"La France est à la traîne sur l'aide à l'Ukraine": l'interview en intégralité de Raphaël Glucksmann
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Il est 8h32, vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Raphaël Luxman. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin. Vous êtes tête de liste du Parti Socialiste et de Place Publique aux élections européennes. Les dernières intentions de vote, les derniers sondages vous montrent montant, peut-être même un jour croisant la courbe descendante de la candidate d'Emmanuel Macron. Vous êtes aux alentours de 13% d'intention de vote, on va y revenir bien sûr. Mais je voudrais d'abord qu'on commence par le discours du président de la République, Emmanuel Macron hier à la Sorbonne. Discours sur l'Europe, il vous a plus de discours ?
Moi je l'attendais, je l'ai écouté avec attention et je suis d'accord avec le début. Quand il fixe le cadre, quand il cite Valéry et il dit l'Europe est mortelle. Oui l'Europe est mortelle. Mais alors si l'Europe est mortelle, derrière on doit avoir un discours qui n'est pas à ce niveau-là. Il y a 1h50 de discours.
1h48 précisément.
Alors je vous laisse, 1h48.
On a compté tant il était long.
Sur un discours aussi long, qu'est-ce qui reste ensuite ? C'est quoi les mesures qui sont annoncées ? C'est quoi finalement l'élan qui est redonné pour l'Europe ? Moi je ne l'ai pas vu. Alors sur la question de l'Europe de la défense face à la guerre, il y a des pistes qui sont intéressantes, mais on n'est plus autant des pistes. Et ensuite, il y a quand même deux immenses absents. Lesquels ? Il y a d'abord la question de la solidarité sociale. 1h50 de discours, rien sur la pauvreté, rien sur la misère, rien sur la solidarité qui est nécessaire dans les sociétés européennes, justement pour préserver nos démocraties, pour préserver nos institutions. Là-dessus, rien.
Et ça, ce n'est pas une surprise après cette année de gouvernement Emmanuel Macron. Mais deuxièmement, l'écologie, quand on parle de risque mortel pour l'Europe et pour notre civilisation, traiter l'écologie en trois minutes sans aucune annonce concrète sur la biodiversité, sur la protection des océans, sur la protection de la nature, je pense que c'est le signe des priorités fixées par le président.
On va revenir point par point sur ce que vous venez de dire. Le constat d'abord, effectivement, cette phrase, notre Europe est mortelle, il y a un risque immense de se retrouver reléguée. C'est la mise en garde très dramatique d'Emmanuel Macron. Et là-dessus, c'est aussi ce que vous dites. Vous dites à longueur de... Il a raison là-dessus. Vous dites que l'Europe est en danger.
Vous me connaissez, je ne suis pas pavlovien. Quand le président de la République dit quelque chose qui est juste, je le dis, il a raison. Nous sommes face à un danger.
Je me suis même dit qu'en écoutant Emmanuel Macron, vous deviez être embêté de vous sentir d'accord. Parce qu'effectivement, vous avez le même élan. C'est-à-dire que vous vous dites que l'Europe est en danger, il dit qu'elle peut mourir. Vous vous dites qu'il faut un sursaut, il faut la réveiller. Il dit exactement les mêmes mots. Moi, je crois à ce que je dis.
Donc quand je dis que l'Europe est face à un danger mortel, quand je dis que nous sommes à la croisée des chemins et que la question qui se pose à nous maintenant, c'est la vieille question de Hamlet, c'est être ou ne pas être, eh bien, je le pense sincèrement. Donc le fait que le président de la France, qui a quand même une petite influence sur la destinée du continent européen, dise la même chose, eh bien, au contraire, je suis content, je suis heureux qu'on partage ce constat. Moi, ce qui ne me va pas, c'est que ce constat, il nous oblige.
Et que derrière ce constat, qui est réel, et il faut que les auditrices et les auditeurs, les téléspectatrices et téléspectateurs nous entendent, c'est vrai, il y a un danger mortel sur l'Europe. Si l'Ukraine s'effondre, si le front ukrainien s'effondre, eh bien, c'est la paix et la sécurité du continent européen dans son ensemble qui est menacé.
Là encore, Emmanuel Macron, il dit qu'il souhaite une Europe puissance, ambitieuse, l'Ukraine ne peut pas perdre face à la Russie. Et d'ailleurs, à propos de l'aide à l'Ukraine, il dit qu'il n'y a pas de limite, il dit, si nous disons que l'Europe est la condition de notre sécurité, que se joue en Ukraine davantage que la seule souveraineté territoriale de ce pays, mais la sécurité de nous, Européens, alors avons-nous des limites ? Non. Vous auriez pu prononcer cette phrase.
Dans ce cas-là, au lieu de faire des grandes phrases, et c'est la réaction de tous les Européens que j'ai rencontrés, au lieu de faire des grandes phrases, que la France agisse. Vous savez, après deux ans de guerre, plus de deux ans de guerre, nous ne sommes pas capables de livrer sur le front ukrainien plus de 5 000 obus par mois, alors que les Russes en tirent 20 000 par jour. Les contrats à long terme avec nos industriels ne sont toujours pas passés. La France est à la traîne de l'aide à l'Ukraine. Alors Emmanuel Macron, il fait des grandes phrases, mais derrière, ça ne suit pas.
Il n'y a pas de réorganisation de notre industrie de la défense, il n'y a pas les livraisons qui sont attendues. La France fait sauter dans les textes européens le terme de priorisation qui vise à donner la priorité au front ukrainien, par exemple, par rapport à nos livraisons à Doha ou à Abu Dhabi, au Qatar, aux Émirats. Il y a un décalage entre les mots et les actes. Les actes, les actes de solidarité, où sont les mirages que demandent les Ukrainiens ? Eh bien, ils ne sont toujours pas livrés et la France refuse toujours de les livrer.
Et donc, avant de faire des grandes phrases qui, bien sûr, sont importantes, mais qui engagent des débats littéraires dont nous avons la spécialité en France sur l'envoi de troupes, pas l'envoi de troupes, j'ai pas envie d'aller mourir sur le front, personne ne demande aux Français cela, pas les Ukrainiens en premier lieu. Eh bien, avant d'engager ces débats littéraires, on doit agir. Et vous savez, il y a un terme en Ukraine qui est né dès le début de la guerre, un terme qui s'appelle « Macroné ». « Macroné ». Les Ukrainiens, ils disent « Macroné » pour faire des grandes phrases et ensuite agir.
C'était même à la rue des certains journaux ukrainiens, « Macroné », c'était devenu un…
Mais c'est devenu un terme en Europe, « Macroné ». Et il faut comprendre ça. Moi, mes collègues européens, y compris dans le groupe de gauche sociale-démocrate au Parlement européen, en 2019, quand je suis arrivé, c'était très compliqué de leur expliquer pourquoi nous, on jugeait l'action d'Emmanuel Macron critiquable, pourquoi on était dans l'opposition, parce qu'il avait cette image comme ça de réformateur européen. Et que c'était, finalement, il y a eu une sorte d'engouement en Europe pour lui au début, suite notamment au discours de la Sorbonne. Le premier discours, la Sorbonne 1. Oui, la Sorbonne 1, quand il n'y avait pas encore bilan et qu'il a exposé sa vision de l'Europe.
Et moi-même, à l'époque, j'avais dit que j'avais trouvé ce discours bon. Eh bien, aujourd'hui, vous prenez les mêmes députés européens. Et ils ont, mais été déçus au-delà de tout. Et son discours d'hier, ils ne l'ont même pas écouté. Parce qu'en fait, il y a ce terme « Macroné » qui s'est institué dans les institutions européennes.
Raphaël Luxman, si on en vient concrètement à cette Europe de la défense, à laquelle il appelle, mais vous aussi, vous appelez à cette Europe, à une révolution sécuritaire, comme vous dites, à l'idée d'une Europe de la défense et de la sécurité. Concrètement, est-ce que ça veut dire mettre en commun ? Par exemple, vous parlez de cette histoire d'obus que l'on ne livrerait pas suffisamment, d'économies de guerre qu'il faudrait déclencher, mettre en place. Est-ce que tout cela vous appelait à ce que ce soit dépassé, et que ce ne soit plus au niveau national, mais au niveau européen ? Jusqu'où est-ce qu'on va dans une forme de fédéralisation de cette Europe de la défense ?
C'est d'abord mettre en commun nos capacités de production. Vous savez, face à la pandémie, l'Europe a fait deux choses qui étaient des pas en avant extraordinaires face à un virus. D'abord, un emprunt commun, une mutualisation des dettes.
Et vous appelez d'ailleurs à un emprunt commun pour cette Europe de la défense ?
Combien ? 100 milliards pour investir dans le réarmement de nos nations, pour nous protéger, pour être capables d'assurer nous-mêmes notre sécurité. Et ensuite, la Commission européenne s'était transformée en centrale d'achat et de commande de vaccins. Et c'est pour ça qu'on a eu des vaccins, c'est grâce à cela. C'est parce qu'on a été capables de le faire à l'échelle européenne. Donc on devrait commander ? La Commission doit centraliser les commandes d'armement et organiser les livraisons d'armes vers l'Ukraine, parce que c'est que comme ça, à l'échelle européenne, qu'on aura les fonds nécessaires, la vision nécessaire, le cap nécessaire.
Pour réorganiser nos organes de production, et c'est vital. Encore une fois, j'aimerais que les gens comprennent. Le 5 novembre 2024, on a des élections aux États-Unis d'Amérique. Et Donald Trump peut être président des États-Unis. Eh bien, si Donald Trump est président des États-Unis, nous serons seuls en Europe, seuls face à la guerre, seuls face à Poutine. Est-ce qu'en l'état actuel des choses, nous sommes capables d'assumer cela en Europe ? Non. Donc on a très peu de temps pour se réorganiser. C'est une urgence absolue et vitale.
Un bouclier anti-missile européen, vous êtes pour ?
Ça fait partie des pistes de réflexion, mais ça c'est du long terme, si je peux me permettre.
Mais est-ce que vous seriez pour engager cette planification ?
Tout ce qui est utile à la sécurité des européennes et des européens, et je ne ferai jamais de la politique pavlovienne avec la sécurité des européennes et des européens. Donc c'est une piste de réflexion. Mais avant cela, le premier bouclier des européens, c'est la résistance ukrainienne. Le premier bouclier des européens, aujourd'hui, il est en train de se faire enfoncer. Pas parce que les Ukrainiens manquent de courage, ils nous ont montré à quel point ils étaient courageux, mais parce que nous, nous en Europe, nous en Occident, nous ne livrons pas ce que nous promettons de livrer.
Jusqu'où on va, Raphaël Luxman, dans la mutualisation des capacités et des prises de décisions ? Est-ce qu'il faut que la France garde la bombe atomique ?
Oui, il faut que la France garde sa capacité de dissuasion nucléaire, par contre, et donc sa capacité à décider de la manière dont elle utilise la bombe atomique. Par contre, ce qui est certain, c'est qu'il faut réviser notre doctrine d'utilisation et considérer que l'Union européenne est l'intérêt vital de la France.
C'est-à-dire que ce ne serait pas que pour protéger la France, mais pour protéger l'ensemble du territoire européen ?
C'est déjà la réflexion qui est engagée.
Sur la question du siège de la France au Conseil de sécurité de l'ONU, est-ce que vous estimez que la France garde pour elle seule ce siège ou est-ce qu'il faut qu'on le partage ?
Pour l'instant, en tout cas sans réforme profonde des institutions européennes, il faut que la France garde son siège. Parce qu'aujourd'hui, nous avons des institutions européennes qui conduisent à l'apathie. Et c'est pour ça qu'il faut les changer. Et c'était d'ailleurs très peu présent dans le discours d'Emmanuel Macron. Il faut changer les institutions européennes. Parce qu'aujourd'hui, vous avez un Victor Orban qui peut tout bloquer. Et donc quoi ? L'ONU, qu'est-ce qui se passerait ?
Est-ce que ça veut dire que vous êtes favorable à ce que les décisions soient prises davantage à la majorité qu'à l'unanimité ?
Je suis favorable à ce que les décisions soient prises davantage à la majorité qu'à l'unanimité. Pour ne plus être l'otage d'un ou deux vétos. Mais enfin demain, on sera peut-être en minorité.
Ce que je veux dire, c'est qu'évidemment, aujourd'hui, vous prenez l'exemple de Victor Orban, mais si c'est l'inverse, si l'ensemble de l'Europe est dans une idéologie qui n'est pas la nôtre...
Mais à un moment, il faudra qu'on choisisse. Est-ce qu'on veut faire l'Europe ou pas ? Est-ce que la France veut rester la France ? Si la France veut rester la France, eh bien elle veut avoir voix au chapitre dans l'histoire mondiale. Vous l'avez vu, il y a ce projet de réforme des traités. Et c'est la seule manière de faire, c'est de rendre l'Europe efficace. Si on veut construire l'Europe puissance, si on veut construire une Europe cohérente, eh bien il faut changer les institutions. Et je vais vous dire, ce n'est pas que sur les questions de défense, sur les questions fiscales.
Quand vous avez un Starbucks et un PMU qui, au coin de la même rue, ne payent pas les mêmes impôts, parce que Starbucks paye ses impôts aux Pays-Bas, eh bien il faut l'Europe fiscale. Mais le problème qu'on a, c'est que...
Mais est-ce que vous n'avez pas peur que tout ça se soit sur le moins dix ans plutôt que sur le plus dix ans ?
Mais non, justement, c'est les paradis fiscaux qui aujourd'hui bloquent la majorité des pays européens qui voudraient, eh bien, avoir la justice fiscale et la cohérence fiscale en Europe.
Ce projet de réforme des traités qui généraliserait davantage les règles de majorité, c'est une forme de fédéralisation, c'est ce que dénoncent un certain nombre de personnalités issues de la gauche, Arnaud Montebourg, Marcel Gauchet, Pierre-André Taguieff, qui appelle à un sursaut sur ces questions-là et à refuser précisément les règles que vous-même vous appelez.
Eh bien, c'est un débat. J'ai lu ce texte. C'est un débat extrêmement profond.
C'est un appel qu'ils ont lancé dans le Figaro il y a deux jours.
Qui divise la gauche et qui divise la droite. Et qui divise la gauche depuis extrêmement longtemps. Mais moi, je suis convaincu que si nous voulons récupérer la main face aux multinationales, si nous voulons mener à bien la lutte contre le réchauffement climatique, si nous voulons pouvoir contrôler notre destin, eh bien, nous avons besoin de déléguer de la souveraineté à l'échelle européenne. Parce que c'est à l'échelle européenne qu'on pourra prendre les décisions qui nous permettront de reprendre le contrôle sur le cours des choses.
Raphaël Glucksmann, vous avez peut-être vu ces images de Sciences Po. Je crois que vous avez vous-même été diplômé de Sciences Po Paris, qui est donc cette école assez emblématique au cœur de la capitale, avec un des campus qui avait été occupé puis évacué par des forces de l'ordre. D'autres étudiants sont revenus. Ce sont des étudiants pro-palestiniens qui occupent une partie du campus. La direction a précisé la raison pour laquelle ils avaient évacué ces étudiants. Je les cite.
« L'amphithéâtre extérieur du campus a été occupé par une soixantaine d'étudiants militants en faveur de la cause palestinienne, contribuant à un fort climat de tension pour les étudiants, les enseignants et les salariés de l'école. » La direction avait donc pris la décision d'évacuer ces étudiants qui sont donc visiblement pour une partie revenus. Comment vous réagissez à ça ?
Déjà, qu'on fasse preuve de solidarité à l'égard des Palestiniens, qu'on montre le rejet des crimes qui sont commis à Gaza, c'est naturel, c'est même digne et c'est noble. Après, dans quelle atmosphère on le fait ? Est-ce qu'on est inclusif ? Est-ce qu'on tolère le débat ? Est-ce qu'on est capable d'organiser des discussions avec ceux qui ne partagent pas le point de vue ? Et jusqu'ici, jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas le cas. Et donc, on a un problème et la direction de Sciences Po a le droit de décider d'évacuer.
Vous comprenez que la direction de Sciences Po dise qu'on décide d'évacuer.
Mais ce que je veux dire, c'est que franchement…
Ça fait écho à ce qui se passe dans les universités américaines et notamment en Colombie-Aux-Cœurs-de-Nouvelles.
Et il faut qu'on entende aussi ce message. C'est-à-dire qu'il y a un gouvernement en Israël qui est en train de raser la bande de Gaza et il faut un élan de solidarité. Et oui, la Commission européenne, l'Union européenne a été affaune sur le sort des civils palestiniens. Et donc, ça ne suffit pas de répéter que nous voulons une solution à deux États. Il faut avoir un agenda qui permette l'urgence de cette solution à deux États.
Vous estimez que l'Union européenne, que la Commission européenne n'a pas suffisamment répondu ?
Oui, j'estime totalement. Et j'estime qu'il est temps de faire beaucoup plus pression sur le gouvernement israélien. On ne peut pas dire simplement qu'on veut une solution à deux États et ensuite laisser s'étendre sans cesse les colonies en Cisjordanie. Il faut qu'on montre un agenda qui soit clair. Et là-dessus, moi, je soutiens les efforts du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez pour qu'on aboutisse à une reconnaissance de l'État palestinien, pour qu'on montre qu'en fait, on est réellement attaché au fait que cet État émerge.
Donc, ce n'est pas juste une pétition de principe parce que nous, des résolutions au Parlement européen qui disent qu'il faut une solution à deux États, on en a signé des centaines. Mais sur quoi ça débouche ? Donc, il faut que ce soit concret.
Raphaël Glucksmann, il y a de nombreux points sur lesquels je voudrais encore vous entendre et notamment la question des finances publiques. C'est les agences de notation qui vont rendre leur copie ce soir. Est-ce qu'il faut, parce que c'est l'un des objectifs qui justifie les demandes d'économie aujourd'hui du ministre de l'Économie ? Est-ce qu'il faut absolument suivre les injonctions de l'Union européenne à réduire le déficit, à réduire la dette et à respecter les règles et les traités européens là-dessus ?
Mais les agences de notation, déjà, ce n'est pas la Bible. Enfin, il faut le dire, c'est très important ce qui se passe et le débat sur les finances publiques, c'est extrêmement important. Mais les agences de notation, je vous rappelle quand même que Standard & Poor's avait donné un triple A à Lehman Brothers juste avant l'effondrement qui a conduit à l'effondrement généralisé. Donc, en fait, il faut arrêter aussi de considérer que ces agences, souvent nord-américaines, anglo-saxonnes en tout cas, eh bien, sont des paroles d'oracle. Donc, on se calme, ce n'est pas la Bible, c'est des agences de notation. Et ensuite, par contre...
Mais sur la trajectoire, est-ce qu'effectivement, il faut absolument...
On a un vrai débat à voir sur les finances publiques.
Tout ça part quand même aussi des règles européennes.
Oui, on a un vrai débat à voir sur les finances publiques. Et la première question, c'est pourquoi, quand on est face au déficit, quand on est face à la dette, pourquoi est-ce qu'on va d'abord au gouvernement taper les droits des chômeurs ? Pourquoi est-ce qu'on va d'abord taper la prime rénov' ? Pourquoi est-ce qu'on va d'abord s'attaquer à des dépenses qui ont une effectivité sociale immense ?
Donc, des économies, oui, mais ce n'est pas celle-là que vous feriez.
Mais pourquoi on ne se pose pas la question des recettes ? Pourquoi on ne se pose pas la question du fait qu'il y a aujourd'hui des milliardaires qui payent un taux d'imposition qui est plus faible que celui des classes moyennes par rapport à leur fortune ? Pourquoi on ne se pose pas la question de la taxation des super-profits ? Pourquoi on ne se pose pas la question des recettes là où l'argent existe ? Moi, je suis d'accord, il n'y a pas d'argent magique, mais il y a de l'argent qui existe. Il y a des records de dividendes qui sont versés.
Vous iriez chercher, par exemple, dans les dividendes ? Vous iriez chercher dans les super-profits ?
Aujourd'hui, les dividendes sont moins taxés en Europe que le travail. Et c'est vraiment le monde à l'envers. Et donc, nous, ce qu'on veut, c'est taxer les dividendes plus que le travail. Les dividendes, c'est le capital. Oui, les dividendes plus que le travail. Et ce qu'on veut aussi, et on a lancé une grande initiative citoyenne européenne à cette fin, c'est que les multimillionnaires et les milliardaires en Europe soient taxés à la hauteur de leur patrimoine pour contribuer à la solidarité et pour contribuer justement à faire face à ce mur du déficit et de la dette. Donc moi, je trouve que le gouvernement a une attitude profondément dogmatique, idéologique.
Ils ont dit, dès le début, on ne touchera pas aux plus riches. On n'y touchera pas, y compris aux multinationales. On n'y touchera pas. Et donc, du coup, on cherche des réductions de dépenses qui vont affecter qui ? Eh bien, ceux qui sont déjà les plus faibles dans notre société. Et c'est une divergence fondamentale. Vous me posiez la question de, alors, vous avez aimé le discours d'Emmanuel Macron ? Moi, je vais vous répondre non, pour une raison très simple. C'est que pas un mot dans son discours et pas un geste dans ses actions ne touchent les gens qui sont aujourd'hui les victimes dans notre société, ne touchent les gens qui sont les victimes de l'injustice et des inégalités.
Et l'initiative qu'on porte à l'échelle européenne, ce n'est pas contre les riches. D'ailleurs, il y a des milliardaires et des millionnaires qui ont signé notre initiative pour un impôt sur les plus hauts patrimoines à l'échelle européenne. C'est une initiative contre l'injustice. Et il y a des gens qui sont extrêmement riches, qui veulent contribuer à la solidarité. Et donc, le gouvernement a une attitude, là, qui est dogmatique.
– Raphaël Glucksmann, la GPA, louer le corps d'une femme pour qu'elle soit mère porteuse, est-ce que vous estimez, vous, que c'est l'ultime étape d'un libéralisme économique ou est-ce que vous estimez au contraire que c'est un progrès social et sociétal ? Le Parlement européen a dû se pencher aussi sur cette question.
– Plusieurs fois. Et d'ailleurs, à chaque fois, c'est une question qui est vertigineuse et qui divise l'ensemble des groupes et l'ensemble des délégations.
– Et qui traverse la gauche, la droite.
– La droite, exactement. Et il y a des sujets comme ça qui sont tellement intimes qu'en fait, ils divisent les familles politiques et que ce n'est plus en fonction de vouloir dogmatique.
– Raphaël Glucksmann, vous en pensez quoi ?
– Moi, je pense que la GPA, quand elle n'est pas commerciale, je suis pour. La GPA commerciale, je suis contre. – Voilà, donc c'est-à-dire que…
– Comment vous distinguez ? Comment vous arrivez à savoir ?
– Quand il n'y a pas rémunération ? – Quand il n'y a pas d'échange mercantile ? – Oui, quand il n'y a pas d'échange mercantile, quand ça ne rentre pas dans les logiques du marché. Moi, je ne veux pas… – Payer une femme pour louer son ventre, non ? – Je ne veux pas d'institution, d'un système où en fait, on a les plus riches qui bénéficient dans des contrats du corps des plus pauvres. Et voilà, ça, je n'en veux pas. Par contre, le fait qu'il y ait une transaction qui soit non financière, qui soit une aide apportée, eh bien là-dessus, je ne comprendrais pas qu'on l'interdise.
– Donc, à la question d'associer la GPA à la traite d'êtres humains, puisque c'était l'une des premières étapes d'une résolution beauté, vous diriez quoi ?
– Là-dessus, je sais vous parler de ce que M. Bellamy a proposé.
– Au Parlement européen ?
– Non, ce n'est pas associer la GPA, il faut être précis, ce n'est pas associer la GPA à la traite.
– Allez-y, dites-nous exactement de quoi il s'agit.
– Ce qu'il s'agit, c'est de condamner les GPA qui peuvent être associés à la traite dans le cadre de la traite des êtres humains. Donc évidemment, on est tous, je pense que vous aussi, tout le monde est contre la GPA quand elle est dans le cadre d'une traite d'êtres humains et d'un système qui oblige la personne. Mais ce n'est pas une condamnation de toute forme de GPA comme étant une traite d'êtres humains, il faut être précis.
– Vous pensez faire autant qu'Yannick Jadot en 2019 ?
– Alors je me suis promis une chose, et même vous, malgré votre talent et votre puissance, vous n'allez pas me faire dévier de ma ligne. Je ne parlerai pas de score, je ne fixerai pas d'objectif chiffré.
– Alors moi je vais en parler, parce que le candidat écolo aux européennes de 2019, c'était le troisième homme, il avait fait 13,5%. Les sondages aujourd'hui vous créditent à peu près du même score, entre 13 et 14%. Est-ce qu'au-delà du score, ce n'est pas aussi cette question de cet électorat de gauche qui s'était porté sur Yannick Jadot comme étant l'homme de gauche acceptable d'une gauche qui ne veut pas voter LFI ?
– Moi ce que je vois, c'est que dans nos meetings, dans nos rassemblements, il y a plus en plus de monde et que les gens ont l'air heureux, et qu'ils ont la flamme dans les yeux, et qu'ils semblent enfin redevenus en accord avec eux-mêmes. C'est ça que je note, encore plus que les sondages. Ce que je vois, c'est qu'en fait, il y a le sentiment, comme ça, de respirer à nouveau. Pour les gens qui sont fondamentalement attachés à la solidarité sociale, à la transformation écologique, au cadre européen, au projet européen et à la démocratie, il y avait l'impression de devoir se scinder à chaque élection. Et là, moi, l'offre qu'on propose, elle est simple.
On vous dit, mais vous n'êtes pas obligés de vous scinder quand vous vous rendez dans l'isoloir. Vous pouvez voter en accord avec vous-même, vous pouvez voter avec le sourire. Et ça, ça crée une forme d'enthousiasme. Et moi, j'ai un message, c'est la gauche de Robert Malinter, de Jacques Delors, humaniste, attachée à la construction européenne, elle n'est pas morte, elle est en train de revivre. Et on la voit partout, il y a des millions de Françaises et de Français qui aspirent à ça, et qui veulent respirer, et qui veulent s'investir.
Et on l'a bien compris, vous êtes donc tête de liste du Parti Socialiste et de Place Publique aux élections européennes. Merci, Raphaël Glucksmann, d'avoir répondu à mes questions. 8h53 sur RMC BFM TV. Merci, Raphaël Glucksmann, d'avoir regardé cette vidéo !
Raphaël Glucksmann