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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 11 août 2026 9 minAutoproduitDivertissement

Armand Foëx et Clément Devilliers, cinéastes débrouillards et inséparables

Source d'origine 5 locuteurs

Audio original de l'émission.

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0:04
Présentateur

Il est très rare que nous recevions en dernière partie pour dix petites minutes deux invités, mais ces deux-là sont inséparables. Armand Fouex, Clément Devilliers, bonjour !

0:15
Invité

Bonjour !

0:15
Présentateur

Merci beaucoup d'être avec nous dans ce studio. Vous êtes les deux réalisateurs d'un film qui sort demain, le 12 août, un grand raccourci. Qui fait quoi l'un présente l'autre, rapidement, puisque vous vous connaissez depuis toujours, Armand Fouex ?

0:27
Invité

Alors, Clément Devilliers est scénariste et co-réalisateur du film et un très bon copain. Et Armand Fouex est réalisateur du film et monteur et un très bon copain ici.

0:39
Présentateur

Vous êtes aussi proche que les deux cousins de votre film, Grégoire et Corentin. Deux histoires se croisent dans un village des Côtes d'Armor, celle de deux cousins, donc Corentin et Grégoire. Ils ont tous deux une vingtaine d'années. Ils s'improvisent d'ératiseurs pour gagner leur vie. Il manque juste à Corentin un petit investissement de départ.

0:54
Locuteur 6

T'en as besoin pour quoi ? Il n'y a rien à acheter du matériel.

0:57
Locuteur 4

Mais quoi comme matériel ? T'as déjà du matériel ?

0:59
Locuteur 6

Ouais, mais là c'est différent, c'est des produits spéciaux. Allez, je te les rends dans deux semaines.

1:04
Locuteur 4

Mais juste dis-moi ce que c'est.

1:08
Locuteur 6

Allez, c'est bon, laisse tomber.

1:10
Locuteur 4

Corentin, c'est quoi ? T'as perdu au jeu ? Pas du tout. Hé, t'as besoin d'argent, je t'en donne. Juste, tu me prends pas pour un con.

1:24
Locuteur 6

Tu vois l'intervention de cet après-midi ? C'est là où on avait libéré les rats.

1:29
Locuteur 4

Et c'est quoi, une demande de la thune ?

1:31
Locuteur 6

Mais non, je vais en acheter. Des rats. Ils me regardent pas comme ça, c'est l'idée du siècle. Tu me passes de quoi en acheter ? Je les relâche, on m'appelle, on te paye, je te rembourse.

1:42
Présentateur

Acheter des rats pour dératiser ensuite, c'est très malin. 5-6 euros le rat, ils s'en sortiront avec une note de 412,50 euros. Et puis, ils croiseront la route de deux jeunes filles du même âge, Maëva et Louise. La première veut vendre ses breloques. Acheter 50 centimes et qu'elle revend comme bijoux italien. Rien de mieux pour sa pub que sa modèle remporte le concours de Miss Côte d'Armor.

2:00
Locuteur 1

Je sais pas, c'est pas trop mon truc. Mais si, moi je te fais tout, franchement. Je te fais le taxi, je te fais l'administratif, je te fais les cheveux, le make-up, tout. Juste, il faut que tu fasses un peu plus d'un mètre 70. Tu fais quelle taille ? Ah bah voilà, ça marche pas. Comment ça, ça marche pas, tu fais quelle taille ? Bah si, je fais genre un mètre 67, 68. Ouais, mais c'est rien, un mètre 68, c'est 2 centimètres. Puis ça veut dire que tu fais un mètre 70 en vrai, puisque ta colonne s'étire. Allez, franchement, t'as rien à faire. T'as juste à te planter là-bas, c'est tout. Puis moi, ça pourrait me faire une super pub si tu gagnes.

Puis moi, je pense que t'as grave tes chances en plus.

2:42
Présentateur

Maéva et Louise, Corentin et Grégoire, 4 jeunes qui ne se connaissent pas encore, qui vont bientôt, leurs routes vont bientôt se croiser. C'est des jeunes qui n'ont pas l'air de trop savoir où ils vont, ce qu'ils vont faire de leur vie, mais ils ne sont jamais abattus. Clément Devilliers, vos personnages ?

2:56
Invité

Bah nous, c'était ce qu'on souhaitait montrer. C'est vrai que souvent, on fait le portrait d'une jeunesse qui est désabusée, qui est blasée. Et nous, on pense que justement, la réalité de cet âge-là, de cette génération-là, dans le monde dans lequel on vit, c'est ni un abattement nécessairement sociologique, ni en même temps, ce mythe qu'on entend parfois de l'individu qui peut tout faire, qui peut tout réussir par lui-même. On pense que c'est plutôt une question de sensation de flottement, que les choses sont possibles.

Et en même temps, dans un monde en crise où il y a tellement de possibilités, où il y a beaucoup de choses qui se reconfigurent, et bah parfois, c'est un peu dur de savoir ce dont on a réellement envie, même si les initiatives sont là.

3:33
Présentateur

Il y a donc ces histoires qui se croisent, et puis au milieu, une histoire aussi de cendres. La grand-mère des deux cousins est morte juste au début du film, et ils veulent disperser ces cendres, les cendres qui sont réunies dans une urne qui ressemble vaguement à une poubelle de salle de bain, et ça, c'est Corentin qui le reproche beaucoup à son oncle d'avoir trouvé cette urne très vilaine.

En tout cas, ces personnages très touchants qui envoient, qui balancent des rats dans les fermes bio pour ensuite pouvoir proposer leur service de dératiseur, si vous aviez dû le faire vous pour vendre votre film, c'est ce que vous auriez fait, même si ça n'a aucun rapport, parce qu'on a l'impression que c'est système D à tous les étages pour vous, Armand Fouex.

4:12
Invité

C'est vrai qu'on s'en est rendu compte un peu après à quel point l'histoire de nos personnages ressemblait à la nôtre. Je pense que d'abord, c'est parce que nous, justement, c'est ce qu'on aime, montrer un peu la force d'initiative de cette jeunesse, de montrer comment on va se débrouiller.

4:24
Présentateur

Vous avez 22 ans, c'est ça ?

4:25
Invité

On a 22 ans, un peu comme l'âge de nos personnages, et c'est de montrer comment on va toujours trouver un moyen d'y arriver et un peu de contourner les règles. Et je pense que c'est parce que c'est important pour nous qu'on avait envie de montrer ça de cet âge-là, montrer qu'on a envie de faire les choses, d'avancer, de trouver un moyen d'y arriver. Et donc, c'est sûr que nos personnages réussissent toujours à trouver des petites combines pour y arriver.

4:43
Présentateur

Et notamment, il se trouve que Louise ne sera pas retenue pour le concours de Miss Côte d'Armor, mais elle profitera ensuite d'un malentendu puisqu'une candidate est disqualifiée. Le comité d'Emis a trouvé des photos compromettantes. Vous voyez, plutôt, elle a posé pour une campagne contre le cancer du sein. On voit ses épaules et c'est à peu près tout. Mais voilà, on lui demande de partir et Louise est sur la route. Vous, vous faites un peu avec les moyens du bord comme vos personnages. Lesquels de moyens ? À l'automne 2024, vous décidez de tourner un long métrage. Vous n'avez ni les sous, ni le scénario. Vous partez de loin.

5:15
Invité

C'est vrai que le point de départ de ce projet-là, avec Armand, on avait réalisé déjà sept courts-métrages en trois ans, à chaque fois autoproduits. On a fait une rencontre qui a été déterminante, qui est celle de Hector, le producteur du film, qui est encore plus jeune que nous, qui a 21 ans. Et du coup, on a créé une structure, mais au départ, on n'avait pas de projet. Et puis, en fait, nous, on regardait avec Armand beaucoup de premiers films, de films fabriqués avec pas grand-chose. Il y a des exemples américains qu'on cite beaucoup, mais il y en a aussi en France, des manières différentes de financer des films. Et on s'est dit, quoi qu'il arrive, on tournera à l'été 2025.

Et du coup, c'est le projet dans lequel on s'est lancé. Au départ, on se disait qu'on allait pouvoir faire le film avec 20-30 000 euros et tous nos potes. Et puis, rapidement, en fait, on a découvert que pour qu'un film aille en salle de cinéma, il allait falloir remplir beaucoup plus de conditions que ça. Et donc, du coup, on a essayé de trouver d'autres ressources.

6:05
Présentateur

Qu'est-ce que c'est, les conditions ? Alors, il faut trouver un distributeur. Il faut avoir un agrément de production pour trouver un distributeur. Et là, c'est Missio. C'est là que votre histoire me fait penser à vos personnages qui lancent des rats. C'est qu'on vous dit, ils ne sont pas là, ils sont à Cannes. Qu'à cela ne tienne, vous allez les voir à Cannes, à Armand Fuex.

6:22
Invité

Oui, parce qu'en fait, le distributeur, c'est le partenaire important. C'est comme ça que tu te retrouves à aller dans les salles de cinéma parce que c'est ensuite lui qui discute avec les salles. Et nous, on savait que c'était important et que c'était primordial. Mais normalement, sur des projets comme le nôtre, c'est une fois que le film est terminé. On s'est quand même dit, on va peut-être essayer d'en trouver un avant. Sauf qu'on a eu la bonne idée d'avoir justement cette initiative début mai. Et vous le savez certainement, en mai, il y a le festival de Cannes. Donc, quand tu appelles des distributeurs en mai, tout le monde te dit, évidemment, on n'est pas là.

On n'est pas du tout disponible avant un mois et demi parce qu'ensuite, il faut se remettre de Cannes vu qu'il y a plein de deals qui se signent là-bas. Mais au bout du 5-6ème appel, où justement Hector appelle les producteurs et lui disent « Est-ce que vous serez à Cannes ? » À la limite, on peut se voir là-bas. On n'y avait jamais mis les pieds. Hector a dit « Ah oui, oui, évidemment, on peut se voir mercredi, si vous voulez. » On a pris rendez-vous. Il nous a regardé dans les yeux. Il nous a dit « Bon, maintenant, il faut qu'on trouve un train pas trop cher. » Les seuls trains pas chers, c'était des trains couchettes. On y allait en train couchette.

On a pris un logement à une heure du centre. Et nous, en plus, on pensait que tout le monde devait être en costume parce que les images qu'on voit de Cannes à la télé, c'est le tapis rouge avec tout le monde en costume. Et Hector, on avait un avec Clément. Évidemment, on n'en avait pas à notre taille. Donc, on est allé en acheter et on est arrivé là-bas. En plus, on était en retard. On a dû se changer dans le restaurant. On était tous en costume et on arrive devant la distributrice qui, évidemment, n'était pas en costume parce qu'en fait, c'est que pour le tapis rouge. Mais au moins, on avait l'air sérieux ou en tout cas, des bons stagiaires.

7:45
Présentateur

Et surtout, vous avez pu payer vos costumes avec l'argent que vous avez récolté de toutes parts parce qu'alors là, c'est tous azimuts. Vous avez fait un prêt étudiant pour assurer la trésorerie en attendant un crédit d'impôt. Vous avez mobilisé les amis, la famille. Vous avez fait des vidéos d'entreprise aussi pour apporter un petit peu d'argent. Et puis, cette idée que vous avez de raconter publiquement la fabrication du film sur votre compte Instagram Armand et Clément. Et vous mettez plein de photos. Alors, de la tournée, bien sûr, mais de vous à 13 ans aussi puisque vous vous connaissiez déjà à 13 ans et vous faisiez déjà du cinéma ensemble, Clément de Villiers.

8:15
Invité

Oui, tout à fait. Le désir de faire des films, il est vraiment né avec notre rencontre à tous les deux. Armand, depuis la classe de quatrième, on s'est rencontrés. Il avait une chaîne YouTube où ils faisaient des vidéos de drones, des montages, des vidéos de voyages. Et puis moi, j'écrivais des histoires et on a décidé de mettre en commun nos aspirations et puis ce qu'on fabriquait pour essayer de filmer des histoires qui n'existaient pas. Donc au début, c'était surtout des films d'espions, des choses comme ça.

Et puis rapidement, on a commencé à se rendre compte que les thèmes qui nous intéressaient le plus, c'était des personnages qu'on connaissait dans des décors qui avaient forcément un caractère un peu plus ordinaire. Mais finalement, c'est là que le charme apparaissait.

8:52
Présentateur

Et donc, vous avez fait une sorte de pacte aussi pour faire un film. Un jour, vous ferez un long métrage ensemble. Et ça y est, vous avez réussi. Et ça sort en salle demain. Ça s'appelle Un grand raccourci. Armand Faux, exclément de Villiers. Merci beaucoup. Bonne route à votre film avec ces personnages, ces acteurs si touchants. Vraiment, vous pourrez les saluer. Jules Poirier, Louise Labecq, François Lebris, Sarah Montpetit et aussi Agnès Verderrosa qu'on avait vu l'année dernière dans L'épreuve du feu d'Aurélien Père qu'on avait reçu Aurélien Père dans Les Matins d'été. Merci beaucoup. Bonne route à votre film. Merci d'avoir été avec nous. Merci.