COP26 de Glasgow sur le changement climatique | Discours du Président Emmanuel Macron
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- 1:35Emmanuel MacronFait
« Notre objectif, c'est le 1,5 degré pour la fin du siècle. »
- 1:47Emmanuel MacronChiffre
« le rapport de septembre des Nations unies nous dit que nos trajectoires actuelles nous amènent à 2,7 degrés. »
- 1:59Emmanuel MacronFait
« Les efforts qui ont été annoncés en prévision de la COP ces dernières semaines commencent à réduire cet écart. »
- 5:10Emmanuel MacronChiffre
« les 100 milliards de dollars par an de 2020 à 2025. »
- 5:21Emmanuel MacronChiffre
« L'Europe s'est engagée à 25 milliards de dollars par an. »
- 5:27Emmanuel MacronChiffre
« La France mobilise désormais plus de 7 milliards de dollars par an, dont plus du tiers est consacré à l'adaptation. »
- 7:27Emmanuel MacronFait
« l'OCDE lance à cette COP26 le programme international pour l'action sur le climat, AIPAC »
Temps de parole
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Monsieur Emmanuel Macron, Président de la France. Your Excellency, you have the floor. Monsieur le Président, merci beaucoup. Mesdames et messieurs les chefs d'État de gouvernement, mesdames et messieurs, chers amis, beaucoup de choses ont été dites et nous avons eu, en ouverture de session, des mots extrêmement forts et, je crois, beaucoup d'émotions pour dire l'urgence et nous sommes tous conscients de ce que nous sommes en train de vivre. Et donc, si nous sommes attendus collectivement aujourd'hui, c'est pour retrouver, je crois, ce qui a permis, il y a six ans, à tous d'avancer et de bâtir un accord qui n'était pas construit au début de la COP, permettant les accords de Paris.
Trois valeurs essentielles, l'ambition, la solidarité et la confiance. Au cours de ces six années, certains ont parfois oublié ces valeurs, certains ont voulu quitter ou douter, mais nous avons tenu bon. Et quand je regarde les années qui viennent de s'écouler, nous avons réussi à garder l'ensemble de la communauté internationale unie pour continuer à nous battre et à faire face. Maintenant, le défi qui est le nôtre pour savoir si cette COP est une réussite ou pas, c'est le rendez-vous des résultats intermédiaires. Nous savons que notre objectif, c'est le 1,5 degré pour la fin du siècle. Cela a été réaffirmé encore en G20 à Rome hier.
Nous savons qu'aujourd'hui, nous ne nous sommes pas, puisque le rapport de septembre des Nations unies nous dit que nos trajectoires actuelles nous amènent à 2,7 degrés. Les efforts qui ont été annoncés en prévision de la COP ces dernières semaines commencent à réduire cet écart. la clé de notre action collective est que, dans les jours qui viennent, avant la clôture de cette COP, il puisse y avoir suffisamment d'engagement pour revenir au 1,5 degré, ou plutôt à des stratégies nationales qui crédibilisent cet objectif, en particulier en accélérant nos stratégies d'ici 2030. Premier objectif et première valeur qu'il nous faut retrouver, et donc, c'est l'ambition.
L'ambition, c'est ce que portent nos stratégies nationales, et les chiffres sont là pour le dire. Il faut tous et toutes pouvoir avoir des stratégies qui correspondent à la déclinaison du 1,5 degré maximum dans nos stratégies nationales. A ce titre, la France, mais plus largement l'Union européenne, le Royaume-Uni, sont aujourd'hui au rendez-vous de ces engagements. Notre défi est maintenant de les mettre en oeuvre, et je n'en sous-estime ni l'importance ni la difficulté.
Nous avons donc aujourd'hui, nous, un défi, qui est la mise en oeuvre du Green Deal au niveau européen, de nos stratégies nationales, mais les chiffres annoncés sur lesquels nous nous sommes engagés sont ceux qui permettent de crédibiliser ces 1,5 degré. C'est une transition énergétique, c'est une transition du modèle économique, cette transition doit être juste et accompagnée socialement, et cette transition est celle qui permettra aussi de créer de nouvelles opportunités, de nouvelles créations d'emplois, à travers, justement, des innovations profondes, la construction de nouveaux secteurs et de nouvelles opportunités.
C'est ce que nous sommes en train de faire et ce sur quoi nous concentrons nos efforts et nos mises en oeuvre au niveau national et européen. Mais à côté de cela, la clé pour les 15 prochains jours, ici, dans notre COP, est que les plus gros émetteurs dont les stratégies nationales ne sont pas conformes à notre objectif des 1,5 degrés, c'est que ces plus gros émetteurs rehaussent leur ambition dans les 15 jours qui viennent. C'est le seul moyen de recrédibiliser notre stratégie et d'avoir des stratégies d'ici à 2030 qui permettent de rendre crédibles les 1,5 degrés Celsius. Deuxième valeur, c'est la solidarité. Nous l'avons tous vécu pendant la pandémie. Cela a été rappelé à l'instant.
Nous ne pouvons vaincre ces défis internationaux que si nous sommes coordonnés et si nous agissons ensemble. Dans un contexte où les dérèglements climatiques, en quelque sorte, sont l'injustice au carré, ce sont les pays les plus pauvres, en Afrique, au Pacifique, dans les Caraïbes, qui, aujourd'hui, vivent les 1ères conséquences de la crise climatique. Ce sont ceux qui, bien souvent, n'ont pas porté les modèles de développement qui ont causé cette crise et ces dérèglements, qui en vivent les 1ers les conséquences. Petites îles, territoires vulnérables, peuples autochtones sont les 1ères victimes des conséquences du dérèglement. La clé pour y arriver, c'est le 2e grand objectif de cette COP.
Ce sont les 100 milliards de dollars par an de 2020 à 2025. Aujourd'hui, là aussi, la France et l'Union européenne sont en rendez-vous de leur juste part, et même un peu au-dessus. L'Europe s'est engagée à 25 milliards de dollars par an. Nous avons relevé notre propre contribution. La France mobilise désormais plus de 7 milliards de dollars par an, dont plus du tiers est consacré à l'adaptation. Mais toutes les économies développées doivent désormais contribuer à leur juste part, car le leadership exige l'exemplarité.
Nous devons donc trouver tous les moyens pour que les pays les plus riches accélèrent ce financement, car nous nous sommes engagés à mettre sur la table ces 100 milliards de dollars par an, de 2020 à 2025, avant que nous ne mettions encore davantage. Après, je veux ici appeler tous les pays qui ne sont pas au rendez-vous de leur juste part à prendre leurs responsabilités d'ici la fin de cette COP pour pouvoir tenir cet engagement pris à Paris.
Et que, s'il nous fallait trouver des mesures ajustant là aussi la trajectoire, nous puissions, avec le Fonds monétaire international, mobiliser en plus de l'accord du G20, en plus des droits de tirage spéciaux qui pourront être ainsi utilisés par les pays les plus pauvres ou à revenus intermédiaires. C'est une question essentielle. Cette solidarité est nécessaire, car elle rend l'action possible partout où les solutions pour réduire les émissions existent. Un merveilleux exemple a été donné ces dernières semaines avec l'accompagnement que nous avons collectivement trouvé pour aider l'Afrique du Sud à réduire sa dépendance au charbon.
C'est ce modèle d'accord qu'il nous faut ensuite bâtir sur la base de notre stratégie. Cet accord témoigne qu'on peut répondre aux défis d'une transition juste, équitable et ambitieuse. La 3e valeur que j'évoquais, c'est la confiance et la transparence. Nos jeunesses qui ont été convoquées dans beaucoup de nos débats veulent nous voir prendre les engagements. Plusieurs sont à prendre, je viens d'en rappeler deux d'ici la fin de cette COP. Ils veulent voir nos actions suivre et ils veulent que ça soit mesurable. C'est pourquoi, au-delà de ces engagements, nous devons suivre avec rigueur et transparence, dans un cadre commun, le bon suivi de nos actions.
Je me réjouis à cet égard que l'OCDE lance à cette COP26 le programme international pour l'action sur le climat, AIPAC, dans la dynamique que nous avions initiée en décembre dernier. Ça nous permettra de suivre, pays par pays, les résultats accomplis et le chemin restant à parcourir. Je souhaite qu'ensemble, nous puissions aller plus loin. L'OCDE doit suivre et faire chaque année un rapport sur la pleine transparence de l'utilisation des 100 milliards de dollars et leurs allocations.
Aujourd'hui, il est à peu près certain que les pays d'Afrique, du Pacifique, de l'Amérique latine, Amérique du Sud et des Caraïbes, qui en ont le plus besoin, ne sont pas ceux qui touchent le plus, nous le savons, ces financements. Et donc, au-delà de nos annonces, nous devons aussi avoir une transparence sur le suivi de l'utilisation de ces 100 milliards de dollars par an. Voilà, mesdames et messieurs, sur ces trois valeurs, ce que je voulais dire ici pour que cette COP puisse être un succès. C'est à portée de main si nous nous mobilisons, décidons et agissons.
Un mot pour conclure et dire qu'au-delà de toutes ces annonces, tout cela n'avancera que si nous sommes cohérents et que si nous arrivons à lier cet agenda contre le dérèglement climatique avec deux autres agendas, celui de la biodiversité et celui du commerce. La biodiversité d'abord, car nous savons maintenant que ces agendas sont liés. La biodiversité est notre meilleur allié pour lutter contre le réchauffement climatique. Elle est ce qui permet de trouver des puits de carbone naturels, des solutions. Elle est aussi ce qui permet de redonner, en particulier au continent africain, sa pleine part dans cette bataille. Les forêts tropicales doivent être protégées.
C'est cohérent et c'est un élément essentiel. Et plusieurs de mes collègues africains qui vont parler après moi en sont des promoteurs éminents. La grande muraille verte, défendue par le président mauritanien tout à l'heure, est une initiative essentielle qui doit nous permettre de lutter tout à la fois contre la désertification et proposer des solutions économiques. Et notre mobilisation pour les océans est indispensable. Cet agenda est complémentaire et indissociable de l'agenda de lutte contre les dérèglements climatiques. Enfin, nous devons mettre en cohérence notre cadre commercial et notre cadre environnemental et climatique.
Trop d'entre nous prennent ici des engagements et ensuite signent des accords commerciaux qui font exactement le contraire. Nous ne pouvons plus continuer à avoir une planète qu'on fait fonctionner selon une grammaire et des règles qui n'intègrent pas en son coeur, en son coeur, ces contraintes. Nos accords commerciaux doivent refléter nos engagements climatiques. L'organisation de nos chaînes de valeurs doit refléter nos exigences climatiques.
Et c'est pourquoi aussi je plaide à cet égard pour que nous développions en Afrique, dans les Caraïbes, en Amérique du Sud et dans toutes ces régions, des solutions et des filières industrielles permettant de répondre à nos défis plutôt que de continuer à importer des solutions qui viennent du bout du monde et qui sont construites sur la base de nos financements d'aujourd'hui. Notre solidarité à travers les 100 milliards de dollars par an doit permettre de développer ces filières qui sont aussi des opportunités économiques régionales. Voilà les quelques mots que je voulais échanger avec vous.
Ce sont nos actions, nos résultats, leurs suivis transparents qui redonneront une pleine confiance à notre jeunesse, mais surtout qui nous permettront d'agir utilement et d'obtenir les résultats indispensables pour nous-mêmes et les générations à venir. Voilà, chers collègues, les quelques convictions que je voulais partager aujourd'hui. Merci à vous. Merci, Votre Excellency.