Tous les médias doivent-ils s'engager ?
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Bienvenue dans ce débat de midi qui se téléporte au bord de Garonne aujourd'hui, magie de la radio. La sixième édition du Festival international de journalisme s'ouvre pour trois jours dans le sud-ouest à Couture-sur-Garonne. C'est donc l'occasion de mettre les médias sur notre table. Une mise en abîme, vous l'aurez compris, pour comprendre et réfléchir à comment se positionner dans le contexte particulier du moment. Il y a la guerre, il y a l'urgence climatique, il y a des menaces sur les droits humains, les discriminations, il y a la crise sanitaire.
Des sujets qui sont indiscutables sont certains et pourtant, et pourtant, il arrive encore qu'il soit justement discuté, interrogé ou un peu mis sous le tapis quand il faut penser à ne pas que plomber l'ambiance. On reste droit et souriant sur sa chaise au JT ou ici en studio, mais pourquoi ne pas se lever et gueuler un bon coup parfois ? L'objectivité malheureuse me direz-vous, cette religion du journalisme qui le distingue précisément du militantisme est remise régulièrement en question. Où mettre donc la frontière et quel risque de prendre parti quand on est censé être généraliste ?
Se décrédibiliser ou au contraire attirer un public qui s'est détourné de ce monde jugé parfois trop lisse ou consensuel pour s'informer autrement, avec ceux qui mettent les pieds dans le plat, mais peuvent aussi déraper. Bref, tous les médias doivent-ils s'engager ? On en débat jusqu'à 13h. Camille Cronier
Le débat de midi sur France Inter L'objectivité n'est pas quelque chose qu'on peut espérer atteindre. C'est quelque chose vers quoi on se doit de tendre. C'est une recherche de l'exactitude des faits, de la justesse dans le commentaire. Et au fond, elle exprime, cette quête de l'objectivité, un aspect très important de l'information. Elle veut dire que l'information est un des visages de la connaissance et de la connaissance de la vie. Il faut bien dire que, suivant que vous regardez un objet, c'est de là que vous vienne mon objectivité. De droite, de gauche, de haut, en bas, le matin, le soir. Si vous êtes bigle, si vous êtes myope, si vous êtes préjus, vous ne voyez pas de la même manière.
Et moi, je reçois tous les jours des lettres de lecteurs qui, ou bien nous félicitent de notre objectivité, ou bien critiquent notre manque d'objectivité. Mais moi, je vais vous dire, le lecteur appelle objectif ce qui est conforme à ses propres préjugés. Par conséquent, l'objectivité, c'est une hypocrisie.
Voilà, les voix d'abord de Michel Legris et ensuite, à l'instant, André Fontaine, journaliste tous les deux au Monde, qui débattaient Clopobec en 1976 dans l'émission Apostrophe de cette fameuse objectivité dont on va parler aujourd'hui, aussi avec mes quatre invités, à qui vous pouvez toujours, je vous le rappelle, chères auditrices et auditeurs, poser vos questions et faire des remarques via l'application France Inter et sur le mail du débat de midi. Et comme il faut toujours balayer devant sa porte, comme on dit, je salue la directrice de l'information de France Inter. Bonjour Catherine Ney. Bonjour Camille.
Vous nous parlerez aussi de votre expérience à TF1, où vous avez fait toute l'autre partie de votre carrière. Bonjour Salomé Saquet. Bonjour. Vous êtes journaliste pour le média indépendant Blast sur Internet et sur France Info, à la rentrée pour une nouvelle émission sur l'écologie. Bonjour Alexandre Devecchio. Bonjour. Les auditeurs d'Inter, vous entendez cette année tous les mercredis matins, en s'étranglant parfois, il faut le dire, on en parlera. Vous êtes rédacteur en chef adjoint des pages débat du Figaro et responsable du Figaro Vox. Ce sont publiés des tribunes sur tous les sujets. Et des bords de la Garonne, on y vient, il y a Gilles Van Cote, bonjour.
Bonjour.
Alors les bords de la Garonne, ça se mérite, vous êtes au téléphone, directeur délégué du Monde, chargé des relations avec les lecteurs. Et c'est vous l'organisateur du festival international de journalisme, dont France Inter est partenaire. Il se passe quoi alors pendant les trois prochains jours à Couture-sur-Garonne ?
Alors il se passe plein de choses, parce que c'est un festival de journalistes qui est destiné au grand public. Ce ne sont pas du tout des rencontres professionnelles, ce sont des rencontres entre des passionnés d'actualité, qu'ils soient lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs ou internautes, et des professionnels de l'info, des journalistes ou des hommes ou des femmes de médias ou des universitaires et des acteurs de l'actualité. Donc c'est des rencontres, des tables rondes, des débats, des ateliers, des performances, des concerts, des projections, des expos. Enfin voilà, beaucoup, beaucoup d'offres pendant trois jours.
Un vrai festival avec un esprit de festival, c'est un peu unique aujourd'hui en France. Il n'y a pas de festival de journalisme à ma connaissance dessiné au grand public comme ça, où pendant trois jours, des festivaliers se mélangent et échangent à bâton rompu avec des journalistes qui sont là pour ces trois jours au soleil du Lot-et-Garonne.
Au soleil très fort, il faudra voir beaucoup. Alors vous avez entendu, Gilles Van Cote, vos prédécesseurs débattre de l'objectivité. Est-ce que vous diriez que Le Monde est toujours sur cette quête ou à basculer côté subjectivité ?
Vous parlez bien du journal Le Monde. Donc voilà, oui, parce que le festival est organisé par le groupe Le Monde, par l'ensemble des titres du groupe Le Monde. Mais pour ce qui concerne Le Monde, qui est le journal pour lequel je travaille effectivement, non, on est toujours sur une quête d'objectivité. Après, l'objectivité totale, elle n'existe pas. C'est un chemin et on n'atteint jamais le bout parce que la pureté n'existe pas et pas de ce monde. Donc moi, je pense qu'il y a une recherche d'objectivité, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'engagement, pas de parti pris. Je pense que c'est des choses qu'il faut distinguer.
Mais quand on décide, par exemple, de mettre l'urgence climatique en première ligne, de créer des pages comme nos pages planètes, quand on décide de faire des unes et des articles sur la crise climatique pendant la campagne électorale, alors qu'on n'en parle quasiment pas dans le débat, c'est un choix. Et les choix, on en fait 10 000 fois par jour, on passe notre vie à faire des choix. Et c'est aussi une forme d'engagement, ça, on ne peut pas le lier. Et pour autant, c'est un sujet qu'on peut traiter avec objectivité.
Salomé Saquet, est-ce que journaliste engagé, c'est un pléonasme selon vous ?
Oui, pour moi, absolument. Je pense que dans la mesure où, effectivement, comme ça vient d'être dit, on fait des choix en permanence, on fait le choix à qui on donne la parole, on fait le choix des sujets qu'on traite, on fait le choix même de l'ordre dans un JT des sujets, de l'ordre dans lequel on va les traiter. Donc c'est toujours une succession de choix, c'est toujours finalement une forme, entre guillemets, d'engagement. Je pense qu'en revanche, ce qui distingue vraiment, on y reviendra, mais le journalisme de peut-être trop l'engagement ou le militantisme, c'est vraiment l'honnêteté. Et c'est vraiment de le traiter de la manière la plus honnête possible.
Il a été dit que le monde essayait d'aller vers le plus d'objectivité possible. On peut essayer de penser contre soi-même, on peut essayer de comprendre comment pensent les personnes qui, a priori, ne pensent pas comme nous, mais on ne peut pas dire qu'on est complètement objectif. Et je ne pense pas que l'objectivité absolue soit quelque chose que l'on puisse atteindre de manière générale dans le journalisme.
Alors François Mauriac disait qu'un journal est un gaufrier, les faits y sont déformés comme dans un moule. Catherine Ney, il a quelle forme le moule de France Inter ? Service public en plus. Service public en plus. Moi je reprendrai et je rebondirai sur le mot d'honnêteté que prononçait Salomé à l'instant. Honnêteté c'est important et je dirais que pluralité aussi. La quête de l'objectivité ne veut pas dire la quête du lisse, la quête du tout est pareil, la quête de je ne fais jamais de choix. En revanche, et qui plus est pour un média de service public, il me semble que la quête de la pluralité des points de vue, la quête des regards croisés sur une actualité est très importante.
Ce qui ne signifie pas que même sur un service public, on peut avoir un engagement sur certaines valeurs et un engagement sur certains faits d'actualité bien sûr. Alexandre Devecchio, vous diriez que vous êtes un journaliste engagé et que Le Figaro est un journal engagé ?
Moi je suis assez d'accord avec ce qui a été dit. Je pense que le mot engagé n'est pas un gros mot, il peut être aussi synonyme de passionné, puisqu'on s'intéresse à ce qu'on fait, qu'on est une forme d'entièreté dans ce qu'on fait je crois dans l'engagement et je crois que c'est plutôt bon signe, je ne crois pas non plus à l'objectivité, je pense qu'il ne faut pas effectivement manipuler les faits, mais que le problème journalistique de ces dernières années, c'est un peu moins vrai aujourd'hui, c'est effectivement l'absence de pluralisme.
quand lors du débat, mon premier vote c'était lors du débat de 2005 sur le traité constitutionnel européen, la majorité des français ont voté non, 99% des éditorialistes étaient pour le oui. Là je pense que ça pose un problème parce qu'il faut aussi représenter un certain nombre de sensibilités qui existent dans le pays. Donc oui, le journal Le Figaro en tout cas est un journal, pour répondre à votre question, avec une ligne éditoriale, c'est un journal engagé.
Et quand André Fontaine dit « le lecteur appelle objectif », ce qui est conforme à ses préjugés, vous êtes d'accord là-dessus ?
Oui, je pense que c'est très juste, il n'y a pas que le lecteur, c'est une tendance humaine. En réalité, si on était totalement objectif, on serait des robots, on a tous des affects, des sensibilités, donc il faut essayer d'être honnête, et souvent oui, alors ça il faut se méfier aussi, je pense quand on est journaliste, de trop donner au lecteur ce qu'il attend. Ça peut être une tendance, parfois quand on fait de l'opinion, de le flatter dans le sens du poil, il ne faut pas forcément le prendre à contre-pied pour le prendre à contre-pied, mais ne pas tomber dans cette facilité-là.
Mais il ne faut pas perdre les lecteurs non plus, il ne faut pas les perdre non plus.
Non, il ne faut pas les perdre, mais je crois qu'il faut les respecter. Je crois que c'est Peggy qui disait qu'il fallait décevoir dans une revue, et il ne fallait que 15% de la revue déçoive parfois en partie le lectorat, parce qu'il faut aussi parfois le surprendre, je crois.
Gilles Van Cote, à Couture-sur-Garonne, vous voulez réagir ?
Oui, je suis d'accord, mais moi je vois qu'il voit les réactions des lecteurs, puisque je m'occupe notamment du courrier des lecteurs, où je fais un chat mensuel avec les lecteurs du monde. Quand ils se plaignent du manque d'objectivité du monde, c'est parce qu'ils voudraient que le monde soit de leur côté, de leur point de vue. Et on nous accuse aussi bien de faire de l'anti-macronisme primaire que d'être pro-Macron. Donc c'est simplement le point de vue. C'est chaque lecteur qui manifeste ce genre d'avis voudrait qu'on épouse son point de vue.
Alors notre métier, ce n'est pas ça, ce n'est pas d'épouser le point de vue de l'un ou de l'autre, c'est de faire l'information la plus honnête, effectivement, la recherche d'objectivité, enfin de donner à nos lecteurs et lectrices les outils pour être des citoyens et citoyennes éclairées, mais ce n'est pas de leur asséner des avis parce qu'on aurait une éditoriale qui aurait décidé que telle chose ou telle chose. Donc il faut que le vecteur accepte aussi d'être bousculé par son journal ou son média. C'est quelque chose qui, parfois, n'est pas le cas.
Mais alors comment on choisit, Catherine Nail, justement, les thèmes ou les sujets ou les causes ou les valeurs sur lesquelles on va s'engager ? Est-ce que ça, par exemple, à France Inter, c'est réfléchi ? Il y a des réunions là-dessus pour dire, ah non, ça on va le faire de façon très très, la plus neutre possible et ça on va y aller un peu plus fort. Non, on ne se dit jamais les choses comme ça dans une conférence de rédaction. Je dirais qu'il y a un socle commun et qui est censé être commun quand même à tous les journalistes, quel que soit le média qu'ils représentent, c'est l'actualité. Il faut commencer par cette première ligne qui est l'actualité.
Mais l'actualité, pardon, est fabriquée aussi par les médias eux-mêmes, c'est-à-dire que... C'est-à-dire, a priori, sauf si on crée soi-même une fausse information, ce qui n'est quand même pas le but du jeu, il y a une actualité. Après, en revanche, ce qui est intéressant, c'est les angles et la place qu'on va y accorder au sein d'un journal ou au sein d'une tranche d'info. Et là, effectivement, la part, je ne sais pas si on peut dire engagement, mais la part en tout cas de réflexion que l'on a au sein de son propre média va effectivement jouer. sur France Inter, il y a effectivement des causes, donc une forme d'engagement, qui font partie de notre ligne éditoriale.
L'environnement, par exemple, ce qui vient à dire concrètement qu'on va consacrer plus d'émissions au sein de notre grille, au-delà même de l'information, qu'on va renforcer des chroniques et qu'on va donner aussi la possibilité de bien traiter ce sujet. Par exemple, dans la rédaction de France Inter, il y a deux journalistes qui couvrent toute l'actualité environnementale. Ça peut paraître très peu, mais nous ne sommes pas une rédaction pléthorique. Et à titre d'exemple, il y a une personne qui traite de l'éducation, qui est aussi un des thèmes, je dirais, importants pour France Inter. Donc, c'est donner l'opportunité, donner la possibilité de creuser, je dirais, ce sillon.
Oui, c'est une forme d'engagement et il faut se donner les moyens pour le faire. Mais il y a quand même un socle, je dirais, qui est l'actualité, cette première ligne que l'on doit traiter. Salomé Sacquet, est-ce que ça suffit de dire on va faire plus d'écologie, là, en l'occurrence, sur l'antenne ? Est-ce que finalement, c'est la quantité qui prime ou c'est la façon dont on va traiter le sujet aussi
qui est importante derrière ? Je pense que les deux, évidemment, c'est qu'est-ce qu'on va mettre au cœur de l'actualité et comment on va traiter ces informations-là. En revanche, j'aimerais rebondir sur ce qui a été dit, sur... On pourrait penser parfois que le journalisme est complètement apolitique. Or, je pense que c'est très politique, le fait de fabriquer cette actualité, le fait de faire ses choix, de ce qu'on va mettre au cœur d'un JT ou non, parce qu'on pourrait mettre des milliers de choses. En fait, le journalisme s'est rapporté quand même des faits, à la base, et il se passe des millions même de choses chaque jour en France et à travers le monde.
Et donc, je pense que la question qui se pose, c'est aussi pourquoi on fait du journalisme ? À quoi sert l'information, en particulier dans une démocratie ? Et à mes yeux, informer les citoyens, ça sert à faire des citoyens, à fabriquer des citoyens, entre guillemets, éclairés, à leur donner le plus d'informations possibles. Et donc, quand on parle de choix d'informations, moi, en tout cas dans ma pratique du journalisme, la manière dont je choisis mes sujets, c'est, je me pose toujours cette question, est-ce qu'ils sont d'intérêt public ? À quoi est-ce qu'ils vont servir, entre guillemets ?
Et je suis convaincue que le journalisme est un acteur démocratique majeur, et il forme aussi des acteurs démocratiques au sens des citoyens. Et je pense que c'est quelque chose qu'on doit garder en tête.
Alexandre De Vecchio, comment, pardon Catherine, et Alexandre De Vecchio, comment vous choisissez-vous les sujets ? Et est-ce que, par exemple, on parlait de pluralisme tout à l'heure, on a Jean-Jacques qui nous écrit par mail, pourquoi n'a-t-on jamais entendu un invité pro-Trump, pro-Brexit, pro-Johnson ou anti-Europe, dont vous parliez tout à l'heure, dans les matinales de France Inter ou de France Culture ? Moi, je vous pose la question à vous, Alexandre De Vecchio, pourquoi est-ce que dans le Figaro, on n'entendrait pas, on ne lirait pas, plutôt un grand nom, vraiment de la gauche, voire de l'extrême gauche, comme vous pourriez dire ? Pourquoi ?
Je pense que ce n'est pas tout à fait vrai, excusez-moi, on en entend, de même que ce n'est sans doute pas tout à fait vrai pour France Inter, je suis bien placé pour le savoir qu'il n'est jamais d'invité d'une autre sensibilité politique, mais ce n'est vraiment pas vrai pour le Figaro Vox, excusez-moi. Quelqu'un comme Jacques Julliard, qui était une figure de gauche à l'époque, une grande figure du Novel Obs, qui a une page dans le Figaro chaque mois, Régis Debré, je dois être un des seuls journalistes à avoir fait un portrait de Jean-Claude Michéa, qui m'a fait confiance, je suis allé le voir dans sa ferme où il vit en authentique écolo auprès de Mont-de-Marsan, donc je crois que...
Une ONG par exemple, une ONG, un petit Greenpeace, elle aurait sa place dans le Pas-de-Figaro ? Personne de... Sans doute, sans doute, voilà, mais on a fait quand même des gens très très diverses, je crois, idéologiquement, et je crois que c'était une clé aussi du succès du Figaro Vox. Ça nous a... On l'a beaucoup dit. On a d'ailleurs... Bon, les intellectuels, y compris de gauche, nous ont expliqué souvent que maintenant, ils venaient chez nous parce qu'ils étaient parfois mieux traités qu'ailleurs, qu'on ne coupait pas leur papier, qu'on ne leur faisait pas la morale, des gens qui étaient plutôt accueillis autrefois dans le monde.
Donc, je ne dis pas que tout est parfait, mais je pense qu'on a fait un vrai travail de pluralisme. Ensuite, oui, on a une ligne éditoriale, on a des combats qui nous importent.
Lesquels ? Au Figaro, par exemple ?
Il y en a beaucoup, je ne vais pas parler pour tout le Figaro. Moi, je gère le site de débat et d'opinion. Par exemple, un combat qui m'est personnel et que j'ai insufflé sans doute dans ce site-là, c'est le devenir des classes populaires dans la mondialisation. Aujourd'hui, on voit qu'il y a toute une partie des classes populaires qui sont en colère, aussi bien pour des raisons culturelles que pour des raisons économiques et sociales. Moi, venant d'un milieu pas modeste, j'ai essayé de les comprendre et de faire aussi un peu entendre leur voix. On a avant la crise des Gilets jaunes, d'ailleurs. Donc, ce qui n'était pas forcément quelque chose qu'on faisait beaucoup au Figaro avant.
Donc, voilà, c'est un combat qui m'est propre. D'autres journalistes ont d'autres combats.
Catherine Nail ? Oui, ce qui est certain, c'est qu'il faut quand même lutter contre un tropisme. Je pense que chaque médias peut avoir parce que chaque média s'adresse malgré tout, même si les médias généralistes sont censés s'adresser à des cibles beaucoup plus larges que certains médias qui vont toucher des plus jeunes, des plus âgés, des catégories socioprofessionnelles, etc. Je pense que nous avons tous quand même une forme de tropisme et qu'il faut lutter contre ce tropisme.
Et il me semble que la société, ces cinq dernières années en France, a tellement changé, tellement évolué, avec un rythme, vous parliez des gilets jaunes par exemple, mais tout ce qu'on a vécu ensuite, la pandémie, la guerre maintenant, qui fait qu'on doit s'interroger vraiment entre journalistes d'une même rédaction et avec d'ailleurs des voix extérieures qui viennent enrichir notre antenne pour savoir capter l'interaction aussi. Bien sûr qu'on doit donner des outils en ce qui concerne France Inter, à nos auditeurs pour mieux les éclairer, mais je pense aussi écouter un peu ce qu'ils disent et la façon dont ils le disent, qui nous interroge aussi parfois sur notre pratique du métier.
Et moi j'aime bien cette interaction qui s'opère. Allez, on va parler du sujet précisément de l'écologie dans un instant. Continuez de nous écrire, émission préparée par Colin Gruel avec Anaïs Poncin, réalisée par Théo Raison et c'est Philippe Duclos qui est à la technique.
Goût de l'orge
et Valentin Chedebois pour la programmation musicale.
Le débat du midi sur France Inter.
Nous sommes ici pour alerter les rédactions sur la nécessité de faire de l'urgence climatique un élément majeur
de leur ligne éditoriale. Les puissants et les médias regardent ailleurs. Je pense que le fait d'en parler, ça permettrait d'être au courant de ce qui se passe, ça permet aussi de l'invisions. Et je me sens seule aussi quand je vois notre président faire son bilan pendant deux heures sur TF1 et que les journalistes ne lui posent pas une seule question sur l'écologie. On a du mal à faire exister ces questions-là dans ce débat médiatique, politique, public. Comment aborder la pollution plastique causée par notre surconsommation tout en enchaînant sur la grande question aurons-nous suffisamment de jouets pour Noël ? Trop de médias continuent d'invisibiliser les débats autour de l'écologie.
Action du mouvement Extinction Rebellion c'était devant le siège de France Télévisions en février dernier. Salomé Sacquet sur l'écologie à contrario pour le coup vous trouvez qu'il y a trop de frilosité justement sur ce sujet dans les médias
généralistes ? Ah oui totalement. Vous parliez au début de cette émission de journalisme engagé qui serait un pléonasme dans le cas de l'écologie je pense que c'est c'est plus vrai que jamais.
Aujourd'hui alerter sur l'urgence climatique ce n'est pas être engagé c'est vraiment mettre en valeur des faits scientifiques qui sont là pour le coup à mes yeux ce qui se rapproche le plus de l'objectivité et au regard de la gravité de ce qui est en train de se jouer c'est à dire vraiment j'invite tous les auditeurs à tout simplement lire les résumés des rapports des GIEC à destination des décideurs qui font quelques dizaines de pages si vous lisez ces rapports vous ne pouvez pas vous dire que ce n'est pas la priorité absolue aujourd'hui or ce n'est pas la priorité de l'information et encore aujourd'hui moi ce qui me dérange beaucoup dans le traitement médiatique c'est qu'au nom de la prétendue objectivité de la prétendue neutralité on continue au nom du pluralisme aussi on continue à inviter des personnes alors de moins en moins mais quand même encore dans certains médias qui minimisent voire nient le réchauffement climatique chose qu'on a pu observer notamment dans le Figaro
Alexandre Devecchio là-dessus à quoi ça sert aujourd'hui en 2022 où il y a un consensus scientifique indiscutable sur l'origine humaine du réchauffement climatique à quoi ça sert effectivement dans le Figaro il y a quelques semaines de donner la parole par exemple à quelqu'un qui va venir mettre ça en doute
alors je me méfie d'abord du fait d'exclure telle ou telle personne par principe du débat public je ne sais pas tellement à quoi vous faites référence
un philosophe il y a quelques semaines
ensuite sur le réchauffement climatique il me semble qu'il n'y a pas débat sur le fait que le réchauffement climatique existe ensuite tous les scientifiques ne sont pas nécessairement d'accord sur la cause humaine uniquement humaine si le rapport du GIEC est catégorique à ce sujet 100% des émissions de gaz à effet de serre sont d'origine humaine c'est écrit dans le dernier rapport du GIEC mais le GIEC ne représente pas toute la communauté scientifique il y a surtout un débat il y a surtout un débat qui me paraît plus plus intéressant sur la manière dont on lutte contre ce réchauffement climatique là il peut y avoir quand même diverses manières de lutter contre est-ce que la sobriété passe par une sobriété individuelle est-ce qu'il y a des règles de libre-échange à remettre en cause on entend peu
Encore une fois Alexandre Vécaud ma question c'était en gros à quoi ça sert vraiment aujourd'hui de donner la parole à des gens qui mettent en doute aujourd'hui la parole scientifique un fait
Il me semble moi que je l'ai dit tout à l'heure qu'il fallait être sur les faits que les faits étaient les faits et qu'il n'y avait pas à remettre en cause les faits donc je ne crois pas que mon journal fasse de la pub au climat tout sceptique ensuite qu'il y ait un vrai débat large sur l'écologie sans l'exclusion de quiconque ça me paraît ça me paraît utile sinon ça devient quasiment un problème démocratique je trouve donc je pense que il faut voilà là encore faire preuve d'un maximum de pluralisme je me souviens pour vous donner une comparaison je me souviens de la manière dont était posé le débat sur les vaccins et je pense qu'il a été excusez-moi très mal posé je me souviens qu'au début des vaccins on a expliqué que le vaccin allait résoudre le problème d'un coup qui l'empêchait la transmission or on a vu quelques semaines après le vaccin
Alessandro Vecchio ça a toujours été dire qu'il réduit les formes graves ça n'a jamais été dit on ne l'a pas dit
on ne l'a pas dit au début le débat en réalité a évolué et en réalité on l'a fait et je sais très bien pourquoi on l'a fait parce qu'on se trouvait que c'était collectivement plutôt de l'intérêt général que les gens se fassent vacciner c'est un point de vue d'ailleurs que je partage mais je pense qu'il aurait été plus utile d'ouvrir la voie au débat ça aurait pour le coup moins nourri les thèses réellement complétistes
Gilles Van Cote vous voulez réagir à couture pour le monde
oui absolument alors sur le vaccin il faut quand même se rappeler qu'au moment où ce vaccin a été lancé on est quand même dans un grand flou et on ne savait pas très précisément quels allaient être les bénéfices du vaccin en termes de diffusion et de lutte contre les formes graves donc tout le monde était un peu à l'aveugle et effectivement il y a eu un discours politique mais après est-ce que tous les médias ont relayé des discours politiques certains l'ont fait sans doute de façon trop facile après sur la question pour parler du climato-scepticisme ou tout à l'heure la pluralité ça peut devenir une forme d'aveuglement c'est-à-dire que si vous donnez toujours la parole à toutes les thèses qui s'affrontent parfois il y a des thèses qui sont invalidées de façon scientifique et sur le climato-scepticisme le débat est clos le débat est clos l'origine était et anthropique il n'y aurait pas un réchauffement de cette ampleur et à cette vitesse-là si c'était uniquement pour des raisons on va dire naturelles et il y a un moment il faut donc arrêter de donner la parole au climato-sceptique nous c'est ce qu'on a fait on l'aura donné à la parole au moment où le débat a eu lieu mais la communauté scientifique parce que le GIEC représente quand même à une écrasante majorité la communauté scientifique a clos ce débat alors par rapport à ça
je vais laisser Salomé Sacquet répondre à ça et après j'aurai une autre question qui va s'adresser à vous Gilles Van Cote et aussi à Catherine Nel de France Inter Salomé Sacquet d'abord pour finir sur le point
je suis totalement d'accord avec ce qui vient d'être dit c'est-à-dire qu'on ne peut absolument pas mettre sur le même plan le vaccin qui avait un an d'existence et les rapports scientifiques sur le réchauffement climatique qui sont assez clairs depuis 40 ans enfin oui moins 20 ans moins 20 ans depuis le rapport MEDO et donc aujourd'hui le GIEC c'est pas une discussion c'est le rassemblement pour le dernier rapport de 14 000 travaux scientifiques qui ont été validés par les différents états et Yves Roucote en l'occurrence que vous avez invité dans le Figaro il dit que l'origine humaine est dérisoire dans les émissions de gaz à effet de serre et ça c'est vraiment une contre-vérité scientifique et il n'y a pas de scientifique sérieux aujourd'hui qui peut dire le contraire de ce que dit le consensus scientifique et je trouve qu'effectivement c'est faire de la désinformation que de donner la parole à ces gens-là qui en plus Yves Roucote n'est pas scientifique lui-même je pense qu'il ne prétend pas être scientifique c'est un philosophe je n'ai pas lu l'interview en question donc c'est difficile de vous répondre il me semble que globalement
ça fait beaucoup de bruit pourtant Alexandre Delicchio
que globalement sur l'écrasante majorité des interviews qu'on fait sur le sujet il y a un consensus sur le fait qu'il y ait en tout cas un réchauffement climatique donc bon on va nous faire un procès là-dessus ça me paraît exagéré je me méfie d'une forme de culture de l'effacement tout de même il me semble que c'est un philosophe qui a écrit un livre dans une maison d'édition tout à fait respectable on lui a donné la parole avec une interview contradictoire qui sont de la désinformation aujourd'hui qui sont de la désinformation aujourd'hui
Catherine Neyla la question que je voulais poser à vous donc et à Gilles Van Cote effectivement ne plus donner la parole pour le coup à des climato-sceptiques qui viennent faire ce qu'on vient de dire une désinformation totale est-ce que à un autre égard continuer de donner la parole à des Patrick Pouyanné patron de Total Energy au patron de BNP Paribas de la Société Générale du Crédit Agricole qui sont régulièrement pointés du doigt par les rapports des ONG et qui montrent qu'ils continuent de financer les énergies fossiles est-ce que ça par exemple ça pourrait être envisageable de ne plus leur donner la parole sur ces sujets-là ? Non Pourquoi ? Quelle différence alors ?
Parce que ce sont des acteurs ils agissent et ils peuvent agir ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas avoir des interviewers pugnats qui posent des bonnes questions et qui essayent justement d'éclairer ceux qui les écoutent voilà sur des procédures ou sur des noms justement process qui ne sont pas mis en place par un certain nombre d'entreprises mais ce sont des acteurs on ne peut pas éliminer des acteurs il ne s'agit pas de dire et ils ne sont d'ailleurs pas climato-sceptiques Non mais ils contribuent en tout cas au réchauffement climatique oui ils contribuent et ils peuvent contribuer justement à le freiner d'une certaine manière donc ils ont une forme d'action qu'il est importante en tout cas de challenger en tout cas moi c'est ce que j'estime dans le devoir d'information Et alors justement Gilles Van Cote est-ce que vous pensez que c'est suffisamment fait ça de les challenger comme vient de le dire Catherine Nail tous ses patrons ces quelques exemples mais en l'occurrence ceux-là
Je crois que si on prend les exemples que vous avez cités oui ils sont régulièrement challengés par beaucoup de médias pas que les nôtres beaucoup de médias indépendants des médias plus ou moins militants mais ce dont il faut se méfier parce que je suis d'accord il faut continuer à leur donner la parole ce sont des acteurs économiques ils ne défendent pas une thèse ils défendent une activité économique et ils représentent des entreprises françaises importantes et internationales mais là où il faut se méfier et on en parlait juste avant avec Alexandre De Miquiot c'est la fabrique du doute on sait bien que ces industries sont actives des lobbies et actives certains scientifiques qui sont quand même très très proches de l'industrie et ces scientifiques sont souvent payés pour semer du doute semer du doute dans le débat public dans les médias dans le débat politique et auprès du grand public et semer du doute pourquoi ?
pour éviter que des actions politiques fortes soient entreprises par les gouvernements donc là dessus il y a un énorme travail que les médias doivent faire au quotidien de décrypter le lobbying et de comprendre qui se cache derrière ces scientifiques ou pseudo scientifiques parfois qui défendent des thèses qui semblent quand même très très tirées par les cheveux on l'a vu il y a très longtemps l'industrie du tabac a commencé par ça dans les années 60 et pendant longtemps a défendu l'idée que le cancer du poumon n'avait rien à faire rien à voir avec la consommation de tabac on en est encore là sur d'autres sujets
pour vous Salomé Sake il pourrait y avoir comme ça des engagements encore un peu plus nets sur certaines choses il y a aussi des engagements au-delà de l'éditorial on a vu le Guardian en 2020 en Angleterre dire qu'il n'y aurait plus de publicité de la part justement des énergies fossiles est-ce qu'il pourrait y avoir des engagements encore une fois comme ça qui iraient plus loin et qui pourraient être satisfaisants à vos yeux de journalistes engagés
donc je pense qu'il y a effectivement énormément de choses encore à faire du côté des médias sur les questions environnementales évidemment ça peut passer par la publicité et ça d'ailleurs c'est pas que les médias c'est-à-dire que l'ensemble des citoyens peuvent aussi choisir de consommer différemment de donner de l'argent finalement à des entreprises en fonction aussi de leur engagement ou non et ça ça peut vraiment avoir un impact mais dans le cadre de la fabrique de l'information je suis d'accord sur le fait qu'on ne peut pas éliminer comme ça des grands acteurs économiques et décider de ne plus jamais leur donner la parole en revanche je pense qu'il est indispensable de ne pas les mettre sur le même plan que des militants écologistes par exemple et ça c'est quelque chose qui a beaucoup été fait dans le cadre du militantisme contre Total notamment où il y a des militants qui sont allés bloquer une assemblée générale et on a eu tendance à donner 50% de temps de parole à ces militants et voire même plus de temps de parole au PDG de Total or le PDG de Total défend des intérêts privés qui en l'occurrence vont totalement à l'encontre de l'intérêt collectif de l'intérêt public et quand je disais au début de cette émission moi je me pose la question de l'intérêt général de l'intérêt public d'une information quand je la fais émerger je pense que là sur les questions écologiques plus que jamais c'est indispensable de se poser ces questions et encore une fois on parlait de fabrique du doute Total n'arrête pas de produire des communiqués qui sont bourrés de fausses informations et là il y a un travail de fact-checking indispensable à faire donc leur donner la parole oui expliquer quel est leur point de vue quels sont leurs arguments bien sûr mais par contre faire un travail absolument impeccable et minutieux de fact-checking derrière et encore une fois ne pas traiter les militants qui essaient de dénoncer ça de radicaux d'extrémistes je pense que c'est très important
un mail d'Anne sur franceinter.fr la démocratie s'est informé le peuple pour lui donner la conscience de la situation et les moyens de décider et d'agir le GIEC est la source scientifique de référence Maxime vous adresse aussi un message Alexandre Devecchio vous amalgamez information et opinion Figaro Vox ne fait pas de l'information
non mais vous m'avez interrogé sur la ligne éditoriale de Figaro Vox effectivement ça fait de l'opinion alors l'interview de d'Ivro Côte pour y revenir n'était pas dans nos pages mais c'était une interview d'un philosophe sur un livre qui je crois critiquait certains militants écologistes donc c'était pas une parole qui avait une prétention à être scientifique non mais après on va pas faire la mission là-dessus puisque vous l'avez fait je vous réponds pardon ensuite sur effectivement il y a une différence entre opinion et information mais je crois qu'en réalité dans l'information il y a toujours une part on l'a dit au début d'opinion de sensibilité personnelle il faut bien sûr tenter d'être le plus honnête vis-à-vis des faits mais il y a toujours en réalité les deux et ensuite dans un journal oui il y a des pages opinions et c'est une spécificité et j'ai jamais prétendu que Figaro Vox ne faisait pas partie des pages opinions c'est effectivement des pages opinions
pour en revenir au rôle finalement des médias il me semble que dans d'autres secteurs l'investigation par exemple on a pris conscience qu'il fallait être nombreux et des journalistes de tous les pays pour à un moment donné avoir une capacité pour analyser des datas pour faire ce travail et donc pour dénoncer un certain nombre de choses simplement parce qu'on avait une force de frappe plus importante dans le domaine de la lutte contre le réchauffement climatique dans le domaine de l'environnement en général il me semble qu'on est encore chaque média de son côté et des journalistes finalement qui n'arrivent pas à travailler ensemble il y a des journalistes qui se rassemblent on essaye de tirer et de regarder sur quelle piste on peut travailler qu'est-ce que le journalisme peut apporter comment on met vraiment je dirais quelque chose de très pratique aussi parce que l'aspect un petit peu anxiogène doit être traité aussi par nous pour ne pas procurer je dirais et amener un effet inverse mais il me semble qu'on serait sans doute plus efficace si on adoptait les mêmes méthodes que sur d'autres thèmes comme l'investigation alors Gilles Van Cote il faut passer à une phase supérieure pour moi en fait il y a d'autres thèmes aussi que l'écologie dans l'engagement Gilles Van Cote si je ne prends que les droits humains par exemple en ce moment il se passe quelque chose d'assez étrange c'est-à-dire qu'on parle énormément des droits humains avec par exemple la coupe du monde de football au Qatar en décembre prochain et à la fois on va nous parler vraiment de sport pur etc.
dans les articles est-ce que de ce point de vue-là je vous pose la question aussi à vous qui êtes au journal Le Monde est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose à faire de la part des médias de ne parler de cette coupe du monde que sous l'angle droit humain par exemple ?
écoutez vous parlez un entier dans la liste de sport donc ça tombe bien mais non parce que moi j'ai couvert de nombreux Jeux Olympiques et à chaque fois qu'on va dans un pays où il y a des difficultés il y a quand même beaucoup de pays du monde où il y a des choses qui ne vont pas donc on appelle au boycott mais dans ce cas-là on n'y aurait plus de compétition sportive on boycotterait tout et puis terminé mais qu'est-ce que ça changerait au fond ça ne changerait rien je pense qu'il faut distinguer les deux il faut traiter les deux traiter toute la partie extra sportive et on l'a beaucoup fait avec le dopage dans beaucoup de médias traiter les problèmes économiques l'exploitation qu'il peut y avoir les violences faites aux femmes dans le milieu sportif tous ces sujets-là font partie de la vie du sport comme ils font partie de la vie de la société et ça n'empêche pas de traiter le sport on parle de MeToo dans le monde culturel et on ne va pas arrêter d'aller au cinéma et de parler de cinéma donc il faut distinguer les deux et les journaux les médias doivent être présents sur les deux sujets le sport parce que le sport ça intéresse du monde parce que le sport c'est quelque chose qui est une sorte de petit concentré de société mais également toutes les déviances du domaine sportif les deux vont de pair
c'est une façon Salomé Sacquet vous pensez du coup de ne pas tomber justement dans le fameux militantisme de garder cette espèce de pluralisme aussi au niveau des informations qu'on traite et des angles qu'on va prendre
encore une fois je pense que le pluralisme il est indispensable en démocratie mais la question c'est jusqu'à quel point il est une opinion ou un point de vue ou une activité qu'on va défendre est acceptable il y a des limites qu'on pose dans nos pays dans nos démocraties il y a des choses sur lesquelles on ne revient pas dont on ne discute pas comme le droit de vote le droit à l'avortement en France je l'espère c'est des choses sur lesquelles on ne revient pas après on a toujours une question de jusqu'où on pousse cette limite dans le cadre de la coupe du monde par exemple moi je pense que ça devrait être mentionné au moins dans chaque article dans chaque émission qui est faite dans le contexte dans lequel se déroulent ces événements sportifs et ensuite il y a évidemment la question de la place qu'on va donner à ces problématiques là dans le cadre d'un JT d'un journal pour le cas de l'écologie je ne l'ai pas mentionné tout à l'heure et je tenais à le dire par exemple quelque chose que pourraient faire les médias qui seraient vraiment salutaires ce serait d'interroger systématiquement les hommes et les femmes politiques sur les questions écologiques dans le cadre de la campagne présidentielle ça a représenté 5% du temps de parole on a eu des émissions politiques entières où l'écologie n'était pas abordée là c'est quelque chose sur lesquelles on pourrait faire des progrès et au même titre sur la question du Qatar on peut interroger des responsables de cet événement en priorité sur les droits humains
Catherine Nail vous qui avez fait avant d'arriver à France Inter il y a plus de 5 ans toute votre carrière à TF1 vous étiez directrice de l'information vous construisiez les JT les fameux 20 heures comment ça se passe la construction est-ce qu'il y a comme ça une volonté un peu comme je le disais d'ailleurs au début de cette émission de rester assis souriant et surtout il n'y a rien qui dépasse si on ne se mouille pas quelque part non je n'ai pas le sentiment d'ailleurs qu'on ne se pose pas autant de questions quand on est journaliste au sein de la rédaction de TF1 que celle de France Inter je pense surtout pour rebondir quand même sur le Qatar qu'il ne faut jamais quand on est une rédaction de journaliste avec je dirais un métier un côté professionnel il ne faut jamais laisser le soin à d'autres de parler de sujets complexes parce que sinon on arrive sur de l'information sur les réseaux sociaux qui n'est plus du tout justement de l'information mais qui s'apparente soit à du complotisme soit à une information qui n'est pas traitée à travers différents angles donc à mon avis il faut parler du Qatar et de la coupe du monde au Qatar tout effectivement en soulignant là où on se trouve tout comme le Dakar je pense parfois a été aussi l'occasion de focusser sur certains pays d'Afrique mais il ne faut jamais laisser toute une partie tout un point de l'information s'éparpiller je dirais au-delà des médias traditionnels qui sont challengés et qui doivent être challengés moi je n'ai pas de soucis avec ça mais néanmoins c'est notre boulot et on le fait avec honnêteté une conscience professionnelle c'est à nous de le faire allez on a justement un message évidemment que j'avais sous les yeux mais que j'ai perdu voilà Arnaud nous écrit sur l'application France Inter merci pour l'honnêteté je suis ravie d'entendre des personnes des médias reconnaître que l'objectivité absolue n'existe pas et à mon sens c'est une bonne façon de lutter contre le désamour justement on va en parler dans un instant en ces temps où la confiance on le sait dans les médias est très abîmée ce sera juste après Sharon Van Etten et Anything sur France Inter
Camille Cronier
la seule confiance qu'on fait sur le peuple
c'est le peuple les médias donc on raconte un peu ce qu'on veut et on fait confiance qu'à nous même les gens dans la rue filment la réalité
mais pourquoi fait-on confiance à une information plutôt qu'une autre
les journalistes de mer parce que vous véhiculez la bien-pensance il y en a marre de la doxa vous comprenez ça
qu'ils arrêtent de mentir qu'ils arrêtent de déformer les choses
cette bien-pensance qui a interdit des débats une image brute sans montage serait la preuve
d'une information vraie
et vous vous êtes corrompus comme c'est pas possible votre direction rend des cons d'arande
voilà illustration ces dernières années de la défiance envers les médias en France et ailleurs vous l'avez entendu chez nous moins d'une personne sur deux fait confiance aux médias d'après le dernier baromètre réalisé par l'institut Cantas One Point pour la Croix et on parle de tout cela avec Catherine Neill directrice de l'information de France Inter Salomé Sacquet journaliste pour le média indépendant Blast Alexandre Devecchio du Figaro et Gilles Van Cote directeur délégué du Monde Gilles Van Cote d'ailleurs le Monde s'était engagé pour le coup véritablement à travers plusieurs éditoriaux comme l'avait fait d'ailleurs le New York Times en particulier en 2016 pour appeler à voter pour Hillary Clinton vous vous êtes engagé vous au Monde à faire barrage à l'extrême droite par exemple donc là il y a vous avez presque franchi la frontière si je peux le dire
si vous vous dire que c'est une frontière qu'on a franchie on l'a franchie depuis longtemps parce que notre position elle est celle-là depuis des années souvent nos lecteurs nous demandent et aussi les étudiants les scolaires qui viennent nous rencontrer mais pour qui vous êtes politiquement pour qui vous roulez mais bon nous la réponse c'est qu'on roule pour personne d'ailleurs tout le monde nous déteste la NUP nous déteste le camp de Macron nous déteste la plupart des partis nous détestent bon après le Rassemblement National pour nous c'est autre chose c'est un parti d'extrême droite c'est un mouvement qui incarne des valeurs qui ne sont absolument pas les nôtres et effectivement on a une position sur le Rassemblement National et l'extrême droite qui est très claire pas de tribune dans nos pages débat émanant de responsables RN pas d'interview de responsables RN sous forme de questions réponses on parle évidemment du RN on interview des représentants des députés RN et des élus RN c'est évidemment la base du métier mais rien ne nous oblige à leur donner la parole et à faire du monde une tribune pour ce parti que l'on considère comme étant un parti d'extrême droite malgré sa notabilisation en cours et à cette heure on n'a pas changé de position là-dessus oui c'est une forme d'engagement effectivement on peut le dire il est très clair et il est quasiment aussi ancien que le monde le monde du journal
Alexandre Devecchio on entendait notamment Nicolas Sarkozy parler de la fameuse bien-pensance pourquoi la bien-pensance serait uniquement de gauche et pas de droite ?
je ne sais pas il y a peut-être aussi une bien-pensance de droite je pense qu'il dénonçait une forme de conformisme idéologique c'est ce que je disais tout à l'heure sur l'Europe je pense que c'était un débat qui dépassait la gauche et la droite il y avait des gens pour et des gens contre à l'intérieur de la gauche et à l'intérieur de la droite d'ailleurs aujourd'hui je ne sais plus très bien ce qu'est la gauche et la droite en fait ils représentent assez peu finalement si on regarde les parties représentées à l'Assemblée nationale donc pour répondre à votre question oui sans doute il y a aussi un conformisme de droite mais je pense qu'il y a eu à un moment donné dans la population le sentiment que toute une partie des sensibilités du pays était assez peu représentée par les médias y compris par les médias peut-être de droite et donc ça je pense que ça a posé un problème et que ça cause beaucoup c'est l'une des raisons pour laquelle nos médias sont en crise sont moins lus moins regardés c'est moins vrai aujourd'hui je trouve qu'il y a plus de diversité d'opinion mais il y a eu un moment où il y avait l'opinion se réduisait au centre gauche et au centre droit et d'ailleurs c'était théorisé par un nombre d'intellectuels proches de pouvoir qui expliquaient qu'il y avait un cercle de la raison bon je ne sais pas qui est-ce qui peut se prévaloir d'être la raison si vous voulez donc je pense qu'à une démocratie ça suppose un minimum de contradictions sinon il y a une vraie frustration qui s'installe et justement c'est comme ça qu'on a du complotisme des colères des choses irrationnelles
Salomé Sack est-ce que vous pensez que plus d'engagement de la part de grands médias nationaux et régionaux aussi au niveau local ça pourrait réconcilier quelque part attirer un public encore une fois qui s'est détourné justement de ces médias-là
non je ne pense pas que c'est plus d'engagement qui va rétablir cette confiance je pense que c'est une question de choix de sujet et c'est une question aussi de structure économique des médias il y a un chiffre qui revient souvent qui avait été donné par l'économiste Julia Cagé c'était que 90% des médias appartenaient à 9 milliardaires c'est un chiffre qu'on peut nuancer mais dans l'ensemble c'est quand même globalement vrai ça a été beaucoup ressorti par les personnes qui ont eu une certaine défiance à l'égard des médias je pense qu'il y a un travail énorme à faire de la part des journalistes des médias pour rétablir cette confiance qui est encore une fois à mes yeux indispensable en démocratie moi c'est précisément pour cette raison que je suis là sur France Inter à parler aujourd'hui je pense que la principale façon de rétablir cette confiance ce n'est pas de s'engager mais c'est de mieux choisir des sujets des sujets encore une fois d'intérêt public une émission qui a un succès fou sur le service public c'est Cache Investigation pourquoi ?
parce que Cache Investigation quoi qu'on en pense c'est une émission qui traite des sujets qui parlent aux gens qui touchent les gens et surtout qui sont d'intérêt public et qui pose une frontière extrêmement claire avec le pouvoir qui montre qu'il y a une forme d'incorruptible enfin ils sont un peu incorruptibles en tout cas c'est l'image qu'on en a or aujourd'hui il y a beaucoup de gens qui ont eu cette impression que les médias étaient proches du pouvoir que ce soit des médias privés des médias publics et je pense que pour rétablir cette confiance là c'est une question d'intégrité absolue de ne pas faire des ménages notamment avec des entreprises privées quand on est journaliste c'est une question d'honnêteté c'est une question de transparence
Catherine Nel quand justement tout ça est vraiment monté en puissance toute cette défiance vis-à-vis des médias à la rentrée dernière France Inter a lancé sa case en toute subjectivité à 7h20 au dépens petite parenthèse de la chronique environnement que j'embrasse est-ce que quelque part il n'y a pas qui sort de ça une forme de je mets des guillemets mais d'hypocrisie c'est-à-dire qu'en gros c'est une réaction on se dit oh là là on ne sait plus quoi faire donc on va filer une case comme ça à des gens de différents médias pour montrer que oui on est pluraliste et qu'on donne la parole à tout le monde alors il me semble Camille que nous sommes pluralistes au-delà de 2 minutes 30 par jour je parle de cette case en particulier je tiens quand même à le préciser deuxièmement si vous considérez que dans un débat présidentiel puisque c'était une année présidentielle d'ailleurs on continue en toute subjectivité sur la grille prochaine parce qu'il me semble qu'effectivement elle a démontré cette chronique que ces outils que l'on veut avoir pour nos auditeurs étaient très bien incarnés par les différentes personnes qui l'ont fait cette année et qui le feront l'année prochaine donc si vous considérez qu'ouvrir une antenne pas forcément partager des points de vue mais en tout cas permettre à nos auditeurs de sortir d'une communauté d'esprit de pensée voire même de valeur parfois avoir une oreille égratignée effectivement à l'écoute mais se dire on partage quand même une même démocratie une même société c'est intéressant de voir aussi comment d'autres pensent si vous pensez que ça n'est pas notre travail alors nous sommes en contradiction je pensais moi je posais la question quand je parlais d'hypocrisie je parlais d'une sorte de sentiment d'obligation vu encore une fois la défiance il y a un questionnement que l'on a sans cesse que ce soit à travers des conférences de rédaction à travers une grille de rentrée ou une grille d'été sur qu'est-ce qu'on doit faire justement pour ne pas perdre ce lien on peut se recroqueviller sur ce que nous sommes ou ce que nous avons envie d'être entre nous il ne me semble pas que c'est le bon moyen pour créer du lien on ne peut pas créer de la confiance sans créer du lien et créer du lien ça veut dire aussi un tout petit peu sortir de sa zone de confort et ouvrir ses chakras comme vous le dites Gilles Van Cote vous voulez réagir là-dessus ?
Je voulais faire prolonger un peu ce qu'on vient de dire parce que je vais faire un peu la publicité du festival international de journalistes mais jusqu'à dimanche on va discuter d'objectivité chez les journalistes on va discuter de concentration capitalistique des médias donc des sujets qu'on vient d'aborder et donc avec des journalistes présents dont Salomé Sagué qui sera présent dont des journalistes du Figaro de concert d'Alexandre Delvecchio donc on essaye de faire de la pluralité sur ce festival et de débattre avec les lecteurs auditeurs et spectateurs de tous ces sujets qui nous passionnent et qui passionnent les gens qui s'intéressent à l'actualité donc voilà c'est la petite minute de publicité
Alexandre Delvecchio vous l'année dernière alors vous ne vous rempilez pas à la rentrée mais quand France Inter vous appelle l'année dernière pour venir une fois par semaine vous avez réagi comment ?
J'étais très heureux parce que c'est d'abord une radio qui a une audience très importante et en plus je trouve qu'il y a peut-être une distinction entre médias privés et médias publics alors le problème de la concentration dans les médias privés est une réalité je rejoins Salomé Saguet là-dessus mais je pense qu'un média privé peut avoir une ligne éditoriale à la limite plus radicale je pense qu'un média public qui est censé représenter l'ensemble du peuple français d'une certaine manière puisque tout le monde paye la redevance et je pense que c'est une certaine logique que France Inter ouvre son antenne à toutes les sensibilités politiques tout à l'heure le journaliste du Monde disait qu'il avait fait un certain choix dans ses pages opinion il a tout à fait le droit de le faire je pense que c'est plus compliqué pour quelqu'un qui a un média public parce que comme il y a la question de la redevance c'est un service public et tout le monde doit être représenté
justement sur la redevance est-ce que vous pensez là je vais poser la question à Salomé Sacquet ensuite à Catherine est-ce que vous pensez que la redevance ou on parlait tout à l'heure aussi de l'hyperconcentration des médias pourrait provoquer une sorte d'engagement plus franc d'une certaine façon
de la supprimer oui de la supprimer évidemment je pense que c'est une très mauvaise idée de supprimer la redevance parce que les médias publics justement pour moi ont une plus grande indépendance au sens où ils sont dépendants d'aucun intérêt privé et ils sont censés non pas pour moi donner la parole à absolument tout le monde parce que pour moi il y a cette ligne démocratique qu'on trace qu'on choisit de tracer si jusqu'où on veut aller je pense qu'il y a des opinions dont on peut éventuellement parler qu'on peut commenter mais auquel on ne peut pas donner la parole sans contradiction donc je pense que le rôle du service public c'est aussi de faire émerger encore une fois ces informations d'intérêt public et je voudrais juste rebondir sur la redevance et donc les subventions la presse aujourd'hui reçoit des subventions publiques y compris le Figaro y compris le monde donc on ne peut pas juste dire ok on est un média privé
donc on peut faire ce qu'on veut Catherine Nel sur cette question de l'hyperconcentration d'un côté la redevance l'information ça coûte cher l'information ça coûte cher pérenniser sanctuariser un budget pour l'audiovisuel public en l'occurrence redevance c'est impératif et sanctuariser sur plusieurs années parce que quel que soit le gouvernement si j'ose dire il faut que cette liberté de ton d'engagement parfois justement d'ouverture à tous ceux qui sont les français et donc nos citoyens elle soit préserver allez les résultats de notre petit sondage du jour sur Twitter les médias généralistes doivent-ils s'engager ou s'engager davantage résultat oui à 55,3% non à 44,7% merci beaucoup à vous quatre Catherine Nel Salomé Sacquet Alexandre Devecchio et Gilles Van Cote à qui je souhaite donc un bon festival à couture sur Garonne et à lundi à la maison avec ce sujet le pavillon rêve ou cauchemar bon week-end les amis