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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 27 octobre 2023 9 minComplaisantPortrait personnelImmigration & asileInstitutions & électionsSolidarités & familleCulture, médias & sport

Israël-Palestine : les mots de la guerre 14/18 · Les Israéliens, construire une identité

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:09OuverteRéponse directe

    Qui sont les Israéliens ?

  • 1:19FerméeRéponse directe

    Quel est le PIB par habitant d'Israël ?

  • 2:38OuverteRéponse directe

    L'identité israélienne s'est-elle construite en rupture avec celle du Juif du ghetto ?

  • 3:28OuverteRéponse directe

    L'image du pionnier israélien se déconstruit-elle ?

  • 4:14OuverteRéponse directe

    Parmi les Israéliens, y a-t-il des non-Juifs ?

  • 4:41FerméeRéponse directe

    Combien de Palestiniens d'Israël y a-t-il ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:44PrésentateurFait
    « Les orientaux sont désormais majoritaires parce que le flux le plus important depuis l'immigration. »
  • 1:27InvitéChiffre
    « C'est un pays qui, aujourd'hui, a un PIB assez important, puisqu'il est supérieur à 50 000 dollars par an. »
  • 4:27PrésentateurFait
    « Un Palestinien d'Israël, pas de Cisjordanie, donc qui a le passeport israélien, a les mêmes droits. »
  • 4:41InvitéChiffre
    « Il y a environ un million et demi de Palestiniens d'Israël. »
  • 4:44InvitéChiffre
    « Parmi ces Palestiniens d'Israël, environ 15% d'entre eux sont chrétiens. »
  • 8:46PrésentateurFait
    « Les Palestiniens de Jérusalem-Est, et surtout dans les conditions que nous connaissons, vivent dans des conditions extrêmement pauvres. »

Temps de parole

  • Présentateur75 %
  • Invité25 %

1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Hors série, les matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre. Israéliens.

0:09
Invité

Les mots du conflit israélo-palestinien. Sylvaine Bull, on vous doit une sociologie de Jérusalem aux éditions La Découverte. Qui sont les Israéliens ?

0:20
Présentateur

Les Israéliens sont des sabris, des natifs d'Israël. Il y a quelque chose qui est très fort et de plus en plus en Israël, une distinction entre les juifs de la diaspora et les juifs israéliens qui vivent sur place. Et alors, à l'échelle du territoire israélien, il y a évidemment une multitude d'origines des Israéliens. Ce serait extrêmement long de détailler, mais les orientaux sont désormais majoritaires parce que le flux le plus important depuis l'immigration, n'oublions pas que les juifs israéliens ont été chassés pour une grande partie des pays orientaux. Les jachkénazimes viennent des vagues de migration précédentes, donc l'Europe, dans les conditions que l'on connaît.

Et puis nous avons les juifs d'Amérique latine qui se sont ralliés un peu plus tard, à partir de 1967, beaucoup plus pour des raisons nationalistes. Mais il y a une diversité d'Israéliens. Mais ils sont liés par l'appartenance à la nationalité israélienne et au droit au retour.

1:19
Invité

C'est un pays de 10 millions d'habitants. C'est un pays qui, aujourd'hui, a un PIB assez important, puisqu'il est supérieur à 50 000 dollars par an. C'est quelque chose qui paraît relativement évident, parce qu'on voit aujourd'hui Israël comme étant un pays puissant, notamment grâce à la haute technologie. Mais pendant longtemps, les Israéliens ont été assez pauvres avec une économie qui était assez rudimentaire, Sylvain Bull.

1:45
Présentateur

Oui. Le Yishouv, le pré-État d'Israël, a fait s'installer des Israéliens qui ont vécu dans des conditions très précaires. Et de 48 à 67, et aussi ce qu'on appelle les Mahabarot, qui existent encore, ce sont les campements assez rudimentaires dans lesquels vivent notamment les Juifs misrahim, les Orientaux. Mais par contre, c'est une nation, et ce sont un peuple extrêmement industrieux, qui travaille beaucoup. Et d'ailleurs, on peut opposer, là aussi, des modes d'existence, qui voient Israël toujours dans le temps de la survie.

Donc, ils travaillent beaucoup et qui ont construit une nation industrieuse, assez prospère, notamment grâce aux nouvelles technologies, mais aussi grâce à l'agriculture et à l'artificialisation des sols. À l'ensemble de la reconquête agricole, qui procure, je crois que c'est 40% de la production nationale. L'agriculture est extrêmement importante en Israël.

2:38
Invité

Sylvain Bull, l'Israélien, c'est une identité qui s'est construite en rupture avec celle du Juif du ghetto.

2:46
Présentateur

Oui, absolument. La tâche première de l'Israélien pionnier, ça a été de construire son pays, de construire une terre et de, en effet, se présenter aussi comme volontaire, conquérant, contrairement aux Juifs du ghetto. Et d'ailleurs, c'est aussi quelque chose que l'on entend beaucoup actuellement en Israël. Tzedek Yehudi, justice juive, au sens où, précisément, si, pendant la Shoah, il y avait eu une armée des Juifs, il n'y aurait pas eu de massacre. Donc, l'esprit des pionniers d'Israël, c'est de construire littéralement Adama, la terre, et Eretz, la terre comme territoire et comme nation.

3:20
Invité

Et aujourd'hui, cette image du pionnier israélien, ce soldat laboureur, dans les images d'Epinal propagées alors, cette image d'Epinal est en train de se déconstruire progressivement ?

3:34
Présentateur

Oui, mais elle s'est déconstruite depuis un certain nombre d'années, parce que la jeune génération, c'est-à-dire celle qui est née après 70-80, ne se reconnaît pas dans l'image viriliste, masculiniste du pionnier arien, d'une part. Et puis, parce qu'il y a l'idée d'une pacification aussi dans la jeune génération, ça se voit d'ailleurs dans les réfuseniques, ceux qui refusent l'armée. Mais donc, oui, l'image du pionnier, elle a été extrêmement diluée. Elle est en train, peut-être, de renaître aujourd'hui, ce que je disais à propos de Tzedek Yehoudi, la justice juive, l'idée de se réarmer mentalement, politiquement, nationalement et militairement.

4:14
Invité

Parmi les Israéliens, il n'y a pas que des Juifs.

4:17
Présentateur

Parmi les Israéliens, il n'y a pas que des Juifs. Bien sûr, il y a des Palestiniens qui sont très importants et qui sont membres de la communauté nationale, qui ont, rappelons-le, les mêmes droits que les Israéliens. Un Palestinien d'Israël, pas de Cisjordanie, donc qui a le passeport israélien, a les mêmes droits. Par contre, il est victime de discrimination ou de stigmatisation, ou en tout cas, il a la perception d'être stigmatisé, selon les cas.

4:41
Invité

Il y a environ un million et demi de Palestiniens d'Israël. Parmi ces Palestiniens d'Israël, environ 15% d'entre eux sont chrétiens, ce qui fait finalement une mosaïque. En partant également de l'idée, Sylvaine Bull, que les Israéliens viennent de partout dans le monde, c'est probablement l'un des États les plus cosmopolites au monde.

4:59
Présentateur

Oui, c'est un État cosmopolite par le fait qu'il y a deux diasporas qui se croisent. La diaspora juive, les chrétiens qui étaient arrivés d'Arménie, de Grèce, etc., c'est-à-dire les chrétiens romains, les chrétiens orthodoxes qui viennent de Russie, de même que nous avons les juifs russes qui sont très importants, ce qu'on appelle en Israël la cinquième colonne. Les russes juifs sont extrêmement assimilés. C'est sans doute la diaspora juive qui est la plus assimilée. Mais cela donne en effet des doubles croisements sociaux, religieux, des triples croisements sociaux, religieux, ethniques, qui fait que nous avons une mosaïque. Mais cette mosaïque est faite de fractures.

Les communautés religieuses ne communiquent pas, les milieux sociaux ne communiquent pas vraiment, les diasporas ne communiquent pas vraiment. Entre les chrétiens orthodoxes et les chrétiens romains, il n'y a pas énormément de rapports. Et les chrétiens ont un statut particulier au niveau foncier en Israël. Les chrétiens n'ont pas le droit d'acheter de terres d'israéliens. Donc il y a quand même des formes de discrimination qui restent assez importantes. Mais c'est plutôt des tendances insidieuses. Le fait que toutes les communautés, juives, chrétiennes ou musulmanes, se referment, ont des tendances à se refermer sur elles-mêmes.

6:21
Invité

La langue des Israéliens, c'est l'hébreu. Et l'hébreu a une particularité, c'est que l'hébreu moderne a été recréé de manière presque artificielle. On a pris l'hébreu biblique. Je dis « on ». En fait, c'est un homme, Eliezer Ben Yehouda, qui est mort en 1922. Et c'est Ben Yehouda qui a recréé cette langue.

6:41
Présentateur

Oui, ça aussi, c'est l'une des originalités. Je ne sais pas si nous avons des cas similaires dans d'autres nations. Je ne le crois pas. Ça a été aussi une demande de Ben Gurion. Et donc, l'ensemble des noms des juifs de la diaspora a été déconstruite. J'allais dire rebaptisée, mais a été refaite. Donc, la langue est en effet artificielle, est imposée comme langue nationale, sauf pour les ultra-orthodoxes qui ne parlent pas hébreu.

7:07
Invité

Et alors, pourquoi n'a-t-on pas pris la langue, par exemple, des juifs de l'Est qui était majoritaire ? Cette langue qui s'appelle, je crois, le yiddish, Sylvain Bull ?

7:15
Présentateur

Parce que ça a été une volonté nationale très forte, justement, d'apparaître, par le biais de David Ben Gurion, comme le peuple, Israël, le peuple de tous les juifs. Donc, il fallait trouver un signifiant neutralisant. Ça a été l'hébreu, puisque le yiddish est fortement lié à une appartenance communautaire. Mais, encore une fois, le yiddish reste pratiqué par les jachkénaziers, mais les ultra-orthodoxes qui ne reconnaissent pas l'hébreu comme langue nationale, puisqu'ils ne reconnaissent pas l'État d'Israël.

7:43
Invité

Et, aujourd'hui, cette société israélienne est en proie à différentes convulsions entre religieux, non-religieux, ultra-orthodoxes, observants, entre les différentes strates sociales, parce que c'est un pays extrêmement inégalitaire, le niveau de vie est très élevé et les salaires, pour certains, sont très bas.

8:02
Présentateur

Oui, oui, c'est un pays qui connaît des fractures très importantes. Alors, sur le plan des divisions culturelles, la division, elle n'est pas entre religieux et non-religieux, parce que ce serait insuffisant. Elle est, en effet, entre les ultra-orthodoxes qui veulent absolument imposer une loi religieuse sur l'ensemble du territoire, ce qui est absolument inacceptable pour des juifs de la diaspora civilisée. Et quant aux divisions sociales, elles existent, pour le coup, au sein de marqueurs ethnico-économiques.

Les misrahim sont des juifs orientaux qui sont plus pauvres, qui vivent dans des quartiers beaucoup plus pauvres, mais qui ont tout de même, encore une fois, une forme d'ascension sociale importante. Les Palestiniens, eux, sont le seuil de pauvreté, par exemple, à Jérusalem-Est, est de 60%. Les Palestiniens de Jérusalem-Est, et surtout dans les conditions que nous connaissons, vivent dans des conditions extrêmement pauvres.

8:59
Invité

Merci, Sylvaine Bull. Je renvoie à votre sociologie de Jérusalem aux éditions La Découverte.