L'argument (mauvais) de la dette et des marchés financiers pour justifier la réforme des retraites
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Petit point sur un argument excessivement problématique, je trouve que le gouvernement se garde bien de mettre en avant pour justifier sa réforme des retraites et qui pourtant, à mon sens, est au fondement de celle-ci. Cet argument, c'est celui de la dette. Alors vous allez me dire, c'est quoi le rapport entre d'une part la dette et d'autre part la soi-disant recherche d'un équilibre budgétaire de notre système de retraite.
Et bien c'est Philippe Aguillon, un économiste plutôt libéral, professeur au Collège de France, qui nous en donne quelques indices dans une interview qu'il a donnée à BFM Business le 13 janvier dernier. Il dit, je cite, que cette réforme des retraites permettrait à l'État de montrer son sérieux budgétaire. Il donne un signal qui va donner une crédibilité à l'égard des marchés financiers et de nos partenaires européens pour pouvoir faire les investissements et les réformes qu'on doit faire pour l'éducation, la santé, la réindustrialisation par l'innovation.
En d'autres termes, si on fait cette réforme, on va pouvoir emprunter sur les marchés financiers avec des taux d'intérêt faibles. Et aussi, c'est ce qu'il sous-entend, si le gouvernement n'avait pas fait cette réforme, ou puis, si le gouvernement recule sur cette réforme, alors le signal qui sera envoyé au marché financier, c'est celui d'un État, en l'occurrence l'État français, qui n'est pas un acteur économique sérieux. Et donc, du coup, les taux d'intérêt auxquels on pourrait emprunter pour éventuellement investir dans les secteurs cités seraient très élevés.
Et donc, notre dette s'accroissera. Pourquoi est-ce que cet argument est mauvais ? Il l'est pour une double raison, à mon sens.
La première, c'est qu'on n'a absolument aucune garantie que le gouvernement de Mme Borne ou d'Emmanuel Macron, appelez-le comme vous voulez, fasse des investissements à la fois en matériel et en moyens humains, de façon intelligente, que ce soit dans le secteur de l'éducation, dans celui de la santé ou pour réindustrialiser la France. Pour l'instant, ce qu'ils ont montré depuis plus de cinq ans, ce qu'ils n'avaient pas vraiment envie de lancer des grands plans dans ces secteurs. Le deuxième argument, c'est que ce serait aussi acter la financiarisation de notre économie et finalement la dépendance de l'État et de nos politiques publiques au marché financier.
Ce qui montre bien que le monde vers lequel veut nous emmener Emmanuel Macron, c'est celui d'une économie toujours plus financiarisée, c'est celui d'un monde toujours plus néolibéral. Se battre contre cette réforme des retraites, c'est bien évidemment se battre pour pouvoir partir à un âge décent à la retraite et avec des pensions dignes, mais c'est aussi se battre contre la proposition d'un monde néolibéral qui ne penserait que le profit et le court terme.