Dr Bryckaert, urologue : "Movember a permis de mettre la lumière sur les soucis des hommes selon les tranches d'âge"
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« On sait qu'aujourd'hui, en fait, chez les hommes jeunes, on va dire de 15 à 29 ans, la première cause de décès est le suicide. »
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France Inter, le 5-7.
Il est 6h21, ça a commencé par une discussion entre deux copains dans un bar en Australie. Le Movember est né en 2003 et il est devenu aujourd'hui un mouvement mondial. Un mois de mobilisation pour la santé des hommes, pour sensibiliser sur les cancers de la prostate ou des testicules, mais aussi sur la santé mentale. Bonjour Pierre-Emmanuel Bricard. Bonjour. Vous êtes chirurgien urologue au Mans, vous êtes l'un des ambassadeurs de ce Movember. Il s'agit donc d'encourager les hommes à prendre soin d'eux. Ce n'est pas le cas aujourd'hui ?
Ce n'est pas que ce n'est pas le cas, c'est qu'il n'y a sans doute pas assez de prévention qui est effectuée. C'est-à-dire que Movember est quelque chose qui a permis en tout cas de mettre la lumière sur les soucis des hommes selon les différentes tranches d'âge. On sait qu'aujourd'hui, en fait, chez les hommes jeunes, on va dire de 15 à 29 ans, la première cause de décès est le suicide. Donc déjà, ça a été un des sujets qui a intéressé Movember dans le cadre de la prévention. Et puis, on s'est intéressé en fait à des choses qui vont toucher profondément les hommes au niveau de leur corps, mais aussi au niveau de leur intimité.
Donc, qui est sans doute difficile en termes de communication, qui est le cancer du testicule, qui va toucher beaucoup plus les hommes d'une tranche d'âge supérieure, entre 20 et 39 ans. Ça reste jeune. Ça reste jeune. Et puis après, un autre problème qui est aujourd'hui le premier cancer de l'homme au-delà de 50 ans, qui est le cancer de la prostate, et qui devient un vrai problème de santé publique, tant en France qu'en Europe que dans le monde. Et comme vous le voyez, en fait, le suicide, les testicules et la prostate sont des choses qui touchent à l'intime, et pour lesquelles on est heureux aujourd'hui de communiquer pour essayer de faire de la prévention.
Et parce qu'il y a aussi, le problème c'est quoi ? Une femme, elle va chez son gynéco régulièrement, il n'y a pas ça chez les hommes, c'est ça ? Donc en fait, ils ne vont pas chez le médecin, ils ne se font pas diagnostiquer suffisamment tôt ?
Vous avez tout à fait raison. C'est-à-dire que moi, en tant que thérapeute, qui m'occupe autant des hommes que des femmes, on se rend compte que la communication autour de la santé, et en tout cas l'information qu'on va donner aux femmes lors de nos consultations, est beaucoup plus recevable de la part des femmes, sans aucun doute, que de la part des hommes. Ce n'est pas lié à un problème, on va dire génétique, c'est lié à un problème, pour moi, qui est culturel.
C'est-à-dire que, comme vous le dites, les femmes, dans leur vie génitale, dans leur vie de contraception, vont être confrontées très tôt à une consultation, soit avec leur médecin généraliste, soit avec un gynécologue, ce qui va leur permettre, en tout cas, de délier un petit peu le dialogue, les langues, pour pouvoir aller discuter de leurs problèmes, alors que les hommes vont aller vers leur première consultation, soit aux dépens d'un problème physique, on vient de parler du cancer du testicule, ceux qui peuvent arriver tôt, vers l'âge de 20-30 ans, mais beaucoup plus tard, peut-être vers l'âge de 50-60 ans, pour des problèmes de cancer de prostate, et lorsque vous avez peu consulté le monde médical, vous y êtes, pas réticent, mais un peu intimidé, un peu fermé, et c'est difficile, d'autant plus, de parler de choses intimes.
Alors, que faire ? Quel conseil pouvez-vous donner à nos auditeurs ? Je ne sais pas, quels symptômes doivent amener les hommes à consulter, par exemple ?
Alors, il y a des choses toutes simples. Pour les tumeurs du testicule, il n'y a pas besoin, en tout cas, le meilleur dépistage reste ce qu'on appelle l'autopalpation. C'est une chose...
Comme le sein chez les femmes, en fait.
Exactement, exactement. Et aujourd'hui, on dit que les recommandations pour un homme, tout simplement, lorsqu'il est dans sa douche, de faire une autopalpation une fois par mois, ce n'est pas très compliqué. C'est-à-dire que l'homme connaît quand même à peu près son corps, et lorsqu'il va palper ses testicules, il va avoir une boule à peu près en forme d'une grosse amende, qui va être à peu près régulière et normale. Et puis, s'il sent un nodule, quelque chose de dur, quelque chose d'inhabituel par rapport à sa propre anatomie, eh bien, ne pas hésiter à venir consulter son médecin traitant, ou même un neurologue.
On peut aller directement chez un neurologue, sans passer par le médecin généraliste.
Aujourd'hui, il y a bien sûr le principe du médecin référent, pour pouvoir, c'est surtout en termes de remboursement, mais on peut venir, en tout cas, maintenant, directement consulter son neurologue, d'autant plus qu'avec la carence des médecins généralistes dans certaines régions, c'est toléré d'aller voir directement un spécialiste. Et on peut venir, en effet, consulter pour ce genre de choses. Il faut savoir qu'au-delà, je viens de dire, des remboursements, qui restent essentiels et importants, ce qui est le plus important, c'est surtout de prendre en charge sa santé, ne pas hésiter à venir consulter au plus vite lorsqu'on a un problème.
Parce que ces cancers de la prostate et du testicule, ils se soignent bien s'ils sont traités suffisamment tôt ?
Oui, ils se soignent et se guérissent très, très bien. Et ce sont justement des cancers qu'il faut essayer de dépister le plus tôt possible, de manière à pouvoir, au mieux, éviter de rentrer dans des traitements, on va dire, plus lourds, qui sont, bien sûr, délabrants et qui sont traumatisants. Et, comme vous le dites, pris à un stade très précoce, ce sont des cancers qui vont se soigner et se guérir à plus de 90%.
Est-ce qu'il y a des messages de prévention de la part de la Sécu ? Est-ce que les hommes reçoivent des courriers à certains âges charnières, comme ça existe pour les cancers colorectaux ?
Alors, comme vous venez de le dire, en effet, aujourd'hui, dans le cadre du dépistage, le cancer colorectal ou le cancer du sein va être complètement mis en place par la Sécurité sociale.
À partir de 50 ans, généralement ?
Exactement. Pour le cancer de la prostate, par exemple, il n'y a pas, aujourd'hui, de recommandation de dépistage de masse. Par contre, la Sécurité sociale, aussi, que l'autorité de santé, met qu'il faut proposer aux hommes un dépistage à titre individuel, en lui ayant expliqué les bénéfices-risques de ce dépistage. Alors, je ne vois pas des mots très compliqués pour essayer de noyer le poisson, mais, en gros, ça veut dire qu'il faut expliquer à un homme pourquoi on va le dépister et comment on va le dépister. Alors, pourquoi on va le dépister ?
Parce que, comme vous venez de le dire, c'est un cancer qui se soigne très bien et qui se soigne, on va dire, sur une évolutivité qui va être, en moyenne, pris en charge sur une idée que l'homme va avoir une durée de vie supérieure à 10 ans à partir du moment où on le diagnostique. Alors, bien sûr, quand on le diagnostique tôt chez un homme de 50 à 70 ans, il est parti pour, s'il n'a pas de problème de santé, avoir une espérance de vie de plus de 10 ans et il faut absolument diagnostiquer les choses. Le diagnostic n'est pas très compliqué puisqu'en fait, il consiste au départ à faire une prise de sang qui s'appelle un dosage du PSA.
Le PSA, ce sont les initiales de prostatique spécifique antigène. Sans vouloir dire de bêtises, je crois que c'est autour de 15-20 euros pour faire ce dépistage par prise de sang. et d'aller voir un urologue pour faire un touché rectal qui peut permettre, en tout cas, de palper une tumeur éventuelle. Et ça, c'est le prix d'une consultation. Donc, comme vous voyez, ce n'est pas un dépistage qui est compliqué et onéreux.
Merci beaucoup. Merci. Le message est bien passé, Pierre-Emmanuel Bricard. Merci d'avoir été en direct avec nous sur France Inter à l'occasion de ce Movember.