L'interview intégrale d'Oliviier Faure sur RMC
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
L'invité du jour. Bonjour Olivier Faure.
Bonjour Charles Mayen.
Premier secrétaire du PS, vous êtes en direct de Blois où se tiennent les universités d'été de votre parti. On va revenir sur la rentrée politique en ordre très dispersé à gauche. Mais d'abord, l'actualité et même l'urgence, c'est ce qui se passe à Nîmes. Alors est-ce que les consommateurs de drogue sont responsables de la violence et des règlements de comptes ? Gérald Darmanin annonce des renforts de police mais pointe du doigt Ceux qui fument du cannabis ou prennent un rail de cocaïne. Alors Olivier Faure, est-ce que le consommateur est complice et responsable de la violence ?
Il y a un marché. Et donc il y a des consommateurs, il y a des vendeurs. Mais ce que j'observe, c'est qu'à chaque fois que le ministre de l'Intérieur est en difficulté ou que le gouvernement est en difficulté, il trouve toujours une responsabilité ailleurs. C'est bien le problème. Le problème, ce n'est pas de savoir s'ils sont responsables, c'est de savoir si le gouvernement est capable d'enrayer ce que nous connaissons aujourd'hui et qui est fondamentalement un désordre public. Et dans les quartiers, c'est une infamie avec des gens qui subissent, qui vivent.
Imaginez ce quartier de Nîmes où vous avez des gens qui vivent entre les dealers avec des tirs qui peuvent parfois frapper, y compris un enfant. Ça a été le cas il y a plusieurs jours. On est dans une situation qui est absolument inadmissible. Et donc il faut se poser des questions.
Alors c'est quoi la bonne réponse ? Parce que les questions, on les connaît Olivier Faure. Non mais la réponse du PS, c'est quoi ? C'est plus de policiers ?
Ou à l'inverse, une légalisation ? La première question, Charles Magnin, le premier problème que nous avons en France, c'est que nous sommes l'un des pays qui est dans ses règles l'un des plus répressifs et nous sommes le premier consommateur. Donc il faut se poser des questions. Ça veut dire qu'aujourd'hui, la façon dont nous gérons le trafic de drogue ne fonctionne pas. Qu'est-ce qui se passe chez nos voisins ? Je vois ce que font les Allemands depuis quelques semaines. Ils ont légalisé la vente du cannabis. Pourquoi ? Parce qu'il faut casser le marché. C'est ce que je vous ai dit tout à l'heure. Vous avez des consommateurs et ils ne s'arrêteront pas.
Et vous avez des vendeurs qui sont, eux, dans le narcotrafic. Et donc, il faut aujourd'hui se poser la question. Il faut que le débat s'ouvre sur la légalisation du cannabis. Et il faut certainement l'expérimenter. Non mais Olivier Faure, vous posez la question.
Mais votre boulot de responsable politique, c'est d'apporter des réponses. Est-ce que votre réponse, c'est la légalisation ?
Je viens de vous dire, il faut ouvrir le débat et il faut expérimenter. Parce que quand vous êtes dans un quartier comme celui dont on parle, 70% des gens qui vivent sous le seuil de pauvreté. Et bien évidemment, forcément, quand vous avez des gens qui peuvent être rémunérés pour être guetteur, pour être vendeur, pour être go fast, pour être nourrice, forcément, la tentation, elle existe. Et donc, si vous voulez casser le marché, si vous voulez faire en sorte que ça ne soit plus une ressource, vous avez besoin de créer des filières légales de vente qui permettent évidemment aux consommateurs de s'approvisionner autrement.
Donc vous plaidez pour la légalisation, en tout cas une forme d'expérimentation. Olivier Faure, Gérald Darmanin, il donne aussi des interviews très politiques, très politiques dans la presse ce matin. Il estime que la victoire de Marine Le Pen en 2027 est probable. Est-ce que vous partagez ce pronostic de Gérald Darmanin ? Est-ce que vous vous préparez en 2027 à un duel entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen ?
Non, je me prépare à un duel entre la gauche et la droite ou entre la gauche et l'extrême droite. Et je n'ai absolument dans mon esprit aucune... Je ne vois aucune fatalité à ce que nous ayons en fait Marine Le Pen au pouvoir. C'est une probabilité, une possibilité évidemment. Elle a été au deuxième tour à deux reprises. Mais ça ne justifie pas cette espèce de fatalisme ou cet abandon. Et je vois bien que Gérald Darmanin cherche à travers cette séquence médiatique à imposer en fait sa propre présence et à commencer à prendre le terrain sur Edouard Philippe ou sur Bruno Le Maire. Mais la réalité c'est que qui est-ce qui prépare aujourd'hui le terrain à l'extrême droite ?
C'est le gouvernement auquel appartient M. Darmanin. Pardon, mais quand M. Darmanin nous dit « Je suis pour les classes populaires et pour les classes moyennes », mais enfin de qui se moque-t-il ? Il est dans un gouvernement qui a mis en place la réforme des retraites il y a quelques mois à peine, qui va prendre ses effets au mois de septembre. Vous avez un gouvernement qui, M. Darmanin reprend le slogan de la CFDT sur le pouvoir de vivre, mais enfin quel est le gouvernement qui depuis le début a fait un choix qui est celui en fait de privilégier les classes très supérieures, les super riches, au détriment de tous les autres. Qu'est-ce qu'ils font à la rentrée ?
Plutôt que de dire « On pourrait taxer les super profits », ils disent « On va doubler les franchises médicales ». Mais vraiment, comment peut-on tenir ce discours qui est en contradiction complète avec ce qui se fait ?
En attendant, Gérald Darmanin, il imprime en ce moment Olivier Faure, vous ne pouvez pas ligner, il fait beaucoup parler avec ses propositions, avec ses sorties médiatiques. Et pendant ce temps, la NUPES fait sa rentrée en ordre très dispersée. Olivier Faure, vous suivez comme moi les universités d'été de vos alliés qui reçoivent Médine pour les écolos, pour les insoumis. C'est Médine la star de la rentrée politique à gauche ? On voit les divisions de la NUPES qui en quelque sorte a d'ores et déjà raté sa rentrée, non Olivier Faure ?
Ce qui est sûr, c'est que passer trois semaines à se demander si on est Médine ou pas Médine, c'est complètement stupide parce que ça n'est évidemment pas le sujet de la rentrée. Le sujet de la rentrée, il porte sur notamment le pouvoir d'achat des Françaises et des Français, sur le fait qu'aujourd'hui, vous avez des gens pour qui le travail ne paye plus. Et quand on voit les prix sur la rentrée scolaire qui augmentent de 10%, quand vous voyez les prix sur l'alimentaire qui augmentent de 20%, quand vous avez le prix à la pompe, vous en parliez à l'instant, qui explose, quand vous avez les factures de gaz, d'exécité qui arrivent dans les foyers, effectivement, il y a un problème.
Et ce problème, le premier problème, c'est qu'il faut qu'aujourd'hui, le travail paye. Et moi, ce que j'appelle de mes voeux, c'est à une grande conférence salariale où on puisse remettre sur le métier l'ensemble de l'échelle salariale, faire notamment en sorte que tous ces gens de la première ligne, ces métiers de la première ligne, souvent des femmes invisibilisées, qu'on puisse leur rendre la dignité auxquelles elles ont droit et arrêter de continuer à privilégier quelques-uns. Il faut de toute façon un nouvel équilibre entre le capital, le travail et les biens communs. C'est une évidence.
Le pouvoir d'achat, les salaires comme priorité, Olivier Faure, on l'entend. Mais pour en parler, aux universités d'été de votre parti, aux universités d'été du PS, il y a cette table ronde intitulée « La France périurbaine est-elle la France des beaufs ? » Ça a fait beaucoup parler aussi cette semaine. C'est ça la grande idée du PS, pour la rentrée, s'adresser à ceux que vous appelez les beaufs ?
Mais vous avez bien compris, parce que vous êtes journaliste et que vous êtes éclairé sur les façons de procéder, c'est une provocation qui reprend en réalité, qui est une allusion à ce que le gouvernement a pu dire à travers son porte-parole de l'époque, Benjamin Griveaux, qui parlait, parlant de la France périphérique, parlait de ces gars qui fument des copes et qui roulent au diesel. C'était ça l'objectif. Et de pouvoir évidemment répondre par la négative. Vous n'imaginez quand même pas que nous voulons nous adresser auprès des gens en leur disant « Vous êtes des beaufs ». C'est tout l'inverse. Je suis un élu de la France périphérique.
– Vous vous posez la question en tout cas, c'est l'intitulé. Je ne suis pas sûr que tout le monde ait saisi la référence à Benjamin Griveaux en découvrant l'intitulé des tables rondes.
– Je ne suis pas sûr, donc je vous la donne. Et je vous dis par ailleurs que c'est une provocation, comme dans toutes les tables rondes, le but du jeu c'est d'ouvrir un débat pour pouvoir répondre à ces questions. Et la réponse évidemment pour l'élu périphérique que je suis, pour celui qui a grandi dans cette France périphérique, c'est évidemment de dire exactement l'inverse. Il y a du génie, il y a de la créativité, il y a de l'innovation dans le monde rural, dans le monde périurbain, et qu'il faut arrêter de penser que tout se joue entre le 6e et le 7e arrondissement à Paris. Ça n'a aucun sens.
Donc oui, il faut effectivement rendre aussi, reconnaître, rendre leur dignité, rendre hommage à celles et ceux qui vivent au-delà de l'entre-soi parisien et qui aujourd'hui sont aussi la richesse de ce pays.
– Olivier Faure, c'est ce que vous direz la semaine prochaine à Emmanuel Macron, le chef de l'État, qui invite, je cite, les forces représentées au Sénat et à l'Assemblée. C'est la fameuse grande initiative politique de la rentrée. Est-ce que vous irez, est-ce que vous répondrez favorablement à l'invitation du chef de l'État ?
– D'abord, je n'ai pas encore été invité, donc si je le suis, je répondrai de manière républicaine et j'irai effectivement en posant un certain nombre de propositions. Et puisque le chef de l'État nous dit que désormais, il voudrait soumettre aux Français quelques propositions de référendum, eh bien je lui dis dans un état déjà qu'il y a un référendum tout trouvé, c'est référendum sur la réforme des retraites, puisqu'il n'a pas voulu que le Parlement se prononce, eh bien au moins que les Français puissent le faire.
– Ce sera la semaine prochaine, donc, à cette réception des forces représentées au Sénat et à l'Assemblée. Je vous remercie Olivier Faure d'avoir été en direct ce matin sur RMC pour votre rentrée politique en direct de Blois, où se tiennent en ce moment les universités d'été du PS. Il est 7h50 sur RMC. – Sous-titrage ST' 501
Olivier Faure