Véronique de Bure : L'Heure des Livres (Émission du 17/09/2026)
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Alors vous avez déjà écrit plusieurs romans, certains ont été des grands succès, comme le clafoutis au tomate cerise, ou un amour retrouvé.
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Alors Sophie, c'est Sophie Rostopchin, et vous avez décidé de vous mettre dans sa peau et de parler à la première personne.
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bon, elle a dû adorer les malheurs de Sophie et tout ça, mais est-ce que c'est vraiment ça qui vous a fait...
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Alors, j'imagine que vous ne regrettez pas d'avoir fait des recherches et de vous être lancée dans l'écriture.
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Alors, on peut se demander comment ce personnage, avec ce pédigré, ses racines, en arrive à être devenu une sorte de référence de la littérature pour les petits-enfants, en France, en plus.
- 4:17OuverteRéponse directe
Mais, malgré tout, même si elle a souffert de ses invidélités, d'une certaine façon, elle a le courage de s'émanciper.
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Bienvenue à l
'heure
des livres, Véronique de Bure. Alors vous avez déjà écrit plusieurs romans, certains ont été des grands succès, comme le clafoutis au tomate cerise, ou un amour retrouvé. Et aujourd'hui, vous venez de publier le roman de Sophie, un livre qui est paru aux éditions Albin Michel. Alors Sophie, c'est Sophie Rostopchin, et vous avez décidé de vous mettre dans sa peau, alors pour ceux qui auraient oublié Sophie Rostopchin, c'est la comtesse de Ségur, la fameuse comtesse de Ségur, qui, sur tous ces livres, tenait à ce que soit écrit « Né
Rostopchin
».
Et
vous avez décidé, ce qui est un pari assez osé et réussi, de vous mettre dans sa peau et de parler à la première personne, donc j'ai en face de moi Sophie Rostopchin, et à la lecture de ce livre, qui commence alors qu'elle est à la fin de sa vie, dans un appartement parisien. Elle a quitté le château des Nouettes qu'elle aimait tant. On découvre un personnage bien différent de celui que l'on imaginait, bien différent, comme vous lui faites dire, d'une grand-mère un peu niaise qui écrit des nigauderies pour ses petits-enfants. Alors, avant tout, évidemment, on se dit, bon, elle a dû adorer les malheurs de Sophie et tout ça, mais est-ce que c'est vraiment ça qui vous a
fait... Certaines scènes, mais dès que j'ai su lire moi-même, j'ai un peu tourné le dos à la comtesse et je me suis mise à lire « Oui, oui », au grand désespoir de ma mère. Et après, je l'ai oublié, je ne
l
'ai jamais lu à mes enfants, parce que c'était des petits garçons et que ça ne me venait pas à l'idée, ce qui est idiot. Et ça faisait quelque temps que je cherchais quand même un personnage de femme sur lequel écrire, et qui ne soit pas moi, parce que j'ai beaucoup tourné autour de moi dans mes précédents livres, moi, ma mère, ma grand-mère. Et mon éditrice, Anna Pavlovitch, régulièrement m'associait, je ne
sais
pas pourquoi, à la comtesse de Ségur. On se connaît depuis dix ans, et ça fait dix ans qu'elle me parle de la comtesse de Ségur. Et donc, ça m'a interpellée. Et comme on dit, je me suis dit, mais quel lien j
'ai
avec la comtesse de Ségur ? Est-ce que j'ai l'air vieillotte, un peu ringarde, un peu dévote ? Je ne sais pas. Et j'ai décidé d'aller à la rencontre de cette femme que je ne connaissais pas. Parce que pour moi, la comtesse de Ségur, finalement, c'était une expression abstraite.
C
'était un rayon rose, rose rouge, dans la bibliothèque de ma grand-mère. Mais ce n'était pas une femme. Je n'avais pas conscience de l'existence d'une femme derrière
son œuvre.
Alors, j'imagine que vous ne regrettez pas d'avoir fait des recherches et de vous être lancée dans l'écriture, parce qu'on découvre un personnage assez romanesque.
Oui, j'ai été très surprise par
tout
ce que j'ai
découvert. Alors d'abord, elle est née en Rostopchine.
Oui,
alors je savais quand même
qu'elle était russe, mais je ne savais pas grand-chose
de plus. En 1799, à Saint-Pétersbourg, vous écrivez, elle dit donc, je suis la fille de Fyodor Vassilievitch Rostopchine, je suis une mongole, Gengis Khan est mon aïeul, je suis la filleule du tsar, les gens disent qu'il est fou, mais papa l'aime beaucoup. Alors, on peut se demander comment ce personnage, avec ce pédigré, ses racines, en arrive à être devenu une sorte de référence de la littérature pour les petits-enfants, en France, en plus.
Alors, quand elle est arrivée en France,
pour
des tas de raisons multiples, liées à l'exil de son père, quand elle est arrivée en France, très vite, on l'a mariée, c'était évidemment un mariage arrangé, même si elle ne s'en est pas vraiment doutée, elle était quand même assez innocente, naïve, elle avait 18 ans,
elle
était très jeune, et donc on l'a mariée au comte Eugène de Ségur, elle, elle en est tombée tout de suite amoureuse, il était très beau, selon les canons de l'époque, et lui est surtout tombé amoureux de sa dot, de l'immense richesse de la famille Rostopchine en Russie, sauf que la dot n'arrivera jamais, et son mari s'est assez rapidement détourné d'elle, et elle a beaucoup souffert, elle a été très malheureuse. Oui, parce
qu'elle
a été amoureuse, enfin, il s'est détourné d'elle, mais il lui a fait 8 enfants. Ah, il lui a fait 8 enfants, voilà, à chaque fois qu'il l'a retrouvée, quand même, il usait un enfant de
plus.
Mais, malgré tout, même si elle a souffert de ses invidélités, d'une certaine façon, elle a le courage de s'émanciper, de s'éloigner de lui, puisque, par exemple, à partir d'une cinquantaine, elle s'exile, enfin, elle s'exile, elle quitte Paris, elle prend son indépendance. Elle prend son indépendance.
Et elle va prendre son indépendance dans plusieurs
domaines, finalement. Elle n'a pas aimé Paris, elle l'a aimée au tout début, puis quand elle a compris qui était son mari, elle s'est très vite détournée de Paris,
de
tout le faubourg Saint-Germain, qui l'a méprisée, quand même, qui l'a considérée comme l'étrangère. Elle n
'a
jamais réussi à se débarrasser complètement de son accent russe, elle roulait les airs, et elle avait des manières, ce que son mari appelait vos manières de Cossacks, avec énormément de mépris. Elle était extrêmement excessive, très russe, très passionnée. Et donc, assez rapidement, elle a passé de plus en plus de temps au Nouette, cette fameuse propriété en Normandie, à laquelle elle a été profondément attachée parce que les boulots, les tilleuls, lui rappelaient toute proportion gardée, vos renouveaux, où elle avait beaucoup grandi en Russie, et qu'elle adorait.
Et donc, elle se réfugiait de plus en plus là-bas, avec ses enfants, puis ses petits-enfants, et je ne sais plus pourquoi vous me demandiez ça.
C'est pour dire qu'elle avait, certes,
elle
a été trompée, certes, elle pouvait sembler
dans un schéma traditionnel, mais elle a pris son indépendance vis-à-vis
de son mari en s'installant là
-bas, en
écrivant. En écrivant et en gagnant l'argent, le fruit de son travail, parce que, comme elle le dit, elle était toujours très bas de fond. Elle n'avait plus jamais d'argent. Son mari ne lui en donnait plus vraiment parce qu'il disait, puisque vous pouvez, avec vos petits livres, vos nigauderies, comme elle les appelait elle-même, « Vous gagnez votre argent ». Et donc, elle a réussi, à la faveur de la maladie de son mari, qui était un peu diminuée, à s'émanciper. Il lui a carrément fait une lettre, enfin, à M.
Hachette, à Louis Hachette, pour dire que dorénavant, il autorisait sa femme à négocier seule avec Hachette le montant de ses livres, les titres de ses livres, et de disposer, comme elle l'entendait, de cet argent.
Alors, elle sera aussi, elle aura aussi une certaine liberté vis-à-vis de cet éditeur, justement, en imposant qu'il y
ait
son nom de jeune fille.
Elle a imposé son nom de jeune fille, donc, comme l'éditeur était assez, voilà, ça ne se faisait pas,
de garder son nom de
jeune fille. Donc, tous ses livres, quand même, sont signés comtesse de Ségur née Rostochine.
Née
Rostochine,
oui. Alors, ce qui est intéressant, c'est que vous faites le fil, enfin, comme elle est à l'heure des bilans, elle revoit les personnes qui ont compté. Il
y
a son père, qui est une figure extrêmement
importante. Ah,
je suis
tombée amoureuse de son père. Il est extraordinaire de Rostochine, le
gouverneur de Moscou, l'incendiaire de Moscou, tout de même, devant Napoléon. Et ce qui est amusant, c'est que ce jeu de l'histoire, c'est que l'oncle de son futur mari, l'oncle de Gênes de Ségur, était l'aide de camp de Napoléon et se trouvait à Moscou au moment où le comte Fyodor Rostochine a incendié Moscou.
Alors, il y a aussi les questions aussi de ses enfants et notamment de son fils, prêtre et aveugle. Oui,
c
'est un
drôle de personnage. Oui, c'est un drôle de personnage. D'ailleurs,
la religion est assez présente.
La religion est très
présente. Mais alors, contrairement à ce qu'on pense et à ce que je pensais, ça n'a pas été le cas toute sa vie. Elle s'est convertie au catholicisme, un peu contrainte et forcée par sa mère.
C
'est toute une histoire qui serait un peu longue à raconter ici. Mais finalement, elle a acheté une forme de liberté par rapport à sa mère en se convertissant. Mais après, la religion, elle s'en fichait un petit peu. son mari, un peu pareil. Ils n'ont pas du tout élevé leurs enfants avec ce souci de la religion. Et curieusement, ils auront eu deux enfants qui sont entrés dans les ordres et c'est par ces enfants qu'elle va revenir à la foi qu'elle avait finalement laissé pas mal de côté.
Alors, on voit, enfin on imagine que vous avez eu beaucoup de travail sur la documentation, des biographies, vous avez sûrement relu toutes ces œuvres. Oui, après. Oui, alors justement, après,
oui.
Justement, en dehors de ces œuvres extrêmement connues qui sont d'ailleurs un peu passées de mode, finalement, quel livre conseilleriez-vous de lire de
la princesse
de Ségur ? Alors,
dans celui que j'ai quand même pris le plus de plaisir à relire, c'est vraiment Les Malheurs de Sophie. Je trouve que cette petite fille qui fait plein de bêtises, mais les enfants d'aujourd'hui font toujours plein de bêtises, c'est amusant. Alors évidemment, les enfants parlent au subjonctif imparfait, c'est pas le même langage, mais ça n
'a
pas d'importance. Ça n
'a
pas d'importance, ça se lit vraiment très bien aujourd'hui et à tel point que j'ai décidé de le lire à mes grands-fils qui sont de jeunes adultes aujourd'hui. Et sinon,
il
y en a un, alors j'ai évidemment adoré le général d'Ourakine et l'auberge de l'ange gardien parce qu'on a la Russie,
la
Pologne, c'est très intéressant aussi de ce point de vue-là. Et puis, il
y
en a un pour lequel j'ai énormément de tendresse que je ne connaissais pas, c'est Gribouille. Je crois que le titre, c'est la sœur de Gribouille, mais le personnage de Gribouille, c'est une merveille d'innocence, c'est un personnage sans filtre et c'est merveilleux, très attendrissant.
En tout cas, vraiment, je vous conseille de lire le roman de Sophie, c'est paruché Albin-Michel. Merci Sophie de Bure, c'est vraiment passionnant et c'est vrai qu'on imagine...
J'adore, mais j'aime beaucoup pour m'appelier Sophie.
Parce que le roman de Sophie et que vous êtes Sophie,
vous êtes
devenue Sophie de Rostopchine. Alors donc, merci Véronique de Bure, c'est très réussi et vraiment, la vie de la comtesse de Ségur est passionnante. Merci de
nous l'avoir fait
découvrir.
Merci beaucoup. Merci beaucoup.