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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 20 juillet 2025 20 min

Quel avenir pour les festivals en France ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

À 8h18, le plus grand festival de France, sans doute le plus connu, bassons plein ce soir. Dernier jour, des vieilles charrues sur Seinezao de Sagazan, les Sexpistols ou encore Damso, 60 000 entrées par jour depuis jeudi. Et pourtant, le festival breton, comme beaucoup d'autres, est en difficulté financière. Alors, le modèle français des festivals est-il en péril ? On en parle ce matin avec nos trois invités en ligne avec nous. Jean-Paul Roland, bonjour. Bonjour. Vous êtes le directeur des Eurocayennes de Belfort. Aurélie Andouche, bonjour.

0:40
Invité

Bonjour.

0:41
Présentateur

Vous êtes délégué général du SMA, le syndicat des musiques actuelles. Vous représentez un peu plus de 150 festivals indépendants. Et avec moi en studio, Angelo Gopé. Bonjour, monsieur. Bonjour. Directeur général de Live Nation France, Live Nation leader mondial de la production de concerts. Pierre, vous êtes notamment derrière le festival Lola Paluzza qui se tient lui aussi ce week-end. Eh bien, rapidement pour commencer, puisque nous avons deux organisateurs, vous demandez d'abord si le public est au rendez-vous cet été. Jean-Paul Roland, les Eurocs, c'était-il y a deux semaines ? Est-ce que c'était plein ?

1:15
Invité

Alors, c'était presque plein, mais c'était quand même la deuxième fréquentation de toute son histoire, qui est déjà ancienne, puisqu'elle a 35 ans. Donc oui, c'est une très grande et joyeuse édition. Donc pour nous, il n'y a pas eu de problème d'affluence, on va dire.

1:29
Présentateur

Angelo Gopé à l'hippodrome de Longchamp, tout près de Paris. Il y a du monde ce week-end au Lola Paluzza ?

1:35
Joël Français

Il y a du monde ce week-end. On a terminé il y a quelques heures.

1:37
Présentateur

Et vous êtes là quand même, merci.

1:40
Joël Français

Sur une belle soirée avec Mike Lamar et David Guetta. Le public est au rendez-vous. On a eu un peu de pluie, mais ça fait partie de l'expérience. Donc je pense qu'on a fait une très belle édition 2025 qui se termine ce soir par de la K-pop, par de la frose, par de la musique anglaise et par Justin Tibaric.

1:55
Présentateur

Vous êtes sur deux modèles différents entre Lola Paluzza et les Eurocaines. On va en reparler justement, parce que ça fait aussi partie du sujet. Aurélien Ndouche, de façon générale, le public est toujours au rendez-vous. Dans les festivals de musique français.

2:11
Invité

Oui, effectivement, le public est au rendez-vous. On a fait le bilan de la saison des festivals 2024 pour les adhérents du SMA l'année dernière. Et on voit en fait que 49% des festivals qui sont adhérents ont affiché le complet sur au moins une des journées. Donc ça a été long après le Covid. Parce qu'il faut se souvenir que les concerts de boue ont été interdits pendant près de deux ans. De mars 2020 jusqu'à février 2022. 2022, ça a été assez compliqué encore. Mais on voit qu'il y a eu un vrai retour du public à partir de 2023. Et ce qui pose question, ça n'est pas la fréquentation, mais c'est plutôt le modèle économique.

Et on va sans doute en reparler après l'effet ciseau avec une inflation qui est extrêmement forte.

2:45
Présentateur

Alors justement, allons-y et continuons avec vous Aurélien Ndouche. Je le disais, la fréquentation est plutôt au rendez-vous. Et pourtant, près de la moitié des festivals français l'an dernier étaient déficitaires. Comment ça se fait en fait ? Comment on l'explique ?

2:59
Invité

Alors effectivement, c'est extrêmement préoccupant. Parce qu'on voit dans l'étude notamment que le Centre national de la musique et le ministère de la culture ont réalisé avec notre concours que près de la moitié des festivals qui remplissaient plus de 90% étaient déficitaires. Donc c'est extrêmement alarmant de voir ces chiffres-là. Ça se confirme encore cette année. On a des adhérents qui jouent complet cette année, mais qui perdent de l'argent. Alors le problème en fait, c'est qu'on a un effet ciseau. Ce qu'on appelle l'effet ciseau.

C'est qu'on a des charges qui ne font qu'augmenter, avec des primes d'assurance qui sont de plus en plus élevées, avec des salaires, avec des frais liés à la restauration, à l'hôtellerie. L'ensemble des charges augmente, la sécurité, la technique. Et dans le même temps, on a des ressources qui sont de plus en plus dégradées, avec notamment un apport des collectivités qui stagne, voire qui baisse, parce qu'il y a un contexte économique qui est compliqué. Et puis il faut rajouter aussi à ça une spéculation sur les cachets des têtes d'affiches qui est de plus en plus forte. Et donc à un moment donné, on n'arrive plus à équilibrer ce modèle économique.

La seule solution, ça serait d'augmenter de manière très forte le prix de place. Mais à un moment, on va avoir un décrochage avec l'attention du public si on va là-dessus. Et on a aussi une vraie volonté sur les festivals indépendants associatifs de rester accessible, d'avoir des tarifs de place qui permettent en fait à tous et à toutes d'être présents et de ne pas avoir une culture du luxe. Donc c'est un peu cette équation qu'on essaye de résoudre actuellement.

4:18
Présentateur

Sachant que le prix moyen d'une place en festival a déjà augmenté à 60% sur 10 ans, c'est plus que l'inflation. Angélo Gopé, justement, sur ces coûts, est-ce que disait notre invité à l'instant, les primes d'assurance notamment, qui augmentent, vous le constatez, ou dans l'organisation des festivals, des concerts de manière générale ?

4:41
Joël Français

On a subi entre 40, 50, 100% de l'ensemble des coûts d'exploitation depuis la sortie du Covid. Donc effectivement, il y a eu les assurances, parce qu'il y a eu sa fameuse assurance Covid. Donc du coup, il va falloir qu'ils récupèrent un peu leur argent quelque part. Donc ils ont explosé les coûts de l'assurance. Le coût de la matière première a augmenté, les coûts d'essence et d'inflation. Donc je pense qu'on en parle aussi directement. On voit très bien sur Paris, entre 2022 et aujourd'hui, on a eu quasiment 80% de coûts d'augmentation sur les coûts d'exploitation. Et ça se ressent aujourd'hui aussi, également, sur les artistes.

Parce que si nos charges de production augmentent, les leurs aussi. On se rend compte qu'on est aussi producteurs de spectacles, et pas que de festivals. Les coûts de plateau des artistes, entre l'avant Covid et l'après Covid, ont doublé, voire triplé. Pourquoi ? Parce que, comme pour un festival, l'assurance, les assurances ont augmenté. Un bus, aujourd'hui, avec le coût de l'essence qui a augmenté depuis le Covid, c'est quasiment le double. Écadement, c'est le double. Donc les coûts de platon ont également augmenté. Et forcément, les cachets l'ont fait aussi. Donc il y a une part, une spéculation de certains artistes.

Et d'autre part, il y a des coûts quand même explosés du côté des artistes également.

5:58
Présentateur

Jean-Paul Roland, justement, allons-y. Tiens, sur les cachets des artistes, vous qui travaillez et qui êtes à la tête depuis un certain temps des eurocaïennes de Belfort, vous l'avez constaté aussi, ce phénomène. Ça vous coûte... Faire une affiche vous coûte de plus en plus cher ?

6:13
Invité

Oui, mais ça coûte de plus en plus cher, effectivement, par les artistes. Ça a été dit et on l'a expliqué et réexpliqué depuis, bien entendu, le fait que le centre de gravité économique pour les artistes s'est déplacé de la perte de disques, j'allais dire, de vente de disques au live. Ça, on le sait. C'est, on va dire, depuis les années 2000 que ça existe. Après, moi, ce que je crois quand même dans cette affaire-là, effectivement, c'est qu'il y a beaucoup, beaucoup de festivals, beaucoup de modèles de festivals. Il est très difficile de les mettre tous, j'allais dire, sur une même vision parce qu'on a tous des histoires différentes. Il y a des festivals ruraux énormes, le Hellfest.

Il y a des petits festivals qui sont en milieu urbain, etc. Je pense que ça a tout le monde de trouver un peu son économie. La problématique, effectivement, qu'on peut avoir, c'est les fessiseaux dont a parlé Aurélie. C'est entre, finalement, des coûts croissants d'organisation et puis, bien entendu, une volonté affichée d'avoir, de maintenir des prix modérés parce que venir dans un festival, c'est aussi passer du temps en dehors du festival. C'est arriver au festival, c'est manger. C'est, bien entendu, trouver un hébergement, etc.

7:22
Présentateur

Mais justement, sur les prix Jean-Paul Roland, est-ce que vous n'allez pas être obligé de les augmenter ? Ils ont déjà augmenté, mais est-ce que vous n'allez pas être obligé pour que le festival survive, enfin, pour vous parler des Eurokéennes, mais de manière générale, augmenter le prix des billets ?

7:37
Invité

70% des recettes du festival des Eurokéennes proviennent de la billetterie. Mais il en reste encore 30%. Dans ces 30%, il y en a 20% qui sont sur le sponsoring et le mécénat. Et je dois dire que sponsoring et le mécénat, c'est quand même pour nous, effectivement, une des solutions pour pouvoir, effectivement, et on le dit à nos mécènes, que faire un don aux Eurokéennes, c'est permettre de maintenir encore le prix du billet. Alors, bien entendu, le prix du billet augmente, mais enfin, vous regardez, mon collègue confrère Angelo pour en parler, venir à un festival comme les Eurokéennes coûte, on va dire, en moyenne, entre une soixantaine d'euros.

Bon, ben, si vous regardez pour une vingtaine d'artistes, quand même, dont certains quand même majeurs, puisque certains font des stades, ça reste malgré tout un prix, on va dire, modéré, même si on voit bien qu'il n'est pas accessible pour tous.

8:29
Présentateur

Angelo Gopé, là-dessus, justement, ça reste toujours rentable de venir dans un festival.

8:33
Joël Français

On a pu se rendre compte, en France, on a pris des festivals et des concerts les moins chers. C'est-à-dire qu'on n'a pas suivi... On se rend compte que l'inflation des coûts de production a été de 70% quand même depuis quelques années. L'augmentation des billets a été de 13%. Et comme le dit Jean-Paul, on est aujourd'hui au rapport qualité-prix, on est les meilleurs en Europe.

8:49
Présentateur

Là où au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, n'en parlons pas, les prix des billets sont hallucinants.

8:54
Joël Français

Moi, je pense que, comme le dit Jean-Paul, et ça a été l'un des premiers de le faire, mais pas 2000, bien avant, il faut être ambitieux, il faut être audacieux aujourd'hui dans la programmation, aller chercher d'autres artistes et être beaucoup plus avant-gardiste. Et Jean-Paul a été l'un de ceux-là. Il faut le rappeler, c'était un des premiers festivals qui a fait du rap en France. C'est un des premiers qui a fait Jay-Z. Moi, à l'époque, je suis venu au Rose-Huricaine avec Jay-Z. Et voilà, qu'on fait sa programmation aujourd'hui. Il a Kalash, il a DJ Snake, il a Maiden. Il va plus loin. Donc, je pense qu'il a parlé du LFS.

Je pense qu'aujourd'hui, il y a un modèle à revoir, mais il y a également aussi un modèle artistique à revoir. Je pense qu'il faut aller beaucoup plus loin que ce qu'on fait aujourd'hui. Nous, on le voit, on met Thames, on met Ivy qui a de la K-pop. Il n'y a aucun festival en France qui met de la K-pop. C'est un des genres majeurs aujourd'hui de la musique. Donc, je pense qu'il y a un véritable, aujourd'hui, renouvellement à faire dans les festivals. Il faut se poser parce qu'on ne peut pas continuer, effectivement, à avoir cette façon de cacher. Mais le problème, c'est qu'il y a une surenchère qui se fait. Certains en profitent, même voire en abusent.

Et je pense qu'il faut vraiment mettre tout ça à plat et tous ensemble, surtout ce qui est important, et pas chacun dans son coin, et revoir des choses.

9:57
Présentateur

Aurélie Handou, justement, sur la diversification des affiches, peut-être, et je voulais peut-être revenir sur un critère que donnait Jean-Paul Roland en parlant du mécénat, du sponsoring. La diversification des revenus, on l'imagine, elle est plus facile pour les plus gros festivals que pour les plus petits ?

10:16
Invité

Pas nécessairement, en fait, parce que ça dépend vraiment du contexte territorial. Si vous êtes sur un contexte urbain où il y a énormément de concurrence, si vous avez aussi, par exemple, du sport qui va chercher du sponsoring, si vous avez d'autres festivals, si vous êtes sur une grande ville où il y a beaucoup d'acteurs associatifs qui vont chercher du mécénat, du sponsoring, vous allez être sur une concurrence très forte. Alors que si vous êtes dans un territoire plus rural où vous avez un peu la main pour aller chercher des entreprises pour vous suivre, ça va être peut-être plus simple. Donc je pense qu'il ne faut pas être maniquin.

En effet, il n'y a pas une recette, les gros vont bien, les petits vont mal. Nous, ce n'est pas du tout ce qu'on constate au niveau de nos adhérents. C'est beaucoup plus contrasté que ça. Et effectivement, il y a quand même cet enjeu de rester dans une culture accessible, de rester dans une culture du quotidien, de ne pas tomber dans le tout événementiel avec des prix de place jour qui peuvent être autour d'une centaine d'euros. Alors que pour continuer à faire venir le public à nos événements, effectivement, il faut rester avec des tarifs abordables. Comme l'a dit Jean-Paul Roland, il y a aussi le coût pour se nourrir, pour se déplacer, pour se loger.

Et à un moment donné, on voit qu'il y a un décrochage. Et en fait, moins il y aura de culture aussi sur les territoires. Il faut penser aussi qu'il ne faut pas qu'il y ait uniquement des événements dans des grandes villes, dans des grandes métropoles. Il faut penser aussi sur l'aménagement du territoire. En France, un tiers de la population vit en milieu rural. Et en fait, si on retire ces festivals, bien souvent, on retire toute la culture qu'il y a sur le territoire. C'est ce qui fait le lien social. C'est ce qui fait aussi qu'il se passe des choses entre les habitants, avec le sport, évidemment, avec la vie associative. Et il faut aussi qu'on pense ça en termes électoraux.

C'est aussi un moment comment les habitants se sentent intégrés. Et puis, ce que ça va donner en termes de résultats des votes sur les prochaines élections.

11:49
Présentateur

Aurélien Douche, il y a aussi la question des subventions qu'on n'a pas encore abordées et qui sont importantes pour un certain nombre de festivals, notamment en zone rurale. Le contexte budgétaire de la France, on le connaît. Les subventions à la culture, de manière générale, ont baissé. Ça peut mener à la disparition de certaines structures de festivals ?

12:12
Invité

Oui, et je pense qu'il ne faut pas le résumer uniquement au milieu rural. En fait, cette baisse des subventions, elle concerne tout le monde. Effectivement, on a sorti une enquête au mois d'avril au SMA pour montrer l'ampleur des coûts budgétaires, que ça soit du côté des régions. Rien que du côté des régions, en 2025, c'est 66 millions d'euros en moins qui vont aller dans la culture. Avec ça, des coupes du côté du ministère de la Culture, du coup des collectivités territoriales. Tout n'avait pas encore été voté en avril du côté des départements et des villes. Mais effectivement, c'est beaucoup d'argent en moins qui va aller dans les événements culturels.

Et donc, encore une fois, ça pose la question de la pérennité, de la survie de ces événements. Qu'est-ce qui va en être ? On voit que si on compare sur un contexte international, en Grande-Bretagne, disparaissent des centaines de festivals indépendants. Donc, qu'est-ce qu'on veut comme politique culturelle ? La France est toujours targuée d'avoir une exception culturelle, d'avoir une accessibilité forte. Si on retire aussi tout ça, c'est aussi en termes de vision sociétale, qu'est-ce que le gouvernement cherche à obtenir à l'avenir ?

13:13
Présentateur

Je voudrais revenir sur la question de la programmation, Angelo Gopé, pour Live Nation. Est-ce que voir des stars internationales dans les festivals, finalement, ce n'est pas bientôt terminé ? Parce que, dans un sens, est-ce que ça ne vous arrange pas plus de les avoir dans un stade, dans une grande salle, où les gens ne viennent que pour eux et payent plus cher que de les voir dans un festival ? Et du coup, ça peut les enlever des affiches des festivals ?

13:38
Joël Français

Il y a deux modèles différents. Aujourd'hui, il y a des artistes qui veulent leur propre show. Donc, ce n'est pas un choix de quelqu'un d'aller décider d'aller à un festival ou d'aller à un stade. On va habiller l'érité cette année, elle voulait faire sa performance dans sa salle, allonger sur scène, mettre son écran et mettre son environnement. Et aujourd'hui, il y a des artistes qui veulent faire leur propre tournée et leur propre environnement, ce qu'on ne peut pas faire sur un festival. Mais par contre, on continue à avoir des têtes d'affiches internationales. On a fait Fed, qui est le nouveau Bad Bunny. Comme je l'ai dit, il faut être ambitieux aujourd'hui.

On a fait Bad Bunny à La Paluzza il y a six ans, personne ne le connaissait. Aujourd'hui, il est rempli des stades. Donc, je pense que des têtes d'affiches internationales, on en a. Ivic, la K-pop ce soir, c'est une star. Thames, c'est une star. Donc, je pense que après, le premier, c'est comment on envisage ce qu'on va être les stars de demain. On avait par exemple, vendredi soir, le La Young, la La Paluzza qu'on a programmée il y a neuf mois qui n'avait pas encore explosé. Aujourd'hui, elle explose, mais il y a neuf mois qu'on l'a proposé à certains festivals. Personne n'en voulait parce que les stats Spotify n'étaient pas bonnes, parce qu'elles n'étaient pas...

Donc, je pense qu'aujourd'hui, il y a aussi, à un moment donné, une remise en question de la programmation et se dire comment on va essayer d'être beaucoup plus innovateur et se dire qu'on va parier sur des artistes comme on fait tout le temps et qu'elles seront beaucoup moins chères que d'énormes stars. Parce qu'aujourd'hui, les énormes stars, ce n'est pas qu'elles ne veulent pas venir en festival, c'est qu'aujourd'hui, ils ont leur univers dans des concerts. On voit Bad Bunny qui, pendant un mois à Puerto Rico, il a mis sa maison, il a mis son ambiance. Est-ce qu'on ne peut pas faire en festival ? Donc, je pense qu'il y a une nuance par rapport aux deux.

Il y a déjà le fait qu'en France, que certains artistes peuvent avoir. Parce que dans les autres pays, il y a des conditions financières qui sont beaucoup plus conséquentes parce qu'ils ont des alcooliers comme sponsors, parce qu'ils ont 100 000 spectateurs. Nous, en France, ce n'est pas le cas. Donc, je pense qu'il va falloir être innovant. Il va falloir aujourd'hui être beaucoup plus ambitieux et visionnaire.

15:23
Présentateur

Jean-Paul Roland, vous aussi, vous voyez les choses de cette manière. Est-ce que ça va devenir compliqué d'avoir de grandes têtes d'affiches aux européennes ? Pas que pour le cacher, mais comme on vient de le dire, parce que certaines préfèrent les salles ou les stades.

15:38
Invité

Oui, certainement. Mais bon, je ne dis pas qu'encore une fois, le contre-exemple pour nous cette année, c'est qu'on a eu Iron Maiden qui ne fait qu'une tournée de stade et ils n'ont fait que deux festivals, dont les européennes. Donc, on se dit quelque part qu'on est encore protégés, peut-être par notre histoire et notre longévité.

Moi, je crois, et je reste toujours optimiste, je reste toujours le plus optimiste peut-être de l'affaire, en me disant que malgré tout, il y a toujours des artistes qui ont envie quelque part d'être dans un milieu festival, parce que dans un milieu festival, on arrive quand même à se confronter, entre guillemets, joyeusement aux autres et que, bien entendu, on peut aussi se retrouver face à des gens qui ne seraient pas venus nous voir, peut-être, ils n'auraient pas acheté un ticket pour nous. Et c'est peut-être ce mélange, cette diversité qu'on continue, nous, à prôner auprès des agences pour effectivement essayer d'attirer les grands.

Mais, encore une fois, et c'est ce que dit Angelo aussi, c'est que, finalement, cette diversité, ces projets artistiques, c'est ça qui va nous être, enfin, va être contraint maintenant, c'est-à-dire de réfléchir encore un peu plus à ce que chaque festival, comment chaque festival dessine sa propre proposition artistique. Angelo parlait de K-pop, effectivement, mais pour d'autres, ça va être peut-être de la musique indée, etc. et il faut quand même en tout cas être content d'être le paysage que décrivait Aurélie, c'est-à-dire un paysage diversifié en France.

Malheureusement, effectivement, on a un gros problème en ce moment avec les subventions et les aides publiques quand ce ne sont pas des menaces aussi à la subvention par rapport à la programmation, mais c'est un autre sujet, mais qui est une grave menace en tout cas pour nous. Bien entendu, tout ça fait qu'on est, on peut dire, un peu en permacrise, mais on reste quand même organisateur de festivals, quand même des optimistes, de conviction.

17:23
Présentateur

Un mot de réaction Angélio Gopé, il nous reste peu de temps.

17:26
Joël Français

Je plus sois sur ce que dit Jean-Paul, ce n'est pas parce qu'il est là, mais on a un petit groupe qui s'appelle The Molotov. Aujourd'hui, c'est un des premiers à avoir contacté l'agent pour le faire. Et je pense que d'ici un an, deux ans, ça va être des stars. Il a pris Kalash aujourd'hui et c'est l'un des scènes de festival qui a pris Kalash qui est aujourd'hui rempli des salles en France. Et il a pris il y a deux ans David Guetta. Donc je pense qu'aujourd'hui, il y a deux sujets qui sont vraiment distincts. Il y a le mode de financement des festivals qui est propre à lui-même. Effectivement, il peut y avoir des dangers parce qu'on retire les subventions.

Et de l'autre côté, on a de l'artistique à mettre en place. Et je pense qu'il y a une réflexion qui est beaucoup plus profonde aujourd'hui que de l'opposition.

18:01
Présentateur

Aurélie Andou, je voulais réagir.

18:04
Invité

Oui, en fait, tout à fait en phase avec ce qui a été dit précédemment. Mais c'est dire aussi que vous posiez la question sur les têtes d'affiches. Il y a aussi possibilité pour des festivals de vivre sans tête d'affiches. Je pense qu'il ne faut pas systématiquement viser pour des artistes. En fait, ça n'est pas forcément le chemin pour un artiste de devenir une méga star avec ses fans, etc. Il y a aussi, par exemple, je pense, je reviens du festival des Sud-Arles qui est affiché quasiment complet tous les jours sur une semaine et qui se termine aujourd'hui qui a fait complet dans le théâtre antique.

Et vous n'avez pas d'énormes têtes d'affiches parce qu'en fait, le festival a décidé de miser sur autre chose parce que ça n'est plus possible de s'engager dans cette équation financière-là. Donc, on peut aussi se dire qu'on raisonne différemment et je pense que ce qui est important, effectivement, Jean-Paul Roland l'a dit, c'est la diversité, mais c'est aussi qu'on a un modèle redistributif qui soit mis en place dans notre pays.

On a un centre national de la musique qui permet de capter une taxe sur le prix des billets et qui va permettre, en fait, quand il y a des grands événements, d'aller financer d'autres événements d'une moindre importance parce que souvent, c'est là aussi que se passe un peu tout ce qui est recherche et développement. C'est là qu'on teste des choses. C'est là qu'il y a des artistes qui vont mettre le pied et que ça puisse bien redistribuer et qu'on ait, comme on a des subventions qui stagnent, qu'on puisse avoir ce centre national de la musique qui joue pleinement son rôle pour assurer, en fait, le maintien de la diversité.

La ministre a mené une concertation sur les festivals depuis le début de l'année 2025.

Elle a fait justement des annonces il y a quelques jours au Vieille Charrue en disant qu'il fallait se questionner, en fait, sur ce prix des cachets, sur cette redistribution et je pense que c'est aussi hyper important qu'on arrive à discuter avec les collectivités qui, dans certains cas, ce n'est pas toujours le cas mais aussi la gestion de certains équipements justement de ces arénas, de ces stades et qu'on arrive à se dire comment est-ce qu'on fait en sorte que tout dans l'écosystème puisse exister et qu'il n'y ait pas un acteur qui vienne exister au détriment des autres mais que l'ensemble de la chaîne qu'on a aujourd'hui puisse continuer d'exister pour qu'il y en ait sur tous les territoires, qu'il y en ait pour tous les types d'artistes, sur tous les types de modèles économiques.

C'est très important qu'on arrive à préserver tout ça.

20:04
Présentateur

Aurélien Douche, Angelo Gopé et Jean-Paul Roland. Merci beaucoup d'avoir été les invités de France Inter ce matin et très bon festival à vous et à tous ceux qui nous écoutent.