RÉVÉLATIONS SUR LA CORRUPTION POLICIÈRE EN FRANCE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
c'est maintenant pour moi le moment de recevoir Fabien bilerand Fabien billron et co-auteur avec Agnès Naudin de ce livre police la loi de l'omerta sous-titrée soit tu fermes ta gueule soit tu fermes ta gueule et publier aux éditions du Cherche-Midi Fabien billera on connaît de près son sujet il est officier de police judiciaire spécialisé dans le trafic de stupéfiant et si la décider aujourd'hui de briser l'omerta d'une institution qui empile les cadavres dans les placards c'est parce que le climat particulier qui peut y régner la mener à deux doigts du suicide tout simplement aujourd'hui il est engagé au service de la prévention du suicide chez les policiers et du dialogue entre police et population ensemble on parlera donc de ce livre qui raconte le parcours de six policiers issus de les services différents les stups les mineurs la batte les CRS ou la police aux frontières si policiers qui témoignent de fait du racisme de violence de harcèlement de faux en écriture voire de corruption et qui témoigne à visage découvert pas seulement pour dénoncer mais pour que les choses changent vraiment c'est l'heure de l'entretien d'actu [Musique] bonjour Fabien billron bonjour comment vous allez très bien et vous ça va et ça irait mieux s'il faisait quelques degrés de plus alors le livre que vous avez écrit avec la capitaine de police Agnès Naudin porte-parole la FSU intérieur s'organise autour de plusieurs témoignages qui évoquent divers aspects de l'omerta entre tenue par la police je vous propose de les évoquer dans un premier temps pour évoquer par la suite votre itinéraire et vos propositions pour que les choses aillent mieux ok alors vous évoquez une thématique qui revient moins souvent sous les feux des projecteurs que celle des violences policières à travers le cas de Serge vous pointez ce que vous appelez le commerce des indulgences qui a existé et qui existe peut-être toujours vous me le direz ces PV qui saute moyennant quelques biais des biais qui circulent dans les commissariats ça a l'air assez incroyable mais en tout cas ça existait je sais pas si ça existe toujours vous ne le direz est-ce que vous pouvez nous raconter ce commerce des indulgences pour ça de la police me disant que Serge dans son dans son ancien unité donc de CRS autoroutière avait constaté de la corruption pour faire sauter les amendes clairement et ce qui raconte qui est intéressant surtout c'est la façon dont ici opposée donc il a signalé à JPN et ce qu'on lui a répondu c'est à dire que l'affaire était trop grosse et qu'elle ne pouvait pas être traitée c'est notamment ça qu'on essaie de faire ressortir de l'ensemble des témoignages c'est la difficulté pour les policiers en interne de signaler l'effet ce qui a été fait je veux dire c'est pour ça qu'on en arrive aujourd'hui à un livre c'est parce que voilà malheureusement on interne les relais hiérarchiques les relais syndicaux ne fonctionnent plus pour faire émerger les problématiques alors Serge qui dénonce est fait gravissime n'est pas félicité par ça hiérarchie mais il se retrouve plutôt harcelé en fait ce qui s'est passé oui comme comme nous tous d'ailleurs malheureusement plutôt que de d'encourager la vertu policière et le signalement de dysfonctionnement pour améliorer le service public de sécurité voilà malheureusement on s'acharne un petit peu sur les agents qui seraient révélateur ou qui qui démontre les dysfonctionnements alors toujours à travers ça je vous évoquai un autre phénomène qui mine la police les changements fictifs de service est-ce que vous pouvez nous en parler c'est quoi ces changements fictifs de service oui ben dans son service notamment il avait par exemple deux agents qui étaient théoriquement infectés à son unité nouvellement arrivée et en fait il les a jamais vu arriver c'est à dire qu'on les affectait dans dans son unité pour qu'il puisse rester enfin théoriquement dans son unité mais il restait en fait dans leur unité précédente pour pouvoir prendre leur grade parce que normalement si on doit changer de grade dans la police on doit changer d'unité et là c'était on va dire une petite magouille administrative pour pour faire croire à la vraie mutation sauf que dans la dans le concret il ne venait pas chez Serge mais qui fait la magouille ce sont les syndicats de police c'est la direction c'est ce sont des commissaires qui organisent ces manières de progresser en grade et en carrière et en salaire sont en réalité bouger de là où on est et en faisant toujours la même chose mais ce qui est problématique que nous dénonçons c'est justement cette cogestion entre l'administration policière d'un côté et les syndicats de police de l'autre puisque voilà pour muter ou pour avoir son avancement pour avoir sa mutation ou pour avoir certains avantages les syndicats ont un poids très lourd on va dire dans la prise de décision et malheureusement ce le policier qui ne va pas être syndiqué n'aura pas les mêmes avantages que celui qui syndiquait alors vous évoquez aussi des histoires de faux en écriture en prenant l'exemple d'une affaire pourtant grave de corruption sur une mineure et de violence sexuelle de pédocriminalité j'ai envie de dire bien sûr c'est de la pédocrinalité mon collègue ici Christophe à la brigade à la brigade des mineurs de Marseille a eu des suspicions en tout cas vers de ses collègues de la brigade des mineurs également qui en plus président d'une association pour des enfants aux Philippines donc il a son regard a été un petit peu attiré par des échanges de SMS susp notamment et il raconte comment hiérarchie a étouffer littéralement le problème par complaisance par par voilà par copinage ou par même volonté de ne pas entacher l'image du service au point que c'est Christophe qui s'est retrouvé harcelé et mis à l'écart à la place de ce pédocrinel alors que les preuves de ces agissements de ses comportements elles étaient pas tentes quelque part elles étaient assez éloquantes effectivement il y a encore et voilà le mise en cause n'est pas encore jugé donc je pourrais pas vous révéler les détails en tout cas mais ils étaient suffisamment éloquents pour une mise en examen en tout cas et pour son placement en détention proviseur en attente de son procès effectivement c'était l'effet gravissime d'autant plus qu'ils ont qu'ils ont lieu au sein d'une brigade des mineurs mais justement on se dit mais ils sont pas aussi cyniques que cela au fond en quoi cela trouble l'or au public ou bien même les privilèges policiers de révéler en fait de faire la lumière sur des affaires aussi graves de criminalité j'aurais pas malheureusement l'explication à leur place mais je peux je peux imaginer facilement que là la hiérarchie ne voulait pas avoir de tâches pour sa carrière tout simplement donc dans cette logique là et d'ailleurs c'est cette logique qui rentre en compte dans beaucoup de situations on va préférer étouffer plutôt que de faire en sorte de faire émerger le problème pour pas donner l'abonnement la mauvaise image du service et de fait à ce qui dirigent ce service alors vous posez aussi la question du suicide de la dépression et du harcèlement moral au sein de la police cette thématique parcourt votre livre alors ce sont des thématiques dont on a entendu parler on sait que le suicide parmi les policiers est très important vous racontez des histoires terribles de policiers qui se sont suicidés il y a même un qui s'est donné la mort a donné la mort à sa conjointe et à ses enfants d'où vient cette souffrance là qui est peut-être un peu moins visible que les autres thématiques déjà cette souffrance elle vient de loin puisque en 25 ans c'est 1100 suicides de policiers c'est à dire c'est une moyenne terrible de 44 suicides par an en moyenne donc 1100 être humain en fait qui se sont ôté la vie par rapport à des souffrances au travail et autres d'ailleurs puisque le suicide peut être multifactoriel mais ce que nous on constate au travers de ce livre et qu'on au travers de différentes témoignages c'est que la police à la fondamentalement changé à partir de 2002 à la fin de la police de proximité il y avait déjà une réforme problématique en 1996 où il y avait eu d'ailleurs une vague de suicide de 70 cette année-là et depuis en fait les policiers parlent le sens au travail il ne répondent qu'à des injonctions pour faire la statistiques pour pour embellir on va dire le discours médiatique qui peut en être le discours médiatique des politiques oui pour pouvoir et y compris d'ailleurs de la haute hiérarchie qui va se vanter d'avoir réussi à faire baisser la délinquance alors que quand on voit comment sont traités les statistiques en interne voilà on voit bien qu'il y a un problème et ça les policiers ils en ont conscience ils sont marqués par ça et au-delà de ça il y a aussi toutes les situations extrêmes d'urgence de violence qui peuvent affronter au quotidien quand on passe de l'accident de la route où il peut y avoir des blessés très graves voire des morts on peut intervenir après sur des violences conjugales on peut aller décrocher un pendu on peut aller voilà faire tout un tas de d'opérations qui peuvent être particulièrement traumatisantes et qui génère du stress post-traumatique comme pour les militaires sur les théâtre d'opération ou comme d'ailleurs tous les services d'urgence médecin pompier compris et malheureusement ce serait ce post traumatique et maltraité ou sous-traitée en tout cas dans la police ce qui fait que voilà on se retrouve avec un espèce de cocktail qui tire les policiers vers la souffrance et malheureusement vers le passage à l'axe suicidaire voilà la pression que globalement pour survivre et avancer professionnellement dans l'autre institution policière il faut se conformer et ne pas faire trop de vagues ne pas faire de vagues du tout c'est un peu le souci du livre soit tu fermes ta gueule soit tu fermes ta gueule en gros il y a pas beaucoup le choix et pour ceux qui oseraient le faire c'est du harcèlement moral particulièrement compliqué à vivre et à survivre et qui qui pousse d'ailleurs certaines policiers au suscites du harcèlement moral organisé ou toléré toléré par la hiérarchie mais quand le harcèlement moral est toléré par jusqu'au commissaire en tout cas le chef de service effectivement c'est tout un problème hiérarchique mais ce que nous dénonçons aussi au travers du bouquin au-delà des histoires individuelles qui pourraient mettre en cause des harceleurs c'est aussi le système le fonctionnement c'est à dire que par exemple pour un policier s'il n'a pas une bonne notation il ne pourra pas muter il ne pourra pas avoir son avancement donc ça veut dire que le son supérieur hiérarchique a tout pouvoir sur sa carrière future voilà il y aurait des tas d'exemples à citer euh pour pour montrer en fait que le le il y a vraiment une la structure policière qui est dysfonctionnante en termes de qualité de vie au travail pour les policiers ce qui est déjà problématique et si on rajoute à ça des situations individuelles qui sont particulièrement graves on obtient malheureusement des très grosses difficultés dans des proportions d'ailleurs qui sont pas assez soulignés parce que là je vous évoquais le chiffre de 1100 suicides mais on ne parle pas des tentatives on ne parle pas des arrêts maladie on ne parle pas du nombre d'arrêt maladie on ne part pas de stress post traumatique détecté on ne parle pas de coûts aussi pour les finances publiques de de tout ça donc voilà c'est c'est ce malaise à mon sens il est beaucoup plus profond que les les chiffres même si j'aime pas utiliser ce terme mais voilà que les chiffres en eux-mêmes puisque malheureusement c'est d'énormes souffrances policières pour beaucoup de policiers que d'ailleurs nous avons rencontré pour l'écriture de ce livre mais qui n'ont pas souhaité témoigner pour certains par peur de de représailles voire même de danger pour leur vie alors votre propre témoignage figure dans ce livre vous évoquez notamment qui a connu son heure de gloire médiatique si on peut dire quand une vidéo a fait le buzz était en 2019 à Mantes-la-Jolie on regarde l'ambiance est grave par manque de Monod ils ont les mains entravées ou sur la tête 151 jeunes du Val Fourré sur la vidéo amateur ce commentaire on ne sait pas qui parle voilà une classe qui se tient ça les adolescents eux restent muets ils ont été interpellés pour attroupement armé au Val Fourré en marge d'un blocage à genoux les mains sur la tête une position réglementaire selon la police qui ajoute qu'il n'y a eu aucun blessé dans la journée deux voitures avaient été incendiées sur ce parking par des individus cagoulés et armés de battes de baseball alors le commissaire qui s'occupait de ce secteur à Mantes-la-Jolie vous le connaissez plutôt bien oui je l'ai côtoyé au commissaire de Colombes justement au cours de ma carrière et notamment sur un épisode particulier que je rapporte dans le livre à l'occasion d'une présentation de de mise en cause on va dire à des victimes pour une reconnaissance vers une glace centaine sur une grosse affaire on a qu'on a vu à traiter au commissariat voilà il y a eu de l'animosité de l'énervement de la part des personnes placées en garde à vue et ce commissaire en fait à donner le départ on va dire à des violences puisqu'il a copieusement frappé au visage un enfant de 15 ans qui était qui était à ce moment-là et pour moi ça a été ça a été assez douloureux de devoir faire ce genre de choses puisque derrière ça a des conséquences sur le terrain pour les policiers puisque ce jeune qui a été frappé à l'âge de 15 ans à partir de ce passage là en garde à vue il est devenu complètement hystérique colérique et clairement Antipolis à la ville de niformes ce qui est rajouté aux difficultés des policiers de terrain qui n'avaient pas été concernés par ces violences et d'ailleurs à sa majorité donc trois ans plus tard il a été condamné pour avoir menacé de raffaler les policiers et pour les avoir menacés de mort donc moi ce qui m'interroge particulièrement c'est le mauvais exemple qui est donné par ce commissaire puisque au-delà de on va dire la violence en elle-même c'est le le ce qui est ce qui est ce qui est suggéré au policiers c'est qu'en gros vous pouvez faire il y aura pas de problème puisque même le commissaire le fait donc moi je trouve ça particulièrement grave et malheureusement et je le dis dans le livre ça m'a fait un petit peu sourire de manière cynique quand j'ai vu ce qui s'était passé à Mantes-la-Jolie parce que j'ai pas pu m'empêcher de me dire qu'il s'occupait toujours aussi bien des adolescents et ben c'est terrible parce que justement le système n'a pas réussi à détecter ce côté malade vivement violent vis-à-vis d'enfants et c'est ce système aussi qui produit de la violence auprès des musicables enfin de la part des justiciables de la part des enfants de nos enfants même si on peut peut-être pas considéré comme nos enfants par ce commissaire là alors vous vous témoignez assez bien des effets délétères de la politique du chiffre notamment dans les brigades de stup que vous connaissez bien racontez-moi un peu mais en commissariat par exemple j'étais censé enquêter en tout cas ce que j'avais pour idée d'enquêter sur des trafics sur des des réseaux criminels un autre niveau local et en fait mon commissaire est venu me voir en me disant mais en fait Fabien tu as pas compris il faut il vaut mieux 10 interpellations de consommateurs plutôt que une interpellation d'un dealer c'est plus rentable en gros il est mieux vu de harceler des petits consommateurs de drogues dans un pays où finalement la consommation de drogue qu'elle soit douce ou dure et quand même assez démocratique entre guillemets plutôt que de remonter les filières qui vont conduire au gros dealer et donc ils vont assécher les réseaux de alors là on est au niveau du commissariat donc on parle pas de de filière approfondie d'international mais en tout cas la volonté du commissaire y compris au travers de ses équipes c'est de dire en gros faites-moi du travail de quantité on peut importe la qualité du travail policier ce qui compte c'est que à la fin on est 10 interpellations puisque les dix interpellations ça sera sûrement 10 félicités c'est facile à quand on trouve une boulette de cidre dans la poche le fait élucider puisque la personne se retrouve en possession de stupéfiant et donc en de statistiques ça prend beaucoup moins de temps et c'est beaucoup plus rentable pour afficher après des bons chiffres au commissariat qui eux-mêmes sont ensuite repris à niveau national par le ministre ou par ses services pour vanter l'efficacité policière en disant voilà on a fait tant d'interprétation ce mois-ci c'est exceptionnel on a progressé alors que quand on regarde le chiffre on va dire de la réalité de sa construction on se rend compte que le travail de qualité n'est pas n'est pas là du tout alors j'imagine que les consommateurs de cannabis de La Courneuve sont un peu plus interpellés que les consommateurs du cannabis de Neuilly ou alors du 16e arrondissement mais forcément parce que en plus la police elle se contrainte elle se consacre pardon sur la partie visible du trafic c'est-à-dire le deal de rue donc le deal de rue c'est forcément un point deal avec un tour d'immeuble comme un peu l'imaginer et c'est en général dans les quartiers populaires donc quand on met l'accent sur ces points de Deal là visible bien sûr forcément ça va toucher plus les habitants de La Courneuve que de Neuilly et ça ça a été renforcé par un phénomène depuis on va dire le début des années 2010 mais on l'a constaté particulièrement à partir de 2014 où on avait le système de Deal au portable c'est-à-dire que vous pouvez commander votre consommation succession pour vous la faire livrer à domicile et là comme n'importe quel autre bien de consommation sauf que la différence de prix puisque forcément quand on se fait livrer à domicile un coup supplémentaire qui ne peut pas être porté notamment par les personnes les plus précaires qui vont toujours se rendre visible on va dire sur le point deal et malheureusement c'est toujours les personnes visibles qui sont ciblées au détriment de celui qui aurait le confort de pouvoir commander à domicile dans les beaux quartiers donc en gros mieux vaut être un consommateur de drogue friqué ou vivant dans les beaux quartiers nous arrivera rien on sera impuni entre guillemets et le consommateur de drogue qui vit dans un quartier populaire ou alors le petit dealer qui survit d'un quartier populaire eux ils sont ciblés par cette stratégie de manière particulière cette stratégie effectivement provoque la discrimination en tout cas sur les entre les différents quartiers alors vous racontez aussi votre plongée à vous même dans le burn out dans la dépression et au bord de la Bible est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui vous arrivez vous en tant que policier et ce qui a justement créé le déclencheur pour que vous deveniez aujourd'hui à lanceur d'alerte alors ça a commencé en 2016 en fait pour le début de l'histoire à l'époque je fais déjà un burn-out par rapport aux conditions de travail qui sont un peu terribles on avait par exemple un véhicule pour 20 enquêteurs on avait des locaux dans un état déplorable j'avais même retrouvé mon gilet pare-balles doublement étiqueté c'est à dire qu'il avait été il était périmé il m'a été présenté comme neuf en sortie d'école de police enfin voilà tout ça pour avoir vraiment des conditions absolument abominables et plus je me suis retrouvé à faire des 800 850 sup par an donc ce qui était beaucoup trop j'ai un je suis arrivé à un burn-out et à ce moment là arrive l'événement de Viry-Châtillon qui a été traumatisant pour les policiers à savoir des policiers qui ont été enfermés dans leur voiture à qui on a ajouté des cocktails Molotov et il fallait il faut savoir que la mission des policiers quand même c'était de surveiller une caméra de surveillance donc face à la violence et l'absurdité on sait tous un peu révolté spontanément dans la rue en 2016 et je me suis retrouvé par divers circonstances un petit peu dans les les meneurs de ce mouvement des policiers en colère ce qui m'a valu justement un harcèlement moral copieux de manière hiérarchie à l'époque qui a duré quasiment un an jusqu'à pouvoir m'extirper on va dire dans un service un autre service à la brigade des stups et là dans ce service là c'est le service j'avais toujours rêvé on va dire en étant jeune en étant même presque enfant de me dire voilà je vais aller arrêter les dealers je vais aller arrêter la criminalité organisée etc et là pour moi ça a été un petit peu à des illusion dans ce service que j'y idéalisé beaucoup et qui en réalité n'était pas celui escompté et parce que voilà il y avait aussi une très forte politique du chiffre notre niveau bien sûr puisque là on n'hésite pas au niveau de l'échelle locale mais au niveau un peu plus régional notamment sur le le phénomène des mules on avait beaucoup beaucoup de saisie de cocaïne pour dire regarder on a fait beaucoup beaucoup de saisies de cocaïne cette année sauf qu'en fait il y avait de plus en plus de bulles donc ça se ça s'explique je veux dire cette augmentation les mules oui alors quand je dis mule c'est les passeurs ceux qui peuvent ingérer des ovules de cocaïne depuis l'Amérique du Sud pour les les transporter donc incorporé dans leur corps en France donc voilà tout un tas de de circonstances notamment des propos aussi qui qui me dérangeaient de plus en plus des propos racistes des propos sexistes etc et à cette occasion j'avais créé un compte Twitter anonyme pour essayer de voilà de faire émerger un petit peu la parole policière de l'intérieur et essayer d'objectiver un petit peu ses propos donc j'avais rapporté par exemple que les policiers disaient gobels donc en parlant de enfin l'allemand pardon en parlant de de lapsus désolé l'allemand en parlant de du nom de l'ancien préfet de police il se prend pour gobels mais il n'y arrive pas à la cheville à l'époque des manifestations suite au mouvement suite à Georges Floyd donc contre les violences policières et le racisme il y a eu des propos qui disaient les manifestants qu'est-ce qu'il foutent là ils seraient mieux dans les champs de coton ou pire à mes yeux parce que c'était un école de police dès le départ qu'on l'a dit au policière et il y a plusieurs policières dans toute leur carrière c'était n'oublie pas que les femmes sont rentrés après les chiens dans la police donc moi c'est propos là ils étaient inacceptable je les ai révélés on va dire de manière anonyme sur Twitter parce que je savais très bien que pertinemment en interne ça aurait peu de chance d'aboutir et là ben voilà mon chef de groupe est tombé dessus et donc ça n'est suivi une discussion où il se rend compte que en fait c'était vous voilà que c'était moi et il me dit voilà Fabien tu peux pas dire ça on est un groupe constitué collectif si tes collègues peuvent avoir confiance en toi ça va être compliqué pour la dynamique et autres et là à ce moment là je me suis avoir confiance en toi et se lâcher avec des propos racistes ou est-ce qu'on va c'est voilà c'est un petit peu l'idée et là j'ai très vite compris à ce moment là que j'allais retrouver isolé et on sera cisé un petit peu comme je l'avais vécu pendant la période de harcèlement à Colombes et à ce moment-là en fait le stress post traumatique généré par le harcèlement s'est réveillé donc j'étais vraiment dans une période de rumination et autres et je suis rentré le soir chez moi un peu un peu dépité passe pas trop savoir comment faire parce que là on va dire comme mon rêve de carrière c'est en train de s'écrouler à la brigade des stupes et le même soir ma copine me quitte donc là il y a vraiment tous mes piliers on va dire qu'ils soient écroulés ce soir là et je voyais pas d'autres solutions parce que là vraiment c'est un anchois dans ma tête à ce moment-là je suis tellement pris dans une boucle infernale que la meilleure des solutions envisagées à ce moment-là c'est de mettre fin à mes jours et pour ce faire je me suis donc dirigé dans ma voiture devant le commissariat de Colombes parce que pour moi c'était là où tout avait commencé au niveau de ma souffrance et je me suis enfermé dans la voiture pour éviter d'être empêché potentiellement par par mes collègues j'ai sorti mon arme je l'ai placé dans ma bouche et prêt à faire feu en sanglots et à ce moment là c'est c'est miracle en fait c'est l'alarme de la voiture qui s'est déclenchée et qui m'a un petit peu sortir on va dire cette boucle infernale et à ce moment-là j'ai repris un peu lucidité je me suis dit mais merde tu es con arrête ça tout de suite et voilà je suis je suis parti je suis parti me reposer parce que parce que voilà j'ai pris conscience à ce moment là que j'ai sorti de la boucle et que j'avais besoin d'aide et d'accompagnement pour pouvoir justement m'en sortir et c'est ce que vous avez fait vous allez chercher les moyens de vous en sortir qu'est-ce que vous devenez aujourd'hui alors j'ai pu être accompagné justement par l'association de prévention de suicide peps que que pour lequel j'étais déjà membre qui m'a accompagné vers une clinique donc notamment spécialisée qui a un programme qui s'appelle robe et uniforme donc justement pour accompagner les les professionnels d'urgence dans le traitement du stress post-traumatique et aujourd'hui en fait j'ai quitté la police au mois de juin j'ai obtenu rupture conventionnelle non c'est mal puisque ça a pris quand même plus d'un an et demi pour pour avoir une réponse et j'ai quitté la police parce que voilà j'estime que j'ai fait tout ce qui était mon possible de faire pour essayer de changer les choses de l'intérieur et malheureusement je n'y suis pas arrivé donc voilà c'était aussi une prise de recul et d'essayer de prendre un peu de chant et de hauteur sur mon activité professionnelle pour essayer de contribuer un peu plus distancier avec la réflexion justement sur tous les sujets et je suis engagé notamment chez l'association que je vous préciser à peps mais aussi une association qui s'appelle lip pour l'eau à une forcement agains prohibition à la base qui s'est transformé maintenant l'eau il forcement action partenariat pardon excusez moi en anglais mais c'est pour regrouper policier magistrat douanier militaire et membre de la société civile pour réfléchir aux questions des politiques des drogues et pour apporter mon expérience bien sûr spécifique de la brigade des stups pour essayer justement de partager des contacts cette politique des drogues ne fonctionne pas et au-delà de ça de décider de proposer des solutions pour avoir des politique publique qui soit plus juste et plus proche on va dire des attentes de la population alors vous avez évoqué la question de la parole raciste qui est complètement libérée paroles raciste sexistes homophobe d'ailleurs qui est libéré dans les commissariats de police est-ce que on peut dire aujourd'hui qu'il y a une sorte de racisme structurel au sein de la police en France ou alors il y a juste une sorte de lycée allait qui profite à ceux qui portent cette parole je pense qu'il y a plusieurs facteurs à ça il y a effectivement d'un point de vue structurel il y a des il y a des choses aberrantes encore vous avez par exemple une rubrique dans la main courante c'est à dire que un policier rentre d'intervention il y aura il fait son compte-rendu d'intervention il va l'enregistrer dans la main courante et il y a une rubrique intitulée perturbateur indésirable et dans cette rubrique indésirable qui a quand même un sens une connotation historique comme terme on y met en général les jeunes qui sont contrôlés dans la rue qui pour lesquels il n'y a pas d'infraction mais qui sont considéré inconsciemment par les policiers comme indésirables donc déjà structurellement en fait rien perturbé mais ils sont quand même des perturbateurs et ils sont indésirables aussi en tout cas c'est enregistré comme tel donc ça inconsciemment le policier les voix comme un perturbe comme des perturbateurs ou des indésirables il y a aussi je dirais la culture professionnelle c'est à dire que on a un métier ou qui est quand même assez dur ou en attendant ça être isolé on va dire comme si on était dans une forteresse un peu assiégée par et les policiers sont d'ailleurs très critiques des médias de de des politiques et de tout ce qui peut venir de l'extérieur et qui peut avoir un regard critique donc ils ont tendance à se replier sur eux-mêmes et dans ce pli sur soi il y a il y a aussi un autre phénomène qui est en train de ligne de compte avec les attentats à partir de 2015 c'est la libération de la parole raciste on l'a vu dans la société on l'a vu dans l'espace public en général et particulièrement dans la police et je pense que voilà c'est la combinaison c'est ces trois phénomènes qui font qu'aujourd'hui malheureusement on a aux dernières élections professionnelles 5000 policiers qui votent pour des syndicats officiellement d'extrême droite rattaché soit au rassemblement national soit exemmour et on a de mémoire plus de 60 000 policiers qui votent donc pour le syndicat qui dit que le problème de la police et la justice donc ça fait quand même la moitié des policiers qui sont on va dire sur des des positions assez dures et y compris parfois discriminantes pouvoir racistes donc effectivement c'est assez inquiétant l'état dans lequel on trouve la police aujourd'hui alors en filigrane apparaît toujours le rôle du GPN que vous présentez comme peu courageux et partiel oui dans la mesure où l'agence cité l'exemple précis de nos témoins Jean-Marc lui a dénoncé des violences policières sur mineur à Pau et on a pu voir que l'IGPN malgré les conclusions d'une première enquête administrative qui établissait les faits a complètement inversé ses conclusions dans judiciaire et Jean-Marc s'est retrouvé accusé au tribunal correctionnel par deux fois de dénonciation calomnieuses donc imaginez pour un policier se retrouver accusé au tribunal face à ses pairs de mensonges et de délit moi je trouve ça dramatique que l'IGPN ne pas fait une enquête justement partiale et honnête comme on est le droit de l'entendre de sa part et au-delà de ça on a vu que dans les divert témoignages Jean-Marc n'était pas dans un cas isolé malheureusement et qu'on pouvait voir que l'IGPN se comportait de manière différente on va dire en fonction des policiers j'ai d'ailleurs un membre de l'IGPN qui m'avait confié un jour quand on est gardien de la paix comme quand on a affaire de la paix on les vire quand on a affaire à des officiers en les mute et qu'on a à faire des commissaires on leur donne une promotion donc ça donne un petit peu l'état d'esprit malheureusement qui peut y avoir dans cette institution qui mériterait d'être indépendante parce qu'on a besoin à la fois les policiers et à la fois la population d'une instance qui soit juste équilibrée et équitable dans ces enquêtes et malheureusement l'IGPN pour l'instant n'est pas indépendante et ne peut pas avoir ce rôle d'impartialité qu'on lui voudrait donc vous plaidez en fait pour une réforme de l'IGPN pour qu'elle devienne une sorte de d'instance qui est complètement délié de la hiérarchie policière non seulement une réforme mais au-delà de ça une indépendance véritable parce que là elle est rattrachait structurellement l'autorité du ministère de l'Intérieur donc ça pose problème quand on a un organe qui va enquêter on va dire sur un autre organe qui fait partie de même ministère je veux dire les garanties ne sont pas respectées en tout cas à ce niveau là c'est pour ça que moi je prône et ma co-autrice aussi d'ailleurs sur l'indépendance de l'IGPN dans une structure équivalente par exemple au Défenseur des droits qui pourraient avoir une capacité d'enquête avec bien sûr des policiers ou avec des gendarmes pour pouvoir connaître les subtilités de la maison alors un filigrane aussi le rôle syndicats policiers qui n’est manifestement pas satisfaisant vous en parlez en filigranle de tout ce livre alors pourquoi les syndicats policiers sont-ils aussi problématiques qu'elle regarde porter sur eux je vais vous donner un exemple dans qui s'est passé à Pau on a eu d'ailleurs un document un documentaire complément d'enquête qui est passé récemment qui a mis en lumière justement tout ce système syndical et particulièrement à Pau ou deux policiers avec commis des des violences sur mineurs et avait été réhabilité on va dire dans dans le dans la dans l'institution il faut savoir ce qui a payé le reportage c'est que le délégué donc alliance pour le coup avait suite à leur à leur suspension temporaire organisée une une collecte d'argent auprès de ses collègues mais je veux dire ouvertement et officiellement par l'intermédiaire de la hiérarchie aussi pour récupérer l'argent pour pouvoir financer la perte de salaire des policiers donc en gros qui n'est pas de de sanctions pécuniaires suite à leur suspension cet exemple là à mon sens il est révélateur de le le la perte la perdition en fait des syndicats de police en général puisque je l'ai dit au début il ne se concentre maintenant plus que la congestion des grades et d'imitation avec l'administration et il ne joue plus leur rôle de contre-pouvoir c'est à dire que non seulement ils n'ont pas de réflexion stratégique de vision de la police à proposer ou de réflexion à long terme mais en plus ils sont également de la cogestion avec le pouvoir politique puisqu'on a pu voir la Constitution récente du bloc syndical donc une réunification d'alliance INSA et très syndicale policière en tout applaudit et enfin soutenu par Gérald Darmanin qui était présent lui-même pour soutenir cette démarche donc là on voit la cogestion entre mystère l'intérieur et l'organe syndical qui qui qui fait que malheureusement et c'est ce qu'on démontre aussi au travers de tous les témoignages du livre il n'y a plus de contre-pouvoir en interne policier en tout cas c'est le rôle que devrait occuper les syndicats mais ce n'est plus le cas aujourd'hui mais est-ce qu'il est possible de sortir de ce cercle vicieux de la cogestion justement entre syndicat de police radicalisée d'une certaine manière et ministère de l'Intérieur surtout quand on a un ministère comme offre un ministre comme en France qui a manifestement des ambitions nationales et qui qui joue son Sarkozy c'est-à-dire que ça avait bien réussi à Nicolas Sarkozy d'instrumentaliser les chiffres de d'instrumentaliser la police et le narratif autour de la police est-ce qu'il y a une manière d'en sortir est-ce que c'est perdu parce que vous avez quitté la police peut-être que peut-être que vous considérez qu'il n'y a plus rien à faire et je au contraire je suis persuadé qu'il y a beaucoup de choses à faire et je suis plein d'espoir même si j'ai quitté la police parce que de l'intérieur c'était compliqué voire impossible le pas de côté que j'ai pu faire et notamment l'écriture de ce livre et la façon dont on le porte aussi ce livre puisqu'on a eu la chance mercredi dernier de présenter les témoignages directement à l'Assemblée nationale devant un panel large de députés et en plus de journalistes voilà on a espoir justement que ces révélations qui sont un peu contre nature jusqu'à présent vont permettre l'éveil des consciences à la fois des policiers mais au sens plus large de la population qui qui puisse prendre conscience que les policiers ont de réelles difficultés pour porter le changement à l'interne et voilà on aspire en tout cas à ce que tout le monde se mette ensemble pour pouvoir réclamer une meilleure police tout simplement merci Fabien je rappelle le titre du livre que vous consignez avec Agnès Naudin police la loi de l'omerta sous-titré soit tu fermes ta gueule soit tu fermes ta gueule paru aux éditions Le Cherche Midi un livre important pour qui veut comprendre de l'intérieur l'institution qui est chargé de faire respecter la loi et de faire régner la Sûreté publique en France
Dominique Theophile