Grippe : le virus le plus virulent cette année ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Avec la carte de fidélité Waaoh, ... - A.Casse: Bonsoir.
Bienvenue. A 3 semaines de Noël, la grippe est en forte augmentation en France. Dans son dernier bulletin, Santé publique France s'alarme d'une nette augmentation des indicateurs grippe dans toutes les classes d'âge.
L'Ile-de-France, la Normandie et la Nouvelle-Aquitaine sont passées au niveau alerte épidémie. Les autres régions sont en pré-épidémie, excepté la Corse. Bonsoir, A.-C.Crémieux.
Vous êtes professeure des maladies infectieuses. Il y a cette alerte et d'autres alertes de l'Union des syndicats de pharmacies d'officine sur une potentielle pénurie de vaccins contre la grippe. Ils nous disent qu'il restait 1 million de doses dans les frigos des pharmaciens mercredi mais qu'il y a des ruptures de stocks localisées.
Est-ce qu'on peut craindre une pénurie? - A.-C.Crémieux: Non.
D'après les informations du ministère de la Santé, il n'y a pas de pénurie. Il peut y avoir des petits ajustements sur le stock commandé par chaque pharmacie. Il y a suffisamment de vaccins grippe pour vacciner la population à risque et au-delà. - A.Casse: Il y a des tensions sur les stocks parce qu'il y a eu beaucoup de vaccinations au début de la campagne.
Il y a déjà près de 10 millions de vaccinés. - A.-C.Crémieux: C'est une très bonne nouvelle.
Déjà 10 millions de vaccinés et parmi eux, 75 % de personnes de plus de 65 ans. Ca veut dire 7,5 millions de personnes de plus de 65 ans vaccinées. C'est une population prioritaire.
On attend que l'autre moitié aille se faire vacciner. - A.Casse: En général, je regarde les chiffres de l'an dernier.
Ils étaient près de 1 sur 2 à s'être vaccinés. Il y a une différence entre les 65-74 ans et les plus de 75 ans qui vont largement se faire vacciner. - A.-C.Crémieux: Oui.
Plus on avance en âge et plus on est exposé. L'année dernière, on a eu 30 000 hospitalisations, dont la majorité chez les plus de 65 ans. On a eu plus de 17 000 décès, dont 92 % pour les plus de 65 ans.
Quand on a 65 ans...
Je les engage à se faire vacciner sans délai. Il y a une augmentation très importante de la circulation du virus. - A.Casse: Les chiffres de l'an dernier étaient inquiétants. 17 000 décès imputés à la grippe.
Les moyennes classiques sont plutôt entre 8000 et 9000. Il y avait 3 souches qui avaient circulé en même temps. Ca explique ces chiffres? - A.-C.Crémieux: Oui.
La moyenne de 8000 à 9000 est sous-estimée. C'est maintenant qu'on arrive à bien comptabiliser les décès liés au covid. On fait plus de tests et on repère mieux les personnes hospitalisées ou qui décèdent du covid.
Attention...
Ces 17 000 décès ne seront pas exceptionnels. Il faut considérer que jusqu'à présent, on a un peu minimisé les hospitalisations et les décès liés à la grippe. - A.Casse: Il y avait quand même une surmortalité l'an dernier? - A.-C.Crémieux: Plus de 17 000 décès. - A.Casse: Toujours est-il qu'il y a beaucoup plus de morts... - A.-C.Crémieux: Oui.
Ce chiffre de 17 000 décès se rapproche plus de la réalité. Je vous alertais sur le fait que quand on parle de 9000 décès par an, c'est probablement sous-estimé. Ce sont des estimations faites avant le covid, à une époque où on faisait peu de tests. - A.Casse: Le virologue dit: "Jusqu'ici, une souche H1N1 était majoritaire en France.
Un H3N2 tend à prendre sa place depuis quelques semaines. Au Royaume-Uni, elle a provoqué un début défini plus précocement." Est-ce qu'on peut craindre une grippe plus virulente? - A.-C.Crémieux: C'est plus précoce de 3 à 4 semaines.
Ce que l'on sait, c'est qu'en général, quand une épidémie est plus précoce, elle a tendance à être plus sévère. Vigilance avec une souche H3N2 sous-variant K qui échappe un peu plus à la protection du vaccin. Les données anglaises montrent qu'il protège bien contre les hospitalisations et les formes sévères.
C'est ce qu'on demande au vaccin antigrippal. - A.Casse: Même si les anticorps générés par le vaccin vont peut-être moins le reconnaître, c'est toujours la meilleure solution? - A.-C.Crémieux: Oui.
Ces données anglaises montrent que ça protège bien contre les formes sévères et les hospitalisations. La stratégie de vaccination contre la grippe en France, c'est d'éviter les hospitalisations, éviter les décès et d'éviter les décompensations, les pathologies et comorbidités cardiaques et respiratoires. C'est lié à la grippe et le vaccin protège. - A.Casse: C'est important.
Le fait d'avoir la grippe peut être un facteur d'aggravation des problèmes cardiaques. - A.-C.Crémieux: Exactement.
On sait depuis longtemps qu'il y a une relation assez forte entre les décès liés à des problèmes cardiaques et les variations des épidémies de grippe. Oui, on le sait. Attention.
Ca peut décompenser les pathologies cardiaques et, pour se protéger non seulement de l'infection grippale mais aussi de l'aggravation de ses problèmes de santé, le vaccin grippal est tout à fait indiqué. - A.Casse: On est à 20 jours de Noël, du repas de famille avec la dinde, etc.
C'est maintenant qu'il faut se faire vacciner? - A.-C.Crémieux: Oui.
Le virus augmente de façon très importante, mais aussi parce qu'il faut 14 jours pour être protégé au maximum, pour avoir le pic d'anticorps. Si on se vaccine maintenant, on sera bien protégé pendant les fêtes. Les fêtes, c'est un brassage de générations, de populations.
C'est une augmentation du risque de transmission entre les personnes. - A.Casse: Si je me fais vacciner la veille de Noël, c'est déjà trop tard?
Je mets "en danger" ma famille? - A.-C.Crémieux: Ce n'est jamais trop tard pour se vacciner.
Une épidémie standard, c'est 12 semaines. C'est trop tard pour être protégé pendant les fêtes. - A.Casse: A partir de quel âge faut-il se faire vacciner?
Est-ce qu'il faut faire vacciner ses enfants contre la grippe? - A.-C.Crémieux: En France, on peut vacciner les enfants qui n'ont pas de comorbidité.
Il y a une recommandation forte pour des enfants de plus de 6 mois qui ont des comorbidités. On sait qu'ils sont plus à risque. - A.Casse: Pourquoi on n'a toujours pas le vaccin nasal? - A.-C.Crémieux: Je le regrette comme vous.
On ne cesse et c'est beaucoup plus commode de faire vacciner un enfant avec un vaccin nasal...
Il n'y a pas eu d'accord entre les industriels et les autorités sanitaires. - A.Casse: Pourquoi?
Ce sont les industriels qui bloquent? - A.-C.Crémieux: C'est ce dialogue qui n'a pas abouti. - A.Casse: L'autre épidémie du moment, c'est la bronchiolite.
Presque toute la France est en phase d'épidémie. Le virus s'attaque aux bébés mais aussi aux personnes âgées. On le sait moins. - A.-C.Crémieux: 85 % des seniors ne savent pas qu'ils peuvent être atteints par ce virus qui s'appelle le virus respiratoire syncytial et qu'il y a des bronchiolites chez les nourrissons et aussi chez les personnes de plus de 65 ans peut donner des pneumonies sévères et peut entraîner comme la grippe des décompensations d'insuffisance cardiaque ou de bronchopneumopathie, des pathologies chroniques respiratoires qui donnent des difficultés à respirer.
C'est pour ça que les 2 indications de ce vaccin, c'est plus de 75 ans et plus de 65 ans si on a une insuffisance cardiaque ou une bronchopneumopathie chronique obstructive. - A.Casse: Les femmes enceintes peuvent le faire comme la grippe?
Vous leur recommandez pour donner des anticorps aux enfants? - A.-C.Crémieux: C'est notre domaine.
Il s'agit de la protection des nourrissons. Les plus à risque sont les nourrissons de moins de 6 mois. Il y a 2 façons de les protéger, soit administrer des anticorps directement la naissance au nouveau-né, soit vacciner la femme enceinte qui va transférer les anticorps qu'elle fabrique à son nouveau-né. - A.Casse: Une autre alerte qui concerne le coronavirus du MERS. 2 personnes de retour de l'étranger ont été identifiées comme étant porteuses du virus en France.
Il est plus mortel mais moins contagieux que le covid? - A.-C.Crémieux: C'est un coronavirus comme le covid, mais on le connaît depuis plusieurs années.
Il est plus sévère mais nettement moins contagieux. Pour être affecté, soit il faut être en contact avec un dromadaire, manger de la viande crue ou être en contact rapproché avec un malade qui va excréter du virus. Ce sont des chaînes de transmission très courtes, en général.
Ca survient soit dans des pays comme en Arabie, d'où viennent ces patients, ou à l'intérieur des hôpitaux. - A.Casse: Et le covid, où en est-il, cette année? - A.-C.Crémieux: On a eu une petite recrudescence à la fin de l'été qui a chuté en novembre.
Attention, le covid surprend un peu. Ce n'est pas un virus régulier et saisonnier. Il y a une petite augmentation dans les eaux usées.
On reste attentif. - A.Casse: Je m'attendais à avoir une bonne nouvelle, mais vous nous dites "attention". - A.-C.Crémieux: On est obligés de le suivre.
On a du mal à prévoir. Le conseil, pour les personnes de plus de 65 ans: se faire vacciner si elles n'ont pas été vaccinées
Stéphanie Rist