Xavier Bertrand
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Le 7-9, Patrick Cohen, sur France Inter.
Bonjour Xavier Bertrand. Bonjour. C'est donc à Lille que nous vous retrouvons, président depuis deux mois de cette grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, élu avec 57% des voix face à Marine Le Pen. Et après le retrait de la gauche, vous aviez promis d'agir fortement pour l'emploi, de mettre cette région au travail. Vous avez créé une plateforme Proche-Emploi dont vous nous direz en quoi elle complète ou concurrence pour l'emploi. On attend aussi votre avis d'ancien ministre du Travail sur cette réforme tant controversée du Code du Travail. Mais d'abord Calais, pourquoi soutenez-vous l'évacuation prévue ? A quoi ça va servir ? Où pensez-vous que les migrants vont aller ?
La première des choses, vivre à Calais aujourd'hui quand on est calaisien, c'est devenu impossible. Vivre à Calais quand on est migrant, c'est aussi devenu impossible. On vit dans un bidonville à ciel ouvert, un bidonville. C'est ça la jungle. Et moi, ma peur, parce que je suis allé à Calais à différentes reprises, je m'y suis installé pendant une semaine, je ne suis pas devenu calaisien, mais je comprends peut-être mieux les problèmes des calaisiens, c'est qu'un jour j'ai peur qu'il y ait un drame, un vrai drame, plus grave encore que ce qu'on a pu avoir. Et je sais que quand il y a un drame, après, les autorités se bougent et décident de réagir.
Là aujourd'hui, je le dis clairement, je suis avec Natacha Bouchard, la maire de Calais, sur la même ligne que Bernard Cazeneuve. Et qu'on ne m'oppose pas à la fermeté et à l'humanité. La fermeté, en évacuant pour commencer la jungle sud, c'est donner aussi plus d'humanité à ceux qui vivent dans un bidonville à ciel ouvert. Voilà. Alors, où est-ce qu'ils vont aller ? Ça les placer le problème, oui ? Non. Parce que juste à côté, vous avez... Vous les trouverez ailleurs, un peu plus loin dans la région ? Vous avez un centre d'accueil provisoire qui est à 10 mètres de cette jungle. Et alors, j'entends dire des containers, mais bon sang, ceux qui disent ça, qu'ils aillent les visiter.
Ce sont des locaux provisoires, mais ce sont des locaux avec un minimum de chauffage et de confort. Ce n'est certainement pas le grand luxe, mais c'est tout simplement autre chose que ce bidonville à ciel ouvert.
Il reste des places, mais pas pour tout le monde.
Non. Il y a à la fois des centaines de places à cet endroit, et à 150 mètres de là, il y a le centre Jules Ferry, où les femmes et les enfants sont accueillis, et il y a encore des places supplémentaires. Et ailleurs qu'à Calais, il y a des centres d'accueil et d'orientation qui peuvent accueillir un grand nombre de ces migrants. Mais encore une fois, il faut bien comprendre que les associations essayent de s'opposer par tous les moyens. Aujourd'hui, vous le savez, vous devez d'ailleurs le savoir, il y a une magistrate du tribunal administratif qui se rend à Calais. Eh bien, les associations ont invité dans la jungle sud l'ensemble des migrants de la jungle à venir prendre un café.
Pourquoi ? Pour faire croire qu'il y a plus de personnes qui sont dans la jungle sud, pour dire que les chiffres de 800 à 1000 ne sont pas les vrais, qu'il y en a 3000. On se croirait revenu à une sorte de manifestation où il y a les chiffres de la police, les chiffres des organisateurs. Ce n'est pas sérieux. Vous dites qu'il y en a 1000. Je ne les ai pas comptés moi-même, mais tout le monde sait bien qu'aujourd'hui, sur l'ensemble de la jungle, jungle sud qui doit être démantelée pour commencer, le reste de la jungle. Dans le centre Ferry, on sort 2500 à 2800 repas par jour.
S'il y avait 3400 personnes dans la jungle sud, comme ils le disent, et le reste, bien évidemment que ça ne correspondrait pas aux repas qui sont servis gratuitement. Donc comprenons bien qu'aujourd'hui, l'humanité, c'est de faire preuve de fermeté. Même en qui t'a utilisé la force ? Mais elle n'a pas été utilisée les différentes fois. Ça ne sert à rien non plus que certaines associations, certaines, parce qu'il y a des associations qui jouent vraiment le jeu. Et si la question aussi, c'est la question des mineurs, le département, le président du conseil départemental était avec nous dimanche sur ce centre d'accueil provisoire avec la préfète.
Il a expliqué que les services du département peuvent prendre en charge les mineurs. Mais je le dis également, il va falloir aussi que les Anglais nous aident vraiment. Et quand je vois des stars hollywoodiennes venir nous faire la leçon, ou quand j'entends M. Boris Johnson nous donner sa version du Brexit, lui qui prenne son vélo et qui vienne à Calais, parce que j'ai beaucoup plus de respect, pour les touristes et pour les chauffeurs routiers anglais, qui justement ont besoin de passer par Calais pour travailler et pour bosser, ou alors tout simplement pour être dans la condition de sécurité digne, plutôt que ceux qui servent aujourd'hui du Brexit pour se faire leur publicité. M.
Johnson, qu'il vienne de Londres à Calais et qu'il voit la réalité, il changera peut-être d'avis parce que si l'Angleterre sort de l'Europe, aussitôt, je le dis, la frontière, elle quittera Calais pour aller à Douvres. Ça remet en cause directement les accords du tout cas ? Évidemment, bien évidemment, aujourd'hui, l'Angleterre n'est pas dans l'Union Européenne comme les autres pays, elle n'est pas dans l'espace Schengen, mais on ne va pas continuer à garder la frontière pour les Anglais si les Anglais décident de quitter l'Union Européenne.
Au bout d'un moment, ça va bien.
En cas de Brexit et la star hollywoodienne, c'était Jude Law, évidemment. Oui, encore que lui est venu, les autres en ont parlé à distance, sans rien connaître au problème. Lui encore, il est venu lire un texte, si je ne me trompe pas, mais encore une fois, on a besoin de gens qui cherchent des solutions, pas de donneurs de leçons.
Autre question nationale, Xavier Bertrand. Que dit l'ancien ministre du Travail de cette réforme du Code du Travail proposée par le gouvernement ? Est-ce que c'est un ensemble de mesures que vous auriez pu voter ?
Franchement, ça va dans la bonne direction. Mais j'espère que le texte sera voté en l'état, parce que j'ai un peu peur, comme bien souvent, que maintenant il soit l'objet de tripatouillages, de discussions, de bavardages, mais qui en fin de compte feront que ce texte, à l'arrivée, sera moins ambitieux qu'il ne l'est aujourd'hui. Il y a deux choses qui me manquent. Le contrat de travail unique.
Je plaide pour cette idée portée par Jean Tirole, le Nobel de l'économie, depuis bien longtemps, parce que non seulement c'est une vraie simplification pour l'entrepreneur et pour le salarié, mais surtout ça met un terme à ce découpage qu'il y a dans la société française entre ceux qui ont un CDI et ceux qui ont un CDD. Ceux qui ont un CDD, pas question d'acheter une voiture, on ne peut pas se faire prêter d'argent par son banquier. Pas question de devenir propriétaire. Le contrat de travail unique apporterait cette solution et il permettrait notamment de prévoir les cas où il n'y a plus d'activité dans une entreprise.
Et la deuxième chose, je ne me referai pas, il manque dans ce texte, et moi je souhaite, le rétablissement des heures supplémentaires défiscalisées. C'était un vrai gain de pouvoir d'achat pour les éternels oubliés de la société française que sont ceux qui travaillent, qui ne gagnent pas beaucoup, mais qui ne sont jamais aidés, mais ont le sentiment de payer toutes les charges pour tout le monde. Le retour des heures supplémentaires défiscalisées, pour moi c'est une évidence, mais je peux faire un commentaire ? Je vous en prie, vous êtes là pour ça.
C'est quand même dommage qu'à chaque fois, les lois importantes, on y pense, et on le fasse en fin de quinquennat et pas en début de quinquennat. Et nous, on a fait pareil. La TVA sociale. Pareil, la TVA sociale, plutôt que de la voter au début du quinquennat en 2007. On le fait qu'à la fin. Et ça montre aussi une chose, c'est que sur tous ces sujets-là, le temps politique doit changer, la politique doit agir vite pour libérer les énergies et donner des résultats. Et encore une fois, le code du travail, ça sera important si on veut tout essayer contre le chômage, mais il faudra aussi le coût du travail, la TVA sociale. Mais il y a aussi la question du marché du travail.
C'est ce que j'essaye de faire ici dans la région, notamment avec les moyens qui sont ceux de la région, sur le marché du travail, pour le rendre plus efficace.
On en parle tout de suite. Un mot pour vous craigner que le gouvernement recule. Manuel Valls vient de déclarer. J'irai jusqu'au bout sur ce projet de loi. Votre action locale, donc, contre le chômage, Xavier Bertrand, vous avez ouvert début janvier un proche emploi, une plateforme téléphonique pour une mise en relation entre demandeurs d'emploi et chefs d'entreprise. C'est une façon de compléter, de concurrencer Pôle emploi ou de montrer qu'ils ne font pas le job ? De compléter.
De compléter. Pourquoi j'ai mis ça en place ? Aujourd'hui, quand vous avez un chef d'entreprise qui cherche un chauffeur-livreur, si un chauffeur-livreur se présente, formé, il n'a besoin de personne. Ni de Pôle emploi, ni de ma plateforme Proche emploi. Ou alors, il se tourne vers le bon coin. Par contre, si le chef d'entreprise cherche un chauffeur-livreur, que quelqu'un est intéressé mais n'a pas la formation, là, c'est le parcours du combattant qui commence. Or, la région est légitime pour agir. C'est elle qui finance les formations des demandeurs d'emploi. Et donc, très concrètement, nous mettons en relation offre d'emploi, demandeurs d'emploi, et la formation financée par le conseil.
C'est exactement le job de Pôle emploi. Normalement, c'est le job de Pôle emploi. Donc, ils ne le font pas bien. Mais aujourd'hui, je le dis très clairement, moi, je finance les formations en priorité, en fonction des besoins des entreprises et aussi bassin d'emploi par bassin d'emploi. Je crois à fond au terrain. Et à partir du moment où je pars du principe, on peut me le reprocher, quelles sont les offres d'emploi disponibles, quels sont les besoins, là, je finance. En définitive, je dépense avec la région beaucoup d'argent pour la formation, mais je n'ai pas envie d'arroser le sable. J'ai envie tout simplement de financer à chaque fois que c'est utile et efficace.
Cette opération, il y a déjà 4 500 demandeurs d'emploi qui se sont inscrits. À partir du moment où une personne n'a pas trouvé le sable.
Pour l'emploi, c'est 5 000 appels par jour, à peu près.
Pour les questions d'indemnisation aussi, bien sûr. En deux mois, vous avez 4 000. C'est expérimental. On l'a lancé, voilà, maintenant, 5 semaines. Les premiers rendez-vous ont commencé. C'est une opération qui ne coûte rien à la région. Tout ce qui a été mis en place existait, avec une plateforme téléphonique qui existait. Les agents de la région sont impliqués, ils font un travail formidable. Mais seulement derrière ça, si une personne trouvait, ça serait déjà une réussite. Mais je sais bien évidemment que je serais attendu au tournant. mais il n'y a que ceux qui n'essayent rien, qui ne prennent pas de risque.
Je préfère être critiqué parce que j'essaye, plutôt que de rester à me dire « Ah bah, vous savez, c'est de la faute des autres. Ça ira mieux quand il y aura la reprise. »
C'est parce que vous avez été ministre du Travail que vous avez créé cette initiative ou c'est malgré le... Oui. Donc parce que vous connaissez le fonctionnement de Pôle emploi.
J'étais de l'autre côté de la barrière. Je sais ce qu'il est possible de faire en tant que ministre. Je sais aussi quel est le rôle de Pôle emploi et je sais aussi ce qui manquait. Et d'ailleurs, je serai la semaine prochaine au ministère du Travail. Il y a un rendez-vous, une réunion importante entre les présidents de région, le ministère du Travail, Pôle emploi et les syndicats. Je suis prêt pour ma part à dégager des moyens supplémentaires, des actions supplémentaires. L'État, m'a-t-on dit, est prêt à me financer dans la région des formations supplémentaires pour ramener vers l'emploi des demandeurs d'emploi. Eh bien, vous savez une chose, je prends.
Moi, si l'État peut m'aider, la couleur politique du gouvernement, ce n'est pas mon sujet. J'ai besoin de relancer l'emploi dans la région. À terme, il faudrait privatiser Pôle emploi comme le propose Bruno Le Maire ? Écoutez, et l'indemnisation. Qui va s'en occuper ? Moi, tous ces débats théologiques et tout ça...
Ah, ce n'est pas théologique, c'est très pratique. C'est vous qui avez créé le guichet unique, la fusion à NPE, à Cédic.
La privatisation, c'est quoi ? Moi, par contre, que l'on propose à des acteurs privés d'être payés s'ils réussissent à placer des gens, oui, ça m'intéresse. Mais moi, je n'ambitionne pas de devenir le patron de Pôle emploi. Une chose est certaine, Pôle emploi va continuer son action. Mais moi, je lance de nouvelles expériences, de nouvelles initiatives. Je cherche à mettre au mot à être efficace. Il y a une phrase qui m'avait marqué pendant la campagne. Un chef d'entreprise m'a dit « Et les politiques, cherchez un peu moins à être brillant, cherchez un peu plus à être efficace. » Ça m'a marqué.
Xavier Bertrand, on parlera tout à l'heure de votre nouvelle façon, enfin, si elle existe, de faire de la politique, si vous continuez de la revendiquer. Des questions d'auditeurs, des réflexions, des interventions de personnalités recueillies par notre reporter Aurélien Colly. Ce sera dans quelques minutes après la revue de presse. Il est 8h32. Sous-titrage Société Radio-Canada
Xavier Bertrand