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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 10 août 2023 56 minContradictoireMixte

La radicalité écologique est-elle le meilleur moyen pour faire avancer le combat pour la planète ?

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0:15
Présentateur

Bonjour à tous, très heureux de dresser avec vous la table du débat de midi. Ici, toutes les réflexions sont acceptées, on s'en régale et après on se fait un avis. Voilà, c'est la garantie du débat de midi. Digestion, garantie non difficile. Aujourd'hui, on parle environnement, engagement et confrontation en parlant d'un terme très souvent utilisé cette année, la radicalité écologique. Envoyer de la soupe à la tomate sur des tableaux de maître, se coller les mains sur le bitume, provoquer, manifester plus fortement. Certains militants disent que nous n'avons plus le temps de discuter, il faut agir, oui, mais comment ?

Parfois rejetés, souvent caricaturés comme des lanceurs de Diabolo qui cherchent à s'occuper. Ces militants offrent aussi à certains une réponse face à un futur qui apparaît déjà en flamme. Au contraire, des militants évoquent aussi des actions qui servent à réveiller face à des actions gouvernementales qu'ils jugent non efficaces. Le phénomène touche de nombreux pays et ils prennent l'ampleur. Et même si des ministres désormais évoquent même de l'éco-terrorisme et que certains collectifs sont désormais soumis à des interdictions, voire des dissolutions. Alors comment le mouvement écologiste se situe-t-il par rapport à l'action radicale ?

Faut-il crever les pneus de tous les 4-4 pour sauver la planète ? L'avenir politique est-il dans la ZAD ? N'hésitez pas à nous donner votre avis via vos notes vocales et messages sur l'appli France Inter. Également par WhatsApp au numéro suivant 07 64 13 70 07 07 64 13 70 07 sur France Inter. On explore la galaxie radicale écolo sans gaz lacrymogène à craindre pour les yeux. Le débat de midi, ça commence tout de suite. Jean-Mathieu Pernin, le débat de midi sur France Inter. Et pour en parler, nous recevons Laurence Venn. Bonjour, vous êtes directrice adjointe du programme, directrice de la communication de Greenpeace France. Léna Lazare, bonjour. Bonjour.

Vous êtes porte-parole des soulèvements de la Terre, dont on parle beaucoup en ce moment, puisque vous attendez toujours la décision du Conseil d'État concernant votre recours sur la dissolution du collectif. Et puis en direct depuis France Bleu Isère, dont nous remercions les services pour cette liaison, Stéphane Labranche, bonjour. Bonjour. Vous êtes sociologue du climat, coordonnateur scientifique du GIEC IPBC, groupe d'experts sur l'évolution des comportements, membre du GIEC. On va parler de radicalité politique, alors forcément, écologique aussi, qui peut être politique.

Alors forcément, je me tourne vers vous, Léna Lazare, quand on parle de radicalité écologique, notamment par rapport, on en a beaucoup évoqué cette année, collectif de soulèvement de la Terre. Pour vous, est-ce que vous avez l'impression d'être une militante radicale ?

2:49
Invité

En effet, c'est un terme que j'ai beaucoup utilisé déjà depuis plusieurs années, notamment lorsque j'étais uniquement activiste chez Youth for Climate, le mouvement des jeunes en grève pour le climat. Et si on parle de radicalité, c'est-à-dire le fait de revenir aux racines du problème, c'est que malheureusement, on entend parler d'écologie dans toutes les bouches. Et l'écologie peut être associée uniquement à du greenwashing, à des mesures qui ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux. Et c'est pour ça que j'avais envie de parler de radicalité.

3:16
Présentateur

D'accord, radicalité. Pour vous, ce terme, Laurence Venn, pour vous, il est important. Et surtout, comment vous, chez Greenpeace France, comment vous regardez ces mouvements qui sont aujourd'hui radicaux et qui se disent carrément, on n'a plus le temps de débattre, on n'a plus le temps de discuter, il faut agir ?

3:32
Invité

Alors, oui, nous, on se retrouve complètement dans le terme radicalité, dans le sens étymologique que l'ENA a rappelé, c'est-à-dire prendre les problèmes à la racine. Et là, aujourd'hui, c'est ce dont il s'agit, c'est-à-dire qu'il faut prendre les problèmes à la racine, il faut transformer le système si on veut vraiment répondre aux enjeux environnementaux et à l'urgence climatique actuelle. Donc, nous, on se retrouve évidemment complètement. Et Greenpeace revendique quand même 50 ans d'action directe non-violente. Donc, je pense que, voilà, on est baigné, on est né dans des actions radicales.

Et ce qu'il faut rappeler aussi, c'est que les actions radicales, elles viennent quand l'échange, quand la discussion, quand les négociations n'ont mené à rien. Donc, en tout cas, à Greenpeace, c'est vraiment le sens, quand on mène des actions directe non-violente, quand on mène des actions de désobéissance civile, c'est parce que les rapports n'ont pas servi. C'est parce que les échanges avec les politiques n'ont mené à aucune vraiment réelle mesure politique. Et en fait, c'est ce qui se passe là aujourd'hui.

4:33
Présentateur

Alors, crevons l'abcès tout de suite. Léna Lazare, justement, ce mot de violence qui revient souvent à l'égard, notamment, collectif de soulèvement de la terre ou d'autres, d'ailleurs, mouvements. Quand on parle aujourd'hui, une désobéissance civile qui irait un peu plus loin que les simples sitting ou bloquer la circulation.

4:49
Invité

C'est vrai qu'on entend beaucoup parler de violence pour parler de choses très, très différentes. Et lorsqu'on me pose la question sur la violence des soulèvements de la terre, je suis toujours un peu embêtée parce qu'on nous reproche notamment de la violence envers les biens. Et juridiquement, ça n'existe pas. Et en effet, dans le mouvement écologiste, il y a eu toujours cette ligne rouge de ne pas cibler des individus. Mais par contre, il y a toujours eu des actions avec des dégradations matérielles comme celles qu'on a notamment portées en allant débâcher de mégabassines illégales il y a quelques mois.

Et donc, moi, je trouve que la violence, elle n'est pas du tout du côté des militants écologistes. Nous vivons dans une société extrêmement violente pour les êtres vivants. Et malheureusement, si on n'agit pas à la hauteur des enjeux face aux dérèglements climatiques, on sait qu'il va y avoir de plus en plus de souffrances dans ce monde. Donc, c'est vrai que parler de violence, alors que nous, on fait des actions pour alerter qui, certes, des fois, dégradent du matériel, alors qu'à côté, il y a déjà des personnes qui meurent du dérèglement climatique, je trouve ça assez grave.

5:54
Présentateur

Alors, Stéphane Labranche, vous-même, en tant que sociologue du climat, est-ce que ce genre d'action portée aujourd'hui par des écologistes, je le dis, radicaux ? Est-ce que pour vous, il y a une utilité ?

6:08
Invité

Oui, mais elle est multiple et elle peut parfois être contre-productive. Alors, juste une petite correction, je suis quand même coordonnateur scientifique du GIECO, qui est un groupe international d'experts sur les changements de comportement, et ce n'est pas sur le climat. Et donc, parmi nous, on parle beaucoup de ces questions-là, bien entendu. Et en fait, les actions radicales doivent être considérées comme une forme de communication. Et quand on regarde une peinture et qu'on dit que la beauté est dans l'œil de celui qui regarde, bien, c'est vrai aussi de celui qui écoute un message.

Et donc, quand on regarde ça, et on regarde surtout les différentes réactions allant de la criminalisation de la désobéissance civile qui est en discussion, le terme d'écho terroriste qui n'est quand même pas rien du tout, qui est très violent. Et ensuite, on regarde aussi, au niveau quotidien, les réactions des individus. Je pense, par exemple, quand on voit une scène où les gens se collent, les écologistes se collent les mains sur la route, et il y a des voitures qui arrivent et qui veulent pousser physiquement la personne. Une autre personne qui dit, j'aimerais que vous mouriez de froid, on est en hiver, ils jettent de l'eau froide sur la personne.

On a un niveau de réaction qui est très, très violente. Et moi, ce que je vois, c'est souvent des réactions de, maintenant, dans le court terme, je dois aller chercher mon enfant, je vais être en retard au boulot, je vais me faire engueuler par mon patron. Et en fait, il y a des gens qui disent que dans 30 ans, ça va mal se passer. Et donc, il y a une différence dans la conception du temps qui est très importante. Est-ce qu'ils ont raison de faire ça ? Je pense qu'une certaine manière, oui, parce qu'on en parle énormément dans les médias depuis quelques mois. En revanche, on parle surtout des modes d'action, on ne parle pas de la cause fondamentale de la crise écologique.

On en parle moins de ça. Les médias ont tendance à se focaliser sur, voici les types d'actions, le jus de tomate, le machin, le truc. Mais derrière, on tend à oublier un peu les raisons fondamentales de la crise écologique, de la biodiversité et du climat.

7:59
Présentateur

Voilà, Léna Lazare. Est-ce que finalement, ce ne sont pas plus, on va dire, des exercices de communication, voire des happenings, qui focalisent davantage que la cause dont ils parlent ?

8:08
Invité

Je ne suis pas d'accord, parce qu'au sein des soulèvements de la terre, par exemple, grâce à nos actions impactantes vis-à-vis des méga-bassines, on a pu faire connaître à une grande partie de la population ce qu'étaient les méga-bassines. Il y a deux ans, c'était encore, je pense, pour beaucoup, qu'un débat entre agriculteurs sur les types d'irrigation et toutes ces notions d'accaparement de l'eau, etc., et tout ce qui se joue en ce moment. Je pense que si on n'avait pas fait des actions de désobéissance civile percutantes, on n'en parlerait pas.

Donc certes, on a beaucoup parlé de la violence des soulèvements, et malheureusement, on rentre toujours dans le jeu où il faut répondre aux accusations graves d'éco-terrorisme, etc., de criminalité du gouvernement, mais pour moi, le fait que le discours se déplace, c'est de la faute, en fait, de l'exécutif, qui, en effet, n'a pas arrêté d'avoir un récit policier et criminalisant vis-à-vis des activistes.

Et ensuite, je trouve que c'est plus que des opérations de communication, quand même, parce que, moi, je crois fort en une vague de résistance populaire où des habitants dans des luttes locales vont faire en sorte, en fait, de mettre à l'arrêt les infrastructures qui détruisent le vivant, parfois dans l'illégalité, enfin, on l'a vu avec la méga-bassine qu'on a débâchée il y a quelques mois, et que, donc, ça peut avoir un impact très concret au-delà de la campagne de communication qu'il peut y avoir autour.

9:22
Présentateur

Voilà, après, tout de même, il y a eu à Sainte-Solines, on se souvient quand même de l'affrontement aussi avec les forces de l'ordre, et c'est là aussi où ça avait pu dégénérer, et c'est là où on a vu qu'il pouvait y avoir des éléments qui pouvaient être plus radicaux que d'autres.

9:34
Invité

Oui, en effet, là, je parle des modes d'action qui sont revendiqués par les soulèvements de la terre, c'est-à-dire les occupations, les blocages, et nous, ce qu'on appelle des actions de désarmement, donc des actions de démantèlement d'infrastructures polluantes. Ensuite, les affrontements avec les forces de l'ordre, pour moi, c'est un autre sujet, et malheureusement, c'est quelque chose qu'on constate beaucoup en manifestation, dans toutes les manifestations d'ampleur, et voilà, on pourrait en discuter, mais ce n'est pas ce qu'on défend de base.

9:55
Présentateur

Dans un instant, Laurent, je veux juste faire réagir Stéphane Labronche, vous vouliez réagir à ce que disait Lina Lazare.

10:01
Invité

Oui, en fait, je parlais surtout de la manière dont les médias s'en parlent de ces types d'enjeux, mais pour ma part, alors là, je vous rejoins complètement, j'utilise cet enjeu des bassines pour pouvoir parler de l'enjeu de l'eau qui revient à la... Je vous rappelle, à la fin des années 90, l'ONU avait déclaré le 21e siècle, le siècle de l'eau. Le changement climatique est arrivé, on en a beaucoup moins parlé, et bien là, je peux vous dire que dans les 10 prochaines années, on va en reparler beaucoup plus. Et donc ça, c'est une vraie opportunité pour parler d'un enjeu fondamental.

10:31
Présentateur

Laurence Venn, il est vrai que Greenpeace, on se souvient de certaines actions qui avaient marqué, notamment en bloquant le port de Marseille face à des pêcheurs sur le thon rouge, face notamment sur le nucléaire. Est-ce que vous, on comprenait bien ces actions-là ? Parce qu'il y avait une cible, vous expliquiez aussi la chose. Quand en effet, des activistes jettent de la soupe sur un Van Gogh, est-ce que vous comprenez, vous, cette action ? Parce que alors là, on a du mal à saisir, on a l'impression que c'est moins concret.

11:00
Invité

Oui, oui, alors bien sûr, déjà, je rappelle, nous, que vraiment, Greenpeace est totalement solidaire, en fait, de ces mouvements de jeunes, souvent, qui essayent de provoquer, en fait, la réflexion au sein de l'opinion publique sur ce qui se passe actuellement.

11:17
Présentateur

Pour vous, elle est provoquée, cette réflexion ? Parce qu'on a l'impression de se concentrer juste sur des gens qui jettent de la peinture et ne pas savoir pourquoi elles le font.

11:22
Invité

Écoutez, je pense que s'il y a eu une telle couverture médiatique, donc, Stéphane Abran, je le rappelais, oui, on a parlé beaucoup de ces actions, c'est qu'ils essayent, en fait, par tous les moyens, de lancer l'alerte sur... Voilà, donc, ils font preuve de créativité. Il faut rappeler que c'est des œuvres d'art qui étaient protégées par des vies. Donc, il n'y a eu aucune dégradation des œuvres. Donc, oui, nous, on comprend, en fait, que dans le contexte d'urgence dans lequel on est, les jeunes ne veulent pas se résigner et cherchent par tous les moyens à lancer l'alerte, en fait, sur ce qui se passe.

Donc, oui, ce n'est pas ce type d'action que Greenpeace, effectivement, réalise depuis des années, mais nous, on est solidaires et on comprend complètement. Et je voudrais aussi rappeler, par rapport à ce que disait Stéphane Lambranche tout à l'heure, ces actions, elles n'ont pas pour but de recueillir l'approbation de l'ensemble de la population. Elles sont vraiment là aussi pour créer de la polémique et du débat. Et effectivement, c'est pour ça aussi qu'on en parle. Et l'objectif, à mon sens, de ces actions, c'est de commencer à faire réfléchir l'opinion publique. Sur le coup, c'est assez logique, en fait, que ça remue, ça peut indigner, etc.

Mais il faut voir les résultats sur le long terme. Et il faut, je pense, aussi reprendre dans une perspective historique. Les suffragettes, quand elles ont fait leur travail pour exiger le droit de vote, ça a été sur plusieurs années et elles étaient jugées et vues comme des radicales. Martin Luther King, je pense qu'il était aussi vu comme un radical au début. Donc, il faut vraiment aussi prendre un peu de recul et essayer de se détacher de l'émotion et de l'indignation qu'on peut avoir sur le coup pour voir aussi tout ce que ces mouvements peuvent apporter aussi comme prise de conscience pour accélérer, là, aujourd'hui, l'action climatique.

13:14
Présentateur

Alors, Léna Lazare, il y a François Gemmène, qu'on connaît, qu'auteur du GIEC, qui lui, il explique, il est répété qu'en bout, que personne ne fait rien par rapport au climat, participe à décourager ceux qui font, qui se battent. Qu'est-ce que vous en pensez de ça ? Est-ce qu'à force de répéter, véritablement de dire, par exemple, en effet, les gouvernants ou d'autres associations ne font rien ? Finalement, ça veut dire, au niveau de la population, en effet, personne ne fait rien.

13:40
Invité

Non, non, mais nous, via nos actions, je pense qu'on pointe toujours les responsables, c'est-à-dire les pouvoirs politiques et économiques. Pour moi, on n'arrivera pas à une société juste et écologique uniquement par les changements individuels. Et puis, on voit bien que ces changements individuels, ils sont restreints par le système. Il y a plein de personnes qui ne peuvent pas, enfin, qui ne peuvent pas, structurellement, avoir un mode de vie autant écolo qu'ils le souhaiteraient, notamment, être obligés de faire des bornes et des bornes pour aller au travail en voiture individuelle. On pourrait donner plein d'exemples. Du coup, je ne suis pas forcément d'accord avec ça.

Après, je suis d'accord que des fois, ça peut avoir un côté un peu décourageant, mais j'ai l'impression que le mouvement climat ces dernières années, justement, a pointé du doigt les responsables et que maintenant, c'est plus clair parce que lorsqu'on ne sait pas qui est à l'origine de la crise climatique, qui a les leviers pour changer les choses, des fois, on est justement totalement perdus. On se dit, oh là là, mais moi, je fais de mon mieux chez moi avec mes petits éco-gestes, mais on voit que rien ne bouge et je trouve que comprendre comment la société fonctionne, justement, ça permet d'avoir de la détermination et de comprendre comment on peut remporter des victoires.

14:46
Présentateur

Laurence Venn, sur cette phrase aussi de François Gemmène, ça décourage à force de dire que personne ne fait rien, ça peut décourager et bonnes intentions ?

14:54
Invité

Oui, je pense qu'il faut relativiser. Je pense qu'aujourd'hui, tout le monde essaye à son niveau de voir comment il peut faire quelque chose. Mais effectivement, si tout le monde fait des petits gestes dans son quotidien, ça ne sera que maximum 30% du problème, 30% des émissions qu'il faut réduire. Donc aujourd'hui, la responsabilité, elle est clairement du côté des politiques pour contraindre les entreprises à réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre.

Quand on voit qu'on a encore des multinationales, des énergies fossiles dont le modèle économique est basé à 90% sur les énergies fossiles comme totale et qu'elle continue à faire des super profits et qu'on continue à investir et à subventionner ce secteur, on comprend aujourd'hui que c'est aux politiques d'agir. Donc oui, tout le monde doit faire quelque chose parce que ça a un effet d'entraînement et qu'il faut réellement aussi réaliser qu'on va tous devoir changer nos façons de vivre et le réaliser. C'est aussi pour ça que ces actions-là nous font peur. C'est parce qu'on sait que notre mode de vie va être remis en question. Mais c'est une question aussi, c'est une question existentielle.

C'est-à-dire, il en va de notre survie sur la Terre et celle de nos enfants.

16:06
Présentateur

On va écouter justement une note vocale laissée sur l'appli Inter et c'est Pierre qui est lui ingénieur écologue donc il sait aussi un petit peu de quoi il parle et vous allez voir justement, il parle de cet engagement radical. On écoute la note vocale de Pierrot.

16:24
Locuteur non identifié

Bonjour, c'est Pierrot Pantel, je suis chargé de mission juridique à l'Association nationale pour la biodiversité et juste par ailleurs ingénieur écologue. La situation aujourd'hui elle est catastrophique, elle est même cataclysmique. Donc les extrémistes environnementaux finalement ce sont les industriels et les politiques dans l'état actuel des choses. Ne pas être radical, c'est une forme de coqueterie occidentale. Ne pas avoir le cœur bouillant aujourd'hui, c'est choisir de ne pas comprendre ce qui se passe sous nos yeux. C'est choisir d'occulter la réalité, un peu comme cette statuette de singe qui se masque le visage.

Donc si notre loyauté aujourd'hui va envers les espèces sauvages plutôt qu'envers le monde industriel, effectivement la radicalité ne se questionne même pas. Nous n'avons plus le choix. Voilà,

17:05
Présentateur

Léna Lazare, j'imagine que vous partagez ce constat, non ? Nous n'avons plus le choix.

17:09
Invité

C'est sûr qu'il faut agir et en fait je pense que la majorité des personnes qui nous écoutent font partie des premières concernées et ne sont sans doute pas celles qui participent activement en tout cas à faire perpétuer ce système économique des structeurs du vivant.

Enfin voilà, ce ne sont pas dans les pouvoirs politiques et économiques au placé en tout cas dans ces structures-là et en fait on sait très bien que nous en France on ne va pas être les premiers à subir les conséquences du dérèglement climatique mais en fait que voilà plus moins on est aisé plus on va être on va subir en tout cas les effets du dérèglement climatique et on sait qu'au final globalement on va quand même être on va tous être concernés et qu'on sait très bien qu'il va y avoir aussi des effets conséquents en France notamment au niveau de la sécheresse etc. Enfin on le voit déjà donc là il n'y a pas d'autre choix que de s'engager dans une action collective selon moi.

18:11
Présentateur

Collective et donc aussi Stéphane Labranche pour vous cette radicalité chez certains militants écologistes on peut la dater ou pas ou elle a toujours un peu existé on l'a vu avec Greenpeace une certaine forme aussi est-ce que finalement aujourd'hui on peut dire que les plus jeunes qui se radicalisent dont certains écologistes sont les enfants de Greenpeace ?

18:35
Invité

Alors c'est donc que vous posiez la question parce qu'il y a une autre personne qui est assez

18:39
Présentateur

connue dans le domaine C'est pour ça que je vous pose la question

18:41
Invité

Avec Dominique Bourre et moi on discute depuis 2008 de la montée de la radicalité écologique on ne la voyait pas arriver et c'est à partir de 2015-2016 qu'on a commencé à voir quelque chose vraiment émerger de manière plus forte pas juste anecdotique mais vraiment passer dans les médias avec beaucoup plus de monde et en fait ce qui nous a surpris c'est que ça prenne autant de temps c'est pas l'inverse et pour moi c'est associé à autre chose c'est une partie des jeunes qui étaient complètement sortis du monde associatif traditionnel écolo qui ne s'y retrouvaient pas et qui ont commencé à créer leurs propres associations leurs propres associations biodiversité, climat avec des modes d'action différents et avec des questionnements assez profonds la radicalité écologique c'est pas juste me coller les mains c'est de penser de manière profonde le fonctionnement de la société est-ce que j'accepte le système capitaliste productiviste ça il y a beaucoup de gens qui questionnent il y a moins de gens qui questionnent le système de consommation de confort dans lequel on est arrivé et par confort je veux dire être capable de changer de téléphone portable tous les ans de changer de télé est-ce que tout ça c'est nécessaire donc ces questionnements-là radicaux quand même soulèvent la question de comment je vis au quotidien avec quoi je suis confortable qu'est-ce que je considère comme étant un bien essentiel ou un service ou une liberté est-ce que c'est une liberté de pouvoir acheter un téléphone portable plus les deux ans je suis pas sûr et donc c'est pour ça que les questions sont fondamentales et je pense qu'inconsciemment émotionnellement c'est pour ça que ça suscite des réactions aussi violentes

20:05
Présentateur

on va continuer à parler justement de cette radicalité dans le mouvement écologiste dans un instant mais tout de suite on va s'écouter au tisqueur avec Labrador le débat de midi nous parlons de radicalité écologique est-ce que cette démarche peut aider à sauver la planète n'hésitez pas à réagir via l'appli France Inter pour nous laisser vos notes vocales ainsi que vos messages vous pouvez également réagir par whatsapp au 07 64 13 70 07 07 64 13 70 07 et pour en parler autour de la belle table du débat de midi nous avons Laurence Venn qui est donc directrice de la communication de Greenpeace France Léna Lazare porte-parole des soulèvements de la terre et puis Stéphane Labranche sociologue du climat tient d'ailleurs sur l'appli Inter il y a Lauriane qui nous a laissé ce message alors bon c'est on va dire c'est une réaction un peu radicale alors elle va dire moi je ne suis pas pour les actions violentes mais quand je lis qu'on va mettre à l'eau un paquebot qui va transporter 10 000 passagers me viennent des envies de plastiquage voilà c'est un peu radical mais c'est vrai que aussi Laurence Venn même si on ne s'engage pas on a toujours on a un peu aussi ce genre de réaction quand on voit des choses qui nous paraissent insupportables pour reprendre l'expression du film Don't Look Up en effet quand on voit ces histoires de paquebots quand on voit en effet qu'on crée encore plus d'engins pour polluer et que nous-mêmes on va utiliser mais sur le moment on est choqué et donc là on a envie peut-être aussi de faire des choses d'être plus radical finalement consciemment

24:21
Invité

oui oui alors bien sûr il y a deux choses donc je rappelle vraiment qu'il faut distinguer ce qui est violent de ce qui est radical vraiment donc ça c'est important puisqu'on peut être radical et non violent puisque voilà c'est ce que nous Greenpeace voilà

24:36
Présentateur

vous vous êtes inscrit

24:37
Invité

nous sommes inscrits dans ce volet-là et après il faut effectivement reprendre un peu de recul et se dire qu'est-ce qui est violent vraiment aujourd'hui est-ce que c'est pas de laisser encore une fois des industries fossiles ravager la planète et compromettre notre avenir où est la réelle violence aujourd'hui qu'est-ce qui est vraiment inacceptable je pense que c'est vraiment et de voir qu'on a vraiment un paradoxe où aujourd'hui ce sont des militants écologistes qui sont qualifiés d'éco-terrorisme et qu'à côté de ça on donne la légion d'honneur à Patrick Pouyanné qui est quand même à la tête d'une multinationale du pétrole et du gaz et on sait bien que ce sont les énergies aujourd'hui qui sont responsables de 86% des émissions de gaz à effet de serre

25:21
Présentateur

alors Laurence Venn pour être très concret beaucoup de gens aussi se disent ah bah voilà aujourd'hui en effet il y a des gens qui sont plus radicaux que d'autres mais à quoi ça sert clairement aujourd'hui par exemple quand Greenpeace perturbe vous en parliez justement de Total Energy perturbe l'Assemblée Générale de Total Energy à quoi ça sert ?

25:39
Invité

à quoi ça sert ?

alors déjà on n'était pas seul puisque c'était vraiment un collectif donc on était avec les Amis de la Terre avec ANV COP21 il y avait Extinction Rebellion enfin voilà on agit voilà ça sert vraiment à à expliquer qu'aujourd'hui au moment de l'Assemblée Générale donc qui réunit les investisseurs de Total de dire on ne peut plus continuer à laisser Total dire que voilà c'est la majeure responsable de l'énergie ce n'est plus possible donc c'est vraiment aussi pour dénoncer le greenwashing de ces entreprises qui nous font croire que le gaz est une énergie de transition qu'ils investissent dans les énergies renouvelables alors que la réalité et on la voit c'est 90% des investissements dans les énergies fossiles et que c'est un modèle économique vraiment qui nous mène à notre perte alors que l'agence internationale de l'énergie a dit que pour respecter en fait les objectifs de l'accord de Paris plus aucune infrastructure pétrolière gazière ou de charbon ne doit être ouverte donc voilà on ne peut plus en fait se permettre ça donc de faire des happenings devant et de bloquer l'Assemblée Générale de Total c'est pour rappeler ce message-là pour ne pas laisser le business as usual comme on dit donc de laisser faire sans élever la voix parce qu'on voilà le temps presse

27:03
Présentateur

Léna Lazare véritablement vous vous l'avez dit au départ vous étiez engagé donc Youth for Climate aujourd'hui de vouloir pousser un peu plus loin votre volonté d'action ça veut dire que vous croyez véritablement que ces actions peuvent faire changer la donne c'est-à-dire que quand vous organisez une manifestation ou quand vous débâchez en effet des grandes bassines d'eau ça veut dire vous pensez vraiment que le gouvernement va vous entendre échanger

27:27
Invité

bah oui c'est le cas enfin en fait moi j'ai fait mon lycée à La Rochelle donc à 30 minutes des premières bassines qui ont été construites quand j'étais au lycée franchement à part les personnes du coin etc personne n'en avait entendu parler et en plus on se rendait compte que personne n'écoutait les militants et ce qui est assez intéressant c'est que sur la plupart des projets polluants et imposés contre lesquels on se bat au soulèvement de la terre souvent il y a un véritable déni de démocratie il y a des consultations publiques les gens sont majoritairement contre mais ça passe quand même en force et c'est vraiment le cas de ces méga-bassines et là depuis qu'on a commencé à faire des manifestations d'ampleur nationale mais aussi à faire des actions de désobéissance civile qui ont fait perdre quand même pas mal d'argent à la COP de l'eau parce qu'il y a 13 méga-bassines qui ont été débâchées par les soulèvements de la terre mais voilà il y a un mouvement de fonds local contre ces infrastructures-là on voit que toutes ces actions en tout cas conjointes laquelle est la plus efficace et laquelle fait plier le gouvernement je pense qu'il n'y a pas un mode d'action qui permet de faire entendre ces revendications c'est toute une constellation d'actions et de groupes qui vont dans le même sens et ce qui se coordonne mais en tout cas là il commence à reculer sur les méga-bassines il y a plusieurs institutions de l'eau qui disent en fait il faudrait y aller vers ce moratoire peut-être qu'une fois qu'on aura fini les trois qui sont vraiment planifiés va stopper le projet et ça c'était totalement inconcevable quand j'étais au lycée et que pourtant la plupart des gens étaient déjà indignés contre les méga-bassines

28:52
Présentateur

Stéphane Labranche aujourd'hui est-ce qu'il y a eu déjà un projet ou est-ce que la radicalité écologique a déjà fait avancer une cause ?

29:03
Invité

L'exemple qui vient d'être donné pour moi et il y en a eu d'autres il y a eu le cas c'était à Greenpeace je me souviens bien en Angleterre qui avait dégradé c'est-à-dire avec des grands graffitis et des drapeaux une cheminée d'une centrale thermique donc à charbon ils ont été arrêtés c'est allé en cours et la cour de justice avait décidé que c'était pour le biais commun de l'humanité et donc ils n'étaient pas coupables et en fait on voit ce type de c'est une chose que je voulais soulever un point que je voulais soulever mais partout dans le monde maintenant il y a plein de cas judiciaires en justice d'associations de citoyens etc.

qui tentent d'amener soit des entreprises soit leur gouvernement en cours pour dire vous ne faites pas assez et ça ça fait partie justement de cette constellation dont on parlait tout à l'heure donc moi je trouve que c'est une bonne idée je crois vraiment que la meilleure façon de faire ce n'est pas de ne pas rechercher une seule solution ou une seule méthode ou un seul mode de communication pour arriver à des fins ça ne marche pas il y a une diversité incroyable dans la population d'intérêts de préoccupations de machins de trucs et ce qu'il faut faire c'est d'avoir cette diversité de modes de communication puis aussi de modes d'action ensuite c'est à nous en tant qu'individus de nous poser nos propres limites sur ce qu'on a envie de faire ou pas

30:14
Présentateur

Stéphane Labroule est-ce que vous diriez par exemple que l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes c'est un succès de l'écologie radicale

30:23
Invité

je dirais que s'il n'y avait pas eu ces actions il y aurait probablement eu un aéroport

30:28
Présentateur

oui c'est ça Laurence Vein on peut le dire par exemple la 7 ZAD qui s'était organisée montée

30:33
Invité

bien sûr mais c'est comme le projet Europa City également donc réellement quand on a dégradé vous en parliez tout à l'heure des filets de pêche dans le cadre de notre campagne au thon rouge ça a amené à une réduction drastique des quotas de pêche de thon quand les faucheurs OGM qui est une forme de dégradation se sont mobilisés donc un combat qu'on a évidemment aussi beaucoup soutenu ça a amené quand même la victoire qui est qu'aujourd'hui les consommateurs européens ne trouvent pas d'OGM dans leur assiette c'était en 2015 donc bien sûr c'est des actions qui ont été vues comme radicales au moment où elles ont été menées mais qui ont eu un impact réel pour les consommateurs

31:18
Présentateur

Léna Lazard d'après vous est-ce qu'il est possible aujourd'hui de se faire entendre sans radicalité je prends exprès ce terme comme ça sans radicalité ou est-ce que ça veut dire aussi ça correspond à la société dans laquelle nous voyons c'est-à-dire aussi bien au niveau politique parfois dans nos rapports aussi est-ce que c'est nous sommes dans une société qui se durcit un peu pour vous est-ce qu'on peut se faire entendre sans radicalité

31:37
Invité

ce qui est sûr c'est qu'il faut avoir des revendications radicales dans le sens où pour moi des revendications qui ne sont pas radicales ne sont pas à la hauteur des enjeux mais par contre sur les modes d'action plus offensifs on est très content qu'on n'a pas à désobéir et qu'on gagne contre un projet polluant et imposé ou qu'on permet d'influencer une législation mais parfois c'est le cas on gagne grâce à des recours juridiques qu'on gagne grâce à des parlementaires d'opposition mais malheureusement il y a plein de luttes où il faut passer à d'autres modes d'action il faut aller bloquer des chantiers il faut aller occuper des terres qui vont être artificialisées si on ne le fait pas et on voit en effet que dans de nombreuses luttes on a cité Notre-Dame-des-Landes on pourrait citer le Larzac on pourrait citer Plogoff si on parle des grandes luttes

32:20
Présentateur

alors rappelez Plogoff ce que c'est dans les années 70

32:23
Invité

c'est dans les années 70 c'est une lutte contre une centrale nucléaire en Bretagne et il y a eu notamment des actions d'occupation de chantiers le mouvement anti-nucléaire a été sans doute le premier gros mouvement écologiste de masse en France il y a eu plein d'actions percutantes et très intéressantes parfois beaucoup plus radicales d'ailleurs que celles prônées par les soulèvements de la terre parce qu'il y a la mère de l'écoféminisme Françoise Dobonne qui a été quand même jusqu'à poser des bombes dans un chantier donc voilà les années 70 autre époque mais aussi pour dire que d'ailleurs là peut-être qu'on a un renouveau de la radicalité mais que dans le mouvement écologiste il y a toujours eu des actions assez radicales mais avec cette limite de ne pas s'en prendre aux personnes donc c'est assez intéressant à resituer historiquement

33:04
Présentateur

Ce qui est assez intéressant aussi Stéphane Labranche c'est que là on parle avec deux personnes françaises sous les monts de la terre et Greenpeace mais on voit ces mouvements qui éclosent un peu partout en Europe on a vu justement alors on le voit en Angleterre extinction en Bélion ou d'autres contre l'exploitation du pétrole on en voit en Italie on en voit en Allemagne aussi avec en Allemagne un groupe assez fort ça veut dire que c'est le aujourd'hui le combat d'une génération cette radicalité ?

33:32
Invité

Absolument moi je fais des tests de radicalité écologique dans mon cours depuis une vingtaine d'années et je vois une montée en radicalité de la pensée et des modes d'action qui sont préconisés parmi mes étudiants et donc ça je l'ai vu à partir de 2009-2010 à partir de l'échec de Copenhague donc de la négociation internationale sur le changement climatique qui a échoué heureusement qu'il y a eu celle de Paris en 2015 après on voit une augmentation et un renforcement et une amélioration des stratégies un renforcement des techniques aussi du passage de culture voici ce qu'on a fait là ça n'a pas fonctionné parce que maintenant on apprend aux autres à le faire correctement et donc ça devient un système en fait ça devient pour moi un vrai phénomène de société qui vaut vraiment la peine d'être analysé non seulement sociologiquement mais aussi psychocognitivement c'est pourquoi quels sont les moteurs de l'anxiété de la peur de l'angoisse qui sont derrière ça parce que juste pour rappel on peut quand on est angoissé face à quelque chose la réaction de base pour le cerveau c'est l'ignorer et de faire l'autruche

34:34
Présentateur

pour vous il y a un rapprochement entre engagement radical et par exemple ce qu'on a appelé l'éco-anxiété

34:39
Invité

c'est ce qu'on a trouvé en tout cas c'est une manière constructive active de gérer une angoisse plutôt que de la nier j'ai quand même rencontré 2-3 écologistes qui eux-mêmes s'appelaient radicaux qui avaient fait partie de certains de ces mouvements et qui ont abandonné la lutte et qui se disent bon il me reste 10 ans pour voyager parce que ça va être foutu après donc je prends l'avion et je me barre ça c'est un petit peu inquiétant donc il y a une vraie diversité en fait des réactions mais il est clair demander à n'importe quel petit ça c'est un peu bizarre mais face à une angoisse si vous agissez ça réduit l'angoisse

35:14
Présentateur

c'est ça en effet alors Laurence Vanille il y a Julien sur l'appli Inter qui nous laisse ce message dans une démocratie c'est aux citoyens d'entraîner les politiques si les citoyens veulent continuer à utiliser la voiture individuelle consommer de manière déraisonnable la politique ira dans son sens c'est vrai qu'on a souvent tendance à dire les gouvernements ne font pas assez mais il est vrai que nous aussi en fait on doit être mis dans la balance et agir aussi de notre manière dans nos quotidiens

35:40
Invité

oui mais encore une fois je pense que les citoyens ils ont envie d'agir tous les sondages ces dernières années montrent que les citoyens sont prêts à en faire plus que les citoyens sont prêts aussi à changer leur mode de vie donc il y a il y a vraiment ce désir alors juste pour parler sur l'exemple du 110 km heure on sait que ça a un impact réel les politiques de passer de 130 à 110 sur les autoroutes alors ça a été une polémique c'était une mesure proposée par la convention citoyenne pour le climat qui a été tout de suite mise, écartée par Emmanuel Macron en brandissant un joker alors qu'on a vu qu'en fait il y a une majorité de l'opinion publique qui était favorable alors courte certes mais qui était favorable à ça donc si vous voulez je pense qu'il y a une frilosité une peur des politiques à mettre en oeuvre des transformations qui sont pourtant attendues aujourd'hui par l'opinion publique donc c'est ça aussi le paradoxe dans lequel on se trouve aujourd'hui

36:38
Présentateur

Stéphane Labranche je voulais y réagir

36:40
Invité

ouais là je suis pas d'accord les gens déclarent vouloir faire des changements quand on leur demande ce qu'ils font à la maison des enquêtes globales dans plus de 24 pays ils l'ont montré la première action menée contre le changement climatique et c'est les gens qui répondent c'est de faire le tri donc on ira pas loin en faisant le tri contre le changement climatique et puis plus une action comme devenir végétarien faire de la rénovation énergétique de son bâtiment est impliquante ou coûtante en termes d'efforts cognitifs d'efforts de changement de vie moins elle est appliquée puis en plus moi je bosse beaucoup avec des collectivités territoriales qui ont envie d'aller beaucoup plus vite et qui sont constamment stoppées et freinées par des populations qui ne veulent pas d'arbres dans leur centre-ville parce que ça fait rentrer les insectes par la fenêtre là c'est pas une anecdote c'est pas qu'une anecdote c'est une réalité

37:24
Présentateur

c'est vrai Laurence Venn

37:25
Invité

il y a une vraie diversité

37:26
Présentateur

c'est ça on voit un exemple très concret tout à fait

37:29
Invité

mais je pense qu'en fait c'est une question d'accompagnement voilà Stéphane Labranche parle par exemple de la rénovation énergétique des bâtiments ça coûte extrêmement cher les citoyens n'ont pas les moyens pour l'immense majorité de mener ces transformations sans être accompagnés donc le rôle du politique c'est l'accompagnement de pouvoir aussi changer son mode de transport personne ne veut quitter abandonner sa voiture individuelle s'il n'y a pas une alternative qui est proposée ou passer à une voiture électrique donc il faut développer les transports en commun il faut accompagner financièrement pour la rénovation énergétique des bâtiments et ça ce sont les politiques qui doivent le mener donc je pense qu'il faut aussi remettre la responsabilité là où elle réside réellement

38:12
Présentateur

Léna Lazare sur aussi ce on le voit dans les sondages d'opinion sur la radicalité les français peuvent la craindre de temps en temps ils se disent oui en effet on veut bien changer nos modes de vie mais là ça va peut-être trop vite trop loin on le voit d'ailleurs dans certaines réactions je vous lirai juste après mais vous les comprenez aussi à un moment les français qui peuvent être choqués de temps en temps par certains modes d'action

38:32
Invité

je peux comprendre d'autant plus avec le récit justement qu'il y a dans les médias de certaines actions moi j'étais très attristée et en colère de voir comment on parlait de mon mouvement les soulèvements de la terre après Sainte-Soline certes il y a eu des affrontements dans une petite partie de la manifestation mais est-ce que du coup ça veut dire qu'après à tous les plateaux que je vais faire il va y avoir qu'en boucle des camions de police qui brûlent enfin c'est pas très représentatif on a fait une trentaine d'actions et à la manifestation à Sainte-Soline il s'est passé aussi beaucoup de choses que les affrontements donc on voit qu'il y a un récit criminalisant assez réducteur et qu'on fait tout aussi pour que les gens commencent à avoir une mauvaise opinion une mauvaise opinion de nous et ensuite voilà c'est de la bataille de la communication mais c'est vrai qu'on est toujours obligés de se défendre après c'est assez intéressant parce que justement suite à l'histoire de la soupe etc.

dans les pays anglo-saxons il y a une étude

39:26
Présentateur

contre les tableaux notamment dans les musées

39:28
Invité

une soupe mise sur un Van Gogh voilà oui oui pardon oui non mais il faut rappeler il est militaire

39:34
Présentateur

on a faim

39:34
Invité

et il y a une étude qui a été faite donc auprès de la population en Angleterre et qui montre que en fait ces actions-là elles permettaient aux personnes qui sont déjà contes d'avoir davantage d'arguments et qu'elles elles faisaient beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux etc.

mais que en fait chez les personnes qui avaient déjà de la sympathie pour le mouvement écologiste soit c'était neutre soit ça a renforcé la sympathie mais qu'en tout cas ça avait peut-être tendance à plus polariser les opinions mais que ça n'avait pas un effet négatif en soi et donc c'était intéressant de voir cette étude sociologique-là parce qu'on est tout le temps c'est contre-productif bon après moi j'estime en effet qu'on n'a pas le choix quand des machines arrivent sur un chantier qu'il y a des recours juridiques en cours mais qu'on aura peut-être la décision que dans un mois et que pourtant les machines arrivent et vont détruire le terrain au bout d'un moment on est obligé de bloquer ce chantier mais donc de toute façon je ne remettrai pas en question pas forcément une opinion négative dans la population

40:31
Présentateur

Alors via WhatsApp justement on a ce contraste c'est ça qui est assez intéressant d'un côté il y a François qui nous dit la désovéissance civile c'est de la délinquance voilà tout simplement et de l'autre il y a Dominique qui nous dit qui nous met entre parenthèses en 71 ans il dit je soutiens les actions dont il m'arrive quelques fois de regretter le caractère violent mais pour moi c'est dans ce sens redoutable pour lutter contre le réchauffement climatique et il précise donc qu'il a un certain âge 71 ans pour montrer qu'il n'y a pas que les gens plus jeunes même qui adaptent ça mais on le voit en effet là Laurence Venn ce contraste entre la population française et même européenne tout à l'heure je parlais en Allemagne en effet l'équivalent un petit peu de soulèvement de la terre beaucoup d'Allemands disent nous on n'est pas d'accord du tout avec ce type d'action mais on est contre le fait qu'aujourd'hui le gouvernement allemand veuille entamer des poursuites judiciaires vous voyez on est aussi on a ce contraste là

41:25
Invité

oui oui c'est évidemment une population n'est pas homogène donc forcément il y a une confrontation d'idées d'opinions et ce qui est intéressant c'est de créer du débat c'est d'en parler parce que moi je suis convaincue que c'est en discutant en échangeant et surtout pas ne surtout pas rester dans nos bulles mais c'est en échangeant qu'on peut commencer à se comprendre et faire aussi bouger les positions je reviens juste sur cette notion de l'auditeur qui disait la désobéissance c'est de la délinquance

41:56
Présentateur

c'est ça

41:57
Invité

donc la désobéissance civile effectivement c'est enfreindre une loi parce qu'on estime qu'il est légitime de le faire et je pense qu'il faut vraiment aussi bien comprendre ce qu'est la désobéissance civile à un moment donné et on l'a vu au niveau historique la discrimination était légale et donc à un moment donné il y a eu de la désobéissance civile parce qu'il était légitime de dénoncer les discriminations raciales donc la désobéissance civile elle est légitimée en fait elle peut tout à fait se justifier parce qu'elle est légitime face à des lois à un système qui aujourd'hui certes est légal mais contribue en l'occurrence à notre perte si rien ne change

42:44
Présentateur

allez on va continuer dans le débat de midi à parler de radicalité écologique n'hésitez pas à réagir via l'appli France Inter en attendant on s'écoute sans fin avec Spirit 2.0

42:55
Locuteur non identifié

Ways will catch you life will catch you love will catch you spirit gonna catch you yeah lying in reflections moonlight hits your skin versation you question where I've been two bodies on this mattress as it sinks automatic self-protection airbags airbags airbags in my hands when I'm drifting into open sky I don't feel so scared when things open I've got you traveling Mathieu Pernin

46:38
Présentateur

le débat de midi le débat de midi nous parlons radicalité écologique est-ce qu'il faut être plus radical pour sauver la planète notamment avec Laurence Venn qui est directrice de communication chez Greenpeace France Léna Lazare porte parole des soulèvements de la terre également Stéphane Labranche sociologue du climat alors vous réagissez notamment via l'appli France Inter par des messages et des notes vocales et on va écouter la note vocale de Frédéric qui nous a appelé depuis la Suisse

47:08
Auditeur

Bonjour Frédéric j'appelle de la Suisse chez nous les militants écologistes extrémistes qui bloquent le trafic se collent les mains sur la route et qui font d'autres actions restent malheureusement impunis par les autorités et la police point nous avons des élections parlementaires cet automne et nous pensons qu'ils vont prendre vraiment une grosse défaite car la population en a assez de ces extrémistes points ce qui est d'autant plus fâcheux c'est qu'ils restent impunis malgré ces actions illégales

47:45
Présentateur

Voilà Frédéric qui nous parle d'un cas particulier la Suisse et donc Jérôme aussi alors qu'il fait comme un écho sur la messagerie et donc via l'appli Inter je me demande dit-il si la radicalisation du mouvement écologiste n'a pas pour racine l'incapacité du mouvement écologiste français à parler d'une seule voix et à participer par exemple à un gouvernement à rentrer dans une poétique de compromis et on le voit c'est vrai est-ce que l'Allemagne n'a pas fait mieux dans ce domaine puisqu'en effet aujourd'hui les écologistes gouvernent en Allemagne avec notamment l'équivalent du PS en France mais c'est vrai que c'est assez intéressant Laurence Vein parce qu'on se demande aujourd'hui quel impact est-ce qu'il y a un impact direct entre par exemple le soutien à des mouvements par exemple que ce soit Greenpeace que ce soit le soulèvement de la terre et au vote écolo est-ce que d'après vous est-ce qu'on voit ça est-ce que ça peut aider justement un mouvement écologiste politique ou alors en France on a toujours ce problème par rapport à l'Allemagne en effet où aujourd'hui ils sont au gouvernement

48:41
Invité

Oui alors on n'est pas du tout dans le même cas de figure que l'Allemagne l'Allemagne c'est une réelle tradition en fait de composer des gouvernements vraiment de coalition donc c'est complètement différent en France en France on a eu parfois des ministres de l'environnement qui ont essayé de faire bouger les choses malheureusement ce n'était pas eux qui avaient voix au chapitre puisque les décisions étaient prises au final par au ministère de l'économie et finalement ils étaient très limités on se souvient quand même du départ de Nicolas Hulot qui dénonçait les lobbies sur le pouvoir politique et donc l'incapacité dans laquelle il était pour faire changer les choses donc je pense que il faut aujourd'hui réellement lutter aussi contre finalement une forme de scepticisme sur le pouvoir politique et c'est ça aussi Greenpeace vraiment on pense que toute la solution réside dans le politique et il faut vraiment que les gens s'engagent et aillent voter on a vu aussi des niveaux d'abstention extrêmement élevés aux dernières élections et on le regrette parce qu'on pense qu'il faut en fait élire des gouvernements qui seront en mesure d'appliquer réellement des programmes ambitieux pour le climat donc voilà c'est aussi ce qu'on essaye de faire en sensibilisant notamment les jeunes à la nécessité de s'engager et le passage souvent par des associations par des collectifs par ces mouvements qui sont nés ces dernières années c'est un moyen aussi de se politiser de comprendre les phénomènes et dans ce cadre-là de vouloir aussi faire en sorte que ce soit des gouvernements ambitieux qui soient élus et donc ça c'est vraiment important

50:38
Présentateur

Léna Lazare vous justement sur la politique c'est quelque chose dans lequel vous croyez aujourd'hui qu'il y a une possibilité par exemple s'il y a des mouvements écologistes s'il y a un gouvernement favorable ou alors vous n'y croyez pas du tout

50:49
Invité

je pense qu'il faut être présent partout où on le peut là typiquement quand on demande un moratoire contre les méga-bassines ou par exemple contre les fermes-usines ce qui va être le cas cet automne parce qu'il y a une grosse loi agricole nous lorsqu'on fait des mobilisations de terrain qui mettent vraiment la pression en même temps s'il n'y a pas des parlementaires à côté pour porter justement des lois qui sont à la hauteur des enjeux on a quand même du mal à arracher des victoires donc moi le choix que j'ai fait en tout cas c'est de faire partie de ces gens qui à l'extérieur du système politique institutionnel font pression sur ce dernier mais c'est important aussi en fait qu'il y ait des personnes qui s'investissent en politique après je suis d'accord c'est assez complexe il y a beaucoup de militants qui ne sont pas dans mon cas qui ne vont plus voter parce qu'ils ont l'impression que ça ne sert plus à rien et il y a vraiment aussi je pense cette impression là dans la jeunesse aussi mais je pense que là il y a de plus en plus une prise de conscience aussi qu'en face ils ne se posent pas des questions de voter pour quelqu'un qui est vraiment en accord avec ses idées totalement et que face à la montée de l'extrême droite face à des gouvernements qui ne font rien en fait pour le climat pour l'écologie il y a aussi la nécessité de voter même si c'est imparfait et que je pense qu'en effet c'est pas parce qu'un gouvernement écolo ou de gauche va arriver au pouvoir que d'un seul coup on va avoir vraiment de nombreuses lois à la hauteur des enjeux qui arrivent on peut reprendre l'exemple du Front Populaire où il a fallu quand même aussi qu'il y ait des manifestations gigantesques en fait pour que toutes les lois sociales qui en ont émergé vraiment soient actées et je pense qu'il y a toujours cette nécessité de faire pression sur le politique quoi qu'il arrive mais autant se faciliter la tâche avec un gouvernement de gauche

52:30
Présentateur

Stéphane Labranche on le voit en effet ces relations entre engagement radical et prise de conscience politique et politique institutionnelle c'est pas forcément aujourd'hui quand on le voit en France en effet on voit des plus jeunes qui préfèrent s'engager dans ce type d'association au collectif plutôt que de s'engager en politique

52:53
Invité

oui c'est normal parce que c'est vrai qu'il y a une certaine désaffection avec la politique mais il ne faut pas oublier non plus que l'idée que le politique peut tout et c'est la solution finale est une idée très française parce que ce n'est pas partagé dans les autres pays mais moi je voulais revenir pour en fait pour terminer je pense mais je voulais revenir sur un point que l'ENA a mentionné deux fois et que je trouve super intéressant c'est la diversité des moyens d'action en fait on voit que le mot lutte combat etc sont beaucoup utilisés moi je vois ça comme un combat d'art martial en fait où celui qui gagne n'est pas celui qui est le plus fort le plus rapide c'est celui qui a la meilleure stratégie pour répondre en fait aux forces et aux faiblesses de l'autre et donc face à un certain public en matière de communication il faut parler de certaines manières face à des politiques publiques il ne faut pas leur parler grand débat il faut leur dire comment la politique publique peut être construite quels effets ça peut avoir et comment s'assurer que ça a pas des effets négatifs sur la population notamment sur la précarité par exemple dans les accompagnements l'accompagnement pour les ménages c'est bien beau dire diminuer votre facture de 20% oui mais comment comment je deviens végétarien comment je cuisine comment je m'habille quand il fait froid je vais un peu loin mais en fait dans les études en sociologie sur les questions des freins au changement beaucoup de gens sont d'accord avec l'idée de tenter de changer mais quand arrive le moment de le faire c'est tellement lourd tellement difficile avec toute la charge qu'on peut avoir avec les enfants le sport le travail les déplacements les bouchons etc qu'à un moment donné on se dit ben là j'en peux plus je veux juste me regarder la télé soir donc pour vous ça c'est au pouvoir public de le faire c'est au pouvoir public de tenter de développer des modes d'accompagnement hyper opérationnels pour les gens dernier point là-dessus c'est ce qu'on fait plutôt mal en fait dans les agences de communication gouvernementales quels qu'ils soient ils ne disent viser cet objectif ils ne disent pas comment et ça c'est une chose sur laquelle il faut vraiment mieux travailler parce que sinon on n'arrivera à rien

54:57
Présentateur

un mot juste Léna Lazare à propos il y avait un autre groupe dont on avait beaucoup parlé avant de faire connaissance avec vous qui était Extinction Rebellion juste une chose c'est vrai qu'ils ont fait eux le choix de changer un peu de tactique c'est à dire que pas seulement des actions en effet revendicatives mais aussi des conférences des débats des rapports est-ce que vous vous imagineriez aller vers ça un peu comme l'a fait Greenpeace finalement par exemple vous faites des rapports on se souvient le rapport là où vous avez remarqué qu'il était moins cher de prendre l'avion par exemple que le train cet été et aussi de faire des actions est-ce que vous aussi vous iriez plutôt dans ce sens-là

55:29
Invité

ce qui est intéressant avec les soulèvements de la terre c'est qu'on est un mouvement national qui met en avant des luttes locales qui ont besoin de passer à l'échange supérieur pour gagner des luttes contre des projets polluants et imposés mais ces luttes au quotidien elles agissent en faisant des recours juridiques en faisant des manifestations potentiellement en produisant des contre-expertises donc comme je l'ai dit tout à l'heure on considère qu'il y a une complémentarité des tactiques dans le mouvement écologiste mais que c'est bien tout le monde a sa spécialité Greenpeace fait des gros dossiers du plaidoyer nous ce qu'on ne peut pas faire en fait on n'a pas les capacités de faire ça par contre on fait des grosses manifestes actions

55:59
Présentateur

c'est bien noté merci beaucoup en tout cas Léna Lazare merci à Laurence Venn d'être passée en studio au débat de midi merci à Stéphane Labranche et merci aux moyens techniques de France Blues Air qui nous ont permis d'entendre votre magnifique voix à travers les tuyaux également à la technique il y avait Rémi Sistiaïa émission réalisée par Étienne Bertin et préparée par Constance Vullanova Aloïse Nollet Mathilde Texier Savannah Ruelan le débat de midi revient demain bien sûr