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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 18 décembre 2025 34 minContradictoireMixteSantéJustice

Agressions sexuelles dans le périscolaire : un nouveau MeToo ?

Source d'origine 3 locuteurs

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Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 9 %Attaque 3 %Défensif 1 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 30:13InvitéFait
    « 90 ou 95% des auteurs de violences sont des hommes. »

Temps de parole

  • Invité36 %
  • Invité 232 %
  • Présentateur26 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:02
Présentateur

France Culture, question du soir. Quentin l'a fait. À Paris en 2025, 15 enquêtes ont été ouvertes pour des faits d'agression sexuelle dans des écoles maternelles parisiennes sur des enfants de moins de 5 ans. Alors que des commissions comme la civise ou celles sur les violences en contexte scolaire ont été mises en place, les agressions sexuelles sur les jeunes enfants font encore l'objet d'une défaillance en matière de prévention et de prise en charge par les pouvoirs publics. De la cantine à la garderie en passant par le centre aéré, des enfants sont encore victimes de comportements pédocriminels. Alors pédocriminalité dans le péri-scolaire, s'agit-il là d'un nouveau MeToo ?

Comment expliquer que le temps de l'école soit parfois un temps de risque plutôt qu'un espace de protection ? Deux invités ce soir pour nous éclairer. Arnaud Gallet, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes anthropologue président, fondateur de l'association Mouv'Enfant, ancien membre de la civise, la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Vous êtes par ailleurs l'auteur de l'ouvrage intitulé « J'étais un enfant », témoignage qui a paru chez Flammarion en 2023. Face à vous, Alice Augustin, bonsoir. Bonsoir.

Vous êtes grand reporter à Elle, spécialiste des questions de violences sexistes et sexuelles, et auteur de cette enquête intitulée « Péril scolaire » qui a paru le 27 novembre dernier, co-écrite avec Cécile Olivier. Merci à vous deux d'être présents ce soir dans « Questions du soir ». Et je cite pour commencer, Alice Augustin, votre enquête, un article qui a paru, je le disais, il y a quelques semaines dans le magazine Elle. Vous écrivez « Le chiffre que nous révélons donne la nausée. 60 affaires judiciaires pour pédocriminalités dans des écoles sont en cours à Paris. La majorité des enquêtes concernent des animateurs du périscolaire. » Alors cette nausée, on la partage évidemment.

Ce chiffre, en revanche, 60, comment l'explique-t-on ?

2:00
Invité

Alors, c'est un chiffre déjà qu'on a eu par la brigade de protection des mineurs. Donc c'est 60 affaires en cours actuellement. Comment on l'a ? C'est un chiffre qu'on connaît puisqu'on sait déjà que, par exemple, il y a une trentaine d'animateurs qui ont été suspendus l'année dernière à Paris. Donc c'est des chiffres qu'on obtient par la police, mais aussi par la municipalité qui communiquent sur ces chiffres. Alors après, comment on arrive à ce nombre-là ? Je rappelle qu'il y a 14 000 animateurs à Paris. Donc là, c'est 30 affaires par an. Ça peut paraître peu, mais c'est 30 de trop.

Et c'est sûrement le fruit aussi d'un certain nombre de dysfonctionnements sur lesquels on a enquêté durant un mois pour écrire ce papier.

2:42
Présentateur

14 000 animateurs à Paris, 620 écoles publiques, Arnaud Gallet. Pourquoi le périscolaire ? Pourquoi ces espaces-là ? La cantine, les activités le mercredi après-midi, les vacances en tout cas, tout ce qui entoure l'école. Pourquoi ces espaces-là sont-ils particulièrement concernés par les violences sexistes et sexuelles ?

3:02
Invité

Je pense qu'il faut qu'on ait en tête que partout où il y a des enfants, il y a des prédateurs. Par définition, les prédateurs cherchent à s'en prendre aux enfants. Donc ça veut dire qu'ils vont chercher l'endroit où c'est le plus facile de passer à l'acte et là où il y a des failles dans un système. On l'a bien vu d'ailleurs, parce que là on parle du périscolaire, on l'a vu dans l'église, on l'a vu dans bien d'autres situations, dans bien d'autres institutions. Finalement, dès qu'il y a un trou dans la raquette, c'est une aubaine pour justement ce type de personnage. Je pense que c'est ça en fait, tout simplement.

3:30
Présentateur

J'entends ce que vous dites et dans le même temps, parmi les 60 affaires à Paris qui ont été ouvertes sur des violences sexistes et sexuelles commises à l'encontre des enfants, l'immense majorité concerne le périscolaire, pas l'école en tant que telle. C'est vraiment cet espace-là qui est concerné.

3:45
Invité

Parce que sûrement que, effectivement, le périscolaire, en termes d'encadrement, il y a des choses qui sont beaucoup plus souples. Et puis voilà, donc il y a une vraie réalité, vous savez. Et puis on l'explique, nous on n'arrête pas de le dire avec Mouve Enfants, on n'a pas d'obligation de résultat dans ce pays quand on accueille des enfants, c'est-à-dire en termes de sécurité. On connaît les chiffres des violences faites aux enfants. On dit que chaque année, il y a 160 000 enfants victimes de violences sexuelles, un enfant toutes les trois minutes.

Logiquement, ça nous oblige en fait, ça nous oblige d'agir, ça nous oblige à mettre des moyens, ça nous oblige à arrêter d'entendre des choses comme on a pu l'entendre dans l'enquête, mais qui sont portées aujourd'hui notamment par la ville de Paris, mais c'est aussi valable pour d'autres villes. À savoir, vous comprenez, le recrutement c'est difficile, ben non en fait on ne comprend pas, c'est-à-dire que les enfants sont vulnérables et à un moment donné, il faut qu'on arrête aussi avec ces choses qui mettent en danger les enfants de manière assez importante.

4:28
Présentateur

Je vous cite à nouveau Alice Augustin parce que cet article nous a bouleversé et terrifié dans toute l'équipe de questions du soir. Plainte pour viol aggravé et soupçon d'agression sexuelle et d'exhibitionnisme à l'école Bulourde, c'est dans le 11e arrondissement de Paris. Plainte pour viol aggravé à Parmentier, le 11e encore, après qu'un enfant a parlé de bataille de zizi avec un animateur. Proposition de strip poker à des maternelles de Popincourt, le 11e à nouveau. À Emorio, dans le 15e cette fois, un bibliothécaire qui s'enfermait seul avec les enfants a été mis en examen pour agression sexuelle sur un élève de maternelle.

À Convention, c'est le 15e encore, un animateur a été placé en garde à vue pour détention d'images pédopornographiques. À Titon, on revient dans le 11e, un autre sera jugé en 2026 pour harcèlement sexuel sur 9 petites filles de CM2, dont 3 également pour agression sexuelle. J'en passe, c'est une suite quasi infinie, en tout cas à la lecture. Je reviens sur cette question, pourquoi le périscolaire est-il particulièrement concerné, Alice Augustin ?

5:27
Invité

Parce que c'est une énorme machine qui fonctionne de manière un peu bancale, tout simplement. C'est ce qu'on a découvert autour de notre enquête. Sur l'école en particulier, je pense que c'est des équipes pédagogiques, les instituteurs sont des équipes beaucoup plus resserrées, des gens qui font des longues carrières, qui sont dans des structures, dans des écoles depuis des années. Il est vrai que les animateurs du périscolaire, quand on voit la façon dont ils sont recrutés, ça pose vraiment question. En fait, c'est la municipalité qui gère le périscolaire, ce n'est pas l'éducation nationale.

Déjà, il faut le comprendre, quand on est un parent, ce n'est pas évident, puisqu'on dépose son enfant le matin à l'école, on le laisse à la directrice, aux instituteurs ou institutrices. Mais en fait, le périscolaire, c'est des animateurs qui sont recrutés par les municipalités et ce n'est pas l'éducation nationale. Donc déjà, il faut comprendre ça. Et c'est une énorme machine, en fait. Il faut recruter énormément de gens pour s'occuper de tous ces enfants.

Et ce qu'on a pu constater, et ce que dénoncent des collectifs comme SOS Périscolaire depuis 2019, ce n'est pas nous qui faisons éclater ce souci, c'est qu'en fait, le recrutement est très laxiste, parce qu'en fait, il y a beaucoup de turnover, c'est un métier qui est assez peu valorisé, il n'y a pas de vocation à être animateur, c'est mal payé, les horaires sont vraiment pénibles. Et conclusion, ça attire des profils qui ne sont pas forcément adaptés, des gens qui n'ont aucun diplôme, aucune expérience avec l'encadrement d'enfants parfois très petits. Je rappelle comme maternelle des tout petites sections en deux ans et demi.

Donc il y a déjà ce problème-là, et puis aussi, il y a tout un problème qu'on verra peut-être après au cours de l'émission, de remonter des signalements, de formation, de sensibilisation aux signaux faibles, aux violences sexuelles. Voilà, il y a plein de défaillances qu'on a pu mettre à jour aussi.

7:06
Présentateur

Et l'on précise que l'idée de cette émission n'est pas de jeter l'opprobre sur une profession tout entière. Beaucoup travaillent avec une probité exemplaire. Néanmoins, il y a un problème structurel de fond qu'il faut affronter. Arnaud Gallet, on parle de Paris, on parle de nombreux arrondissements à Paris, mais ce problème-là concerne la France entière, évidemment.

7:26
Invité

Bien sûr, il concerne la France entière. Il est spectaculaire sur Paris quand même, c'est important, parce que Paris, on a toujours l'impression d'être un peu au-dessus de la mêlée. On le vit toujours comme ça, en se disant... Au-dessus de la mêlée, c'est-à-dire qu'on est à Paris, c'est la capitale, ce machin, c'est surtout pas chez nous. Alors, on l'a dit avec notamment la question de l'inceste, c'est partout en fait, c'est partout, on ne veut pas le voir. Et c'est là, je pense que l'enquête, elle est très forte. Et je pense que c'est comme ça qu'il faut le voir. Si ça se passe dans la capitale, inévitablement, ça se passe partout. C'est le message quand même qu'il faut avoir en tête.

Ce n'est pas qu'à Paris, ce n'est pas un truc de bobo, pour le dire comme ça, ou de walkiste, pour dire les choses avec des termes qui sont à la mode en ce moment. Je pense qu'il faut avoir cette vigilance. Et on le voit bien, dès qu'on regarde un peu la presse régionale, on a plein d'affaires comme celle-là qui courent. Mais je veux dire, je fais le parallèle avec l'enquête qu'on a eue quand même. On a l'impression de la tomber des nus. On a quand même eu une enquête parlementaire sur la question des violences en milieu scolaire, qui nous a bien démontré, bien sûr, qu'on parlait de Betaram, qui est un établissement privé. Mais on s'est dit, il n'y a pas que dans les établissements privés.

Donc c'est pareil. Donc ça veut dire qu'il y a une remise en question qui doit être systémique. Et malheureusement, on est confronté à une absence de volonté politique qui est massive. Et c'est ça qui est terrible. Et donc, on a des personnes qui sont de bonne volonté. On a des parents qui prennent des risques. C'est important quand même de le dire. Qui se disent, comment est-ce qu'on fait pour réagir, etc. Qui cherchent autant bien que mal à réagir. Et qui s'exposent bien souvent à ce qu'on appelle, nous, au niveau de Mouve Enfant, une forme de service après-vente. Donc après, on sort des plans, on sort des défenses, on sort des enfants, on sort plein de choses magiques.

Mais on se demande, effectivement, réellement, dans le concret, comment est-ce qu'on protège les enfants dans ce pays.

8:52
Présentateur

Il y a un champ lexical, Alice Augustin, lorsqu'on aborde ces questions qui frappent, c'est le champ lexical du silence. Tout paraît silencieux. On a le sentiment d'une omertage généralisée sur ces violences sexistes, sexuelles, des violences éducatives et sociales également, qui sont infligées à ces très, très jeunes enfants. Comment ce silence n'est-il ? Ou plutôt, comment se fait-il qu'il ne soit pas percé ?

9:15
Invité

Alors, c'est un vaste sujet. C'est pour ça qu'on vous a invité. On pourrait y passer des heures. Je rappelle déjà que la plupart des auteurs d'infractions sexuelles sont des hommes. Donc il y a une question aussi de la violence masculine. Là, il s'agit aussi de la violence d'adultes sur des enfants. Là, ce ne sont pas des violences intrafamiliales, mais extra-familiales. Donc c'est vrai que c'est encore un autre registre. Mais tout simplement, la violence sexuelle, en général, dans notre société, est taboue. La violence sexuelle sur les enfants l'est encore plus. On parle d'inceste depuis, quoi, quelques années.

De manière, en fait, il y a des livres qui sortent aujourd'hui, qui vendent, des émissions, des films qui sortent. Mais c'est très récent qu'on aborde vraiment la question de l'inceste. Et la question des violences sexuelles extra-familiales, c'est la même chose. C'est un véritable tabou. Et c'est vrai que les parents nous le disent. Je reprends un peu ce que vous dites, Arnaud Gallet. C'est que quand ils essayent de dénoncer les dysfonctionnements, quand ils essayent de confronter les administrations, moi, les mots que j'ai recueillis pendant mon enquête, c'est omerta, silenciation, mur, discours flou, réaction agressive, etc.

Et donc, moi, j'ai interviewé le collectif SOS Périscolaire, qui raconte que c'est la même chose partout en France, sur tous les territoires, et en particulier aussi dans les petits villages. Parce qu'on parle des grandes villes, mais dans les petits villages, c'est la même question, puisque, en plus, les familles sont plus isolées, se retrouvent face à un maire, parfois un maire qui emploie des gens qu'il connaît dans le périscolaire, parfois c'est même le jardinier municipal qui fait le périscolaire. Et, en fait, c'est encore plus compliqué de dénoncer ça dans des petits villages.

10:47
Présentateur

Bon, mais je reviens tout de même à Alice Augustin, parce que je vous ai lu sur cette notion de silence et d'omerta autour de ces violences sexistes et sexuelles. Effectivement, on pourrait dire qu'il y a deux niveaux de silence. Il y a d'abord le silence des victimes, celui des enfants, qui ont du mal, par construction, à comprendre ce qui les a frappés, ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont vécu. Ce n'est pas toujours facile de poser des mots et une réalité sur cela. Et, dans le même temps, ce silence que vous décrivez là, qui est fait de conflits d'intérêts, de conflits d'intérêts qui concernent principalement les adultes, une forme de précarité, des liens à la municipalité.

Est-ce que vous-même, vous distinguez, Arnaud Galet, ces deux niveaux de silence ?

11:27
Invité

Ah, moi, ce qu'on distingue surtout, c'est... Vous n'étiez pas tellement d'accord avec mon analyse, donc je vous en prie, et je pense que c'est ce qu'a démontré la civile. Plus de 9 fois sur 10, on dit à un enfant ou à un enfant devenu adulte, je te crois, mais je ne te protège pas, voire tu es un menteur, tu es une menteuse. Donc, en fait, on vit sociologiquement, qu'on le veuille ou non, dans cette réalité-là. Mais pour lui dire je te crois, il faut déjà qu'il le dise.

Non, mais justement, pas forcément, par le comportement, c'est-à-dire qu'on le voit bien, changement de comportement, des changements aussi au niveau des notes, enfin différentes choses, des troubles alimentaires, différentes choses qui se passent. En fait, il y a un tas d'indicateurs qui pourraient nous alerter. Et sauf que nous, systématiquement, c'est des choses qu'on ne veut pas voir collectivement. Alors déjà, parce qu'on n'est pas suffisamment formé, informé, sensibilisé sur ces questions, mais pas que. Même quand on l'est, des fois, on se dit, parce qu'il y a une pensée dominante.

Et la pensée dominante, elle est effectivement du côté des violences, un ordre quand même qui est dominant. On rappelle qu'en France, dans les chiffres, quand même au niveau de l'inceste, il faut bien se rendre compte de quoi on parle. On parle de 11% de la population française victime d'inceste. Donc, on s'habitue, en fait, à vivre là-dedans. C'est-à-dire que les personnes qui, comme moi et d'autres, luttent contre les violences sexuelles, mais en fait, on est face à un mur. Alors, on arrive à remporter des victoires. Je pense que c'est là que c'est important. La preuve, on arrive à en parler encore là au micro.

Mais je pense qu'il faut bien se rendre compte qu'on a besoin d'un élan de citoyenneté massif et surtout d'une volonté politique extrêmement importante.

12:42
Présentateur

Mais donc, c'est un point capital que vous soulevez là. Cela signifie que les adultes doivent apprendre à lire les enfants, à les comprendre autrement que par le langage. Un changement de comportement à 3, 4, 5 ans, cela peut représenter un indice ?

12:54
Invité

Bien sûr. Et puis, en plus, ce sont des faisceaux d'indices qui doivent au bout d'un moment nous faire dire « Tiens, il y a peut-être souvent quelque chose. » Et puis, on peut apprendre différentes choses. On l'avait vu aussi avec la civise. On avait publié un livret de formation de Mélissa et les autres. Il faut savoir que même les professionnels ne sont pas formés forcément au questionnement systématique. Par exemple, moi, j'ai rencontré dernièrement, je crois que c'est une orthophoniste qui pose cette question parce qu'elle est seule justement avec les enfants et qui demande en fait « Est-ce qu'il y a quelqu'un qui t'a fait du mal ? » Mais je veux dire, je trouve ça génial.

Il faut le faire en tant qu'orthophoniste parce qu'en plus, c'est un moment où on est seul très souvent avec l'enfant. Mais c'est fondamental. C'est des questions de santé publique majeures. Et malheureusement, on est en retard sur ces questions-là. Alice Augustin. Oui, les enfants parlent en réalité. On dit qu'ils ne parlent pas, mais en fait, ils parlent. C'est juste qu'ils ne sont pas entendus. Soit parce qu'effectivement, les gens, les adultes autour d'eux, parents comme... On ne va pas tout mettre sur le dos des parents, mais professionnels ne sont pas formés à remarquer les signaux faibles. C'est ce qu'on appelle les signaux faibles.

Comme vous dites, c'est des symptômes dans toutes les affaires concernant le périscolaire. Les parents comprennent a posteriori pourquoi il y a eu tant de symptômes pendant des mois. Refus de se doucher, troubles alimentaires, effectivement. Refus d'aller aux toilettes. Ou alors pulsions d'exhibition. Mais en fait, on se rend compte qu'aussi, dans les enquêtes qu'on a menées, que ces enfants, souvent, ont parlé. On parlait, alors pas forcément parents, mais on parlait à d'autres animateurs qui n'ont pas entendu ça. Et donc, on voit aussi qu'effectivement, il n'y a pas cette culture du repérage, en fait.

14:20
Présentateur

Et ma question l'illustrait bien, par ailleurs. Je voudrais vous faire entendre le témoignage de quatre parents. C'est un extrait du grand reportage de France Inter, diffusé le 9 décembre dernier, dans l'école maternelle du Chêne-Creux à Reusé. C'est en Loire-Atlantique. Sur le chemin, main dans la main. Elle me dit, Frédérique m'a fait un biseau sur la bouche. Et là, je lui dis, il faut absolument qu'on retourne le dire à la responsable du périscolaire. J'avais l'impression que les enseignants étaient mis au courant de rien par la directrice.

14:50
Auditeur

À partir du moment où il y a un autre enfant qui parle, j'avais l'impression d'être face à une boule de neige qui descend la montagne. On a l'impression qu'elle va tout emmener sur son passage. Ma fille, effectivement, nous lâche une phrase qui m'a fait un trou dans le ventre. Enfin, je suis allée vomir. Mon mari s'est figé. Le temps s'est arrêté à ce moment-là. Des mots d'enfant de quatre ans pour décrire des faits de viol. C'était très clair. Je suis restée après trois jours à Chess. Je ne pouvais plus parler, plus dormir, plus manger. J'ai une amie à moi qui m'envoie un article et qui me dit, je suis désolée. Quand j'ai lu l'article, en fait, les larmes ont coulé toutes seules.

En fait, le brouillard s'est dissipé. Elle ne l'embrassait plus son père. Elle ne l'embrassait plus son frère. Elle se prostrait dans le canapé. Elle ne jouait plus. C'était plus. En fait, son âme était vide. Elle a commencé à faire de l'encomprésie. C'est que l'enfant ne veut pas expulser ses selles. Donc, il se retient. C'était un passage aux toilettes où elle hurlait. Elle a 11 ans et elle fait toujours de l'encomprésie. Elle est suivie.

15:38
Présentateur

Vous estimez que c'est le bon angle, le bon sujet, Arnaud Galet, de parler de responsabilité des parents ?

15:46
Invité

Responsabilité, moi, je dirais plutôt, oui, de responsabilité. Moi, je trouve que surtout avec les interviews qui sont faites, je dirais que c'est surtout qu'on arrive à penser les choses en matière de co-victimes. Les parents qui parlent, là, sont victimes également. C'est-à-dire que quel accompagnement est-ce qu'on leur propose ? Oui, ça me fait penser au livre de Camille Kouchner, de la famille Agrandé. Quelles conséquences les violences sexuelles sur un enfant ont sur tout un environnement, que soient les parents, les frères, les sœurs et toute la famille ? C'est ça, quand même, qui est un sujet majeur. On parle très souvent de la victime, on la voit seule.

Mais en réalité, c'est un impact. On voit bien, c'est une déflagration sur l'ensemble du système familial. Et je trouve que les témoignages, là, sont éclairants en la matière. C'est pour ça. Alors oui, responsabilité. Je ne suis pas sûr que ce soit une question, là, pour le coup, de responsabilité. C'est surtout, forcément, on a des personnes qui sont désemparées. Et ça revient systématiquement. Ça, nous, on le fait avec Mouve Enfant. On va un peu partout dans les Outre-mer, un peu partout sur le territoire national. Ce qui est commun, c'est que personne ne sait, dans ce pays, comment est-ce qu'on fait.

Quand vous posez la question, si je suis confronté à une parole d'enfant qui parle d'une mise en danger, d'un fait grave, voilà, quelqu'un m'a touché ou quoi que ce soit, vous avez 15 réponses différentes. Vous avez des personnes qui font « Ah, j'ai vu sur un site, il faut faire telle chose. » Il y en a un qui dit « J'ai vu le 119, il faut faire la 17. » C'est-à-dire comment même parler à son enfant, comment interagir avec lui, comment être aussi avec les personnels qui l'entourent. Exactement. Et c'est ce qui nous fait dire que l'enjeu majeur aujourd'hui, c'est d'impulser une culture de la protection.

C'est-à-dire qu'il ne faudrait non pas qu'on arrive systématiquement à se dire, comme on ne sait pas comment faire, il y a bien quelqu'un qui arrivera à trouver la solution à côté. Parce que c'est un peu ce qui se passe. Évidemment, on se refile un peu, malheureusement, les paroles d'enfant un peu comme on se passerait une patate chaude. C'est un peu le sujet. Donc avec les conséquences que ça a pour les enfants, il serait peut-être temps que toute la société soit formée, sensibilisée sur la manière dont on doit agir. Alice-Augustin. Alors justement, dans notre enquête, c'était vraiment exactement ça, c'était complètement l'illustration de ça.

C'est-à-dire que quand les parents souvent apprennent qu'un animateur est suspendu, ils l'apprennent sur un coin de trottoir, c'est le bouche-à-oreille dans l'école. Donc évidemment, c'est très inquiétant. Il y a des réunions qui sont déclenchées en urgence. Et ce qu'on leur a dit souvent, c'était de ne pas interroger leur enfant. Déjà, ils ne savent même pas si leur enfant... Ils ne savent pas forcément...

17:47
Présentateur

Pardonnez-moi, je vous coupe, mais qui leur dit ça ? Quel est l'interlocuteur privilégié ?

17:50
Invité

C'est la DASCO ou la CASP, là je vous parle de Paris, qui sont les structures administratives qui gèrent le périscolaire. Donc c'est des réunions un peu déclenchées à la vie à vide parce qu'un article de presse va sortir en général. Et les parents ne sont pas complètement inquiets. Ils ne savent pas forcément le nom de l'animateur. Ils ne savent pas si leur enfant a été en contact avec lui. Donc des questions sont posées, on ne peut pas leur répondre. Et surtout, on leur dit aussi, attention, ne posez pas de questions à votre enfant pour ne pas polluer sa parole. parce que si vous posez des questions trop fermées, vous allez l'orienter. Et donc on a des parents qui nous racontent...

Ils sortent de là, ils ne savent pas si leur enfant était victime. Et on leur demande de ne pas poser la question à leur enfant. Aucune cellule psychologique mise en place, d'après les récits des parents toujours. Même les maîtresses, les animateurs qui sont dans l'équipe pédagogique n'ont pas de soutien, pas de formation. Donc ils se retrouvent avec une école traumatisée, des enfants qui sont traumatisés, et des parents qui du coup achètent des bouquins tout seuls dans leur coin, essayent de trouver des questions avec des livres, vous savez, qu'on produit sur l'intégrité du corps, etc. ou vont prendre les services d'un psy.

Donc ils payent avec leur argent pour essayer de trouver une façon adéquate de parler à leur enfant. Parce que comme on dit à un enfant, on ne peut pas poser des mots de viol ou d'agression sexuelle. On va le traumatiser si on dit ça. Et puis c'est parce que c'est l'enfant. Donc c'est vrai que c'est très problématique en fait. Arnaud Gallet. Non, je pense que c'est une question qui est fondamentale. Et moi, on me l'a rapporté plusieurs parents parce que les parents vont aussi sur des comptes Instagram comme le mien pour justement savoir comment faire. Pour vous dire qu'on est quand même bien loin, on va sur Instagram pour se renseigner. Ce qui peut être dangereux.

19:16
Présentateur

Et parfois d'ailleurs, ils se forment entre eux, ils se renseignent entre eux, naît une forme de solidarité aussi. Il y a quelque chose qui est intéressant sur les réseaux. Tout n'est pas acheté.

19:22
Invité

C'est important quand même de le rappeler. Mais je pense que, vous voyez, moi pour former les gendarmes au recueil de la parole des enfants, donc au fort de Rony, en fait, ce n'est pas ce qui est dit. Ce qui est dit, c'est que, bien sûr, qu'il faut éviter de rentrer dans une forme d'enquête qui visera à dire, comment ça s'est passé, à quel moment, etc. Avec toutes les angoisses qu'on peut avoir. Mais par contre, par là, son enfant, savoir à peu près avoir des indicateurs qui permettent d'aiguiller par la suite les forces de police, de gendarmerie, c'est quelque chose qui est essentiel.

Et c'est pour ça que moi, quand les parents m'ont dit, justement dans le cadre des violences dans le milieu périscolaire, qu'on leur disait comme consigne de ne pas poser de questions, moi, les bras m'en tombent. Ce n'est pas du tout ce qui est dit par les forces de police.

19:57
Présentateur

Je voudrais qu'on s'intéresse à ces animateurs, à leur métier, à la façon dont ils sont recrutés, suivis à travers l'extrait d'un reportage signé Hermine Leclerc. Il a été diffusé sur RTL le 25 novembre dernier. Elle explique comment elle a été recrutée, elle-même, en tant qu'animatrice.

20:15
Auditeur

Vous êtes disponible dès aujourd'hui ou pas ? Oui. Par problème avec la justice ? Non. Je n'ai pas envie de m'engager avec le retour du casier judiciaire, mais là, je n'ai pas... D'accord. Ce que dit le recruteur, c'est que normalement, il n'a pas le droit de m'embaucher sans le retour de mon casier judiciaire, mais que là, il y a trop de besoins, donc il va faire l'impasse. Il ne regarde pas mon CV, ne vérifie pas mon identité. Trois minutes seulement après notre rencontre, il me demande de me rendre dans une école de la commune sur le temps de midi. Oui, bonjour. Je suis l'animatrice périscolaire pour ce midi.

La responsable m'accueille et m'apprend que l'école est une école Ulysse, dont une partie des élèves sont en situation de handicap. Je ne m'attendais pas à commencer aussi vite. Pourquoi ? Parce que j'ai déposé mon CV ce matin. Il y a beaucoup d'abstant là. Non, c'est très bien. Mamatou et Eden, allez-y. Souvent, des gens comme moi qui viennent à la volée comme ça ? Oui. Hier, on en a eu deux. Ça, ça tourne en un. Ça tombe beaucoup, ouais. On appelle, c'est des volants.

21:10
Présentateur

Alice Augustin, comment vous réagissez face à cette enquête aussi ?

21:14
Invité

Je trouve ça désolant. Franchement, c'est affligeant quand on voit qu'on sacralise l'enfant partout dans notre société et qu'en réalité, on le livre à des gens qui n'ont aucune expérience. Tout le monde n'est pas un pédocriminel, je ne suis pas du tout en train de dire ça. Mais là, ce qu'on voit, c'est qu'il y a d'énormes problèmes d'effectifs. Recruter des animateurs, c'est très compliqué parce que c'est un métier qui n'est pas valorisé, qui est mal payé avec des horaires très compliqués. Et qu'en fait, les mairies, face au manque d'effectifs, recrutent à la va-vite des gens comme ça, sans les CV, sans même vérifier le cassier judiciaire. C'est scandaleux.

Et donc, des gens qui n'ont aucune expérience se retrouvent avec des enfants tout petits. C'est ça que demandent les associations aujourd'hui. C'est qu'au moins, les personnes aient des diplômes de la petite enfance. Le minimum, normalement, qu'il faut respecter dans le cadre du périscolaire, c'est 20% d'effectifs qui auraient le BAFA. Donc, le BAFA, je vous rappelle, c'est ce brevet qui sert à devenir encadrant de colonie de vacances. Le BAFA...

22:03
Présentateur

Qui est un brevet non professionnel.

22:04
Invité

Non professionnel et qui n'est pas du tout fait pour encadrer des tout petits. Donc, on voit bien qu'il y a un niveau d'exigence, mais catastrophique et qu'on confie nos enfants, non pas des gens forcément mal intentionnés, mais en tout cas, des gens pas formés, des gens qui n'ont jamais travaillé avec des enfants. Et c'est ce que nous racontent les associations comme SOS Périscolaire. C'est que, par exemple, ils ne savent pas gérer des groupes d'enfants qui sont un peu bruyants et donc, elles nous parlent des menaces, des punitions au-delà des violences insexuelles. C'est qu'il y a aussi toute une...

Beaucoup, beaucoup de violences éducatives, psychologiques et physiques qui sont parfois dans le périscolaire. Ça peut aller jusqu'au cou, ça peut aller empoigner des enfants, ça peut être les maîtriser sur leur lit parce qu'ils ne font pas la sieste, ça peut être les gavets à la cantine parce qu'ils ne mangent pas jusqu'à ce qu'ils en vomissent. Donc, on voit bien qu'il y a totalement un manque de formation de la part des animateurs en général. Mais je n'attaque pas les personnes, les animateurs forcément. C'est le système qui permet ça. On s'en doute

23:00
Présentateur

le problème est structurel. D'ailleurs, je voudrais à cet égard rappeler quelques chiffres sur les 14 000 animateurs employés par la ville de Paris pour ces 620 écoles publiques maternelles et élémentaires. Seulement 2500 sont titulaires et ont passé un concours de la fonction publique. Généralement, ces personnes sont payées 12 euros de l'heure, sont recrutées après 30 minutes d'entretien seulement. La loi, normalement, explique qu'il faut demander le casier judiciaire ainsi que le figé, le fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes. On a bien entendu dans le reportage que ce n'était pas toujours le cas.

Là aussi, Arnaud Garlet, face à ce problème profondément structurel, comment vous réagissez ?

23:41
Invité

Comment je réagis ? Forcément, on est stupéfaits. Parce que pour vous, c'est l'un des nœuds du problème ? C'est l'un des problèmes, effectivement, notamment sur la question des violences éducatives ordinaires. Forcément, il y a un enjeu, mais après, je rappelle que des fois, vous avez des personnes qui sont formées. Je prends un exemple, il ne faut pas le perdre de vue. Joël Le Scornec, chirurgien, qui intervenait dans les hôpitaux, qui a fait plus de 300 victimes. Il avait bien un diplôme, il n'y a pas de sujet, il en avait un, mais par contre, qui s'en est servi pour d'autres choses. Donc, c'est très compliqué, en fait, cette question-là.

Après, je suis d'accord, c'est notamment quand les personnes sont démunies, ne sont pas formées. Et ça revient à la question, en fait, comment on banalise ? Aujourd'hui, vous avez des lois qui existent, la loi de 2019, la loi dite contre la fessée, qui aujourd'hui fait encore couler beaucoup d'angles, parce qu'il y a des gens qui disent « Ouais, quand même, on n'a plus le droit de taper ses enfants, voilà, tout le truc. » Et donc, il y a des choses qui passent crème, en réalité, il y a des violences qui sont banalisées.

Donc, on ne forme pas non plus les professionnels, on ne forme pas non plus la société de manière massive, en disant, il y a des choses qui sont interdites, comme d'autres l'ont fait. Je pense à la Suède, notamment, à un moment donné. Et il faut vraiment se poser les bonnes questions sur la manière dont on vient appliquer les lois dans ce pays. Je pense que ça, là-dessus, c'est essentiel.

24:41
Présentateur

Mais ce n'est pas tant d'ailleurs le niveau de diplôme en tant que tel qui est mis en cause dans cette discussion. C'est même, j'allais dire, la façon d'être recrutée, la procédure même de recrutement, Alice-Augustin.

24:50
Invité

Oui, je pense qu'un diplôme, effectivement, ce n'est pas une garantie qu'il n'y ait pas de violence. En revanche, je pense que le fait d'avoir des gens formés, des encadrants qui ont une expérience des petits-enfants, ça permet aussi à tout un système, et c'est ce que vous disiez au début de l'interview, Arnaud, c'est-à-dire que des pédocriminels, il y en a partout où il y a des enfants. Par contre, si le système fonctionne, s'il y a des garde-fous, des gens qui se surveillent les uns des autres, une hiérarchie qui fonctionne, des remontées, là, les failles sont amoindries et le moins il y a de failles, le moins il y a de possibilités d'agresser des enfants. C'est donc pour ça

25:21
Présentateur

que le périscolaire est plus concerné

25:23
Invité

par la pédocriminalité ?

25:24
Présentateur

Bien sûr,

25:24
Invité

parce qu'il y a plein de failles, c'est une passoire, en fait, quand on fait des interviews, quand on interroge les gens qui vraiment travaillent sur ces questions, c'est vraiment un océan de précarité, ça, c'est pas moi qui le dis, par exemple, c'est un des syndicalistes qui représentent les employés des administrations parisiennes. Voilà, on sent que c'est vraiment un navire qui prend l'eau de toutes parts, en fait, parce que c'est une énorme machine et qu'on n'y met pas les moyens.

25:47
Présentateur

Vous disiez, Alice Augustin, beaucoup de signalements ne remontent pas, ne remontent pas où, jusqu'où, et décrivez-nous, justement, ces blocages-là.

25:56
Invité

Par exemple, dans l'affaire de l'école Alphonse Baudin, qui est une affaire qui devait être jugée en novembre et qui est reportée au mois de mai, donc c'est un animateur qui est accusé d'agressions sexuelles par cinq enfants victimes ont été retenues dans le dossier, il y en a plus, mais qui n'ont pas pu déposer devant les brigadiers.

Donc, il y a des familles qui se portent partie civile, mais typiquement, dans cette affaire, les parents ont appris lors d'une réunion déclencher une urgence qu'une maman avait déjà fait un signalement un an auparavant et que cet animateur avait été identifié, mais qu'on a préféré le déplacer des petites sections aux moyennes sections sans avertir la hiérarchie. Donc ça, il y a des manquements partout. Dans d'autres écoles, une maman va voir la directrice du périscolaire parce que sa petite-fille lui a dit Tchoupa, l'animateur, m'a montré des vidéos d'enfants et d'adultes qui se mariaient par les fesses.

La directrice du périscolaire lui rit au nez en lui disant qu'il n'y a pas d'animateur qui s'appelle Tchoupa. Et ne creuse pas. Pas de signalement, pas de recherche, pas d'enquête, rien. Donc ça, c'est un exemple parmi d'autres. Là, c'est ceux sur lesquels j'ai enquêté, mais dans l'affaire de Nantes à Reusé sur l'affaire dont vous parliez tout à l'heure qui a été jugée en décembre, l'animateur en question avait déjà fait l'objet d'un signalement et d'une main courante parce que la grande-sœur d'un des petits-enfants avait reçu de sa part un baiser sur la commissure des lèvres alors qu'elle avait 11 ans. Il a été déplacé dans une autre école.

Donc on voit aussi quand même que c'est là qu'on peut parler d'omerta, de dysfonctionnement, de silenciation, c'est-à-dire qu'on déplace parfois, pas tout le temps, la patate chaude. Enfin, comme vous disiez tout à l'heure, on se refile le problème et on ne le règle pas vraiment en réalité.

27:29
Présentateur

Arnaud Gallet, quand on entend ça, c'est d'ailleurs profondément révoltant, stupéfiant, mais encore une fois, est-ce là, c'est un problème selon vous de culture ? Je veux dire, les personnes qui ont des responsabilités qui déplacent simplement un animateur des petites sections ou moyennes sections, ils savent bien quand même qu'il y a un problème. Est-ce que c'est pas juste un enjeu de déresponsabilisation des personnes qui devraient au contraire veiller aux enfants, à leur sécurité et à ce qu'ils sont même en tant qu'êtres humains ?

27:58
Invité

En réalité, ça pose plusieurs questions. Ça pose des questions qu'on avait déjà vues avec l'Église, la question de la non-dénonciation. C'est une question qui est fondamentale, qui est au cœur, je pense aussi, de ce type de sujet. Je le disais tout à l'heure, plus de neuf fois sur dix, on dit à un enfant, je te crois, mais je ne te protège pas, voire que tu es un menteur, tu es une menteuse. Donc ça veut dire que plus de neuf fois sur dix, en fait, on est sur un délit de non-dénonciation. On devrait appliquer ce qu'on appelle une justice transitionnelle. Une justice transitionnelle, c'est quoi ? C'est quatre piliers.

Un pilier vérité, faire la vérité sur ce qui se passe, donc le nombre, la manière dont ça se passe. Un pilier justice, est-ce que la justice est adaptée aujourd'hui pour répondre à tout ça ? Un troisième pilier sur la réparation individuelle et collective, important, parce que la société, inévitablement, il y a un préjudice au niveau de la société. Et un quatrième pilier qui est tout à fait fondamental, éviter que ça se reproduise, donc il y a de la prévention et on s'appuie sur le savoir expérientiel des victimes. Et bien ça veut dire que ça existe, c'est écrit, c'est pas nous qui le disons association d'activistes comme on peut nous appeler par moments.

Non, c'est l'ONU, donc des personnes qui sont plutôt bien, qui ont sa recravate. Théoriquement, on a bien compris, la France vote aussi là-dedans, mais on n'est pas capable de l'appliquer, donc il serait peut-être temps de l'appliquer, je pense que c'est essentiel. Et le premier pilier, je ne me permets pas de le dire ici, c'était la civise. 33 000 personnes qui ont témoigné. Maintenant, qu'est-ce qui se passe ? On voit bien que c'est un peu plus compliqué d'enclencher les autres vitesses, il serait peut-être temps de les enclencher et de les jamais trop tard.

29:17
Présentateur

La civise, on le rappelle, c'est la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Je reviens sur le mot que vous avez employé, Arnaud Galet, celui d'activiste. Les institutions, les pouvoirs publics vous décrédibilisent parfois à travers ce terme-là quand ils vous reçoivent,

29:32
Invité

quand ils vous voient ? Ah bah oui, il y a un jeu, de toute façon, le jeu c'est de dire que dès qu'on vient dénoncer... On pourrait se dire

29:37
Présentateur

a priori c'est un sujet apolitique, je mets des guillemets autour du terme.

29:40
Invité

C'est des causes qui sont féministes, il faut dire les choses telles quelles. C'est-à-dire qu'on décrédibilise la parole des femmes, donc inévitablement, y compris quand on est un homme et qu'on vient défendre les enfants, on nous décrédibilise en disant vous exagérez, c'est pas partout, c'est pas machin, on a sans cesse ça, en fait c'est que ça. C'est que des choses comme ça et on décrédibilise d'autant plus quand on a été victime puisqu'on vient de nous dire vous voyez des victimes partout, c'est pas possible, etc. C'est bon, ça c'était avant. Là on voit bien que c'était pas avant ce qui se passe aujourd'hui et ça je pense que c'est essentiel. Alice Augustin ?

Oui, parce qu'en fait ce qu'on interroge aussi c'est la violence masculine qui reste quand même l'angle mort total que ce soit des violences envers les femmes de même que les violences envers les enfants puisque je le rappelle 90 ou 95% des auteurs de violences sont des hommes.

Donc on met totalement sous le tapis cette question-là de pourquoi les hommes violent, pourquoi les hommes agressent et même s'ils ont été parfois victimes eux-mêmes dans l'enfance pourquoi ils reproduisent pourquoi les femmes ne reproduisent pas enfin il y a vraiment toute une question et qui est un énorme tabou et que personne ne veut vraiment interroger mais ça c'est un vaste sujet et ça touche enfin ça touche pas que le périscolaire pour le coup vraiment ça touche toutes les violences.

30:43
Présentateur

Un autre point que vous mettez en lumière Alice Augustin dans votre enquête vous rappelez qu'un rapport en 2015 signé de la mairie de Paris identifiait déjà des dysfonctionnements systémiques mettez en lumière également la nécessité de mener des réformes systémiques aussi qu'est-ce que cela a donné au fond est-ce que les personnes concernées ne savent pas ce qu'il faut faire ou elles ne le font pas ?

31:06
Invité

Je ne sais pas je pense que les enfants bon déjà les enfants ne votent pas donc ça c'est quand même important de le rappeler il y a la honte il y a aussi plein de processus qui font que les gens ne parlent pas pourquoi est-ce qu'on n'applique pas ça quand on a accès à ce rapport on tombe dessus au cours de l'enquête 80 pages qui détaillent précisément ce qu'on nous raconte lors de notre enquête 10 ans plus tard avec des mesures qui sont proposées qui sont exactement les mêmes que propose la mairie de Paris dans son nouveau plan d'action qu'elle déclenche après évidemment le tollé médiatique et des enquêtes journalistiques

31:35
Présentateur

mais ça fait 10 ans

31:36
Invité

et ça fait 10 ans 10 ans que ce rapport prend la poussière on n'a pas la réponse on a interrogé monsieur Bloch qui est donc adjoint à la mairie de Paris qui a été missionné pour nous répondre puisque madame Hidalgo n'a pas voulu nous répondre lors de notre enquête lui il admet bon lui il rappelle que c'est toujours des cas isolés qui rien n'est systémique et il finit par admettre quand même à la fin que ces mesures n'ont peut-être pas été appliquées de manière suffisante mais c'est vraiment le seul mais à coup le pas qu'on a lors de cet entretien avec lui franchement je n'ai pas la réponse il faut le demander mais je pense que c'est parce que ça bloque à tous les étages en fait je pense qu'il faut qu'à un moment et c'est là l'intérêt des enquêtes journalistiques et des activistes qui sortent ces dossiers mais ça ne sort pas sinon Arnaud Gallet je pense que c'est assez simple en réalité on est dans la gestion du risque c'est à dire qu'on est dans quelque chose on sort des plans des commissions des défenseurs des enfants on sort différentes choses par contre quand il s'agit de faire un audit global généralisé de proposer des actions concrètes de passer à l'acte il n'y a plus personne c'est toujours le même sujet en réalité c'est assez simple je reprenais l'exemple au niveau de l'église parce que forcément moi j'ai été victime par un prêt donc ça m'intéresse un peu mais il ne s'est rien passé vous avez eu le rapport sauvé 330 000 victimes de pédocriminalités dans l'église en 70 ans 13 enfants par jour vous avez entendu parler d'un audit au niveau des églises au niveau des diocèses au niveau des écoles comme Béteramote ah non pas moi personne normal bah non parce que c'était avant et c'est isolé aussi non ils ont reconnu de manière systémique il ne se passe rien dans ce pays donc c'est quoi gestion de crise on sort des commissions c'est ce qu'a fait l'église je vous rappelle et on dit c'est bon maintenant c'est fait on leur donne un peu d'argent des fois aux victimes parce que c'est vachement bien et hop coup de magique si on va passer Noël là ça va être super vous voyez c'est ça le sujet en réalité et donc on va revenir en 2026 il va y avoir un nouveau scandale et on se dira ah quand même c'est incroyable dans ce pays il y a un enfant qui est victime de violences sexuelles toutes les 3 minutes il y en a ras le bol en fait il faut vraiment des actions concrètes il faut arrêter un peu de raconter du blabla

33:28
Présentateur

merci à vous deux en tout cas d'être venu mettre la lumière sur ce sujet Capital Arnaud Galet anthropologue président fondateur de l'association Mouv'enfant ancien membre de la civise et Alice Augustin grand reporter à elle spécialiste des questions de violences sexistes et sexuelles merci à vous deux merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission Diane de Vancey Stéphanie Villeneuve Antonin Héral Mathias Mégi à suivre après le journal une seconde question pour ce soir comment faisait-on la guerre avant la naissance des états

Agressions sexuelles dans le périscolaire : un nouveau MeToo ? · Pourquijevote