Karim Emile Bitar : "Au Liban, l’oligarchie se soucie comme d’une guigne du bien public"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 1:27OuverteRéponse directe
À quoi ressemble la vie quotidienne au Liban en ce moment ? Comment on fait pour vivre ?
- 3:38RelanceRéponse partielle
La vie la plus quotidienne ?
- 5:08OuverteRéponse directe
Vous parlez d'une situation pire encore qu'à l'époque de la guerre civile. Expliquez-nous.
- 7:02OuverteRéponse directe
Le FMI doit-il intervenir ? Le Liban peut-il s'en sortir seul ?
- 9:32OuverteRéponse directe
Le gouverneur de la Banque Centrale du Liban est-il le symbole de la prévarication ?
- 12:09OuverteRéponse directe
Le gel des avoirs des responsables politiques est-il le préalable à l'assainissement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:41Invité politiqueFait
« L'État est en faillite totale. »
- 2:45Invité politiqueChiffre
« Le Liban a battu le triste record du pays le plus endetté au monde vis-à-vis de son PIB. »
- 2:54Invité politiqueChiffre
« La banque centrale est en faillite. Elle a un trou de plus de 50 milliards de dollars. »
- 3:10Invité politiqueFait
« Les banques libanaises ont perdu l'essentiel de l'argent de leurs déposants. »
- 3:14Invité politiqueChiffre
« Les épargnants ne peuvent plus retirer leur propre argent sauf au compte-gouttes et avec une perte de l'ordre de 75% aujourd'hui. »
- 4:20Invité politiqueChiffre
« La valeur de la livre libanaise a chuté en l'espace de quelques mois, perdant 90% de sa valeur. »
- 4:28Invité politiqueChiffre
« Le salaire minimal qui valait 400 dollars en vaut 50 aujourd'hui. »
- 4:35Invité politiqueChiffre
« Le coût de chômage a quadruplé en l'espace d'un an et demi. »
- 5:08PrésentateurChiffre
« 55% des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté avec un peu moins de 4 dollars par jour. »
- 5:14PrésentateurChiffre
« La part de la population vivant dans l'extrême pauvreté est montée à 23%. »
- 7:07PrésentateurChiffre
« La livre libanaise a perdu près de 90% de sa valeur. »
- 7:11PrésentateurChiffre
« Le PIB libanais s'est contracté de 25% en 2020. »
- 8:40InvitéChiffre
« 6 milliards de dollars sont sortis du Liban par les élites au moment même où ces mêmes banques interdisaient à la classe moyenne et aux pauvres de toucher à leurs économies. »
Temps de parole
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Le grand entretien du 7-9 aujourd'hui sur le Liban, pris dans une crise sans fin, une crise politique, économique, morale, c'est une situation dramatique que certains comparent à la guerre civile qui a déchiré le pays de 1975 à 1990. La terrible explosion du port de Beyrouth en août dernier a mis le pays à genoux mais également suscité une prise de conscience internationale. Il faut aider le Liban à se reconstruire, il faut l'aider vite. La France est en première ligne, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian est à Beyrouth depuis hier pour faire pression sur les responsables politiques libanais incapables de former un gouvernement malgré l'urgence de la situation.
Amis auditeurs, intervenez au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application France Inter pour dialoguer avec nos invités ce matin que je vous présente ici en studio. Nadie Moury, bonjour et merci d'être là ce matin. Directeur exécutif du centre de recherche arabe réforme initiative. En duplex de Beyrouth, je salue Karim Émile Bittard, professeur de sciences politiques à l'université Saint-Joseph de Beyrouth et également en duplex de Beyrouth. Sarah Eliafi, vous êtes vous consultante en politique publique. Activiste est un terme qui vous va également. Alors je disais crise économique à l'instant mais j'aimerais qu'on comprenne ce que ça signifie exactement pour les Libanais.
Inflation record, hausse des prix vertigineuse. De fait, car c'est un cycle infernal, les salaires plongent, les économies que des Libanais pouvaient avoir en banque ont fondu. Alors même question pour commencer à tous les trois. A quoi ressemble la vie quotidienne au Liban en ce moment ? Comment on fait tout simplement pour faire ses courses, retirer des espèces, pour vivre ? Dites-nous Sarah Eliafi, vous qui êtes là-bas à Beyrouth.
Effectivement, ce que vous avez dit, nous sommes un pays qui traverse une crise multidimensionnelle, inédite, sans précédent. La pire crise économique et financière non seulement de son histoire, mais nous sommes vraiment en route pour battre tous les records avec cette crise qui est encore incommensurable compte tenu des degrés extrêmement complexes de ce marasme qui est franchement dépourvu de toute raison. Une population qui se paupérise à la seconde, victime de plusieurs volets d'énormes crises, économiques, humanitaires, financières, bancaires, monétaires, fiscales et politiques tout à la fois, chacune inédite à son tour. L'État est en faillite totale.
Et ce n'est pas une simple déclaration. Quand j'explique qu'il y a quelques mois, le Liban a battu le triste record du pays le plus endetté au monde vis-à-vis de son PIB, il ne paye plus ses dettes. La banque centrale est en faillite. Elle a un trou de plus de 50 milliards de dollars. Les banques libanaises sont en faillite, exactement comme vous avez proposé. C'est quoi une banque en faillite ? Les banques libanaises ont perdu l'essentiel de l'argent de leurs déposants. Les épargnants ne peuvent plus retirer leur propre argent sauf au compte-gouttes et avec une perte de l'ordre de 75% aujourd'hui. Donc une décote de 75%.
Imaginez que vous avez travaillé toute une vie pour accumuler une épargne de 50 000 euros que vous avez déposée dans votre banque locale et soudainement, vous ne pouvez plus les retirer. Mais en l'espace de quelques mois, à cause des dirigeants de votre pays, ces 50 000 euros ne valent plus que 12 000.
Sarah Eliafi, la vie de tous les jours ressemble à quoi pour les Libanais ? Là vous avez décrit l'exemple d'une vie d'économie qui est désagrégée en quelque sorte à cause de la crise. La vie la plus quotidienne ?
Oui, et au fait, la vie quotidienne, cet argent, contrairement à ce qu'on dit, n'est pas bloqué. Cet argent a été détourné, dilapidé pendant des années, dans des dépenses non productives. C'est vraiment le plus grand braquage de banques de l'histoire du monde. Ne mâchons pas nos mots. Alors qu'il y a aujourd'hui, ça ne décrit qu'une seule dimension de la crise, qui est le volet de la crise bancaire, parce qu'il y a cinq autres volets. Et car parallèle à la crise bancaire, nous avons cette crise économique, la valeur de la livre libanaise a chuté en l'espace de quelques mois, perdant 90% de sa valeur. Donc le salaire minimal qui valait 400 dollars en vaut 50 aujourd'hui.
Et ça c'est si on a la chance d'être employé. Parce que le coût de chômage a quadruplé en l'espace d'un an et demi. Le pouvoir d'achat des Libanais est tellement impacté qu'il y en a qui ne peuvent même plus se nourrir, même avec le salaire, qui ne peuvent plus se nourrir avec leur salaire. Les prix des denrées ont doublé, triplé. Imaginez-vous un employé qui gagnait un salaire juste il y a quelques mois, ne peut même plus se procurer de la nourriture, de carburant, de produits alimentaires, etc.
On va faire, Sarah Eliafi, tourner la parole entre nos différents invités. Karim, Emile, Bittard, vous êtes également en duplex de Beyrouth. 55% des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté avec un peu moins de 4 dollars par jour. La part de la population vivant dans l'extrême pauvreté est montée à 23%. Vous parlez d'une situation pire encore qu'à l'époque de la guerre civile. Et vous dites que le Liban est plongé dans une crise humanitaire. Expliquez-nous.
Oui, on peut faire une parfaite transition avec votre invité précédent, Thomas Piketty, puisque le Liban est l'un des pays les plus inégalitaires au monde. Et vous avez bien fait, Nicolas, de préciser que la crise n'est pas uniquement une crise de régime, une crise politique et institutionnelle. Ce n'est pas uniquement une crise économique et financière, mais c'est aussi une crise morale. C'est une crise morale parce que le Liban est un pays où les intérêts privés et catégoriels prédominent toujours sur l'intérêt général, sur le bien public.
Et nous en sommes arrivés à un point où cet intérêt général est de plus en plus foulé au pied par une caste, une oligarchie politico-financière qui se soucie comme d'une guigne du bien public. Et aujourd'hui, ce sont les citoyens les plus faibles, les plus démunis, qui payent le prix de l'effondrement de cette gigantesque pyramide de Ponzi dont a parlé Emmanuel Macron lui-même. Et cette répartition des pertes est la plus inégale qui soit. Tant et si bien que le Fonds monétaire international, qui est perçu en Occident comme le grand méchant loup, qui est perçu comme imposant des politiques d'austérité, est paradoxalement bienvenue au Liban.
Et les politiques préconisées par le Fonds monétaire international sont perçues comme défendant la veuve et l'orphelin. Nous en sommes là, nous en sommes dans ce paradoxe-là.
Nadie Moury, vous êtes avec nous ici en studio à Paris. La livre libanaise a perdu près de 90% de sa valeur. Le PIB libanais s'est contracté de 25% en 2020. Le FMI, qu'il intervienne, le Fonds monétaire international, est désormais une urgence. Comme il est intervenu en Grèce pour d'autres raisons lors de la crise de la zone euro, le Liban ne pourra pas s'en sortir seul sur le plan économique ?
Non, le Liban ne pourra pas s'en sortir seul, ça c'est sûr, surtout si cette classe politique continue à diriger. Maintenant, ce qui est intéressant, c'est ce que Karim a parlé maintenant, c'est que dans le contexte libanais, le FMI devient aujourd'hui synonyme de politique sociale plus progressiste que ce que la classe politique actuelle propose. C'est un peu un paradoxe assez important. Mais je pense qu'au-delà de l'idéologie, le rôle du FMI qui va être essentiel, c'est qu'on voit ce qu'il y a dans les comptes de l'État libanais. Parce qu'au fait, l'État libanais a été pris en otage par cette classe politique. On ne sait même plus où est parti l'argent des Libanais.
Et donc, il va falloir une enquête, une enquête soutenue internationalement, et dans ce cas-là, ça va être le FMI, pour, disons, voir où est passé tout l'argent. Et deuxièmement, quelque part, commencer à refinancer le système. Parce que malheureusement, on ne sait même pas où est passé l'argent des banques.
Il y a un travail de police, en quelque sorte, et puis ensuite un travail de banquier. On peut le dire comme ça, de la part de l'FMI.
Il y a aussi, franchement, un travail de justice économique et financière. Parce que l'ancien directeur général du ministère des Finances, Alain Bifani, qui s'est retiré il n'y a même pas un an, dit que depuis le début de la crise, 6 milliards de dollars sont sortis du Liban par les élites. Au moment même où ces mêmes banques interdisaient à la classe moyenne et aux pauvres de toucher à leurs économies. 6 milliards de dollars. En fait, c'est ça la tragédie du Liban. La tragédie du Liban, on n'est pas devenu une crise humanitaire parce qu'il y a eu, disons, une crise naturelle, etc. C'est qu'on a été pillés par notre propre classe politique.
Leur argent n'est pas sorti dans des petites valises, dans des petites mallettes. C'est sorti dans des transferts vers des banques reconnues internationalement. Et ce qu'on veut aujourd'hui, que ce soit de la France, du FMI et d'autres, c'est de mettre à jour tout cela, tous ces flux financiers, qui là encore ont eu lieu à travers des banques tout à fait avec pignon sur rue.
Le gouverneur de la Banque Centrale du Liban, Riyad Salamé, et quatre membres de son entourage sont visés par une plainte en France de l'ONG Sherpa et d'un collectif libanais qui les accuse donc d'avoir constitué un important patrimoine en Europe de manière frauduleuse. Les associations veulent une enquête sur ce que vous disiez à l'instant, la fuite massive de capitaux libanais depuis le début de la crise. Ce gouverneur de la Banque Centrale Libanaise est-il le symbole d'une sécession des élites, le symbole de la prévarication ? Je précise au passage que Riyad Salamé n'a rien à voir avec Léa Salamé.
Ce personnage-là, Sarah Eliafi, comment le décririez-vous et comment décririez-vous ce qu'il fait au Liban ?
On va dire que c'est le CFO de la mafia. Nous sommes sous l'emprise...
C'est le PDG de la mafia, c'est ça ?
Oui, exactement. Nous sommes le CFO, le finance guy. Nous sommes sous l'emprise d'une classe politique mafieuse. C'est une oligarchie au pouvoir depuis 30 ans qui n'a rien à envier au pire mafia mondiale, qui a mené le pays et le peuple à sa perte, prouvé à maintes reprises son incompétence, son incapacité, son niveau criminel. Une classe dirigeante meurtrière qui n'a mis en œuvre aucune réforme, qui n'a fait aucun effort pendant des années pour encourager l'activité économique du pays, mais dépenser, détourner, voler les fonds du peuple libanais, et même l'argent indirectement qui provenait du contribuable européen aussi.
C'est une oligarchie qui a fait simplement mainmise sur tous les outils et les organismes de l'État afin de monnayer chacun de ses services et les monétiser sous forme soit de profits matériels ou bien cultiver une dépendance et une loyauté politique. Donc vraiment un système politique pervers dont la seule raison d'être, dont la seule capacité de survie n'a jamais dépendu d'un bilan, de son bilan ou de sa performance, mais n'a que dépendu de la manière avec laquelle il arrive à abuser, à piller les ressources de l'État pour subvenir à ses propres besoins, pour maintenir son emprise mafieuse sur le pays. Donc oui, lui, il était en train de tourner tous ses fonds.
Il était en train de manager tous ses fonds. Mais tout ça, depuis le 17 octobre 2019, il y a des centaines de milliers de Libanais qui se sont révoltés dans les rues contre cette oligarchie.
Et une centaine de personnalités libanaises le 6 avril dans une tribune au Monde ont demandé à Emmanuel Macron de geler des actifs des responsables politiques libanais. Je cite le texte qui insiste sur la nécessité absolue de se débarrasser d'une classe politique gangrénée par la corruption et on ne peut plus réticente aux réformes. Karim Bittard, vous avez signé cette pétition. Le gel des avoirs, pour vous, c'est le préalable à l'assainissement de la situation politique au Liban ?
C'est une étape qui serait absolument fondamentale et qui serait symbolique parce que les puissances occidentales et la France en particulier portent quand même une lourde part de responsabilité dans ce qui se passe au Liban parce que pendant une vingtaine d'années, la classe politique libanaise a pu bénéficier d'aides absolument monumentales fournies par des conférences internationales qui ont été organisées à l'époque du président Chirac qui étaient liées par des liens d'amitié très solides avec le président Rafik Hariri, les conférences de Paris 1, Paris 2.
Donc des centaines de millions de dollars, des milliards de dollars ont été offerts au Liban qui n'ont pas été aux réformes structurelles et sectorielles dont le Liban a besoin mais qui ont plutôt permis de maintenir cette classe politique à flot qui lui ont permis de se reproduire et aujourd'hui il est absolument nécessaire de changer de logiciel, de permettre à la classe politique libanaise de se renouveler et de permettre aussi au Liban de retrouver la confiance et cela passe par des sanctions.
Le problème est qu'aujourd'hui il faut une collaboration européenne et que la roublardise de la classe politique libanaise ont conduit certains partis politiques à aller par exemple chercher l'aide de l'extrême droite hongroise de M. Orban pour empêcher cette cohésion européenne de se faire et pour empêcher des sanctions de se mettre en place.
Alors on va voir ce que fait la France évidemment dans cette crise mais une question d'abord tout de même Nadi Moury une question sur le plan politique c'est le blocage total on a vu un certain nombre de crises mais il y a aussi la crise politique en elle-même. Saad Hariri ancien premier ministre est chargé depuis le 22 octobre dernier de former un gouvernement sans succès en attendant les affaires courantes sont gérées par Hassan Diab qui avait présenté la démission de son gouvernement le 10 août après l'explosion du port de Beyrouth comment expliquer ce blocage ?
Expliquez-nous parce que peut-être que pour vous c'est tout à fait lisible quand on regarde les choses c'est insensé qu'est-ce qui bloque la situation politique au Liban ?
En fait cette classe politique a toujours gouverné sur un principe c'est partager la richesse du Liban d'accord ? C'est le seul moyen qu'ils savent le faire ça fait des années leur mode de gouvernance c'est dire on va former un gouvernement et toi tu vas prendre ce ministère parce que tu vas pouvoir piocher cet argent etc. Aujourd'hui il n'y a plus rien à partager parce que les cases sont vides et donc gouverner veut dire prendre des décisions et distribuer les pertes et là tout le monde manque à l'appel pourquoi ?
Parce qu'ils ne veulent pas être responsables de leur irresponsabilité et de leur criminalité toutes ces années donc on dit Assad Habib il forme le gouvernement le président de la république le général Aoun veut que son gendre soit dans le ministère mais au fait c'est complètement insensé mais en même temps c'est comme ça qu'ils ont gouverné depuis 3 et 4 décennies ils sont incapables c'est comme si on demandait à un pyromane d'éteindre le feu c'est incapable c'est contre nature ils ne pourront pas gouverner ils ne sont pas prêts à prendre les décisions et je pense c'était ça la faiblesse de l'initiative française c'est de penser c'est de penser à un moment donné que devant la crise cette classe politique allait se réveiller allait prendre les décisions nécessaires pour entamer les réformes alors que là cette classe politique c'est très bien que s'ils commencent à prendre les décisions pour faire les réformes c'est comme s'ils se tiraient une balle dans le pied parce que du coup ils ne pourront plus avoir accès à l'argent et c'est à cet argent là qu'eux-mêmes redistribuent à travers leur réseau clientéliste qui leur permet de rester au pouvoir donc oui c'est insensé mais c'est dans leur nature
Nadim Ouri dont on parle de l'initiative française j'aimerais Karim Emile Bittard vous entendre sur le sujet je rappelle qu'Emmanuel Macron s'est rendu le 6 août 2020 à Beyrouth deux jours après l'explosion qui avait dévasté la ville il y avait appelé les dirigeants libanais à un profond changement il voulait que le pays sorte de l'impasse politique et économique c'est le temps des responsabilités le temps de la refondation d'un ordre politique nouveau il faut des réponses claires sur l'état de droit la transparence la liberté la démocratie les réformes indispensables plus de neuf mois après cette visite l'appel du président Macron Karim Emile Bittard est-il resté lettre morte ou a-t-il eu tout de même des vertus si oui lesquelles
il faut lui reconnaître le mérite d'avoir pris le taureau par les cornes au moment où les libanais se sentaient abandonnés de tous mais il faut quand même reconnaître qu'il a en effet été abusé par la rourie la roublardise la traîtresse de la classe politique libanaise qui lui ont fait entendre toutes sortes de promesses qui ont été qui sont restées lettre morte ce gouvernement qui devait se former a traîné depuis des mois rien n'a été mis en place aucune réforme sectorielle aucune réforme structurelle donc cette initiative est à ce stade restée lettre morte et la visite de monsieur Le Drian aujourd'hui à Beyrouth est venue prendre acte en quelque sorte de l'échec de cette initiative française même si monsieur Le Drian fait de son mieux pour la revivifier oui et puis le ton a changé
c'est plus l'appel humaniste à la réforme responsable il y a maintenant de l'agacement de l'impatience et peut-être même de la colère non Karim Emile Bittard
c'est cela oui il y a dans le discours de monsieur Le Drian des tonalités beaucoup plus féroces beaucoup plus cinglantes à l'adresse de cette classe politique libanaise ce qui a changé c'est que l'opposition libanaise est en train de se structurer ce qui n'était pas le cas quand nous avons rencontré le président Macron suite à l'explosion du port de Beyrouth il y avait une cinquantaine de groupuscules éparpillées aujourd'hui cette opposition commence à être en ordre de marche il y a véritablement quelques lueurs d'espoir c'est-à-dire une jeunesse libanaise qui refuse de se laisser enfermer dans les carcans communautaires qui aspire à créer un état fondé sur la justice sociale un état qui refuse le communautarisme un état qui souhaite transcender ses appartenances ses assignations à résidences identitaires et bâtir un Liban nouveau et cela est quelque chose de sans précédent dans l'histoire du Liban où chacun se recroquevillait sur sa communauté d'origine
il y a beaucoup de questions d'auditeurs de France Inter l'une revient fréquemment que peut faire concrètement la France et les français pour venir au secours du Liban qui vit cette crise multidimensionnelle comment peut-on aider les Libanais sans que l'argent aille dans les poches de la classe politique que pouvez-vous répondre Sarah El Yafi à ces questions de nos auditeurs
Oui avec grand plaisir Au fait j'aurai 4 points
Oui
D'abord à répéter ce que Karim et Nadim ont dit absolument arrêter de soutenir cette classe mais soutenir l'opposition il faut boycotter cette classe politique il faut arrêter la complaisance avec une classe politique tellement criminelle qui a mené le pays au désastre depuis 30 ans et qui n'a aucune aucune intention ou capacité de changer de cap Je pense que c'est vrai M. Macron il a rassemblé tous les dirigeants politiques libanais il y a quelques mois il leur a demandé de former un gouvernement de mission avec l'aval de tous les grands partis il a explicitement reconnu validé et encouragé le contrôle de cette classe sur la vie politique libanaise donc même si M.
Macron est très apprécié par beaucoup de Libanais cette initiative n'a pas du tout été appréciée parce que soyons clairs soyons directs il n'y a pas de solution possible ou imaginable avec cette classe politique et aussi je voudrais dire que M. Macron disait souvent vous les avez élus on sait très bien comment les élections se déroulent au Liban mais même si on devait admettre qu'ils ont été élus en 2018 ce qui s'est passé en termes de catastrophe économique sociale et faillite totale complètement délégitime le mandat de ces élus donc la classe politique actuelle toutes les structures qu'elle occupe le pouvoir exécutif le pouvoir législatif n'a plus aucune légitimité
Sarah Eliyafi on va encore donner la parole ici à Nadie Moury sur une question qui revient encore au standard celle de l'aide de l'aide concrète comment aider concrètement le Liban si on est citoyen et qu'on est sensible au sort de ce pays Nadie Moury est-ce que vous avez un conseil à donner à nos auditeurs sur ce point
oui je pense bon il y a l'ancien conseil de soutenir les initiatives humanitaires il y a beaucoup d'organisations de la société civile libanaise qui sont très actives des banques alimentaires la croix rouge libanaise etc mais je pense ce que le Liban a vraiment besoin c'est un soutien pour qu'on ait justice concrètement je veux revenir à ces 6 milliards d'accord moi j'ai pas envie de mendier j'ai pas envie que le Liban devienne un pays mendiant je veux que le Liban se devienne une société juste et ceci passe pour qu'on sache où sont passés les 6 milliards de dollars qui sont l'argent des Libanais et qui sont sortis à travers des flux financiers à des banques ici en Europe aux Etats-Unis et ailleurs donc la France et les autres pays s'ils veulent nous aider aidez-nous à retrouver le flux de cet argent qui est le nôtre parce que je pense il y a un risque aujourd'hui de repenser au Liban ou de penser au Liban comme une crise humanitaire d'accord mais au fait non c'est une crise politique qui a eu des conséquences humanitaires oui il faut soutenir la population parce qu'elle n'est pas coupable on a parlé des Libanais mais il y a aussi presque 1 million de réfugiés syriens leur taux de pauvreté est presque 90% donc oui il faut les aider il faut soutenir le Liban pour qu'il puisse continuer à soutenir aussi ses réfugiés et ses migrants mais au-delà il faut aider les Libanais à avoir contrôle sur leur propre argent
on en reste là merci Nadie Moury directeur exécutif du centre de recherche arabe réforme initiative merci à nos deux invités qui étaient également avec nous en duplex de Beyrouth Karim Emile Bittar et Sarah El Yafi beaucoup de questions de nos auditeurs également que je remercie d'avoir participé aussi au débat
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