m'engager au nom des autres, mais je suis convaincu à avoir 14 points d'imposition de plus que Google. Eh bien, c'est une Europe qui est mal partie. 8h40,
bonjour Philippe au Standard Inter.
Bonjour M. Demorand. Bienvenue. Bonjour M. Le Maire.
Bonjour.
35 milliards pour le rachat de la dette de la SNCF afin de permettre à des entreprises privées de faire des bénéfices. La vente de la française des jeux, la privatisation de l'énergie électrique, les autoroutes, les mutuelles, toutes ces politiques sont des politiques du capital. Pourquoi êtes-vous étonné de la montée du populisme ?
Merci Philippe pour cette question. Bruno Le Maire vous répond.
Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, Philippe. Il n'y a pas de privatisation de l'électricité en France. La française des jeux, oui, mais vous auriez pu mettre de l'autre côté ce dont j'ai parlé, la création d'un grand pôle financier public pour le financement des territoires. Cette politique, Philippe, elle n'a qu'un objectif, créer des emplois pour les Français. Les privatisations, que ce soit la française des jeux ou l'aéroport de Paris, elles ont un objectif, financer un fonds de 10 milliards d'euros pour financer la recherche sur les énergies renouvelables et sur les innovations de rupture.
Par exemple, le stockage des énergies renouvelables dont je viens de parler avec Nicolas Demorand. C'est des vrais choix politiques qui ont un objectif, cette prospérité française que j'appelle de mes voeux, qui doit bénéficier à tous les Français qui reposent sur de l'innovation et de l'investissement. Paul, bonjour. Vous nous appelez de Lyon.
Oui, bonjour Nicolas et merci. Une alerte pour M. le maire qui mentionnait tout à l'heure les baisses de charges pour les salariés qui sont censés augmenter le pouvoir d'achat. Je voudrais vous alerter sur les intentions des entreprises, en tout cas de la mienne. C'est un grand groupe qui n'est pas plus voyou qu'un autre, mais qui, alors que d'habitude ils passaient des augmentations générales qui couvraient l'inflation, cette année, dit non, puisqu'il y aura des baisses de charges, on va pouvoir passer une augmentation générale plus faible que l'inflation puisque le salarié bénéficiera par ailleurs de ceci.
Donc c'est un détournement de vos efforts pour développer le pouvoir d'achat des salariés et encore une fois les entreprises vont bénéficier finalement de cet effort qui était destiné aux employés.
Bien compris. Paul, merci beaucoup pour votre intervention. Bruno Le Maire. Vous avez raison
de me le signaler, vous avez raison d'insister là-dessus. Tout le monde doit jouer le jeu. Et si le gouvernement fait un effort pour que les salaires nets de tous ceux qui travaillent augmentent. Et c'est le cœur de la politique que nous voulons construire avec le Premier ministre et le Président de la République. Ce n'est pas pour que les entreprises ne fassent pas passer des hausses de salaires qui avaient été prévues. Donc je rappelle que nous allons supprimer les cotisations assurance maladie, assurance chômage, plus de salaires nets. Nous allons retirer les cotisations sur les heures supplémentaires, plus de salaires nets.
Et nous allons, avec le projet de loi que nous examinons actuellement, supprimer la taxe de 20% sur l'intéressement. Et je vous dis, Paul, à travers vous et à travers votre question, à tous les entrepreneurs qui nous écoutent, à toutes les PME, à toutes les TPE, saisissez cette chance. Vous avez la possibilité de verser de l'intéressement à vos salariés sans le prélèvement de 20% qui vous était imposé jusque-là. Saisissez cette chance des salariés qui réussissent,
c'est une entreprise qui réussit. Sur l'application de France Inter, Paul vous demande la chose suivante. Benoît Hamon a considéré hier que le gouvernement était pauvrophobe. Pauvrophobe, c'est le mot qu'il a employé. Qu'en pensez-vous ? Lui, il est veritophobe.
Parce que franchement, Benoît Hamon, s'il faisait preuve d'un minimum d'honnêteté intellectuelle, reconnaîtrait que nous avons augmenté le minimum vieillesse, que nous avons fait beaucoup pour augmenter la prime d'activité, que pour tous ceux qui sont les plus fragiles, nous augmentons les prestations là où nous demandons un effort aux autres Français, que le Président de la République prépare un plan pauvreté, que j'ai réussi à plafonner les frais bancaires, ce que Benoît Hamon n'avait pas fait visiblement, à 200 euros par an pour ceux qui sont les plus démunis et qui bénéficient d'une offre spécifique alors qu'aujourd'hui, quelqu'un qui a très peu de revenus peut avoir à payer 400, 500 euros de frais d'incident bancaire par an.
C'est absolument monstrueux. Là, c'est plafonné à 200 euros par an. Je sais que ce n'est pas encore suffisant. Je sais qu'on peut toujours faire mieux pour reprendre ce que vous me disiez tout à l'heure. Mais enfin, dire qu'on est pauvrophobe, je le redis de la part de Benoît Hamon, ça n'est pas responsable et ça n'est pas l'insulte qui fait avancer le débat public.
L'inflation va-t-elle impacter le pouvoir d'achat des Français ? Énormément de questions sur l'application d'Inter sur ce thème. Est-ce que vous pouvez redire oui, non, d'après vous, ce qu'il en est pour rassurer les nombreux auditeurs qui vous reposent cette question ?
Oui, l'inflation impacte le pouvoir d'achat des Français. J'en ai conscience. J'en ai parfaitement conscience. C'est aussi pour cela que nous voulons augmenter les salaires nets de tous ceux qui travaillent et ça, c'est des résultats très concrets. Cette inflation, je pense qu'elle est transitoire. Quand on regarde, pardon de faire un tout petit peu de technique, l'inflation sous-jacente, celle qui est vraiment constante, elle est de 1%. Mais là, nous sommes confrontés à une forte augmentation des prix du pétrole. Il est passé de 50 dollars à un peu plus de 70 dollars le baril. Ça pèse lourdement sur la consommation des ménages. J'en ai conscience.
La bonne solution, elle passe par la rémunération du travail. Merci beaucoup Bruno Le Maire,
ministre de l'économie et des finances au micro de France Inter ce matin.
Bruno Le Maire