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interviewRadio J — L'interview politique· 19 mars 2025 13 min

David Habib - Le Barbier du matin du 19/03/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

David David, bonjour, député Eliott de la 3ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques, c'est Jurançon, c'est Mourinx, la ville dont vous avez été maire.

0:14
David Habib

C'est Mourinx, c'est Hortès, c'est un petit peu peau, et d'habitude pour qualifier les choses, je dis c'est le Jurançon et le Madiran. Voilà, ça dit tout, ça dit tout.

0:22
Présentateur

Et c'était presque votre anniversaire, donc mon anniversaire et quelques jours de retard. Hélas, la géopolitique est moins joyeuse que la vie à Jurançon. Pensez-vous que le coup de téléphone Trump-Poutine soit le début de la paix, ou est-ce qu'on est en train de brader l'Ukraine ?

0:34
David Habib

Bon, c'est difficile de parier sur l'avenir, mais à l'évidence, il devait y avoir un cessez-le-feu dans les airs et dans les terres, et on se retrouve avec un cessez-le-feu de 30 jours sur les installations électriques et énergétiques. Donald Trump a expliqué à Fox News qu'il n'avait pas parlé de l'avenir, de la suite. Un tout petit pas, quoi. C'est vraiment de l'amateurisme. Moi, je veux bien qu'il impose une sorte de New Deal dans la politique étrangère, mais on ne voit pas du tout les résultats. Il néglige l'Europe, il a méprisé l'Ukraine, et il veut séduire quelqu'un qui, je pense, intellectuellement, nerveusement, est plus fort que lui. Pleurisé.

Est-ce qu'Emmanuel Macron, est-ce que la France et l'Allemagne ont raison de dire « Nous continuons l'aide à l'Ukraine ? » Bien sûr. Moi, je trouve, je ne suis pas dans la majorité, je suis un socialiste indépendant, mais je trouve qu'Emmanuel Macron a une position qui est extrêmement correcte et qui correspond à ce qui est à la fois l'histoire de notre pays et les besoins du moment.

1:44
Présentateur

Reprise des bombardements à Gaza, est-ce que c'est une erreur de la part du gouvernement israélien ou est-ce que c'est le meilleur moyen d'obtenir la libération des otages ?

1:53
David Habib

Là aussi, le facteur américain vient troubler les choses. Trump avait annoncé que s'il n'y avait pas de libération des otages, ce serait l'enfer. Si c'est une réponse ou un accompagnement de ce qu'a dit Trump, c'est une catastrophe. C'est Trump le chef de l'exécutif israélien ? Oui, ça ne correspond pas du tout à ce qu'est l'histoire là aussi d'Israël, qui a toujours revendiqué son indépendance. Ça correspond à une sorte de communauté de pensée entre Netanyahou et Trump qui n'est pas, à mon avis, la solution pour Israël. Quel est le but de Netanyahou ? C'est prolonger sa présence au gouvernement ?

2:33
Présentateur

S'assurer le soutien de la droite dure ?

2:35
David Habib

Oui, et puis je pense qu'il est dans un processus qui se nourrit lui-même. Tout comme pour l'Ukraine, il faut rappeler en permanence, on a beaucoup parlé de Trump, que l'agresseur, c'est Poutine. Ce n'est pas Trump. C'est Poutine. Trump, c'est celui qui nous trahit. En Israël, c'est pareil. L'agresseur, ce n'est pas Netanyahou. C'est le Hamas. Netanyahou, c'est celui qui commet des erreurs. Et moi, je considère que, tout comme il en a commis le 7 octobre, en n'évaluant pas la situation, aujourd'hui, il en commet une autre, en ne donnant pas aux familles l'espoir qu'elles attendent.

3:15
Présentateur

Avec une société israélienne qui se fracture de plus en plus.

3:18
David Habib

Bien sûr. C'est une société que je connais un peu. C'est une société qui est très jeune. C'est une société qui est très ambitieuse. C'est une société qui est très pacifique. et qui espère imposer en son sein des relations nouvelles, par exemple, entre les laïcs et les religieux. Il y a une jeunesse qui est dans l'attente. Et Netanyahou ne prolonge qu'un état de guerre qui n'est pas satisfaisant pour cette génération qui arrive en Israël. Il va y avoir un vrai problème.

3:47
Présentateur

Généralement, cette disjonction entre la société et le pouvoir, elle se règle quand il y a des élections. Là, elles sont prévues dans plus d'un an. Et on le disait avant d'ouvrir cette émission, la proportionnelle fausse tout. C'est une leçon qu'on doit entendre, nous.

3:58
David Habib

Exactement. C'est une folie. La proportionnelle, c'est le pire des scrutins. Le pire. Vous faites une liste, vous séduisez votre chef de parti, vous lui assurez la loyauté, il vous place en situation d'être éligible. Et c'est fait. Et c'est fait. Tandis qu'à Mourin, il se voit Hortez, il faut être là les pieds dans la boue pour convaincre les gens. Moi, j'ai dit non. J'ai dit non au Parti Socialiste quand il s'est associé avec la France Insoumise. On va y revenir. Avec la proportionnelle, vous ne l'aurez jamais, ça. Il y a une sorte de corset électoral qui vous interdit d'avoir une pensée originale.

4:28
Présentateur

Alors, parlons de politique nationale. La retraite à 62 ans, ce n'est pas possible, dit François Bayrou. Après avoir laissé croire que ça pouvait être un retour. Qu'a-t-il fait ? Vous le connaissez bien. C'est le maire de Pau.

4:39
David Habib

Voilà. Moi, je connais bien. J'ai une partie de Pau dans ma circonscription. J'ai le château de Pau. Je crois que François Bayrou aurait dû davantage préparer l'interview qu'il a concédée. Ce n'est pas la première fois. La notion de submersion nous revient. Une gratoire, c'était pareil. Il a autorisé les partenaires sociaux à discuter de ce sujet qui avait été mal engagé, mal traité dans la loi Borne. Il faut qu'il accepte ce processus démocratique, le conclave, qui associe les partenaires sociaux. Et il n'en tire pas lui-même des conclusions avant que le travail n'ait été fait.

Il peut penser qu'à 62 ans, c'est l'âge, ou plus exactement, que la situation aujourd'hui exige que l'on allonge la durée de travail. Il peut le penser. Mais il ne peut pas fermer le débat comme il l'a fait dimanche dernier.

5:36
Présentateur

Ce conclave, pour vous, il reste vivant ? Ou bien le départ de FO, de l'UDP,

5:40
David Habib

peut-être de la CGT, le rend caduc ? Non, tant que vous avez la CFDT dans le jeu, vous avez une possibilité d'avoir un échange entre les différents partenaires sociaux. C'est fondamental. Il faut que la CFDT reste dans le processus, d'autant qu'elle avait inventé un système... La retraite à point. La retraite à point, qui était le bon système. C'est là qu'on a raté l'occasion. Bien sûr, on a raté une occasion historique.

6:01
Présentateur

Cela dit, ça a été voté. Enfin, voté, adopté par 49-3 en 2020, juste avant le confinement. On pourrait y revenir ? Oui, on pourrait y revenir.

6:07
David Habib

C'est Édouard Philippe qui a... Il faut regarder l'histoire. Qui a porté ça. Qui a porté ça et qui l'a condamné. Je ne sais pas si vous vous souvenez. Oui, bien sûr, avec l'âge pivot. L'âge pivot. Voilà, c'est ça qui a modifié. Il y avait une possibilité d'avoir, pour la première fois, un accord historique sur les retraites dans le pays. On a raté cette opportunité. Peut-être faut-il y revenir.

6:27
Présentateur

Les patrons se frottent les mains aussi. Ils ne veulent pas de 62 ans. Le conclave, c'est fini, c'est bon, on a gagné.

6:33
David Habib

Mais personne n'a intérêt à ce que la vie sociale, le dialogue social, connaisse en France une situation chaotique. Patrons compris.

6:42
Présentateur

Autre débat qui a animé ce début de semaine. Le voile islamique dans les compétitions sportives. François Bayrou a rappelé alors de ses ministres, il a tranché. Ça sera le soutien du gouvernement à la loi votée par le Sénat. Est-ce que cette loi a aussi votre soutien ?

6:56
David Habib

Oui. Moi, je pense que si on commence dans des espaces scolaires, sportifs, culturels, etc. à mettre en cause la laïcité, on ira tout droit vers cette communautarisation que l'on craint les uns et les autres.

7:15
Présentateur

On aura des équipes de filles musulmanes

7:17
David Habib

qui rejetteront les non-musulmanes. Bien sûr. Vous avez déjà, chez moi, en Béane, vous avez déjà des clubs qui sont associés à des communautés qui sont venues en France. Bien sûr. Le club des portugais. Exactement. On connaît ça partout. Exactement. Là, imaginez un seul instant qu'il puisse y avoir des clubs religieux. Je suis à Radio-J.

7:39
Présentateur

Un match de foot d'une équipe juive contre une équipe musulmane,

7:41
David Habib

comment ça tournerait ? Vous imaginez ? Et puis, ce n'est pas ça, la France. La France, c'est la mixité. La France, c'est être capable de se parler en dépit de ses différences, de races, de religions, etc.

7:52
Présentateur

Et notamment pour faire du sport ensemble et on oublie les différents.

7:54
David Habib

Bien sûr. On les retrouve à la troisième minute. Vous imaginez ensuite, vous mettez le voile le dimanche sur un terrain de foot quand vous êtes une fille et puis pendant le temps scolaire, au collège, on vous dit non, non, il ne faut pas mettre le voile. Ça craquera. Bien sûr. Et qui peut imaginer qu'il n'y aura pas chez un certain nombre de prédicateurs, chez un certain nombre d'influenceurs qui sont nourris par d'autres ambitions que le sport, une volonté d'instrumentaliser cette autorisation du voile ? Non. Il faut être ferme sur ces questions-là. La France est un pays laïque. La France n'est pas un pays qui reconnaît la subordination des uns et des autres à un fait religieux.

8:34
Présentateur

La France est aussi le pays d'une flambée antisémite depuis le 7 octobre 2023. On apprend encore aujourd'hui qu'à Villeurbanne, une enquête est ouverte pour une agression antisémite. On n'est pas en Israël. On aurait dit une femme en en frappant une autre. Que peut-on faire face à cela ?

8:47
David Habib

Condamné. Il faut que les juges, parce qu'il y a eu des décisions de justice qui ont appelé l'étonnement de beaucoup, de moi, il faut que la justice soit au rendez-vous. Il faut que l'on puisse mobiliser l'ensemble de celles et ceux, y compris, bien évidemment, dans la communauté maghrébine qui sont désireux d'une France apaisée. Il faut les mobiliser pour que chacun explique les risques de cette dérive antisémite. Il ne faut jamais accepter le fait raciste, le fait antisémite dans notre pays.

9:22
Présentateur

Une tribune est en cours de signature lancée par Caroline Yadant pour que l'antisionisme soit considéré comme un antisémitisme. Il y a déjà des travaux parlementaires qui ont avancé sur ce sujet. C'est la solution ?

9:34
David Habib

À chaque fois, on rajoute une graduation juridique. Sincèrement, M. Barbi, moi, je connais Caroline Yadant, c'est une personne de qualité. Je pense que, déjà, si on appliquait la loi telle qu'elle existe, ce serait déjà beaucoup.

9:47
Présentateur

Mais la justice, par exemple, sur apologie du terrorisme, elle n'arrive pas à appliquer la loi.

9:50
David Habib

On classe ensuite. Oui, mais il appartient à Gérald Darmanin de reprendre ce chantier et de voir ce qui heurte aujourd'hui le fait judiciaire. Il faut... Il n'y a pas de raison. Combien de fois ai-je entendu des gens dire Mélenchon a le droit de dire ce qu'il dit ? Il faut que cette question-là aussi soit évacuée par le...

10:14
Présentateur

Quand Rima Hassan dit

10:15
David Habib

que l'action du Hamas est légitime, on ne peut rien faire. Exactement. Mais on ne peut rien faire. C'est ce que l'on croit. Moi, je suis persuadé que la justice a la capacité de sanctionner ce type de propos.

10:26
Présentateur

Alors, ça bouge à gauche. Ça bouge. Vous qui, dès le début, dès 2022, avez dit non, on s'associe avec les filles, c'est toxique. Vous trouvez que le PS, maintenant, a franchi le pas et va sortir de ce piège ?

10:36
David Habib

Vous savez, sortir de la toxicomanie, c'est un long parcours. Donc là, ils sont en période de cure. Il faut voir comment le PS va sortir de ce processus-là. il y en a un qui, à mon avis, est interdit en termes de confiance, c'est Olivier Faure. C'est lui qui a engagé. Il s'est trop compromis ? Bien sûr. Et pourtant, il dit aujourd'hui qu'il faut prendre une indépendance. Les nouveaux convertis, c'est les pires. Et Olivier Faure est dans cette stratégie de nous faire oublier les erreurs qu'il a commises. Puis, il y en a d'autres. Il y a mon ami Boris Vallaud qui est mon voisin. Nos deux circonscriptions se touchent sur 100 kilomètres. Je connais très bien Boris et on est très amis.

Il faut que Boris s'affirme davantage. Parce que Boris aussi a été... Il a accompagné cette logique. Il a accompagné. Mais maintenant, il peut être l'homme qui prend le parti pour faire un virage. Il doit être l'homme qui prend le parti pour réconcilier les socialistes, chercher à ce que Bernard Cazeneuve avait Glucksmann et Carole Delga et d'autres, bien sûr François Hollande, ait une place dans le parti socialiste et que chacun puisse s'y sentir bien. Ça ne contrarie pas la possibilité d'avoir des différences et des expressions multiples. Mais ça, c'est le travail de Boris Vallaud. Et si c'est lui... Et puis, il y a ceux qui s'étaient déjà... Dressés. Dressés.

Maillère, Hélène Geoffroy, qui ont eu le courage de le faire. Et que moi, je ne veux pas oublier et je veux saluer leur détermination de l'époque et les appeler à reconstruire quelque chose qui rassemble. Et vous pourriez retourner au PS et au groupe PS dans trois mois après ce congrès si ça se termine bien ? Il faut que le congrès passe et puis on verra. Mais je ne l'explique pas. Et Glucksmann, vous y croyez ? Je vais vous dire, quand on fait 14%, on ne se couche pas dix minutes après, voilà, après la dissolution. Pas de caractère, il a montré... Il y a un besoin d'expérience, un besoin de solidité qui...

Alors, il a d'énormes qualités, mais il aurait pu être quand même un peu plus droit dans ses bottes. David Habib, c'est toujours un plaisir

12:48
Présentateur

de vous recevoir et vous reviendrez. Merci, bonne journée. Merci beaucoup Christophe. Rendez-vous demain matin 7h45. Votre invité sera le député Mathieu Lefebvre.