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InterviewC dans l'air (sur YouTube)· 8 août 2017 59 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Avec Macron, les maires au pain sec #cdanslair 07.08.2017

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:33OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron est-il en train de sacrifier les communes au rabot budgétaire ?

  • 0:40OuverteRéponse directe

    Que risque le président en s'attaquant ainsi aux maires ?

  • 2:08OuverteRéponse partielle

    300 millions d'euros, c'est une somme considérable pour les communes ?

  • 3:01OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que ça remet en cause concrètement ?

  • 3:56OuverteRéponse directe

    C'est une maladresse politique ?

  • 5:26OuverteRéponse directe

    Quelles sont les autres conséquences de cette décision ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:16PrésentateurFait
    « Ils sont vent debout après la décision du gouvernement de supprimer 300 millions d'euros de crédit. »
  • 2:06PrésentateurChiffre
    « Il s'agit de 300 millions d'euros. »
  • 2:11InvitéFait
    « Au regard des investissements globaux, on ne peut pas dire que c'est une somme considérable. »
  • 2:33InvitéFait
    « Oui, c'est tout à fait symbolique sur la masse financière, mais pas sur la façon dont ça a été fait et dont ça a été annoncé. »
  • 2:55InvitéFait
    « Soyons concrets, qu'est-ce que ça remet en cause par exemple ? »
  • 4:05PrésentateurFait
    « C'est une maladresse politique, il ne faut pas se le cacher. »
  • 4:31PrésentateurChiffre
    « Ça représente un programme sur 10 dont on a parlé tout à l'heure. »
  • 6:10Invité politiqueFait
    « Quand il est allé devant le Sénat, il a mis en avant le terme de confiance, Emmanuel Macron. »
  • 6:52Invité politiqueFait
    « Ces 13 milliards, il va falloir les trouver. »
  • 7:12PrésentateurChiffre
    « On est dans la suite du train d'économie, du train de coup de rabot pour aller chercher les 4,5 milliards qui sont nécessaires. »
  • 7:32PrésentateurFait
    « Pour que le gouvernement français puisse, dès cette année, garantir ou montrer à nos partenaires européens que pour une fois, ça y est, on est bien en dessous du 3% de déficit annuel. »
  • 12:11InvitéPromesse
    « Nous ne procéderons pas par baisse brutale de dotation. Je m'y étais engagé. »
  • 12:20InvitéPromesse
    « La logique budgétaire, c'est de couper les dotations en 2018. Nous ne le ferons pas. »
  • 31:00InvitéChiffre
    « Moins 7 points ce mois-ci avec seulement 36% d'opinion favorable. »
  • 31:55InvitéFait
    « Nous avons fait le choix de ne pas augmenter les impôts en 2017 et d'assumer les dépenses annoncées par nos prédécesseurs, mais qui n'étaient pas financées. »
  • 32:52InvitéChiffre
    « Un chômage en baisse avec moins 0,3% au mois de juin. »
  • 33:01InvitéFait
    « Des embauches à la hausse, dans le BTP, l'industrie ou le marketing. »
  • 33:04InvitéChiffre
    « La croissance qui repart. Plus 0,5% pour le troisième trimestre consécutif. »
  • 45:14InvitéFait
    « Quand on va dire aux grands électeurs demain qu'on va leur sucrire un certain nombre de subventions, ils seront nettement moins enclins de voter pour un candidat du parti présidentiel. »
  • 47:33InvitéChiffre
    « Le gouvernement avait annoncé 850 millions d'euros d'économies. »
  • 49:10Locuteur 3Fait
    « Cette décision gouvernementale, elle est purement scandaleuse pour la justice. »
  • 49:22InvitéChiffre
    « Bercy annonce une baisse des APL de 5 euros pour 6,5 millions de bénéficiaires. »
  • 50:02Locuteur 4Fait
    « C'est un mensonge, tout simplement. »
  • 57:48InvitéChiffre
    « Sur le gouvernement de M. Valls, c'est entre 12 et 15 milliards d'euros de diminution de dotation globale de fonctionnement aux collectivités territoriales. »

Temps de parole

  • Présentateur64 %
  • Invité12 %
  • Emmanuel Macron11 %
  • Locuteur 24 %
  • Invité 23 %

2,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:10
Présentateur

Bonsoir, très heureux de vous retrouver évidemment sur le plateau de C'est dans l'air. On va se pencher de ce soir, vous l'avez compris, sur la grosse colère des maires. Ils sont vent debout après la décision du gouvernement de supprimer 300 millions d'euros de crédit. Ils l'ont dit hier notamment pour certains d'entre eux, de gauche et de droite, dans une tribune du journal du dimanche. Et ils ont parlé avec des mots très forts, puisqu'ils ont parlé notamment d'épuisement des élus locaux et d'état d'urgence. Alors oui ou non, Emmanuel Macron est-il en train de sacrifier les communes, notamment au rabot budgétaire ?

Que risque le président en s'attaquant ainsi aux maires, en les prenant ainsi de front ? Et puis comment est-ce que ça va se traduire concrètement pour nous, bien évidemment ? Avec Macron, les maires au pain sec, c'est le titre de l'émission de ce soir. Et je vous invite à déposer vos questions, vos réactions et vos commentaires dès maintenant sur les SMS de l'émission et sur les réseaux sociaux. On va en parler avec l'historien Jean Garrigue, spécialiste évidemment de la vie politique française. Vous enseignez à l'université d'Orléans et à Sciences Po Paris. Et vous venez de publier Élisée Circus aux éditions Taillandier.

Patrick Martin-Jeunier, qui connaît bien les collectivités territoriales, pour avoir été notamment directeur de cabinet d'un maire des Yvelines. Et que je suis bien enseigné. Vous enseignez le droit public et constitutionnel à l'Institut National des Langues Orientales, l'INALCO. Magali Alexandre, vous êtes politologue. Vous avez notamment co-écrit le manuel de survie à l'Assemblée Nationale chez Odile Jacob. Vous connaissez bien l'Assemblée Nationale. Je précise que vous avez été candidate du Parti Socialiste dans l'allié aux dernières législatives. Mais que vous ne parlez pas à ce titre ce soir.

Et puis Jérôme Fourquet, directeur du département d'opinion de l'Institut de sondage IFOP, que nous récupérons après ces vacances bien méritées, auteur de la nouvelle question Corse aux éditions de l'Aube. On lit donc ce texte qui est quand même assez net des maires de droite, de gauche. J'ajouterai aussi du centre parce qu'il y a un maire UDI qui signe dans le journal du dimanche. Il parle de trahison, d'état d'urgence, de risque d'explosion, d'épuisement. Il s'agit de 300 millions d'euros. Ça fait un gros trou dans la caisse, 300 millions d'euros ?

2:11
Invité

Alors au regard des investissements globaux, on ne peut pas dire que c'est une somme considérable. Mais écoutez, lorsqu'on regarde les collectivités locales qui investissent plusieurs milliards et centaines de milliards d'euros par an, naturellement, les collectivités territoriales, et j'en profite pour dire que les collectivités, ce sont les premiers investisseurs publics. Donc c'est vrai qu'il y a une part symbolique. Donc c'est 1% ? Oui, c'est tout à fait symbolique sur la masse financière, mais pas sur la façon dont ça a été fait et dont ça a été annoncé.

Parce qu'on parle de crédit d'engagement, il ne faut pas multiplier l'aspect technique, mais des crédits d'engagement, ce sont des crédits qui ne seront plus engagés parce que les maires n'auront plus l'assurance que l'État contribuera au financement de ces opérations. Soyons concrets, qu'est-ce que ça remet en cause par exemple ? Écoutez, ça remet en cause un certain nombre d'investissements, d'équipements, tout simplement.

3:01
Présentateur

Je voulais agrandir mon gymnase ?

3:02
Invité

Voilà, alors construction de la gymnase. Un gymnase, ça coûte très cher, plusieurs millions d'euros, qu'on soit un gymnase dans une commune. Ou alors quand des parents vont venir pour mettre leurs enfants en crèche et que le maire ou la mère avait promis une crèche supplémentaire pour l'année budgétaire qui vient, eh bien le maire pourra dire aux parents, malheureusement nous ne pourrons plus investir dans une crèche supplémentaire parce que nous n'aurons pas les investissements supplémentaires. On voit également, on parle de crédit pour la cohésion, la politique de la ville.

Ça veut dire que très concrètement, on subventionne des associations, on subventionne des médiateurs sociaux qui vont dans les quartiers, qui vont parler avec les personnes en difficulté, qui vont même aider à rénover des cas jusqu'à lieu parce que ça va jusque-là. Le travail d'un maire, c'est extrêmement concret. Et donc ce sont des crédits qui n'ont pas été dépensés cette année, mais qu'ils ne le seront pas parce qu'ils n'ont pas l'assurance qu'à l'occasion de conventions qu'ils pourraient passer avec l'État, ces dépenses seront financées.

3:53
Présentateur

C'est une mauvaise surprise, c'est la mauvaise surprise de l'été pour les patrons de collectivités territoriales, soit maires, présidents de départements ? De toute manière, c'est une maladresse politique, il ne faut pas se le cacher. De la même manière que la diminution de 5 euros des APL, même si globalement ça n'a pas une valeur économique fondamentale, mais c'est une maladresse politique. Et là, il s'agit aussi d'une maladresse politique parce qu'on le voit bien, on suscite l'opposition générale de tous ceux qui ne sont pas en marche, pour des raisons différentes d'ailleurs.

Et ça représente, si l'on en croit Olivier Dussopt, qui est lui-même le président de l'association des petites villes de France, ça représente un programme sur 10 dont on a parlé tout à l'heure. C'est quelque chose qui fait vécu, je veux dire, dans les communes. Et quand le maire va aller voir ses administrés et va leur expliquer qu'on ne peut pas faire, parce que les administrés vont se dire que c'est la faute à Macron, c'est ça ? Voilà. Si vous ajoutez ça à d'autres problèmes entre l'exécutif et les élus locaux, la suppression programmée de la taxe d'habitation, etc. Enfin, l'extension de la suppression de la taxe d'habitation, en réalité, on en reparlera peut-être, ça fait désordre.

Et d'autant plus désordre qu'on est dans une période politique où il faudrait au contraire, mais on en reparlera aussi, ménager les élus locaux. Donc là, il y a problème. Allez-y, Magali.

5:26
Emmanuel Macron

Il y a d'autres conséquences, parce qu'un projet qui ne se fait pas, ce sont des entreprises locales qui ne travaillent pas. Donc il y a aussi un impact sur l'économie locale. D'autres maires vont peut-être choisir de financer quand même les projets, parce que c'est des projets importants pour leur voirie, pour leur école. Donc ils vont les financer comment ? Ils vont les financer en augmentant la fiscalité locale ou en endettant la commune. Donc ce sont des conséquences en chaîne.

5:50
Présentateur

Ce qui généralement revient au même à un moment ou à un moment.

5:51
Emmanuel Macron

Ce qui revient au même, c'est le contribuable, le citoyen, qui doit payer, que ce soit via les finances publiques locales ou nationales. Mais pour revenir sur le mot de maladresse, je pense que s'il y a eu maladresse, c'est sur les termes choisis. Quand il est allé devant le Sénat, il a mis en avant le terme de confiance, Emmanuel Macron. Et Gérard Larcher, de son côté, a parlé de respect. Et donc on était le 17 juillet, respect, confiance. Le 20 juillet, un décret sort, annonce 300 millions de suppressions.

6:18
Présentateur

Donc c'est la méthode que vous mettez en cause, que vous pointez là ?

6:20
Emmanuel Macron

Oui, parce que ce que les maires...

6:22
Présentateur

Mauvais timing.

6:23
Emmanuel Macron

Mauvais timing. Et puis, voilà, on n'en parle pas du tout le 17 juillet. Et le 20 juillet, une mauvaise surprise. Effectivement, il y a de quoi dérouter, même ses plus grands soutiens, sur la visibilité qu'ils vont pouvoir avoir sur les prochaines années en termes de finances publiques. Par contre, il y a une mauvaise nouvelle qu'il a donnée le 17 juillet. C'est qu'il a annoncé quand même que les collectivités territoriales devront faire 13 milliards d'efforts. Donc il a annoncé que 2018 serait une année blanche, ou en tout cas où il n'y avait pas d'inquiétude d'avoir sur 2018. Mais il a quand même annoncé 13 milliards. Ces 13 milliards, il va falloir les trouver.

Et là, on va être dans le dur très rapidement.

6:57
Présentateur

Qu'est-ce qui s'est passé dans ces trois jours, entre le 17 et le 20 ? Bercy a envoyé une petite note en disant qu'il faudrait gratouiller 300 millions supplémentaires ? Apparemment, je ne suis pas dans le secret des dieux. Mais ce qui se dit, c'est qu'on est dans la suite du train d'économie, du train de coup de rabot pour aller chercher les 4,5 milliards qui sont nécessaires pour que le gouvernement français puisse, dès cette année, garantir ou montrer à nos partenaires européens que pour une fois, ça y est, on est bien en dessous du 3% de déficit annuel qui est prévu par les critères de Maastricht.

Et donc, une fois encore, et c'est de bonne guerre, et c'est classique, on impute la responsabilité au gouvernement précédent qui nous avait laissé des projets non financés ou des ardoises. Et donc, il faut trouver l'argent par tous les moyens. Donc, on a eu le coup de rabot sur les APL, sur les crédits d'équipement du ministère de la Défense, maintenant sur les collectivités locales. Et là aussi, c'est problématique, parce qu'il y a une maladresse, ça a été rappelé, parce qu'on peut, pour certains, y voir soit une forme de reniement de la parole donnée, même s'il ne s'était pas engagé sur une absence de coupe sur 2017, mais sur 2018. Et puis... On ne songe pas aux missions, quoi. Voilà.

Et puis, on peut aussi y voir le retour de la vieille politique. Parce que, alors, là, certes, il y a urgence. Emmanuel Macron a un grand dessin de reconfiguration de toute une série de politiques publiques. Mais là, dans l'urgence, on a recours à la bonne vieille méthode du coup de rabot, et qui passe de manière indiscriminée, à la fois sur les territoires ruraux, dont il a été beaucoup question pendant cette campagne, mais aussi, on la voit dans la tribune du journal du dimanche, sur des villes de banlieue qui parlent, voilà, de populations en souffrance, de déficit de cohésion sociale. Et donc, on dit, voilà, il y a une politique aveugle qui a été menée.

Donc, ce n'est pas forcément, effectivement, du meilleur effet. Ce n'est pas forcément un signal positif, dites-vous. On va y revenir, bien évidemment. On parle de 300 millions d'euros. Vous m'avez dit que c'était 1% de l'ensemble des dépenses des communes, mais c'est 10% de leur budget d'investissement, de leur crédit d'investissement. Donc, c'est important. Trahison, on retient ce mot dit dans une tribune dans le journal du dimanche hier. Alors, ça peut paraître abstrait, comme ça, 300 millions d'euros. On va essayer d'être le plus concret possible. On a été voir le maire de Toulouse et la patronne de la région Occitanie.

Le maire de Toulouse, il est centre-droite, la patronne de la région Occitanie. Elle est de gauche, elle est radicale de gauche. Ils vont faire la liste, pour vous, de leurs ennuis. Si on les écoute, ce sont notamment les vacances des enfants défavorisés qui sont menacés. Reportage signé Georges Ladric et Stéphane Lopez. Le 4, au sud de Montpellier, là où les corbières rejoignent la mer. Cet après-midi-là, canoës et épuisettes sont de sortie. Sous le regard amusé de Carole Delga, la présidente de la région Occitanie.

9:59
Invité

Des vacances au grand air pour des enfants issus de milieux défavorisés.

10:19
Présentateur

Leur séjour est en grande partie financé par la région. Très critique de la baisse des dotations de 300 millions d'euros annoncées par le gouvernement.

10:27
Invité

Ce genre de projet, ils sont à multiplier pour le tourisme associatif, social et solidaire. C'est pourquoi on défend que l'Etat continue à avoir des crédits pour subventionner les projets des communes, des intercommunalités, des associations.

10:44
Présentateur

A Lecate, 2,5 millions d'euros de travaux ont déjà été votés. Objectif, rénover le centre de vacances situé à quelques mètres de la plage.

10:54
Locuteur 8

Ici, on est dans une chambre actuelle. Toutes les chambres à l'intérieur, tous les murs vont être cassés. On va redimensionner les chambres et reprendre sol, mur, plafond. Et surtout avec des sanitaires repris totalement, plus vastes. Et des lits modulables pour permettre l'accueil mixte adulte-enfant.

11:12
Présentateur

Sans aide de l'Etat et de la région, ce sont des centaines de projets comme celui-ci qui devraient revoir leurs ambitions à la baisse. Premier toucher, les quartiers sensibles et les communes de moins de 30 000 habitants. Après les 10 milliards d'euros de restrictions imposées par François Hollande, les nouvelles coupes budgétaires passent mal.

11:30
Invité

Les collectivités locales ont participé à l'effort de redressement des finances de la France. C'était normal. Mais les collectivités locales, en fait, elles ont participé à cette réduction de la dette à plus de 50%. Alors que dans la dépense publique, les collectivités locales, cela ne représente que 25%. Donc je pense que l'effort de 10 milliards d'euros qui a été fait est suffisant.

11:56
Présentateur

Des élus d'autant plus déçus qu'il y a quelques semaines encore, Emmanuel Macron se montrait rassurant. Mi-juillet, lors de la conférence des territoires, il leur promettait un nouveau pacte de confiance avec l'Etat.

12:11
Invité

Nous ne procéderons pas par baisse brutale de dotation. Je m'y étais engagé. Mais c'est un pari que nous faisons ensemble. La logique budgétaire, c'est de couper les dotations en 2018. Nous ne le ferons pas.

12:26
Présentateur

Surprise et consternation deux semaines plus tard. Un décret annule discrètement 300 millions d'euros de dotation. Une simple opération de régularisation comptable pour le gouvernement. Une trahison pour des élus qui la prennent dans la presse. A Toulouse, le maire Jean-Luc Moudinck fait rapidement ses comptes. Alors, pour nous, est-ce qu'on a calculé combien ça faisait ? Parce que si on regarde 11% de moins sur Toulouse par rapport à l'an dernier, ça nous fait un manque de combien, grosso modo ?

12:57
Locuteur 8

Ça fait de l'ordre de 250 000 euros sur la Haute-Garonne. Oui.

13:01
Locuteur 4

Donc un peu moins de 200 000 euros pour Toulouse, a priori.

13:05
Présentateur

Les 300 millions d'euros annulés représentent seulement 0,3% des dotations de l'État. Mais au-delà du montant, c'est la méthode qui agace. C'est vrai que ces crédits qui ont été annulés, c'est pas très important. Mais ce qui m'alerte, c'est le symbole, le message qui est envoyé. D'un côté, on nous dit qu'on va se concerter et qu'on ne va pas baisser, qu'on ne va plus baisser autoritairement les dotations, mais que l'on va définir ensemble des efforts pour la gestion, pour réaliser des économies de gestion, ce en quoi je suis d'accord. Et de l'autre côté, on voit bien que la pratique est autoritaire. Moi, c'est ça qui m'inquiète. Depuis, la colère gronde.

Dans une tribune publiée ce week-end dans le JDD, une dizaine de maires de droite comme de gauche montent au créneau. Ils utilisent des mots forts pour marquer les esprits, état d'urgence, quartier ghettoisé ou marasme. Un cri d'alarme, alors que plusieurs réformes sensibles, comme la suppression de la taxe d'habitation, les inquiètent déjà pour 2018. Question SMS que je vous soumets, peut-être Jean Garry. N'y a-t-il pas aussi beaucoup de dépenses inutiles de la part des collectivités territoriales ?

Souvent, une remarque qu'on se fait quand on vit dans une région ou dans une commune, on m'a refait un rond de point de plus, on m'a remis une tortue, un petit rond de chaussée de plus, et ça coûte beaucoup d'argent. C'est un vaste débat que les chambres régionales des comptes soulignent chaque année dans leur rapport, etc. Il faut savoir quand même, ça a été évoqué dans le reportage, que précisément, le coup de rabot dans les finances des collectivités locales, il a déjà été donné sous la présidence de François Hollande. Des efforts très importants ont été consentis.

que ce qui est un des gros problèmes aussi de la gestion de ces collectivités locales, si je ne me trompe pas, c'est évidemment le nombre des fonctionnaires territoriaux. Là aussi, les remarques de la Cour des comptes portent généralement plus sur la masse salariale ou sur la gestion des salariés du département ou de la région. Mais là aussi, il y a un très gros effort qui a été fourni, ce qu'on sait assez peu, depuis quelques années, consistant justement à réduire très sensiblement le poids de cette masse salariale. Donc vous dites qu'il n'y a plus de dépenses inutiles à notre téléspectateur ?

On ne peut évidemment pas dire ça, puisque les journaux de région sont pleins d'histoires de ce type. Mais simplement, là, ce n'est même pas ça qui est en cause. Ce qui est en cause, je pense, sur le plan politique, c'est l'idée lancée au Sénat par Emmanuel Macron d'une sorte de nouveau pacte avec les acteurs territoriaux, d'un nouveau cadre, y compris dans la réduction des différents échelons de la gouvernance locale, d'un engagement, d'un pacte de confiance, et qui est aussitôt perturbé, troublé, et même, on le voit, qui provoque des polémiques innombrables, parce que les acteurs locaux se sentent trahis.

On part sur l'idée d'une confiance, et puis il y a tout de suite comme ça un coup de matraque. Ce sont leurs moyens de pression, d'ailleurs. Comment peuvent-ils réagir ? Là, ils ont commencé déjà. Oui, c'est un coup de gueule. Il y a le coup de gueule, mais ils maillent le territoire, c'est leur fonction. Et dans une société très défiante comme la nôtre, ils sont les élus qui conservent, bien devant le président de la République, la confiance des Français.

C'est-à-dire que si le tam-tam commence à se mettre en marche dans les campagnes ou dans les villes, en disant, voilà, on nous a coupé nos budgets, parfois avec mauvaise foi, parce que quand on regarde une ville comme Toulouse, 250 000 euros, c'est pas anecdotique, et on peut geler tel ou tel projet dans tel ou tel quartier, mais la vie municipale à Toulouse ne va pas s'arrêter du jour au lendemain.

Néanmoins, le poids politique et le poids en termes de relais d'opinion qu'on s'émer est tout à fait décisif, et on va y revenir sans doute tout à l'heure, nous avons dans quelques semaines des élections sénatoriales, et les maires constituent l'essentiel du corps électoral qui va être amené à se prononcer. Et puis, autre élément, on a parlé de cette rupture du lien de confiance qu'Emmanuel Macron voulait installer avec les élus locaux. Il y avait déjà une alerte qui avait été importante, c'était, alors il n'avait pris personne en traître, c'était la suppression, ou l'extension de la suppression, ou l'exonération de la taxe d'habitation.

La taxe d'habitation, c'est un des derniers leviers qu'il restait à la disposition des collectivités locales pour lever l'impôt. Et donc tout allait remonter au niveau étatique, et donc là aussi, ce contrat de confiance, il est fortement écorné aujourd'hui. Je voudrais essayer de mesurer la manière dont ça va peser sur les uns ou sur les autres. Vous dites, Toulouse, bon, il y a un peu de politique dans la façon qu'a le maire de Toulouse de dire sur France 5 aujourd'hui... Il reconnaît que c'est que 250 000 euros, mais néanmoins, voilà, ils peuvent... Disons qu'on ne va pas en faire toute une histoire sur Toulouse, voilà ce que vous me dites en résumé.

18:08
Invité

Mais pour les petites communes et les communes rurales, cela peut avoir des conséquences plus importantes, notamment la dotation aux équipements aux communes rurales, pour des communes qui ont moins de 30 000 habitants et qui comptent vraiment sur ces subsides de l'État. Et vous disiez tout à l'heure...

18:22
Présentateur

Quand vous parlez d'équipements ?

18:23
Invité

Oui, non, mais les dotations... Ça veut dire quoi ? Eh bien, les investissements pour les communes de moins de 30 000 habitants dans les départements ruraux, pour très concrètement tous les équipements. Une route, une infrastructure, vous parlez de...

18:37
Présentateur

La porte de l'école, si elle ferme mal ?

18:39
Invité

Alors, il faut faire... Oui, parce que ce sont bien les communes qui ont l'entretien, donc les écoles maternelles primaires. Et même, il faut savoir une chose, c'est que les communes ont investi également dans les cours de rattrapage ou dans des cours après les heures scolaires. Et également, les assistantes maternelles qui sont dans les écoles sont financées également par les communes et non pas par l'éducation nationale, ce qui veut dire qu'il pourrait y avoir des sacrifices en termes de postes.

Et vous parliez tout à l'heure, pour répondre très concrètement aux téléspectateurs, il est vrai que dans les années 90-2000, il y a peut-être eu une augmentation assez importante, trop importante des dépenses de fonctionnement et de personnel, mais cela est terminé. Les communes, aujourd'hui, sont à la diète. Vous exprimiez tout à l'heure la peur des maires sur les dotations globales de fonctionnement. Effectivement, les maires doivent faire des économies de l'ordre de 12 à 15 milliards d'euros entre 2014 et 2017. Donc, il y a une dépense, une diminution de l'augmentation des dépenses de personnel.

Et également, il faut dire une chose, c'est que l'État transfère des compétences aux collectivités territoriales et que pour assumer ce service public, elles doivent embaucher du personnel. Exemple très concret, le revenu de solidarité active du département. Eh bien, les départements ont été obligés de recruter du personnel pour gérer ce service public. Donc, ces augmentations de personnel n'ont pas toujours été inutiles, même si aujourd'hui, effectivement, elles sont obligées de limiter le recrutement.

19:55
Présentateur

Mais j'entends que ça pèsera plus sur les uns que sur les autres. Quand, dans leur appel, les maires disent en particulier qu'il y a un risque de ghettoïsation et de radicalisation. Oui. On fait de la politique, là ? Ou on est dans un risque qui vous semble constitué et réel ?

20:10
Emmanuel Macron

Non, effectivement, tous les crédits qui vont aux associations et notamment dans les quartiers défavorisés, là, 1 000 euros, 5 000 euros, 10 000 euros, ça veut dire quelque chose à l'échelle d'une association. Ça veut dire un cours du soir, ça veut dire des intervenants, ça veut dire de la présence physique dans les quartiers qu'on ne pourra plus assurer du fait de ces restrictions. Donc, effectivement, au niveau d'une grande commune, les conséquences seront diluées.

Mais dès qu'on bat dans une échelle plus petite, petites communes, petites associations, et notamment, on sait que dans les quartiers, ce sont des petites structures qui sont les plus efficaces, il peut y avoir des conséquences très importantes. Alors, l'anecdote, c'est que le porte-voix des communes rurales était, sous la précédente majorité, Jacques Mézard, qui est maintenant ministre d'Emmanuel Macron, en charge notamment de la politique de la ville. Et donc, lui-même va se retrouver dans une position où il va devoir jouer un peu la position d'équilibriste, parce qu'il le sait, on ne peut pas lui retirer le fait qu'il a toujours défendu les communes rurales et les associations.

Donc, comment lui, il va pouvoir, en tant que ministre, appliquer les décisions qui seront prises à version ?

21:16
Présentateur

Une expression qui me vient à l'esprit en vous écoutant, ça s'appelle « les fesses entre deux chaises ». Ça ne va pas être facile.

21:21
Emmanuel Macron

Mais alors, il y a un rendez-vous, là. On parlait de comment les choses vont se matérialiser. À l'automne, il y a le Congrès des maires, le Congrès des maires annuel. Et chaque Premier ministre, chaque président a toujours un peu, même beaucoup de stress, avant de se rendre devant le Congrès des maires, parce que ça peut très mal se passer. Ça peut être sous les sifflets, voire plus.

21:38
Présentateur

Nicolas Sarkozy l'avait vécu.

21:39
Emmanuel Macron

Nicolas Sarkozy l'avait vécu. On sera en pleine période budgétaire.

21:42
Présentateur

François Hollande également. Merci de me le rappeler.

21:44
Emmanuel Macron

On sera en pleine période budgétaire. Et ça sera vraiment une épreuve, je pense, pour Emmanuel Macron, cet automne, de devoir s'exprimer devant des milliers de maires qui vont faire, je n'en doute pas, le déplacement à Paris pour l'entendre à l'écouter.

21:55
Présentateur

Est-ce que la suppression de la réserve parlementaire, qui n'est pas toujours bien comprise par les Français, peut-être par certains de nos téléspectateurs qui posent des questions là-dessus régulièrement, est-ce que la suppression de cette réserve parlementaire va s'ajouter à ces crédits qui disparaissent ? Parce qu'elle servait aux députés à aider. Alors parfois, on l'a souligné dans la presse, l'association d'équitation de leurs femmes ou les déplacements archéologiques de leurs filles, mais souvent également des associations locales qui en avaient besoin pour subsister.

Vous êtes au cœur du problème, puisqu'il me semble que les sénateurs, justement, avaient refusé de voter le texte à propos, justement, de la suppression de la réserve parlementaire, parce qu'ils sont très au contact, justement, de ces réalités-là. Alors, il faut aussi dire... 150 millions, la réserve parlementaire sous le contrôle. 146. Que cette réserve parlementaire, l'usage de cette réserve parlementaire a donné lieu à beaucoup d'abus, que la subvention de trois associations de pétanques dans la même commune, etc., pouvait quelquefois donner lieu à suspicion, et que le clientélisme, c'est quelque chose qui existe aussi dans les communes de France.

Mais la bonne façon de traiter ce genre de questions, ce n'est pas justement le coup de rabot auquel on assiste. C'est de mettre les choses à plat, d'essayer de réfléchir, comme voulait essayer de le faire Emmanuel Macron avec cette fameuse conférence qu'il a initiée au Sénat, qu'il avait d'ailleurs annoncée pendant la campagne présidentielle. Sauf que, voilà, le problème, c'est que pour avancer sur la voie de cette réflexion sur l'efficacité de la gouvernance territoriale, sur, j'en parlais tout à l'heure, les degrés, la manière de regrouper un certain nombre de niveaux de gouvernance territoriale, on ne peut le faire que dans la pleine confiance avec ces différents acteurs.

Et ça n'est pas le cas. Effectivement, Jacques Mézard au Sénat et un certain nombre de sénateurs sont placés, eux, dans une position très difficile, me semble-t-il. Sur quoi est-ce qu'on rabote quand on est à la tête d'une petite commune, quand la dotation baisse ou quand les crédits d'investissement que doit-vous verser l'État ou devez-vous verser l'État ne viennent pas ? Sur quoi on rabote d'abord ? Est-ce que la sécurité, par exemple, est un sujet auquel on ne touche jamais ou est-ce qu'il peut lui aussi être remis en cause ? Certains aspects.

24:18
Invité

Disons que, alors, la sécurité, si vous parlez de la police municipale, ce sont des dépenses de fonctionnement. Donc, effectivement, disons que c'est un sujet très important au niveau local, mais toutes les communes ne disposent pas d'une police municipale aussi. Donc, effectivement, ça peut concerner la sécurité locale. C'est que le maire est officier de police judiciaire, donc il est aussi accompagné de sa police municipale. Mais ça peut toucher tout l'ensemble des dépenses de la collectivité et d'abord des dépenses d'investissement. Et c'est d'ailleurs ce qui affecte le secteur des bâtiments de travaux publics.

Car je le rappelle, les collectivités locales, le bloc communal, c'est le premier investisseur public en France. 73% de l'investissement public civil, ce sont les collectivités territoriales. Donc, on va d'abord raboter sur une route, sur une rue, sur des lampadaires, enfin tout ce qui fait la vie quotidienne des administrés, en quelque sorte, et également sur les dépenses de fonctionnement, mais qui sont plus difficilement maniables, dans la mesure où on ne va pas se mettre à licencier du personnel communal, s'il est titulaire, même si on doit faire des économies dans le long terme.

Donc, les dépenses d'investissement, ce sont ces dépenses qui, en premier lieu, vont effectivement subir les conséquences de cette réduction de dotation.

25:26
Présentateur

Vous avez bien précisé tout à l'heure que vous n'étiez ni les uns ni les autres devins, mais est-ce qu'on est au bout des mauvaises surprises et des enveloppes budgétaires qui disparaissent ? Écoutez, il faudrait faire le décompte précis, puisqu'il manquait 4 milliards et demi. Sur la taxe d'habitation, par exemple, est-ce qu'on sait exactement aujourd'hui comment ça va se passer ? Est-ce qu'on sait si ça ne va pas se répercuter d'une manière ou d'une autre ? C'est-à-dire qu'on a dit que ça allait se faire progressivement, mais là aussi, tout doit être fait dans la discussion avec les collectivités locales.

C'est-à-dire qu'encore une fois, on va retirer un droit souverain aux collectivités locales, celui de lever l'impôt, en disant, voilà, rassurez-vous, vous serez compensés. Mais bon, l'histoire a montré qu'à chaque fois que l'État central s'est engagé sur le fait de compenser, on a parlé tout à l'heure des dépenses sociales, en année 1, comme on dit, en droit fiscal, en comptabilité publique, la compensation a lieu. Année N plus 2, ça commence à se dégrader. Année N plus 3, il manque de l'argent, parce que l'État est toujours impécunieux. Donc ça, les dirigeants de collectivités locales le savent.

Et donc, Emmanuel Macron, c'est ce qui aussi a fonctionné, ce qui a séduit une partie des Français pendant la campagne, il propose par certains côtés un big bang, de remettre à plat toute une série de choses. Mais ça, on le fait en concertation. Et là, ce que disait Jean-Garric tout à l'heure, c'est que des signaux comme ceci, même si ce n'est que 300 millions, eh bien vous avez le contrat de confiance qui est rompu, et les gens qui peuvent se dire en face de l'autre côté de la table, écoutez, nous ne sommes plus en confiance. Donc il y a état d'urgence. C'est-à-dire que quand les maires disent qu'il y a état d'urgence, il y a état d'inquiétude d'urgence, c'est sûr, ou état de défiance.

Et puis ensuite, je voudrais vous entendre, Magali Alexandre. Pour faire un mauvais jeu de mots, on est dans de la Macron-économie. C'est-à-dire la Macron-économie, c'est de la macro-économie confrontée à la politique. Et la politique, ce n'est pas de la macro-économie, justement. La politique, ce sont des élus de terrain, comme le disait Jérôme tout à l'heure. Qu'est-ce que ça veut dire de la macro-économie ? Ça veut dire qu'il y a Dominique Bussereau qui disait il y a quelques semaines « Le problème, c'est qu'on a un président qui n'a jamais été un élu local, qui n'a pas été maire, comme Giscard Mitterrand, Chirac ou Hollande.

Il n'a jamais eu, disait Dominique Bussereau, qui lui-même a été maire et a dirigé un conseil départemental, il n'a jamais eu à régler un problème de sortie d'école ou de dispute entre voisins. On a un président par le haut, ce qui a des avantages. » En l'occurrence, on peut penser, étant donné la formation, le parcours relativement bref d'ailleurs d'Emmanuel Macron en politique, on voit très bien que ce qu'il a connu, lui, c'est précisément, j'allais dire, les cimes de la gestion nationale, voire même européenne, et que son entourage, ceux qui sont avec lui, n'ont pas non plus cette expérience du terrain, précisément celle d'un Dominique Bussereau ou d'autres.

Ou Jacques Mézard, qui est quand même au gouvernement, qui a eu l'expérience du terrain. Il y a un Premier ministre, représentant des petites communes. Ou Jacques Mézard, mais qui sont précisément dans une situation d'interface entre justement cette logique macroéconomique et puis les réalités du terrain. Etat d'urgence, d'être d'accord avec ce mot ?

28:30
Emmanuel Macron

La difficulté d'Emmanuel Macron, c'est qu'il n'est pas le premier président de la République.

28:34
Présentateur

Pas pour Emmanuel Macron, je parlais pour les communes.

28:36
Emmanuel Macron

Oui, oui, oui. On n'en est pas là pour Emmanuel Macron. Je vais vous dire pourquoi. Parce que le problème, c'est que pour les communes, ce n'est pas la première fois qu'on leur demande des efforts. Et donc c'est pour ça, c'est que les efforts qui sont demandés aujourd'hui en 2017 viennent à la suite de 10 milliards d'efforts qui ont été demandés sur le fonctionnement sous le précédent quinquennat. Et donc l'état d'urgence, le mot est fort, mais parce qu'il vient aussi à la suite d'une histoire. Emmanuel Macron, c'est pour ça que je vous disais la difficulté d'Emmanuel Macron, c'est qu'il n'arrive pas hors sol. Il y a une histoire derrière lui.

Et effectivement, on en arrive à des mots forts, parce que les communes, les élus ont l'impression d'avoir contribué plus qu'il ne fallait à l'effort national pour arriver à 3% de déficit.

29:20
Présentateur

Alors le Premier ministre s'est évidemment exprimé sur ce sujet. Quand je dis évidemment pas la télévision, dans la presse, il affirme qu'il faut faire des choix. Il rappelle qu'il mente 7 milliards dans la caisse. C'est un constat de la Cour des comptes, vous le savez. Mais toutes ces polémiques ne sont pas sans conséquence évidemment sur la cote de l'exécutif. Le président, par exemple, a dévissé cet été. Quand je dis dévissé, je veux dire qu'il a perdu au moins 10 points, par exemple, dans le dernier sondage IFOP. Ça ne l'empêche pas d'ailleurs de continuer à jouer les présidents sympas avec les jeunes de quartier.

C'est un reportage de Marie-Charlotte Duluc, Clotilde Mravko et Arnaud Fora.

29:55
Locuteur 2

Loin des dernières controverses... Emmanuel Macron s'offre un peu de candeur.

30:13
Locuteur 4

Parce qu'elle n'est pas tout le temps avec moi.

30:16
Locuteur 2

Pourquoi ?

30:17
Locuteur 4

Tu vois, et là je venais vous voir. Donc elle, elle fait autre chose pendant ce temps-là.

30:21
Invité

Elle fait pas le repas.

30:22
Locuteur 2

Une visite à ces enfants qui ne partent pas en vacances pour rattraper la polémique déclenchée le mois dernier par la baisse des APL. Car la mesure frappe surtout les plus modestes. Entre deux dossiers chauds, le président s'essaye au tir au but. Autre chose qu'Emmanuel Macron n'arrive plus à faire décoller, c'est sa cote de popularité. Depuis son élection, le président est en chute libre. Moins 7 points ce mois-ci avec seulement 36% d'opinion favorable. A peine mieux pour son premier ministre Edouard Philippe, qui le devance d'un point à 37%. Du jamais vu après seulement 3 mois de mandat. Ce Jacques Chirac, en 1995, était lui aussi tombé presque aussi bas.

Emmanuel Macron impopulaire, il paye surtout la mauvaise communication autour des annonces budgétaires faites par son gouvernement. Alors pendant que le président multiplie les déplacements ciblés, la proximité et les tentatives de reconquête, le premier ministre, lui, est chargé d'éteindre le feu et fait de la pédagogie.

31:48
Locuteur 8

Avant d'être nommé, je me doutais que la situation n'était pas bonne. Mais je ne pensais pas que les chiffres seraient aussi mauvais. Nous avons fait le choix de ne pas augmenter les impôts en 2017 et d'assumer les dépenses annoncées par nos prédécesseurs, mais qui n'étaient pas financées.

32:06
Présentateur

Nous avons donc décidé de faire des économies sur la dépense publique, gouverner ses choisirs.

32:11
Invité

À Emmanuel Macron, le structurant est le long terme. À Édouard Philippe, le court terme est peut-être aussi la gestion des incendies quand il y en a. C'est une répartition classique, sauf que ce qui manque à Emmanuel Macron, c'est tout de même l'explication. Il n'a pas voulu faire d'interview le 14 juillet. C'est vrai qu'en même temps, ce n'est pas forcément des interviews qui laissent une trace indélébile dans l'histoire de la politique française. Mais il aura besoin, à un moment, de dire où l'on va, où il veut aller.

32:45
Locuteur 2

Et pour cela, Emmanuel Macron bénéficie d'une situation économique favorable. Un chômage en baisse avec moins 0,3% au mois de juin. Des embauches à la hausse, dans le BTP, l'industrie ou le marketing. Et la croissance qui repart. Plus 0,5% pour le troisième trimestre consécutif. Ce mercredi, le gouvernement se réunira une dernière fois en Conseil des ministres avant quelques jours de vacances, pour faire un premier bilan de la présidence et préparer la rentrée, qui s'annonce déjà mouvementée.

33:25
Présentateur

Question SMS. Comment s'explique la chute de la popularité d'Emmanuel Macron ? On va poser la question à Jean-Homme Fourquet. C'est assez naturel. Alors, on a un phénomène assez classique de fin d'état de grâce. Puisqu'on a des codes de popularité qui sont... Rapides, alors. Oui, mais c'est assez rapide en général, les derniers quinquennats. Là, c'est pas tellement la rapidité, c'est la brutalité. C'est-à-dire qu'Emmanuel Macron, au mois de juillet, sur le baromètre IFOP pour le journal du dimanche, avait perdu 10 points en un mois.

On n'avait pas enregistré une baisse estivale consécutive à l'élection d'un nouveau président depuis 1995, l'été 1995, où Jacques Chirac, après avoir été élu sur la fracture sociale, avait lui aussi... Alors, c'était des mesures d'une autre ampleur, mais il avait lui aussi annoncé un certain nombre de mesures. La réforme de la sécurité sociale avait été annoncé. La sécurité sociale, voilà, à ce moment-là. D'accord. Donc là, ça avait été perçu comme un volte-face, une volte-face par l'opinion publique, et il avait été très durement sanctionné. François Hollande, en début de son quinquennat, baisse aussi de manière assez importante, mais pas aussi brutale.

Et puis Nicolas Sarkozy, en 2007, va connaître une érosion de sa popularité, mais plus tardive, à l'automne. Donc il y a un phénomène assez classique, mais qui est accentué cette année. Accentué pourquoi ? Parce qu'on a une conjonction de mécontentement. On précise que notre enquête avait été faite avant l'annonce de la baisse de 5 euros sur les APL, mais on avait déjà des retraités qui se plaignaient de la hausse annoncée de la CSG. Nous avions la baisse la plus forte dans une catégorie, qui était celle des fonctionnaires, qui, eux, parlaient du gel du point d'indice, qui conditionne leurs augmentations de salaire.

Donc il y avait, là aussi, après plusieurs années de gel, un surgel, encore une année supplémentaire. Le retour du jour de carence, des coupes dans un certain nombre de budgets. Tout se paye, pardonnez-moi l'expression, cash. On a l'impression qu'il n'y a plus une mesure qui passe. Les Français ne font plus crédit. Voilà ce que vous préférez. Rappelons quand même que sur cette enquête IFOP, on était à 54% encore de Français qui étaient satisfaits. Donc on n'était pas dans des abîmes. Les derniers sondages mettent Emmanuel Macron à 36. Oui, sur d'autres formulations, donc on verra le nôtre, la prochaine vague aura lieu à la fin du mois. On verra justement l'impact de ce genre de mesures.

Donc il ne faut pas noircir non plus le tableau. Il demeure populaire, même s'il y a une alerte qui est très sérieuse. Et on sort aussi de cette majorité présidentielle, c'est-à-dire en même temps concilier les contraires. Au bout d'un moment, voilà, on est en responsabilité et il y a un certain nombre d'arbitrages à prendre. Et aussi un héritage d'un précédent gouvernement à solder avec une situation qui, même si au plan macronomique, macroéconomique, excusez-moi. Oui, ça y est. Vous êtes piégé par le jeu de mots de Jean-Geric. Elle s'améliore. On a quand même, voilà, sur la question des dépenses publiques, un passif qui est très très lourd.

On sait que la situation demande un certain nombre d'arbitrages, ce qui est en train de se produire. Est-ce qu'il a eu tort de ne pas parler, le président ? Je pense, après les polémiques, encore une fois, qui ne partent pas juste le 14 juillet, on en a déjà beaucoup discuté ici, mais les APL, ce qui vient de se passer, la brouille avec les militaires qui a été soldée de manière assez lapidaire dans les médias. Est-ce qu'il a eu tort de ne pas prendre la parole ? Il est un peu pris au piège de sa présidentialité. C'est-à-dire que ce qui a fait son état de grâce à lui, 10 points au-dessus d'ailleurs de ce qu'était celui de François Hollande.

François Hollande ne dépassait pas les 55, il était à 66 au départ. Ce qui a fait sa présidentialité, justement, c'était la raréfaction de la parole et la hauteur et la distance présidentielle, revenant au canon de la présidence gaullienne ou mitterrandienne. C'est aussi ce qui a fait son succès au départ. Mais aujourd'hui, confronter un certain nombre de réformes qui, comme le décrivait Jérôme Fourquet, sont mal reçues par tout un tas de secteurs de la société française, c'est vrai que là, c'est beaucoup plus difficile, justement, d'être dans une attitude de distance. On a besoin d'explications. Vous n'avez pas dit ce que vous pensez qu'il doit parler ?

Moi, je pense qu'effectivement, maintenant, étant donné ce qui se passe là, c'est qu'on ne l'entendait pas, mais en même temps, pardon d'être macronier en la matière, On le disait avant, mais je pense qu'on ne s'en apercevait pas. En même temps, s'il parle, d'abord, il y a la conjoncture, on est dans une période de vacances, c'est le mois d'août, est-ce que son discours serait perçu, est-ce qu'il aurait suffisamment d'écho pour avoir véritablement un impact politique ? Ça, ce n'est pas une certitude. Et puis, ce serait un peu en contradiction avec l'idée qu'il a essayé de mettre en place de ce qu'était une présidence qui fixe des grands objectifs et qui n'en démord pas, qui suit un cap.

Donc, on voit très bien que cette notion d'une présidence jupitérienne, elle le a servi de socle pour l'élévation de sa présidentialité, mais qu'elle peut aussi avoir des effets négatifs. Et moi, je pense qu'il est confronté aujourd'hui à cet effet. J'ajouterais quand même qu'on est dans une situation politique où Emmanuel Macron a une majorité parlementaire pléthorique, on le voit, et où les opposants ont besoin de créer en permanence ce qu'on appelle du buzz, ou en tout cas des effets de publicité ou des effets de polémique. Donc, c'est aussi très à risque pour Emmanuel Macron.

Et si vous ajoutez là-dessus qu'incontestablement, l'été d'Emmanuel Macron, il a été beaucoup plus productif que celui de François Hollande, ou que de Nicolas Sarkozy ou que de Jacques Chirac, tous ces éléments-là font que... Vous êtes en train de dire qu'il paye sa détermination, d'une certaine manière. D'une certaine manière, il a quand même prêté le flanc à beaucoup de critiques. Je voudrais essayer de mesurer ce que ça peut lui coûter, ce dont on est en train de parler aujourd'hui, c'est-à-dire cette baisse de dotation, notamment auprès des collectivités locales. Est-ce que ça, les Français peuvent le lui faire payer ? Est-ce que les Français, ils sont sensibles ?

Est-ce que ça peut ajouter à la dépression ou à la fièvre estivale, comme on veut ? Il faut voir. On disait quand même tout à l'heure, les maires sont des relais d'opinion tout à fait importants. Et donc, ça peut se payer à terme, c'est-à-dire, comme on l'a rappelé tout à l'heure, quand un certain nombre de projets ne sortiront pas de terre ou seront différés, parce que parfois, ils ne sont pas annulés, ils sont différés, eh bien, localement, on mettra ça sur le dos d'Emmanuel Macron, en disant, voilà, il était prévu, mais on nous a coupé dans les dépenses de fonctionnement.

Pour revenir sur la question précédente, je pense qu'Emmanuel Macron, il a aussi un autre calendrier en tête, c'est que le 21 août, donc c'est bientôt, doivent être publiés le contenu des fameuses ordonnances sur la réforme du Code du travail. C'est-à-dire que tout ça se fait en parallèle d'autres chantiers qui ont avancé. C'est-à-dire qu'on a eu la loi de moralisation de la vie politique, qui a intéressé les Français symboliquement, mais ces ordonnances, là, je pense qu'en termes de popularité, c'est beaucoup plus risqué et c'est beaucoup plus lourd de sens. Et c'est quand même Emmanuel Macron, là, qui détient le stylo, c'est-à-dire que c'est lui qui va fixer où on place la jauge.

Est-ce qu'on est dans une logique de compromis, là aussi, avec un certain nombre de syndicats, comme on refondrait les relations dont on en a parlé tout à l'heure avec les collectivités locales, ou est-ce qu'on passe davantage en force en disant, voilà, on va être sur quelque chose de plus vertical, il faut que les réformes soient faites, si on commence à écouter tout le monde, on n'avancera jamais. Et ça, je pense que c'est beaucoup plus lourd de conséquences, ce qui va être arbitré dans les prochaines semaines sur ce dossier-là. En termes de popularité, c'est ce qu'il vous semble.

Est-ce que vous diriez que ça va avoir des conséquences politiques à la rentrée tout à l'heure au début d'émission, en disant on y reviendra plus tard et le moment est venu, vous disiez, il y a les sénatoriels en septembre.

41:36
Emmanuel Macron

Tout à fait.

41:37
Présentateur

Quel impact ça a, cette affaire-là, sur les sénatoriels ? Parce qu'après tout, les maires sont les grands électeurs.

41:41
Emmanuel Macron

Il y aura une conséquence politique qu'on pourra mesurer dès le mois de septembre, effectivement, avec les sénatoriels. Alors, peut-être que je peux nuancer en disant qu'il y avait quand même, il avait un soutien auprès de... Emmanuel Macron était quand même soutenu par les maires, et notamment les maires des petites communes. Il avait quand même la cote. Et je ne sais pas si les événements de ces dernières semaines vont faire totalement basculer les choses. Donc, conséquences politiques dès le mois de septembre. Après, il ne s'était pas fixé des grands objectifs au Sénat. Il n'avait pas affiché de vouloir devenir le premier groupe du Sénat.

Ils avaient toujours dit, voilà, on voudrait doubler, être une soixantaine de sénateurs, ce serait très bien. Voilà. Donc, ils se sont fixés des petits objectifs pour ne pas donner l'impression de rater cette marche. Après, peut-être ce qui distingue Emmanuel Macron des autres présidents de la République, c'est qu'il a une base, un soutien plus friable. Il a créé de l'enthousiasme, de l'adhésion pendant la campagne qui venait de tous bords, de gauche, de droite, du centre, etc.

À la première difficulté, ceux qui se sont enthousiasmés pour sa candidature, s'ils n'ont pas le récit, s'ils n'arrivent pas à comprendre le sens, ils seront plus pronds à partir que ne l'est un militant politique traditionnel qui a voté pour Jacques Chirac ou François Hollande qui ne partira pas ou ne tendra pas le dos à sa famille politique dès la première difficulté.

43:02
Présentateur

Il est parti hors piste, donc la neige est moins stable.

43:04
Emmanuel Macron

Tout à fait. Donc là, c'est quelque chose aussi qu'il distingue, à mon avis, des présidents de la République précédent sur le fait qu'il va être peut-être plus en première ligne pour pouvoir expliquer, parce que tout s'est joué sur l'image d'Emmanuel Macron plus que sur un parti politique.

43:17
Présentateur

C'est vraiment une idée très intéressante qu'on va garder. Je voudrais juste revenir sur ma question précédente qui était le Sénat. Il y a des gens qui se réjouissent aujourd'hui de ce qu'Emmanuel Macron a laissé faire le 20 juillet, c'est-à-dire cette baisse de notation ? Je pense que sans faire de langue de bois, justement. C'est mieux, oui. C'est plutôt une bonne nouvelle pour la majorité sénatoriale, les Républicains, que les tensions se créent entre Emmanuel Macron et les collectivités territoriales et ces fameux délégués qui votent, qui élisent les sénateurs et qui sont pour beaucoup des conseillers territoriaux, municipaux, départements d'origine.

Donc voilà, c'est plutôt une bonne nouvelle et il est vraisemblable que la majorité des Républicains sortira renforcée des élections sénatoriales, sénatoriales, ce qui n'empêchera sans doute pas qu'un groupe de La République En Marche, drivé par François Patria, puisse s'étoffer à la faveur de ces élections, ce qui va aussi sans doute consolider le groupe des socialistes, qui est un autre nom, c'est un nom plus compliqué, mais parce qu'eux aussi peuvent tirer quelques marrons du feu de ces difficultés rencontrées par les macroniens, par La République En Marche.

Mais donc, on verra d'ailleurs à quel point on est dans un régime bicaméral, il ne faut jamais l'oublier, le Sénat joue son rôle et là, il y aura une véritable opposition au Sénat et ce sera une donnée à retenir. Même si l'Assemblée nationale a le dernier mot, on le rappelle, au terme des navettes, toujours. Mais les maires, pensez-vous, ou les élus locaux feront payer à Emmanuel Macron ce qui s'est passé cet été ?

45:02
Invité

D'une certaine façon, je crois que oui. La première conséquence politique, ce sera au Sénat, parce que vous l'avez dit, d'abord, le Sénat, au terme de la Constitution, est le représentant des collectivités territoriales. Donc, quand on va dire aux grands électeurs demain qu'on va leur sucrire un certain nombre de subventions, ils seront nettement moins enclins de voter pour un candidat du parti présidentiel. Ce sera la première conséquence. Et donc, peut-être que le nombre de sénateurs, effectivement, il y a eu des élus locaux, comme vous l'avez dit, qui avaient soutenu Emmanuel Macron. Et donc, il sera nettement moins enclin à le soutenir lors des élections sénatoriales.

Un autre point que je voudrais souligner, ce n'est pas Jérôme Fourquet qui dira le contraire, je pense, c'est que le mandat de maire est le mandat préféré des Français. C'est-à-dire que l'image politique se brouille au niveau local. C'est-à-dire qu'on ne juge pas le maire ou la maire en fonction de son étiquette politique, de gauche ou de droite. On la juge, on juge cette personne, ce premier magistrat de la collectivité, en fonction de ses capacités à bien gérer sa collectivité locale. Et ça, comme vous le dites, les maires, ce sont des relais très importants. Et cela pourra avoir des conséquences très importantes.

Enfin, j'ajoute aussi qu'il ne faut pas l'oublier, nous sommes dans une république dite décentralisée. Et que si on devait accumuler les obligations d'économie des collectivités territoriales, Mme la juriste ne dira pas le contraire non plus, eh bien, c'est le principe de libre administration qui serait atteint. Et ça, ce principe de libre administration figure dans la Constitution. Et ça voudrait dire que nous serions dans un cycle infernal dans lequel, à force de baisser les subventions, les maires seraient obligés d'augmenter la fiscalité locale. C'est ce que vous disiez tout à l'heure.

Et cela, aujourd'hui, n'est tout simplement plus supportable parce que le niveau de fiscalité a atteint une limite au-delà de laquelle, je pense, nous ne pouvons plus aller.

46:41
Présentateur

– Je vous donne la parole juste après, Jérôme Fourquet, mais je voudrais qu'on revoie ensemble, vous l'avez un peu évoqué déjà les uns et les autres au cours de cette émission, l'addition des dossiers qui fâchent. Il nous a semblé que cette édition commençait à être un petit peu salée. Politique de la ville, on en a parlé. Crédit aux collectivités, baisse des aides de logement, coupe dans les crédits de la justice, brouille avec les militaires. Voilà une petite revue des décisions qui ont fait grincer les dents depuis le début de l'été. C'est signé Damien Fleurette, Myriam Zéard et Dominique Lemarchand.

47:10
Invité

Opération reconquête il y a trois semaines pour le commandant Macron. En tenue de pilote de chasse, le président de la République tente la réconciliation avec les militaires après la démission fracassante du chef d'état-major des armées. Le général Pierre Devilliers a jugé quelques jours plus tôt devant les députés que la trajectoire budgétaire pour la défense n'était pas tenable. Le gouvernement avait annoncé 850 millions d'euros d'économies.

47:38
Locuteur 8

Mesdames et Messieurs, Monsieur le Président de la République.

47:42
Invité

Emmanuel Macron n'avait pas apprécié que la grande muette soit trop bavarde. J'aime le sens du devoir.

47:50
Locuteur 4

J'aime le sens de la réserve qui a tenu nos armées où elles sont aujourd'hui. Je suis votre chef. Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n'ai à cet égard besoin de nulle pression et de nul commentaire.

48:08
Invité

Au même moment, un autre budget, lui aussi revu à la baisse, génère des commentaires. La justice devra faire avec 160 millions d'euros de moins que prévu. Cette fois, c'est le Premier ministre au Palais de Justice de Paris qui s'occupe du service après-vente et le syndicat de la magistrature qui monte au créneau.

48:29
Locuteur 3

C'est le communiqué de presse qu'on a publié au mois de juillet lorsque l'annonce a été faite. Coup de rabot judiciaire, justice au rabais. Il y a des conséquences humaines qui seront très lourdes. Ce n'est pas une question de luxe pour la justice. Ce n'est pas une question de confort pour les magistrats. C'est vraiment une question qui est liée à dans quelles conditions est-ce qu'on accueille les justiciables. Et ce coup de rabot, il est d'autant plus incompréhensible qu'on est face à une institution, la justice, qui vit déjà une pénurie massive, qui est dans un état déplorable. Et toutes les comparaisons européennes le démontrent.

Là, aujourd'hui, cette décision gouvernementale, elle est purement scandaleuse pour la justice.

49:15
Invité

La même semaine, nouveau coup de rabot, le gouvernement veut économiser sur les allocations logements. Bercy annonce une baisse des APL de 5 euros pour 6,5 millions de bénéficiaires. Pour tenter d'éloigner la polémique, Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, parle d'une mesure initiée par le précédent gouvernement.

49:36
Présentateur

La loi de finances 2017 a voté des économies notamment sur les APL et que jamais le gouvernement ne les a mis en place. Parce que la Cour des Comptes a souligné le fait qu'il y a eu une sous-budgetisation

49:45
Locuteur 8

et qu'il y avait des recettes qui n'étaient pas au rendez-vous. Dans les recettes qui n'étaient pas au rendez-vous, c'est la baisse des APL

49:49
Présentateur

qui a été votée par la précédente majorité et présentée par le gouvernement

49:52
Invité

mais qui n'a jamais été mise en place. Nous prendrons les mesures qu'a votées le Parlement. Réponse cinglante de l'ancien ministre du Budget.

50:02
Locuteur 4

C'est un mensonge, tout simplement. Nous avions prévu de limiter l'attribution des APL à celles et ceux qui n'avaient pas de patrimoine important.

50:12
Invité

Dans ce contexte d'économie généralisée, d'efforts réclamés à tous les ministères, Emmanuel Macron risque pourtant de se heurter à d'autres dossiers comme ces jours-ci celui des réfugiés à Calais qui, de l'avis même du Conseil d'État, nécessitent des investissements.

50:27
Présentateur

Réaction et questions SMS. Les militaires, les maires, les députés, les associations, tous se plaignent mais quelles solutions économiques proposent-ils ? C'est toujours le problème des différents corporatismes, des différents corps constitués face à une politique globale, un objectif dont on voit bien qu'en réalité il est fondamentalement tributaire du couple franco-allemand. Il s'agit, c'est un coup de rabot mais en fait le coup de rabot c'est un grand coup de, je dirais, d'effaçage de tout ce qui peut dépasser aux yeux d'Angela Merkel. Et tant pis si on fâche Toulouse, les soldats et les autres.

C'est bien là la contradiction entre une politique Macron-économique, c'est-à-dire une politique à l'échelle européenne parce que c'est très clairement ça en réalité, c'est d'échanger finalement cette rigueur budgétaire qu'on pourrait appeler austérité avec une place renforcée de la France dans l'Europe. On se gagne les faveurs d'Angela Merkel et de Bruxelles ? Ou on fait la politique nécessaire pour la France ? C'est un petit... alors ça c'est... C'est un peu la question du téléspectateur. Et si après tout c'était ce qu'il fallait faire ? Ça c'est une question que les sensibilités politiques diverses peuvent trancher.

Parce que le social libéral va considérer, et c'est le cas de Macron, il a toujours annoncé la couleur, qu'il faut en passer par là pour aller justement redresser l'économie française et essayer de trouver justement un appui du côté de l'économie allemande. Et puis d'autres considéreront au contraire que c'est léser des intérêts différents. Mais on voit bien aussi que ces différents sujets là sont précisément très hétérogènes. Enfin que les... Il y a là des choses qui touchent plus ou moins les Français. Est-ce que véritablement la querelle du budget de l'armée a touché fondamentalement les Français ? Moi je pense que les APL, ça s'attouche. Symboliquement, sans doute non ? Symboliquement ?

Même pas. Moi j'y vois surtout la querelle. Donc vous dites les APL, oui. Si on fait un hit parade, si j'ose dire, des mesures qui ont été plus ou moins bien digérées par les uns ou les autres cet été, vous dites, numéro 1, les APL.

Moi j'ai l'impression que les APL, mais ça il faudrait le mesurer par les sondages, on le verra bientôt, mais je pense qu'il ne faut pas sous-estimer l'impact de l'affaire des crédits militaires, à la fois sur le fond, puisque pour la première fois depuis quelques années, une large majorité de Français estiment que dans le contexte de menace qui est celui que nous connaissons, il faut augmenter les crédits militaires, alors que par le passé, toutes les enquêtes montraient que le gouvernement avait raison en termes de logique d'opinion, je ne me prononce pas sur le fond du sujet, mais d'utiliser le budget militaire comme une variable d'ajustement, puisque les Français disaient, voilà, ils étaient encore dans la logique de toucher les dividendes de la paix.

Ce n'est plus du tout le climat qui prévaut majoritairement dans le pays depuis les attentats de 2015-2016. Donc sur le fond de l'affaire, je pense que là l'opinion n'a pas suivi, n'a pas compris. Et puis sur la forme, comment ça a été exprimé, là aussi il y a eu une entorse, avec notamment des dégâts dans l'électorat de droite, qui jusqu'à présent, là aussi c'est intéressant, Emmanuel Macron, on le voit dans les enquêtes, il est soutenu par son électorat sur sa politique actuelle, et puis aussi sur les aspects économiques, par une bonne partie de l'électorat de droite.

C'est d'ailleurs pour ça, d'ailleurs, qu'un certain nombre de représentants des Républicains siègent aujourd'hui au gouvernement, justement pour amener cette caution et avoir ce soutien d'une partie de l'électorat de droite. Jean-Guerrick parlait tout à l'heure de la difficulté à concilier les territoires ruraux, Toulouse d'un côté, et puis les négociations avec Angela Merkel.

Il y a un autre défi pour Emmanuel Macron, on le voit là, c'est son objectif d'une nouvelle politique, en disant, voilà, on va remettre à plat, on ne peut plus faire le coup de rabot comme avant, il faut, pour gagner des marges de manœuvre, il faut remettre à plat des pans entiers de nos politiques publiques, le logement, la formation, dont il a été beaucoup question pendant la campagne. Sauf que ça, ça nécessite à la fois la confiance de vos partenaires, mais également du temps. Et là, Emmanuel Macron manque d'une denrée qui est très précieuse en politique, c'est le temps, c'est-à-dire qu'il faut boucler les budgets, et il faut, en urgence, trouver les milliards qui manquent.

Et là, qu'est-ce qu'on utilise comme recette ? Eh bien, une bonne vieille recette qui s'appelle le rabot. Et donc, il a promis, pour l'année prochaine, par exemple, sur les APL, de remettre à plat la politique du logement, sauf que... Certains de ses amis ont fait remarquer, d'ailleurs, que le rabot est une mauvaise politique, et que ce qu'il fallait, c'est revoir le système de l'APL en totalité. On peut s'interroger en disant « Est-ce qu'il n'y avait pas déjà des maquettes de réformes qui étaient toutes prêtes dans les cartons qu'on aura pu voter ? » Alors après, on nous dit « Ben voilà, mais c'est compliqué à appliquer tout de suite.

» On voit bien que, déjà, il y a eu la loi sur la moralisation de la vie politique. Ce que j'entends de ce que vous me dites, c'est que l'urgence, c'est de passer sous les 3% à la fin d'année. C'est ce qui... Oui, c'était la ligne. Et quand vous dites « C'est la ligne », c'est-à-dire que le reste, plus rien ne dépasse autour de ça. Ben, jusqu'à présent, c'est l'idée qui prévaut. Et là où il y a un risque, c'est qu'on l'a vu pour le quinquennat de Nicolas Sarkozy comme pour celui de François Hollande, c'est dans les premiers mois d'un quinquennat que l'image globale d'un président et de sa politique va se figer. Et ensuite, il peut évoluer. C'est cette grille de lecture qui prévaut.

Et donc, le risque qu'il peut y avoir, c'est une politique qui soit d'abord faite en fonction de nos partenaires européens au détriment de la population. Même si, on dirait que c'est assez manichain de présenter les choses comme ça, mais un certain nombre de ses opposants ne vont pas se gêner pour le faire. Est-ce que vous diriez, Magali Alexandre, par exemple, que Emmanuel Macron a sous-estimé la réaction des Français sur toute cette série de sujets qui, dans la séquence qu'on vient de vivre, est-ce qu'il les voit trop loin ou trop haut ?

56:23
Emmanuel Macron

Je serais en difficulté pour répondre à sa place, mais effectivement, la politique, c'est gouverner, c'est décider. Mais c'est aussi décider des priorités.

56:34
Présentateur

C'est aussi sentir, on dit parfois. La politique à la française, c'est comme la cuisine.

56:37
Emmanuel Macron

Et là, il est sur une accumulation, c'est-à-dire quand il perd plus de 18 points, je crois, au niveau des fonctionnaires, avec le gel de l'indice et le retour du jour de carence. Quand il y a les discussions un peu difficiles avec les partenaires sociaux sur le droit du travail, ce qu'on l'a évoqué rapidement, sur la remise en cause du compte pénibilité, il y a les APL. Donc, effectivement, à mon avis, ces premiers mois vont marquer le reste de son quinquennat. Et est-ce qu'il pouvait faire autrement ? Il faut boucler son budget. Et effectivement, je pense que lui, il aurait souhaité faire les choses différemment et repousser les mauvaises nouvelles à un autre moment.

Mais on est tenu par des contraintes budgétaires qui font que là, pendant la trêve estivale, c'est une accumulation de mauvaises nouvelles.

57:23
Présentateur

Il est arrivé dans le passé qu'on décide de s'asseoir, si j'ose dire, sur des contraintes budgétaires. Jacques Chirac, en son temps, l'avait fait. Emmanuel Macron a décidé de ne pas le faire. Vous allez avoir à nouveau la parole, mais il y a beaucoup de questions SMS. Les téléspectateurs veulent vos réponses. Je vous les soumets. Pourquoi cet acharnement sur les collectivités territoriales qui subissent une baisse continuelle de leur dotation depuis plusieurs années ?

57:43
Invité

C'est vrai. Les collectivités, on a parlé tout à l'heure de la dotation globale de fonctionnement. Sur le gouvernement de M. Valls, c'est entre 12 et 15 milliards d'euros de diminution de dotation globale de fonctionnement aux collectivités territoriales. J'ai cru comprendre également qu'on demandait aux élus et à la fonction publique territoriale de supprimer entre 50 et 70 000 postes dans les années qui viennent. Il faut savoir une chose, c'est que les collectivités, les communes, le bloc communal, c'est le service public de proximité. Il gère la construction des écoles, il gère les gymnases. C'est vraiment la vie locale.

Et donc, effectivement, il est normal, tout à fait normal politiquement que les collectivités territoriales contribuent à la diminution de l'endettement de l'État. Puisque vous savez, il y a l'État, les collectivités, la sécurité sociale globalement. Mais elles ont largement contribué. Et je crois qu'il faut faire attention de ne pas dépasser cette limite d'exigence, d'économie de la part des collectivités qui, encore une fois, font un service public formidable de proximité alors que l'État a tendance à lui transférer de plus en plus de compétences.

58:44
Présentateur

Voilà, j'ai voulu aller vite. Je suis passé directement aux questions SMS. Mais les questions SMS, c'est juste après ça, normalement.

Avec Macron, les maires au pain sec #cdanslair 07.08.2017 — Emmanuel Macron · Pourquijevote