Dermatose nodulaire contagieuse : comprendre les raisons de la colère agricole
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Trois lettres devenues le cauchemar des agriculteurs, DNC pour Dermatose Nodulaire Contagieuse. Elle touche les bovins, se répand dans les élevages, est mortelle pour les vaches et provoque la colère d'une partie du monde paysan car la stratégie en France aujourd'hui est d'abattre tout le troupeau quand un seul cas est détecté. On s'arrête ce matin sur cette épidémie parfois très politique qui nous rappelle d'autres débats pendant la pandémie de Covid par exemple. Deux invités autour de la table ce matin, Jeanne Brugère-Picou, bonjour. Bonjour. Vous êtes professeur honoraire, agrégé de pathologie du bétail de l'école nationale vétérinaire d'Alfort. Ulysse Thévenon, bienvenue. Bonjour.
Vous êtes journaliste, auteur de l'enquête Le sens du bétail paru chez Flammarion. D'abord Jeanne Brugère-Picou, la DNC, est-ce que c'est une maladie dangereuse ?
Elle est dangereuse uniquement pour les bovins, même pas pour les petits ruminants et aucun risque pour l'homme. Et vous savez, elle est mortelle, mais mortelle à moins de 10%. Mais c'est un peu comme la fièvre afteuse, elle est tellement contagieuse qu'il faut éviter de l'avoir dans une région ou un pays. Elle est mortelle et quand les bovins survivent, elle est très douloureuse ? Ils souffrent beaucoup ? Alors, ils peuvent souffrir puisque c'est une variole, quasiment c'est un pox virus. Donc, ils souffrent parce que ça donne des lésions ulcératives. Mais le problème, c'est surtout pour l'éleveur. Parce que c'est une perte en production, mais aussi une faible contamination au niveau des...
Enfin, finalement, ce n'est pas... C'est comme la fièvre afteuse, si vous voulez. La fièvre afteuse, elle n'était pas très mortelle, mais il faut éviter de l'avoir dans un troupeau parce que c'est une perte économique. Et surtout, on ne peut plus rien exporter parce qu'on est infecté.
On va en reparler parce que c'est une maladie de catégorie A dans l'Union Européenne. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut l'éradication immédiate. On ne peut pas vivre avec.
Quand on est indemne, pays indemne, il faut surtout tout éliminer, empêcher la progression du virus. C'est catégorie A. Vous avez la peste porcine africaine qui est à nos frontières. Vous avez la fièvre afteuse qui est vraiment la maladie la plus contagieuse qu'on puisse penser rencontrer. Mais on est indemne. C'est ça qui est formidable. C'est qu'il faut rester indemne. Comment se transmet-elle cette maladie ? Par des mouches ? C'est ça, les mouches et l'étang ? Alors, elle se transmet de deux façons. Sur une courte distance, ce sont des insectes hématophages. Donc, ce sont les stomacs, c'est la mouche des étables. Hématophages, ça veut dire qu'ils mangent le sang.
Donc, ils passent d'un animal à l'autre. Ils ne répliquent pas le virus, mais seulement dans leur cavité buccale, en passant d'un animal à l'autre, ce sont des seringues volantes.
Des seringues contaminées, vous dites. Voilà, oui. Et pourquoi on ne s'attaque pas aux vecteurs, à ces mouches, justement, si c'est elle le problème ?
Mais on ne peut jamais être efficace à 100% parce qu'on respecte aussi les abeilles chez nous. Donc, les insecticides ne sont jamais efficaces à 100%. Donc, il faut être très... C'est pour ça qu'il faut éliminer. Mais sur une longue distance, n'oublions pas que l'on peut aussi contaminer d'autres élevages par le déplacement illicite d'animaux.
Alors oui, justement, en France, la maladie est arrivée en juin dernier. Dans les Savoies, elle s'est répandue à d'autres régions du sud de la France. Comment ? Ce n'est pas les mouches, là, pour le coup, qui ont volé de la Savoie à l'Ariège, par exemple.
Non, puis quand elles sont venues en Savoie, elles venaient d'Italie. Parce que l'Italie a été contaminée avant, Sardaigne, Lombardie. Donc, en fait, il faut se rendre compte d'une chose. Que dans les Savoies, on a résolu le problème, très bien même. Mais malheureusement, il y a eu des déplacements de bovins jusqu'à 100 km quand on a eu le cas du Rhône. Puis alors, après, vous vous rendez compte, vers la Catalogne et les Pérennées-Orientales, c'est énorme. Il n'y a pas de traitement ? Oh, vous avez toujours des fake news qui vont vous dire qu'il faut utiliser des antiparasitaires, des antibiotiques, etc.
Peut-être pour éviter des surinfections, mais il n'y a pas de traitement spécifique contre un virus de ce type. Il y a un vaccin. Pourquoi on ne vaccine pas tout le cheptel français ? Parce que d'abord, on n'en a pas l'utilisation à partir du moment où le principe, c'est éliminer le virus. Donc, on l'élimine par effectivement la vaccination associée à l'abattage complet, parce que ça, c'est nécessaire. Par précaution, on va vacciner autour de la zone de surveillance sur un rayon de 50 km pour justement éviter la contamination. Est-ce que le vaccin, il ne marche pas à 100% ? Ah si, il marche très bien.
Il peut donner une petite réaction vaccinale parce que c'est un vaccin bovin atténué qui est très efficace. C'est un vaccin qui a été élaboré en Afrique du Sud parce que c'était une maladie africaine, il ne faut pas l'oublier.
Mais c'est parce que donc, aujourd'hui, on vaccine peut-être des vaches qui sont déjà contaminées, des bovins qui sont déjà contaminés ?
Alors malheureusement, on vaccine d'urgence dans une zone de protection qui a 20 km de rayon. Et dans cette zone de protection, vous avez obligatoirement, puisqu'il y a un foyer, un risque de contagiosité vis-à-vis des voisins. Et donc, vous vaccinez vraisemblablement aussi des élevages contaminés. Même, quelquefois, l'éleveur ne voit peut-être pas toujours la maladie. C'est des lésions nodulaires sur la peau. Et on peut vacciner des animaux déjà malades. Ça a été le cas du Doubs, où on a parlé d'un échec à la vaccination, alors qu'en fait, on avait vacciné des animaux déjà contaminés depuis longtemps. On ne vaccine pas tout le cheptel français aussi pour des raisons commerciales, je crois ?
Bien sûr, une zone qui est vaccinée ne peut plus exporter des animaux sur pied. On sort du statut indemne, c'est ça. Il peut y avoir des arrangements, par exemple, avec l'Italie, qui a déjà eu des cas. Mais en fait, on ne pourra pas exporter si on vaccine tout le territoire français.
Et ça, c'est très important, Ulysse Thévenon. Les exportations, ça représente quand même beaucoup de notre modèle agricole aujourd'hui.
Oui, tout à fait. On l'ignore assez. Quand on parle exportation, on se dit, peut-être qu'on exporte de la viande, du lait. Mais l'exportation de bovins, on exporte énormément de broutards, plus d'un million, en Italie, en Espagne, parfois pour qu'ils soient engraissés là-bas. Parfois, après, ils reviennent chez nous pour qu'on les consomme. Et donc, si vous voulez, cette situation, pour certains éleveurs, ils disent, voilà, le gouvernement, vous nous avez mis dans cette situation. On est dépendant des importations. On en parle très souvent avec le Mercosur. On se rend compte aussi qu'on est dépendant des exportations.
Et donc, pour les syndicats, notamment, qui sont plutôt souverainistes ou attachés à une agriculture locale, eh bien, ça montre bien qu'il y a un souci à ce niveau-là, selon eux.
On va aller tout de suite au standard. Merci de nous appeler. Frédéric, bonjour. Oui, bonjour. Vous êtes éleveur, racontez-nous. Oui.
Alors, je suis éleveur dans les Monts du Lyonnais, entre Lyon et Saint-Étienne. On a été touché par la DNC le 18 septembre à un élevage à une vingtaine de kilomètres de chez nous. L'élevage a été abattu rapidement, bien sûr. Et dès le lendemain, le 19, on a eu des réunions d'information avec les vétérinaires de la région. Dans la semaine qui a suivi, les groupements de défense sanitaire GDS 42 et 69 ont fait de nombreuses réunions d'information dans les petites régions pour informer les éleveurs.
Il faut savoir que les Monts du Lyonnais, il y a beaucoup, beaucoup d'élevages, de petits élevages de laitiers et à l'étang, donc un gros tissu de bovins, donc une zone vraiment à risque de diffusion. Très rapidement, la vaccination s'est mise en place, six jours après le cas, le jeudi, tout d'abord dans la zone des 20 kilomètres, puis dans la zone des 50 kilomètres. Et on n'a pas eu de nouveaux cas. Il y a eu un seul cas dans le département du Rhône suite à ce brambat de combat qui a été très rapide. Et une concertation, une concertation, ça c'est vachement important parce que le sanitaire c'est quelque chose de collectif entre les vétérinaires, les éleveurs, les services de l'État.
Il faut absolument discuter entre nous et la question que je voulais poser c'est est-ce qu'il y a des GDS dans le Sud-Ouest ? Parce que moi je trouve que c'est vraiment un espace de concertation et d'écoute. Il faut s'écouter entre nous. J'ai l'impression qu'il n'y a pas de dialogue et pas d'écoute entre les gens dans le Sud-Ouest. Voilà, c'était ma réflexion.
Jeanne Brugère-Picot, vous avez la réponse ?
Oui, je vais vous répondre parce que moi je connais bien les Monts du Lyonnais. J'ai eu un épisode de prof à l'école vétérinaire de Lyon et on allait justement faire la clinique ambulante à Saint-Laurent-de-Chamousset là où il y avait un gros marché de veaux justement, ce qui m'avait toujours étonnée. Et justement j'ai trouvé formidable qu'il y ait eu cette réaction rapide qui a fait qu'on a étouffé dans l'œuf le foyer et il n'y a pas eu d'autre cas. Et donc vous avez raison. Mais pour répondre à votre question, moi je ne connais pas très bien justement la région des Pyrénées-Orientales.
Je sais quand même une chose, c'est qu'il n'y avait pas beaucoup de vétérinaires déjà parce qu'il y a un vétérinaire qui a lui seul à vacciner 6500 bovins. Il n'y a pas beaucoup de vétérinaires ruraux, ils sont surtout des canins.
Et c'est peut-être le problème qui s'est posé. Oui, c'est un défi logistique. Quand on parle de vacciner tout le monde, il faudrait vacciner tous les bovins. Il faudrait vacciner 17 millions de bêtes. Ce n'est pas possible, on n'a pas 17 millions de vaccins aujourd'hui en France et on n'a pas les vétérinaires pour. Puis attendez, il y a autre chose.
C'est que certains éleveurs des Pyrénées-Orientales ont refusé la vaccination. Et ça, c'est important de le souligner. Dans les trois derniers cas des Pyrénées-Orientales, il y en a deux qui étaient des éleveurs qui avaient refusé la vaccination. Pour l'un, la maladie est apparue avant la vaccination qui est venue obligatoire. Le deuxième, ça a été une vaccination après deux refus de l'éleveur et une vaccination d'office imposée. Donc il faut se rendre compte d'une chose, que les éleveurs ne sont pas toujours compétents pour prendre conscience du risque. Et peut-être qu'il a raison votre éleveur. de Lyonnais.
C'est de dire, peut-être qu'il n'y a pas eu des GDS qui ont été suffisamment actifs pour tout expliquer.
Ulysse, ce qu'on entend aussi, c'est que le monde agricole, il est très divisé aujourd'hui. Entre ceux qui valident cette stratégie gouvernementale et ceux qui la refusent. C'est une lutte entre des syndicats d'abord et puis c'est une lutte également entre peut-être deux mondes agricoles qui ne se parlent pas beaucoup.
Je ne sais pas parce que vous voyez dans l'Ariège ou dans le GERS, il y a des protocoles expérimentaux qui ont été proposés et qui refusent l'abattage total, mais l'abattage partiel uniquement sur les animaux malades. Et ces protocoles expérimentaux, vous pourrez donner votre avis, ont été signés par tous les syndicats, y compris jeunes agriculteurs et branches locales de la FNSEA. Donc, au niveau local, parfois, on voit que tous les syndicats peuvent se mettre d'accord et parfois un peu se détourner de la parole nationale. Donc, c'est assez intéressant.
Mais c'est vrai qu'au cours de mon enquête, ça fait bientôt trois ans que j'enquête là-dessus, merci, on sent une grosse défiance envers l'État, y compris pour les syndicats majoritaires, jeunes agriculteurs et FNSEA. Et on le voit avec le Mercosur, ça cristallise les tensions et les problèmes sanitaires, ces abattages préventifs, moi, je les ai observés, je les ai découverts, mais dans toutes les filières. C'est-à-dire qu'en ce moment même, il y a la grippe aviaire et la grippe aviaire, cette fois, on ne parle pas de 3000 bovins euthanasiés, mais des millions de volailles, d'oiseaux en tout genre, etc.
Ça, on en parle moins, mais il y a ça dans la tuberculeuse bovine aussi, il y a ça dans la lutte contre la salmonelle où on va faire des abattages préventifs d'animaux sains. Et ça, c'est toujours très difficile à accepter pour les éleveurs. Et il se trouve que là, ça s'est cristallisé, notamment parce que les bovins, peut-être, on s'y attache plus que des poulets. Mais effectivement, je pense qu'aussi, c'est une escalade avec le Mercosur qui arrive. Il y a vraiment une grosse défiance envers l'État et ça amène aussi à des situations où les éleveurs appellent à ne plus respecter les règles. Et ça, c'est vrai que c'est inquiétant.
L'épidémie, elle est entrée par la Savoie et la Haute-Savoie, on l'a dit. Là, les éleveurs ont accepté cette stratégie d'abattage total. Pourquoi ils l'ont accepté là et pourquoi les éleveurs l'acceptent moins dans le Sud-Ouest ? Alors, il faut savoir que les syndicats étaient moins actifs
parce que vous avez eu des syndicats dès la deuxième semaine qui sont intervenus chez un jeune éleveur. Et là, pendant 13 jours, le jeune éleveur n'a pas abattu ses animaux parce qu'il y a eu un recours administratif qui a été refusé, bien sûr. Et quand il a enfin accepté, il avait déjà d'autres cas. Et surtout, deux semaines après, il y avait quand même pas mal de cas autour de chez lui. Il a peut-être quand même favorisé la contamination de ses voisins. Donc, il faut se rendre compte d'une chose.
C'est une maladie tellement contagieuse qu'on a cet exemple de dire qu'il faut abattre parce que c'est vraiment une méconnaissance de la forte contagiosité de la maladie que de proposer l'abattage partiel. C'est une erreur monumentale. C'est comme si on proposait, pour la fièvre afteuse, un abattage partiel. Mais tout le monde sait que c'est très contagieux. Ulysse Tévenon. Alors, les arguments des opposants, c'est de dire que dans les textes de l'EFSA, qui dépend de l'Europe, et la FAO de l'ONU, on dit que l'abattage total ou partiel a des résultats identiques tant qu'il y a une bonne couverture vaccinale.
Oui, c'est ce qui s'est passé dans les Balkans. C'est un rapport de 2016 qui dit effectivement l'abattage partiel, ça a marché dans les Balkans. Mais les bêtes étaient vaccinées.
Mais il faut le lire, ce rapport. En 2016, c'était à l'époque où dans les Balkans, pour arrêter, il a fallu effectivement faire une vaccination totale jusqu'en Grèce où là, ça a été un abattage total à un certain moment et ça s'est arrêté. Mais il faut savoir le lire, cet article. Parce qu'ils disent bien dans une région ou un pays où le virus est endémique, c'est-à-dire qu'on n'a pas réussi à éliminer le virus, c'est un abattage partiel qu'on peut utiliser. Mais si c'est un pays indemne, c'est l'abattage total. Il le dit, ce rapport.
Alors j'insiste parce que j'ai aussi vu que l'année dernière, au Japon, apparemment, le Japon a fait face à sa première épidémie d'hormatozole du air contagieuse et ils ont pratiqué l'abattage partiel avec l'accord de l'éleveur sur base de volontariat et ils ont réussi à s'en débarrasser. Donc ça sème le doute chez les opposants, en tout cas. Oui, ça peut semer le doute, mais si vous voulez, c'est comme l'histoire du cas du Rhône, on peut peut-être avoir eu un seul cas et peut-être être venu très vite pour arrêter la contamination. Mais vous avez toujours, il faut le savoir, quand il y a un cas clinique, vous avez toujours au moins 50% des animaux qui sont déjà en incubation.
Donc vous prenez un risque énorme.
Effectivement, les contestateurs ont beaucoup d'arguments, vous en releviez quelques-uns, hier à notre micro, le député insoumis Éric Coquerel, lui, il parlait de la Turquie, de l'exemple de la Turquie où la dermatose nodulaire circule, il disait que les Turcs refusent de tuer tout un troupeau. Pareil que dans les Balkans, ça veut dire qu'on n'a pas éliminé toute la maladie ? C'est un choix ?
Ils ont quand même éliminé à un certain moment. Oui, c'est un choix parce que déjà, ils n'ont pas su éliminer le virus. Donc ils sont obligés de vacciner parce que le virus est toujours présent. C'est le problème de l'Afrique. L'Afrique, vous avez toujours un virus qui circule. On vit avec, c'est moins de 10% de mortalité, mais ce sont des pertes de production, c'est une impossibilité d'exporter. Donc il faut voir les conséquences.
Oui, c'est ça qu'il faut dire. Le député Coquerel disait hier, c'est la solution, regardez en Turquie, ça marche. Mais ce qu'on n'a pas dit, c'est qu'on n'importe pas de la viande turque, par exemple. On refuse de manger des bœufs vaccinés en Turquie, c'est ça. Mais ils ne se rendent pas de compte des conséquences économiques de laisser diffuser ce virus. Il y a un autre argument, on va les lister parce que c'est intéressant. Les abattages partiels, on y a eu recours pour la crise de la vache folle. Pourquoi c'est différent ?
Ah ça, c'est une bonne question. Parce que c'était une maladie alimentaire et non contagieuse. Alors, on a effectivement décidé au départ un abattage total pour c'était économique pour dire il n'y a pas un bovin qui sort de ce troupeau parce qu'on abat tout le troupeau. Et en fait, c'était un argument économique. Moi, j'étais pour l'abattage partiel parce que c'était une aberration d'abattre tout le troupeau. Et quand on a commencé à faire des tests, là, on s'est rendu compte qu'effectivement, on avait plus d'animaux touchés et financièrement, on ne pouvait plus faire d'abattage total. Mais sincèrement, c'était un argument économique et non scientifique.
Autre info qui circule beaucoup parmi les contestataires, l'Italie, l'Espagne et la Suisse, nos voisins, ne feraient pas d'abattage systématique comme nous. Alors ça,
c'est une erreur parce qu'autant peut-être il y a eu des accords en Sardaigne parce que c'est une île, mais en Lombardie, je peux vous dire que c'était un abattage total. Une chose aussi, alors nous, on dit des peuplements parce que l'abattage se fait à l'abattoir et c'est plutôt sur place qu'on fait.
Ça veut dire la même chose, des peuplements abattage on tue les bêtes en fait.
On euthanasie. Parce qu'en fait l'abattage c'est toujours l'abattoir. Mais une chose qui est évidente aussi c'est qu'en parler d'abattage partiel en Suisse, il n'y a pas eu de cas en Suisse.
C'est ce qu'il fallait prouver. En fait, comme pendant l'épidémie de Covid, de fausses informations circulent, on s'en rend compte. Est-ce que c'est un nouvel épisode de la défiance contre un consensus scientifique ? Il existe là le consensus scientifique. Vous nous dites parmi les scientifiques qu'il y a un débat ou il n'y a pas de débat ? Alors là, j'aime bien répondre
sur l'exemple de la Covid parce qu'étant à l'Académie de médecine je faisais partie de la cellule Covid. Et c'est très différent parce que nous étions on avait des avis qui allaient à l'encontre de ce que disait le ministère. Là, personnellement, je trouve qu'au ministère de l'Agriculture, pour la DNC, c'est parfait ce qui a été fait. C'était ce qu'il fallait faire. Pour le Covid, pas du tout. On a réclamé les masques. Je me rappelle du communiqué que nous avions fait aux masques citoyens. Donc, si vous voulez, on ne suivait pas les recommandations du ministère dans notre communiqué. Et les journalistes les attendaient nos communiqués de l'Académie de médecine. Ulysse-Tévenon ?
Oui, je me suis retrouvé un petit peu malgré moi mêlé à une sorte de complosphère, il faut le dire. Parce que j'ai révélé il y a quelques temps qu'il y avait eu des vétérinaires qui avaient critiqué publiquement cette politique d'abattage total en disant que c'était inefficace voire immoral, scandaleux. Et j'ai eu information que l'Ordre des vétérinaires avait adressé plusieurs plaintes à toutes ces personnes d'un coup, c'était le 26 août et tous avaient reçu dans leurs plaintes un texte du type « Force est de constater que vos propos manquent de base scientifique, sont approximatifs, péremptoires, déloyales, dans l'objectif d'induire le public en erreur, d'abuser de sa confiance, etc.
» Bon, il y a deux façons de prendre en compte cette information. Il y en a qui disent « Heureusement que l'Ordre des vétérinaires lutte contre la désinformation notamment de ses pairs. » Et puis, il y a toute une autre sphère qui dit « Ah ben voilà, on muselle les vétérinaires, c'est la dictature de la pensée unique, etc. » Donc là, évidemment, je n'avais pas forcément anticipé ça et j'ai vu que ça, quelque part, cette information avait pu alimenter aussi ces dérives.
Ce qu'elle dit, cette crise de la DNC, c'est peut-être surtout le mal-être dans le monde paysan. C'était peut-être l'allumette qui allait encore une fois mettre le feu au monde paysan à nos campagnes
parce que ça va
toujours aussi mal, parce que les revenus sont toujours aussi bas.
Tout à fait. C'est un peu la lecture que j'en fais. Il y a quand même beaucoup de raisons de pouvoir s'indigner quand on est éleveur, mais pas seulement. Moi, ce que je montrais dans mon enquête, c'est qu'au final, dans toute la chaîne alimentaire, sous le système agro-industriel, l'éleveur est quand même celui qui produit la valeur, qui est à l'origine, qui fait vivre des dizaines de personnes, des dizaines d'entreprises et pourtant, ce sont les plus méprisées alors qu'ils travaillent énormément et qu'ils sont quelque part esclaves de leur passion et je l'ai démontré aussi esclaves de leurs partenaires.
Et donc, on parle souvent de choses très éloignées, les normes européennes, le Mercosur, les centrales d'achat internationales à l'étranger. Bon, ce que j'ai montré, c'est qu'à quelques kilomètres des fermes, il y a déjà des raisons de s'indigner auprès des banques, des coopératives, des laiteries, des centres de gestion comptable, etc. Et donc, effectivement, à travers tout ça, les éleveurs ne se sentent pas protégés par l'État malgré les lois et galimes, etc. Et il y a des événements comme ça et malheureusement, je pense que ce n'est pas le dernier qui peuvent faire être l'étincelle qui fait éclater la colère.
Merci à vous de nous avoir éclairé ce matin sur cette épidémie de dermatose nodulaire. Jeanne Brugère-Pic, où je rappelle que vous êtes professeur honoraire agrégé de pathologie du bétail de l'École nationale vétérinaire d'Alfort. Ulysse Thévenon, auteur de l'enquête Le sens du bétail paru chez Flammarion. Je vous souhaite une bonne journée.
Merci beaucoup.
Merci beaucoup. Merci beaucoup.