Débat sur l'Ukraine: les discours de Marine Le Pen, Gabriel Attal et Boris Vallaud en intégralité
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Madame la Présidente, Monsieur le Premier Ministre, Messieurs les Ministres, chers collègues. Depuis plus de trois ans, le peuple ukrainien résiste avec héroïsme à l'indéfendable agression russe. Et c'est donc vers les millions de blessés, déplacés ou réfugiés et leurs familles que je souhaite me tourner en commençant mon propos. Si cet héroïsme nous oblige, il nous force aussi à la franchise. Je l'ai dit à maintes et maintes reprises, il ne peut y avoir d'issue militaire à ce conflit. L'Ukraine ne peut pas gagner contre la Russie sans l'entrée en guerre de l'OTAN, qui n'est pas une option compte tenu des risques d'escalade vers une guerre mondiale entre puissances nucléaires.
Et heureusement, grâce au courage et à la résistance des Ukrainiens, soutenus par les puissances occidentales, la Russie ne peut pas non plus sortir vainqueur de ce conflit. Bien sûr, la France a eu raison de soutenir aux côtés de ses alliés l'Ukraine et les Ukrainiens, et je salue ces milliers de Français qui ont accueilli les réfugiés de cette guerre, ces maires qui ont, comme à ceux qui fuyaient les combats, tout comme je salue l'engagement dans les Pays-Bas ou en Roumanais, les soldats ukrainiens. Ce soutien a lieu dans un contexte budgétaire fortement dégradé.
Monsieur le Premier ministre, bonne politique de fournir à la représentation nationale un bilan des aides fournies à l'Ukraine, y compris à travers l'Union Européenne. Ce bilan devra notamment permettre de comprendre enfin à quoi servent finalement les intérêts des avoirs russes gelés qui ont, j'ai l'impression, été promis comme source de financement pour bien trop de sujets. Malgré cela, il est aussi permis de s'inquiéter de l'abandon progressif par la France de son rôle singulier de puissance d'équilibre, passant d'un extrême à l'autre au cours des derniers mois, sans ligne politique clairement définie et encore moins comprise.
Une politique étrangère et de sécurité efficace et conforme à nos intérêts se fonde sur les faits, sur les réalités, sur la compréhension des failles que les rapports de force peuvent nous permettre d'exploiter pour faire prévaloir nos objectifs, bien davantage que sur les emportements, les émotions, voire les manifestations du bris. Nous allions mettre la Russie à genoux, annonçait un ministre des Finances déjà oublié. En un mot, il est incontestable que nous devons soutenir l'Ukraine pour qu'elle reste souveraine et libre. Mais nous devons le faire avec réalisme et en gardant à l'esprit nos propres intérêts nationaux plus qu'avec des coups de menton dépourvus des faits.
Les réalités, c'est d'abord admettre que nous ne pouvons pas promettre à l'Ukraine une adhésion à l'OTAN alors que nous savons que cette option a été une justification à l'agression russe et est clairement rejetée aujourd'hui par les États-Unis. De même, l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne va incontestablement à l'encontre de nos intérêts.
Cette adhésion coûterait des milliards d'euros à la France, elle créerait une nouvelle distorsion de concurrence sur le marché du travail impactant fortement notre modèle social et sa première conséquence serait à coup sûr la ruine de nos agriculteurs par l'effet conjugué de la baisse massive de la PAC pour la France et par la concurrence déloyale que créerait cette adhésion. Le soutien à cette double adhésion apparaît donc soit comme un risque majeur pour la paix et pour nos intérêts. En février, j'écrivais aux Français, en février 2023, j'écrivais aux Français, il est parfois plus difficile de faire la paix que de se laisser entraîner dans le flot des événements.
Les logiques de bloc ou les passions y raisonnaient, c'est le propre des grandes puissances de savoir s'en extraire pour rechercher avec une sereine autorité les moyens de la diplomatie. C'est la vocation historique et morale de la France dans une position indépendante de faire entendre la voix d'un pays dont le sacrifice dans les guerres donne crédit à sa volonté sincère de paix. Jamais ces dernières années, le monde n'a eu autant besoin de la France, de sa voix, de la bienveillante autorité de sa diplomatie, de ses capacités d'influence sur les grandes puissances. Alors que je considère qu'en matière de politique étrangère, l'un des maîtres mots doit être la constance.
Les virevoltes du président de la République sur le conflit ukrainien n'ont pas permis à la France de peser significativement. Et c'est à Riyad et à Issa, et malheureusement sans nous. Certes, je ne peux que me réjouir qu'Emmanuel Macron soit passé d'un chimérique. Nous avons la conviction que la défaite de la Russie est indispensable à la sécurité et à la stabilité de l'Europe. Le 27 février 2024, à un plus réaliste, notre souhait est qu'il puisse y avoir des conflits qui s'arrêtent, une trêve mesurable, vérifiable, qui permettent la négociation d'une paix durable le 20 février 2025. Je ne peux néanmoins que constater ce grand écart.
Conséquence d'une politique de gribouille, peu lisible, évoluant au jour le jour, sans vision construite. Ce grand écart s'est une fois de plus manifesté lors de sa récente visite à Washington, où il n'a été finalement question que de pouvoir exister. Mais évidemment, ce grand écart qui frise avec le concept des injonctions contradictoires est aussi celui des Etats-Unis, dont le président Zelensky a malheureusement fait les frais à Washington. Monsieur le Premier ministre, chers collègues, il ne faut pas être naïf.
Si l'inflexion profonde des Etats-Unis vis-à-vis du conflit ukrainien vise à un arrêt des combats sans capitulation ukrainienne pour espérer arriver à un accord de paix, elle n'en demeure pas moins guidée par la défense des intérêts américains, en particulier économiques. Outre l'accord sur les terres rares, chacun aura compris le calcul consistant à éviter la consolidation d'un axe Russie-Chine, une des conséquences de l'intransigeance occidentale vis-à-vis de la Russie ces dernières années. Alors, nous ne pouvons que regretter que finalement l'Europe soit le seul continent où l'on s'interdise toute réflexion stratégique.
Le courage, c'est de dialoguer, y compris face à des dirigeants avec lesquels nous avons des profonds désaccords. Le sens et l'honneur de la diplomatie. Et il ne suffit que d'affronter avec courage les obstacles qui les menacent. Comme je l'ai déjà dit, la paix semble aujourd'hui difficile. Il faut-il pour autant y renoncer ? Je ne le crois pas.
Pour agir pour une paix solide et durable, pour reprendre les mots du président de la République, il faut, comme je le propose depuis désormais trois ans, organiser une conférence sur la paix, qui mette autour de la table les nations, ce sera national, la Russie bien sûr, les Etats-Unis, la France, la Turquie et l'Allemagne, la République tchèque, la Suède, la Norvège, l'Italie et la Bulgarie. Cette liste n'est bien sûr pas exhaustive. Le traité qui y serait discuté doit éviter, comme ce fut par exemple le cas du traité de Versailles, de contenir les germes de la guerre d'après.
Autrement dit, au-delà de la question des frontières, et pas seulement de la frontière russo-ukrainienne d'ailleurs, ça doit être aussi posé la question, par exemple, du périmètre de l'OTAN. Face à la nouvelle donne géopolitique majeure qui émerge, dont l'une des faces est la fin de la naïveté devant la mondialisation heureuse et la nécessité du réarmement national, je suis convaincu que la France peut retrouver sa place si singulière dans le concert des nations. Et qu'elle doit pour cela renouer avec ce pacte 20 fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde, pour reprendre les mots du général de Gaulle à Londres en 1941.
La politique qui se déroule loin des caméras entre le Rwanda et la République démocratique du Congo illustre une remise en cause du droit international, alors que dans bon nombre de nations, nous constatons l'arrivée aux responsabilités de dirigeants qui font de la défense des intérêts de leur pays un objectif premier de leur politique. Je reste convaincu que la France a encore quelque chose à offrir au monde. Historiquement, la France a toujours défendu les nations et leur liberté. Elle doit renouer avec sa vocation de puissance, de paix et de concorde.
C'est dans ce sens que, vous le savez, j'ai proposé il y a quelques mois une déclaration des droits des peuples et des nations pour offrir un outil supplémentaire dans le droit international. Cet outil vise non seulement à préserver la sécurité des peuples et des nations, mais aussi leur liberté face aux ingérences étatiques ou privées. Puisque j'évoque la question de la sécurité des nations et que vous avez, monsieur le Premier ministre, évoqué cette question dans votre déclaration, il m'apparaît nécessaire de rappeler quelques principes clairs. Tant j'ai pu entendre récemment des propos et des propositions qui m'apparaissent extrêmement dangereuses pour notre pays.
Grâce à la volonté du général De Gaulle, le savoir-faire de nos ingénieurs et à l'effort budgétaire consenti par les Français, notre pays est aujourd'hui l'une des rares nations dotées de l'arme nucléaire. La dissuasion permet à notre pays de vivre en paix depuis plus d'un demi-siècle et reste la clé de voûte de notre sécurité et de notre modèle d'armée. C'est précisément parce que la dissuasion est au centre de notre modèle d'armée que nous ne pourrons jamais soutenir une chimérique défense européenne. C'est précis dans notre indépendance nationale que nous refusons toute entrée dans le comité des plans nucléaires de l'OTAN comme l'a proposé une de nos collègues macronistes.
Depuis désormais quelques années et encore vendredi dernier, le président de la République, pourtant garant de l'indépendance nationale et donc de son plus puissant outil, l'arme nucléaire, par une communication au mieux hasardeuse, au pire parjure, fragilise notre modèle de dissuasion et malheureusement, ses propos ont percé à l'étranger. Le partage de notre dissuasion devenant un sujet dans certaines capitales européennes. Alors permettez-moi de rappeler à nouveau que partager la dissuasion, c'est l'abolir. Le feu nucléaire, degré suprême de la souveraineté, est un absolu. Un absolu ne se relativise pas sauf à ne plus exister.
Déclencher le feu nucléaire est indissociable d'une légitimité nationale et populaire et on ne dissuade un agresseur potentiel qu'en le laissant dans l'incertitude. Incertitude du point de non-retour justifiant une première salve du moment choisi pour la déclencher et des cibles choisies, mais surtout incertitude du contenu symbolique assigné aux intérêts vitaux. Si nous refusons toute défense européenne, cela n'empêche nullement de lancer des coopérations industrielles avec nos partenaires européens.
Surtout, cela n'empêche nullement nos voisins de choisir de s'équiper auprès de la base industrielle de défense française ou européenne plutôt que de choisir quasiment systématiquement des équipements extra-européens, en particulier américains. Un seul exemple ! Ils sont équipés de rafs et je ne parle pas du symbole que représente le saut périlleux arrière de la Grande-Bretagne quelques heures après les décisions communes avec Emmanuel Macron. Je ne peux que me réjouir que le concept de priorité européenne soit désormais normalisé, mais je ne vois pas en quoi nous avons besoin de passer par le filtre souvent détériorant de l'Union européenne pour le rendre opérationnel.
Je rappelle ici à Mme von der Leyen que la politique de sécurité et de défense n'est pas une compétence de la Commission, mais celle des États. Et que nous ne sommes pas dupes du modus en paradis constant suivi par la Commission de s'arroger à chaque crise et contre les traités de nouvelles compétences. La sécurité de l'Europe ne passera pas par une défense européenne, mais par le renforcement concerté des défenses de chacune des nations européennes. L'effort de défense doit également passer par un renforcement de notre base industrielle qui a besoin d'une énergie abondante et bon marché, de simplification réglementaire et d'accès solide au financement.
La réalité économique nous compterait à souligner que malgré les discours vaniteux, Emmanuel Macron et l'Union Européenne portent une lourde responsabilité dans la crise profonde que vit notre industrie. L'épisode de l'usine d'Auby-Erinco dont l'agrandissement a été bloqué à cause d'un batracien comme les ventes massives et irresponsables de nombreuses entreprises stratégiques au cours des dix dernières années illustre tristement que l'économie de guerre du président Macron était bien un slogan et non une réalité de terrain. Grâce à nos savoir-faire, à nos industries, nous pouvons et même nous devons jouer un rôle important pour garantir la sécurité de l'Europe et de main de l'Ukraine.
L'idée présentée il y a quelques jours par M. le ministre des Armées de constituer des stocks d'armes dissuasifs pour l'Ukraine me paraît aller dans le bon sens. Cela ne doit bien entendu pas se faire au détriment des armées françaises. De même, un accord sur les matières premières m'apparaît également gagnant-gagnant. En revanche, je considère que l'envoi de troupes françaises combattantes sur le sol ukrainien est une folie. Seule une éventuelle participation à une opération sous mandat casque bleu pourrait être envisageable. Enfin, ni de sécurité.
Et pour le sujet qui nous occupe aujourd'hui, pas de retour de la France dans le tour de table du dossier ukrainien sans une diplomatie forte, cohérente et guidée par la défense de l'intérêt national. Je ne suis pas convaincu que le retour de la France à sa juste place dans le concert des nations passe par des vidéos de divertissement par celui qui occupe le fauteuil qui fut celui de Talleyrand. En outre, l'actualité récente, discret, voire secret de la diplomatie est manifestement une voie privilégiée, même si cette discrétion semble répugnée à Emmanuel Macron. L'arrivée des Etats-Unis fait aujourd'hui couler beaucoup d'encre. Les Etats-Unis, nos intérêts ne coïncident pas forcément.
Pour éviter tout risque de vassalisation, il faut sans cesse garder comme ligne de conduite la défense de l'intérêt de la France et des Français. Notre diplomatie, et je conclue, doit ainsi renouer avec ce qui fut sa force, le triptyque indépendance, équidistance, constance, qui donna pendant longtemps à la France cette voie singulière dans le monde. africain aimerait entendre à nouveau voie dont l'objectif doit être encore et toujours la paix. Je vous remercie.
Et après la charge anti-Trump de François Bayrou, c'était la charge anti- presque Emmanuel Macron, au moins anti-Union européenne de Marine Le Pen, qui a qualifié de folie l'idée d'envoyer des troupes fustelles de maintien de l'ordre ou maintien de la paix en Ukraine, qui a également défendu l'idée de défense des nations et d'un rassemblement de plusieurs défenses, mais absolument pas à travers des organisations supranationales telles que l'Union européenne. Au moins, ça le mérite de la clarté. Et évidemment, c'est ce que vous voulez quelque part, Gabriel Attal, qu'on va entendre.
Oui, tout à fait. C'était une charge très violente de Marine Le Pen. On écoute Gabriel Attal.
Il y a des scènes qui marquent à jamais. Des scènes qui restent dans votre esprit, vous travaillent, parce qu'elles vous inspirent à la fois une profonde tristesse et un immense espoir. J'ai assisté à l'une de ces scènes il y a quelques jours en Ukraine. Avec nos collègues Natalia Pouziref et Delphine Langeman, nous étions à Zaporizhia, ville martyr sous le feu des bombes depuis trois ans maintenant. Là-bas, les autorités ukrainiennes m'avaient invité à l'inauguration d'une école. Une école souterraine. Une école souterraine, la cinquième de la ville, car il n'y a désormais que sous terre que l'on peut apprendre au calme.
Rarement, je n'ai éprouvé autant de peine qu'en observant ces enfants qui sont l'avenir de l'Ukraine, descendre des escaliers pour aller se terrer 15 mètres en dessous du sol pour étudier. Mais rarement, rarement, je n'ai ressenti tant d'espoir en observant le sourire de ces jeunes, heureux de retrouver l'école pour la première fois depuis trois ans. L'espoir de cette jeunesse ukrainienne qui refuse de céder face à la fureur des bondes et continue à aller à l'école, à étudier, à vivre. L'espoir d'une nation toute entière qui vit comme un acte de résistance le fait de former de nouvelles générations de citoyens, de leur transmettre l'esprit critique qui est au fondement de nos démocraties.
Cet espoir, c'est celui d'une Ukraine qui reste debout. Cet espoir, c'est celui d'incarner l'avenir d'une Ukraine souveraine. Cet espoir, il est le reflet de celui de tout le peuple ukrainien qui refuse de plier et se bat héroïquement depuis maintenant des années. Ne cessons jamais de rappeler une chose claire, une chose simple. Si la Russie arrête de se battre, il n'y a plus de guerre. Si l'Ukraine arrête de se battre, il n'y a plus d'Ukraine. Alors je veux le dire très clairement. Je veux le dire plus encore après les échanges entre les présidents Trump et Zelensky. L'Ukraine n'a d'excuses à présenter à personne. Le peuple ukrainien ne mérite qu'une chose, le respect.
Je veux lui rendre hommage avec vous, rendre hommage à ces femmes et ces hommes qui refusent la fatalité, qui refusent la défaite, qui refusent tout simplement de disparaître. Mes chers collègues, plus encore en revenant d'Ukraine, plus encore après les événements de ces derniers jours, je crois qu'il n'y a pas de question plus forte, plus existentielle, plus révélatrice aussi que la position de chacun de nous sur le conflit en Ukraine. Plus forte parce qu'il est clair que nous sommes à un point de bascule. Car ce qui se joue en Ukraine, ce n'est pas seulement l'avenir d'un pays souverain. Ce sont les intérêts de la France et des Français qui sont en danger.
Qu'on le veuille ou non, cette guerre nous concerne aussi. Et de son issue dépendra une part de notre avenir. Et si pour certains, le simple fait de défendre une démocratie agressée ne suffit pas à vaincre les réticences alors qu'il pense aux conséquences matérielles et sociales pour la France et les Français. Car oui, une victoire de la Russie aurait des conséquences dévastatrices, y compris pour nous. Des conséquences sur notre approvisionnement en énergie, sur notre accès aux céréales, sur le pouvoir d'achat des Français avec une inflation puissance 10. Des conséquences avec à la clé des mouvements de population sans précédent. Des conséquences pour la sécurité de l'Europe.
Le coup d'une victoire de la Russie serait donc infiniment plus fort que l'est celui d'un soutien à l'Ukraine. Ce n'est pas une guerre lointaine qui se joue. C'est la vie quotidienne des Français qui est en première ligne. Je crois ensuite qu'il n'y a pas de question plus existentielle que l'avenir de ce conflit. La diplomatie est en danger de mort et elle pourrait être supplantée par un ordre mondial brutal fondé sur la loi du plus fort et les instincts de prédation. Un ordre mondial vidé de son sens et de ses valeurs où les démocraties libérales seraient incapables de se défendre.
Un ordre mondial où les intérêts purement transactionnels auraient remplacé une communauté de valeurs et de destins. car derrière l'Ukraine c'est l'Europe qui est en danger. Que personne ne soit dupe. Vladimir Poutine ne cherche qu'à gagner du temps pour reprendre son souffle face à une résistance ukrainienne qu'il ne parvient pas à étouffer. Mais l'appétit du Kremlin est insatiable et personne ne doit douter que derrière l'Ukraine il y a la Moldavie, la Roumanie, les Etats baltes, il y a la Pologne, il y a la Finlande, il y a l'Union européenne et l'OTAN. Le régime russe ne tient désormais que par et pour la guerre. Et ce n'est pas seulement une affaire européenne.
Le monde entier regarde l'Ukraine. Et si la loi du plus fort l'emporte, si la brutalité l'emporte impunément, qui sait quelles conséquences d'autres puissances pourraient en tirer ? Avec les brutes et les prédateurs, la faiblesse n'a jamais eu d'autre effet que de leur désigner leurs prochaines victimes. Alors non, la France ne peut rester impassible. La France pays des lumières, terreau de la liberté, a une responsabilité. La France seule puissance nucléaire de l'Union européenne a une responsabilité. La France qui connaît trop bien le prix de la lâcheté et des paix de dupes a une responsabilité.
Et je suis fier, Monsieur le Premier ministre, que votre gouvernement après les précédents fasse bloc autour de l'Ukraine. Fier à cette même tribune il y a quelques mois, alors à la place qui est la vôtre, d'avoir défendu et fait adopter ici un accord de sécurité historique entre la France et l'Ukraine. Fier de voir le Président de la République s'imposer parmi les acteurs incontestables de la recherche d'une résolution du conflit et animer une réponse européenne forte. Car ce conflit est aussi un grand révélateur. Ces dernières années, la France n'a jamais failli dans son soutien à l'Ukraine.
avec le Président de la République, avec l'ensemble des gouvernements, avec les députés de mon groupe parlementaire, nous avons tenu le cap. Nous n'avons jamais hésité une seconde, jamais flanché face à la tentation de la rédition, la tentation d'une paix bâclée dont les Français seraient aussi victimes. Nous n'avons jamais failli et nous étions bien seuls. Bien seuls quand d'autres refusaient de voter le soutien à l'Ukraine ici comme au Parlement européen. Bien seuls quand d'autres revendiquaient leur loyauté pour la Russie ou relativisaient la portée du conflit.
Bien seuls face à la légèreté de ceux qui se moquent du destin de la France, se moquent du destin de l'Europe et ne voient pas de problème avoir un leader démocratiquement élu insulté en direct. Ne voient pas de problème à une victoire qui barrait la route lourdement à l'avenir des Français. Nous sommes dans un moment où le voile se déchire, où l'on s'aperçoit que l'instinct capitulaire est en fait bien souvent un esprit de complicité. Nous avons déjà vécu tout cela.
Alors je le dis, entendre Madame Le Pen ici nous donner des conseils de géostratégie alors même qu'elle proposait encore pendant la campagne présidentielle de 2022 une alliance en matière de défense avec la Russie alors même qu'elle disait encore quelques jours avant l'invasion russe que les Russes n'envahiraient jamais l'Ukraine alors même qu'elle estimait comme Jean-Luc Mélenchon d'ailleurs que les Ukrainiens ne tiendraient pas trois jours ou trois semaines et que ça fait trois ans qu'ils résistent héroïquement.
Madame Le Pen nous l'avons vu tout à l'heure quand l'ensemble de cet hémicycle s'est levé pour applaudir et saluer le courage du peuple ukrainien et que le seul groupe qui est resté assis et qui n'a pas applaudi est le vôtre. Nous l'avons entendu tout à l'heure dans votre intervention tout ça Madame Le Pen ne donne qu'une confirmation l'Ukraine brûle et encore vous regardez ailleurs. Mais je reste convaincu convaincu que face à la puissance des enjeux l'esprit de responsabilité peut l'emporter. Le moment appelle l'unité il n'est pas trop tard pour se rallier à la seule ligne juste à la seule ligne qui assure la protection de la France et la sécurité des Français.
Et avec le groupe Ensemble pour la République nous savons où sont nos valeurs et nous les défendrons jusqu'au bout. Madame la Présidente mes chers collègues nous vivons une période d'accélération extraordinaire où les vérités et les certitudes de la veille ne sont pas celles du lendemain. Où le président des Etats-Unis peut être prêt à signer un traité avec l'Ukraine un matin et malmener le président ukrainien l'après-midi. Où le vice-président d'un pays allié peut venir insulter les Européens sur leur propre sol. Où chaque jour apporte son lot d'incertitudes et de contradictions. Et dans cette période je m'exprime devant vous avec trois convictions.
La première c'est que le monde libre a besoin d'un nouveau leader. Les déclarations du président Trump sont claires plutôt que les valeurs de démocratie et de liberté seules compteront toujours désormais les intérêts économiques et tous ceux qui tenteront d'émettre des réserves seront marginalisés. Alors c'est à nous la France et les nations européennes de prendre enfin la relève. C'est à nous de montrer au monde que tout n'est pas permis que tout ne se vaut pas que tout n'est pas que transactions et deals à conclure qu'on ne monnaye pas la défense de la liberté qu'on ne monnaye pas la défense du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qu'on ne monnaye pas le soutien à la démocratie.
L'Europe doit devenir la nouvelle place forte de la liberté et de la démocratie. Cela ne signifie pas tourner le dos aux Etats-Unis et malgré l'indignation et les outrances je reste convaincu qu'il existe un chemin mais il nécessite de prendre notre avenir en main. Ne plus avoir peur de notre propre puissance penser, peser, exister par nous-mêmes avec l'Europe et au-delà d'un nouveau leader le monde libre a besoin d'une nouvelle grammaire d'une nouvelle manière de fonctionner d'une nouvelle organisation. Ces dernières décennies ont été marquées par la lente agonie de certaines de nos organisations multilatérales.
le concept de communauté internationale n'existe plus car être une communauté c'est partager des principes des lois et des valeurs. Alors nous devons en prendre acte et construire avec tous ceux qui partagent notre vision et nos valeurs quelque chose de nouveau. Une alliance qui ne se limiterait pas aux frontières de l'Europe et qui rallierait tous ceux qui refusent l'avènement de la loi du plus fort et l'effacement de nos valeurs. Et c'est ma deuxième conviction puisque certaines grandes puissances ne comprennent plus que le rapport de force assumons-le. Si la défense ukrainienne est dépendante de l'aide américaine alors l'Ukraine est dépendante des conditions de paix imposées par d'autres.
La place de l'Ukraine et de l'Europe à la table des négociations elle ne se quémande pas elle s'impose. Pour cela il y a urgence à ce que l'Europe augmente son soutien militaire à l'Ukraine. C'est de cette manière que nous pourrons pallier un éventuel désengagement américain. C'est ainsi que l'Ukraine pourra continuer la résistance si on veut lui imposer une paix factice. Et pour financer ce soutien supplémentaire je crois que nous devons reconsidérer notre position la position de la France sur les avoirs russes gelés. Je comprends bien les préventions de certains et je les ai moi-même partagées. Mais la situation a changé.
La menace a franchi un nouveau palier avant d'envisager de faire payer les Français et les Européens utilisons ces près de 300 milliards d'euros d'avoirs russes pour aider l'Ukraine. Et dans le même temps accélérons le processus d'adhésion de l'Ukraine à l'Union Européenne. L'Ukraine mène depuis des mois des réformes fortes et courageuses pour pouvoir intégrer l'Union. L'heure est maintenant venue d'accélérer et de permettre l'adhésion rapide de l'Ukraine. C'est la solution pour pouvoir faire front lors des échanges à venir. C'est aussi le moyen d'offrir à l'Ukraine des garanties de sécurité pour la suite.
Et cela peut se faire de façon adaptée avec des clauses de sauvegarde spécifiques par exemple pour notre agriculture. Et cela me conduit à mon troisième point. La période actuelle ne doit pas être une période de tétanie mais bien de sursaut. Les nouveaux empires nous mettent au défi mais dans leur aveuglement ils commettent une erreur d'appréciation à notre égard. Ils ne nous voient toujours que comme un vieux continent fatigué de sa propre histoire. Nous sommes un vieux continent c'est un fait. Mais ce qu'ils ne voient pas c'est que ce vieux continent couvre une toute jeune communauté.
Si jeune que par naïveté elle finit elle-même par croire au discours sur sa propre faiblesse qui lui ont été servis à l'envie et à dessein. Mais hier cette jeune communauté vient peut-être de s'éveiller à elle-même de réaliser sa propre puissance d'assumer son aspiration à la souveraineté et à l'indépendance. Ces dernières semaines le temps des illusions a enfin cessé. Et lors des rencontres à l'Elysée il y a deux semaines comme hier dans un format plus large à Londres je veux croire que les nations européennes ont ouvert les yeux. L'Europe n'est la vassale de personne alors elle ne doit être dépendante de personne. Notre objectif doit tenir en deux mots zéro dépendance point.
Et je sais que c'est possible car les élections en Allemagne il y a dix jours nous donnent une opportunité historique d'avancer. Alors accélérons ce qui a été accompli depuis 2017 notamment à l'initiative de la France. Construisons vraiment notre autonomie stratégique. Créons une garantie de sécurité collective pour l'Union sans dépendance de qui que ce soit. Augmentons nos dépenses militaires comme notre pays le fait depuis huit ans et sortons les dépenses de défense du calcul des 3% de déficit c'est la condition d'un réarmement européen.
Créons une base d'industrie et de défense européenne bien plus ambitieuse en travaillant à des programmes industriels communs et en imposant la préférence européenne. N'ayons pas peur d'émettre de la dette en commun pour financer nos programmes de défense. Nous avons su le faire face au Covid. Faisons-le pour préparer l'avenir. Et si je parle de défense appliquons cette logique à tous les domaines. Cessons de craindre l'indépendance et construisons-la. Une indépendance industrielle en simplifiant nos règles et en assumant la préférence européenne. Une indépendance technologique en investissant massivement et en commun notamment dans l'intelligence artificielle.
Une indépendance financière en procédant enfin à l'union des marchés de capitaux pour nous donner la force et les capacités d'investissement nécessaires pour l'avenir. N'ayons pas peur. L'Europe doit cesser de s'excuser d'exister. Elle a toutes les cartes en main pour réussir. Toutes les cartes en main pour s'imposer. L'Europe a d'abord été une culture puis une raison. Elle doit maintenant devenir une force. Une force de paix. Une force de prospérité. Une force tranquille. Et monsieur le premier ministre, vous pourrez compter sur mon groupe pour défendre toujours et encore une Union européenne plus forte, plus puissante, plus indépendante. C'est notre ADN.
C'est ce que nous faisons depuis 2017 avec le président de la République et l'heure d'une grande accélération a sonné. Madame la Présidente, mes chers collègues, rien n'est écrit. Il y a trois ans, beaucoup ne donnaient pas deux semaines avant la reddition et l'effondrement de l'Ukraine. Et pourtant, depuis trois ans, l'Ukraine est debout. Depuis trois ans, le peuple ukrainien montre l'exemple. Un peuple qui résiste héroïquement, malgré les horreurs des bombardements, le viol comme arme de guerre, les déportations d'enfants ukrainiens vers la Russie. Un peuple qui connaît la souffrance du deuil, le drame de la destruction et la brutalité de l'invasion.
Mais un peuple dont le courage impressionne. Un peuple qui se bat pour son pays, bien sûr, mais aussi pour la démocratie, mais aussi pour la liberté qu'il guide, mais aussi pour l'Europe qui l'inspire. Oui, nous, Européens, puissions-nous puiser dans le courage du peuple ukrainien les forces pour réagir, pour nous affirmer, ne plus fuir le rapport de force, pour sortir de nos dépendances et assumer enfin notre propre puissance. L'histoire jugera très durement ceux qui ont tourné le dos à l'Ukraine. Elle sera intraitable avec ceux qui ont cru pouvoir pactiser avec la Russie. Mais il ne suffit pas d'être du bon côté de l'histoire, encore faut-il l'écrire.
Nos valeurs ne sont rien si on n'est pas prêt à tout pour les défendre. Alors nous ferons bloc, car c'est l'avenir de la France, car c'est l'avenir de l'Europe qui en dépend. L'Ukraine vaincra, l'Europe sera. Je vous remercie.
Merci beaucoup, Monsieur le Président.
Depuis plus de trois ans, désormais, la résistance ukrainienne s'oppose avec un courage inouï et une détermination inébranlable à l'agression russe. Elle pleure ses disparus, elle enterre ses morts, elle observe le désastre immense de ses villes et de ses villages détruits, elle ravale ses larmes et elle reprend inlâchablement les armes parce qu'elle sait sa cause juste et qu'elle n'a d'autre choix pour vivre libre que la victoire. C'est au peuple ukrainien que je voudrais dire ici notre reconnaissance et adresser nos premiers mots. Frères ukrainiens, sœurs ukrainiennes, vous n'êtes pas seuls et la France se tiendra toujours aux côtés des peuples libres.
Depuis le premier jour de l'invasion de l'Ukraine, nous savons que cette guerre est aussi la nôtre, qu'elle est une guerre en Europe et contre l'Europe. Une guerre contre la liberté, contre la démocratie, contre le droit, contre l'ordre international, contre l'Union européenne vers laquelle les révolutionnaires de Maïdène tournaient déjà leurs espoirs. C'est une guerre militaire par nature mais idéologique par destination.
Bien sûr, il y a, il y aura probablement encore jusque dans cet hémicycle des voix pour me contredire, des faux pacifistes prêts à une fausse paix et cherchant à l'agresseur russe des fausses excuses, ils étaient les vrais complices de Poutine hier, ils sont aujourd'hui ceux de Trump. Les socialistes pour leur part ne seront jamais de ceux-là. Les vrais pacifistes savent que la guerre est toujours détestable et parfois inévitable lorsque la démocratie et la liberté cèdent à l'ivresse nationaliste et aux dictatures. Le pacifisme le plus exigeant, celui de Jaurès, ne tolère ni la servitude ni la soumission.
Depuis 2022, pas une voie socialiste n'a manqué au soutien de la résistance ukrainienne, au rétablissement de la souveraineté de l'Ukraine dans les frontières de 1991, aux sanctions les plus fortes contre la Russie, à la demande d'adhésion à l'Union européenne, à l'effort de guerre et à l'envoi des armes nécessaires à sa victoire. Et c'est avec la même force et la même exigence que nous disons aujourd'hui au gouvernement qu'il ne trouvera dans nos rangs que des soutiens déterminés aux initiatives qu'il voudra bien prendre pour défendre l'Ukraine et avec elle l'avenir de la paix en Europe.
Mes chers collègues, chacun le sait, chacun le sent, la rencontre du président Zelensky dans le bureau Oval était une embuscade et nous sommes tombés avec lui dans l'embuscade de cette imprévisible qu'est l'histoire. Nous la redoutions, la voici qui vient. Un mois aura suffi pour précipiter le monde tel que nous l'avons connu depuis la Seconde Guerre mondiale hors de son orbite. Nous pensions la démocratie libérale menacée à ses marges, la voici qui s'effondre en son centre.
Tout dans les mots, dans les actes du président Trump dites aujourd'hui la trahison, la trahison des valeurs, la trahison de la justice, la trahison du droit, la trahison des engagements et de la parole donnée, la trahison des alliances. Jamais, depuis la création des Nations Unies, nous n'avons vu les États-Unis prendre parti contre ses alliés européens en s'alliant avec les Russes et les Nord-Coréens. L'Amérique du président Trump n'est plus notre allié. Sous nos yeux se réveillent les démons du passé. Sous nos yeux, Yalta et Munich se donnent la main. Les trahis sont ukrainiens, les trahis sont européens, mais les trahis sont aussi américains.
La grande et belle Amérique, c'est celle qui se choisit aux heures sombres, Franklin Roosevelt plutôt que Charles Lindbergh. En quelques jours, tout a changé et l'heure des décisions brutales et lourdes est là. Le monde tel que nous l'avons connu a brutalement changé sous nos yeux. Tout ce que nous tenions pour acquis est susceptible d'être remis en cause. Tous les cadres connus remis en question, nos alliés d'hier sont nos adversaires d'aujourd'hui. En 1962, cela a été dit, le général Decau le déclarait, on ne sait jamais d'où peut provenir la menace. Un jour ou l'autre, il peut se produire des bouleversements fabuleux des retournements incroyables.
L'Amérique elle-même peut exploser du fait du terrorisme, du racisme et devenir une menace pour la paix. Nous y sommes. Le vent mauvais du fascisme et du populisme souffle depuis l'Amérique tandis que les nuées mêlées de l'impérialisme tsariste et du totalitarisme soviétique soufflent depuis la Russie. Tout est bouleversé. L'autorité du droit, l'ordre international, le multilatéralisme wilsonien, les équilibres géostratégiques jusqu'à la sécurité euro-atlantique. Car qui peut croire aujourd'hui que le président Trump déclencherait l'article 5 de l'OTAN pour venir au secours de la Lettonie ou de l'Estonie.
La Pax Americana n'est plus garantie et jamais sur le continent européen la possibilité de la guerre n'aura été plus grande. La Finlande, la Pologne, les Pays baltes qui ont considérablement augmenté leurs dépenses s'y préparent et le reste du continent européen la redoute et désormais l'envisage. L'Europe, notre vieille Europe avec sa part d'universel est face à l'histoire et à l'heure des choix. Elle doit regarder au-delà du jour et interroger son destin. L'Europe n'a qu'un impératif mettre en commun contre le monstrueux péril de la guerre toutes nos forces de volonté et de raison. Nous devons agir maintenant pour renforcer notre sécurité commune et notre autonomie stratégique.
Mais ayons l'honnêteté de dire que nous avons trop attendu, que nous savions depuis longtemps inscrit le désengagement progressif des États-Unis en Europe enjointe régulièrement d'assurer sa propre défense mais paresseusement installée dans la promesse de sécurité faite en échange de commandes d'armes américaines. Si nous ne pouvons plus compter sur l'Amérique, alors nous en aurons d'autre choix que de compter sur nous-mêmes. Si l'Ukraine ne peut plus compter sur l'aide américaine, alors nous n'aurons pas d'autre choix que de nous substituer à elle.
Nous sommes au pied du mur de notre sécurité collective et nous n'avons pas d'autre choix que d'investir plus encore l'OTAN dont les Européens financent l'essentiel du fonctionnement auquel nos partenaires restent attachés. Nous devons nous y imposer et avant éventuellement de s'émanciper et en faire l'un des piliers de la sécurité commune européenne. Aux Américains, nous devons aux Américains de nous dire ce qu'ils entendent faire de l'Alliance et s'il faut effectivement envisager faire sans eux ce qui serait une décision grave et risquée.
Mes chers collègues, nous devons aller plus loin et les socialistes appellent de leur vœu un grand plan de redressement stratégique de l'Europe qui sera militaire autant qu'industriel et qui redonnera à l'Europe déclassée, distancée, concurrencée la maîtrise de son destin et la pleine souveraineté sur les choix qui engagent son avenir. Nous souhaitons sans délai que soit actualisée la LPM et revue les règles budgétaires pour financer nos armées et investir massivement dans les technologies pour garantir notre indépendance. Investir, fabriquer, acheter européen.
Nous souhaitons qu'un grand emprunt commun d'au moins 500 milliards vienne concrétiser cette ambition qui seule permettra de sauver la paix et la sécurité en Europe. Si nous ne sommes pas capables sans esquive et sans délai de ce sursaut, alors nous serons emportés, alors l'Union européenne sera menacée de ne plus être et le retour de la guerre sera inévitable. Le temps de la laisse et du bâton est terminé. Celui de l'apexe européen doit advenir. L'Europe doit croire en sa force. Nous sommes ceux qui restent du monde libre.
La France doit être l'un des fers de lance avec la Grande-Bretagne, avec l'Allemagne, aussi qui par la voix de Friedrich Merz, futur chancelier, évoque la possibilité d'une indépendance stratégique et militaire nouvelle et inédite vis-à-vis des États-Unis. Nous autres socialistes n'ignorons pas la responsabilité éminente de la France dans l'entreprise que s'engage. Et je ne voudrais pas esquiver ici la question de la dissuasion nucléaire qui est posée par nos amis ukrainiens autant que parmi nos amis allemands.
Je crois que nous devons d'abord les assurer sur le fait que les intérêts vitaux de la France se portent depuis longtemps déjà au-delà de la ligne bleue des Vosges et comportent nécessairement une dimension européenne. Nous devons leur dire ensuite que la dissuasion nucléaire sera d'évidence l'une des questions majeures de la construction d'une sécurité commune européenne. Mais l'urgence c'est de venir au soutien de l'Ukraine, de l'armée encore, de rester à ses côtés aussi longtemps que nécessaire.
Et pour nous socialistes il faut aller plus vite, plus loin, livrer des armes, encore des armes, sauver les infrastructures, des avions, de la défense aérienne, renforçons aussi la police aérienne, la sentinelle balte et les frontières de l'Union européenne. c'est une façon de dire aux autocrates qui ne connaissent que la force notre détermination. Saisissons enfin les 200 milliards d'avoirs russes gelés dans nos banques et ne laissons plus la Russie autoriser à faire transiter par nos ports le gaz liquéfié qui finance aujourd'hui son armée.
Mes chers collègues, Monsieur le Premier ministre, nous devons dire dans un même mouvement au président américain et au président russe que nous n'accepterons pas pour l'Ukraine une paix rapide qui ne soit une paix durable et juste avec des garanties de sécurité sérieuses notamment américaines. Les socialistes sont prêts en cas d'accord de paix à ce que la France participe aux bataillons qui devront se porter sur le terrain. Monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, l'heure est grave et nous sommes appelés au même courage et à la même détermination que nos amis ukrainiens.
Une nouvelle ère s'ouvre et je veux dire aux Françaises et aux Français légitimement inquiets de cette situation que les députés socialistes et apparentés s'inquiètent également et mesurent pleinement les périls. Et que c'est en patriotes ardents que nous voulons que tout soit entrepris pour que la paix ait le dernier mot. Cette paix héritée de nos parents, cette paix que nous devons à nos enfants et dans laquelle s'accomplit toujours le meilleur de l'humanité. Et pour conclure, Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, Françaises et Français, je dirais que l'enjeu, l'enjeu existentiel de cette guerre est simple, c'est la condition de l'homme.
Merci beaucoup, Monsieur le Président. Merci.
Merci. Merci.
Boris Vallaud